- Speaker #0
Je suis Jennifer Thomas et vous écoutez les filles de Mnemosyne. Ce podcast est né d'une question qui me suit depuis longtemps. Que transmettons-nous réellement à nos enfants ? Quelle est notre part de responsabilité dans la personnalité des générations futures ? Pas seulement ce qu'on dit, mais ce qu'on fait, ce que l'on tait, ce qu'on répète sans s'en rendre compte. Peut-être aussi rien de tout cela. Mnemosyne. déesse de la mémoire et mère des muses incarnent ce fil qui traverse le temps souvenirs, histoires, voix qui se répondent à l'image de ces fils invisibles nos héritages mêlent le visible et l'inconscient le biologique et le raconté à travers ces conversations je donne la parole à des parents, à des experts à des recherches qui interrogent la notion d'héritage immatériel on y parle de valeur, de règles, de peur, d'amour. de croyances et de sciences, de ce que l'on aimerait transmettre et de ce que l'on découvre avoir transmis. Si vous me connaissez, vous savez que ce podcast n'est pas là pour dire comment faire, mais pour prendre le temps de regarder. Parce que parfois, comprendre ce qui se joue dans la transmission, c'est déjà mieux s'aimer et aimer pour avancer.
- Speaker #1
Il y a des personnes qui passent leur vie à regarder les étoiles. Lui, il regarde ce qui s'allume dans la tête des enfants et des d'adolescent. Grégoire Borst est professeur de psychologie du développement et de neurosciences cognitives de l'éducation et dirige le laboratoire de psychologie du développement et de l'éducation de l'enfant rattaché au CNRS à la Sorbonne. Il écrit pour expliquer le cerveau aux enfants et forme les enseignants notamment pour qu'ils apprennent aux élèves à apprendre. Ce qui l'anime, c'est une conviction simple, pleine de bon sens. Un cerveau ne grandit jamais seul, il se construit dans la relation dans l'environnement. Et si nous, adultes, prenions vraiment le temps de nous mettre à hauteur d'enfants, nous ferions peut-être des miracles. Aujourd'hui, on revient à l'essentiel. Comment fonctionne le cerveau et comment transmettre peut-être avec justesse et en tout cas avec respect pour nos enfants et nos adolescents. Merci Grégoire.
- Speaker #2
Oui, merci. Bonjour.
- Speaker #1
Bonjour. Donc, vous êtes professeur de psychologie du développement et de neurosciences cognitives. Donc, le mot psychologie et le mot neurosciences, c'est des mots complexes qui appellent à la nuance et à la beauté de l'être humain. Ça veut dire quoi exactement ?
- Speaker #2
La psychologie, c'est l'étude globalement de tous les mécanismes qui sous-tendent la pensée, de façon très générale. Merci. Et les neurosciences, c'est un mot très compliqué pour dire simplement les sciences du cerveau. Et aujourd'hui, finalement, ils ne sont pas totalement interchangeables, mais on considère que toute activité psychologique est sous-tendue par une activité cérébrale. Et donc c'est ça qu'on essaye de faire, de comprendre dans les recherches qu'on peut mener dans un laboratoire comme celui où vous êtes. C'est-à-dire un laboratoire qui essaie de comprendre, finalement, quels sont les mécanismes. qui sous-tendent le développement cognitif et socio-émotionnel de l'enfant et en quoi c'est lié au développement du cerveau.
- Speaker #1
Ok. Aujourd'hui, on va parler de transmission. Moi, ce qui m'intéresse notamment, c'est la transmission notamment entre les parents et les enfants. Mais je sais que vous formez les enseignants, donc on en parlera peut-être un petit peu plus tard. Quand on parle de développement, on parle aussi des parents, puisqu'ils sont là aussi pour accompagner le développement de leurs enfants. Qu'est-ce que, si je vous dis le mot transmission, vous pensez à quoi, vous ?
- Speaker #2
La transmission, c'est typiquement un mot très très large pour finalement essayer d'expliquer une partie des mécanismes par lesquels... Des compétences qu'on a pu acquérir en tant que parents ou des valeurs qui sont importantes pour nous, on essaye de les transmettre à ses enfants, alors évidemment ça paraît tautologique si je dis transmettre, et que finalement nos enfants puissent les apprendre. Et donc ça renvoie à un type d'apprentissage. Il y a d'autres types d'apprentissage. Il y a des apprentissages par observation. Il y a des apprentissages qu'on appelle l'interaction de tutelle. Donc ça, c'est très courant. C'est ce qu'on fait avec nos enfants. On leur explique spécifiquement pourquoi une valeur est importante, pourquoi une compétence, c'est important de l'acquérir. Ou quand on leur fait travailler un exercice de maths ou on fait une petite activité autour des sons de la langue. Tout ça, ça fait partie de l'apprentissage, mais aussi de la transmission. C'est-à-dire qu'à partir du moment où on est dans une situation de sachant, Et quand on essaye que notre enfant acquiert cette compétence, on est dans une situation de transmission.
- Speaker #1
Mais là on parle de position de sachant vers quelqu'un, une personne. Aujourd'hui, on peut qualifier dans l'imaginaire collectif de peau vide, de feuilles blanches à remplir, d'ordinateurs à coder. Je sais que vous n'êtes pas du tout d'accord avec cette image-là. Ou justement un enfant, un bébé. Alors,
- Speaker #2
ce n'est pas que je ne suis pas d'accord. C'est globalement que les données scientifiques suggèrent qu'en fait, on a une mauvaise... conception et représentation de ce qu'est un très très jeune enfant en fait un très jeune enfant si vous voulez en avoir une représentation la plus fidèle possible au regard de ses capacités il faut que vous disiez que c'est une machine de guerre en termes d'apprentissage c'est à dire que certes il arrive au monde pas du tout fini c'est une particularité de l'espèce humaine c'est très très long pour un enfant de développer toutes les compétences dont il a besoin pour survivre. C'est la particularité de l'espèce humaine par rapport à d'autres espèces. Par exemple, un cerveau d'enfant, il met plus de 20 à 25 ans pour être structuré comme un cerveau d'adulte, donc c'est très très long. Ça donne évidemment des opportunités absolument fabuleuses en termes d'apprentissage, parce que c'est des moments où le cerveau est très plastique. Donc ça veut dire qu'il permet des apprentissages extrêmement rapides. C'est exactement ce que nous servons chez les très jeunes enfants. Ils apprennent plein de choses très rapidement.
- Speaker #1
Quand vous dites très jeunes enfants, vous mettez...
- Speaker #2
À partir de zéro an. Dès les premiers moments de la vie. Ils ont déjà neuf mois. Oui, déjà, ils ont déjà neuf mois. Il y a eu tout le moment de l'environnement intra-utérin. Et c'est un environnement dans lequel l'enfant, en tout cas... apprend d'une certaine manière puisque c'est une situation dans lequel son cerveau est en train de se développer, se transforme. On sait que certains environnements intra-utérins vont avoir des impacts sur le développement cérébral s'il y a beaucoup beaucoup de stress par exemple. S'il y a des infections ça peut avoir des impacts sur le développement du cerveau même dans des stades extrêmement précoces du développement cérébral. Et il y a tout ce temps après la naissance et en fait on sait qu'ils apprennent très vite. Il suffit avec un nouveau-né, il y a des travaux. très joli par un psychologue qui s'appelle Melzov, qui montrait que si vous faites les nourrissons, quasiment dès la naissance, peuvent reproduire une séquence motrice. Donc si vous tirez la langue, plusieurs fois ils vont tirer la langue à peu près avec la même rythmicité. Donc il y a déjà de l'apprentissage, c'est absolument fabuleux. C'est-à-dire que dès les premiers moments, les heures de la vie, il y a de l'apprentissage qui se produit. Parce que tout est apprentissage. Toute situation est une situation d'apprentissage. Et donc... Il y a ce temps du développement cérébral dans lequel le cerveau est très plastique. Très plastique, ça veut dire qu'il apprend très vite puisqu'il se reconfigure, il se reconstruit. Il va se réorganiser très rapidement au cours des apprentissages. Et l'enfant, très vite, du fait de cette capacité extraordinaire du cerveau humain à apprendre, va développer plein de compétences. Mais quand je dis plein de compétences, c'est y compris des compétences extrêmement complexes. Il faut dissocier deux choses. Le bébé ne peut pas forcément vous répondre parce qu'il n'a pas accès au langage. Mais il ne faudrait pas du tout supposer que ça veut dire qu'il n'a pas déjà accès à une intelligence extrêmement complexe. Donc on sait par exemple qu'un bébé à 4 mois, alors est-ce que c'est inné ou acquis, on ne sait pas. Mais c'est très probablement acquis pour certaines compétences très précocement. Pour d'autres, c'est potentiellement inné parce qu'on le retrouve chez d'autres espèces. Par exemple, on sait que les bébés très tôt peuvent estimer approximativement le nombre d'objets dans un nuage de points. Ou si vous mettez plein d'objets les uns à côté des autres, plein d'objets jaunes d'un côté et rouges de l'autre, ils peuvent à peu près dire là où il y a le plus d'objets.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #2
Mais très très rapidement, c'est-à-dire quasiment dès la naissance.
- Speaker #1
Ils ont une forte capacité d'observation qui est...
- Speaker #2
Exactement, ils ont des capacités d'observation absolument incroyables et ils sont déjà en fait précablés pour le langage, mais aussi pour des compétences du type quantifier approximativement le nombre d'objets dans l'espace. Et en fait, on le retrouve... Dans d'autres espèces, on pouvait retrouver cette capacité chez des poissons, chez des petits poussins, ils ont aussi cette capacité-là. Et donc c'est pour ça qu'on dit que c'est inné. Vous le retrouvez dans d'autres espèces, vous vous dites que c'est probablement inné.
- Speaker #1
D'accord. C'est une capacité que nous on perd en tant qu'adultes, c'est-à-dire...
- Speaker #2
Non, vous l'avez encore, et en fait elle s'affine avec le temps. Vous êtes meilleur pour le faire que... D'accord. Si je vous présente très rapidement, je vous flash le nuage de points, vous savez là où il y en a le plus.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #2
Mais ça vous permet, vous ne les avez pas comptés en fait. Votre cerveau est capable de faire ce type de traitement. Mais pour aller un peu plus loin sur le bébé, il est capable de faire ce genre de choses, mais il est aussi très vite capable, et c'est pour ça qu'on dit que le bébé est déjà un petit psychologue dans le berceau, il est très vite capable de reconnaître les personnes dans son environnement qui ont des comportements prosociaux ou antisociaux. Il y a plein de petites expériences qui montrent qu'ils vont pouvoir distinguer des interactions sociales entre les individus et déterminer celles qui sont plutôt des d'interactions du type entraide ou au contraire des situations dans lesquelles on va empêcher à quelqu'un de faire quelque chose. Ça, ça se développe très vite, mais ils ont même déjà accès à la pensée abstraite. Il y a des données qui montrent qu'à 4 mois, ils peuvent faire du raisonnement inférentiel, c'est-à-dire qu'ils peuvent partir du résultat d'un tirage pour en inférer qu'est-ce qui a produit ce tirage. Et donc ça, c'est possible à 4 mois. Comment on a vu ça ? Alors en fait, vous faites une petite expérience toute simple, vous mettez un bébé face à vous, il y a une boîte entre vous et le bébé, la boîte, on peut pas savoir ce qu'il y a à l'intérieur, et vous plongez votre main dans la boîte et vous sortez un objet. Donc imaginez la situation suivante, je pioche une première fois dans la boîte, hop, je sors un objet rouge, et puis je recommence, je ressors un objet rouge, troisième objet il est rouge aussi, le quatrième tiens, il est blanc, et puis le cinquième il est rouge aussi. globalement, si je fais l'expérience avec vous, sans que je vous dise ce qu'il y a dans la boîte, Vous vous dites, à priori, il doit y avoir plein d'objets rouges dans cette boîte et peu d'objets blancs. Et en fait, un bébé, il fait exactement la même chose que vous. Et pour le démontrer, en fait, ce que vous allez faire, c'est que vous allez révéler ce qu'il y a dans la boîte. Et puis, dans certains cas, il y a effectivement une proportion d'objets rouges et blancs qui est conforme à ce que vous venez d'effectuer. Et puis, d'autres fois, c'est en contradiction. Et en fait, le bébé regarde plus quand c'est en contradiction. On dit qu'il est surpris. On ne sait pas s'il est surpris ou pas, mais en tout cas... Il a des attentes et il fait des prédictions dans ce domaine-là. Et il le fait dès 4 mois après la naissance. Donc dites-vous que tout votre logiciel de compréhension du bébé, en vous disant que c'est un petit être qui a une intelligence très simple, très simpliste, il ne comprend pas très bien ce qui se passe autour de vous, dites-vous que c'est exactement l'inverse. C'est un petit savant, il passe son temps à faire des hypothèses, à regarder si elles sont vérifiées ou pas. Et c'est comme ça qu'il construit son intelligence. Et donc, en tant que parent, on rate souvent. La réponse finalement aux besoins cognitifs des bébés. On pense beaucoup aux besoins émotionnels, on pense évidemment aux besoins affectifs, on pense aux besoins physiologiques, leur donner à manger et ainsi de suite. Et on oublie cette dimension-là, cette dimension en fait de nourrir intellectuellement, y compris un bébé. Ça ne veut pas dire le surstimuler en permanence, mais ne serait-ce que de lui parler, et de lui parler avec. Là, le niveau de langage que j'ai, moi, avec vous, je ne vais pas forcément lui parler de son cerveau et ainsi de suite, mais en tout cas, d'avoir des structures syntaxiques complexes, c'est-à-dire des phrases un peu compliquées, y compris avec du vocabulaire riche, parce qu'on sait que ça, ça va nourrir le langage du bébé et ensuite, ça va nourrir finalement ses capacités langagières et ensuite sa capacité à bien apprendre à lire.
- Speaker #1
Avec une intonation particulière, parce qu'ils sont vraiment trop mignons.
- Speaker #2
Ouais, exactement. Et d'ailleurs, on pourrait essayer de ne pas le faire, mais en fait, spontanément, on le fait. Parce que c'est une façon de capter leur attention. Et donc on a, et on sait qu'en tant qu'adulte, on a cette façon de parler au bébé. On va appuyer beaucoup plus ce qu'on appelle la prosodie du langage, la musique du langage. Donc on va avoir des intonations en passant dans les aigus, souvent, et ainsi de suite. Ça, il ne faut pas du tout. Le supprimer, c'est hyper important, c'est aussi une façon pour eux d'être en connexion et en communication avec nous. Mais par contre, ça n'empêche pas d'avoir des phrases qui sont des phrases complexes avec du vocabulaire. Et on utilise le bon vocabulaire, on n'utilise pas de la simplification du parler bébé. On va faire miam miam. Non, on ne va pas faire miam miam. On va manger. « Je vais te donner à manger » ou « Tu sais, aujourd'hui, c'est le moment de la journée où je te donne à manger » et ainsi de suite.
- Speaker #1
Et pourquoi le langage est si puissant pour le cerveau ?
- Speaker #2
Le langage, il est très puissant pour le cerveau pour deux raisons. La première, c'est qu'on est totalement précablé pour apprendre le langage. C'est pour ça que, contrairement à d'autres apprentissages, on n'a pas besoin de beaucoup de répétitions d'un mot pour qu'il intègre notre vocabulaire. c'est assez fabuleux en fait surtout les gros mots mais ça c'est un peu plus tard mais globalement on apprend assez rapidement le langage et puis le langage c'est une façon d'exprimer nos émotions, d'exprimer notre pensée de pouvoir aussi progressivement intérioriser ce langage pour réguler nos émotions, réguler nos comportements réguler notre impulsivité tout ça ça passe un peu par ce qu'on appelle le langage intériorisé Merci. C'est une voie d'accès à la pensée, à la complexité de la pensée, et de la communication avec les autres. C'est aussi pour ça que le langage existe. Ça nous permet de communiquer les uns avec les autres. Ce n'est pas la seule façon de penser. Il ne faudrait pas non plus réduire la pensée au langage. Ça voudrait dire que dans ces cas-là, quand vous avez certaines pathologies, vous n'accéderiez pas à la pensée. Ce n'est pas vrai du tout. Vous avez une pensée. Il y a une pensée sans langage, mais le langage structure beaucoup de nos interactions sociales.
- Speaker #1
Oui, c'est une façon de tisser le lien avec l'enfant. Et le fait justement de bien comprendre que ce petit être qui vient de naître peut comprendre bien plus, en quoi le fait de ne pas le comprendre c'est presque une violence envers l'enfant ? En quel moment ça peut être ? problématique pour l'enfant et pour son développement ?
- Speaker #2
Alors, ça peut être problématique notamment dans une dimension qui nous échappe souvent quand on est parent. L'idée, ce n'est pas du tout de pointer du doigt les pratiques parentales et ainsi de suite, parce que c'est souvent une absence de connaissances. Et ça, je veux dire, c'est plutôt la faute aide à la société qui n'a pas pensé des parcours de parentalité pour sensibiliser les parents justement à qu'est-ce que c'est qu'un bébé et qu'est-ce qu'il est capable de faire. C'est surtout sur la dimension... si on veut essayer d'assurer d'une certaine manière le bien-être d'un bébé en fait il y a quelque chose qu'on fait très peu avec les bébés c'est qu'on leur explique pas ce qui se passe en gros on les trimballe d'un endroit à un autre on les met sur la table à langer sans lui expliquer qu'à un moment on change d'espace et je suggère aux parents de faire un exercice d'esprit de se mettre à la place d'un bébé et de ce qui se passe dans une journée En fait... C'est se retrouver dans une situation dans laquelle vous êtes trimballé à droite et à gauche sans aucune explication de quelque nature que ce soit. Et en fait, c'est assez anxiogène pour un bébé. C'est aussi pour ça que parfois, ils ont ces moments où ils sont extrêmement difficiles à calmer. On dit à la fin de la journée, il y a ce moment où ils libèrent un peu toutes les tensions de la journée. Évidemment, ils ont été dans des situations qui sont hyper stressantes pour eux. Surtout quand on bouge beaucoup dans une journée. Ce n'est pas du tout à dire qu'il ne faut pas le faire, mais juste donner, expliquer au bébé. encore une fois c'est pas parce qu'il produit pas du langage qu'il ne comprend pas le langage donc on lui dit là on est en train de faire ça ensuite la prochaine étape c'est on va aller chez papi et mamie donc je vais te mettre dans la voiture puis quand on le met dans la voiture on lui dit là c'est le moment où on va prendre la voiture donc la voiture on va je te rappelle on va chez papi et mamie là je vais fermer ta ceinture de sécurité c'est important parce que la ceinture de sécurité si on a un accident ça paraît vous vous dites ah écoutement bah en fait dites-vous juste que si vous vous mettez à la place si vous vous êtes à la place du bébé ça serait quand même très surprenant c'est-à-dire que s'il y avait des gens qui s'occupaient de vous et qui vous trimballaient d'un endroit à un autre sans rien vous dire en fait assez rapidement vous diriez c'est quand même très bizarre comme situation donc je pense que c'est surtout cette dimension-là qu'il faut avoir c'est-à-dire que si on veut sécuriser le bébé il y a évidemment l'idée d'avoir des routines mais c'est aussi d'expliquer la séquence des routines au cours de la journée. Ce qui paraît évident pour un enfant plus âgé, c'est-à-dire qu'à partir du moment où ils accèdent au langage, on le fait très spontanément.
- Speaker #1
Oui, parce qu'ils vont le dire, ils disent « je ne comprends pas pourquoi on fait ça » . Exactement. Et à l'adolescence, c'est encore différent.
- Speaker #2
Exactement. Mais dites-vous qu'avec un bébé, en fait, c'est exactement la même chose, sauf qu'il n'a pas la capacité de l'exprimer, si il l'exprime. Et en fait, on le sait très bien. C'est-à-dire que quand on dit « ah, c'est le moment entre… » 5 heures et 7 heures en lesquelles il est ingérable, il pleure tout le temps et tout ça. Bah oui, évidemment, c'est la fin de la journée, il a été à la crèche, on l'a trimballé à droite et à gauche, peut-être que c'est une autre personne qui l'a ramené à la maison. C'est hyper complexe à gérer pour lui.
- Speaker #1
Oui, et puis c'est des mots super durs, ça ne me plairait pas d'entendre « t'es ingérable, t'es insupportable » parce que je suis fatiguée, effectivement, et puis on peut avoir envie de pleurer, de crier. Il y a pas mal de parents, d'ailleurs, qui finissent par crier parce qu'ils n'en peuvent plus. Il y a un truc que j'aime beaucoup dans vos travaux, en règle générale vous recontextualisez beaucoup vous rappelez que en fait on est dans un système ce système, il y a le système familial qui évolue aussi dans un système culturel, qui sont différents systèmes d'ailleurs culturels qui évoluent au sein d'une même société vous l'avez fait aussi par rapport au rapport PISA de l'école, il y a eu le Covid il y a eu plein de choses, il faut arrêter de tout simplifier aussi et vous parlez de la parentalité et Mouah Et c'est vrai que la parentalité, on va donner des cours d'accouchement très brefs, où on va montrer, pour m'en souvenir un petit peu, un bassin dans lequel on va faire passer une poupée. Moi, personnellement, la première, j'ai eu une césarienne d'urgence, et donc on ne m'avait pas expliqué qu'on pouvait déshiper. Enfin, voilà, cette expérience-là, d'ailleurs, je ne l'ai pas très bien vécue, parce que moi, j'ai besoin d'explications, un peu comme un enfant. Qu'est-ce qui pourrait aider ? En termes de connaissances, les parents, justement, à sécuriser leurs enfants pour les amener et les accompagner dans leur développement, sachant qu'on a tous des cultures différentes, on comprend et on a une perception du monde, parce que l'éducation donne une perception du monde en plus. De manière très universelle, qu'est-ce que j'allais dire ? Moi je pense tout de suite au sommeil, au langage, mais peut-être que c'est juste se mettre à la hauteur d'eux. Est-ce qu'il y a deux, trois choses qu'on pourrait garder en tête en tant que parent et qui seraient intéressantes de savoir, par exemple, à la maternité ? Je ne parle pas d'une école de parents parce qu'il ne faut pas forcément déplacer tout ça, mais... On a tous ce ressenti de rentrer chez nous en disant « Bon ben voilà, maintenant je suis tout seul ! »
- Speaker #2
Oui, je pense que c'est un peu un angle mort de notre société, en tout cas de la société française, c'est de ne pas avoir suffisamment pensé à un parcours de parentalité. C'est-à-dire comment aujourd'hui on arme les parents, non pas en leur disant voilà ce qu'il faut que vous fassiez, en étant très injonctif, mais plutôt au contraire, voilà ce que vous devriez savoir sur votre enfant. Et ensuite, vous l'avez très bien dit, la parentalité, c'est des valeurs qu'on a envie de transmettre. Elles ne sont pas forcément toutes les mêmes dans toutes les familles. C'est au-delà même des cultures, au niveau de chaque milieu social d'origine, on n'a pas forcément les mêmes pratiques culturelles. culturelles, les mêmes intérêts et donc on n'a pas envie de transmettre la même chose et c'est tout à fait, il faut qu'on respecte cette variabilité finalement des modes de parentalité et des pratiques parentales associées parce qu'en plus En plus, souvent, on aurait une hiérarchie, finalement, des pratiques parentales. Il faut faire très attention avec ça, parce que, je veux dire, en fonction de votre contexte et de votre milieu de vie, vous ne pouvez pas faire exactement la même chose. Donc, il faut quand même qu'on fasse un peu attention à ça. Il y a quelques universels, en fait. C'est-à-dire que la première chose, c'est de rappeler qu'on a tous le même cerveau à la naissance. À peu près. Fille et garçon. Fille et garçon. Ensuite, ils se développent différemment, parce que notre cerveau est modelé par l'environnement dans lequel nous allons grandir. C'est l'aspect moins positif de la plasticité cérébrale, c'est que finalement, il y a quand même le fait que si vous êtes dans un environnement dans lequel il y a énormément de stress, et que vous en subissez les conséquences chaque jour, ça va avoir un impact sur la façon dont se développe votre cerveau. Encore une fois, ce n'est pas déterministe si vous changez l'environnement, si vous avez réussi à réduire le stress, si vous donnez plus d'argent aux familles. Je ne suis pas d'entendre ça. parce que comme ça elles peuvent finalement assurer la stabilité financière du foyer, vous allez créer un environnement beaucoup moins stressant pour l'enfant et ça va totalement normaliser son cerveau. Il faut faire attention, c'est pas parce que c'est du biologique que c'est écrit dans le marbre, tout ça bouge. Mais il y a deux trois choses. La première chose c'est de rappeler que le sommeil c'est extrêmement important pour un enfant. C'est fondamental dans les premières années de la vie. Et en fait, beaucoup plus longtemps que ça, même à l'adolescence, c'est extrêmement important. Rappelons-nous quand même que dans les premiers mois de la vie, les bébés peuvent dormir jusqu'à 17h par période de 24h, c'est tout à fait normal. Et donc ça, ça a une incidence, ça veut dire que jusqu'à 3 ans, il faut essayer, encore une fois quand je dis absolument pas, il faut essayer que les enfants soient le moins possible devant un écran, parce qu'en fait, comme ils dorment, ils ont un sommeil qu'on appelle polyphasique, ils dorment à n'importe quel moment de la journée, puis après ils vont dormir pendant la sieste. si vous exposez l'enfant à un écran, on sait que l'écran, son gros problème, c'est qu'il va interférer avec la qualité du sommeil. Et donc, une des idées, c'est comment vous faites pour essayer de réduire au maximum ce temps, notamment chez les très jeunes enfants. Si un jour vous les avez laissés 10 minutes, c'est pas la fin du monde. Ne culpabilisez pas pour ça, c'est pas très grave, mais juste gardez ça quand même en tête, parce que le sommeil, c'est hyper important. Le sommeil, c'est le moment où tous les apprentissages se rejouent. C'est-à-dire que ce qui fait qu'on... n'arrive à acquérir, à transmettre, qu'une compétence finit par être acquise par l'enfant et qu'il puisse la garder pour le reste de sa vie, une connaissance ou une compétence, et ainsi de suite, c'est pendant la phase de sommeil que ça s'opère. C'est-à-dire que les mécanismes de neuroplasticité qui nous permettent de consolider l'ensemble des souvenirs et des apprentissages de la journée, ça s'opère pendant la phase de sommeil. Donc si vous dormez moins, vous apprenez moins bien, et en tant que parent, vous allez transmettre moins bien. Puis c'est hyper important pour la santé physique. C'est hyper important pour la santé mentale. On le sait tous, quand on ne dort pas bien, on n'est pas bien dans son corps et on n'est pas bien dans sa tête. C'est exactement la même chose pour un enfant. Donc quand même garder ça en tête. Et nos enfants, ils sont chroniquement en déficit de sommeil. Ils ne dorment pas assez. C'est-à-dire que si vous regardez les normes de sommeil, chez les plus grands, c'est entre 6 et 13 ans, c'est 9 à 11 heures par nuit. Entre 3 et 6, c'est 11 à 13 heures. Est-ce que vos enfants dorment 11 à 13 heures par période de 24 heures ? Non,
- Speaker #1
et pourtant je visais 10.
- Speaker #2
Si vous êtes en dessous, ils sont en déficit de sommeil. Et la dette de sommeil, ça prend des mois à la compenser. Et donc on fait attention en tant que parents, on décale pas le rythme le mardi soir s'il n'y a pas école le mercredi. On décale pas le rythme le week-end. Alors je sais, ça paraît un peu contraignant, si ça arrive une fois, c'est pas grave. Mais on fait attention, le sommeil c'est très bizarre le sommeil. Le sommeil, on en a tous besoin, c'est fondamental dans notre vie. Nous en tant que parents on dort pas assez, donc aussi le message c'est dormez plus en tant que parents. Alors je sais que c'est difficile quand on a un bébé, mais essayez de dormir le maximum. Parce qu'en plus ça vous permet de réguler vos émissions, vous serez moins énervé avec eux. et ainsi de suite. Mais en même temps, c'est complètement un réflexe conditionné. C'est-à-dire que pour dormir, pour s'endormir, il faut en fait avoir une routine. Toujours la même, il faut aller se coucher à peu près tout le temps, en même temps, et tout ça. Et c'est vrai aussi pour un enfant. Et je rappelle quand même qu'à l'adolescence, c'est le moment de la vie dans lequel le déficit de sommeil est le plus important, parce qu'ils ont encore des besoins en sommeil qui sont extrêmement importants, et que... comme ils décalent leur rythme de sommeil du fait de l'entrée dans la puberté, ils ne dorment pas du tout assez. En gros, ils ont encore besoin de dormir entre 13 et 17 ans, 8 à 10 heures par nuit. Et en fait, ils dorment généralement en dessous de 8 heures. Donc ils sont en déficit de sommeil. Et ce n'est pas que de la faute des parents, c'est aussi de la faute des rythmes scolaires qui ne sont pas du tout adaptés au rythme du cerveau adolescent et des rythmes du sommeil. En fait, on sait tous qu'il faudrait repousser au collège et au lycée la première de cours à 9 heures. Et ça, ça serait de nature à s'adapter au rythme de sommeil adolescent. Donc le sommeil, la deuxième chose c'est parler, il faut Mon conseil c'est, il faut saouler de paroles les enfants, il faut leur parler tout le temps. Dès que vous avez l'occasion de leur parler, il faut leur parler. C'est tellement important pour le reste de leurs apprentissages, que dès leur naissance quasiment, il faut leur parler le plus systématiquement possible, et il faut vraiment avoir des moments où on se parle sans qu'il y ait des objets qui interfèrent dans la communication. J'entends... Pas tant le portable sur lequel ils sont, mais le portable sur lequel nous sommes. Donc si à un moment vous voulez réellement parler avec vos enfants, vous allez faire preuve d'exemplarité, vous allez poser votre téléphone portable et vous allez vraiment dédier. Je sais que le monde est très compliqué aujourd'hui, qu'on a plein de travail dans de multiples espaces, pas que au bureau, mais en fait, il vaut mieux passer 20 minutes à être totalement en interaction avec son enfant. dans lequel on va vraiment parler avec lui, avec toujours cette notion de structure de phrase un peu complexe, avec du vocabulaire riche. Il vaut mieux faire ça pendant 20 minutes, plutôt que de passer deux heures sur son téléphone, avec son fils ou sa fille assise à côté de nous sur le canapé, en se donnant bonne conscience, en se disant j'ai passé deux heures avec eux. En fait non, vous n'avez pas du tout passé deux heures avec eux, et vous n'avez pas du tout parlé avec eux, parce qu'en fait un téléphone, le problème, c'est que ça interrompt le rythme de la communication. Et donc... C'est pas de nature fondamentalement à transformer les choses. Et puis, la dernière chose qu'il faut essayer d'expliquer aux parents, c'est essayer, dans la mesure du possible, de vous mettre à la place de votre enfant. C'est-à-dire qu'on se rend pas compte à quel point on leur fait vivre parfois des situations qui sont des situations hyper stressantes, parfois qui relèvent de violences éducatives ordinaires. Il faut pas non plus les caricaturer, ces violences éducatives ordinaires. quand même, vous êtes très grand, vous êtes très fort par rapport à un enfant. Et quand on est un peu à la bourre à l'école et qu'on traîne notre enfant par le bras, ou quand on est dans une situation où on a eu peur pour eux, et qu'un peu violemment, en fait, on va les arracher là où ils étaient, mettez-vous à la place d'eux à ce moment-là et dites-vous qu'est-ce que mon enfant a ressenti. Dites-vous, c'est comme s'il y avait un géant qui vous arrachait à ce moment-là à ce que vous étiez en train de faire. En fait, c'est dur. On ne s'en rend pas compte, mais ça fait partie d'un ensemble de petites violences qui s'additionnent les uns aux autres, ou quand on leur crie dessus. Tout ça, c'est des choses qu'on n'accepterait pas. Par exemple, dans notre famille, on n'accepterait pas. On aimerait qu'on ne se parle pas comme ça. On aimerait qu'il n'y ait pas de violence entre conjoints. Qu'est-ce qui justifierait qu'on le ferait avec un enfant ? Et donc il faut qu'on fasse attention à toutes ces petites choses. Encore une fois, je ne voudrais pas non plus caricaturer les choses, ce n'est pas parce qu'un jour vous avez crié sur votre enfant, ce n'est pas parce qu'un jour vous l'avez tiré un peu, je dirais, de façon un peu rapide par le bras, que pour le reste de sa vie, son cerveau s'en trouvera impacté, qu'il aura un traumatisme qu'il ne pourra jamais dépasser.
- Speaker #1
Non mais c'est un cap, c'est une boussole.
- Speaker #2
Mais c'est quand même une boussole de toujours faire attention, vous êtes face à une personne humaine, qui a accès à des émotions complexes, qui comprend très bien les situations. Parfois, il ne comprend pas toute la complexité de la situation et qu'il y a aussi là quelque chose, finalement, à trouver dans la communication avec eux. C'est-à-dire que ça peut arriver d'être fatigué un soir, ça peut arriver de perdre son calme, ça peut arriver même, je dirais, d'avoir un geste qui n'était pas forcément le geste qu'on voudrait avoir avec son enfant. Ce qui est vraiment important, c'est ce qui se passe après. C'est comment vous allez réagir sur... Une fois que je me suis calmé, est-ce que je suis capable d'aller voir mon enfant pour lui dire « Bon écoute, là je suis hyper fatigué, je vais pas très bien, c'est difficile pour telle et telle raison, j'aurais pas dû réagir comme ça, j'ai réagi comme ça, c'est pas ce que je voulais essayer de transmettre. » En fait, aussi de lui décrypter pourquoi vous avez réagi comme ça et puis de lui dire que vous allez essayer la prochaine fois que ça se reproduise. En fait, c'est tout bête, mais ça, ça reconstruit la relation avec l'enfant.
- Speaker #1
Oui, parce qu'au final, c'est lui apprendre aussi, lui passer peut-être le message de « je t'aime et je suis désolée parce que je t'aime, je n'aurais pas dû réagir comme ça » versus « je t'aime et même si je t'aime, je peux te faire du mal de manière… » Moi, je pense particulièrement aux humiliations verbales et aux violences physiques. est-ce que hum Donc il y a le sommeil, le langage, se mettre à la hauteur de l'enfant. Est-ce qu'on parle de nourriture ? Déjà, si on fait les trois là, c'est déjà super. Les trois là,
- Speaker #2
c'est déjà super. La nourriture, c'est un lieu commun de dire qu'ils ont besoin de manger équilibré. Il y a aussi des réalités sociales dans lesquelles c'est plus difficile dans certaines. famille de manger équilibré que dans d'autres, parce que ça coûte cher de bien manger, il faut être assez clair. Contrairement à la pub Leclerc. Que les produits hyper transformés ne sont pas chers, et que certaines familles... Et puis il y a aussi la réalité de nos vies quotidiennes, on n'a pas beaucoup de temps nécessairement pour faire la cuisine et tout ça.
- Speaker #1
On fait de notre mieux.
- Speaker #2
On fait de son mieux, on ne culpabilise pas si ça arrive qu'ils n'aient pas mangé exactement 5 fruits et légumes par jour. Ça peut arriver. Pourquoi c'est important ? C'est important évidemment sur la dimension de la santé physique, mais c'est aussi très important pour notre santé psychologique et pour nos apprentissages. Notre cerveau a besoin de nutriments, et ces nutriments viennent en partie de notre alimentation. Ça ne veut pas dire que ça sert à quoi que ce soit de prendre des compléments alimentaires ou d'en donner à ses enfants. Ça ne marche pas comme ça le cerveau, c'est juste de manger équilibré. La dernière dimension, c'est que je le répète, les apprentissages c'est tout au long de la vie. Et donc, quand on a le temps, c'est souvent plus le cas dans les familles favorisées que défavorisées, c'est là où on voit des différences sur les pratiques parentales. Encore une fois, ce n'est pas que les familles moins favorisées ont moins envie de bien faire. C'est parce que parfois, justement, cette transmission n'est pas exactement la même dans toutes les familles. On a été élevés différemment les uns et les autres. On n'a pas les mêmes valeurs qu'on veut transmettre aussi, mais on a tous envie de faire progresser nos enfants. Et en fait, il y a quelque chose que font très bien les familles plus favorisées, c'est ce qu'on appelle pédagogiser la vie quotidienne. Et donc ça, s'il y a un conseil à donner, c'est passer votre temps à pédagogiser la vie quotidienne. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que quand on est au supermarché, si on a le temps, on n'a pas toujours le temps, mais si on a le temps, quand on s'arrête par exemple devant les rayons des fruits et légumes, si l'enfant pose une question, c'est un formidable moment où on peut faire... finalement, des petits jeux autour de l'apprentissage du langage oral. C'est-à-dire que si l'enfant vous pointe, par exemple, une carotte, on peut s'arrêter à dire « c'est une carotte » , ou en fait, on peut aller beaucoup plus loin. On peut dire « alors, de quelle couleur elle est, la carotte ? » Et alors, c'est qui ? Est-ce que tu connais des animaux qui mangent des carottes ? Et alors, qu'est-ce qu'on peut faire avec une carotte, comme plat ? Et ainsi de suite. Ah, quand t'étais chez Papi et Mamie, ça paraît tout bête. Un peu la neige. Ouais, voilà, exactement. Ça paraît. mais en fait ça fait beaucoup c'est la même chose quand on prépare le cartable on sait que préparer le cartable avec son enfant c'est très lié à l'implication des parents dans l'école et en fait c'est très lié à la réussite scolaire, pas parce qu'en fait préparer le cartable ça marche, mais parce qu'en fait quand on prépare un cartable on fait plein d'autres choses alors on va dire, et alors c'est quoi les cahiers du jour, et puis on va poser des questions sur l'école, puis en fait on va peut-être faire un petit exercice en disant, tiens regarde on met quelques Merci. Combien de cahiers aujourd'hui dans le cartable ? Tiens, et si j'en retire deux, combien il reste de cahiers dans le cartable ? Et ça, c'est la pédagogisation de la vie quotidienne. Ça peut être par des petits jeux de société. Et en fait, il y a des familles dans lesquelles on le fait très naturellement. parce qu'on l'a vécu quand on était enfant parce qu'on a le temps de le faire il faut aussi être très clair et je voudrais surtout pas stigmatiser les familles moins favorisées c'est pas qu'elles veulent pas c'est juste que parfois la réalité nous rattrape et que quand vous avez 20 minutes pour faire vos courses vous avez pas le temps de faire tout ce que je viens de dire sur les carottes mais
- Speaker #1
c'est pas grave si c'est une fois dans la semaine voilà exactement et si c'est une fois dans la semaine c'est très bien et là on parle de choses qu'on veut transmettre de manière choisie donc il y a deux choses la première c'est Merci. Est-ce que le cerveau apprend mieux quand il est récompensé ? Et là, par exemple, vous parlez de jeux, quelque part, c'est un moment sympa, c'est des devinettes. Est-ce que pour transmettre quelque chose de manière choisie à son enfant, il y a une manière de faire pour que le cerveau retienne plus certaines choses que d'autres ? Le rituel, vous l'avez mentionné.
- Speaker #2
Oui, alors il y a effectivement la notion de récompense qui est extrêmement importante. Et je voudrais être clair là-dessus, la récompense c'est pas de dire si t'apprends bien ce que j'ai envie que t'apprennes, je vais t'acheter une console de jeu. Ça c'est vraiment pas la bonne idée de la récompense. Mais par contre, de rendre saillant pour l'enfant, et c'est encore une fois une façon d'expliciter un peu ce qui... qui se passe, y compris dans la situation d'apprentissage, en renseignant pourquoi c'est un intérêt d'acquérir cette connaissance que vous voudriez qu'ils acquièrent, ou cette valeur que vous essayez de transmettre, c'est extrêmement important pour lui, parce que ça lui permet d'anticiper une récompense potentielle. Parce que, rappelons que l'apprentissage, tout apprentissage, quel qu'il soit, c'est hyper coûteux pour notre cerveau. En fait, on n'apprend pas cette espèce d'idée qu'on apprend juste comme ça, un peu par simple exposition, en n'y faisant pas attention, tout ça c'est absolument pas la façon dont on apprend. L'apprentissage c'est vraiment un engagement extrêmement important, ça demande énormément de ressources cognitives, énormément d'énergie pour notre cerveau, et en fait pour être motivé à apprendre, pour s'engager dans la situation d'apprentissage en fait il faut anticiper une récompense. Si vous n'anticipez pas de récompense, il n'y a aucune chance. que vous vous engagez dans la situation d'apprentissage. C'est ce qu'on voit aujourd'hui avec les élèves, dont on entend parler les enseignants, qui, je respecte tout à fait l'observation qu'en font les anciens, ils disent, ils ne sont plus intéressés. Oui, mais s'ils ne sont plus intéressés, ils ne vont pas s'engager dans la situation d'apprentissage, donc ils ne seront pas concentrés, donc ils vont moins bien retenir ce qu'on leur enseigne, et ainsi de suite.
- Speaker #1
Si ce n'est pas la console, c'est quoi la récompense ?
- Speaker #2
En fait, la récompense qu'on devrait essayer de promouvoir chez les enfants, c'est simplement... Le fait d'arriver à faire quelque chose qu'il n'arrivait pas à faire avant. Aimer apprendre. En fait, aimer apprendre. C'est ça qui est transformant, en fait. Si à un moment, vous arrivez à véhiculer, à transmettre cette notion clé qu'en fait, l'enjeu de l'apprentissage, c'est d'apprendre et de progresser, et que c'est ça, en fait, la récompense ultime. Là vous avez gagné la partie parce que ensuite c'est par définition un enfant qui va accepter de faire des efforts pour arriver à faire quelque chose qu'il n'arrivait pas à faire avant. C'est ce qu'on appelle la motivation extrinsèque, c'est celle qui vient de nous-mêmes, celle qui fait qu'à un moment vous vous mettez dans la situation d'apprentissage. En fait ils le font tout le temps, mais on ne le voit pas forcément. Mais le gamin qui descend tous les jours dans la cour faire 20, 30, 40, 50 fois la même jongle et qui finalement arrive en débarquant dans l'appartement étant hyper content parce qu'il arrive enfin à faire le passement de jambes qu'il n'arrivait pas à faire jusqu'à maintenant, en fait il le fait pour lui-même. Et c'est ça qu'il faut réussir à cultiver. Sauf que la difficulté, c'est qu'à partir du moment où on rentre dans les apprentissages scolaires, on rentre dans un système qui va être un système de comparaison sociale, on fait mieux que le voisin, ou on essaye de faire mieux que le voisin, et puis nous, en tant que parents, on renforce ça. On demande alors, quasiment dès la maternelle, t'as eu combien d'images cette semaine ? Est-ce que t'en as eu plus que ton copain Pierre ? Ah, t'en as pas eu plus, ça va ? En fait, c'est nous qui construisons ce rapport aux apprentissages. Là, il faut qu'on fasse attention à ça. Il faut les féliciter du simple fait d'avoir essayé, d'avoir progressé, et d'être aussi conscient que des apprentissages, ça peut prendre du temps, et que la courbe d'apprentissage s'est faite parfois de progrès, souvent de stagnation, et même dans certains cas, de régression. Et ça, c'est totalement normal. Un apprentissage, ce n'est pas quelque chose de linéaire.
- Speaker #1
On n'est pas nul.
- Speaker #2
Et on n'est pas nul. Et si vraiment vous voulez aider vos enfants, en fait pour apprendre il faut que quelqu'un et c'est là aussi la transmission nous fasse un retour sur ce qu'on a fait et sur ce qu'on a appris ça c'est notre rôle de parent c'est de leur dire Est-ce que tu penses que tu as bien réussi ou pas bien réussi ? Mais en fait, bien réussi, pas bien réussi, on s'en fout un peu. Est-ce que tu as appris ce que tu voulais apprendre ? Parce qu'en fait, ce qu'on faisait là, c'était pour apprendre ça. Et ce n'est pas toujours évident pour un enfant de comprendre ce qui relève de l'activité et ce qui relève de l'apprentissage qui est sous-jacent à l'activité. Encore une fois, on le fait très bien quand on vient d'un milieu social favorisé parce qu'en fait, on a fait des études. Donc, on arrive à comprendre et à dissocier le but de l'activité. et le but d'apprentissage. Et donc ça, c'est déjà quelque chose sur lequel il faut faire résonner un peu l'enfant. Et puis à la fin de l'activité, quand on leur dit « Ah ben tu sais, en fait là, ce qu'on essayait par exemple, c'est que tu comprennes bien l'accord du pluriel sur les noms. Mais en fait, t'as pas complètement réussi. Eh ben, ce que je vais essayer de faire, c'est de t'expliquer comment tu dois faire la prochaine fois pour réussir. » Ben ça, en fait, c'est transformant. Souvent, ce qu'on fait mal, c'est transmettre la stratégie qu'il faudrait utiliser la prochaine fois. Pour réussir et apprendre ce qu'on a envie d'apprendre. Et souvent, on se dit un peu, bon, ça va venir. Ben non, ça va pas venir. Et ça, encore une fois, c'est très inégalement réparti dans la population des parents. Parce qu'il y a des parents qui sont très sensibilisés sur ces dimensions-là. Les enseignants, par exemple, sont très très bons pour faire ça. Mais parce que c'est leur expertise. Ils savent très bien le faire. C'est pour ça que leurs enfants réussissent très bien dans le système éducatif et sont surreprésentés dans les grandes écoles.
- Speaker #1
D'accord. Parce que c'est vrai qu'il y a la réaction qui est... Il y a peut-être plus de réactions que je ne pense, mais moi j'en vois deux, il faut donner le temps. Autant ça viendra. Et il y a aussi la peur du parent qui est « mais c'est pas possible » , l'impatience, du coup la gestion des émotions du parent. Et c'est ce que vous disiez, parce que quand on leur dit des phrases « t'as eu combien la mise en compétition ? » , l'enfant il va effectivement pas entendre « je suis valorisé » , il va entendre cette notion de compétition. Et du coup ce sont des schémas mentaux que l'enfant va garder plus tard. Et ça, je trouve que ça s'ancre fort à l'entête, parce qu'en fait, c'est de la répétition et de la répétition, et à force de creuser, on fait des autoroutes dans le cerveau. Donc, ma question, c'est un schéma mental, des réactions automatiques, ça se transmet, même si on ne veut pas le faire. Donc là, c'est de la transmission inconsciente, mais on va transmettre nos réactions automatiques, nos schémas mentaux.
- Speaker #2
Je ne dirais pas qu'elle est forcément inconsciente, elle est implicite. C'est-à-dire qu'en fait, toutes les questions qu'on pose, elles créent des implicites. Et elle crée des représentations sur la situation d'apprentissage. C'est-à-dire, typiquement, leur poser la petite question du nombre de très-bien qu'ils ont eu dans leur carnet, en fait, c'est de leur expliquer implicitement ce que vous êtes en train de leur dire. C'est qu'il faut qu'ils travaillent pour vous faire plaisir et pour faire plaisir à la maîtresse. Ou pour avoir le plus de TB possible. Et en fait, c'est complètement absurde. C'est pas ça l'enjeu. L'enjeu, c'est qu'il ait bien réussi l'exercice. Parce qu'il y avait un but d'apprentissage derrière et qu'il est progressé. C'est ça qu'il faut essayer de mettre en évidence systématiquement. C'est-à-dire de lui dire, tu sais, ça t'arrivais pas à le faire il y a deux semaines. Parce que pour lui c'est difficile de s'en rendre compte. C'est-à-dire qu'on a toujours, les uns et les autres, on a toujours l'impression qu'on avait toujours réussi à le faire, qu'on est des bons lecteurs, donc on se dit, c'est très facile de lire. Pas du tout, ça nous a pris, c'était extrêmement difficile d'apprendre à lire. Tout ça c'est des choses qu'on oublie au cours du temps, et l'enfant aussi l'oublie. au fur et à mesure qu'il acquiert des nouvelles compétences. Donc c'est hyper important de toujours lui faire un retour sur sa propre courbe d'apprentissage. Donc arrêter de lui mettre en comparaison et en compétition avec les autres. parce que de toute façon ça n'a aucun sens de le mettre en compétition avec les autres vous savez pas ce qu'il se passe à la maison vous savez pas d'où il vient ce gamin vous savez pas ce qu'il fait par ailleurs en dehors de l'école peut-être que depuis son plus jeune âge il a quelqu'un qui l'aide en maths et en français, c'est le cas de certaines familles je veux dire très honnêtement si vous êtes chez les ados c'est très classique dans certaines familles il y a des cours du soir on reprend exactement tout ce qui a été fait dans la journée à l'école avec un tuteur dédié à l'enfant évidemment qu'il va être meilleur à l'école Mais est-ce que c'est ça l'enjeu finalement ? L'enjeu c'est que vos enfants apprennent, progressent et qu'ils aient conscience qu'ils progressent. Parce qu'une fois que je décrypte le fait que quand je fais des efforts, quand je m'investis dans la situation d'apprentissage, j'arrive à progresser, en fait ça déconstruit justement des représentations. un peu du type qu'on entend dans plein de familles françaises, « De toute façon, moi je suis nul en maths. » Alors c'est « je suis nul en maths parce que papa ou maman étaient nuls en maths » , comme s'il y avait une génétique, des compétences mathématiques. En fait, non, c'est beaucoup plus compliqué. « Les chiffres, c'est pas pour moi. » Oui, les chiffres, c'est pas pour moi. C'est bien sûr que si, ça peut être pour n'importe qui. Du moment qu'on y trouve un intérêt... Et qu'effectivement on n'est plus dans la comparaison sociale permanente. C'est un peu la difficulté aussi quand on compare, et d'ailleurs c'est quelque chose qui est très courant dans la société française, c'est-à-dire qu'on considère qu'il y a des talents naturels. Pas du tout, il n'y a pas de talents naturels. Il y a effectivement parfois... Plus de facilité pour certains que pour d'autres, mais après il y a du travail. Parce qu'on voit, in fine, c'est les gens qui ont passé beaucoup de temps ou moins de temps, finalement, à s'engager et à faire des efforts dans la situation d'apprentissage.
- Speaker #1
J'ai mon aîné qui me demandait, maman, si tu me dis que l'objectif c'est de progresser, alors pourquoi on nous met des notes ?
- Speaker #2
Il a parfaitement raison, d'autant que les notes, c'est les récompenses ou les punitions externes. Donc ça joue sur ce qu'on appelle la motivation extrinsèque. En fait, ce n'est pas que ça ne marche pas, ça marche. Au tout début, ça marche très bien. C'est-à-dire que si je vous mets soit le bâton, soit la carotte, en fait, vous allez travailler soit pour éviter le bâton, soit pour obtenir la carotte. Bon, ça marche avec des ânes, ça marche moins avec les enfants, mais... En tout cas, on ne peut pas essayer de faire ça. Vous voyez, voilà, exactement, vous voyez l'idée. Et globalement, le système de notation, il fonctionne comme ça. C'est-à-dire que vous avez les élèves qui... Les mauvais élèves, en gros, ils essayent de travailler un tout petit peu plus pour éviter la mauvaise note, et puis les bons élèves, en fait, ils essayent de travailler pour obtenir la meilleure note possible. Donc ce système, il fonctionne au début, mais ce qu'il fait progressivement au cours du temps, c'est qu'il va éroder la motivation intrinsèque. C'est-à-dire qu'en fait, on ne va plus jamais travailler pour nous-mêmes. On ne va plus jamais travailler simplement pour progresser. Et mettez-vous à la place, si vous avez un adolescent, mettez-vous à la place d'un adolescent qui a des difficultés à l'école et qui, globalement, obtient 7 de moyenne au premier trimestre. Et puis, au deuxième trimestre, il essaie de faire un peu plus d'efforts, et il obtient toujours 7 de moyenne. puis au troisième trimestre il fait un peu plus d'efforts mais il obtient toujours 7 de moyenne qu'est-ce qui peut lui en retirer de ce 7 de moyenne ? il va dire en fait j'ai pas progressé pendant l'année c'est totalement faux, en fait il a énormément progressé parce que les attentes Les compétences qu'il doit mobiliser à la fin de l'année scolaire, elles sont beaucoup plus complexes qu'au début de l'année scolaire. Donc certes, il a la même moyenne, mais en fait, fondamentalement, il a appris et progressé. Et ça, c'est absolument indécryptable. pour un adolescent ou pour un enfant ou pour un certain nombre de familles. Et donc là, il y a un rôle de l'école dans le meilleur des cas, des familles, si elles doivent se substituer de ce point de vue-là à l'école, de faire comprendre à notre ado que s'il a réussi à faire des choses qu'il n'arrivait pas à faire au début de l'année, même s'il a eu cette de moyenne pendant toute l'année.
- Speaker #1
Oui. Et dans ces schémas mentaux justement dont on parlait, où on se dit... On se dit, peut-être comprendre, accepter cette notion de progression, mais elle nous vient de loin, elle vient de l'éducation qu'on a reçue, etc. Comment est-ce que... Parce qu'on peut avoir des parents qui vont dire, déjà les choses de manière automatique, on peut avoir des réactions automatiques, c'était plus fort que moi, j'ai surréagi, j'ai mal réagi à sa note, ce genre de choses. Comment est-ce qu'on désapprend une manière dont on a réagi. Alors je ne sais pas si je confonds, je vais mal le placer, le concept d'inhibition dont on s'est parlé. Est-ce que c'est là ? Est-ce que c'est apprendre à inhiber une réaction automatique ? Et du coup j'imagine que c'est une compétence clé à apprendre en tant que parent peut-être, et à apprendre à nos enfants aussi. Comment est-ce qu'on apprend ça ?
- Speaker #2
Non, mais c'est exactement ça. C'est-à-dire que finalement, notre... On insiste beaucoup dans les apprentissages sur la notion d'automatisation. C'est le cas pour l'apprentissage du langage écrit par exemple, ou de l'écriture. Il faut apprendre à automatiser l'écriture, il faut apprendre à automatiser la lecture parce qu'ensuite ça nous permet de faire des choses plus complexes autour de la lecture et autour de l'écriture. ça c'est vrai, une partie de nos apprentissages c'est automatiser mais il y a toute une partie de nos apprentissages qui est justement de prendre de la distance avec un certain nombre d'automatismes, tout ce qui fait que on a des habitudes, parfois des mauvaises habitudes et ça, ça repose sur un un mécanisme qui est au cœur du vivant, qui est le mécanisme d'inhibition. Pourquoi il est au cœur du vivant ? Parce que déjà, c'est l'approche de l'évitement. L'approche, c'est je vais aller saisir un objet, et puis l'évitement, c'est cet objet est potentiellement dangereux pour moi, donc je ne m'approche pas. Ça, c'est de l'inhibition. C'est-à-dire, ne pas agir, c'est une forme d'inhibition. Et ce n'est pas négatif, c'est extrêmement positif. De la même manière... Il y a plein de stratégies automatiques qu'on construit au cours du temps. Pour vous donner un exemple, ça a déjà dû vous arriver, pour aller au travail vous faites toujours le même parcours, vous levez le matin, vous déposez les enfants à l'école, et puis ensuite vous tournez à droite, à l'intersection, et ainsi de suite. Et puis ça vous est peut-être déjà arrivé comme moi un jour, de vous retrouver devant votre travail un samedi matin, parce que juste vous étiez en mode automatique. Donc on voit bien que parfois il ne faut pas justement être en mode automatique. Et ça c'est une émission qui le permet. L'inhibition, c'est typiquement votre capacité à dire stop à un moment, à sortir de vos routines, ou par exemple, de sortir de vos schémas. C'est-à-dire de dire, moi, on m'a élevé comme ça, mais en fait, ces pratiques parentales, je me rends bien compte qu'elles ne sont pas forcément les plus adaptées pour mon enfant, pas parce qu'en soi elles sont mauvaises, mais peut-être qu'elles ne sont juste pas adaptées pour mon enfant, parce que chaque enfant est un peu différent les uns des autres. Et puis, la parentalité, c'est ça, c'est en fait de prendre des décisions, c'est un peu comme un enseignant dans une salle de classe. ils passent son temps à prendre des décisions. Ils essayent de prendre les décisions les plus éclairées possibles, au regard de ce qu'ils savent, de la façon dont on apprend, et ainsi de suite. C'est exactement la même chose d'être parent. Il n'y a pas une règle qui fonctionne de façon absolue. Il y a une règle qui fonctionne dans ce moment-là, parce qu'on sent que c'est le bon moment pour le faire. Et ça, ça nécessite en fait du contrôle. C'est ce qu'on appelle du contrôle cognitif. C'est tous ces mécanismes de régulation, régulation de nos automatismes de pensée, régulation de nos émotions, hyper important quand on est parent, et peut-être créer directement. Ça, c'est aussi l'inhibition qui nous permet. régulation de notre impulsivité ça c'est extrêmement important parce que réguler son impulsivité c'est ce qui nous permet de nous fixer des objectifs à très long terme, pour vous donner un exemple de ce qu'est l'inhibition typiquement quand le 1er janvier vous prenez une bonne résolution c'est de l'inhibition en action J'évite de manger un pain au chocolat tous les jours à 16h parce que j'ai envie d'avoir un super summer body quand je vais aller sur la plage en juillet. Ça, c'est de l'inhibition. À chaque fois que je vais passer devant une boulangerie, j'ai le pire d'envie de manger un pain au chocolat. Mais ça se muscle. Ça se muscle, ça s'apprend, ça se transmet par des petites activités toutes simples. C'est typiquement si vous demandez de façon un peu systématique. à votre enfant même jeune, de ranger ses jouets à l'issue d'une activité, c'est déjà apprendre à s'autoréguler. Leur dire par exemple d'accepter que très tôt, ils servent les verres d'eau à table, et même... Même s'ils en mettent un peu à côté, c'est pas très grave, parce qu'en fait, c'est apprendre à contrôler ses actions. Et ça, c'est le début des mécanismes d'inhibition dont on va avoir besoin pour réguler ses impulsivités, réguler ses comportements, réguler ses émotions, réguler ses pensées. Et donc ça commence par des tout petits exercices comme ça. Typiquement, même un enfant très jeune qui va... prendre le verre d'eau et le transporter jusqu'à la cuine. Alors oui, de temps en temps, il va en mettre à côté. Mais là, justement, c'est là où il ne faut pas s'énerver. Parce que c'est là où il apprend finalement à se contrôler. C'est des tout petits jeux comme ça. Quand on joue à ni oui ni non avec nos enfants, c'est de l'inhibition.
- Speaker #1
Pourquoi ?
- Speaker #2
Parce que Est-ce que c'est une question qui appelle une réponse par oui ou par non et on doit s'empêcher de répondre par oui ou par non ? Ça, c'est de l'inhibition. Quand il joue à Jacques Hadid, c'est de l'inhibition. Quand il joue à 1, 2, 3 soleil, c'est de l'inhibition. Donc, il y a plein de petits jeux du quotidien qui permettent de développer cette compétence-là. Et on sait qu'elle est importante parce qu'elle va sous-tendre les mécanismes de maîtrise de soi, de contrôle de ses comportements. Et on sait qu'ils sont hyper importants pour les apprentissages parce que c'est ce qui nous permet d'être un peu autonome dans les apprentissages. et ce qui nous permet de... Rester engagé dans une situation même quand ça devient un peu difficile, tout ça, ça relève de cette compétence.
- Speaker #1
Et de vivre avec les autres alors que les autres nous énervent.
- Speaker #2
Et c'est aussi la compétence qui vous permet, ou qui permet à un enfant de ne pas aller arracher le jouet à son copain quand il en a envie. Il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe,
- Speaker #1
il signe,
- Speaker #2
il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe,
- Speaker #1
il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il signe, il sig Je sais qu'il ne faut pas que je le fasse. Mais c'est vrai que c'est... Enfin, moi, je sais que je tiens beaucoup... Enfin, c'est un grand sujet chez moi, même d'apprendre aux côtés de nos enfants, au final, parce qu'on parle de transmission. Mais peut-être que les enfants, ils nous apprennent aussi. d'une manière ou d'une autre je ne sais pas si vous avez été surpris par un apprentissage en voyant les enfants ça c'est extraordinaire, ça m'apprend quelque chose en observant les enfants les vôtres,
- Speaker #2
ceux avec qui vous travaillez il y a plein d'apprentissages qui sont intéressants chez l'enfant d'une part parce qu'il nous renvoie à des moments de la vie où il y avait certaines conventions sociales qui ne nous empêchaient pas de faire certaines choses et je trouve que c'est extrêmement intéressant de les voir interagir de voir aussi parfois ce qu'ils peuvent se dire. Il y a un reportage qui est hyper intéressant qui se déroule dans une maternelle à Paris et dans lequel on voit les enfants interagir et ils disent des choses où parfois on se dit que finalement on surréagit pour se dire « Ouh là là, il ne faut surtout pas les exposer à du contenu qui pourrait être potentiellement un peu violent dans un dessin animé. » Puis vous entendez deux enfants qui parlent en grande section de matériel et vous dites « Oui, moi, dans mon rêve, je tuais... » tous mes copains parce que là vraiment ils m'ont trop énervé vous dites mais c'est hyper marrant c'est à dire qu'en fait ils ont parfois des pensées qui sont complètement en contradiction avec leur âge et à ce qu'on essaye justement de leur transmettre et en même temps ils jouent avec ça et donc moi ce que je trouve absolument génial chez les enfants et c'est ça aussi qu'ils nous apprennent c'est à quel point le jeu est un mécanisme puissant d'apprentissage en fait ils apprennent plein de choses par le jeu dans les interactions qu'ils ont les uns avec les autres et ainsi de suite et puis il y a quand même cette dernière dimension c'est qu'ils voient le monde avec une position, ne serait-ce que dans l'espace différent de la nôtre. Donc ils voient des choses que nous on voit pas et inversement. Et je pense que ça c'est aussi quelque chose sur lequel c'est hyper intéressant finalement de se remettre à leur niveau, parfois même physiquement. Mettez-vous au niveau de vos enfants pour voir ce qu'ils voient. C'est super de l'emmener dans un musée. Mais en fait, les musées, ils ne sont pas du tout faits pour des enfants. En termes de là où les panneaux sont... Les tableaux sont affichés, par exemple, ou les œuvres d'art. C'est assez intéressant de voir que parfois, vous leur dites « Alors, tu vois quoi dans ce tableau ? » Et puis, ils vous parlent d'un truc. Un beau cadre. Pourquoi ils regardent le truc tout en bas ? Parce qu'en fait, c'est ce qu'ils voient. Et je crois qu'il faut qu'on arrive aussi parfois à se mettre à hauteur d'enfant. Et c'est vrai que c'est aussi quelque chose qu'on essaye de dire aux politiques. Et aux décideurs publics de façon globale, c'est que nos sociétés, elles ne sont pas à hauteur d'enfants. Le mobilier urbain, il n'est pas fait pour les enfants. Ils sont en train de disparaître progressivement de l'espace public. Parce que ça, c'est aussi parce que nous, parents, on est très anxieux de ce qui pourrait leur arriver. Et ce n'est pas une bonne nouvelle. Parce qu'en fait, on a besoin d'avoir des espaces publics qui sont habités par des enfants. On a besoin d'entendre des rires, on a besoin d'entendre des enfants qui courent. On a besoin d'entendre, oui, des enfants qui crient parfois. y compris dans un wagon de la SNCF, et que c'est jamais une bonne idée d'interdire les enfants dans quelque espace que ce soit.
- Speaker #1
C'est vrai que les enfants rient beaucoup, et que rire ça fait du bien, et qu'en plus c'est communicatif, donc c'est un bon point.
- Speaker #2
Parce qu'ils voient la vie finalement avec moins de contraintes que nous, et ils voient parfois toutes les dimensions, effectivement, parfois absurdes de nos quotidiens. Je pense que c'est aussi ça qu'il faut qu'on arrive à cultiver chez eux. D'ailleurs, on sait que l'humour, c'est un très bon prédicteur de développer des compétences sociales. Et c'est assez prédictif, en fait, de votre caution intellectuelle et de votre intelligence. C'est-à-dire que développer l'humour, c'est une bonne stratégie en tant que parent chez son enfant. Même s'il y aura plein de petites histoires complètement nulles qui vont dans le... raconter.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #2
il faut être bon public.
- Speaker #1
Un dernier point, ça m'a fait tille quand vous parlez du jeu et de l'importance du jeu. Je dépose une de mes filles à l'école, donc elle a 6 ans et elle me dit maman je suis pas née pour aller à l'école. Non mais t'es née pour apprendre. Oui, non, je suis née pour jouer. Et au final c'est un peu ce que vous dites.
- Speaker #2
Elle a évidemment raison, c'est à dire que le cœur de l'humain, c'est de jouer. On voit bien comment nous, même en tant qu'adultes, le plaisir qu'on prend quand on s'autorise à jouer, que ce soit le sport, parce que c'est une forme de jeu, plus institutionalisé, plus cadré, mais c'est du jeu. Quand on fait des jeux de société, finalement, c'est toujours des moments qui sont des moments plaisants pour nous et on ne s'en rend pas forcément compte des moments dans lesquels on développe plein de compétences qui sont hyper importantes. pour finalement nous permettre d'apprendre et d'acquérir des nouvelles connaissances ou des nouveaux savoir-faire. Et il est très probable que le jeu, ce soit réellement la situation par laquelle on développe toutes les briques de base pour les apprentissages plus complexes ensuite qu'on va faire dans notre vie. C'est vraiment un moment fondateur en fait.
- Speaker #1
Est-ce que c'est parce qu'on se sent en sécurité quand on joue ? On est moins stressé, on respire mieux, on rit, on a une interaction, on a tout ce qu'il faut en fait.
- Speaker #2
Il y a tout ce qu'il faut et en fait il n'y a pas de conséquences négatives dans le jeu. Vous pouvez vous tromper, et c'est une situation dans laquelle l'erreur, elle n'est pas connotée, si ça peut nous énerver de perdre, mais globalement je peux toujours recommencer, je peux toujours faire différemment, donc c'est un formidable espace pour finalement apprendre, parce qu'on peut apprendre de ses erreurs, on peut faire différemment, et on a, même si le jeu... peut être compétitif, il peut être coopératif ou compétitif, c'est une compétition finalement, d'une certaine manière, sur laquelle il se joue pas grand chose, la compétition scolaire il se joue beaucoup plus que sur un jeu de société par exemple et donc ça, ce jeu et puis il y a plein d'apprentissages dans le jeu, quand un enfant apprend à jouer à travers un jeu de société par exemple, il apprend des règles hyper importantes pour la vie en société, je joue après que l'autre joueur ait joué, donc j'apprends à prendre mon tour, j'apprends à suivre un certain nombre de règles Merci. J'apprends potentiellement même à transgresser certaines règles. Et ça, ça fait partie aussi de l'apprentissage jeune.
- Speaker #1
Et pour terminer, on va faire un saut dans l'école qu'on a évoqué plusieurs fois. C'est un petit peu la rentrée. C'est les moments où les parents rencontrent les professeurs et on peut poser des questions. Est-ce qu'il y a des dialogues que vous allez voir s'installer entre les parents et les professeurs à ce moment-là ? Des questions qu'on ne pense pas à poser. Souvent, c'est « Est-ce que ça se passe bien ? » Je ne sais pas si on pose est-ce qu'il est sage ou est-ce que de temps en temps on n'ose même pas poser les questions parce que si le professeur ne demande pas de rendez-vous, en fait on ne fait rien. Est-ce qu'il y a des questions à poser, qui seraient intéressantes de poser, des échanges, pour qu'il y ait un dialogue qui vous tient à cœur ? En plus je crois que le dialogue entre les enseignants et les parents, c'est un beau sujet.
- Speaker #2
Le dialogue que j'aimerais voir s'instaurer, il ne part pas forcément du parent, il part aussi souvent de l'enseignant. et j'aimerais que... On est dans ce pays des vraies dimensions de co-éducation. C'est-à-dire qu'on se pose autour de la table et qu'on dise, pour cet enfant, qu'est-ce qu'il faut qu'on arrive à tisser comme alliance éducative entre les parents et les enseignants ? En ne disant pas, l'école, de toute façon, ça s'occupe des apprentissages fondamentaux, puis vous, vous vous occupez du reste. Oui, mais ce n'est pas suffisant. C'est-à-dire qu'en fait, c'est réellement comment on co-construit quelque chose entre le parent... entre les parents, parce que ça peut être très collectif, et l'enseignant, pour que chacun ait un rôle à jouer dans le cadre de cette éducation de l'enfant. Parce qu'on a chacun un rôle à jouer. C'est peut-être pas notre rôle en tant que parents d'apprendre à lire à nos enfants, par contre de lire des livres à nos enfants, c'est absolument capital. Et donc c'est là où il y a un enjeu, et ce que j'aimerais, c'est qu'effectivement, ces premières discussions de la rentrée, Ce soit des discussions dans lesquelles chacun joue son rôle et on respecte l'expertise de chacun. C'est-à-dire qu'on évite d'être dans le jugement, parant sur les pratiques pédagogiques des enseignants, en disant « oui, mais moi, quand j'étais élève... » Oui, d'accord, mais quand vous étiez élève, ça remonte à il y a un bail. La société s'est transformée, l'école s'est transformée. Donc évitez aussi de plaquer finalement ce que vous avez connu de l'école. Puis en plus, vous avez d'autant plus plaqué que vous étiez un bon élève. Mais je peux vous rappeler, si vous étiez un mauvais élève, vous savez très bien que l'école, ce n'était pas forcément exactement ce que vous attendiez. Donc, juste quand même de prendre chacun, de respecter l'expertise de chacun, d'un point de vue éducatif, et d'essayer de créer cette alliance, finalement, au bénéfice de l'enfant. Parce qu'en fait, c'est ça qui nous réunit. C'est comment on fait pour que tous les enfants puissent progresser et s'épanouir à l'école, et qu'aller à l'école, ce soit finalement un truc dans lequel, finalement, ils s'amusent, parce que c'est quand même ça le véritable enjeu. Et je pense que tous les parents Avant que leurs enfants aillent à l'école, plutôt que de leur dire travaille bien, on devrait dire amuse-toi. C'est ça le véritable enjeu. Et comment on fait pour que les enseignants trouvent cette dimension unique dans les apprentissages qu'ils mettent en place ? Il y en a plein qui le font, je ne les ai pas du tout stigmatisés là-dessus, puis c'est un métier qui est de plus en plus dur, et puis qui est peu reconnu, et puis il y a une pression effectivement de la société et des parents sur les pratiques pédagogiques. Mais quand même, trouver cette dimension-là et, des deux côtés, ne pas avoir de mauvaises représentations. C'est-à-dire que, du côté des enseignants, c'est des représentations de dire « Ah bah oui, mais ça, c'est les parents que je vois pas beaucoup, donc ils sont pas très impliqués. » Si, on peut avoir des parents qui viennent pas beaucoup, mais en fait, qui sont très impliqués. Et peut-être que là, il y a un rôle, justement, à l'enseignant, de dire « Bah, si vous voulez vous impliquer, voilà ce que je suggère que vous fassiez. » Et ça peut être... Allez, faites deux jeux de société par semaine avec vos enfants. Lisez-leur trois livres. C'est déjà fabuleux, si vous faites ça, c'est déjà beaucoup plus important que de signer tous les carré... Enfin, s'il faut signer les carré... Oui,
- Speaker #1
j'ai eu le petit raté et c'est moi qui ai perdu le poids. Voilà. Mais non, et puis c'est ce que vous dites aussi dans vos travaux, c'est comment est-ce qu'on apprend, comment est-ce qu'on aime apprendre. Et je me dis, en plus, avec l'intelligence artificielle, je me dis que c'est d'autant plus important... D'aimer apprendre parce que peut-être qu'on va devoir apprendre à apprendre, apprendre à désapprendre, et puis j'apprends encore autre chose, et puis une compétence, et puis elle part, et puis... Dernière question, est-ce que ce serait intéressant et aidant pour les enfants de comprendre comment leur cerveau fonctionne ? Moi je sais que c'est quelque chose que je trouve passionnant, et un peu comme le « c'est pas sorcier » qu'on avait il fut un temps de Fred et Jamy, quand on comprend, ça nous apaise, on se trouve plus normal, on culpabilise moins, etc. Est-ce que ce serait intéressant d'avoir des cours de « voilà comment mon cerveau fonctionne, voilà comment mon système nerveux fonctionne, voilà comment mes émotions fonctionnent » , plutôt que peut-être « dis c'est qui une grenouille, j'ai pris celui-là parce que... » C'est un truc qui m'a marqué, mais vous pourrez prendre d'autres choses.
- Speaker #2
Je pense que c'est évidemment frapper du saut du bon sens. Il y a un véritable enjeu pour notre école aujourd'hui, et je répète bien, pour notre école, d'arriver à enseigner très explicitement comment on apprend. C'est-à-dire que c'est ce qu'elle ne fait pas bien, et c'est ce qu'elle laisse aux parents comme charge, et ce n'est pas aux parents de le faire. parce que C'est trop marqué socialement. Et donc il faut absolument que l'école accepte finalement de dire je prends du temps sur le programme pour enseigner très explicitement aux élèves comment apprendre. Et enseigner aux élèves comment apprendre, c'est évidemment de leur parler de leur cerveau puisque c'est grâce au cerveau qu'on apprend. Le cerveau dans un corps, personne ne nie ça, mais c'est quand même le cerveau qui va stocker l'ensemble des connaissances, des savoirs, des procédures qu'on a appris au cours de notre vie, c'est stocké dans notre cerveau. Et donc, il faut que les élèves aient une connaissance même minimale du cerveau, qu'ils comprennent qu'ils se transforment au cours des apprentissages, parce que ça déconstruit justement ces représentations implicites sur le fait que je suis bon, je suis pas bon, je suis nul. En fait, ça marche plus. C'est-à-dire qu'une fois que vous savez que votre cerveau se transforme en permanence au cours des apprentissages à tout moment de votre vie, vous comprenez qu'en fait, cette représentation, elle n'est pas forcément pertinente au regard de ce qu'on sait du cerveau qui apprend. Ça leur permet d'avoir des connaissances aussi sur ce qu'est l'adolescence, pourquoi les émotions, à des moments, c'est difficile. de les réguler dans certains moments de nos vies, mais c'est aller beaucoup plus loin que ça. C'est enseigner comment on mémorise des informations. En fait, on demande à des élèves d'apprendre des leçons, personne ne leur a expliqué comment on apprend des leçons. Ce n'est pas acceptable. Si on considère que c'est un prérequis pour l'école, alors l'école doit enseigner comment on apprend une leçon. Et on a la possibilité aujourd'hui d'enseigner très explicitement quelles sont les stratégies de mémorisation qui fonctionnent, quelles sont celles qui fonctionnent moins bien. C'est la même chose pour l'attention et la concentration. Le nombre de fois en tant qu'élègue où vous avez entendu des profs vous dire « Soyez attentif, soyez concentré. » Super. Et ? Et qui m'explique ce que c'est que l'attention ? Qui m'explique ce que c'est que la concentration ? Personne. Ça, c'est plus acceptable. C'est-à-dire qu'effectivement, il faut prendre du temps pour expliquer ces fondamentaux de l'apprentissage, comme l'inhibition dont on a parlé tout à l'heure. C'est pas... Parler de l'inhibition pour parler de l'inhibition, mais c'est parler de l'inhibition pour faire comprendre aux élèves pourquoi c'est aussi important, pourquoi c'est important parfois de s'arrêter dans un exercice, de se dire il y a un truc un peu bizarre dans l'exercice en fait pour pouvoir détecter qu'il y a un piège. Parce qu'elle adore faire l'école française, elle passe son temps à faire des exercices dans lesquels il y a un piège. En fait ça c'est l'inhibition qui permet de dépasser ce type de piège. Et donc ça, ça doit devenir une pratique pédagogique qui est vraiment au cœur de notre école parce que c'est par ce biais là qu'on arrive à réduire les inégalités.
- Speaker #1
On est pas en retard. Et c'est ça que vous enseignez aux professeurs ?
- Speaker #2
C'est ça qu'on essaye de faire avec les enseignants dès la petite section de maternelle parce que la mère de toutes les batailles, c'est la maternelle. C'est-à-dire que si vous arrivez à réduire les inégalités en maternelle, notamment dans l'acquisition du langage oral, si vous arrivez à ce que tous les élèves aient des stratégies pour apprendre qui sont des stratégies efficaces d'apprentissage, ils peuvent rentrer sereinement dans l'apprentissage du langage écrit. Et en fait, quand ça devient des bons lecteurs, Globalement, ils ont de grandes chances de réussir dans leur scolarité et de réussir dans la vie. Donc là, il y a un véritable enjeu qui se joue. Et en fait, parler du cerveau, vous pouvez commencer dès la petite section maternelle. Nous, on a des séquences où on voit, où on explique la plasticité cérébrale avec des petits fils de couleurs. Alors, tu sais, à l'intérieur de ta tête, tu as un cerveau. Puis ce cerveau, quand tu apprends, regarde, il va faire bouger un peu les connexions entre les neurones. On leur donne du vocabulaire, les neurones, le cerveau et ainsi de suite. Il n'y a pas d'impossibilité de le faire. Et donc, il faut le faire très tôt. Et donc, on a formé les enseignants. à parler du cerveau, mais surtout à enseigner des stratégies efficaces d'apprentissage. Et maintenant, cette formation, elle a été nationalisée. On a formé des formateurs sur l'ensemble du territoire français qui sont en train de former des formateurs qui vont ensuite former les enseignants.
- Speaker #1
Super. Merci pour ça. Et puis merci pour cet épisode.
- Speaker #2
Merci à vous.
- Speaker #0
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