Speaker #0Bienvenue dans les irritables, le podcast qui parle enfin de votre ventre, sans détour, sans tabou et avec simplicité. Ici on parle sans filtre de ventre gonflé, de douleurs souvent incomprises, le transit capricieux, rêve de tous ces signes que votre corps vous envoie et qu'on vous a peut-être appris à ignorer. Je m'appelle Sabrina Massy, je suis nutrithérapeute et naturopathe fonctionnelle spécialisée dans l'accompagnement du syndrome de l'infestation. J'ai créé ce podcast pour vous aider à mieux comprendre ce qui se passe dans votre ventre, vous apporter des clés concrètes et surtout vous faire sentir moins seul. A chaque épisode, je vous guide à travers les causes, les solutions, les erreurs à éviter et parfois même des témoignages. Parce que parler de ce qu'on vit, c'est déjà avancé. Bonne écoute ! Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode, le numéro 15, mais le troisième de la série dédiée aux microbiotes intestinales. Jusqu'à maintenant on a vu ce qu'était le microbiote, on a parlé de la dysbiose et aujourd'hui on parle du rôle central du microbiote dans l'hypersensibilité viscérale, donc du ventre, et qui vous verrez concernera la plupart d'entre vous qui souffrez du syndrome de l'intestin irritable. On va voir ensemble ce qu'est exactement l'hypersensibilité viscérale, pourquoi elle apparaît dans le S2I, comment le microbiote peut amplifier la douleur, Le lien avec l'inflammation, la perméabilité intestinale, le stress et surtout en fin d'épisode ce qu'on peut faire concrètement pour apaiser cet intestin trop sensible. L'objectif aujourd'hui est que vous compreniez pourquoi votre ventre réagit à tout, que le problème ne vient pas forcément directement de ce que vous mangez mais que derrière ces douleurs il y a plusieurs mécanismes à bien comprendre pour ne plus les subir. Alors c'est quoi exactement l'hypersensibilité viscérale ? L'hypersensibilité viscérale, ça veut simplement dire une chose, votre intestin perçoit les sensations de façon exagérée. Normalement dans notre intestin, il se passe plein de choses, tout le temps, des gaz se forment, les aliments avancent, l'intestin se contracte, il se distend un peu. Et chez quelqu'un qui n'a pas de problème digestif, tout passe complètement inaperçu. Mais chez une personne qui souffre de syndrome de l'intestin irritable, notamment, le seuil de tolérance est beaucoup plus bas. Des sensations tout à fait normales deviennent perçues comme gênantes, voire douloureuses. Une petite distension devient une douleur, un peu de gaz devient une crampe, un mouvement intestinal devient un spasme. Tout est amplifié par rapport à une personne qui n'a pas ce problème. Et ça explique quelque chose de très important dans l'S2I. Pourquoi on peut avoir très mal alors que tous les examens sont normaux ? Il n'y a pas forcément de lésion, mais il y a un système nerveux intestinal hypersensible. Pendant très longtemps, on a expliqué le syndrome de l'intestin irritable comme une maladie psychosomatique. On disait que c'était le stress ou l'anxiété. Et aujourd'hui, certains médecins le disent encore. Alors oui, le stress joue un rôle, on va en reparler. Mais aujourd'hui, on sait très bien que l'hypersensibilité viscérale repose sur des mécanismes biologiques très précis. Ce n'est pas une douleur inventée, ce n'est pas non plus une fragilité psychologique, et c'est encore moins une exagération. Ce sont des nerfs intestinaux qui sont devenus trop réactifs. Merci. Et on sait maintenant que le microbiote intestinal joue un rôle majeur dans cette hypersensibilité. Avant d'aller plus loin, je fais un petit rappel rapide sur le microbiote. On l'a dit, le microbiote intestinal, ce sont des milliards de bactéries qui vivent dans notre intestin. Elles participent à la digestion, à la production de vitamines, à l'immunité, à la protection de la muqueuse intestinale et à la communication avec notre système nerveux. Et ça, on le sait maintenant très bien, l'intestin est un organe extrêmement énervé. On parle beaucoup de deuxième cerveau, il y a des millions de neurones dans notre système digestif et un dialogue permanent entre l'intestin et le cerveau, via ce qu'on appelle l'axe intestin-cerveau. Et au milieu de tout ça, il y a le microbiote. Le microbiote produit des substances, des métabolites, qui peuvent soit protéger l'intestin, soit au contraire l'irriter et l'enflammer. Et quand le microbiote est déséquilibré, ce qu'on appelle une dysbiose, ça on l'a vu dans le dernier épisode, et c'est là que les problèmes commencent. Premier grand mécanisme par lequel le microbiote favorise l'hypersensibilité, l'inflammation de bas grade. Dans une dysbiose, certaines bactéries deviennent trop nombreuses. Ce ne sont pas forcément des bactéries pathogènes, ce ne sont pas des méchantes bactéries, ce sont des bactéries qu'on appelle des pathobiontes. Ça veut dire qu'elles ne posent pas de problème jusqu'à ce qu'elles se trouvent en grande quantité. Elles produisent des substances irritantes comme par exemple des endotoxines qu'on appelle des LPS, des lipopolysaccharides. Et ces substances ont activé le système immunitaire local. On se retrouve avec une petite inflammation chronique, très discrète, qu'on ne voit pas forcément dans les prises de sang classiques. On ne la voit pas dans la CRP classique. La CRP, c'est le marqueur d'inflammation qu'on dose dans le sang, celle qui va détecter les grosses inflammations. Typiquement, si vous dosez votre CRP pendant un rhume, elle sera très élevée. En revanche, si vous demandez une CRP os ultra sensible, là vous pourrez savoir si vous êtes en inflammation chronique, en inflammation de bas grade. Et là il se passe quelque chose de très important Les terminaisons nerveuses dans la paroi intestinale deviennent plus excitables, elles envoient des signaux de douleur plus facilement. Autrement dit, le microbiote peut littéralement éduquer votre intestin à devenir plus douloureux. C'est pas que vous avez plus de gaz que tout le monde, c'est que votre intestin les tolère beaucoup moins bien. Deuxième grand mécanisme, c'est la perméabilité intestinale. On en parle beaucoup, parfois trop, parfois mal, mais dans le cadre du S2I, c'est un vrai sujet. Normalement la paroi intestinale agit comme un filtre très intelligent, elle laisse passer les nutriments, l'eau, les vitamines, certains minéraux et elle bloque les toxines, les fragments bactériens, les molécules pro-inflammatoires. Cette barrière est maintenue grâce à des jonctions très serrées entre les cellules intestinales, les antérocytes et le microbiote joue un rôle central dans le maintien de cette barrière. le microbiote est équilibré, certaines bactéries produisent des acides gras à chaîne courte, comme le butyrate, je pense d'ailleurs que j'en ferai un épisode dédié car il y a beaucoup de choses à dire sur le butyrate, des substances anti-inflammatoires, des facteurs qui nourrissent directement les cellules intestinales. Mais en cas de dysbiose, c'est l'inverse. Certaines bactéries produisent moins de butyrate, d'autres produisent plus de toxines, et les jonctions serrées deviennent moins serrées. Résultat, la barrière intestinale devient plus perméable, elles deviennent passoires et laissent passer des molécules qui ne devraient jamais passer. Elles se retrouvent dans la circulation et arrivent au contact du système immunitaire. Et là, rebelote, activation immunitaire, inflammation de bas grade, stimulation des nerfs intestinaux. Et encore une fois, ce n'est pas une inflammation massive. Ce n'est pas une maladie inflammatoire chronique de l'intestin, mais c'est suffisant pour rendre les nerfs hypersensibles. C'est un peu comme si votre intestin était en état d'alerte permanent. Le seuil de douleur est abaissé. Troisième mécanisme, le rôle direct des bactéries sur les nerfs. Et là on arrive à quelque chose de passionnant je trouve. Le microbiote n'agit pas seulement via l'inflammation ou la perméabilité, il agit directement sur le système nerveux. Certaines bactéries intestinales produisent des neurotransmetteurs ou des précurseurs de neurotransmetteurs comme le GABA, c'est notre anxiolytique naturel. La dopamine, notre starter, l'hormone boost, celle de la motivation, celle qui vous permet de passer à l'action. La cétylcholine, aussi qui est un neurotransmetteur majeur qui permet la transmission des messages nerveux, notamment entre les nerfs et les muscles, et qui joue un rôle clé, notamment dans le système nerveux parasympathique. Et surtout, la sérotonine, celle qu'on appelle aussi l'hormone du bonheur. Pour rappel, environ 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin, et la sérotonine Ce n'est pas que l'hormone du bonheur, c'est aussi un acteur majeur de la motricité intestinale, la perception de la douleur et de la sensibilité viscérale. Dans une dysbiose, cette production est déséquilibrée. Certaines bactéries stimulent trop les récepteurs, d'autres pas assez. Résultat, le transit devient anarchique, la communication nerf-intestin devient brouillée et les signaux sont amplifiés. Et là encore, on comprend mieux pourquoi dans le S2I, une même quantité de gaz peut être totalement indolore chez quelqu'un et extrêmement douloureuse chez une autre personne. Le problème c'est pas la quantité, c'est la perception. Maintenant on peut pas parler d'hypersensibilité viscérale sans parler du stress. Mais attention, pas comme on l'a fait pendant des années, le stress n'est pas la cause unique, ce n'est pas dans notre tête, mais le stress est un amplificateur puissant. Quand on est stressé, anxieux, en hypervigilance, Le système nerveux sympathique est activé, le nerf vague est moins actif, la digestion ralentit, la perception de la douleur augmente. Et là où le microbiote entre en jeu, c'est qu'une dysbiose peut augmenter la réponse au stress, diminuer la résilience émotionnelle et favoriser l'anxiété et l'hypervigilance corporelle. C'est un cercle vicieux, un intestin douloureux augmente le stress, le stress aggrave la dysbiose, la dysbiose amplifie la douleur. A ce stade, on comprend mieux pourquoi certains aliments deviennent problématiques. Et ce n'est pas forcément une vraie intolérance, une intolérance enzymatique. Vous comprenez alors mieux pourquoi je ne suis pas vraiment pour ces tests d'intolérance à rallonge qui coûtent un bras. Et c'est encore moins un aliment toxique. C'est souvent un intestin. hypersensible dans un contexte inflammatoire. Un aliment fermenticible va produire un peu plus de gaz. Chez quelqu'un sans hypersensibilité, il n'y aura aucun souci. Chez quelqu'un avec un intestin hypersensible, il y aura des douleurs, des ballonnements, des spasmes, etc. Et plus on restreint sans comprendre, encore une fois, je vois trop souvent des personnes qui retirent de leur alimentation les FODMAP pendant des années, plus on appauvrit le microbiote et plus le problème peut s'installer. C'est pour ça que les régimes très restrictifs à long terme peuvent parfois soulager à court terme, mais aggraver la situation sur le long terme. Alors, ce qu'on peut faire concrètement pour apaiser l'hypersensibilité ? Maintenant que vous avez compris les mécanismes, la vraie question c'est comment on désensibilise un intestin devenu trop réactif. Parce que l'objectif n'est pas seulement de moins avoir mal aujourd'hui, l'objectif est de remonter progressivement le seuil de tolérance de l'intestin. Premier levier, réduire l'inflammation de bas grade. On l'a vu, l'inflammation de bas grade joue un rôle central dans l'hypersensibilité. Concrètement, ça veut dire quoi ? D'abord, éviter tout ce qui entretient l'inflammation intestinale. Donc on réduit fortement l'alcool si vous en buvez, les excès de produits ultra transformés, les sucres rapides en grande quantité, certains additifs irritants. Attention, regardez les étiquettes, pas plus de 5 ingrédients, privilégiez une alimentation la plus brute possible. Pas besoin d'être parfait mais chaque diminution compte. Ensuite soutenir l'intestin avec des nutriments anti-inflammatoires. Les oméga 3, pour ça je vous conseille les petits poissons gras tels que les sardines ou les macros, l'huile de lin, l'huile de cameline pour assaisonner vos plats. Certains polyphénols comme les fruits rouges, le chocolat noir, des épices bien tolérés comme le curcuma, le gingembre. L'idée n'est pas de tout tester d'un coup mais d'introduire progressivement ce qui est bien toléré. Le deuxième levier, réparer la barrière intestinale. Si la barrière intestinale est fragilisée, les nerfs restent en alerte permanente. Donc on travaille à renforcer la muqueuse intestinale. Ça passe par des acides aminés, comme la glutamine, la citrulline également, des nutriments qui nourrissent les cellules intestinales, une alimentation suffisamment variée, adaptée au niveau de tolérance. Quand on parle de réparer la barre intestinale, on ne parle pas forcément de choses compliquées ou de compléments à tout prix. Il y a aussi des leviers alimentaires très simples, très anciens, qu'on a un peu oubliés. Un exemple très concret, c'est le bouillon d'os. Pourquoi ? Parce que le bouillon d'os, bien préparé, il apporte de la glycine, de la proline, de la glutamine, du collagène. Ce sont des éléments dont la muqueuse intestinale a besoin pour se régénérer. Chez une personne qui souffre d'hypersensibilité viscérale, l'intestin est souvent irrité et fragilisé. Le bouillon d'os, c'est un peu comme un pansement nutritionnel. Ce n'est pas un médicament, ce n'est pas magique, mais c'est très bien toléré et c'est apaisant. Il peut se consommer à jeun ou en dehors des repas. Il apporte des nutriments directement utilisables par la muqueuse. Ensuite, attention à une erreur très fréquente, supprimer trop d'aliments trop longtemps. A court terme, ça peut soulager, mais à long terme, ça appauvrit le microbiote et ça entretient l'hypersensibilité. L'objectif n'est pas l'évitement mais la réintroduction progressive au bon moment. Troisième levier, agir sur le microbiote intelligemment. Tous les probiotiques ne se valent pas et surtout un mauvais probiotique au mauvais moment peut aggraver les symptômes. Dans l'hypersensibilité viscérale, on va plutôt chercher des souches qui modulent l'inflammation, des souches qui agissent sur la douleur, des souches qui influencent l'axe intestin-cerveau. Certaines ont montré un intérêt spécifique dans le S2I, notamment sur les douleurs abdominales et les ballonnements. Mais là encore, ce n'est pas magique. Pas 15 souches différentes en même temps aussi. On teste, on observe, on ajuste et surtout on se fait accompagner. Quatrième levier, désensibiliser le système nerveux. Alors ça c'est un point clé et pourtant il est souvent sous-estimé. Un intestin hypersensible c'est aussi un système nerveux intestinal en hypervigilance. Concrètement ça veut dire quoi ? Apprendre à envoyer des signaux de sécurité à l'intestin. Ça passe par la respiration abdominale, la cohérence cardiaque, des techniques de relaxation ciblées, parfois un travail psychocorporel ou une hypnose digestive. C'est pas psychologique, c'est neurobiologique. Quand le système nerveux se calme, le seuil de douleur remonte. Cinquième levier, changer le rapport à la douleur et à l'alimentation. Et ça c'est fondamental. Plus on a peur de manger, plus on anticipe la douleur. plus le cerveau amplifie les signaux. L'objectif est donc de sortir du mode alerte permanente, ça se fait pas en un jour, mais chaque repas pris dans le calme, chaque aliment réintroduit sans catastrophe, chaque symptôme mieux compris contribue à reprogrammer l'axe intestin-cerveau. Voilà donc j'espère que vous aurez compris le message, le microbiote joue un rôle central dans cette hypersensibilité. Comprendre ces mécanismes c'est déjà reprendre une partie du contrôle. Dans le prochain épisode, on parlera plus concrètement des leviers pratiques du comment chauffer son micro-vieux. Si cet épisode vous a parlé, pensez à vous abonner, à partager ou en parler autour de vous. Mais surtout, laissez un avis, c'est très important pour que le podcast se fasse connaître en plus grand nombre. Et on se retrouve très vite dans un prochain épisode de L'Isonitable. A très bientôt !