- Speaker #0
vraiment j'avais l'impression que c'était fini pour moi et en même temps le monde continue à tourner j'allais en cours, j'avais dormi deux heures je faisais des DST de quatre heures j'ai fini ses premières le décalage entre mon expérience de la folie complète et le quotidien qui n'avait aucun sens rien n'avait de sens c'était terrible
- Speaker #1
Ma vie bascule du jour au lendemain dans une maladie neurologique, rare, qui n'a de poétique que le nom. Le syndrome du mal de débarquement. Les symptômes qu'elle m'amène vivent en colocation avec moi. 7 jours sur 7, 24h sur 24, et ne prennent jamais leur week-end. Je n'ai donc pas la place pour un autre combat. Du moins, c'est ce que je crois. Puis vient ce jour où je témoigne dans une émission télé, dans l'espoir de rendre visible l'invisibilité du syndrome dont je suis atteinte. A peine sortie du plateau, forte de cette expérience et encore dans mes talons rouges, une évidence s'installe. Je n'en resterai pas là. Dans le train du retour, je rejoins à la fois ma maison et mon nouveau combat. Offrir un espace de parole au travers d'un podcast, aux personnes qui composent, bien souvent en silence, avec des maladies invisibles, et avec les regards de sociétés qui ne croient que ce qu'elles voient, deux réalités plus souvent subies que choisies. Aujourd'hui, loin de mes talons rouges et au plus proche de l'engagement, l'évidence s'étend. C'est à l'invisible au pluriel que je vous invite. Ceux qui dans la chair, l'esprit et les sociétés se vit, sans pour autant faire de bruit. Si comme le dit Antoine de Saint-Exupéry, l'essentiel est invisible pour les yeux, ici, on compte bien le faire entendre. Bonne écoute ! Hello Bertie !
- Speaker #0
Hello !
- Speaker #1
Comment est-ce que tu vas aujourd'hui ?
- Speaker #0
Aujourd'hui ça va. Bonjour, si ça va. Et toi ? Ah ouais !
- Speaker #1
Joker ! Je te le disais déjà hors antenne, j'ai passé 15 jours affreux, là, en termes de symptômes, surtout de tangage, à peu près 10 sur 10. Aujourd'hui, c'est légèrement mieux. Mais je me disais, tu vois, dans le légèrement mieux, j'ai l'impression que tu te manges quand même les 15 derniers jours. Tu vois, il y a un truc où le corps, il est quand même, genre, juste à bout d'avoir vécu cette horreur.
- Speaker #0
Oui, tout à fait.
- Speaker #1
Donc, oui, légèrement mieux, mais quand même bien fracassé. Bertie, une de tes dernières vidéos Instagram commence avec « Bienvenue dans mon quotidien de l'enfer » . Tu te filmes généralement en train de prendre tes médicaments parce que tu as besoin de soutien dans la solitude que tu traverses, tout en ayant conscience que cela peut paraître bizarre à voir pour les gens dont la vie va bien. C'est sûr que ça change des vidéos en maillot de bain sous les cocotiers et ça tombe bien parce que chez les invisibles, ce sont les vraies vies qu'on visibilise. Tu as le sentiment que ton système nerveux a été cassé après un accident de sevrage qui aurait pu, peut-être, être évité. Tu as moins de 30 ans et tu vis avec de nombreux symptômes invalidants qui t'empêchent notamment de travailler ou de rencontrer l'amour. À cause d'une réduction, puis un arrêt de médicaments, un psychotrope. Mal supervisé. Je dis mal supervisé car il semblerait que les protocoles de sevrage sont aujourd'hui complètement obsolètes et certaines études montrent même que 25% de ces accidents pourraient être évités. Tu viens ici avec militantisme, prête à faire entendre ta voix et avec en filigrane toujours ce même combat, faire bouger les lignes au sein des politiques et des prises en charge médicales. pour éviter ces accidents qui peuvent ruiner des vies. Et on imagine bien combien la tienne a été impactée lorsque l'on parcourt certaines de tes vidéos et que l'on entend « Encore une journée où je ne me suis pas flinguée » . Bertie, si on remonte avant tes 16 ans, qui étais-tu ? Qu'est-ce qui te faisait vibrer à ce moment-là ?
- Speaker #0
Alors, j'étais une jeune fille étrangement assez joyeuse. même si j'avais une vie compliquée mon père était malade aussi mais j'étais assez joyeuse quelque chose qui m'a tenue aujourd'hui depuis l'époque c'est la littérature j'y lisais déjà pas mal pas les mêmes choses qu'aujourd'hui mais pas mal j'étais bonne élève même si la vie était compliquée les choses étaient quand même assez bien tracées J'allais passer mon bac, parce que j'avais un peu d'avance, et commencer une prépa.
- Speaker #1
Et qu'est-ce qui te faisait vibrer, du coup ? C'est la littérature, c'est les études ?
- Speaker #0
Les amis aussi, les amis. Littérature et les amis.
- Speaker #1
Et à ce moment-là, il n'y avait pas d'histoire de médicaments, de troubles psy. Les choses étaient plutôt simples, malgré quand même, en background, une vie où tu dis tout n'était pas... forcément rose.
- Speaker #0
C'est pas rose mais oui ça allait clairement.
- Speaker #1
Tu racontes que tout a commencé avec des symptômes très physiques à quel moment tu as compris que quelque chose de profond était en train de basculer ?
- Speaker #0
Alors en fait oui c'est ça qui moi m'aperçois toujours aujourd'hui c'est que ça a vraiment commencé déjà ça a commencé par une fatigue mais invraisemblable que je pense honnêtement seules les personnes qui ont des maladies chroniques ou des maladies graves connaissent cette fatigue qui est comme un étau invraisemblable, qu'on ne comprend pas, etc. Et j'ai fait pas mal d'examens à l'époque. Il n'y avait rien qui ressortait. Alors, on a dit le stress. On a marre d'entendre cette phrase, tous. Et puis, j'ai commencé à avoir des problèmes intestinaux, l'intestin irritable. Je pose ça là parce qu'on sait aujourd'hui que quand même... Il y a beaucoup de liens, l'intestin, le cerveau, le système immunitaire, tout ça est assez lié et on commence à se rendre compte que c'est quand même là que ça se joue, tout ce qui est maladie psychiatrique, etc. J'ai eu des kystes inflammatoires, donc pareil, aucun lien n'a été fait, même aujourd'hui je ne peux pas affirmer. Et après, on s'est suivi les symptômes psychiatriques et là, ce n'était plus marrant. Bon, ce n'était déjà pas marrant, mais en fait, j'ai commencé à arrêter de dormir. Je crois que c'est vraiment le choc de ma vie. à cette époque-là, en tout cas, quelque chose de si naturel qui paraît évident. Et je ne dormais plus que quelques heures. Alors moi, j'étais très... J'ai toujours été très forte tête. Donc je ne voulais absolument pas entendre parler de psychiatrie. C'était hors de question. Je me suis mise à courir des heures et des heures en me disant, mais ça va me fatiguer. Enfin, ça n'a pas du tout fonctionné. Et ensuite, il y a eu tout le reste des symptômes psychiatriques. Je me suis mise à la... pleuré sans cesse. Je ne pouvais plus aller en cours, mais ce n'était pas une angoisse vis-à-vis des cours. Sortir de chez moi me terrifiait, je ne savais pas pourquoi. Ça ne ressemblait pas aux crises d'angoisse que j'avais déjà vécues étant plus jeune. C'était vraiment profond, je ne comprenais pas. Je me suis mis à arrêter de manger, j'étais à trop manger. Quand je décris, on entend vraiment les symptômes d'une dépression. Mais à cette époque-là, c'était hors de question d'entendre ça. Donc voilà, et ça m'a déjà mis un an, un peu moins d'un an mais quasiment, avant de consulter un psychiatre. Donc voilà, est-ce que je continue ?
- Speaker #1
Non, moi j'aimerais te demander, tout ça est arrivé d'un coup un peu ? Parce que tu disais que ça allait plutôt bien, tu allais passer ton bac, et puis d'un coup tous ces symptômes, à la fois physiques et psychiques, se sont amenés.
- Speaker #0
D'abord c'était vraiment physique, ça a duré plusieurs mois. où vraiment c'était surtout de la fatigue, je rentrais des cours, je m'effondrais, j'arrivais plus et tout. Et puis ensuite, j'ai l'impression que je voulais tellement continuer à avoir une vie normale malgré les symptômes qui devenaient invalidants, que du coup je poussais, je poussais, et en fait à la fin, je ne sais pas ce qui s'est passé, vraiment aujourd'hui encore je suis dans l'inconnu. Mais oui, après les symptômes psychiques sont arrivés, et je n'ai jamais vraiment, même aujourd'hui je ne sais pas quels sont les liens auto-humains, immunitaires, Dans ma famille, il y a quatre maladies auto-immunes sur quatre personnes, c'est quand même énorme. Il y a des questions qui se posent comme ça, auxquelles je n'ai pas de réponse. Mais par contre, c'est sûr qu'après, j'ai eu des symptômes bien psychiatriques.
- Speaker #1
D'ailleurs, tu m'avais parlé de moments de déréalisation très forts. Est-ce que tu pourrais essayer de nous faire entrer dans ce que tu percevais du monde à ce moment-là ?
- Speaker #0
Alors ça, vraiment, je pense que c'était à l'époque, encore une fois, l'expérience la plus terrifiante que j'ai faite de ma vie. Donc pendant des mois je n'ai pas dormi, je pleurais du matin au soir, je refusais de prendre des cachets. Et en fait la déréalisation c'est un symptôme de l'angoisse extrême ou de l'épuisement extrême. Moi je me souviens exactement, j'étais dans la voiture de ma mère en train de pleurer. Et vraiment je sentais mon... c'est vraiment bizarre mais je promets que c'est vrai, je sentais mon cerveau. Je sentais comme de l'électricité dans mon cerveau tellement j'étais sous tension, je pleurais, je ne dormais plus depuis des semaines, c'était horrible. Et vraiment, d'un seul coup, j'ai levé les yeux et... C'est comme si je m'étais mise à halluciner. Tout est devenu plat en face de moi. C'est-à-dire, j'avais l'impression qu'il y avait le pare-brise. J'avais l'impression qu'on avait collé l'image du ciel et de tout ce qu'il y avait autour sur le pare-brise. Et que si je tendais la main, j'allais toucher les arbres, les choses qu'il y avait autour. C'est vraiment, on appelle ça le symptôme du Truman Show. Je ne sais pas si vous avez vu ce film, mais c'est un gars qui est enfermé, mais qui n'est pas au courant qu'il est enfermé dans un studio. Et en fait, tout ce qui est en fond, c'est pas la réalité, c'est un décor. Et c'est vraiment ça, sauf que c'était quotidien et ça a duré trois ans. C'était l'enfer. Moi, j'en étais à un stade où quand j'étais en prépa, je m'enfermais au deuxième étage de ma maison. Je fermais tous les volets parce que je supportais pas de voir le ciel. C'était vraiment ça le pire. C'était cette sensation que je pouvais tendre la main et que c'était tout plat. Enfin, c'était horrible. Et je faisais des maths toute la journée. mais non c'était franchement c'est un symptôme surtout à ce niveau parce qu'apparemment ça peut être de faible intensité moi c'était maximum et c'était une torture une vraie torture.
- Speaker #1
T'avais plus la 3D.
- Speaker #0
Exactement je n'avais plus la 3D et je ne comprends pas en fait ce qui était très bizarre c'est que j'avais l'impression d'halluciner et du coup je demandais j'avais un ami très proche et je lui disais mais là tu vois est-ce que tu vois ça là Et parce que j'avais l'impression d'halluciner, mais je n'hallucinais pas. Et du coup, c'est extrêmement perturbant. Vraiment, c'était riche. C'était riche. Je le souhaite encore une fois à personne.
- Speaker #1
Et tu dis que tu t'enfermais pour faire des maths. De quoi ça t'a protégée ?
- Speaker #0
Les maths, à cette époque, ça me sauvait. Déjà parce qu'encore une fois, j'avais 16 ans. J'étais en prépa. Enfin, 17 ans à ce moment-là, du coup. Et j'avais beaucoup de questions pour mon avenir. C'est un peu malheureusement un moment charnière. où beaucoup de choses se décident, et je voulais absolument réussir, et j'étais excellente en maths. Et les maths, c'était quelque chose de cadré, de très logique. J'avais des exercices que je faisais, j'avais la réponse, je comprenais. En fait, ça me mettait en cadre dans la folie dans laquelle j'étais ou j'avais l'impression d'être. J'avais des réponses concrètes, des choses à faire qui avaient du sens. Et puis en plus de ça, dans mes cours après, Je voyais que j'avais des résultats, j'avais cette impression, en fait j'avais cette peur terrible avec ce qui m'arrivait de rater ma vie, c'était vraiment le mot, mais je me disais, mais mon Dieu, c'est maintenant, je dois performer là. Et en fait, je suis folle, épuisée, je ne dors plus, ce n'est pas possible en fait, ce n'est pas possible, donc fais des maths, fais des maths, ça te sauvera. J'ai vraiment toujours eu cette phrase en tête de « apprends » , il faut que tu apprennes parce que c'est la seule chose qui va te sauver, il faut que tu apprennes des choses, c'était ça.
- Speaker #1
Il y a plusieurs choses qui me viennent, mais je suis assez touchée par cette idée d'à ce moment-là, les choses autour de toi deviennent insaisissables ou peut-être un peu trop vu qu'il n'y a plus la 3D, mais il y a quelque chose d'incompréhensible dans l'expérience. Et à l'inverse, il y a les maths où on est dans quelque chose de tellement tangible et compréhensible. Enfin, on peut résoudre des énigmes. Alors que ce que tu vivais dans ta vie... Et tu ne pouvais pas résoudre cet énigme-là quelque part en parallèle.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Et l'autre image qui m'est venue, c'est un peu ces personnages qu'on peut voir dans les films, justement un peu le savant fou qui s'enferme dans son grenier à faire des maths. Il y a tellement de films où on se retrouve avec des personnages comme ça.
- Speaker #0
Non mais clairement, c'était vraiment ma sensation, je me disais. vraiment j'avais l'impression que c'était fini pour moi et en même temps le monde continue à tourner j'allais en cours, j'avais dormi 2h je faisais des DST de 4h j'ai fini ses premières le décalage entre mon expérience de la folie complète et le quotidien qui n'avait aucun sens rien n'avait de sens c'était terrible je fais peut-être une aparté mieux. Moi, j'ai grandi dans une famille très psychanalytique. En fait, je pense que naturellement, tous les médecins qui ont plus de 50-60 ans ont été élevés avec la psychanalyse. Et donc, il y avait vraiment un truc de... Il faut comprendre ton symptôme, trouver un truc logique. Alors que ce n'était pas logique, c'était vraiment biochimique. Il y avait un truc qui...
- Speaker #1
Parce que dans ta famille, il y a des médecins ?
- Speaker #0
Oui, ma mère est médecin. Et ça a toujours été très... C'est pour la suite, mais du coup, le premier psychiatre que j'ai vu, c'était un psychanalyste. Et je pense que c'était une erreur terrible.
- Speaker #1
Pour revenir encore un dernier coup sur cette question des maths, parce que ça me fait vibrer un peu cette histoire de maths. Je vous l'ai dit. Désolée. J'ai perdu mon fil. Je vais le retrouver. Mais, qu'est-ce que je voulais dire sur les maths ? C'est chiant ça,
- Speaker #0
ça m'arrive souvent. Ça arrive.
- Speaker #1
Je prends quelques minutes.
- Speaker #0
On pensait aux savants fous.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
En fait, de réussir les examens de 4-2. Ah oui.
- Speaker #1
En fait, les maths, c'est la vie. Et ça explique la vie. Tout, finalement. Et là aussi, je vois cette espèce de parallèle entre ta vie t'échappe d'un côté, mais quelque part, avec les maths, on explique la vie.
- Speaker #0
Non, mais complètement. Encore une fois, je cherchais un moyen de me raccrocher à quelque chose, à quoi que ce soit. Je cherchais juste un moyen de mettre du sens dans tout ça qui n'avait aucun sens.
- Speaker #1
Est-ce que c'était comme une part de toi fonctionnelle qui restait là ?
- Speaker #0
C'était ça. C'était vraiment ça. Encore une fois, c'était vraiment la sensation d'être à moitié endormie, et encore à moitié, je dirais plutôt à 50%, et de voir 10% qui sont là et qui se débattent, et qui disent « Ah bon, on fait des maths, on s'en sort, ok. » C'est... Ouais.
- Speaker #1
Et pour le reste, est-ce que t'as eu le sentiment d'être dépossédée de toi-même ?
- Speaker #0
Ah, complètement. Complètement. Mais encore une fois, je... Ah, tu vas me couper des trucs, on est d'accord, parce que... Enfin, il y a un montage.
- Speaker #1
Ou ça dépend s'il y a vraiment besoin, mais...
- Speaker #0
Ok. C'est parce que j'allais dire un truc, mais j'étais en train de le dire, je l'ai déjà dit, mais je ne sais plus. Bref, en fait, il y a cette référence que je sors souvent sur la maladie, c'est Suzanne Sontag, écrivaine du XXe siècle, qui disait qu'on est tous dans notre vie avec deux passeports, un pour le monde de la bonne santé et un pour la maladie. et moi je trouve ça très juste cette idée de passeport et de deux mondes complètement séparés, différents et en fait je pense qu'on est tous aussi sans se rendre compte qu'on a deux passeports et le moment où on se dit ah ouais mais en fait je ne fais pas partie de privilégiés qui vont rester d'un côté le bon côté du monde pour toujours non non, j'ai cette deuxième identité qui est là, qui m'attend et euh... Je crois que c'est un choc, déjà pour tout le monde c'est dingue, puis quand en plus ça touche à la psyché, etc., c'est un truc assez dingue. Mais je pense qu'il y avait vraiment ce choc-là de découvrir que j'avais 16 ans, et en fait, je dirais à 16 ans on ne comprend rien à la vie. Littéralement, et d'un coup la vie elle te saisit comme ça, et elle te dit voilà c'est comme ça. Et ça c'est un choc.
- Speaker #1
Et le privilège d'être en bonne santé, c'est de ne même pas s'en rendre compte.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
combien de personnes qui sont des personnes valides font l'expérience dans leur vie, tout d'un coup ils ont la grippe, ils ont 41 de fièvre, ils peuvent plus bouger, ils sont alités, là ils se disent, mais quand je suis pas malade je devrais m'en rendre compte, mais en fait on ne s'en rend pas compte. Parce que ça fait partie du privilège d'un corps qui ne fait pas de bruit, alors que nous il est bruyant sans cesse.
- Speaker #0
C'est... Non mais c'est... Cette chance-là, j'y pense tout le temps.
- Speaker #1
Et donc... Tu m'as parlé qu'il y a eu un moment où tu es dans la voiture avec ta maman. Et donc là, ta mère, finalement, elle est témoin de ce que tu vis. Elle voit qu'il y a une crise qui se manifeste. Enfin, ou pas. Tu as l'air de faire comme ça avec la tête, ou pas.
- Speaker #0
Ça a été très compliqué. Vraiment. Encore une fois, je pense que ma mère et la génération de ma mère, et ils ont été élevés avec... Déjà avec la psychanalyse, la psychanalyse, désolée, pour moi, c'est une manière d'expliquer l'inexplicable jusqu'à ce qu'on trouve la raison. Mais en attendant, ça doit être ça, c'est des somatisations, c'est bien gentil, mais il y a des raisons scientifiques derrière. Et du coup, elle ne supportait pas, elle ne comprenait pas, elle ne savait pas quoi faire. Mon père avait été malade avant moi, donc il y avait en plus ce poids de... En plus, il faut gérer une deuxième maladie qui se rajoute. Puis elle n'avait jamais été au courant de tout ça. Puis vraiment, c'est là aussi où on voit le décalage avec la vie sans Internet, sans téléphone. C'est-à-dire, voilà, ma mère est née en 1956. Moi, le premier réflexe que j'ai, et je sais que toi aussi, que ce soit un bon ou un mauvais réflexe, il y a un moment donné où on va chercher des réponses, on va chercher à comprendre. Si quelqu'un me dit demain je vois le ciel plat, j'ai jamais entendu parler de ça, je vais essayer de chercher qu'est ce que ça peut être. Jamais, à l'époque c'était pas un réflexe. Donc on allait voir le médecin et on espérait que le médecin sache. malheureusement, et je pense que ton expérience validera tristement la mienne, on n'a pas très souvent cette chance de tomber sur le médecin qui sait, qui comprend, qui se questionne, qui cherche. Donc, au calque des réponses, c'est un peu tout fait sur des situations qui ne se ressemblent pas.
- Speaker #1
Oui. D'ailleurs, moi, j'y pense souvent ces derniers temps, la place de l'intelligence artificielle dans nos questionnements parce que franchement, depuis que ChatGPT existe, et pourtant, c'est... c'est tiraillé à l'intérieur de moi de l'utiliser. Voilà, ça fait partie des grands paradoxes de nos vies de privilégiés à ce niveau-là. Mais le nombre de fois où en fait je pose des questions à Tchadjepeté, parce qu'en fait le syndrome avec lequel je vis, il comprend très très bien, et je l'alimente avec mes analyses sanguines, avec mes expériences, ce qui fait qu'il a une pointure sur la compréhension de ce qui se passe qui est extraordinaire. Mais alors que... Moi, je suis quand même née à l'heure d'Internet. J'ai quand même connu les smartphones depuis assez longtemps. Mais finalement, l'intelligence artificielle, elle est hyper récente. Et je me dis, si six ans en arrière, quand je suis tombée malade, il y avait déjà ChatGPT, j'aurais eu tellement plus de réponses, voire de traitements qui auraient été plus vite mis en place.
- Speaker #0
Mais à 100 milliards de pourcents. Et ça, c'est un truc qui s'est très... Enfin, dans les groupes d'amis, ils sont tous très anti-chat. qui sont... Je ne sais pas pourquoi, que ce soit leur expérience, peut-être ce qu'ils voient sur Internet, ils se disent « mais non, il dit n'importe quoi » . Moi, personnellement, Tchat est d'une précision invraisemblable sur mes symptômes, parce qu'on en parlera plus tard, mais je fais une baisse hyperbolique, etc. Il est d'une pression incroyable, il met de la nuance dans beaucoup de choses. Enfin voilà, c'est pas du... Vraiment, quand j'envoie des messages, etc., il n'est jamais dans un truc catégorique ou dans un truc cliché, mais il est capable d'analyser très bien mes situations. bien mieux, et j'assume. Et de toute façon, les études qui sont sorties le prouvent, chaque GPT se sent mieux que les médecins, de manière générale, pour diagnostiquer les choses très spécifiques. Ce qui n'est pas le cas des médecins généraux.
- Speaker #1
Pour revenir aussi, simplement parce que tu as parlé de la psychanalyse, c'est vraiment, pour moi, une manière de raconter l'histoire. Et aujourd'hui, je pense qu'on peut avoir... des centaines de manières de raconter l'histoire sous tellement de prismes différents et la psychanalyse en est un. Mais finalement, donc la question c'est on y adhère ou on n'y adhère pas, mais voilà, c'est tout.
- Speaker #0
Déjà, ce qui est compliqué, c'est que quand même, enfin on le sait, mais c'est quand même une fausse médecine qui a infusé dans la médecine. Enfin, je veux dire, encore une fois, c'est pas pour rien qu'à chaque fois on nous dit c'est dans notre tête, c'est machin, c'est parce que tout ça, ça vient de Freud, qui a dit que si on ne change pas, si tu sens pas ta jambe un matin, c'est que tu fais une somatisation, alors qu'on sait aujourd'hui que c'était pas vrai, et que certains de ces patients sont morts d'ailleurs, parce qu'ils disaient que c'était ça, mais en fait non, enfin voilà. Donc le danger il est là.
- Speaker #1
Mais aujourd'hui je trouve qu'il y a du danger un peu partout, parce que tout le monde a des manières différentes de raconter une histoire. Et qu'en fait c'est à nous aussi des fois de prendre du recul et se dire est-ce que j'y adhère ou pas ? Parce que si on prend... tous nos amis, tous nos médecins, toutes nos familles, qu'on les met autour d'une table et qu'on leur dit « Selon vous, pourquoi je souffre de ce mal ? » Chacun va avoir sa propre lecture, de l'ésotérisme à la science. Enfin voilà. Et donc, après, c'est aussi comment chacun décide de se raconter l'histoire qu'il vit.
- Speaker #0
Oui. Non, mais c'est vrai.
- Speaker #1
Et donc, tes parents, finalement, n'ont pas été perçus, n'ont pas été témoins vraiment de ce que tu vivais ?
- Speaker #0
Non, pas du tout. Très honnêtement, j'aime ma mère plus que tout au monde, mais je pense que vraiment, si à l'époque, c'était évident, maintenant en regardant que je faisais une dépression sévère, quelle que soit sa cause, que ce soit auto-humain ou quoi au caisse, en tout cas, c'était évident que ce que je traversais, c'était une dépression très sévère, un épuisement total, la logique, ça aurait été de me mettre sous un traitement qui soit antidépresseur et qui soit stimulant, parce que j'avais une fatigue très importante. Et donc, on aurait directement... J'ai justement trouvé le bon antidépresseur, celui que j'ai eu trois ans plus tard, et ma vie aurait été radicalement différente. Mais ça n'a pas été le cas. J'ai vu des médecins généralistes qui ne savaient pas trop. Moi, j'avais très peur, il faut le dire, des médecins. Et puis, le psychiatre que j'ai vu, le psychanalyste, il a fait n'importe quoi.
- Speaker #1
Et donc, il y a quand même un moment donné où tu as consulté un psychanalyste. Comment c'est arrivé ? Parce que j'entendais un petit peu dans ton discours que tu mettais justement ça assez loin de toi, l'idée aussi d'avoir des traitements. Comment tu as atterri à un... à un moment donné ?
- Speaker #0
Tout ce qui s'est passé par la suite, c'était vraiment de l'effraction. Même si j'avais plus le choix. C'est-à-dire que je n'avais plus le choix. J'étais dans un tel état que ma mère m'en venait voir un psychiatre psychanalyste qui était chef de service. dans un service psychiatrique où j'ai été par la suite. Et que voilà, alors j'ai été très méfiante. Et peut-être c'est aussi ça qui a joué. C'est que du coup, peut-être que j'ai mal raconté l'histoire. Peut-être que j'ai minimisé certaines choses parce que je voulais éviter. J'en sais rien, ça je sais pas. Toujours est-il, c'est qu'au début, il m'a pas mis de traitement. Enfin, j'avais un traitement pour dormir, mais c'était tout. Mais je continuais à être dans cet état. Et puis vers la fin, alors un jour, il m'a laissé entendre qu'il a... qu'ils avaient cru que j'étais en train de devenir schizophrène. Parce qu'il y avait ça, il y avait mes pensées qui allaient dans tous les sens, c'était très compliqué. Mais toujours est-il que le premier médicament qu'on m'a donné quand j'avais 17 ans, c'était un neuroleptique, assez fort. Et ça, ça a été le début de l'enfer. Ensuite, on m'a hospitalisée. Quand je disais que le médicament m'épuisait et puis ça ne marchait pas, ça me faisait dormir. Mais voilà, je me souviens d'être à l'hôpital et de voir mes yeux dans la glace, injectés de sang comme si j'étais droguée. Je me souviens toujours. Et donc, ils n'écoutaient pas. Et puis, ils étaient en mode, du coup, si ça ne marche pas, il faut augmenter les doses. Donc, ils ont augmenté, doublé, triplé, quadruplé les doses. Je devenais de plus en plus un légume. et voilà et sur des idées voilà je sais pas externes ils ont fini par dire que j'allais mieux je suis sortie de là alors que c'était pas le cas du tout non c'était pas le cas du tout et c'était même pire et en fait ce qui s'est passé par la suite c'est que j'étais tellement, c'était un neuroleptique puissant qui m'épuisait même cardiaquement en fait J'avais des chutes de tension permanentes. Je n'arrivais même plus à me lever. C'était terrible. Je devais entamer ma deuxième année de prépa, donc je n'ai pas pu faire. Et en fait, j'en suis venue, je me suis enfermée chez moi. Je me suis enfermée chez moi. Je ne pouvais plus rien faire. Je ne pouvais plus lire. Je n'avais plus de concentration. Et puis, quand j'allais voir le psychiatre et que je disais tout ça... et c'est là que c'est intéressant la question de la iatrogénie c'est à dire les médicaments qui créent des effets secondaires qu'on va confondre soit sur des nouveaux symptômes etc moi en fait j'étais de plus en plus mal parce que je ne pouvais de plus en plus rien faire, j'étais tout le temps fatiguée je pouvais pas réfléchir c'était l'impression qu'on avait mis de la colle dans mon cerveau et bah eux ils se disaient bah elle est déprimée ou je sais pas ou whatever et au lieu, ils doublaient les doses donc je me suis retrouvée à 600 mg d'un neuroleptique
- Speaker #1
Non, mais ce n'est pas grave si une fois ça sort.
- Speaker #0
Je me suis retrouvée à une dose élevée d'un neuroleptique comme ça, alors que ça ne marchait pas, c'était encore pire. Puis ensuite, on m'a rajouté des antidépresseurs, c'était encore pire. Enfin, je ne me reconnaissais plus, je ne réfléchissais plus, je ne me lavais plus. C'était quasiment plus... Enfin, c'était une catastrophe, vraiment. Et personne ne m'écoutait. Personne ne m'écoutait. Personne, personne. Je sortais de ces trucs, j'avais... Et on me disait quoi ? Il faut que vous fassiez un effort. un effort, je me réveillais la nuit tellement le neuroleptique était puissant tu sais il y a le mervague et en fait je me réveillais la nuit avec les deux jambes engourdies comme si tu sais tu t'endors sur ton bras tellement le neuroleptique était puissant en fait il endormait je me réveillais, il n'y avait plus de circulation sanguine parce que ça modifie la pression sanguine en fait, le tonus cardiaque et je me réveillais j'avais des entorses parce que j'essayais de me lever je criais, j'avais peur J'ai essayé de me lever et j'ai eu je ne sais combien d'entorses cette année-là. Et même personne ne s'est jamais dit, mais ce n'est pas possible en fait. Et du coup, j'ai dû arrêter. J'ai arrêté toute seule dans une détresse. Vous pouvez l'imaginer, je continuais à avoir des réalisations. J'étais toujours mal, mais j'avais des traitements qui me rendaient encore plus mal. J'étais toute seule. On me disait que je ne faisais pas d'efforts. C'était incroyable. Et du coup, j'ai arrêté toute seule.
- Speaker #1
Et toi, à ce moment-là, ta vie est réduite à ton chez-toi ?
- Speaker #0
Oui, complètement.
- Speaker #1
Tu dis que t'es un légume, t'as même plus accès aux choses qui t'animent, comme la lecture, les maths à ce moment-là, j'imagine.
- Speaker #0
Non, c'était fini.
- Speaker #1
Tu restais au grenier ?
- Speaker #0
Ouais, c'était terminé.
- Speaker #1
Et tu dis, ensuite, du coup, j'ai arrêté. Ça veut dire quoi, ça ?
- Speaker #0
Je les ai arrêtés, les médicaments, toutes seules. Encore une fois, on en parlera, mais les psychiatres ne savent pas arrêter des traitements. Techniquement, je les fais de la bonne manière. J'ai pas arrêté d'un coup, etc. J'ai réduit progressivement, etc. Mais dis-toi qu'à la fin, pour faire 15 minutes de marche, c'était mon frère qui devait m'emmener en voiture tellement j'avais plus de muscles. Je n'avais plus aucun muscle.
- Speaker #1
Donc ça, c'est au moment où tu as arrêté ? Oui,
- Speaker #0
au moment où j'ai arrêté, je n'avais plus de muscles. Et après, je me suis remise à faire du sport. Ce que je ne pouvais plus refaire, j'ai essayé de courir avec les neuroleptiques, mais j'avais tellement de chutes de tension, c'était impossible. C'était un enfer, vraiment. Donc j'ai arrêté les traitements, mais ça n'allait pas mieux. Ça n'allait pas mieux ?
- Speaker #1
Rien du tout ? Rien n'avait changé ?
- Speaker #0
Rien n'avait changé.
- Speaker #1
C'est comme si tu étais encore sous neuroleptique ?
- Speaker #0
Ah non, l'état était mieux, mais rien n'a changé. Dans le sens où la déréalisation était là, j'étais pas bien.
- Speaker #1
Donc tu retrouvais tes symptômes avant traitement ?
- Speaker #0
Mais ils sont jamais partis. Ils sont jamais partis. Ils ont toujours été là. Ils sont jamais partis et les médecins ne l'ont jamais entendu, que ça ne changeait pas. Et du coup, je me suis retrouvée avec ça, plus un corps épuisé. Voilà, en train de mourir. Et j'ai essayé de reprendre des études à ce moment-là. Et ça n'a pas marché. J'étais dans un état tellement grave de tout, en fait. On m'a réhospitalisée. Et là, j'ai eu un peu de chance. Je me souviens que quand j'ai été réhospitalisée, moi, je me suis dit, je vais me laisser mourir. De toute façon, ils ne m'écoutent pas. Ils veulent juste me droguer. Je suis devenue très violente et je pense que je peux l'être encore avec les médecins. J'en avais marre. J'en avais marre de leur psychanalyse à deux balles, de leur minimisation des choses. J'étais vraiment... Je voulais plus en parler. Moi, je me disais, je vais me laisser mourir puisque personne ne m'écoute. Tout le monde se rend fou. Et j'ai rencontré une médecin extraordinaire, même si elle a fait des erreurs. mais elle m'a vraiment aidée. Elle a toujours fait tout pour moi, en tout cas, pour m'aider les années qui ont suivi. Et elle, elle m'a donné un antidépresseur spécifique, je précise parce que les gens ne savent pas, mais il y a plusieurs types d'antidépresseurs. Il y a ce qu'on appelle les ISRS, qui augmentent seulement la sérotonine. Et puis, il y a les ISRN, qui augmentent la sérotonine et la noradrénaline. Et la noradrénaline, comme on l'entend, c'est ce qui donne de l'énergie, en fait. Et donc elle m'en a donné un, un ISRN. Et là, oui, là j'ai vu du mieux. Et là, la déréalisation s'est arrêtée. S'est arrêtée, il a fallu du temps, mais ça s'est arrêté. Et je me suis dit, ok, ok. Donc en fait, c'est vraiment la seule chose qui fait qu'aujourd'hui, je ne suis pas là devant toi pour juste bâcher la psychiatrie. Pour dire que ça ne sert à rien, que vous avez tout ça en fait. C'est que, voilà, cette pilule-là, c'est tout. Mais bon, après, ils ont eu la mauvaise idée de rajouter trois médicaments sédatifs par-dessus. Donc, j'ai été en fatigue chronique pendant trois ans.
- Speaker #1
Et qu'est-ce qui les a amenés vers ce choix ? Parce que finalement, à ce moment-là, tes symptômes étaient quand même bien plus calmes.
- Speaker #0
Parce que ça ne s'est pas mis dans cet ordre-là. En fait, je continue à avoir des problèmes de sommeil. Ils m'ont mis somnifères et puis Valium pour dormir. Donc déjà, c'était sédatif. Et en fait, le problème, c'est que les somnifères... ils ont tendance à moins fonctionner dans le temps, c'est-à-dire avec le temps ils ne fonctionnent plus. Et du coup en général il faut en changer. Et ma médecin a eu la malheureusement mauvaise idée de dire non on ne va pas changer, on va rajouter un troisième traitement qui s'appelle le Teralen. Et c'est un médicament qui joue sur l'histamine dans le cerveau. Et en fait les médicaments qui jouent sur l'histamine c'est ceux qui vous foutent, qui vous rendent... C'est un peu comme les médicaments pour les allergies mais en plus fort.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
J'étais fou ! J'étais partie et je me souviens la première fois que je l'ai pris. Vraiment, le lendemain, je ne pouvais pas me lever. Sauf que je lui ai dit, et en fait, elle m'a dit, mais faites-moi confiance, ça va passer. Et puis, faites-moi confiance. Vous m'avez enfin laissé toucher à votre traitement. Faites-moi confiance. Et moi, malheureusement, pour le coup, j'ai eu confiance. Et j'ai laissé garder ce traitement qui, en fait, m'a gardée dans une certaine léthargie pendant trois ans. Donc, ce n'était pas cool du tout. Mais bon, quand j'ai arrêté tous ces traitements sédatifs, au fur et à mesure des trois ans qui ont suivi, bizarrement, j'ai retrouvé de l'énergie, bizarrement, je n'avais plus de sueur froide, enfin bon bref.
- Speaker #1
Et alors, on en vient après à cette question de, tu as vécu un accident de sevrage à un moment donné. Qu'est-ce que c'est exactement ? Est-ce que tu pourrais nous raconter un peu ?
- Speaker #0
Alors, en fait, ce qu'il faut savoir, et qu'on se rend compte maintenant, que j'ai appris malheureusement à mes dépens, c'est que la technique qu'on utilise pour sevrer les personnes des médicaments psychiatriques ne fonctionne pas bien, ne fonctionne pas en tout cas pour au moins la moitié des personnes. En fait, de base, on baisse de manière linéaire. C'est-à-dire, je ne sais pas, on va vous dire, vous prenez 100, prenez 75, puis ensuite prenez 50, puis ensuite prenez 25, puis ensuite prenez 0. Sauf qu'en fait, dans le cerveau, ça ne marche pas comme ça. En fait, ce qu'on appelle les petites doses, même par exemple, je prends pour les antipresseurs, la plus petite dose qu'on peut obtenir en pharmacie, elle touche dans le cerveau entre 70 et 80% des récepteurs du cerveau. Alors que si vous multipliez cette dose par 6, même 10, jusqu'à la dose maximum, vous n'atteindrez que 95%. Donc en fait, cette petite dose...
- Speaker #1
C'est pas un grand changement, finalement.
- Speaker #0
Donc, c'est pas un énorme changement, mais ça peut changer au niveau symptomatologie. Par contre, ce qui est sûr, c'est que quand on arrête et qu'on dit « Bon, t'as plus petite dose, arrête-la, ça sert à rien » , eh bien en fait, là, ça peut extrêmement mal se passer. Et en fait, personne n'est au courant de ça à l'heure actuelle. Alors, ce n'est pas tout le monde. On va me dire, oui, mais moi, j'ai fait et ça s'est bien passé. Ce n'est pas tout le monde. Ça concerne... On n'a pas les chiffres exacts parce qu'il n'y a pas eu assez d'études, mais on sait que 50% des gens auront des symptômes de sevrage et 25% ce sera grave. Et dans ces graves, on ne sait pas qui, ce sera très, très grave. Et moi, ça a été très, très grave parce que j'ai essayé plusieurs fois d'arrêter mon traitement.
- Speaker #1
Avec l'aide de la médecin ?
- Speaker #0
Oui. Alors, une fois toute seule et ensuite avec l'aide de la médecin. Mais en fait, j'ai... j'étais à chaque fois cette dose basse qui est censée ne servir à rien donc c'était un peu en mode ça change rien quoi, enlève-la whatever et à chaque fois ça a été une catastrophe et ce qu'il faut savoir c'est que plus on arrête un traitement psy plus il y a un phénomène de sensibilisation du cerveau à cette molécule, ça s'appelle le kindling qui fait qu'après quand on baisse on peut avoir des réactions exagérées à ce traitement là Et du coup, moi, en fait, on a arrêté plusieurs fois. À chaque fois, ça a été une catastrophe. Et la dernière fois, on n'a même pas voulu arrêter. On a juste voulu revenir à la dose la plus basse à laquelle j'ai été 80% du temps. Et en fait, cette baisse m'a catapultée dans un état extrêmement grave. Il y a eu des symptômes, parce que c'est ça aussi qui m'a alertée sur le fait que... Enfin, c'est bizarre. Parce que j'avais des symptômes physiques, en fait. J'avais de la diarrhée extrêmement grave. Et j'ai l'impression que c'est pas clair ce que je raconte.
- Speaker #1
Ah ouais ? Ouais,
- Speaker #0
j'ai l'impression que c'est pas clair.
- Speaker #1
Non, moi ça va.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
En fait, moi ce que j'appelle l'accident de sevrage, c'est quand on fait un sevrage qu'il est mal réalisé et que le seul moyen qu'on ait de pallier ce problème-là, normalement c'est... c'est de réintroduire la dose soit la dose d'avant ou en plus enfin voilà réintroduire la dose et en fait si cette technique là échoue ben en fait on sait plus quoi faire c'est à dire on a pas de solution donc la personne est en sevrage et on ne peut plus rien faire pour elle et c'est ce qui m'est arrivé moi j'allais me marier en plus donc c'était moins marrant et on avait baissé mon traitement seulement que j'avais fait enfin voilà on s'attendait pas à ça Et je me suis réveillée quatre jours avant l'avion que je devais prendre pour aller à New York. Diarrhée, vingt fois par jour. Un truc aberrant. Symptômes psychiques de dingue. J'étais paralysée. Je pensais, mais mes pensées n'avaient aucun sens. J'étais dans une angoisse invraisemblable. Je ne comprenais plus rien. Je ne pouvais plus rien faire. Je ne pouvais plus lire. Je ne pouvais plus regarder la télé. Je ne pouvais plus parler. J'étais... tétanisé et et là je me suis dit non mais c'est grave et en fait c'est là que j'ai fait mes recherches et que j'ai découvert justement tout ce que je vous raconte sur le sevrage en fait que j'ai découvert qu'on ne savait pas sevrer que j'ai découvert que si on faisait plusieurs sevrages qui se passaient mal après c'est de plus en plus dur de baisser que
- Speaker #1
le système nerveux supporte de moins en moins et et voilà c'est marrant parce que enfin c'est pas marrant du tout en vrai mais Tu évoques ce mariage et dans mon cerveau, j'ai du mal à imaginer avec tout ce que tu racontes de ce que tu vis, que tu avais quand même un bout de vie à côté qui pouvait se faire comme avoir une vie amoureuse, avoir un projet de mariage. Alors que moi, je me dis, mais punaise, depuis tes 16 ans, en fait, tu vis un cauchemar. que ce soit la base pour des symptômes physiques, après psychique, après les médicaments, les baisses de médicaments, l'accident de sevrage, il y a quand même une part de toi qui continuait à pouvoir vivre des choses « normales » de la vie ?
- Speaker #0
Alors en fait, à partir du moment où on a arrêté les traitements sédatifs et que j'avais que mon antidépresseur, j'ai recommencé à avoir une vie plus ou moins normale. Après, il y a les plusieurs fois où on a essayé d'arrêter et là, ça a été un enfer sur terre. Et une de ces fois, j'ai perdu mon copain que j'avais depuis des années. Mais entre ces moments-là, même si j'étais très fatiguée à cause de beaucoup de choses, mais globalement, je récupérais. J'avais réussi à retourner à Paris, j'avais réussi à retourner voir mes amis, j'avais réussi à revivre. J'avais repris mes études, j'étais en master. Je ne faisais pas la fête, mais j'avais quand même une vie qui n'avait rien à voir avec les plus de six ans que j'avais passé enfermée à l'hôpital, avec des taxis tellement j'étais fatiguée pour aller en cours, à me demander comment... Là, j'arrivais à quand même faire des choses. Et donc, j'ai rencontré mon fiancé de l'époque à une soirée au Nouvel An. Il était américain. Et donc, on a eu une relation à distance pendant deux ans. Mais du coup, on s'est fiancés au bout d'un peu moins d'un an. Très belle demande de mariage. Et en fait, on allait se marier pour qu'il puisse venir en France. sachant qu'il ne parlait pas français, c'était un peu important aussi pour la suite. Donc c'était déjà une situation stressante. Et moi j'allais commencer mon travail, je venais de passer les cours pour être professeure des écoles, quelque chose que j'aimais vraiment énormément, enseigner. Et du coup c'est à ce moment-là que tout s'est effondré en fait.
- Speaker #1
Et moi il y a une phrase que tu m'avais dit, c'est que l'accident de sevrage finalement a été pire que la maladie. qui l'a précédé.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui le rend si violent et si différent ?
- Speaker #0
Alors déjà, ce n'était pas les mêmes symptômes. Par exemple, je n'ai pas eu la déréalisation, elle n'est pas revenue. Les symptômes n'avaient rien à voir. Déjà, il y avait les symptômes physiques, tout le monde en témoignait, mon ventre faisait des bruits incroyables. Mes règles aussi, j'ai oublié de préciser, mais mes règles aussi, ce sont... Moi, j'étais une horloge, on m'appelait l'horloge. Vraiment, je savais tout, l'heure, tout était précis. D'un coup, la première fois de ma vie que j'ai eu des règles qui ont duré deux jours, c'était à ce moment-là, en fait. C'est-à-dire que ça a déréglé tout mon système. Tout, tout, tout est parti en cacahuète. Et en fait, j'étais dans un état... En fait, alors le terme... Il y a des gens qui parlent d'acathysie mentale. L'acathysie, c'est un symptôme, en fait, où t'es très agité, t'as besoin de marcher, tu as besoin de... Tu es en boucle, tu es tendu, tu te balances. Il y a vraiment un truc, voilà. Et il y a des gens qui parlent d'acathysie mentale. C'est-à-dire qu'en fait, moi, j'étais assise sur mon lit toute la journée, quasiment les mains sur les côtés de la tête. Je me balançais et je ne pouvais rien faire. J'avais l'impression d'être dans une urgence extrêmement grave, mais de ne pouvoir rien faire. La grosse différence aussi, c'est que pendant que j'étais malade, j'arrivais à faire des choses. Bien sûr, il y a eu des traitements, etc. Mais j'arrivais à lire, j'arrivais même juste à regarder des vidéos sur mon téléphone, ou scroller. Là, je ne pouvais plus rien faire.
- Speaker #1
Tu étais un peu dans un état qu'on peut appeler de figement dans le système nerveux, c'est-à-dire que tu sens un état d'urgence, donc tu pourrais faire mille choses avec le mode urgence et survie, et en même temps, tu n'es capable de rien. complètement figé dans ces deux énergies très différentes.
- Speaker #0
Oui, mais c'était... Rien que d'y penser, j'ai peur. C'était... Je pouvais pas me laver, je pouvais plus me faire à manger, je pouvais plus rien faire. Et ça ressemblait pas à ce que j'avais vécu. Ça n'avait rien à voir. Ça n'avait rien à voir. Et puis j'avais peur de ce qui pouvait m'arriver avec les psychiatres, etc. Mais c'était... C'est une expérience un peu absolue. On dirait qu'on t'a électrifié le cerveau. Ce n'est même pas catatonique. Parce que c'est catatonique. Il y a cette idée de calme presque, de rien. Moi, c'était un trop, mais immobile. Et c'était terrible.
- Speaker #1
Et à ce moment-là, tu en parles quand même à la médecin qui te suit et qui prescrit les médicaments ?
- Speaker #0
Alors, l'histoire est terrible, accrochez-vous. Donc oui bien sûr, direct, direct en plus moi j'ai son numéro et enfin voilà encore une fois c'était quelqu'un de très proche et qui n'était pas en fait elle était juste pas au courant elle n'était pas voilà malheureusement les gens font des erreurs et voilà et et là pour le coup elle le reconnaît enfin elle reconnaît, elle n'a jamais dit les mots mais elle a compris que c'était le sevrage parce que enfin je veux dire j'avais la diarrhée, il n'y avait rien qui allait, mes symptômes n'avaient aucun sens et du coup je lui ai envoyé ce que j'avais lu, elle a regardé et elle m'a cru mais elle ne savait pas quoi faire en fait. Et c'est bien le problème, c'est-à-dire qu'il y a des gens qui m'ont cru mais c'était un peu, bah oui mais on ne sait pas quoi faire donc on va faire avec ce qu'on a.
- Speaker #1
Et tu dis je lui ai envoyé ce que j'avais lu parce qu'à ce moment-là tu commences à faire des recherches ?
- Speaker #0
Oui. Là, je fais des recherches sur le sevrage, les symptômes de sevrage, et je découvre ce que je t'ai dit par rapport au fait qu'on ne doit pas arrêter ces traitements comme ça, et que ça sensibilise le système, et qu'on réagit beaucoup plus fort par la suite, et comment ça peut se passer, etc. Et qu'il n'y a pas de solution réelle à part remettre un peu la dose d'avant, et donc je lui envoie tout ça, et on décide de réaugmenter mon traitement. Donc on augmente. Et là, il y a une amélioration. Donc déjà, ça prouve le problème de base. Et en fait, cette amélioration, je rentre dans ce qu'on appelle les vagues et les fenêtres, les « waves and windows » . C'est-à-dire qu'à partir de ce moment-là, je commence à avoir des moments où je vais bien. Ça dure deux, trois jours, une semaine. Et puis je m'effondre et je recommence le même état. Et ça fait ça encore, Ça devient très compliqué. Mon fiancé vient en France. Je suis censée commencer un travail dans moins de deux mois. Et là, sur les forums, ils parlent d'années, de machins. Moi, je me dis, mais ce n'est pas possible, etc. Et je fais l'erreur que je paye bien cher. Ma médecin était en vacances à ce moment-là, donc j'ai fait un message viraliste et je lui dis ce qui se passe. Et elle, elle me dit, écoutez, réaugmentez encore le traitement. J'avais lu que le système nerveux peut devenir, comme je vous avais dit, plus sensible au traitement. qui a été modifié de nombreuses fois, et donc réagir plus fortement, notamment aux molécules qui ont été changées trop de fois. Et donc il déconseillait de trop augmenter le traitement parce que ça pouvait faire des réactions graves. Je me suis laissée guider par les médecins, on a augmenté à nouveau le traitement, et j'ai fait un syndrome sérotoninergique. Donc syndrome sérotoninergique, en fait, c'est... une augmentation brutale de la sérotonine dans le cerveau, c'est grave c'est pas mortel contrairement au choc, sérotoninergie mais surtout ce qui est intéressant de dire c'est que j'ai fait ce syndrome à une dose mais classique mais limite basse avec des gros guillemets parce que ton cerveau était devenu... parce que mon cerveau il supportait plus et encore une fois je me suis retrouvée à l'hôpital généraliste, à Nantais, enfin voilà machin, ça a été l'enfer J'étais dans un état de dingue. J'avais l'impression que j'allais mourir. Mon cœur, il battait comme pas possible. C'était terrible.
- Speaker #1
Et qui c'est qui t'écoute à ce moment-là ? Qui c'est qui te croit ?
- Speaker #0
Ma médecin est revenue de vacances, ma psychiatre. Je l'ai appelée et elle a senti qu'il y avait un truc grave qui se passait. Elle m'a dit de venir au cabinet. J'y suis allée. J'étais dans un état où j'avais du mal à respirer. J'étais blanche, je suais. j'avais du mal à réfléchir ça n'allait pas du tout, c'était pas normal et donc elle m'a allongée sur le divan, il y avait une autre patiente qui était là, c'était vraiment cataclysmique et elle a appelé les urgences et donc je me suis retrouvée là-bas elle leur a précisé de ne pas toucher au traitement psychiatrique sans son accord parce que la peur c'était et la mienne était aussi là, est-ce qu'ils vont pas tout arrêter d'un coup ? Et vu comment s'est passée la baisse je ne gageais pas de l'arrêt complet de la chose et du coup je me suis retrouvée là-bas ils ont rebaissé mon traitement donc à la dose que j'étais juste avant et en fait à partir de là on savait plus quoi faire donc j'y suis pas restée longtemps, ils ont rebaissé, ça s'est calmé et je suis rentrée chez moi avec mon fiancé et après c'était 9 mois de l'enfer et ton fiancé il était un soutien dans cette période oui à ce moment là oui bien sûr il a été merveilleux c'est juste que c'était intenable et peut-être qu'on en reparlera mais je pense que il y a bien sûr la distance la barrière de la langue il devait venir en France pour moi il a pris un travail pour moi et là il se retrouvait dans une situation à devoir gérer un nouvel emploi c'est les Etats-Unis donc exigeant avec sa fiancée malade pas de soutien Au revoir. de la part des États-Unis, de sa famille, des gens aux États-Unis. Moi, mes amis ont essayé de reach out, de le contacter, mais il n'a pas trop répondu. C'était trop dur pour lui, tout simplement. C'était trop dur pour lui. Et je pense aussi que le fait que les médecins, même ceux qui m'ont cru, par exemple la psychiatre, elle m'a cru, ne lui ont pas géré la situation. ne lui ont pas parlé, ne lui ont pas dit voilà il se passe ça, ça peut prendre tant de temps en fait il s'est retrouvé livré à lui-même à devoir gérer moi qui étais complètement suicidaire aussi il faut le dire par moments vraiment je lui disais c'est fini moi je vais mettre fin à mes jours et c'était ingérable c'était ingérable et encore moins ingérable tout seul sans soutien de qui que ce soit autour bien sûr est-ce que cet accident de sevrage a provoqué votre rupture ? Aoui ! complètement, mais à 100% à 100% aujourd'hui on serait mariés ils seraient en France, j'aurais mon travail la vie serait et puis je l'aimais vraiment c'était grand amour et t'as de la colère envers ça ? oui bien sûr j'ai de la colère contre tout le monde j'ai de la colère contre les médecins qui ne savaient pas mais il y a plein d'autres choses qui auraient pu être faites colère contre les gens de son côté qui ne l'ont pas aidé colère sur le fait que Lui, au début, il a compris ce qui m'arrivait, il a cru, il a été témoin du fait que ça collait avec les recherches que j'avais pu lui faire lire, etc. Mais qu'il n'a pas eu le courage personnel aussi de rester dans cette ligne, de dire « bah oui, non mais il lui arrive ça, je reste » . À la fin, il s'est fait balader, les médecins commencent à dire « j'étais peut-être bipolaire, tatatitatata » . En fait, il n'a pas eu la force malheureusement, mais c'était déjà une situation complexe. Mais oui, ça m'a gâché la vie, bien sûr.
- Speaker #1
Tu dis souvent que tu as tout perdu. Qu'est-ce qu'il reste de Bertie après cette traversée ?
- Speaker #0
Franchement, pas grand-chose. Il reste les livres. Je pense qu'il reste ma combativité d'une certaine manière, parce que je continue, parce que j'ai commencé un combat politique sur les réseaux, j'ai rencontré des députés pour faire des questions écrites au journal de la ministre, j'ai rencontré la délégation ministérielle de la psychiatrie. J'ai rencontré la N-1, la ministre de la Santé. J'ai fait ce que je pouvais, ce qui n'était pas énorme. Et aujourd'hui, j'essaie d'écrire un livre. Et j'espère qu'il aura un certain, peut-être, authentissement et que ça pourra faire avancer les choses. Mais oui, je pense que c'est ça qui reste. Je pense qu'il y a une détermination très forte, une colère très forte.
- Speaker #1
Et à quel moment t'es passée de « je subis ce qui m'arrive » à « je combats pour faire changer les choses » ?
- Speaker #0
Ça a mis beaucoup de temps, parce que je suis sortie de là avec des traitements dont je n'avais pas besoin, qu'on m'a rajouté. J'avais un traitement classique, je me suis retrouvée avec quatre médocs qui coupent la dopamine, donc qui font que t'as pas d'envie, t'es fatiguée, il n'y a rien qui va. Donc ça a mis beaucoup de temps. Je pense que c'est parce que j'ai rencontré le docteur Markovitch, qui est celui qui a fait les études sur le sevrage, qui est anglais et qui travaille sur ce sujet-là. Et je pense que c'est vraiment discuter avec lui, lui raconter ce qui m'est arrivé, pleurer, et qu'il me dise de baisser ce traitement de manière hyperbolique, c'est-à-dire en baissant de plus en plus lentement. Par exemple, si on prend 100, on va baisser à 90. Et puis quand on arrive à 10, on va baisser à 9. Et puis le pire, c'est quand on arrive vers zéro et là, il faut aller extrêmement lentement. Et donc, il m'a parlé de ça pour baisser les traitements que j'avais. Et donc, plus j'ai baissé ces traitements, plus je me suis sentie mieux. Et puis, le besoin que... Vraiment, il y avait un truc de si je meurs parce que j'en peux plus, il faut au moins que ma parole soit sortie. Et j'ai fait une interview très, très importante avec un professeur français qui connaît le Dr Horvitch. qui s'appelle le professeur Fabrice Bernat, c'est sur ma chaîne YouTube si tu pourras le mettre en barre d'infos. Et en fait, cette vidéo, pour moi, c'était l'accomplissement. Tout simplement parce que, en fait, j'avais des preuves de tout ce que j'avançais, mais toutes ces preuves, quasiment, étaient totalement en anglais. Et donc, c'est très facile pour les médecins de dire, ben oui, moi, je ne comprends pas l'anglais, et puis voilà, machin. Je voulais qu'il y ait une preuve au moins, qu'un professeur français vienne et parle de la même manière que Mark Horowitz du sevrage pour que les patients qui ont besoin d'un appui scientifique puisse la voir. Et c'est pour ça que j'ai fait cette vidéo. C'est pour me dire, voilà, si quelqu'un se retrouve dans la même situation que moi, il aura au moins cette vidéo à montrer à son médecin en français, avec un grand professeur en plus de psychiatrie, qui valide en fait ce qu'on sait déjà. Donc c'était ça.
- Speaker #1
Donc à ce moment-là, t'avais deux médecins qui à la fois comprenaient la complexité de cette expérience, et qui aussi pouvaient être un bout accompagnant.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et c'est ce que t'aurais eu besoin depuis le début.
- Speaker #0
Exactement. Non mais c'est là aussi où on se rend compte, j'ai pensé à ça récemment mais... Enfin c'est malheureux mais peut-être que ça a toujours été comme ça. Mais c'est vrai que l'accompagnement de la personne souffrante, même en reconnaissant qu'on ne sait pas ou qu'on ne comprend pas, c'est important en fait. C'est important de ne pas laisser quelqu'un souffrir en le maltraitant. Enfin, je sais que je dis des choses très basiques, mais voilà, moi, j'étais dans une clinique et de nombreuses fois, j'étais suicidaire. Et très, très, très suicidaire. Et le réflexe facile de certains médecins là-bas, c'était de dire, on va l'envoyer en secteur. Et je pense que pour la plupart des gens, ils savent ce qui se passe dans les hôpitaux de secteur en France, en psychiatrie. C'est vraiment une catastrophe. Et heureusement que j'avais la médecin qui était responsable de mon cas, qui disait, non, elle n'ira pas là-bas, Et c'est des choses comme ça qui font qu'à la fin, je sors moins amochée que je n'aurais pu aussi l'être.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Et euh... Voilà, je pense que c'est important, cette accompagnement.
- Speaker #1
Oui, et puis je trouve assez juste que tu dis dans le fait que même rester présent et accompagné, même quand on ne sait pas toujours comment faire. Moi, j'ai des exemples comme ça de médecins, notamment mon médecin généraliste qui ne connaissait pas le syndrome avec lequel je vis avant de me rencontrer et qui pourtant m'a toujours dit « je ne vous lâche pas, on se battra ensemble, si j'entends des choses qui avancent au niveau des études ou comme ça, je vous tiens au courant, si je peux en parler avec des confrères » . Il y a vraiment ce côté « je ne sais pas ce que c'est, je ne sais pas comment vous aider sur le plan de la maladie elle-même, mais je suis là » . Et ça change tout, en fait. On a besoin de ces alliés-là, qu'ils soient au courant ou pas. Parce que ça nous permet ensuite aussi d'aller peut-être trouver, rencontrer les bonnes personnes parce qu'on a la force de le faire.
- Speaker #0
Complètement, je suis totalement d'accord. Et cette force, malheureusement, c'est aussi cette force qui m'a quittée à la fin de ces neuf mois d'hôpital et je le regrette, mais c'est comme ça. C'est qu'il y a un moment où on est tellement aliéné, on souffre tellement, on est dans un tel état que, ben voilà, moi, il y a eu la question de la bipolarité qui s'est posée. En fait, j'ai cédé parce que j'étais dans un tel état qu'on m'aurait dit, oui, c'est parce que vous marchez, c'est parce que vous êtes droitière que vous êtes malade. Et j'aurais dit, oui, oui, bien sûr. Parce que j'en pouvais plus.
- Speaker #1
Ouais, juste aidez-moi, quoi. Qu'importe le pourquoi du comment.
- Speaker #0
Voilà, et du coup, en fait, malheureusement, du coup, on se laisse maltraiter. même en sachant qu'ils ont tort, mais parce qu'on est...
- Speaker #1
Extrêmement fragilisés et vulnérables à ce moment-là. Tu disais tout à l'heure dans les chiffres qu'il y a presque 25% des personnes qui vont arrêter un médicament, donc neuroleptique, antidépresseur, qui peuvent faire un accident de sevrage. C'est énorme !
- Speaker #0
Alors, accident de sevrage, attention, parce que moi, encore une fois, déjà c'est un terme que moi j'utilise, qui en fait en anglais on dit « protracted withdrawal injury » , qui est traduit comme ça. Moi, vraiment, je parle d'un truc spécifique, c'est-à-dire parce qu'il y a des gens qui vont arrêter, ça va être une catastrophe, mais si on leur remet le traitement, tout va bien. Moi, j'appelle ça un accident dans le sens où, moi, il n'y avait plus rien à faire. C'est-à-dire qu'on ne savait plus quoi faire. On a mis tout ce qu'on pouvait, il y a des trucs qui ont marché, des trucs non, mais on ne savait vraiment plus quoi faire. Alors, ce qu'on sait dans les chiffres, c'est que 50% des gens auront des symptômes de sevrage. Et c'est aussi pour ça, je précise, qu'on n'a pas su pendant longtemps qu'il y avait un problème. Déjà parce qu'on n'avait pas envie de regarder. Mais c'est aussi parce que les médecins, Si tout le monde avait eu un problème, à un moment donné, quelqu'un aurait compris. Mais comme il y avait quand même une bonne partie, une personne sur deux pour qui ça se passait très bien, ils se sont dit, du coup, les autres, c'est pas le sevrage, c'est une rechute, c'est un autre trouble.
- Speaker #1
On est déjà dans de la psychiatrie, c'est tellement facile de dire, en fait, ça repart en cacahuète sur le plan mental.
- Speaker #0
Totalement, totalement. D'ailleurs, je cite cette phrase du docteur qui est professeur, je précise, Mark Horowitz. Il dit que le sevrage... Alors, attends. Le sevrage et le cheval, là où la rechute est le zèbre. C'est-à-dire qu'il dit que souvent, dans la majorité des cas, c'est le sevrage, et dans quelques cas, c'est la rechute. En fait, on confond les deux de manière quotidienne. À chaque fois que je retourne à la clinique où j'étais, je raconte de quoi mon combat. À chaque fois, j'ai quelqu'un qui me dit, mais attends... Mais moi, on m'a donné un antidépresseur pendant un an parce que j'étais stressée au travail, mais ça ne marchait pas trop, alors on me l'a arrêté. Et deux semaines après, je faisais une tentative de suicide. Mais attends, moi, on m'a dit que c'était la dose la plus basse, qu'elle ne servait à rien. Je l'ai arrêtée et je me suis retrouvée dans une dépression. Je n'avais jamais été en dépression, je prenais ça pour anxiété. À chaque fois, je l'ai. Bref. Et donc, en fait, 50% auront des symptômes de sevrage et 25% auront des symptômes de sevrage graves. Combien de personnes auront des sevrages extrêmement graves comme moi ? Je pense que c'est quand même vraiment limité. Moi, encore une fois, j'avais arrêté plusieurs fois, ce qui fait qu'après, c'est de plus en plus compliqué. Donc, on ne peut pas savoir et on n'a pas de chiffres. Il n'y a pas d'études, donc on ne va pas s'aventurer là-dessus. Mais ce n'est quand même pas des tailles isolées. C'est énorme. C'est énorme. Ça, c'est vraiment énorme. Ça concerne énormément de gens. Pareil, j'en ai parlé dans ma vidéo, c'est un truc assez intéressant, c'est les diagnostics de bipolarité qui sont faits par erreur. Pourquoi je parle de ça ? C'est parce qu'il y a plusieurs moments où il y a une iatrogénie, donc des effets secondaires des médicaments qui sont confondus avec la maladie polaire. Je donne deux exemples très importants. Quand on arrête un traitement antidépresseur, dans les mois qui viennent, les mois qui suivent, il y a une incidence très importante de possibilité de faire un épisode maniaque ou hypomaniaque. Et donc ces gens-là, si ça leur arrive, on leur dirait qu'ils sont du polaire. Alors qu'ils ne le sont pas, les études le montrent, c'est dans les arrêts que ça donne ça. Mais on leur dira. La deuxième possibilité, et moi ce qui m'est arrivé, c'est que justement le système nerveux peut devenir plus sensible à force d'arrêts et de reprises. Et moi du coup, mon traitement, je l'ai repris plusieurs fois. Donc je n'avais jamais eu de symptômes hypomaniaques. Mais la dernière fois qu'on me l'a remis, j'ai eu des symptômes hypomaniaques à une dose que j'avais déjà pris plusieurs fois, sans symptômes. Donc c'est clairement un effet du médicament. Mais voilà, il y a eu des doutes. Est-ce qu'elle est bipolaire ou pas ? On ne sait pas. Et le dernier cas, c'est tout simplement, il y a des médicaments qui peuvent donner de l'hypomanie. Je pense à une jeune fille qui est venue témoigner, qui a été publiée dans l'Humanité il y a un certain temps. Elle, elle a une histoire affreuse. On lui a prescrit un antidépresseur parce qu'elle était déprimée après une opération. Et elle a fait une manie. Je n'ai pas précisé, mais une manie, c'est un moment d'excitation extrême du système nerveux. On dort peu, on a beaucoup d'excitation, on peut avoir des pensées délirantes, etc. Et l'hypomanie, c'est la même chose, mais en moins fort. Donc elle a eu une manie. Donc on n'a pas arrêté son traitement, on lui a dit vous êtes bipolaire. Et donc on lui a mis un neuroleptique, et le neuroleptique bloque la dopamine, donc elle était ultra déprimée. Donc on a réaugmenté l'antidépresseur, et ainsi de suite, elle a eu trois hospitalisations de force. Personne ne l'écoutait. Elle a fini par arrêter ses traitements dans son coin, toute seule. Et aujourd'hui, elle n'a jamais plus eu ni symptômes dépressifs, ni symptômes maniaques. Donc en fait, et j'en ai parlé avec le professeur Bernard dans ma vidéo, en fait, oui, il y a des gens qui vont prendre un... un antidépresseur faire une hypomanie ou une manie et ils sont bipolaires, mais ce n'est pas tout le monde. Certains font simplement une hypomanie iatrogène, c'est-à-dire liée aux médicaments, et si on arrête le traitement, il n'y a pas de raison que ça se passe mal. Donc ça, c'est important de le savoir, parce qu'il y a vraiment un certain nombre de diagnostics qui sont faits comme ça.
- Speaker #1
Tu parles d'un combat solitaire, qu'est-ce que tu aimerais que les médecins, les proches ou la société comprennent vraiment sur les accidents de sevrage ?
- Speaker #0
Alors déjà tout ce que j'ai expliqué, donc c'est au-delà de l'accident, c'est comment sevrer. Je donne cet exemple dans le livre que je suis en train d'écrire, je parle des benzodiazépines, des anxiolytiques, qui je précise, c'est comme les antidépresseurs, et les neuroleptiques doivent être baissés de manière hyperbolique pour la plupart des gens en tout cas, donc de plus en plus lentement au fur et à mesure. Et bien j'ai deux exemples de deux personnes avec la même situation, exactement la même situation, à qui on a prescrit des benzodiazépines parce qu'ils travaillaient de nuit et qu'ils n'arrivaient plus à dormir. Il y en a un... On a arrêté, n'importe comment. Il a eu un accident de sevrage, comme je les appelle, et il s'est suicidé. Et l'autre, elle, s'est rendue compte que ça ne marchait pas, la baisse passait très mal, et donc elle a fait une baisse hyperbolique. Aujourd'hui, il y en a un qui est mort, il y en a un qui est en vie. Donc, je pense qu'il faut, moi je suis persuadée qu'il faut des spécialistes de la déprescription, parce que les médecins, les psychiatres, je pense qu'ils n'auront jamais le temps de faire, c'est des choses qui sont quand même très spécifiques. deux personnes ne réagissent pas de la même manière certains peuvent aller très vite, d'autres pas du tout il faudrait des spécialistes il faudrait que les médecins soient au courant de cette baisse hyperbolique sachant que 80% des médicaments psychiatriques sont prescrits par des médecins généralistes donc si les psychiatres ne sont pas au courant ne parlons pas des médecins généralistes je voudrais aussi, et ça c'est vraiment important qu'il y ait, comme il existe aux Etats-Unis comme il existe en Grande-Bretagne des cliniques spécialisées dans la déprescription. Voilà, c'est vraiment partager ce savoir au maximum pour que les gens sachent que c'est une réalité, qu'elle doit être prise en charge. J'aimerais aussi que les gens, et c'est le cas plus ou moins pour certaines personnes, se rendent compte que ça a aussi des séquelles plus tard. Moi, par exemple, aujourd'hui, j'ai des grosses pertes de mémoire quotidiennes, c'est assez handicapant. que ce soit pris en charge bien évidemment par la sécu dans le sens où que ce soit reconnu. Parce qu'aujourd'hui, c'est censé être reconnu. Ils appellent ça syndrome de sevrage long. Moi, ce terme ne m'en va pas trop, mais voilà. Sauf qu'en réalité, tous les gens que j'ai rencontrés qui ont vécu un syndrome de sevrage long, on leur a dit que c'était une rechute ou un autre trouble psychiatrique. Donc, c'est jamais utilisé en fait, comme terme. Donc voilà, c'est toutes ces choses-là.
- Speaker #1
Moi, j'arrive gentiment sur mes deux questions de fin. Est-ce que toi, t'aimerais rajouter quelque chose ?
- Speaker #0
Je rajouterais que j'ai de la chance d'être en France. Alors pourtant, Dieu sait que c'est catastrophique, que les médecins... J'ai vraiment une très mauvaise opinion de la qualité des médecins, très honnêtement. Mais j'ai interviewé une fille récemment, une américaine, qui a eu un accident de sevrage aussi. Elle est à 300 000 dollars de dette. Moi, j'ai pas de dette. Je rajouterais aussi que j'espère que la France continuera, et c'est pour ça qu'il faut aussi politiquement se battre pour que la France reste une grande puissance. Parce qu'aujourd'hui, moi je suis en arrêt maladie depuis deux ans, je ne suis pas à la rue. J'ai des perspectives, si jamais ça ne va pas d'avoir des aides. Tout ça, ça n'existe pas partout. C'est très important. Je pense que c'est quelque chose qui est central, vraiment.
- Speaker #1
C'est tout le paradoxe. Il y a beaucoup de critiques au niveau de la France dans toutes ces prises en charge, mais finalement, c'est moins pire que dans plein d'autres endroits.
- Speaker #2
Oui, complètement.
- Speaker #1
Quel super pouvoir cet accident t'a amené ?
- Speaker #2
Je pense que c'est un horrible super pouvoir.
- Speaker #0
C'est la lucidité. La lucidité sur les relations humaines, la lucidité sur aussi malheureusement et heureusement, je ne sais pas, mais notre responsabilité propre. Je sais que tu le vis au quotidien quand tu parles avec ChatGPT, mais cette recherche personnelle qui est nécessaire, une lucidité par rapport à la possibilité des autres, des médecins de m'aider, de me comprendre, qui est très faible. Et aussi une lucidité qui m'inquiète dans le monde actuel. On pourrait parler de la France et de la politique française très longtemps, mais d'une France qui s'affaiblit quand même énormément et qui, j'ai peur, ne résistera peut-être pas dans son système social face à des grandes puissances qui pourraient la blesser. Mais c'est aussi un pouvoir d'être lucide, ça protège.
- Speaker #1
C'est un peu les deux faces d'une même médaille, la lucidité. Parce que des fois, ça fait mal aussi de voir un peu trop. Et j'avais commencé par la dernière question. Alors, je vais repartir sur la précédente. Mais quel message tu aimerais faire passer aux personnes qui ont vécu une expérience similaire à la tienne et à leur entourage ?
- Speaker #0
Alors, pour l'entourage, j'aimerais dire patience. C'est ce que j'aurais voulu dire à mon fiancé, mais j'ai une parole de Paul Valéry qui me vient. patience, patience, patience dans l'azur, chaque atome de silence chaque atome d'un silence est le choix d'un fruit mûr et la possibilité d'un fruit mûr. En gros que chaque silence est la possibilité de quelque chose de beau par la suite. Je peux la refaire celle-là ? C'était patience, patience, patience dans l'azur, chaque atome de silence est la chance d'un fruit mûr. du coup, la possibilité de quelque chose de beau. Comprendre ce qui se passe, ne pas non plus s'entêter à dire, voilà, on va traverser le dur sans traitement. Moi, j'ai pris des médicaments, pourtant je savais que, voilà, c'est pas forcément ce qu'il fallait faire pour gérer, mais en fait, on sait pas vraiment comment gérer un accident de sevrage au jour d'aujourd'hui, donc on fait ce qu'on peut. Protégez-vous. Mais tout en... C'est-à-dire, on peut dire, là, je n'y arrive plus, j'ai besoin de temps pour moi, mais je vais revenir. C'est pas la même chose que de dire, j'abandonne. Donc ça, c'est pour les personnes qui entourent. Pour la personne malade, courage. Courage, tu n'es pas seule. Tu n'es pas seule, on ne sait pas ce qui sera l'avenir. Bien sûr, si tu n'es pas en France, bon courage, mais en France, il y a des possibilités pour recommencer un jour. Et j'espère que peut-être après, on aura encore... Là, il y a des choses qui changent aux États-Unis, en Angleterre. Ils parlent énormément de déprescription. Donc peut-être que ça va venir en France aussi. Et on ne sait pas, peut-être qu'on arrivera tous à arrêter, si on a besoin d'arrêter, je suis en temps, nos traitements. Donc courage et patience.
- Speaker #1
Merci Bertie pour ce moment.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
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