Description
Nouvelle écrite par Maud Elong, fondatrice des Inédites.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Nouvelle écrite par Maud Elong, fondatrice des Inédites.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Vous écoutez les inédites ! Identité polymorphe J'avais replongé dans Paris et ses visages fermés Dans cette foule pressée qui t'aspire sans jamais te regarder. Un studio à Saint-Plon, pas mal l'atterrissage. Six étages sans ascenseur, rythme imposé. L'appartement était minuscule. Le parquet trop bruyant, la médianine trop basse. Chaque matin, je me manquais de me cogner au plafond. J'avais cette sensation étrange de gravir un sommet dans une ville où rien n'était jamais assez. C'était mon nid, mon perchoir. Dans la rue, les restaurants camerounais tenaient la ligne de front. Odeurs de ndolé, poissons braisés, bières tièdes et discussions trop fortes. Un soir, sans trop réfléchir, j'entrais dans un bar pour regarder un match. Le Cameroun jouait. Les types du bar hurlaient déjà avant même que ça commence. Table cognée, espoir gueulé à plein poumon, gestes larges, giclées de bières sur des nabes rouges pétants. Je me posais au comptoir à côté d'un gars. La quarantaine de Donnant. Toi aussi tu vas regarder le match ma soeur ? Le ma soeur me crispa un peu. Trop direct, mais je souris quand même. Ouais enfin... J'essaie. J'ai remonté mon pull jusqu'au nez. Il a rigolé. Ici on n'essaie pas. C'est le Cameroun, tu vibres ou tu dégages. Ambiance de nez. Derrière moi ça hurlait déjà. Centre, mais centre bordel ! Toujours pareil, on domine mais on ne marque jamais. Je Ausha la tête comme si j'y comprenais quelque chose, comme si j'étais vraiment dedans. C'est toujours comme ça ? Je tentais après un court instant. Comme quoi ? Non, rien. Il m'a regardée un peu paumée, puis il a laissé tomber. Moi aussi. Tout circulait entre eux. La langue, les blagues, les codes. Et moi je restais sur le bord. Pourtant nos racines nous rattrapaient. Alors j'ai bu ma bière, en silence. Match nul, pas de victoire, pas de drame non plus. Mais en sortant j'avais l'impression d'avoir respiré un peu mieux, comme si j'avais repris contact avec quelque chose, quelque chose à l'intérieur. Comme chaque soir, j'ouvris la fenêtre de mon appartement en rentrant. Les crises d'angoisse me secouaient depuis des années. Sans prévenir, j'avais si souvent besoin d'air, à la fenêtre, une odeur d'herbe s'invita dans mes narines. Ça venait de l'étage de dessus, le voisin du haut, le dandy des temps modernes. Parfois je l'entendais chanter aux étoiles, voir auk, sol fatigué, jaselan, mélancolie épaisse. Ce type avait vécu des trucs, ça s'entendait. Ce soir, c'était Blinded at James que je devinais. Une chanson d'amour déchue, tellement réelle. Je décidais de monter, envoûtée. Sa porte était entre-ouverte. J'hésitais, puis frappais timidement. « Ouais ? » il a répondu presque agacé. Il ouvrit avec une cigarette roulée coincée entre ses doigts. Grand, mince, chemise en velours rentré dans un pantalon slim noir, je fus touchée par tant de grâce. Il m'a regardé sans sourire, puis un demi-sourire est venu. « Tu écoutes deux portes maintenant ? » J'ai ri mal à l'aise, les mains dans mon jogging trop grand. « Difficile de faire autrement quand on a un chanteur pareil au-dessus de la tête. » J'ai ri. Il s'est effacé pour me laisser entrer. Chez lui, c'était le bordel. Vignes leur pochette, carnets ouverts sur des phrases griffonnées, le tourne-disque crachotait encore. Malik, et toi ? Lune, son salon baigné dans une lumière jaune sale. Il baignait des corps tordus, des visages éclatés, des scènes qui ressemblaient à des rêves vaporeux. Ses toiles étaient dispersées à même le sol. Je pense pas ce que je vois, je pense que ça me fait. Il m'a parlé de notre identité, ce mot qui voulait tout dire et rien à la fois. Son père malien, sa mère française, trop noir ici, pas assez là-bas. Alors il avait bricolé sa propre mélodie, sans frontières fixes. J'ai compris un truc, m'a-t-il dit. Si tu cherches à rentrer dans les cases, tu passes ta vie à te découper en morceaux. Faut accepter que nous, on est polymorphes. Même quand ça déborde, même quand ça fout le bordel. Sa voix était calme, mais pas molle. Une voix qui avait encaissé. Je n'ai rien répondu, j'avais déjà compris. Ce soir-là, quelque chose avait bougé. Pas un miracle, pas une révélation mystique, juste un déclic interne. Quelque chose qui s'enclenche. Quand j'ai refermé sa porte, l'air était plus léger. Pas parce que le monde avait changé, mais... parce que j'avais retrouvé une sorte d'apaisement. Je suis rentrée chez moi... J'ai pris le carnet vierge qui freinait sur mon bureau et que j'avais pas osé ouvrir pour écrire, pour écrire vraiment, sans réfléchir, sans corriger, sans chercher à bien faire. Comme si les mots avaient attendu longtemps sous ma peau, dont l'enroule n'y suffit. Mon corps nu sur le divan, un air distendu, nos liens détendus, espaces retrouvés que je croyais pardus. La lumière s'effiloche en velute lente, un chat de brume s'étire sur mon ventre. Les murs chuchotent des souvenirs éteints, et la nuit recourt mes absences du matin. Je flottais entre hier et un futur bancal, les aiguilles de l'horloge bêlaient en silence sous mes paupières rances. Le monde semblait soudainement brutal. Vous écoutez les inédites !
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Toi aussi tu vas regarder le match ma soeur ? Le ma soeur me crispa un peu. Trop direct, mais je souris quand même. Ouais enfin... J'essaie. J'ai remonté mon pull jusqu'au nez. Il a rigolé. Ici on n'essaie pas. C'est le Cameroun, tu vibres ou tu dégages. Ambiance de nez. Derrière moi ça hurlait déjà. Centre, mais centre bordel ! Toujours pareil, on domine mais on ne marque jamais. Je Ausha la tête comme si j'y comprenais quelque chose, comme si j'étais vraiment dedans. C'est toujours comme ça ? Je tentais après un court instant. Comme quoi ? Non, rien. Il m'a regardée un peu paumée, puis il a laissé tomber. Moi aussi. Tout circulait entre eux. La langue, les blagues, les codes. Et moi je restais sur le bord. Pourtant nos racines nous rattrapaient. Alors j'ai bu ma bière, en silence. Match nul, pas de victoire, pas de drame non plus. Mais en sortant j'avais l'impression d'avoir respiré un peu mieux, comme si j'avais repris contact avec quelque chose, quelque chose à l'intérieur. Comme chaque soir, j'ouvris la fenêtre de mon appartement en rentrant. Les crises d'angoisse me secouaient depuis des années. Sans prévenir, j'avais si souvent besoin d'air, à la fenêtre, une odeur d'herbe s'invita dans mes narines. Ça venait de l'étage de dessus, le voisin du haut, le dandy des temps modernes. Parfois je l'entendais chanter aux étoiles, voir auk, sol fatigué, jaselan, mélancolie épaisse. Ce type avait vécu des trucs, ça s'entendait. Ce soir, c'était Blinded at James que je devinais. Une chanson d'amour déchue, tellement réelle. Je décidais de monter, envoûtée. Sa porte était entre-ouverte. J'hésitais, puis frappais timidement. « Ouais ? » il a répondu presque agacé. Il ouvrit avec une cigarette roulée coincée entre ses doigts. Grand, mince, chemise en velours rentré dans un pantalon slim noir, je fus touchée par tant de grâce. Il m'a regardé sans sourire, puis un demi-sourire est venu. « Tu écoutes deux portes maintenant ? » J'ai ri mal à l'aise, les mains dans mon jogging trop grand. « Difficile de faire autrement quand on a un chanteur pareil au-dessus de la tête. » J'ai ri. Il s'est effacé pour me laisser entrer. Chez lui, c'était le bordel. Vignes leur pochette, carnets ouverts sur des phrases griffonnées, le tourne-disque crachotait encore. Malik, et toi ? Lune, son salon baigné dans une lumière jaune sale. Il baignait des corps tordus, des visages éclatés, des scènes qui ressemblaient à des rêves vaporeux. Ses toiles étaient dispersées à même le sol. Je pense pas ce que je vois, je pense que ça me fait. Il m'a parlé de notre identité, ce mot qui voulait tout dire et rien à la fois. Son père malien, sa mère française, trop noir ici, pas assez là-bas. Alors il avait bricolé sa propre mélodie, sans frontières fixes. J'ai compris un truc, m'a-t-il dit. Si tu cherches à rentrer dans les cases, tu passes ta vie à te découper en morceaux. Faut accepter que nous, on est polymorphes. Même quand ça déborde, même quand ça fout le bordel. Sa voix était calme, mais pas molle. Une voix qui avait encaissé. Je n'ai rien répondu, j'avais déjà compris. Ce soir-là, quelque chose avait bougé. Pas un miracle, pas une révélation mystique, juste un déclic interne. Quelque chose qui s'enclenche. Quand j'ai refermé sa porte, l'air était plus léger. Pas parce que le monde avait changé, mais... parce que j'avais retrouvé une sorte d'apaisement. Je suis rentrée chez moi... J'ai pris le carnet vierge qui freinait sur mon bureau et que j'avais pas osé ouvrir pour écrire, pour écrire vraiment, sans réfléchir, sans corriger, sans chercher à bien faire. Comme si les mots avaient attendu longtemps sous ma peau, dont l'enroule n'y suffit. Mon corps nu sur le divan, un air distendu, nos liens détendus, espaces retrouvés que je croyais pardus. La lumière s'effiloche en velute lente, un chat de brume s'étire sur mon ventre. Les murs chuchotent des souvenirs éteints, et la nuit recourt mes absences du matin. Je flottais entre hier et un futur bancal, les aiguilles de l'horloge bêlaient en silence sous mes paupières rances. Le monde semblait soudainement brutal. Vous écoutez les inédites !
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Toi aussi tu vas regarder le match ma soeur ? Le ma soeur me crispa un peu. Trop direct, mais je souris quand même. Ouais enfin... J'essaie. J'ai remonté mon pull jusqu'au nez. Il a rigolé. Ici on n'essaie pas. C'est le Cameroun, tu vibres ou tu dégages. Ambiance de nez. Derrière moi ça hurlait déjà. Centre, mais centre bordel ! Toujours pareil, on domine mais on ne marque jamais. Je Ausha la tête comme si j'y comprenais quelque chose, comme si j'étais vraiment dedans. C'est toujours comme ça ? Je tentais après un court instant. Comme quoi ? Non, rien. Il m'a regardée un peu paumée, puis il a laissé tomber. Moi aussi. Tout circulait entre eux. La langue, les blagues, les codes. Et moi je restais sur le bord. Pourtant nos racines nous rattrapaient. Alors j'ai bu ma bière, en silence. Match nul, pas de victoire, pas de drame non plus. Mais en sortant j'avais l'impression d'avoir respiré un peu mieux, comme si j'avais repris contact avec quelque chose, quelque chose à l'intérieur. Comme chaque soir, j'ouvris la fenêtre de mon appartement en rentrant. Les crises d'angoisse me secouaient depuis des années. Sans prévenir, j'avais si souvent besoin d'air, à la fenêtre, une odeur d'herbe s'invita dans mes narines. Ça venait de l'étage de dessus, le voisin du haut, le dandy des temps modernes. Parfois je l'entendais chanter aux étoiles, voir auk, sol fatigué, jaselan, mélancolie épaisse. Ce type avait vécu des trucs, ça s'entendait. Ce soir, c'était Blinded at James que je devinais. Une chanson d'amour déchue, tellement réelle. Je décidais de monter, envoûtée. Sa porte était entre-ouverte. J'hésitais, puis frappais timidement. « Ouais ? » il a répondu presque agacé. Il ouvrit avec une cigarette roulée coincée entre ses doigts. Grand, mince, chemise en velours rentré dans un pantalon slim noir, je fus touchée par tant de grâce. Il m'a regardé sans sourire, puis un demi-sourire est venu. « Tu écoutes deux portes maintenant ? » J'ai ri mal à l'aise, les mains dans mon jogging trop grand. « Difficile de faire autrement quand on a un chanteur pareil au-dessus de la tête. » J'ai ri. Il s'est effacé pour me laisser entrer. Chez lui, c'était le bordel. Vignes leur pochette, carnets ouverts sur des phrases griffonnées, le tourne-disque crachotait encore. Malik, et toi ? Lune, son salon baigné dans une lumière jaune sale. Il baignait des corps tordus, des visages éclatés, des scènes qui ressemblaient à des rêves vaporeux. Ses toiles étaient dispersées à même le sol. Je pense pas ce que je vois, je pense que ça me fait. Il m'a parlé de notre identité, ce mot qui voulait tout dire et rien à la fois. Son père malien, sa mère française, trop noir ici, pas assez là-bas. Alors il avait bricolé sa propre mélodie, sans frontières fixes. J'ai compris un truc, m'a-t-il dit. Si tu cherches à rentrer dans les cases, tu passes ta vie à te découper en morceaux. Faut accepter que nous, on est polymorphes. Même quand ça déborde, même quand ça fout le bordel. Sa voix était calme, mais pas molle. Une voix qui avait encaissé. Je n'ai rien répondu, j'avais déjà compris. Ce soir-là, quelque chose avait bougé. Pas un miracle, pas une révélation mystique, juste un déclic interne. Quelque chose qui s'enclenche. Quand j'ai refermé sa porte, l'air était plus léger. Pas parce que le monde avait changé, mais... parce que j'avais retrouvé une sorte d'apaisement. Je suis rentrée chez moi... J'ai pris le carnet vierge qui freinait sur mon bureau et que j'avais pas osé ouvrir pour écrire, pour écrire vraiment, sans réfléchir, sans corriger, sans chercher à bien faire. Comme si les mots avaient attendu longtemps sous ma peau, dont l'enroule n'y suffit. Mon corps nu sur le divan, un air distendu, nos liens détendus, espaces retrouvés que je croyais pardus. La lumière s'effiloche en velute lente, un chat de brume s'étire sur mon ventre. Les murs chuchotent des souvenirs éteints, et la nuit recourt mes absences du matin. Je flottais entre hier et un futur bancal, les aiguilles de l'horloge bêlaient en silence sous mes paupières rances. Le monde semblait soudainement brutal. Vous écoutez les inédites !
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Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Vous écoutez les inédites ! Identité polymorphe J'avais replongé dans Paris et ses visages fermés Dans cette foule pressée qui t'aspire sans jamais te regarder. Un studio à Saint-Plon, pas mal l'atterrissage. Six étages sans ascenseur, rythme imposé. L'appartement était minuscule. Le parquet trop bruyant, la médianine trop basse. Chaque matin, je me manquais de me cogner au plafond. J'avais cette sensation étrange de gravir un sommet dans une ville où rien n'était jamais assez. C'était mon nid, mon perchoir. Dans la rue, les restaurants camerounais tenaient la ligne de front. Odeurs de ndolé, poissons braisés, bières tièdes et discussions trop fortes. Un soir, sans trop réfléchir, j'entrais dans un bar pour regarder un match. Le Cameroun jouait. Les types du bar hurlaient déjà avant même que ça commence. Table cognée, espoir gueulé à plein poumon, gestes larges, giclées de bières sur des nabes rouges pétants. Je me posais au comptoir à côté d'un gars. La quarantaine de Donnant. Toi aussi tu vas regarder le match ma soeur ? Le ma soeur me crispa un peu. Trop direct, mais je souris quand même. Ouais enfin... J'essaie. J'ai remonté mon pull jusqu'au nez. Il a rigolé. Ici on n'essaie pas. C'est le Cameroun, tu vibres ou tu dégages. Ambiance de nez. Derrière moi ça hurlait déjà. Centre, mais centre bordel ! Toujours pareil, on domine mais on ne marque jamais. Je Ausha la tête comme si j'y comprenais quelque chose, comme si j'étais vraiment dedans. C'est toujours comme ça ? Je tentais après un court instant. Comme quoi ? Non, rien. Il m'a regardée un peu paumée, puis il a laissé tomber. Moi aussi. Tout circulait entre eux. La langue, les blagues, les codes. Et moi je restais sur le bord. Pourtant nos racines nous rattrapaient. Alors j'ai bu ma bière, en silence. Match nul, pas de victoire, pas de drame non plus. Mais en sortant j'avais l'impression d'avoir respiré un peu mieux, comme si j'avais repris contact avec quelque chose, quelque chose à l'intérieur. Comme chaque soir, j'ouvris la fenêtre de mon appartement en rentrant. Les crises d'angoisse me secouaient depuis des années. Sans prévenir, j'avais si souvent besoin d'air, à la fenêtre, une odeur d'herbe s'invita dans mes narines. Ça venait de l'étage de dessus, le voisin du haut, le dandy des temps modernes. Parfois je l'entendais chanter aux étoiles, voir auk, sol fatigué, jaselan, mélancolie épaisse. Ce type avait vécu des trucs, ça s'entendait. Ce soir, c'était Blinded at James que je devinais. Une chanson d'amour déchue, tellement réelle. Je décidais de monter, envoûtée. Sa porte était entre-ouverte. J'hésitais, puis frappais timidement. « Ouais ? » il a répondu presque agacé. Il ouvrit avec une cigarette roulée coincée entre ses doigts. Grand, mince, chemise en velours rentré dans un pantalon slim noir, je fus touchée par tant de grâce. Il m'a regardé sans sourire, puis un demi-sourire est venu. « Tu écoutes deux portes maintenant ? » J'ai ri mal à l'aise, les mains dans mon jogging trop grand. « Difficile de faire autrement quand on a un chanteur pareil au-dessus de la tête. » J'ai ri. Il s'est effacé pour me laisser entrer. Chez lui, c'était le bordel. Vignes leur pochette, carnets ouverts sur des phrases griffonnées, le tourne-disque crachotait encore. Malik, et toi ? Lune, son salon baigné dans une lumière jaune sale. Il baignait des corps tordus, des visages éclatés, des scènes qui ressemblaient à des rêves vaporeux. Ses toiles étaient dispersées à même le sol. Je pense pas ce que je vois, je pense que ça me fait. Il m'a parlé de notre identité, ce mot qui voulait tout dire et rien à la fois. Son père malien, sa mère française, trop noir ici, pas assez là-bas. Alors il avait bricolé sa propre mélodie, sans frontières fixes. J'ai compris un truc, m'a-t-il dit. Si tu cherches à rentrer dans les cases, tu passes ta vie à te découper en morceaux. Faut accepter que nous, on est polymorphes. Même quand ça déborde, même quand ça fout le bordel. Sa voix était calme, mais pas molle. Une voix qui avait encaissé. Je n'ai rien répondu, j'avais déjà compris. Ce soir-là, quelque chose avait bougé. Pas un miracle, pas une révélation mystique, juste un déclic interne. Quelque chose qui s'enclenche. Quand j'ai refermé sa porte, l'air était plus léger. Pas parce que le monde avait changé, mais... parce que j'avais retrouvé une sorte d'apaisement. Je suis rentrée chez moi... J'ai pris le carnet vierge qui freinait sur mon bureau et que j'avais pas osé ouvrir pour écrire, pour écrire vraiment, sans réfléchir, sans corriger, sans chercher à bien faire. Comme si les mots avaient attendu longtemps sous ma peau, dont l'enroule n'y suffit. Mon corps nu sur le divan, un air distendu, nos liens détendus, espaces retrouvés que je croyais pardus. La lumière s'effiloche en velute lente, un chat de brume s'étire sur mon ventre. Les murs chuchotent des souvenirs éteints, et la nuit recourt mes absences du matin. Je flottais entre hier et un futur bancal, les aiguilles de l'horloge bêlaient en silence sous mes paupières rances. Le monde semblait soudainement brutal. Vous écoutez les inédites !
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