Speaker #0Donc en fait, il s'est passé ça. En parallèle, moi j'allais extrêmement mal. Donc en fait, convaincre ta fille... que tu ne vas pas mourir et ben en fait ça a fait un espèce pareil chez elle de cocktail molotov qui l'a envoyé en dep à 4 ans et demi et en fait c'est Kata donc ça a été progressif, ça a pas été un truc fort tu vois comme elle est intense émotionnellement mais plus dans la tristesse que dans la colère, je pense que la colère tu la repères beaucoup plus vite parce qu'on casse des choses parce qu'on crie Alma c'était pas ça, en fait petit Tati a eu un déclin de qui elle était donc elle était une petite fille extrêmement, toujours hyperactive, mais extrêmement joyeuse, extrêmement... Elle parlait à n'importe qui, et petit à petit, je l'ai vue, elle s'est refermée, tout en elle s'est refermée. Et au début, tu te dis, c'est peut-être l'école, c'est peut-être... Tu vois, t'as du mal au début à mettre, en français ça se dit pas, mais à mettre deux et deux ensemble. Et puis, les parents dans la classe, pour eux, ça avait l'air d'être un non-sujet. Donc en fait, on avait pas besoin d'en reparler. Et je sais pas, moi ça revenait souvent, après moi je suis sensible, ça parle de la mort, donc en fait je pense que ça trigger aussi un truc chez moi. J'en parlais avec une maman à la sortie de l'école et je lui dis en fait moi elle va pas bien. Je le vois et mon instinct me dit que c'est lié à ce qui s'est passé. Je sais plus quoi faire. En fait je suis complètement perdue. Je savais pas par quel bout le prendre. Cette maman me dit bah non chez nous ça va. Elle me dit après moi j'ai une de mes très bonnes amies qui est micro kiné. Si tu veux je te donne son numéro de téléphone. Pareil. Micro quoi ? J'ai aucune idée de ce que c'est. Elle me dit en vrai ça peut pas te faire de mal. Vas-y dis lui que tu viens de ma part. j'envoie un message, j'emmène Alma et en fait cette séance elle est folle Elle est folle parce que j'ai Alma qui est à côté de moi, qui est très élevée de la même façon que moi. La façon dont moi j'ai été élevée, on ne bouge pas, on s'assoit, on met ses jambes bien comme il faut, on dit bonjour madame, oui madame. Et l'ami croquiné me dit du coup je vais effleurer votre enfant et je vais vous donner des dates. Je suis genre ok. Alors moi je suis très ouverte à tout, je suis très incrédule mais je suis très ouverte à tout. Donc je suis genre allez on y va. Elle fait la séance, donc effectivement elle effleure Alma un peu partout, et en même temps elle compte, Et elle nous invite à nous rasseoir, Alma directement s'assoit et se relève, et part dans un coin de la pièce. Je suis genre, ok. Et elle commence à me faire son diagnostic entre guillemets. Pendant ce temps-là, Alma part dans tous les sens, c'est-à-dire qu'elle allume, elle éteint la lumière, elle prend la boule de pilates, elle la jette dans la pièce, elle prend la table de kiné, Elle appuie, tu sais, sur la pédale, donc ça monte, ça descend, ça monte, ça descend. On aurait dit un sketch. Et en fait, moi, je suis là, genre un enfant, puisque c'est ce que moi, j'ai appris. Bien sûr, j'ai déconstruit tout ça depuis, mais ça n'est pas censé faire tout ça. On est censé être respectueux, on est dans un cabinet. Qu'est-ce qu'elle est en train de faire ? Et en même temps, la micro-kiné, du coup, me dit, en fait, votre fille, je vais vous donner les dates. Donc, elle me donne plein de dates. La première date qu'elle me donne, c'est la date de mon burn-out. La date à laquelle je suis revenue à la maison. Et je suis pure partie de la maison. Et je suis là genre, oh wow. Je pensais qu'elle allait me donner la date de l'accident ou de quand elle est retournée à l'école. Non, non. Donc en fait, la chose qui influe le plus sur la vie de ma fille, c'est moi. Donc ça déjà, ça me fait prendre conscience de plusieurs choses. Plein d'autres dates. Elle me donne la date de notre retour en France. Elle me donne la date à laquelle j'ai été alitée. Enfin en gros, elle me donne des dates où je suis là genre... Oh waouh, et à chaque fois, elle les lie à des mots qui me vont droit, enfin qui me touchent, très clairement, parce qu'ils me font prendre conscience qu'en fait, tout part de moi. C'est, bien sûr, c'est pas du tout, elle le dit pas du tout dans un contexte culpabilisateur, mais pour moi, c'est des clés énormes de, ok, bah tout ce que j'ai traversé moi et qui m'a impacté moi, l'a impacté elle. Elle me dit, en fait, le problème de votre fille, c'est qu'elle a tout enfermé à l'intérieur d'elle-même. Donc en fait, toute cette version éteinte que vous voyez d'elle-même, c'est juste que Elle ne se sent pas en sécurité d'exprimer tout ce qu'elle ressent. Et du coup, tout est là et tout pèse sur elle. Et du coup, forcément, la vie, elle est plus joyeuse, elle est plus insouciante. Elle est dure à entendre quand t'es une maman. Elle me dit, je vous donne les dates parce qu'on a un profond besoin de compréhension, bien sûr. Elle me dit, si juste je lui fais trois papouilles et que je vous dis, c'est bon, elle est guérie, vous pouvez y aller. Vous allez me dire, ok, n'importe quoi. Elle me dit, là, du coup, ça vous permet de réfléchir. Elle, elle n'écoute pas vraiment ce qu'on est en train de se dire, mais ça pourrait aussi lui donner des clés de réflexion. Elle dit mais en fait, concrètement, je n'ai même pas besoin. J'ai fait ce qu'il y avait à faire. J'ai relancé les organes là où c'était bloqué. J'ai relancé. Et du coup, elle me dit là, ce que vous voyez là, ce qui est en train de se passer avec votre fille, c'est que tout va commencer à sortir. Donc tout, là, elle est en train de s'exprimer. Elle est en train d'être qui elle a envie d'être. Je suis genre ok. Et elle me dit préparez-vous, il va falloir l'accueillir. Comment c'est ma thérapie à Gretchen ? Parce que j'avais aucune idée de... En fait, la déconstruction de comment un enfant est censé... Moi, j'ai grandi dans un milieu très bourgeois. Et du coup, j'ai grandi avec beaucoup de règles. L'étiquette, ce qu'il faut dire, pas dire, comment il faut se comporter en société. Et en fait, malheureusement, j'ai transmis ça à mes filles. alors ça a des bons côtés, ça a aussi énormément de mauvais côtés c'est que du coup t'enfermes à l'intérieur de toi qui t'es censé être pour correspondre à un idéal qui très sincèrement n'existe pas. Et à ce stade du coup on était encore dans cette dynamique avec Alma parce que je n'avais pas conscience que j'aurais pas dû faire ça. C'est vraiment moi mon diagnostic qui m'a fait comprendre qu'en fait je nous avais enfermés toutes les deux dans un rôle qui ne correspond pas du tout parce qu'on est toutes les deux extrêmement hyper actives. Donc non à ce stade je pense que je commençais juste je commençais à toucher ça du doigt. On rentre on part en vacances Pendant les vacances, ça se passe bien. En fait, un des problèmes qu'on avait aussi avec Alma, c'est qu'elle ne dormait plus la nuit. Enfin, elle ne dormait plus la nuit. C'était extrêmement difficile de l'endormir. Et du coup, tous les soirs, il fallait qu'on s'amonge avec elle. Elle passe entre 30 minutes et 1 heure tous les soirs à essayer d'endormir ta fille. Voilà, c'était vraiment un truc sur lequel il fallait qu'on travaille. Puis aussi, on se disait, elle ne dort pas bien, donc ça doit aussi participer à tout ça. Bref, on part en vacances, elle dort super bien. Je me dis, ah, nickel, c'est réglé. Sauf qu'en fait, on était tous les quatre dans la même chambre. Et du coup, je pense que c'est surtout ça qui fait qu'elle se sentait en sécurité. Et du coup, elle dormait très bien. On part du coup deux à trois semaines. À l'époque, je... On partait en vacances chez mes parents dans le sud. En revenant de vacances, au bout de trois semaines, on revient du coup chez nous. Elle se couche le premier soir. Et là, elle me dit, maman, je ne peux pas dormir. Je ne peux pas dormir, il y a un serpent dans mon lit. Ok. Je dis, bah non. Tu vois, dans un premier temps, tu dis, bah non, c'est pas possible. Bref, on se rend dort avec elle. Une nuit, deux nuits, trois nuits. À la troisième nuit, Sienna, qui partage sa chambre, Comment ça devient ? Non mais les gars en fait qui dort avec moi ? Parce que toutes les nuits vous dormez avec ma grande sœur, moi il n'y a personne qui s'intéresse à moi. Elle ne l'a pas dit avec ces mots là bien entendu, même si elle a suffisamment de swag pour pouvoir le dire comme ça maintenant. Mais du coup voilà, je m'éloigne d'Alma pour faire un câlin à Sienna, Alma se met à pleurer, Sienna se met à pleurer parce que du coup Alma se met à pleurer et en fait là j'étais là genre c'est pas possible, on va jamais s'en sortir. et puis il faut se rappeler aussi qu'à cette époque là je vais très mal donc tout ça émotionnellement c'est beaucoup pour moi, je finis par me mettre au centre des deux lits, je leur donne chacune la main, je leur dis maman elle fait son max en fait là je sais tout ce que je peux vous donner c'est ma main donc prenez ma main, je peux rien faire d'autre elles se mettent à pleurer plus belle et je tiens genre aaaah et Alma qui dit mais en fait il faut s'occuper de moi, je ne peux pas dormir il y a un serpent dans mon lit et je ne sais pas ce qui m'a pris parce que vraiment Merci. Pour le coup, je lui avais jamais parlé comme ça, je me suis retournée vers elle, j'ai serré sa main et je lui ai dit, je n'y crois pas. Je lui ai dit, en fait, le serpent n'existe pas, donc maintenant tu me dis ce qui est en train de se passer. Et je sais pas d'où c'est sorti, parce que j'y avais pas réfléchi au fait que ça n'était pas possible. Je voyais pas, c'était pas genre une tactique de, ah, je vais lui demander pour qu'elle commence à m'expliquer. C'est sorti de moi, genre, ok, ça s'arrête là, en fait, je veux comprendre. Et en fait, elle s'est relevée dans son lit et elle m'a dit, je ne peux pas te le dire. Alors là dans ta tête de maman il y a mille trucs, surtout un serpent, enfin tu vois dans un lit, j'étais là genre mon dieu qu'est-ce qui lui est arrivé ? En fait rien de tout ça, rien heureusement. Et en fait je la regarde, je dis mais si tu peux tout me dire en fait ? Et elle me dit non, si je te le dis, tu vas ouvrir la porte, tu vas me mettre dehors et tu vas fermer la porte à clé derrière moi. Et alors là je reste estomaquée, j'étais là genre mais de où elle est ? Tu vois moi j'ai grandi. avec le discours de t'es pas contente je vais te trouver une autre famille tu verras t'es très bien ici tu seras pas bien là-bas et du coup je n'ai jamais dit ça à mes enfants j'ai fait exprès de ne jamais dire ça à mes enfants en disant non non il n'y a rien de mieux ailleurs qu'ici donc je voyais pas du tout d'où ça sortait j'étais genre mais jamais la vie j'étais en fait elle me dit si tu vas m'abandonner je suis genre mais je t'abandonnerai jamais elle me dit les parents ça abandonne les enfants je le sais et en fait ma mère a été abandonnée à l'âge de 7 ans Quel âge qu'elle m'a l'air ? On n'en avait jamais parlé. Moi, je suis très consciente du coup que j'ai ça en moi et que je l'ai très probablement transmis. Et elle me dit... Donc, je m'attendais à tous les coups. Je me suis dit, alors là, si elle me sort ma mère, là, je retourne voir la micro-kiné, je lui demande c'est quoi son don. Mais non, pas du tout. Elle me dit, les parents de H l'ont abandonné. Les parents, ça abandonne les enfants. Je me dis, ah ok. Ouais, c'est là, on y est. Et du coup, voilà. demande à Loïc de prendre Sienna il prend Sienna et de là on parle et en fait elle tout sort tout sort d'elle, elle commence à me parler de l'abandon, elle me parle de H elle me parle de l'abandon qu'elle ressent depuis que sa petite soeur est là elle me parle du fait qu'elle a très peur pour moi, enfin en gros d'un coup tout sort d'elle en sanglots, donc ça ça dure de 19h jusqu'à enfin non je ne veux jamais que je méfie à 19h jamais réussi en tout cas de 20h, 20h30 jusqu'à minuit. À minuit, Loïc recouche Chyna qui s'est endormie, et je lui dis écoute, prends le lit d'Alma, Alma elle peut pas dormir toute seule, je la prends avec moi, je l'emmène dans notre lit, et du coup voilà, donc Loïc dort dans la chambre des filles, je prends Alma avec moi, sa petite veilleuse, son petit doudou, on est sous la couette, et je lui dis Alma, si ça vient d'où cette idée de serpent ? Pourquoi tu me parles tout le temps d'un serpent ? Et en fait, elle me regarde et elle me dit... H. Le serpent c'était son animal totem. Il y en avait partout là où ses parents sont morts, le Mexique. Et elle me dit en fait il en parle tout le temps. Elle me dit il en parle tout le temps de l'accident. Et en fait ce que j'ai compris ce soir là c'est que alors je le savais déjà mais j'avais pas fait le lien c'est que pour qu'il ait pas de choc post-traumatique ce petit garçon quand il allait en thérapie une fois par semaine il devait raconter l'accident dans les moindres détails. Donc il devait vraiment... En gros, l'idée, c'est que s'il ne faisait pas ça, dès qu'il remettait de la crème solaire adulte, l'odeur lui ramènerait à ça, sans qu'il ait les moyens. Il serait complètement pris au dépourvu. Toutes les semaines, il allait re-raconter l'histoire. Comment il est habillé, qu'est-ce qui s'est passé, quelles sont les dernières images qu'il a eues. Et en fait, après, il retourne à l'école, ce petit garçon. Donc qu'est-ce qu'il fait ? Il raconte l'histoire. Et en fait ma fille elle a une telle capacité d'empathie, et je sais parce que j'ai la même qu'elle, qu'elle s'est mise à sa place. Et en fait, ce soir-là, sous la couette à la veilleuse, elle m'a dit « Maman, quand je suis montée dans le bus, voilà ce que je portais, et voilà ce qui s'est passé, et voilà comment on a mis la ceinture, et voilà comment... » Et en fait, j'ai compris que c'était son deuil à elle. En fait, elle s'est appropriée, le terme n'est pas bon, pas bien choisi, mais elle l'a vécu comme si c'était elle, ce jour-là, qui a perdu ses parents. Et en fait, tout a... d'un coup, tout a fait sens. Donc c'était terrible. Franchement, c'était hyper intense. Mais c'était le début de sa guérison à elle, parce qu'en fait, il fallait qu'elle en parle. Et il fallait que je puisse le recevoir. Alors je pense qu'à cette époque-là, je n'étais pas du tout en mesure de le recevoir, mais j'ai réussi quand même. Et qu'est-ce que j'allais dire ? Et ouais, et elle s'endort. Forcément, au bout d'un moment d'épuisement, il est genre deux heures du mat', tu imagines tout ce qu'elle a sorti. Bref, le lendemain, elle dort. Les jours qui suivent, elle dort. Donc je me dis, ok, c'est bon, c'est sorti. Et en fait, on a vécu un autre épisode. En fait, je pense que la semaine d'après, c'était la rentrée scolaire. Et la veille de la rentrée scolaire, on les couche, tout se passe bien. Et en fait, on est dans la cuisine avec Loïc. Et Alma redescend. Et elle vient me voir, je la vois, elle tient son doudou. Elle est là, genre, je ne peux pas dormir. Je dis, qu'est-ce qui se passe ? Elle me dit, c'est le serpent. Il est là, il est revenu. Et en fait, la micro-kiné m'avait dit, il va vraiment falloir que vous aidiez votre fille à mettre des mots sur ce qu'elle ressent. C'est-à-dire qu'elle dit, je vois beaucoup d'images, je vois pas beaucoup de concret. Et ça veut dire que votre fille, en fait, elle se cache, normal, elle est petite, mais elle se cache derrière les images qu'elle s'est inventées. D'où le serpent. Et du coup, elle m'a dit, autant que possible, accompagnez-la dans la verbalisation de ce qui est vraiment en train de se passer à l'intérieur d'elle-même. Donc je suis dans la cuisine, je m'assois, je prends les mains d'Alma, je lui dis, mange ça. Je dis tu sais que c'est pas le serpent. Elle m'a dit oui je sais mais je lui dis je suis désolée mais il va falloir que tu me le dises. Et là genre, en fait j'ai peur que, et là il y a un énorme sanglot et je le vois il se coince dans sa gorge. Elle a les yeux pleins de larmes. Je lui dis je suis vraiment désolée parce que j'ai pas non plus envie de l'entendre. Je dis mais il va falloir que tu le dises. Dis-le moi de quoi est-ce que t'as peur ? Et là elle me dit j'ai peur que vous mouriez. Et en fait à peine c'est sorti de sa bouche qu'elle a hurlé. Elle a hurlé pendant... Une heure et demie. En fait, pendant les 45 premières minutes, je l'ai pris contre moi et elle hurlait dans mon oreille. Et vraiment, j'avais l'impression que tout son désarroi, tout son mal-être, tout était en train de me remplir moi. C'était terriblement dur. Au bout de 45 minutes, j'ai appelé Loïc parce que je voyais l'heure qui défilait, j'avais le four face à moi. Donc je voyais l'heure qui défilait. Au bout de 45 minutes, j'ai dit à Loïc, il faut que tu prennes le risque, je ne peux plus le prendre. Et du coup il l'a pris dans ses bras, il est parti la mettre dans le canapé avec lui, elle a hurlé pendant un autre 45 minutes et elle a fini par s'évanouir, enfin tu vois genre. Et il l'a couché et c'était tout. Et en fait je pense que c'était donc la première phase, c'était qu'elle avait besoin, on avait besoin ensemble de comprendre d'où tout ça venait et après elle avait besoin de le sortir d'elle-même. Et en fait c'est intense à raconter et parfois j'ai peur de la façon dont les gens vont accueillir cette histoire, mais je la trouve. profondément importante parce qu'en fait, elle a sauvé ma fille. La raison pour laquelle j'ai commencé à avoir vraiment peur, c'est parce que je la voyais s'enfermer à l'intérieur d'elle-même parce qu'en fait, ce sera invivable d'avoir tout ça à l'intérieur d'elle. Et c'est cet instinct, du coup, qui l'a sauvée au final. Et cette chance incroyable d'être tombée, du coup, sur cette micro-kiné. Je pense que si j'avais commencé direct avec Anna pour une thérapie, ça n'aurait pas fonctionné. Et d'ailleurs du coup, le lendemain de cet épisode qui a été d'une intensité incroyable, j'ai tout de suite pris rendez-vous avec une vraie thérapeute. Mais avec une thérapeute, j'avais trouvé, je ne sais plus, je pense que c'est une maman qui m'avait donné un numéro, mais je n'étais pas allée au bout du truc. Et là j'ai envoyé un texto que j'avais écrit quand j'avais couché Alma, quand enfin on l'avait mis au lit, en disant là il se passait un truc d'une intensité que je ne peux pas encaisser. Parce que je ne savais pas que c'était la fin. je savais pas qu'elle avait besoin d'évacuer tout ça pour moi c'était un épisode où je me suis dit mais si elle fait ça tout le temps comment je fais ? et du coup j'avais écrit en disant j'ai besoin d'aide je sais pas quel est votre prochain créneau mais là j'ai vraiment besoin que quelqu'un voit ma fille Elle m'avait répondu le lendemain, et de là, on avait commencé une thérapie. Mais en fait, cette thérapie-là, tu vois, on a mis des choses en place. On a mis des... C'est elle qui a mis le doigt, par exemple, sur l'immense syndrome de l'abandon de ma fille. Sachant qu'elle était hyper cartésienne, elle, pour le coup, et je pense que c'est pour ça que je ne vaillais pas trop avec elle. C'est que moi, j'ai une grande ouverture d'esprit sur énormément de choses. Et du coup, je sentais qu'elle était très fermée à tout ça. Comme j'étais en thérapie avec Gretchen et qu'elle avait commencé à me parler du coup de TDAH etc, j'en avais parlé avec elle en lui disant bah je sais pas, peut-être que je vois bien que ma fille est une copie carbone de moi donc peut-être qu'il y a ça à explorer. Elle m'a répondu on ne met pas d'étiquette, en gros c'est le genre de conversation qui ne m'intéresse pas et du coup ça m'avait un peu refermée genre ok. Moi je voyais à quel point c'était une énorme part du puzzle mais je me disais bon. Mais malgré son côté hyper cartésien, il y a une séance où elle m'a dit en fait votre fille... porte des émotions qui ne lui appartiennent pas. Et elle m'a dit du coup il va falloir qu'on creuse, parce qu'elle m'a dit oui clairement il y a ce traumatisme avec ce petit garçon, mais je pense qu'il y a aussi autre chose. Et elle me dit du coup j'aimerais qu'on parle de votre famille. Et du coup de là je lui avais raconté toute mon histoire familiale et celle de ma mère. Mais ouais, clairement en fait ça a fait un espèce de cocktail chez Alma, où le décès des parents de Ash... Le fait que moi j'aille très mal, qu'elle soit en train d'arriver à l'âge où ma mère a été abandonnée et elle a une énorme faille de l'abandon qui a été transmise de génération en génération. En fait tout ça c'était genre énorme. Et je me rappellerai toujours de cette séance où elle m'a dit bah en fait comme votre fille a l'âge de l'abandon, il est primordial qu'elle comprenne ce qui s'est passé. J'étais là genre mais en fait... On parle d'une petite fille qui a extrêmement peur de se faire abandonner, à qui je vais devoir expliquer que l'abandon qu'elle, elle connaît était accidentel, extrêmement rare, mais que ça existe aussi dans la vraie vie et qu'en fait on peut faire ça de son plein gré du jour au lendemain, juste te mettre dehors, merci, au revoir. Tu vois, genre vous êtes sûre de vous ? Elle était genre, oui, je suis sûre de moi, ok. Donc on rentre de cette séance et on est dans la voiture et je me dis, de toute façon je suis quelqu'un qui arrache le sparadrap direct, je tergiverse pas très longtemps. Elle m'a dit qu'il faut le faire, il faut le faire. Donc je lui ai dit, tu te souviens dans la séance, Aurélie nous a dit qu'il fallait que je te parle de ce qui s'est passé avec mamie. Donc en fait, mamie, quand elle était petite, elle avait à peu près ton âge, sa maman ne pouvait pas continuer à s'occuper d'elle. Et du coup, elle a donné mamie à une autre maman pour qu'elle puisse s'occuper d'elle. Et en fait, je m'attendais à un cataclysme émotionnel et rien. Donc tu vois, on est devant chez nous. Je me souviendrai toujours, je suis en train de faire mon créneau, dans un silence mais total, et d'un coup, elle fait « hum, bah c'est pour ça que mamie, elle sait pas t'aimer en fait » . Et je suis en train de faire mon créneau et je suis là genre « euh, et là c'est moi qui commence à pleurer, genre, bah je vois pas de quoi tu parles » . Et en fait, non sujet. Donc déjà, elle m'a scotché avec cette phrase, je suis là genre « ok, good point » . et ensuite non sujet, c'est à dire que Loïc était pas là ce soir là, j'avais terriblement peur je me suis dit ça va être le retour du serpent, elle va pas pouvoir dormir ça va être compliqué avec Sienna, pas du tout elle l'a intégrée genre fini, au revoir dossier classé, j'étais mes scotchés donc tu vois, j'en reviens toujours au fait que je pense qu'à partir du moment aussi dur soit-il à partir du moment où tu peux mettre des mots sur tes mots Merci. tu reprends le pouvoir sur ce que tu ressens. C'est puissant. Moi, j'ai commencé à aller mieux suite à mon diagnostic. À l'issue de ce diagnostic, on a commencé à parler de mon enfance. J'étais là genre, je ne peux rien en dire parce que je ne me rappelle de rien. Alma a commencé à aller mieux. On a commencé à comprendre tout l'impact que les traumatismes de ma mère avait eu sur nous malgré nous. Et à partir de là, j'ai... Comment dire ? Je pense que ça a été de plus en plus difficile d'entretenir une relation avec ma famille. Parce qu'en fait, on était sur deux niveaux de compréhension complètement différents. Moi, je faisais activement le travail et surtout, je voyais... Le sacrifice que ça me demandait de faire ça pour ma fille et de réaliser qu'eux n'étaient pas en mesure de le faire pour moi. Ça, j'ai trouvé ça extrêmement difficile. J'ai quand même toujours beaucoup d'empathie, donc je sais que c'est beaucoup plus difficile aussi pour eux. Et puis, c'est pas la même génération, ils ont pas grandi avec ça. Et en fait, petit à petit, j'ai commencé à mettre de la distance avec eux, mais parce qu'on ne se comprenait plus du tout. Ayant pris conscience que je ne pourrais jamais les changer eux, il était primordial que moi j'arrive à faire mon deuil. Parce qu'en fait sinon c'était constamment de l'explosivité, de l'incompréhension. Il n'y a rien de pire que d'essayer de te mettre à nu face à quelqu'un qui est complètement fermé. C'est dur. Et en fait petit à petit je pense qu'ils n'ont pas du tout apprécié le fait que je mette beaucoup de limites et beaucoup de distance. Et en fait, il y a eu un point de bascule où ma maman est venue chez nous. Et en fait, elle s'est insérée dans une vie où on commençait à tous reprendre espoir, revoir la lumière, comprendre un peu qui on était, comment on fonctionnait. Et j'avais de plus en plus d'indications qu'Alma avait été câblée de façon très différente et qu'il allait falloir qu'on trouve à mettre les bons mots dessus. Et en fait, ma mère était hyper anti tout ça. Et je me rappelle d'un moment en particulier où on est autour de la table, je suis en train de cuisiner, elle est assise à table avec ma fille, et en fait, elle m'a explose de rire. Ma mère n'a pas eu tout le chemin de déconstruction que moi j'ai eu. C'est-à-dire que moi je la vois et je me dis c'est une enfant heureuse et putain qu'est-ce que ça fait du bien à mes tripes, à mon cœur, à mon... Genre... Ça y est, on a réussi. Tu vois, à chaque fois qu'elle rit, pour moi, c'est une victoire. Moi, ma mère, elle voit une petite fille qui ne sait pas se tenir. Et elle dit un truc terrible à table. Et qui est très symbolique de, malheureusement, qui elle est. Et je sais que c'est malgré elle. Elle met sa main sur l'avant-bras de ma fille. Et elle lui dit, est-ce que tu voudrais que je te filme là tout de suite ? Et qu'on envoie cette vidéo à ton petit ami ? Est-ce que tu penses qu'il t'aimerait encore après ? Je te jure, j'ai failli lâcher la poêle. Tellement j'étais... Je me suis retournée, je l'ai regardée, j'avais la même bouche que celle que t'es en train de faire là, et en fait j'ai dit stop. Ma maman n'est pas quelqu'un de méchant, à qui on a fait tellement de mal, mais j'ai de l'empathie pour ce qu'elle a vécu, parce que c'est terrible. Et en fait, et c'est ce que j'ai compris aussi en thérapie après avec Gretchen, c'est que les gens... qui ensuite avancent dans la vie avec des idées tellement bornées de qui t'es censé être, comment t'es censé être, comment t'es censé réagir sont des gens qui se sont auto-mis sur un piédestal parce qu'en fait ils peuvent, ils sont obligés d'être parfaits, sinon ils seront abandonnés. Et du coup je peux avoir que de l'empathie pour ça, je comprends d'où ça vient, néanmoins Ça ne peut pas toucher ma fille. Et ça a été le point de bascule entre nous. C'est ce jour-là où j'ai dit, OK, fini. En fait, je ne suis pas quelqu'un en surface. Je ne sais pas faire. La surface, ce n'est pas un endroit où je vais. Je suis tout le temps en apnée. C'est parce que je suis tout le temps sous l'eau. L'eau de mes émotions, des émotions des autres. Parce qu'en fait, tout le monde est beau pour moi. Même ma mère, qui est d'une toxicité sans nom. Elle a sa part de beauté. Et dans la noirceur la plus profonde, il y a du bon en elle et du beau et elle m'en a transmis. Donc je suis arrivée, je te disais, à Lille avec un bébé de trois mois sous le bras, une perte totale d'identité, très compliqué dans ce contexte-là de rencontrer des gens. Et du coup j'avais fait deux, trois trucs de networking que j'avais trouvé atroces. Mais parce qu'en fait, non, la pluie et le beau temps ça m'intéresse vraiment pas. Et en fait, du coup, je suis trop intense pour beaucoup de gens parce que je vais tout de suite... En fait, j'ai une lecture immédiate tellement claire des gens. que j'ai envie d'aller là, j'ai envie d'aller là, comment dire, j'ai envie d'aller là où j'ai vu quelque chose. Et c'est ça qui me nourrit, et c'est ça qui fait que je crée des liens très forts avec les gens qui veulent bien aller là avec moi, et avec les autres, ça passe complètement à l'aise. J'ai créé Dinesena en me disant, bah, j'ai envie d'asseoir les gens, j'ai envie qu'ils sachent quoi faire de leur corps. En plus, maintenant, on sait que je suis autiste, donc en fait, j'ai beau être extrêmement sociable, ça c'est ma partie TDAH, L'autisme fait que j'ai quand même besoin de repères, sinon j'ai des effondrements terribles. Et du coup, pour moi d'être debout avec un verre, je suis genre oh my god, quel enfer. Assis, c'est différent. Assis, tu sais quoi faire de tes mains, t'es en train de manger, t'es en train de boire. Tu ne penses pas à ton langage corporel. Beaucoup plus facile. T'as une temporalité qui rejoint tout le monde. On vit la même chose en même temps. On est en train, on a pris le temps. T'es à table, t'es pas sur ton tel, t'es pas en train de chercher s'il n'y a pas quelqu'un de mieux à qui parler. Tu es assis, tu es obligé de parler aux gens qui sont en face et à côté de toi. Un dîner Sénat, ça a réparé énormément de choses en moi, parce qu'en fait, ça a créé un peu cette bulle avec d'autres personnes qui étaient aussi en train d'essayer de se comprendre. C'était hyper bienveillant. Si tu n'as pas envie d'être deep, viens pas à un dîner Sénat, parce que tu ne vas pas y échapper. Autour de la table ne sont que des gens qui sont ouverts, curieux, et qui vont du coup avoir ce réflexe de ne pas rester en surface. Et en fait progressivement, donc d'Inésena ça a réparé beaucoup de choses, surtout sur la direction artistique qui est mon métier de base et que j'avais arrêté de faire parce qu'en fait je l'ai associé à mon déclin. Alors que ça n'avait rien à voir, mais tu vois pour être un bon directeur artistique il faut aussi que tu aies confiance en toi, il faut que tu saches dans quelle direction tu veux aller, qu'est-ce que tu veux exprimer, comment tu veux le faire et surtout il faut que tu saches l'idée des gens. Quand t'es pas sûr de toi tu peux pas le faire ou alors tu le fais pas bien. Et du coup j'avais complètement arrêté. D'Inésena j'ai réalisé que c'était de la direction artistique appliquée à la table. Et que ce qui m'avait profondément manqué, et c'est une des raisons pour lesquelles je pense que j'avais cramé aussi dans mon précédent poste, c'est que l'humain est au centre de tout. Mais pas l'humain parce que j'ai besoin de toi, l'humain parce qu'en fait j'ai envie de te faire du bien. Ça a changé mon monde. Et petit à petit du coup j'ai continué à faire ça hyper organiquement et petit à petit autour de la table j'ai eu des gens qui avaient des marques, des chefs d'entreprise qui m'ont dit bah... Tu veux pas faire ça pour ma marque ? Tu veux pas faire ça ? J'ai un dîner à faire avec des influenceurs, ça te dirait ? Et en fait, j'ai réalisé que je pouvais me réconcilier avec le monde du travail en faisant d'un travail quelque chose qui n'existe pas et qui me correspondait en tout point. Tout en ayant terriblement peur de refaire les mêmes erreurs qu'avant et de me dire, ok, et si je re-cram ? Qu'est-ce qui se passe ? Sachant que j'ai fait tout ça pour pas re-cramer. Et en fait, la boucle va être bouclée, je sais pas depuis combien de temps je parle, mais on va y arriver. Chez Gretchen, du coup, ça faisait un an qu'elle me disait que j'étais autiste et que je l'entendais pas, et je suis arrivée à cette séance avec elle, en lui disant, en fait, j'ai eu un énorme dîner hier soir. J'avais demandé une session d'urgence, du coup, parce que j'étais dans un état kata. Et j'ai dit, en fait, c'est ça qui va changer ma vie, c'est-à-dire que... C'est ça qui va me permettre de me remettre à bosser. C'est ça, j'ai vu les montants qu'on est prêts à me payer. Il faut que je puisse continuer à faire ça. Et en fait, là, je suis l'ombre de moi-même. Je recommence à me demander si je n'ouvrirai pas la fenêtre pour sauter. Je dis, ce n'est pas possible. Je ne peux pas repasser par là. J'ai fait tout ce travail avec Mathilde, avec toi. J'ai fait ce travail pour Alma. Si en fait, je ne retourne pas dans ce dans quoi je suis partie, c'est hors de question. Elle m'a regardée avec son sourire très bienveillant et elle m'a dit, Mais tu es autiste, Arine. Forcément, ce qui s'est passé, c'est un effondrement autiste. Et j'ai regardé et j'ai fait, mais je ne suis pas du tout autiste. Et elle a souri et elle m'a dit, ça fait un an que je vous dis que vous êtes autiste. Et je l'ai regardé, j'en étais en descente, j'étais genre, c'est pas possible. Je ne pourrais pas faire ce que je fais si j'étais autiste, c'est impossible. Parce que dans ma tête, autisme égale Rain Man, tu es dans un coin, tu comptes jusqu'à 8000. Ouais, voilà, genre, c'est pas moi. je suis hyper sociable elle me dit vous l'êtes ? et qu'est-ce qui se passe après ? et là flash de toutes les fois où à chaque fois que je donne de moi l'effondrement que je me tape derrière mais je connais pas encore le terme effondrement je sais pas en fait ce qui me passe je suis dépossédée en fait de l'après et moi j'avais l'impression que c'était juste un dommage collatéral de ma dépression qu'en fait je suis quelqu'un qui peut être très triste qui est très sensible, de mon hypersensibilité même je pense que j'avais mis sur le compte de l'hypersensibilité ou bah oui je ressens tout très fort donc forcément après c'est dur elle me dit c'est le deuxième volet qu'il va falloir ouvrir maintenant maintenant qu'on a bien compris, bien cerné et bien accepté le TDAH on va ouvrir ce volet là je suis genre oh putain c'est pas possible ça s'arrête quand et là pour le coup autant le diagnostic du TDAH Je pense que je m'étais vachement prépa et j'avais mis un an et demi où on en avait parlé plusieurs fois pendant les séances, où j'avais écouté plein de trucs. Je me reconnaissais déjà dedans. Et du coup, c'était pas vraiment une surprise. L'intelligence a été une surprise pour le coup. Pas le TDAH. L'autisme, par contre. Je tombais tellement dénue. Je la crois, quand elle me dit que ça faisait un an qu'elle m'en parlait. Mais le déni était tellement profond qu'en fait, je l'ai immédiatement effacé de ma mémoire. C'est-à-dire à quel point ma mémoire est forte quand même. Et c'était juste avant Noël, cette séance-là. Et ce sont donc passées les fêtes de Noël, pendant lesquelles j'ai été extrêmement stimulée. J'étais avec énormément de gens. Et en fait, je ne pouvais plus ne pas le voir. C'est-à-dire qu'entourés, parce que du coup, je fais Noël dans ma belle famille, ils sont nombreux. Ils sont adorables. Je les aime du fou. fin fond de mon cœur, ils mettraient un podcast à eux-mêmes parce qu'ils ont réparé tellement de choses. Pour moi, c'est vraiment pas un... Comment on appelle ça ? C'est vraiment pas une coïncidence que je sois tombée sur Loïc. Il fallait que je tombe sur lui, il fallait que je tombe sur sa famille, qui est profondément saine et qui est profondément bienveillante et comment dire... Et oui, du coup, je suis au milieu de tout ce bruit. Il y a plein d'enfants, ça crie dans tous les soirs. C'est Noël, quoi. Et en fait, je prends profondément conscience Merci. que je ne suis pas capable d'encaisser tout ça. Et je vraiment, pour la première fois à Noël, je me rappelle, fin du dîner de Noël, on va se coucher, je prends mon carnet, première phrase que j'écris, je suis autiste, point. Et de là, j'écris, parce que c'est ce que je fais, et j'essaie de comprendre, et en fait je réalise toutes les fois où je n'ai pas compris ce qui s'est passé, et où d'un coup, tout fait sens, et encore une fois, la pièce du puzzle qui me redonne, qui me donne les clés, de mon propre fonctionnement, et qui fait que d'un coup je suis plus perdue face à moi-même. Parce que oui, c'est dur de se dire que je ne suis pas comme tout le monde. Oui, c'est dur de se dire qu'en fait, je le voyais vraiment comme un échec, moi, dans le sens où j'ai tellement à prouver, et c'est une des premières questions que j'ai posées à Gretchen, c'est la genre, mais on fait comment du coup ? Parce que je n'ai pas l'intention de m'arrêter. Il va vraiment falloir que je continue, et même d'un point de vue financier, il faut que je continue. Donc si là, je viens de m'engouffrer dans un truc qui en fait n'est pas du tout fait pour moi, qu'est-ce qu'on fait ? Et elle m'avait dit... Très justement, elle m'a dit c'est juste que vous n'allez pas le faire toute seule. Pour quelqu'un qui est habitué à toujours tout faire toute seule, qui a très peur de demander de la déléguer, qui n'a pas envie d'être vu, qui n'a pas envie d'être... Tu vois, d'être... De s'avouer vaincu. C'était terrible. Et en même temps, c'était ma prochaine phase de... D'épanouissement. Et en fait petit à petit je me suis entourée de gens que des TDAH, que des neuro-atypiques, surprenant, qui ne sont pas encore diagnostiqués ou qui viennent tout juste de se faire diagnostiquer parce qu'à force d'être à côté de moi ils se sont dit oh putain en fait moi aussi. Et que des gens en fait qui me comprennent et qui du coup ne me jugent pas. Et la différence est fondamentale par rapport à ce que j'ai vécu du coup dans ma première expérience française où j'étais un alien. Aucun... Oh j'étais... pas du tout alignée ni avec mes convictions profondes ni avec la façon dont je fonctionne et en fait là aujourd'hui j'évolue dans un écosystème où je sais qui je suis, je sais comment je fonctionne, je donne mon manuel aux gens, je ne m'attends pas à ce qu'ils m'acceptent, mais s'ils avancent, s'ils font un bout de chemin avec moi, ils sont obligés d'avoir lu le manuel. Et en fait j'arrête d'essayer d'être quelqu'un que je ne suis pas. Je ne rentre plus dans aucune case. Je suis très transparente immédiatement avec les gens avec qui je m'associe, avec qui je travaille, même en amitié. J'ai coupé des amitiés ces dernières années, non pas parce que je n'aimais plus les gens, parce qu'il y a des gens que j'aime encore profondément. Je vais bien. Je ne suis pas tout à fait à la fin. En même temps, je pense que c'est un travail qui va durer toute une vie. J'ai fait le choix de l'introspection. J'ai fait le choix de la déconstruction. Et en fait, à partir de là, il serait utopique de se dire que, bien que ça fasse neuf ans que je sois sur ce chemin, que je sois arrivée. Je pense qu'on n'arrive jamais. Je pense qu'il y a mille et une choses qui vont me... me trigger tout au long de ma vie. Mais j'ai la conviction d'avoir aujourd'hui les bons outils qui font que, un, je serai plus prise de cours. Quand il se passe quelque chose, et forcément il se passe encore plein de choses, je ne suis pas livrée à moi-même. Je sais ce qui est en train de se passer. Je sais qu'il y a de la lumière à l'autre bout du tunnel. Je sais que je suis en train de la rejoindre. Et je sais comment tirer des apprentissages de ce que je ressens. Et ça, je trouve ça énorme. Là où avant ça s'accumulait à l'intérieur de moi. Je sais, j'ai eu très peur pendant très longtemps d'avoir failli à ma fille. Je parle énormément d'Alma et à Sienna aussi bien sûr, mais c'est un autre sujet. Mais c'est Alma qui a été le déclencheur de tout, donc forcément c'est surtout d'elle dont je parle. J'avais peur d'avoir failli à mon rôle, pour moi mon rôle de mère qui est l'amour inconditionnel, le besoin de l'aider à s'épanouir pleinement telle qu'elle est et pas telle que je voudrais qu'elle soit. Et en fait ça, je n'ai plus cette peur-là. Ça a été un cycle, ça a été toute ma vie pendant 9 ans. Parce qu'en fait tout ce que j'ai fait, je ne l'ai pas fait pour moi. Mais là d'être devenue mère, et c'est pour ça encore Loïc a sa part de responsabilité dans ma guérison malgré lui. C'est qu'en fait en devenant mère, la responsabilité elle est sortie de moi. Et mon principal moteur a été de la sauver elle. Et du coup aujourd'hui je regarde ma fille. Et je vois qu'à 9 ans, elle a déjà tellement plus d'âme que je n'en avais, que je n'en ai même encore aujourd'hui à 35 ans. Elle est acceptée exactement telle qu'elle est. Elle a conscience de son intensité sans qu'on lui en veuille d'avoir cette intensité. C'est-à-dire que pour moi, avoir un diagnostic et une étiquette, comme beaucoup de gens aiment le dire, ce n'est pas un passe-droit. Ce n'est pas « je suis autiste, donc mettez-vous au diapason, ça va être l'enfer » . Alma sait quand elle est too much. La seule chose, c'est que je la... Je ne sais pas comment on dit en français, je ne la shame pas. Tu ne la blâme pas. Je ne la blâme pas pour son intensité. Ah, j'ai ce qui me vient d'ongler. On ride the wave. On traverse. On prend la vague ensemble. Et après, on en parle. Et on trouve des solutions. Il y a la conscience de mon intensité aussi. C'est-à-dire que je ne fais toujours pas semblant. Bien entendu, je continue d'essayer de la protéger de ce que je ressens. tout cet apprentissage que j'ai eu, ça fait que tu vois, quand t'es TDAH et aussi que t'es autiste, cette double neurodivergence, elle est complexe parfois à appréhender. Elle fait que je suis capable de passer de 1 à 10 en un milliseconde. Et en fait, voilà, on avance enfin en étant tous extrêmement conscients de nos limitations, de nos points de bascule et de notre brilliance. Parce qu'en fait, il y a ça aussi. En France, on n'aime pas trop mettre en avant ce qu'il y a de beau et de bon chez nous, parce que d'un coup ça fait « Ah, ta vieille, ça raconte » . Sauf que moi, je trouve que c'est hyper important. Et je pense que si les gens ont tellement peur de leur zone d'ombre, c'est parce qu'ils ont aussi peur de briller. Et qu'en fait, les deux vont ensemble. Il n'y a pas d'étoile sans nuit noire, en fait. C'est impossible. Et du coup, à partir de là... Ma fille, par exemple, grandit en sachant qu'elle est différente, qu'il va falloir qu'elle apprenne à avancer avec cette différence, du coup qu'elle ait les bons outils pour que cette différence n'ait quand même pas un impact trop intense sur les gens autour d'elle, mais elle a aussi conscience qu'elle est incroyable. Il faut accepter notre lumière, il faut en être conscient, il faut en être fier, et il faut juste accepter que pour voir cette lumière, chez nous il y a une grosse part d'ombre. Mais qu'elle n'est pas censée nous mou. vous empêcher d'avancer. Je dirais à quelqu'un qui coule, qu'il y a de la lumière au bout du tunnel, mais qu'on ne la voit qu'à partir du moment où on fait le choix de comprendre exactement qui on est. Et que parfois, cette compréhension elle peut être extrêmement difficile. Donc quelqu'un qui coule, pour moi c'est quelqu'un qui n'a pas forcément les réserves nécessaires pour entamer ce travail et du coup l'étape numéro un ça va être de se reposer. En dépit de tout ce que les gens peuvent dire autour d'eux, il faut vraiment prendre le temps de se retirer, de se réparer, donc physiquement là je parle, avant de pouvoir même toucher à l'émotionnel. Et une fois que le physique est réparé, ou en tout cas qu'il est en bonne voie de guérison, prendre cette énergie quand on le peut, parce qu'encore une fois, je sais que c'est extrêmement privilégié de pouvoir faire ça, mais prendre cette énergie pour aller creuser exactement là où ça fait mal. Parce qu'en fait, c'est là que sont les réponses. Et que si on ne va pas creuser, on y retournera continuellement. Et si l'idée du coup, c'est de briser ce cycle, il faut aller comprendre. Et à partir du moment où on comprend, on a les clés, on a les mots, on a les outils. Il faut les accepter, parfois il faut faire les deuils de certaines parties de soi-même, et là on commence à revoir la lumière. Et à partir du moment où on revoit la lumière, on voit aussi les gens qui nous entourent, qui sont capables de nous accueillir tels qu'on est.