Speaker #0Ouh ! Bienvenue dans les irritables, le podcast qui parle enfin de votre ventre, sans détour, sans tabou et avec simplicité. Ici on parle sans filtre de ventre gonflé, de douleurs souvent incomprises, de transit capricieux, bref de tous ces signes que votre corps vous envoie et qu'on vous a peut-être pris à ignorer. Je m'appelle Sabrina Massy, je suis nutrithérapeute et naturopathe fonctionnelle spécialisée dans l'accompagnement du syndrome de l'intestin irritable. J'ai créé ce podcast pour vous aider à mieux comprendre ce qui se passe dans votre ventre, vous apporter des clés concrètes et surtout vous faire sentir moins seul. A chaque épisode, je vous guide à travers les causes, les solutions, les erreurs à éviter et parfois même des témoignages. Parce que parler de ce qu'on vit, c'est déjà avancé. Bonne écoute ! Bonjour tout le monde pour ce deuxième épisode de la série consacrée aux microbiotes intestinales. Aujourd'hui on va parler d'un mot que vous avez peut-être déjà entendu, un mot un peu médical, parfois un peu fourre-tout aussi, la dysbiose. Et c'est aussi un mot qu'on entend parfois dans des années d'errance médicale, qu'on nous sort parfois comme ça sans beaucoup d'explications, vous avez sûrement une dysbiose, point. Et là soit ça rassure un peu, ah donc il y avait quelque chose, soit au contraire ça vous laisse complètement perplexe parce que très honnêtement ça veut dire quoi concrètement une dysbiose ? Est-ce que ça soigne ? Est-ce que ça explique enfin ce que je ressens ? Ou est-ce que c'est juste un nouveau mot compliqué pour dire on ne sait pas trop ? Et c'est exactement pour ça que j'avais envie de faire cet épisode. Aujourd'hui, j'aimerais vraiment vous l'expliquer simplement et sans jargon compliqué. Juste avant de rentrer dans la dysbiose, je fais un mini rappel très rapide, promis. J'en ai parlé dans l'épisode précédent mais c'est important que je rappelle que votre microbiote intestinal, ce sont des milliards de micro-organismes qui vivent dans votre intestin. Des bactéries principalement, mais aussi des levures, des virus. Et contrairement à ce qu'on a longtemps cru, ils ne sont pas là par hasard. Ils participent à la digestion, à la protection de la muqueuse intestinale, à l'immunité, à la régulation de l'inflammation et même à la communication avec le cerveau. En gros, c'est une équipe qui travaille en permanence. Alors, la dysbiose, c'est quoi ? La dysbiose, c'est simplement le moment où cette équipe ne fonctionne plus de manière harmonieuse. J'aime bien repartir d'une image, imaginez votre intestin comme une grande coloc. Il y a des colocataires on va dire très discrets, d'autres très actifs, certains qui font le ménage, d'autres qui laissent traîner les poubelles et quelques-uns qui peuvent mettre un peu le bazar s'ils prennent trop de place. Alors quand tout le monde est à peu près à sa place ça fonctionne, c'est pas parfait mais on va dire que c'est vivable. est rompu. Maintenant ce que la dysbiose n'est pas. Déjà point important, la dysbiose n'est pas une maladie en soi. Ce n'est pas une étiquette définitive ni une condamnation à vie. C'est plutôt un état de déséquilibre plus ou moins marqué, plus ou moins ancien aussi et surtout tout le monde n'a pas la même dysbiose. Alors qu'est-ce qui se déséquilibre ? Dans une dysbiose il peut se passer plusieurs choses en même temps. Certaines bactéries deviennent trop nombreuses d'autres pourtant bénéfiques diminuent, la diversité globale du microbiote baisse, certaines fermentations deviennent excessives et à ce moment-là j'aimerais vous parler de ce qu'on appelle les pathobiontes. Ce sont des micro-organismes qui sont déjà là chez beaucoup de personnes sans poser de problème. Un exemple très parlant c'est le candida albican qui est une levure bien connue pour être responsable de beaucoup de déserts digestifs et paqueux mais le candida ce n'est pas... une levure méchante qu'il faudra absolument éliminer, il fait partie de l'écosystème intestinal normal. C'est quand elle prolifère que ça pose problème. Tant que le microbiote est équilibré, tant que la diversité est là, le candida albicans est présent mais il reste discret. Le problème apparaît quand l'équilibre se rompt, c'est quand certaines bactéries protectrices diminuent, quand le terrain devient plus inflammatoire, quand le stress est chronique ou après certains traitements. Le candidat peut prendre plus de place que prévu. Et tout ça, ça ne se voit pas sur une prise de sang classique. C'est aussi pour ça que beaucoup de personnes entendent « tout est normal » alors que dans leur corps, ça ne l'est clairement pas. Alors les symptômes qui peuvent nous faire penser à une dysbiose, les symptômes sont nombreux, je vous en cite quelques-uns des plus courants. Des ballonnements, parfois dès le matin, des gaz, parfois douloureux ou gênant socialement. Des douleurs abdominales diffuses, une alternance diarrhée, constipation, une digestion lente, lourde, parfois des reflux, des nausées et parfois de l'extra digestif comme des problèmes de peau, du brouillard mental, le fameux brain frog. Et souvent il y a cette phrase qui va avec tout ça. que mon ventre réagit à tout. Alors pourquoi le microbiote se déséquilibre ? Il n'y a jamais qu'une seule cause, déjà évidemment l'alimentation, une alimentation pauvre en fibres, riche en produits ultra transformés, en sucre rapide. Il y a les médicaments aussi, les antibiotiques bien sûr. D'ailleurs toujours faire une cure de probiotiques quand on prend des antibiotiques, pas n'importe lesquels. On recommandera alors certaines souches comme le Saccharomyces boulardii qui est la souche de référence. C'est souvent la première que l'on conseille. Et vous avez aussi le lactobacillus rhamnosus GG qui est elle aussi très étudié et qui soutient la barrière intestinale. Mais il n'y a pas que les antibiotiques, il y a aussi les anti-inflammatoires, les IPP pour les stomates qui sont généralement prescrits pour les reflux gastriques, certains laxatifs aussi pris au long four. Bien sûr le stress, et celui-là on le sous-estime énormément, un stress chronique. répéter, c'est un peu comme si vous demandiez à votre intestin de fonctionner normalement tout en lui tirant le tapis sous les pieds. Pourquoi ? Parce que quand on est stressé, le corps active ce qu'on appelle le système nerveux sympathique. C'est le mode urgence, le mode survie. Ce qui veut dire que le cerveau met le corps en mode survie car lors d'un danger, votre cerveau ne fait pas la différence entre un lion qui vous poursuit et votre patron qui vous embête. Donc priorité au cœur, aux muscles, au cerveau. La digestion, on verra plus tard. Résultat, la digestion ralentit, les sécrétions digestives diminuent, les mouvements de l'intestin deviennent moins coordonnés. Et en parallèle, le stress fait augmenter le cortisol, l'hormone du stress. A petit dos, ce n'est pas un problème. C'est quand il est élevé en permanence qu'il peut fragiliser la barrière intestinale, modifier l'équilibre du microbiote, favoriser l'inflammation digestive. Et puis, il y a un autre point important, l'intestin est directement relié au cerveau par le nerf vague. Donc quand le stress est constant, cette communication se dérègle. L'intestin devient plus sensible, plus réactif, parfois douloureux, sans qu'il y ait forcément de lésions visibles. Autrement dit, ce n'est pas dans la tête, c'est une vraie réponse physiologique du corps face à un stress qui dure trop longtemps. Les infections digestives peuvent aussi perturber ce microbiote. Une gastro, une intoxication alimentaire, très souvent quand on interroge sur ce qui s'est passé les dernières années, on découvre un voyage à l'étranger, une tourista. Même si c'est ancien, le ventre ne revient jamais vraiment comme avant. D'où l'importance de se remémorer du moment où les symptômes ont démarré. Très souvent quand je demande depuis quand ça a commencé, on me répond « bah je sais pas trop » . Puis en creusant un peu, on découvre qu'avant ça, il y a eu soit une gastro, soit une intoxication alimentaire, ou même un gros choc émotionnel. Donc retenez que l'intestin a aussi une mémoire. Et quand la dysbiose est bien installée, plus elle dure et plus le risque d'inflammation est présent. Souvenez-vous, quand le microbiote est équilibré, il joue un rôle de bouclier protecteur. Il nourrit la muqueuse intestinale, régule le système immunitaire et empêche les microbes indésirables de prendre trop de place. Mais en situation de dysbiose, plusieurs mécanismes s'enclenchent. Tout d'abord, la perte de bactéries protectrices. Certaines bactéries bénéfiques diminuent, notamment celles qui produisent les acides gras à chaîne courte comme le butyrate et je pense tout particulièrement à Fecalibacterium prosnitzi. Or, ces acides gras à chaîne courte comme ce butyrate lui permettent de nourrir les cellules de la muqueuse intestinale, maintenir les jonctions serrées efficaces et calmer l'inflammation locale. Quand il manque, la muqueuse devient moins bien nourrie et plus vulnérable. Ensuite, ça génère une prolifération de bactéries ou levures pro-inflammatoires. Dans le même temps, des pathobiontes peuvent devenir trop nombreux, bactéries opportunistes, levures, comme je vous disais avec le candida albicans. Ces micro-organismes produisent des toxines, des gaz, des métabolites irritants et ça, ça stimule en permanence le système immunitaire intestinal. Et on sait aujourd'hui que l'intestin contient une grande partie de notre système immunitaire, environ 70%. Quand il est exposé en continu à des signaux irritants, il reste en état d'alerte permanent. Résultat, une inflammation de bas grade, qu'on appelle aussi de bas bruit, et qui est souvent invisible aux examens classiques. Une muqueuse plus fine, plus fragile, des terminaisons nerveuses plus exposées. Et là, à ce stade, l'intestin ne réagit plus normalement. Et il surréagit à des stimuli pourtant banals. Un repas, des fibres, des fermentations, un peu de gaz. C'est exactement comme une peau irritée en... permanence. Même un frottement léger devient douloureux, d'où le syndrome de l'intestin irritable. Dans l'intestin, cela se traduit par des douleurs, du ballonnement, des spasmes, un transit perturbé. C'est l'hypersensibilité digestive typique du SII. Alors pourquoi deux personnes ne réagissent pas pareil ? C'est une question que vous êtes peut-être déjà posée. Pourquoi moi je mange ça et je suis mal alors que mon conjoint qui mange la même chose lui il va très bien ? Tout simplement parce que vous n'avez pas le même microbiote, pas la même histoire, pas les mêmes stress, pas les mêmes fragilités. Et c'est pour ça que les conseils universels marchent parfois et parfois pas du tout. Peut-on savoir si on a une dysbiose ? Alors, il existe des analyses, oui. On peut aujourd'hui analyser son microbiote intestinal et donc avoir une cartographie de son microbiote via le test ARN16S à condition d'être suivi par un praticien, bien sûr, qui est formé pour l'interpréter. Sinon, ça ne sert pas à grand-chose. Mais ce n'est pas toujours indispensable pour commencer à comprendre ce qui se joue. Personnellement, je ne le recommande pas automatiquement. Souvent, avec la clinique, l'histoire, les symptômes, le contexte de vie, ça donne déjà énormément d'informations. Et surtout, ce qui compte, ce n'est pas juste de mettre une étiquette, mais de comprendre le terrain. J'aimerais vraiment que vous reteniez ça. Avoir une dysbiose ne veut pas dire que votre intestin est cassé. Vous avez compris que le microbiote n'est pas du tout figé. Ensuite, ça ne veut pas dire que vous êtes condamné à vivre avec ces symptômes. Et surtout, ça ne veut pas dire que vous avez tout fait de travers. C'est souvent le résultat d'une accumulation. Et la bonne nouvelle, c'est que le microbiote est vivant, adaptable et surtout modulable. Donc, si je résume... La dysbiose est un déséquilibre du microbiote. Elle peut expliquer beaucoup de symptômes digestifs et elle est multifactorielle. Et surtout, ce n'est pas une fatalité. Dans le prochain épisode, j'aimerais qu'on aille encore un petit peu plus loin, qu'on parle du lien entre le microbiote intestinal et l'hypersensibilité viscérale et surtout pourquoi certaines personnes développent un syndrome de l'intestin irritable et d'autres non. Si cet épisode vous a parlé... on sait à vous abonner, à partager ou en parler autour de vous. Mais surtout, laissez un avis. C'est très important pour que le podcast se fasse connaître au plus grand nombre. Et on se retrouve très vite dans un prochain épisode de Les Irritables. À très bientôt !