- Speaker #0
Ok, je pense que ça fonctionne là.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Allez, c'est parti. Claire Robert, merci beaucoup d'être avec moi sur le podcast Les Mariannes.
- Speaker #1
Bonjour, je suis ravie d'être avec toi.
- Speaker #0
Merci, merci d'avoir répondu présente à mon invitation. Alors Claire, tu travailles depuis six ans au Parlement européen. Et la première question que j'ai envie de te poser, on doit te la poser très souvent. c'est est-ce que la série télévisée Parlement représente bien l'univers politique dans lequel tu baignes à Bruxelles ?
- Speaker #1
J'adore cette question et j'adore cette série également. Je dirais plus ou moins, il y a beaucoup de vrai dans cette série. Et d'ailleurs, un des co-scénaristes, c'est un de mes collègues, qui est également conseiller politique, donc il y a beaucoup de vrai. Mais je pense que c'est un peu plus ennuyeux et technique que la série.
- Speaker #0
Alors, la politique et les affaires européennes arrivent très tôt dans ton parcours, on va en reparler. Dès le début de tes études, tu choisis l'IEP de Toulouse, puis le Collège d'Europe à Bruges. Tu passes ensuite par le secteur privé, dans le Conseil en affaires européennes. Et puis à Paris, tu te rapproches progressivement de cercles militants. En 2019, tu es candidate aux élections européennes, une expérience fondatrice qui va t'ouvrir les portes du Parlement européen. Et aujourd'hui, tu travailles au sein du groupe Renew, un parti centriste, en tant que conseillère politique. Est-ce que tu peux nous expliquer concrètement en quoi consiste ton poste ? Et parce qu'en fait, j'ai déjà reçu sur les Mariannes des attachés parlementaires, mais ton rôle est sensiblement différent. Donc j'aimerais que tu puisses un peu plus nous expliquer en quoi consistent tes missions et quelle est ta position. place dans la fabrique des décisions européennes ?
- Speaker #1
Alors oui, c'est un peu différent qu'assistant parlementaire. Je travaille pour le groupe Euronew, comme tu l'as dit, qui est au centre. Et donc, en fait, je fais toutes les négociations techniques sur tous les textes qui passent par ma commission parlementaire. Et donc ces textes sont très vastes, ça peut être des textes, des résolutions, des rapports d'initiatives, des directives. Et donc en fait je négocie directement avec les autres groupes politiques au niveau technique, parce qu'au Parlement européen je dirais qu'il y a une grosse place pour la négociation technique. Et donc voilà, on négocie ces textes-là et on représente en fait nos députés et notre groupe à travers ces négociations politiques.
- Speaker #0
Super, ça a l'air hyper intéressant. Et si on regarde un peu plus près ton agenda, à quoi ressemble une semaine type au Parlement européen ? Est-ce que tu te déplaces entre Bruxelles et Strasbourg aussi ?
- Speaker #1
Tout à fait. Donc les sessions Strasbourg, c'est environ une fois par mois, parfois deux. Et donc une semaine typique, c'est très organisé. On a les semaines où on fait de la négociation parlementaire dans nos commissions. On a des semaines où on a des sessions à Strasbourg. Donc on va à Strasbourg où on appelle ça les sessions plénières. C'est là où on vote en plénière. Et on a des semaines où on fait beaucoup de réunions internes. au niveau de notre groupe politique, parce qu'on est environ 80 députés, 150 personnes qui travaillent, donc on a beaucoup de réunions aussi au niveau interne. Et on a aussi des missions à l'étranger, donc je dirais 5 fois par an, ou parfois plus, on a aussi des missions en représentation à l'étranger.
- Speaker #0
Ok, donc tu travailles pour un pool de députés européens. Est-ce que ces députés européens sont tout le temps présents à Bruxelles aussi ? Quelle est la ratio de leur temps de présence dans les institutions européennes et dans leur circonscription d'origine ?
- Speaker #1
Oui, donc ils ne sont pas toujours présents à Bruxelles. En fait, ils sont très, très occupés parce qu'ils doivent à la fois être dans leur pays. Souvent, ils ont aussi des mandats locaux. Ils doivent être présents à Bruxelles pour les négociations dans les commissions parlementaires et ils doivent être présents à Strasbourg pour voter. Et ils ont aussi les missions à l'étranger parce que je les accompagne à l'étranger. Donc je dirais qu'ils sont souvent à Bruxelles à peu près du mardi au jeudi, parfois du lundi au jeudi. Et ensuite, ils sont en circonscription. Certains députés ont choisi d'habiter Bruxelles. pour faciliter leur organisation.
- Speaker #0
Alors, on va parler de tes sujets d'expertise, les droits des femmes. Tu travailles depuis environ 6 ans sur ces sujets de défense des droits des femmes et de l'égalité des genres. Si on dresse un état des lieux des droits des femmes en Europe aujourd'hui, où est-ce qu'on en est vraiment ? Est-ce qu'il y a une uniformisation ou est-ce qu'on voit encore des différences très marquées entre certains États membres ?
- Speaker #1
Alors, je dirais que le constat est mitigé parce qu'on tend vers une ligne morph... Merci. uniformisation, pardon, je peux reprendre ? Oui, vas-y. Je dirais que le constat est mitigé, on tend vers davantage de normes et davantage de cadres législatifs européens, donc on est davantage unis sur ces sujets, et on a un cadre législatif plus important, notamment depuis depuis le mandat précédent, depuis les cinq dernières années, où il s'est passé beaucoup de choses sur l'illégalité hommes-femmes. Par contre, les inégalités sont toujours assez énormes. On peut prendre en exemple les pays scandinaves, qui vont être très avancés sur ce sujet-là, les pays de l'Est, où il y a quand même un retard, et même, je dirais, un recul. où il y a vraiment un recul sur ces sujets-là également, et les pays du Sud, où on a des avancées, mais on reste aussi sur des sociétés parfois très patriarcales.
- Speaker #0
Alors, tu nous disais que dans les cinq dernières années, il y a eu de grandes avancées législatives. Qu'est-ce qu'on peut retenir en matière, justement, de défense des droits des femmes au niveau européen ? hormis ma voix mon choix dont on reparlera un peu plus tard.
- Speaker #1
Oui alors le mandat précédent ça a été vraiment sans précédent sur sur les avancées législatives européennes. On a adopté plus de cinq directives. C'était la première fois qu'on adoptait vraiment des directives sur les sujets égalité hommes-femmes. Pourquoi ? Parce que ça restait un sujet plutôt qu'on avait mentionné dans les traités mais où on ne légiférait pas. Donc le mandat précédent, on a eu beaucoup de résolutions sur l'avortement, par rapport au recul aux États-Unis, mais aussi sur les sujets d'avortement en général au niveau européen. Mais aussi, on a adopté des directives sur la transparence salariale, une directive contre les violences faites aux femmes, donc première directive européenne sur ces sujets. Première directive et texte aussi au niveau international à légiférer pour plusieurs États membres sur ce sujet. On a aussi travaillé sur le trafic d'êtres humains qui impacte plus particulièrement les femmes. On a aussi adopté une directive qui était bloquée depuis plus de dix ans sur des quotas de femmes dans les conseils d'administration des grandes entreprises. Et on a aussi adopté une directive pour avoir un meilleur partage entre la vie privée et vie professionnelle, et notamment sur les congés parentaux, maternité, paternité.
- Speaker #0
Donc un programme hyper dense sur lequel tu as travaillé activement.
- Speaker #1
Tout à fait, j'ai suivi tous ces textes-là pour mon groupe politique. Parfois, au-delà de me suivre, en fait, on a été en lead parce qu'on a été ce qu'on appelle rapporteur, c'est-à-dire qu'on est rapporteur pour le Parlement européen sur ces textes-là, c'est-à-dire que nous sommes en chef de file pour le négocier avec les autres institutions européennes, qui sont donc le Conseil européen et la Commission européenne. Donc, ça a été notamment le cas sur la directive sur la transparence salariale. Et plus récemment, on vient de conclure une directive sur le droit des victimes où nous étions également rapporteurs.
- Speaker #0
Alors on va creuser un petit peu plus la question de « Ma voix, mon choix » . C'est une initiative citoyenne européenne qui vise à faciliter l'accès à l'avortement en Europe via un mécanisme volontaire de solidarité financière entre les États membres. Pour rappel, c'est une pétition à la base qui a recueilli plus d'un million de signatures de citoyens européens en 2024. C'est un signal politique très fort envoyé des citoyens envers leurs institutions. Je rappelle que l'accès à l'IVG reste inégal selon les pays. On pense évidemment à la Pologne ou à Malte. Et donc, en décembre dernier, le Parlement européen a adopté une résolution de soutien invitant la Commission à traduire cette proposition. Pourquoi est-ce que c'est une initiative qui est importante dans l'histoire des droits des femmes au niveau européen ?
- Speaker #1
Alors déjà, c'est une très belle initiative parce qu'elle vient des citoyens européens. Pour qu'elle soit validée, l'initiative a dû recevoir des signatures dans tous les États membres avec un certain quota. Donc il faut savoir qu'elle a même reçu les signatures nécessaires à Malte. Donc c'est une très belle initiative qui montre aussi, enfin c'est vraiment un processus démocratique parce que c'est les citoyens qui disent à l'Union européenne et à la Commission européenne, nous voulons que l'Union européenne travaille sur ces sujets-là. Et donc c'est vraiment pour ça sans précédent. Il faut aussi savoir que plusieurs années auparavant, je pense qu'il y a plus de huit ans, une initiative européenne avait été portée pour porter l'inverse, c'est-à-dire pour, qui s'appelait One of Us, qui était contre l'avortement. Et donc, pour faire parler un petit peu, dire que le fœtus avait une voix, donc c'était complètement à l'opposé. Mais cette initiative My Voice, My Choice, elle a vraiment créé une... une campagne, une communication extraordinaire. Et donc, en mars, la Commission européenne devra statuer sur cette initiative et dire si elle va mettre en application ce que demande cette initiative.
- Speaker #0
Est-ce qu'on peut attendre raisonnablement de la Commission qu'elle aille dans le sens de la résolution qui a été adoptée ?
- Speaker #1
Alors, ce n'est pas si évident. Le travail au Parlement européen, je pense, a beaucoup aidé parce qu'on a adopté une résolution pour pousser ce texte avec une très large majorité, y compris de la droite, ce qui est vraiment un résultat significatif. Donc, ce n'est pas si évident parce que l'Union européenne est frileuse pour travailler sur le sujet d'égalité homme-femme parce qu'il y a des divergences, parce qu'il y a beaucoup de... des membres du Conseil européen qui bloquent sur ces sujets-là, qui sont OK de travailler sur les sujets économiques, de défense, mais qui n'ont pas envie de travailler sur les sujets dits valeurs. Et donc il y a une vraie réticence et donc il faut vraiment pousser. Mais moi j'ai la conviction que l'Union européenne va donner une réponse positive en mars. Après, dans quelle mesure sera cette réponse ? Parce qu'on parle d'enjeux financiers, il faut apporter un soutien financier pour les femmes qui vont avorter dans d'autres États membres si elles ne peuvent pas le faire dans leur propre État membre. Donc quand on parle d'argent, c'est toujours plus complexe, mais j'ai la conviction qu'il y aura une réponse positive, mais à voir laquelle.
- Speaker #0
En tout cas, c'était une mobilisation sans précédent. Un million et demi de signatures. pour une initiative citoyenne européenne, est-ce que c'était inédit ?
- Speaker #1
Oui, même plus qu'un million, 1,2 million. Alors, il y a eu d'autres initiatives européennes, donc je disais celle qui était contre l'avortement il y a plusieurs années. Il y a eu une autre initiative aussi sur les thérapies, sur le bannissement des thérapies contre les trans, qui vient aussi de récolter les signatures nécessaires. Donc ça arrive. C'est quand même assez rare, il faut une grosse mobilisation derrière, mais ça arrive. Par contre, ce qui est plus rare, c'est que l'Union européenne se saisisse du sujet. C'est-à-dire que l'Union européenne n'a pas d'obligation, elle doit donner une réponse, mais elle n'a pas d'obligation d'apporter une réponse à travers un fonds européen ou un texte ou un projet européen.
- Speaker #0
Donc ce qui était plutôt assez fort, c'est que le Parlement européen reprenne derrière cette idée et la traduise d'un point de vue législatif ?
- Speaker #1
Tout à fait et surtout dans ce contexte qui n'est pas évident, où on a eu une montée de l'extrême droite incroyable au niveau européen, où on a vraiment quatre groupes d'extrême droite au Parlement européen, une droite aussi qui tend à être très divisée et certains se rapprochent de l'extrême droite. Et donc ce résultat ne s'est pas fait sans effort.
- Speaker #0
Alors on va parler à présent du backlash mondial contre les droits des femmes, qu'on voit sévir un peu partout dans le monde. C'est une forme de mouvement balancier après des décennies d'avancées féministes, je pense notamment à l'Afghanistan, à l'Iran, au Soudan, aux États-Unis. Comment est-ce que ce contexte international de backlash, il impacte l'Union européenne, son fonctionnement ? et l'ensemble des États membres au niveau des droits des femmes ?
- Speaker #1
Alors oui, il y a vraiment un recul des droits des femmes sur la scène internationale. Les Nations Unies ont chiffré qu'un pays sur quatre avait un recul sur le droit des femmes, donc on retire des droits plutôt qu'on en apporte de nouveaux, ce qui est vraiment alarmant. il y a le fait que Les conflits mondiaux impactent plus... sévèrement les femmes et donc en période de conflit les droits reculent également. Mais je dirais ce qui impacte énormément c'est des pays comme les États-Unis parce que les États-Unis financent les Nations Unies, les États-Unis financent l'aide internationale et en fait maintenant cette aide internationale elle est conditionnée et donc il ne faut pas, par exemple, il ne faut pas fournir de la contraception, il ne faut pas mentionner le mot diversité, égalité. on va retirer les femmes à des positions de pouvoir et donc en fait ça c'est un impact incroyable. Nous on travaille beaucoup avec les Nations Unies, tous les ans on se rend à New York à la convention internationale de droit des femmes et donc on travaille beaucoup sur le contexte multilatéral et donc le fait que les Nations Unies soient attaquées parce que les États-Unis menacent de retirer leur financement. Et donc, c'est un impact incroyable sur les droits des femmes et malheureusement sur notre agenda politique. Parce que l'Union européenne parle davantage de compétitivité, parle davantage de défense. On va plus parler des enjeux géopolitiques que de nos avancées sur les droits des femmes.
- Speaker #0
Donc finalement, c'est un problème de mise à l'agenda de cette thématique. C'est plus aussi sexy qu'avant de parler des droits des femmes et de se battre pour faire avancer cette cause-là.
- Speaker #1
Tout à fait. Je dirais que le mandat précédent a été incroyable pour ça, parce qu'on avait vraiment un moment où on avançait sur aussi les sujets climatiques avec le Green Deal, et en même temps on avançait sur les sujets valeurs avec vraiment des avancées législatives sans précédente. Aujourd'hui, j'ai l'impression qu'il faut murmurer qu'on travaille sur les sujets égalité hommes-femmes. Il ne faut pas faire trop de vagues, il ne faut pas en demander trop, il ne faut pas demander trop de financement, il ne faut pas demander trop de directives, il ne faut pas demander trop de textes, parce qu'en fait, il y a des enjeux plus importants. En fait, on nous dit aujourd'hui qu'il faut d'abord s'occuper de l'Ukraine, il faut d'abord s'occuper de la compétitivité, de l'intelligence artificielle, et qu'on verra ça plus tard.
- Speaker #0
Et pourtant, en fait, faire avancer les droits des femmes et faire avancer aussi les femmes dans l'économie, c'est aussi une promesse de croissance, non ?
- Speaker #1
Tout à fait et tout est lié en fait. On ne peut pas avancer si on n'avance pas avec les femmes. Si les femmes ne travaillent pas et n'ont pas accès à l'emploi, s'il n'y a pas un meilleur partage des tâches domestiques, on n'aura pas de croissance. Si on ne met pas les femmes à la table des négociations politiques et des processus de paix, on n'aura pas la paix en fait. Parce que c'est aussi… On sait qu'avoir plus de femmes aussi dans les procédures… de négociations permet d'avancer sur ces sujets. Si on traite des conflits mondiaux sans les femmes, alors qu'elles sont les premières impactées par les violences et les conflits, on ne permettra pas de résoudre ces conflits. Donc tout est lié. Les personnes qui fuient l'Ukraine sont des femmes et des enfants. Donc c'est vraiment impossible de traiter ces sujets sans traiter l'égalité. Pareil pour la défense. En fait, s'il n'y a pas plus de femmes, dans les secteurs liés à la défense, ça va aussi impacter. En fait, il faut un meilleur équilibre. Et actuellement, on ne tend pas vers cet équilibre.
- Speaker #0
Ça me fait aussi penser à la question de la natalité. On parle beaucoup aujourd'hui d'un déclin démographique. Une statistique qui m'a beaucoup surprise, mais je pense que c'est important qu'on la donne aussi sur ce podcast. C'est que finalement, dans les pays où les femmes sont mères au foyer, la natalité est le plus en baisse. Contrairement aux idées reçues où on pourrait penser que quand les femmes restent à la maison, elles font plus d'enfants. Eh bien non, en tout cas en Europe, ce n'est pas le cas. Dans les pays occidentaux, les femmes, lorsqu'elles restent à la maison, elles font moins d'enfants. C'est aussi dans ce sens qu'il faut aller. C'est dans ce sens-là où il faut établir un équilibre des tâches domestiques, un équilibre vie pro-vie privée. pour pouvoir effectivement être dans des pays qui continuent à faire grimper la natalité ?
- Speaker #1
Alors, c'est très intéressant que tu me poses cette question, parce que le sujet natalité, il est assez récent sur l'agenda politique européen, c'est-à-dire que dans ce nouveau mandat, ça fait un an que je travaille sur ce nouveau mandat, et donc on ne nous parle que ça de natalité. En fait, on ne nous parle que du fait que maintenant, les femmes sont des mères avant tout. on s'est très porté par l'extrême droite, les femmes sont des mères et elles doivent faire des enfants pour sauver l'Union européenne parce qu'on va vers plus de personnes âgées et moins d'enfants, parce qu'il y a vraiment, c'est sûr qu'il y a un taux de natalité assez faible dans beaucoup de pays européens. Et donc c'est incroyable qu'on nous parle aujourd'hui du fait que maintenant les femmes doivent faire des enfants et donc en fait on nous attaque sur le droit à l'avortement, sur le droit à la contraception. sous le prétexte que voilà on doit revenir à des valeurs traditionnelles pour que les femmes fassent plus d'enfants. Sauf que comme tu l'as dit c'est prouvé qu'une femme ne va pas faire plus d'enfants si elle reste à la maison, au contraire. En Pologne ils ont un gros problème de natalité parce que déjà les femmes n'ont pas confiance dans le système de santé. C'est à dire qu'en Pologne on ne va pas te dire si ton enfant par exemple a un handicap ou a une malformation. On ne va pas te dire s'il y a des problèmes de santé pour toi avec cette grossesse. En fait, les femmes ont peur de tomber enceintes parce qu'elles ne se sentent pas protégées par rapport à ça. Ensuite, en France, on a quand même un bon système de crèche ou de garde d'enfants. Bon, même s'il y a eu des soucis, mais on reste quand même un pays qui permet le retour à l'emploi rapidement. Il faut savoir que dans certains pays de l'Est, les femmes ont des congés de 1, 2, voire 3 ans. Et le retour à l'emploi est très, très difficile. En Autriche, le système de crèche n'existe pas beaucoup. En Allemagne non plus. Donc en Allemagne, les femmes, une fois qu'elles ont un enfant, elles sortirent du marché du travail. Donc ça, ça ne permet pas, ça ne donne pas envie aux femmes, si c'est pour bloquer toute leur carrière et perdre aussi leur pouvoir financier, si elles n'ont pas ce système de soins d'enfants. Et enfin, bien sûr, le partage du tâche domestique. Les pays scandinaves ont des meilleurs systèmes de partage, même s'il n'est pas parfait. Et ça aussi, ça impacte le fait ou pas de faire des enfants. Mais ce n'est pas en restant à la maison, en forçant les femmes. à rester à la maison qu'elles vont faire plus d'enfants.
- Speaker #0
Je suis ravie qu'on ait eu cette discussion. Ça me fait la transition parfaite pour évoquer la montée en puissance des mouvements masculinistes à l'échelle mondiale. En France, la délégation aux droits des femmes du Sénat a récemment publié un rapport sur le sujet suite à un colloque et à une mission d'information. C'est un sujet qui inquiète profondément et j'espère pouvoir, sur ce podcast, proposer une interview avec l'une des sénatrices françaises rapporteurs. Pour commencer, il faut rappeler ce qu'est le masculinisme. Ce n'est absolument pas le pendant du féminisme. Les masculinistes s'opposent fermement aux droits des femmes. Ils remettent purement en cause nos droits fondamentaux. C'est un courant qui propage la haine et la domination du féminin. Il faut aussi préciser que certaines femmes apportent leur soutien aussi à cette cause. En France aussi, on souligne que... En France aussi, le HC le souligne qu'il y a une polarisation croissante dans la société. Les femmes sont de plus en plus féministes et les hommes sont de plus en plus exposés à ces discours masculins qui sont amplifiés par les réseaux sociaux. Est-ce que c'est un discours qui a déjà un impact politique tangible dans l'Union européenne ? Est-ce que toi, dans les institutions européennes, vous vous pressentez et vous ressentez cette montée du masculinisme ?
- Speaker #1
Alors... Tout d'abord, je voudrais dire que le mouvement masculiniste, il est organisé. Ce n'est pas quelque chose qui est sorti comme ça. Il est organisé par différentes organisations. Il est organisé par des ingérences politiques. Derrière, il peut y avoir la Russie, il peut y avoir la Chine, qui attaquent les femmes parce que les femmes, quand elles sont activistes, quand elles travaillent pour la démocratie, les ingérences étrangères essayent de… de les attaquer directement. Elles sont aussi, le masculinisme est amplifié par les plateformes. Il faut savoir qu'un groupe masculiniste a beaucoup plus de visibilité sur les réseaux sociaux de méta qu'un groupe féministe. Et ensuite, il y a forcément le côté répétition et ciblage des personnes. C'est-à-dire que quand une personne commence à regarder ce type de contenu, on va... les plateformes vont forcément amplifier et envoyer plusieurs contenus sur le même sujet. Et donc tout ça fait que le mouvement masculiniste est très présent et très visible. Et donc oui, ça a un impact énorme sur l'Union européenne, parce qu'en fait, toutes les femmes politiques sont impactées par le harcèlement et les mouvements masculinistes. Les groupes qu'on appelle anti-genre attaquent forcément nos sujets et attaquent notre travail législatif. Et en plus de ça, le mouvement masculiniste fait aussi écho chez tous les hommes et les femmes. Et donc maintenant, c'est difficile, je dirais parfois, de parler de faits, de parler de statistiques, de parler de la réalité des inégalités, parce qu'en fait, on est renvoyé à des… à des polémiques où on est renvoyé à des choses qui sont imagées, mais qui sont portées par les réseaux sociaux.
- Speaker #0
Comment est-ce qu'on peut protéger notre modèle démocratique et égalitaire vis-à-vis de tous ces bouleversements sociétaux et de ces attaques ? Comment est-ce qu'on peut préserver nos acquis et défendre notre vision du monde égalitaire face à ces courants et à ces attaques en fait ?
- Speaker #1
Alors déjà, il faut en avoir… conscience, il ne faut pas avoir peur de mettre des mots là-dessus. On sait que, par exemple, en Géorgie, qui est un état qui subit l'ingérence russe, on sait que des groupes organisés ciblent les femmes politiques pour les harceler, pour donner leurs données privées en ligne, pour harceler leur famille, etc. Donc déjà, il faut mettre les mots dessus, il ne faut pas avoir peur de le dire. Ensuite, on peut légiférer ce qu'a fait l'Union européenne sur les plateformes avec le DSA, avec la Directive contre les violences faites aux femmes. Il y a eu plusieurs articles qui traitent du cyberharcèlement ou de contenus qui impactent plus les femmes, comme le « revenge porn » ou le « cyberstalking » . Donc déjà, on peut légiférer. Et ensuite, il faut éduquer. Il faut éduquer les gens sur les risques, notamment en ligne. Il faut éduquer aussi les hommes et les femmes de la même manière. Parce que moi, je pense que l'éducation pour combattre ces stéréotypes est fondamentale. Et je suis même un peu inquiète sur les générations actuelles et futures qui se nourrissent d'informations sur les réseaux sociaux uniquement.
- Speaker #0
Bien sûr, puisqu'effectivement, on voit que toutes ces plateformes nourrissent un discours très polarisant. Donc, il y a de quoi être inquiet. Est-ce que… Ah, j'ai oublié la question. Trop de mémoire. Ça m'arrive. Ah oui, c'était la question sur la régulation des plateformes. Excuse-moi.
- Speaker #1
Pas de souci.
- Speaker #0
Justement, sur la régulation des plateformes qui nourrissent les jeunes générations, est-ce que l'Union européenne, avec ce DSA, a les moyens véritablement de réguler et d'avoir un discours de poids face aux plateformes, aux géants que sont Meta ?
- Speaker #1
Alors oui, il faut reconnaître que le DSA, c'est une avancée majeure qui a été vraiment négociée de manière intelligente parce qu'on a… On a ciblé les plateformes, mais pas non plus pour les blâmer, mais pour les responsabiliser. Et donc, il y a vraiment un travail qui a été fait pour essayer de trouver le meilleur moyen pour obliger les plateformes à enlever les contenus illégaux, sans non plus impacter la liberté d'expression. Donc, c'est toujours une balance à faire. Mais ce DSA est énormément attaqué, comme tu le sais, par Donald Trump. Le commissaire breton qui avait porté ce DSA est interdit de séjour aux États-Unis. Et souvent, les personnes qui travaillent sur ces sujets-là n'ont plus le droit d'aller aux États-Unis. Donc maintenant, il y a un fort protectionnisme de ces plateformes. Les plateformes utilisent aussi le vent masculiniste pour se dédouaner. Je dirais qu'on avait un meilleur dialogue avec les plateformes les années précédentes qui sentaient leur responsabilité, notamment, il y avait eu aussi leur responsabilité sur les attaques terroristes, quand il y avait eu des vidéos qui avaient été republiées, etc. Aujourd'hui, c'est difficile d'avoir un dialogue avec ces plateformes parce que c'est quand même à elles d'enlever les contenus illégaux et d'avoir un meilleur équilibre sur les réseaux sociaux. Donc ce n'est pas évident. L'Union européenne légifère. Je mentionnais aussi la directive contre les violences faites aux femmes, qui a aussi légiféré sur plusieurs de ces sujets. Mais forcément, ce sont des sujets tellement internationaux, qui dépassent les frontières, avec des plateformes qui sont hébergées ailleurs qu'en Europe. C'est difficile d'avoir des moyens concrets.
- Speaker #0
Et tu parlais aussi du déséquilibre des moyens financiers avec les pressions financières qui pèsent sur les organisations de défense des droits des femmes, notamment ONU Femmes. Les opposants aux droits des femmes disposent souvent de ressources bien supérieures à celles des structures féministes. Comment est-ce qu'on peut se remobiliser pour financer cette cause et la rendre à nouveau plus attractive aussi aux yeux peut-être des entreprises, des fondations ? qui parle de ces sujets d'inclusion, de diversité.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Alors ça, c'est quelque chose que beaucoup de gens ignorent, mais le mouvement qu'on appelle anti-genre, qui attaque la démocratie, l'égalité homme-femme, est un mouvement extrêmement financé. Il y a énormément d'argent qui vient essentiellement des États-Unis et de la Russie. Il y a beaucoup d'argent qui vient de mouvements évangélistes. Et donc, c'est des organisations qui ont extrêmement de moyens. pour faire des campagnes publicitaires, etc. Moi, quand je suis allée la dernière fois à New York pour la Convention des Nations Unies, il y avait des bus qui circulaient contre l'avortement, avec des images contre l'avortement, qui montraient un fœtus qui pouvait mourir, etc. Et donc ça, c'était des bus qui étaient stationnés devant les Nations Unies l'année dernière. Et donc ça, c'est énormément d'argent, c'est financé. Et donc, voilà, ça, il faut quand même en avoir conscience. Aujourd'hui, les ONG, honnêtement, sont vraiment attaquées. Et je dirais aussi au niveau de l'Union européenne, où maintenant, on considère qu'une ONG, c'est comme un lobby, un lobby d'une industrie ou un lobby, je ne sais pas moi, plastique ou des pesticides. Enfin, on ne peut pas mettre les ONG au même niveau qu'un lobby industriel. Est-ce que les ONG font un travail énorme pour la mise en agenda, pour la collecte de données, pour écrire des rapports ? Et en fait, on a vraiment besoin des ONG pour le travail démocratique. Moi, je travaille tout le temps en relation avec différentes ONG et c'est fondamental. Et donc aujourd'hui, il faut essayer d'aller contre ce discours qui dit que les ONG, c'est des lobbies comme les autres. Il faut essayer de sauvegarder leur financement. Ça veut dire contrebalancer la perte de financement qui vient des États-Unis. Comme tu sais, avec USAID, il y a énormément de financements au développement qui ont été diminués. Donc, il faut contrebalancer ce financement et il ne faut pas l'oublier dans l'enveloppe budgétaire européenne parce qu'encore une fois, il faut mettre de l'argent sur la défense, sur la compétitivité, sur l'IA, mais il ne faut pas oublier les ONG.
- Speaker #0
Alors tu parlais d'une phase, d'une période assez propice aux droits des femmes, à la protection des droits des femmes il y a cinq ans, lors du mandat précédent au Parlement européen. Quelle est l'ambiance actuellement qui se dessine pour les années à venir sur ces sujets ?
- Speaker #1
Alors honnêtement, ce mandat est très tendu. On est un petit peu dans un moment de résistance des acquis du mandat précédent, même si on a... Il y a eu des avancées là en décembre avec My Votes, My Choice ou la Directive sur le droit des victimes où on a inscrit le mot avortement pour la première fois dans un texte européen. Donc on se bat, mais au prix d'efforts incroyables. Comme tu disais tout à l'heure, le sujet n'est plus sexy, donc il faut pousser pour que le sujet reste sur la table. Et en même temps, il y a une vraie organisation des courants d'extrême droite sur ces sujets-là. C'est-à-dire que maintenant, dans ce mandat-là, je disais, on a quatre groupes qui sont liés à l'extrême droite et qui sont organisés, qui se parlent entre eux pour attaquer le droit des femmes et qui siègent maintenant dans la commission Égalité Hommes-Femmes, qui viennent à toutes les négociations. et qui nous disent à quel point c'est important de traiter du sujet des mères, de la maternité, pourquoi les migrants sont plus sujets à violer que d'autres citoyens. Donc en fait, c'est ça leur agenda politique, aussi un agenda transphobe. Et donc, voilà, c'est vraiment très difficile, parce qu'en fait, même parfois le mot « droit de l'homme » est remis en question. Donc, on est vraiment sur un moment, je dirais, de résistance, mais il faut garder la tête froide, il faut aussi garder son calme, parce que ça va durer plusieurs années. Le combat des femmes est un combat qu'il faudra toujours avoir, et sur le long terme, et donc il faut essayer de ne pas... de ne pas perdre toute son énergie et de ne pas tous aller en burn-out.
- Speaker #0
Justement, ça allait te poser la question sur un plan plus personnel, comment est-ce que toi tu vis cet engagement quotidien ? Alors c'est ton travail certes, mais on sent qu'il y a quand même une flamme qui te porte pour défendre cette vision du monde-là. Est-ce qu'il t'arrive parfois d'être découragée, fatiguée, en colère par rapport à tout ce qu'on vient de dire en fait ?
- Speaker #1
Alors oui, j'essaye de ne pas être en colère tout le temps.
- Speaker #0
Même si la colère peut être un moteur puissant, mais effectivement, ça peut être fatigant aussi.
- Speaker #1
Voilà, c'est fatigant. Et en fait, c'est vrai que plus on lit de rapports, plus on voit les inégalités. En fait, j'ai l'impression qu'une fois qu'on a mis les lunettes du féminisme et des inégalités, on ne voit que ça. Et donc, en fait, c'est vraiment, comme c'est sur tous les aspects de la société, les sujets de santé, de transport, enfin… C'est énorme les inégalités. Je veux dire, une femme a plus de chances de mourir d'un accident de voiture parce que les ceintures ont été faites sur des corps masculins et les carcasses sur des corps masculins. Les femmes ont plus de chances d'avoir des surdosages de médicaments parce que les tests sont faits davantage sur les hommes. Donc en fait, c'est vraiment difficile parce qu'en fait, ça touche à toute la société en général et donc c'est énorme. Mais en même temps, ça permet de se lever... se lever le matin, c'est vraiment passionnant. Aussi, je pense qu'on rencontre une communauté internationale, européenne, incroyable d'hommes et de femmes. Il ne faut pas oublier, moi, j'ai deux députés hommes dans ma commission qui sont extraordinaires. Et donc, on rencontre une communauté de personnes incroyables qui portent en fait ça. Et je pense qu'il faut vraiment rester avec des gens, il faut garder son petit noyau de personnes bienveillantes. Mais c'est vrai que parfois, Parfois il y a beaucoup de violence et c'est difficile de faire entendre sa voix parce qu'on est remis en question constamment sur ce qu'on dit et donc il faut être solide.
- Speaker #0
Tu parlais justement de ces hommes qui sont aussi des ambassadeurs et des promoteurs finalement de ces convictions féministes. Comment faire en sorte que ceux qui sont plutôt indécis ou qui disent oui c'est bien le féminisme mais bon comment est-ce qu'on peut les convaincre ? de devenir des alliés.
- Speaker #1
Moi, je pense qu'il y a beaucoup d'hommes qui ne se sentent pas légitimes à défendre les droits des femmes parce qu'ils se disent que c'est un sujet de femmes alors qu'en fait, on n'arrivera jamais à l'égalité si ce n'est pas porté aussi par des hommes, notamment parce que ce sont les hommes qui ont plus de pouvoir. Donc, en fait, je pense qu'il y a beaucoup d'hommes qui ne se sentent pas légitimes et il faut vraiment les valoriser. En tout cas, moi, dans ma commission, j'ai vraiment deux députés, un lituanien et un irlandais, qui sont vraiment incroyables parce qu'ils n'ont pas peur de porter ces sujets-là. Mon député lituanien, il est vice-président de la commission Femmes. Et donc, en fait, on a réussi à travers des quotas, mais on a fait des quotas hommes dans la commission Femmes. C'est-à-dire qu'on a instauré le fait qu'on a ces statuts de président, vice-président de commission. Et en fait, on a instauré un quota. Si jamais on a une femme présidente, il faut que le premier vice-président soit un homme. Et inversement, et on continue comme ça pour toutes les positions, parce qu'on avait beaucoup de femmes dans notre commission. Et ça a été fait dans les autres commissions qui sont plus masculines, d'avoir plus de femmes. Donc, on a instauré des quotas. Et donc, voilà, je pense qu'il faut vraiment essayer de dire aux hommes de s'emparer de ce sujet. Récemment, on parlait de My Vos, My Choice, c'était assez triste de voir qu'en plénière, c'était surtout des femmes qui se mettaient debout et applaudissaient parce que, bon, il y a l'argument « ce sont vos mères, ce sont vos filles, voilà, ça vous touche » , mais l'égalité, ça touche les hommes également. En fait, une société plus égalitaire, ça ne peut être que bénéfique pour les hommes également. Donc en fait… Il faut essayer aussi de dire, comme tous les droits, ce n'est pas parce qu'on a plus de droits et qu'on avance sur nos droits qu'ils vont en perdre.
- Speaker #0
Intéressante cette idée des quotas, notamment des quotas masculins dans des commissions dites plutôt féminines.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Alors, ça a été fait, enfin, pas de manière ciblée homme, c'est parce qu'on a cette règle qui s'est imposée à ce nouveau mandat. qu'il fallait vraiment que chaque commission ait une balance entre les hommes et les femmes pour les positions de leadership. Et donc nous, comme la commission Femmes était très féminine, commission qui a été fondée aussi par Simone Veil, qui a vraiment un long passé aussi de féministe, on a donc fait ce quota inverse d'avoir plus d'hommes. Et honnêtement, les hommes qui sont dans notre commission sont vraiment excellents, c'est-à-dire qu'ils défendent la cause avec des sujets ciblés. Voilà, très bien quoi !
- Speaker #0
Est-ce que toi, personnellement, tu aurais envie parfois de passer de l'autre côté et justement te retrouver dans la peau de l'élu qui défend publiquement tous ces sujets ?
- Speaker #1
Alors oui, je pense que j'aimerais à terme avoir un mandat politique. J'étais candidate en 2019 pour les élections européennes. C'est comme ça que je suis arrivée aussi au Parlement européen. Donc je pense que j'aimerais bien avoir un mandat. Après, il faut avoir conscience aussi de l'engagement. Moi, j'ai aussi deux enfants en bas âge. Et donc le travail de conseiller politique est déjà très prenant. Je pense que c'est encore pire quand on est élu. On n'a plus de soirée, plus de week-end. Donc il faut avoir conscience de ça. Et ensuite, on parlait tout à l'heure d'attaque. Il faut savoir qu'une femme en politique d'autant plus féministe sera vraiment ciblée et attaquée. Il faut avoir les reins solides pour faire face à ces attaques et ne pas avoir peur de faire entendre sa voix. Donc voilà, il faut avoir conscience de tout ça. Mais je pense qu'un jour à terme, j'aimerais bien, oui.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu as envie de dire aux femmes qui nous écoutent ? qui hésitent peut-être à s'engager dans des professions liées à la politique, qu'elles détiennent un mandat ou qu'elles soient dans des métiers de collaboration politique. Qu'est-ce que tu as envie de leur dire pour leur donner de l'espoir dans le combat féministe européen ?
- Speaker #1
Je pense que pour donner de l'espoir, c'est que travailler sur ces sujets-là, d'être acteur de changement, d'être acteur des négociations politiques, c'est vraiment… passionnant, ça permet, enfin vraiment on a un impact incroyable sur les textes qui sont adaptés au niveau européen. Donc en fait, c'est mieux d'être acteur de ces négociations et même si en ce moment le climat politique est tendu, il vaut mieux être dedans qu'observateur. Je pense que ça c'est important. Ensuite il faut savoir s'entourer, je disais tout à l'heure, d'avoir un noyau de personnes bienveillantes. Moi j'ai beaucoup de personnes autour de moi que j'admire énormément, de toutes les nationalités, de tous les groupes politiques et donc en fait ça permet de se nourrir et en fait on grandit énormément tous les jours avec ces personnes là. Et enfin je dirais il faut prendre des risques, il ne faut pas avoir peur d'y aller et c'est pas grave en fait, parfois il peut y avoir des échecs mais en tout cas le chemin pour y aller était intéressant dans tous les cas.
- Speaker #0
Merci beaucoup Claire est-ce que tu as envie de nous partager peut-être un dernier mot ou nous faire part de ton panthéon personnel en termes de féministe illustre
- Speaker #1
Non je dirais Non attends
- Speaker #0
En coupe
- Speaker #1
J'ai besoin d'une minute Est-ce que je vais répondre aux deux questions à la fois
- Speaker #0
Ou ça peut être une ressource que tu as envie de partager aussi Un film, un podcast, un livre.
- Speaker #1
Attends, excuse-moi, j'ai besoin de... Prends ton temps.
- Speaker #0
Oh là là,
- Speaker #1
mes neurones frisent. Ok. Tu veux que je te repose la question ? Oui.
- Speaker #0
merci beaucoup Claire est-ce que tu as un dernier mot à ajouter pour on recommence du coup tu vas me dire quoi exactement non je voudrais dire plutôt au père de aux jeunes et aux
- Speaker #1
gens en général de se nourrir de livres féministes de séries d'essayer de lire sur le sujet et voilà ok
- Speaker #0
Merci beaucoup Claire pour tout ton temps et toutes tes explications au cours de cet épisode. Est-ce que tu as un dernier mot à adresser à nos auditeurs et auditrices qui nous écoutent ?
- Speaker #1
Oui, je voudrais dire qu'il ne faut pas hésiter à essayer de se nourrir. de podcasts, de livres, de films, des podcasts comme les Mariannes, de séries Netflix comme Adolescence, qui traitent de tous ces sujets. Moi, je lis beaucoup de livres aussi féministes ou de romans d'auteurs féminins. Et je trouve que c'est important d'essayer de se nourrir pour parfois contrebalancer ce qu'on entend. sur certains plateaux télé. Et donc, voilà, c'est important d'essayer de se nourrir, je dirais, de fait.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Claire.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Alors, attends, il ne faut surtout pas fermer l'écran tant que tu n'es pas à 100%. Tu vois ta petite bulle en bas, là ?
- Speaker #1
Ah oui, le cloud. OK.
- Speaker #0
Voilà donc là tout ce que vient de dire c'est en train d'être enregistré écoute super le son a bien fonctionné je sais pas ce que tu as fait mais ça a marché
- Speaker #1
Franchement je pense mon téléphone il est en train de mourir c'est j'achète tout sur black market et mes tout est en train de mourir la tablette c'est une valeur sûre écoute super j'étais hyper contente merci beaucoup d'avoir résolu le problème pas de souci Et non, mais c'était très bien. À un moment, j'ai tout coupé. Enfin, j'avais plein de trucs ouverts. Et là, j'ai tout coupé pour essayer de me concentrer. Parce que c'est vrai qu'aussi, le fait d'avoir la caméra, parfois, on regarde.
- Speaker #0
C'est vrai qu'à distance, c'est moins facile qu'en présentiel aussi parce qu'on a les écrans. Et tout de suite, ça fait une barrière, en fait, à la concentration. Et puis, une barrière aussi physique. Enfin, on est moins dans le présent dans l'instant, quoi. Donc, je comprends. C'est évident. Mais c'est hyper chouette. C'est hyper intéressant, tout ce que tu as dit. C'est hyper chouette, hyper canon. Et moi, ça m'a déprimée. En fait, ça m'a déprimée. Ça a continué d'alimenter mon combat. Mais c'est vrai que j'ai appris des choses aussi. Et je pense qu'il y a beaucoup de féministes qui vont apprendre des choses. Toi, tu es vraiment spécialiste de ces sujets. Je n'avais pas autant conscience des ingérences étrangères, notamment dans le financement de tous ces courants qui traversent la société. Et moi, vraiment, je suis très inquiète. Je trouve que ça va très vite. Je ne sais pas. Moi, en plus, là, j'habite à Bordeaux. Tu vois, je suis loin de ces sphères parisiennes intellectuelles là en ce moment. Et vraiment, je trouve que ça va à une vitesse folle. La dégradation des liens entre les hommes et les femmes et tout. Je suis effarée. Vraiment, ça m'inquiète beaucoup.
- Speaker #1
Non, mais c'est très difficile. Et moi, je le vois même au sein de mon entourage. Franchement, j'ai des amis qui ont fait Sciences Po et tout, qui tournent. masculiniste extrême droite et tout et enfin ouais enfin vraiment ça me ça m'horrifie et c'est encore pire enfin on parle même pas de l'europe de l'est et tout tu vois on n'a plus le droit de parler d'éducation sexuelle et des choses comme ça donc c'est pour ça que j'essaie de dire les faits en fait c'était très factuel tu étais toujours de m'attaquer tu vois on nous attaque sur la base légale sur les statistiques et donc en fait j'essaie de rappeler les faits tout parce qu'en fait chez moi j'ai des potes qui me disent c'est bon l'égalité ça existe non en fait non il y a une femme qui meurt tous les deux jours en Europe il y a une femme sur trois qui va subir des violences il y a un mec sur cinq jeunes qui dit que c'est ok d'avoir un rapport non consenti enfin donc non en fait et en fait derrière c'est vraiment organisé enfin Meta aide les plateformes masculinistes c'est ils avaient vu qu'il y avait un compte qui avait été démultipliée par Twitter et quand on voit Elon Musk, enfin, je veux dire, c'est assez clair. Donc, après, voilà, moi, j'espère que je n'ai pas été trop déprimante dans le sens où moi, je suis quand même portée, je suis hyper positive et optimiste.
- Speaker #0
Non, mais on l'a senti, bien sûr, on l'a senti. Oui, oui, oui.
- Speaker #1
J'espère, mais c'est vrai qu'après, il ne faut pas, il faut savoir mettre les mots sur la réalité des choses. Et moi, tu vois, en rencontrant, j'ai rencontré des femmes géorgiennes et on va aller en Géorgie en mai. C'est une mission que j'ai portée et j'ai hâte d'y aller parce qu'en fait tu as des femmes, en fait on leur met les noms de leurs enfants, leur adresse sur Twitter, on dit « allez chez elles » parce qu'en fait ce sont des femmes libérales, démocratiques, féministes, et en fait derrière c'est des contres russes et c'est la Russie qui est derrière. Et c'est ce qu'on appelle la « gender disinformation » , bon je ne l'ai pas dit mais ça s'appelle comme ça. Et en fait, c'est un truc qui a été conceptualisé, c'est-à-dire qu'on attaque spécialement les femmes parce qu'elles sont plus actrices de la démocratie que les hommes, en fait. Et voilà, enfin, là, aux États-Unis, c'est dramatique. Là, je voyais une femme qui critiquait, une activiste qui critiquait Trump et le Venezuela. Et deux minutes après, je ne sais pas si tu as vu, c'était hier, deux minutes après, la police l'a embarquée juste parce qu'elle a fait une interview et qu'elle a critiqué l'invasion de Trump sur le Venezuela. Donc voilà, il faut en avoir conscience. Mais voilà, j'espère que je n'ai pas tué le... Non, non, non,
- Speaker #0
on sent bien. Non, non, c'est moi qui suis un peu là, un peu dame. Mais oui, oui, c'est...
- Speaker #1
Non, mais ce n'est pas facile. Après, on a des belles victoires. Oui, oui, non, mais c'est un peu... Mais je pense que c'est vrai que le droit, ça aide. Parce qu'une fois que c'est dans le droit, c'est quand même difficile de revenir là-dessus. Après les victoires on les arrache. Moi quand je vois mes photos d'il y a 5 ans, je peux te dire que j'avais moins de rides et moins de... Non je l'ai dit, elle a fait mal quand même tu vois. Mais c'est pas un burn-out. Parce que tu vois, je reviens d'une mission à Malte aussi. On n'a pas réussi à faire une mission officielle parce qu'il faut savoir que c'est un gouvernement socialiste et les socialistes bloquent tout avancé sur Malte. Et donc on n'a pas réussi à faire une mission officielle de la commission Femmes, mais on a fait une mission officieuse avec certains groupes politiques. Et là, en fait, ce qui m'a fait peur à mal, c'est que toutes les organisations, les ONG, les activistes, elles sont toutes proches du burn-out. Elles nous ont toutes dit, on a fait trois jours d'entretien, ils ont tous commencé par leur entretien par « on est crevé, on n'en peut plus, on se bat depuis des années sur l'avortement, il n'y a rien qui avance, etc. » Et donc ça, ça fait peur parce que quand tu vois que l'état de l'énergie des gens, elle diminue parce que c'est tellement difficile, ça fait peur. Et je pense qu'il faut vraiment… Et aussi, tu vois, quand tu as des sujets qui te portent comme ça, les gens, ils estiment que c'est OK de ne pas avoir d'équilibre vie pro-vie privée, tu vois. Moi, je travaille beaucoup avec la leader de My Voice My Church. On s'adore. Mais elle me contacte le dimanche, le samedi, les machins et tout. Moi, je dis, meuf, moi, j'ai deux enfants bas âge, en fait. Il y en a un qui a 19 mois, il y en a un qui a 4 ans. Oui,
- Speaker #0
c'est cette logique sacrificielle de l'engagement qui n'est pas bonne non plus.
- Speaker #1
Tu vois, parce qu'en fait, sous le truc de c'est tes valeurs, c'est ta passion, tu dois tout donner. Ben oui, mais si je donne tout, je suis cramée dans 6 mois, en fait. Je dis ça, elle est en train de m'écrire. En fait, tu vois, là, je suis en congé cette semaine. Je suis trop contente. Je me suis pris trois semaines. Et bon, tu as un peu rappelé à la réalité et tout. Et c'est important de… Mais en fait, c'est difficile aussi parce que ça a vachement d'impact. Sans fausse mobilité, tout ce que tu fais a beaucoup d'impact parce qu'on te laisse beaucoup de manœuvres au niveau européen. On te laisse beaucoup de manœuvres. Et donc, en fait, c'est dur de te dire parfois, ah non, je vais prendre mon vendredi, tu vois, parce que voilà. Parce qu'en fait, non, il y a une résolution où si tu ne te bats pas, bah ouais ça va pas se faire mais il faut apprendre à faire ça parce que sinon on va tous se griller bien sûr mais bon bref en tout cas merci
- Speaker #0
Laurie c'était un super exercice j'étais un peu stressée je t'avoue excuse moi pour les techniques c'est surtout je pense que ça t'a un peu au début perturbée je suis désolée mais vraiment ça c'est pas en temps tu verras ça va être hyper cool le rendu final sera hyper chouette bah
- Speaker #1
merci et puis j'espère que tout va bien Merci. toi ça va t'as passé des bonnes fêtes oui ça va ça va ça va ouais ouais ouais oui oui oui non non j'ai repris lundi ok j'ai repris lundi voilà
- Speaker #0
moi là je je j'ai des missions intéressantes là jusqu'au printemps Je suis à mon compte, je suis freelance. Mais je commence à un peu voir anticiper 2026 et je pense que je vais essayer de retrouver peut-être un job salarié à l'automne, soit pendant l'été ou à l'automne. Peut-être revenir à Paris aussi. Je m'interroge beaucoup en ce moment sur tout ça.
- Speaker #1
Donc,
- Speaker #0
on verra ce que ça donne.
- Speaker #1
En tout cas, plein de courage pour ça. Et puis, n'hésite pas si je ne peux pas faire quelque chose.
- Speaker #0
ouais merci je vois que ça a toujours pas terminé d'enregistrer pourquoi ça bloque tu es à 86%
- Speaker #1
tu vois ça aussi ouais je vois à 86%
- Speaker #0
je veux pas te retenir mais j'ai peur que si on ferme ça finisse pas d'enregistrer attends je regarde après si tu dois faire des trucs n'hésite pas ouais je peux regarder un peu
- Speaker #1
ça avance plus j'espère que c'est pas mon réseau mais là je n'ai rien il y a du banc wifi ça
- Speaker #0
devrait fonctionner Attends, moi j'ai reçu un email de Boomcaster qui me dit qu'effectivement ça n'a pas terminé. Please ask Claire to open the following link in the same device and browser that was used to record the session. Download with autocommentary. Ok. Alors attends, je t'envoie un lien, il faudrait que tu l'ouvres.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Attends, je vais arrêter l'enregistrement peut-être.
- Speaker #1
Automatique.
- Speaker #0
En fait, je vais arrêter l'enregistrement, mais il faudra que tu laisses la fenêtre boomcaster ouverte.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
C'est à 87%, donc ça avance.
- Speaker #1
Ah.