- Gwen
La première fois que ça m'est arrivé, j'étais presque contente sur le coup. J'ai fait siffler. Et là tu te dis non, mais non, en fait ça va pas, en fait. Non, non, c'est pas bon.
- Chloé
Non, non.
- Gwen
Je suis pas un bout de viande, merde. Je connais des personnes qui ont été déboutées en première instance. Monsieur, vous verrez qu'en France, on doit enfin une femme, par exemple.
- Chloé
Hello, c'est lundi et tu fais bien d'écouter les meneuses pour lancer ta semaine avec une dose d'inspiration. C'est Chloé, ta podcasteuse préférée, et aujourd'hui j'accueille Gwendoline Fichant, experte dans la tech depuis plus de 30 ans, qui nous partage son coming out, au travail et dans sa vie perso, son parcours de transition et notamment le sexisme qu'elle découvre en tant que femme. Allez, installe-toi confortablement. C'est bon ? Alors c'est parti ! Bonne écoute ! Et si l'épisode te plaît, pense à le partager ! Bonjour Gwendoline, comment est-ce que tu vas ?
- Gwen
Bonjour Chloé, écoute, je vais bien et toi ?
- Chloé
Écoute, je vais bien aussi, je suis ravie que tu sois à mon micro, pour les personnes qui ne le savent pas, on s'est découvertes il y a peu de temps sur Linkedin, tu as réalisé sur un post, on s'est échangé en MP, on s'est rendu compte qu'on connaissait toutes les deux Magalie Milbergue, à qui je fais un gros poutou, donc c'est chouette. Et du coup, pour les personnes qui ne te connaissent pas encore, est-ce que tu peux te présenter ?
- Gwen
Bien sûr. Alors, je suis Gwendoline Fichant. Je suis une femme trans, pour ceux qui ne l'auraient pas remarqué. Je ne le cache pas. Je suis une femme de la tech. Donc, c'est une des raisons pour lesquelles on s'est contacté également, puisque je répondais sur un poste au sujet de la tech.
- Chloé
Exactement. Et d'ailleurs, la tech... Tu baignes depuis toute petite, au final, depuis que tu as 12 ans, tu m'as dit. Tu m'as dit que tu étais tombée dedans. Et j'ai une question un peu philosophique pour commencer. Comment est-ce qu'on grandit dans un monde qui ne te voit pas encore pour qui tu es ? Et est-ce que la tech a été un refuge ou une cage pour toi ?
- Gwen
Comment est-ce qu'on grandit dans un monde comme ça ? Honnêtement, je ne sais pas, vraiment. Pendant des années, j'ai été persuadé que j'étais folle, que j'étais la seule à... à penser ça, que je n'étais pas un homme et une femme, que je pensais être un monstre, sincèrement, parce que j'avais personne à qui en parler. C'était au début des années 80, on était expatriés en Algérie. Il n'y avait pas Internet, il n'y avait personne pour répondre à mes questions et je n'osais pas les poser à mes parents. Donc, j'ai enterré tout ça bien, bien sous le tapis, le plus longtemps possible. Donc, j'en ai fait abstraction. J'ai la tech en soi. C'est plutôt le divertissement dans la tech qui a été une sorte de... porte d'échappatoire pour moi, ou, ben, comme je te disais l'autre fois, où j'avais tendance à jouer des personnages féminins que je prénommais toujours Gwen ou Gwendolyn. Pas étonnant que ça soit mon prénom choisi. J'étais perçue socialement comme un homme et j'avais envie de dire que j'étais plutôt privilégiée du coup dans le monde de la tech.
- Chloé
D'ailleurs, on va parler un peu de la bascule entre la posture privilégiée et être une femme dans la tech juste après. Pour information pour les auditorices, c'est la première fois que je parle de ces sujets au podcast. Je t'ai demandé en amont, on a préparé l'épisode et donc tu es consentante à toutes les questions qui vont être posées et tu les as eues en amont. Toutes les personnes concernées ne le sont pas forcément. Donc, si vous avez des discussions, c'est important de demander le consentement. Donc, c'était la petite parenthèse sur cette partie-là. Et du coup, on va rentrer dans le vif du sujet. Donc, comme tu m'as dit, tu as vécu 51 ans perçue socialement comme un homme. C'est long. Tu as mis combien de temps entre comprendre qui je suis et te l'avouer réellement ? Combien de temps entrepassé du « quand tu disais je suis folle » à « non, je ne suis pas folle, je suis tout à fait normale » ?
- Gwen
De passer de pas folle à arriver au stade du coming in, où j'ai eu conscience que j'étais trans, que je l'ai accepté en même temps, que j'ai arrêté de penser que j'étais folle, c'était quand j'avais 44 ans. À l'époque, j'étais en déplacement professionnel. Je faisais des semaines entières en déplacement. Je partais le lundi matin, je rentrais le vendredi soir par le premier et dernier avion ou train, selon mes clients. Et puis à l'époque j'étais en mission à Toulouse depuis c'était une mission de longue durée qui a duré presque deux ans. J'étais tous les soirs dans une chambre d'hôtel qui est paumée et là tout ce qui était... J'étais en train de dégringoler... Mentalement, la pression du boulot, l'éloignement de la famille, tout ça. Et voilà, tout ce que j'avais réussi à enterrer pendant des années, bah, ça remontait. Et là, enfin, j'avais Internet. Et là, j'ai compris que j'étais pas seul, que j'étais pas un monstre. Mais j'ai quand même attendu 7 ans pour faire mon coming out après.
- Chloé
Ouais, en fait, tu t'es retrouvé seul face à toi-même et face à une réalité que tu te cachais. Du coup, t'avais Internet. Comment ça s'est passé ? Où est-ce que tu as été ? Est-ce que tu as rejoint des communautés ?
- Gwen
Alors c'était en 2014. A l'époque, je n'étais pas sur les réseaux sociaux. J'étais à peine sur Facebook. C'était plus pour garder un lien avec ma famille, mes beaux-frères, mes tantes à l'époque. Donc je n'étais pas du tout sur Twitter, BlueScarryPro, certainement pas, ça n'existait pas. Non, c'est sur des forums. J'ai Google, ce que je ressentais. Je suis un homme, je me sens femme. suis-je normal ? Et là j'ai trouvé des forums, j'ai trouvé des gens qui ont parlé des trucs sur Reddit, un peu tout. Donc j'ai commencé à chercher, j'ai su, j'ai mis un mot déjà, il m'a encore fallu du temps pour avancer plus loin. C'est plus vers 2016, quand j'étais sur Twitter. Là j'ai commencé à suivre des personnes trans, et j'ai progressé dans ma réflexion. Un des... Des choses qui me bloquaient à arriver à cet âge-là, puisque maintenant j'avais 46, j'avais à peu près 48 ans, quand ça a vraiment commencé à plus interagir avec des personnes sur Twitter, au moins suivre et interagir, mais de manière anodine, j'ai envie de dire. C'était l'âge. Me dire à 48 ans, 50 ans, c'est un peu tard. Et le chemin faisant, j'ai suivi des personnes qui m'ont fait comprendre, en fait, indirectement, qu'il n'y avait pas d'âge pour transitionner. Il n'y a pas de limite d'âge. Transitionner à 50 ans, à 30 ans, à 25 ans, à 70 ans, il n'y a pas de limite d'âge, en fait. Et donc, j'ai attendu 2021 pour faire mon coming out, fin 2021.
- Chloé
Ok, mais c'est super important qu'il y ait eu des personnes pour enlever cette injonction de l'âge. parce que c'est pas possible de vivre dans un corps qui n'est pas toi en fait. Donc heureusement que tu as eu ces personnes-là.
- Gwen
Alors je ne sais pas si c'est vivre dans un corps, de toute façon le corps on ne peut pas y faire grand-chose.
- Chloé
Oui, oui.
- Gwen
C'est vivre une expression de genre qui n'est pas la sienne, c'est pas pouvoir interagir comme on aurait souhaité pouvoir interagir dans la société. C'est surtout ça qui moi m'a beaucoup manqué. Je ne vais pas dire que j'ai des regrets, parce que je ne peux rien y faire. J'aurais peut-être pu faire un coming out plus tôt, transsigner plus tôt. Dans ce cas-là, il y aurait d'autres choses qui seraient en ligne de compte et qui auraient pu être plus compliquées, parce qu'il y avait la soft fact, parce que c'était psychiatrisé. C'était beaucoup plus compliqué. Donc non, en fait, je ne regrette rien à ce niveau-là.
- Chloé
Oui, c'est important de ne pas avoir de regrets. De toute façon, au final, le passé, on ne peut pas le modifier, malheureusement. Et je n'aurai pas mes enfants,
- Gwen
par exemple.
- Chloé
Et du coup, tu as fait ton coming in, donc pour les personnes qui n'ont pas forcément le vocabulaire, c'est se rendre compte toi-même déjà. Ensuite, coming out, c'est exprimer au reste du monde. Et il y avait la question du coup de ton boulot, où tu es depuis un long moment. Et donc, le jour où tu t'es présenté au boulot comme Gwendolyn, quelles ont été les réactions ? Quelles ont été les réactions qui t'ont surprise en bien ou en mal aussi ?
- Gwen
Alors... Quand j'en ai parlé la première fois au boulot, c'était aux collègues avec qui j'étais les plus proches, avec qui je travaillais au quotidien, donc c'était trois personnes. Il y avait un gars qui faisait une dichotomie totale entre sa vie pro et sa vie perso. Donc en gros, il n'avait rien à foutre. J'ai envie de dire, ça ne le concernait pas. De ce que j'en ai perçu, ça ne changeait rien pour lui. Au moment où on faisait le boulot, c'est tout ce qui comptait. Et il y en avait deux autres, beaucoup plus jeunes. qui m'ont regardé, qui m'ont fait « Ouais, écoute, c'est cool. Moi, je suis bi, elle est non-gunaire. Bienvenue au club. » Donc, c'était vraiment agréable parce que je ne le savais pas. Je n'avais pas autant peut-être, je me doutais de quelque chose.
- Chloé
Oui, parce que tu ne rentres pas toujours dans l'intime des gens.
- Gwen
Donc, ça, ça a été vraiment très agréable. Après, j'ai avancé un petit peu. J'en ai parlé à mon chef direct. avec qui je m'entendais bien. En gros, sa réaction a été « ça a changé quelque chose à ton taf ? » Je lui ai dit « non » et il m'a dit « retourne bosser » . Il a été très cool. Il a tout fait ce qu'il a pu pour m'aider quand j'étais avec lui dans son équipe. Là où c'était le plus chaud, c'est quand il a fallu élargir un peu plus loin. Donc il y a eu une période qui n'était pas évidente. J'ai voulu essayer de couper rapidement parce que j'allais commencer le THS, donc le traitement hormonal de substitution, prise d'hormones. Pour une femme trans dans mon cas, il y a des effets qui vont se produire, plus ou moins rapidement, on ne sait pas trop à l'avance, la poitrine qui va pousser. Je ne voulais pas qu'il y ait des rumeurs avant que j'aie. Ou des questions, tu sais, sur le manteau. Et donc, j'ai commencé un petit peu de trois trucs, mais pas vraiment style chaussures avec un peu de talons, de bottines, mais bon. Mais je restais toujours à la préférence, ce qu'on appelle boy mode, en tonnerre masculine, puisque je n'étais pas out. Et donc, j'ai vu avec les RH pour faire un coming out. Donc ça, ça s'est fait sous la forme... J'avais prévu à l'époque. Ce que je voulais faire idéalement, c'était faire un au revoir de... 31 décembre 2021. Donc, j'ai fait mon coming out début septembre 2021. Et donc, je pensais faire au boulot une espèce de dire au revoir. Je m'en vais. Je quitte la société juste avant les vacances de Noël. Et puis, au revoir. Et revenir et faire un pot d'arrivée. Bonjour, c'est Gwendoline. Donc, ça ne s'est pas fait parce que Covid. Et donc... Donc du coup j'ai fait un email pour annoncer à toute l'entreprise qu'à partir de maintenant c'était Gwen, Gwendoline, qui fait le genre Réau Féminin. Et ça s'est très bien passé. J'ai reçu plein de messages très touchants, principalement des femmes, des hommes aussi, mais plus les femmes en général. plus d'empathie.
- Chloé
Ouais, ouais. Après, nous sommes sympas. Heureusement. J'adore. Mais ouais, du coup, t'as pas pu faire exactement comme tu voulais. Comment tu t'y es prise déjà, enfin, commencer à en parler, etc., mais comment tu vois s'il y a des personnes qui sont à ce stade-là, comment tu vas voir les RH, qu'est-ce que tu as pu partager ? Et comment tu partages aussi, parce que tout le monde n'est pas au courant, de ce qu'il faut faire pour moi, pour me convenir. Est-ce que tu as des conseils sur cette partie-là ?
- Gwen
Le premier conseil que je donnerais, à mon avis, c'est votre coming out. Il doit vous correspondre. Et ne vous laissez pas vous en faire déposséder par qui que ce soit. Les RH, j'ai été les voir directement. J'ai été tapé à la porte de la DRH, il y a « Laurence, il faut que je te parle, j'aurais besoin d'une petite heure, je pense » . Donc elle m'a fixé un rendez-vous un soir, et ben voilà, ça s'est fait comme ça, on a discuté, elle était ouverte, elle m'a dit « écoute, moi je ne connais pas grand-chose, je n'ai jamais eu le cas encore, je suis là maintenant, mais on va t'accompagner » . Les choses ont été plutôt bien faites. La seule chose qui s'était passée un petit peu avant, c'était justement un de mes collègues. qui pendant les vacances s'était arrangé pour changer le nom sur l'affichage de mon téléphone, mais que de mon téléphone, pour enlever mon ancien prénom et mettre mon prénom choisi à la place. Et donc les RH, après, quand on en a parlé, on a vu pour faire une communication, qui était un email parce qu'il y avait les problèmes de Covid encore à l'époque. Elles se sont occupées de tout ce qui était modifier la fiche de paye pour que ça apparaisse en tant que Madame Gwendolyn Fichan, modifier mon adresse e-mail, modifier l'entrée dans l'annuaire, refaire un badge, etc. Tout très bien. La seule chose qu'on ne pouvait pas changer, c'était le contrat de travail. Il fallait une pièce d'identité qui matche. Et tout ce qui est la sécu et tout, mais ça, ça ne les regarde pas. Mais ça a été bien fait. Elle avait préparé le terrain. des équipes féminines, des collaboratrices du groupe, pour prévenir qu'à partir de... C'était le 3 janvier que ça a eu lieu, à retour des fêtes de fin d'année. Gwen utiliserait les toilettes féminines, les vestiaires féminins.
- Chloé
Ouais, donc il n'y a pas eu de sujet, et même si elle ne connaissait pas et qu'elle n'avait jamais vécu du coup le... l'accompagnement lors d'une transition. Toi, tout a été bien fait. Est-ce que tu connais des personnes où c'est un peu moins le cas ? Est-ce que tu aurais des conseils, un peu les basiques des choses à faire et à ne pas faire du tout ?
- Gwen
Je ne sais pas. C'est très compliqué de donner des conseils, en fait, parce que... Souvent, les personnes trans sont des personnes précaires. Et autant, quand je dis « c'est votre coming out, ne vous en laissez pas déposséder » , ce n'est pas toujours possible d'en faire un. Ça dépend vraiment de la situation dans l'entreprise, j'ai envie de dire. Je connais des personnes qui n'ont pas fait de coming out professionnel parce qu'elles ont peur de perdre leur emploi. Moi, quand j'avais 51 ans, j'ai un bon poste, je ne risquais rien en fait. Je ne disais pas me licencier pour ça. Je ne suis pas une personne qui est exposée à la clientèle. Mes clients, ce sont les développeurs du groupe. Donc, j'ai interagi avec des gens en interne, par mail, par chat. Quelques collaborateurs en visio, mais c'est tout. Donc, il n'y a pas de problème que j'ai ressenti par ailleurs quand j'ai fait des démarches à un moment pour me renseigner. pour voir si je peux changer l'entreprise. Parce que clairement, c'est difficile pour d'autres raisons. Et en fait, c'est là qu'on voit que c'est le site service et que là, non. Parce que c'était en mode, comment je vais envoyer ça en clientèle ? On va regarder de haut en bas, avec un air. Ça va être compliqué. Et même s'ils vont jamais, une entreprise se dira, non, on n'aime pas les personnes trans. Au contraire, tout le monde va être inclusif. Mais ce n'est pas moi le problème, ce n'est pas vous. C'est vos clients qui vont me dire, écoutez, vous êtes bien gentil, mais Mme Fichan n'est pas compétente. On va trouver une excuse pour mettre fin à la mission. Et en fin de compte, je ne serai pas Ausha et je serai licencié à la fin de la période d'essai. Donc voilà, ce n'est pas évident de donner un conseil. Je pense que ce n'est pas du tout quelque chose de facile.
- Chloé
Oui, parce qu'il y a énormément de paramètres.
- Gwen
Il y a beaucoup de paramètres.
- Chloé
et de position où c'est plus, on va pas dire le mot facile, mais plus ouvert de pouvoir le faire en tout cas. Oui, oui, mais bien sûr, il y aura toujours d'autres excuses, sinon il peut y avoir des conséquences derrière. À ton coming out, il y a eu la partie pro qui s'est bien passée, donc heureusement. Donc il y a les papiers, l'état civil. Est-ce qu'il y a des démarches que tu as dû faire et auxquelles tu n'étais pas forcément ?
- Gwen
En fait, je n'ai réparé rien de tout ça. J'ai tout découvert au fil de l'eau. Alors je me suis beaucoup aidé de ressources comme l'Obiti Trans, par exemple. La première chose que j'ai faite, c'était... Donc moi, j'ai pris l'option de changer de sexe à l'état civil, ou de genre. Peut-être qu'on appelle ça sexe.
- Chloé
Oui.
- Gwen
Et de prénom en même temps. en pensant par tribunal, il y en a qui font ça en deux fois. D'abord le prénom et après le sexe. Donc le prénom peut se faire en mairie quelques mois, mois dernier je crois, au mois de 1er mars.
- Chloé
Ok.
- Gwen
Je crois qu'il faut payer 50 euros maintenant.
- Chloé
Ah super, ok.
- Gwen
Donc j'ai fait une requête avec les témoignages, j'ai joué un plan de fiche de paie depuis plus d'un an, comme quoi j'étais Madame Gwendoline Fichan pour mon entreprise. Des témoignages de mon ex-femme, de collègues de boulot, etc. qui abondaient dans le sens où il n'y avait pas de doute, j'étais bien une femme. Pour elle, dans le meilleur intérêt algérien et tout. Donc j'ai posté ça. Le temps du jugement, ça a mis deux mois avant le jugement, trois mois. Un mois pour attendre la période de fenêtre d'appel. Et puis il y aura un appel de l'État, de quelqu'un d'autre que moi. Bon, ça a été bon. Et puis après, une fois que c'est ça, on reçoit un recommandé comme quoi c'est bon. L'état civil, parce qu'en grève, tout ça est à l'état civil pour faire la correction. Et puis un jour, on se voit recommandé avec l'ancien nom. En fait, on commence à lancer, puisque je n'ai pas d'identité, donc il ne peut pas me donner un nouveau nom. Avec l'état civil rectifié, donc à partir de là, on peut commencer à lancer toute la machine qui va être commencée par la carte d'identité et le passeport. Après, il faut faire les impôts, il faut faire la vitale, tout ça.
- Chloé
La banque, il faut le carte d'identité. C'est un long parcours.
- Gwen
Non, c'est un long parcours. J'ai lancé la procédure en janvier 2023. Je crois que j'ai tout fini en septembre 2023. Ok, ça prend un peu plus de temps quand même. Ça prend longtemps, oui. Parce qu'en fait, il y a des délais à chaque fois qui sont plus ou moins compressibles. Déjà, quatre mois pour un... le jugement définitif, encore à peu près un mois pour que le greffe envoie et que l'état civil fasse. Donc là, on a déjà 5 mois. Et après, il faut le délai d'avoir une carte d'identité. Déjà un rendez-vous. Donc j'avais joué un petit peu. J'ai pris un peu l'avance pour me dire, voilà, ça devrait être bon. On ne peut pas encore attendre 3 mois pour avoir un rendez-vous.
- Chloé
Oui, tu m'étonnes. Et j'ai une question un peu naïve. Pourquoi est-ce que tu dois avoir des témoignages d'autres personnes ? Ta parole ne suffit pas pour faire la démarche de base ?
- Gwen
Pas forcément. Alors, comme je dis, moi j'ai de la chance et un passé. Je connais d'autres personnes à qui on a dit, qui ont été convoquées pour que le juge m'évalue si la personne se fit sur que c'est évalué par rapport à quoi, je ne sais pas, à part l'apparence. Et je connais des personnes qui ont été remboutées en première instance. Monsieur, vous verrez qu'en France, on devrait enfin une femme, par exemple. Ou l'inverse, sachant que... J'avais trouvé... Je ne suis pas juriste, je n'ai pas pris d'avocat. Si vous avez les moyens, prenez-en un, ça peut aider. Surtout s'il y a un appel. Ne pas hésiter quand on fait une enquête comme ça. Mettre sur le site Wikitrans, il y a tout ce qu'il faut. Les exemples et tout. Et beaucoup de jurisprudence. Et de rappel que la loi interdit de juger sur l'apparence physique. Et sur le fait qu'on prenne un traitement ou pas. Qu'on ait... fait une opération de restitution sexuelle ou pas. Tout ça ne va pas entre les deux comptes. Donc, qu'est-ce qu'il y a que le juge peut savoir si c'est vraiment pour appuyer ? En théorie, il devrait suffire de dire « je » . Mais malheureusement, ça ne marche pas comme ça. Donc, il faut le témoignage et dire « voilà, je connais Gwen depuis tant d'années, et pour moi, il n'y a pas de... » Oui, c'est une femme. Je n'ai jamais connu une femme. Je l'ai toujours connue en tant que femme. Blablabla. Bien sûr, c'est du vrai témoignage. Je n'ai pas fait de faux témoignages. C'est facile, il vérifie. Mais voilà, donc c'est pour ça. Et j'ai envie de dire, il ne faut pas permettre beaucoup de choses. Tout ce qui peut étayer, étayer. Que ce n'est pas une lubie. Je connais quelqu'un. à qui le juge a dit qu'est-ce qui me prouve que dans 6 mois on ne voudrait pas changer de vie ? On retrouve un peu les mêmes questions qu'on pose des fois aux femmes qui veulent se faire stériliser.
- Chloé
Oui, c'est toujours un peu les mêmes.
- Gwen
Mais qu'est-ce qui me prouve que dans un an on ne voudrait pas un enfant ?
- Chloé
Rien. Juste ma parole, mon corps. Voilà, ça devrait suffire. Ok. Bon, ça me révolte un peu. Oui, oui, je suis sûr de ça aussi. Nos propres paroles ne fonctionnent pas. Mais en tout cas, le conseil, tant qu'on n'aura pas un peu plus avancé sur ça, mettre le maximum et se référencer à Wikitrans, je mettrai le lien du site dans la description de l'épisode pour les personnes intéressées. Du coup, tu as vu ce qu'on disait au début. les deux côtés, notamment sur la partie discrimination sexiste. Donc, tu as une position qui est assez rare. L'avantage de pouvoir témoigner sur ça.
- Gwen
C'est comme ça qu'on s'est approchés d'ailleurs, toutes les deux. Oui.
- Chloé
C'est ça, tu m'as partagé un article que tu avais fait qui était super intéressant et j'ai eu envie d'en savoir plus. Quelle est la chose que tu as vu changer dans le comportement des gens autour de toi, que ce soit au boulot, dans la rue, dans les réunions, et qu'est-ce qui t'a le plus choqué ?
- Gwen
Beaucoup de choses. La première chose, j'ai envie de dire, déjà, avant, on sait que ça existe. Quand j'étais socialement un homme, ou perçu socialement comme un homme, même si j'étais inade, je savais que... que des choses existaient, le harcèlement de rue, les choses comme ça, le sexisme au travail. Oui, je savais que ça existait. J'en voyais un petit peu, mais pas beaucoup, en fait. Et du jour au lendemain, je les ai vécues, toutes ces choses-là. Oui, comme tu fais les grands yeux. Mais je crois qu'il ne m'a pas fallu un an pour quasiment faire toutes les caisses du bingo. Que ce soit me faire siffler dans la rue parce que j'étais en robe longue, que ce soit un gars qui s'est frotté contre moi, j'étais dans le tram assise en train de lire, et j'ai senti quelque chose qui se frottait contre mon épaule, c'était un gars qui se frottait. Donc là je me suis retourné, je l'ai regardé avec un grand sourire, et j'ai fait « je vous cherche ma vie, on va voir d'avant » . Pardon, je ne vous dérange pas. Il est parti te faire suivre dans la rue, te faire harceler pour donner ton 06, des fois dans l'espace d'un étage d'ascenseur. Ça m'est arrivé il n'y a pas si longtemps que ça. Je revenais de faire des courses, je monte dans l'ascenseur, le gars commence à me dire qu'il fait froid, le temps que les portes se ferment, vous habitez ici, je fais oui. on peut se voir je fais non j'ai déjà une femme et là le game shop on peut s'échanger nos aéros aussi non et là le game shop la marine fait un baisement tout à vœux et ça a duré l'espace de rentrer dans l'ascenseur tous les deux ensemble et qu'il arrive à son étage le premier étage il en sort quoi mais j'étais scotché trop lourdeau quoi donc ça voilà donc tout ce qui est sexisme de rue ordinaire j'ai envie de dire ordinaire Je peux comprendre. Systémique, on va dire. Oh, s'il y a un autre truc, je crois que c'était une des choses qui a fait que j'avais réagi aux commentaires d'une des personnes sous un de tes posts. Dans LinkedIn, avant, quand j'étais perçu socialement comme un homme, les autres hommes partageaient le trottoir avec moi. Du jour où j'ai commencé à être perçu socialement comme une femme, les hommes ne bougent quasiment plus de leur trajectoire et ne partagent plus le trottoir. Il y a des fois, ça m'arrange d'être invisible. Pas se mentir, mais quand même. J'ai un petit peu de... On s'écarte chacun un petit peu d'un côté, en fait. Et tout se passe bien, comme avant, en fait, mais non. Et comment... Changer de trottoir quand on rentre, ne plus prendre les itinéraires les plus rapides, mais les plus safe, les plus éclairés, où il y a... Voilà. Dire aux copines quand tu perds et quand t'arrives. attendre que tout le monde soit bien rentré quand on fait une soirée pour aller pour s'endormir. Apprécier quand des copains que tu connais, avec qui tu as confiance, te proposent de te raccompagner même quand c'est pas leur chemin. Donc ça c'était, on va dire, il y a eu le boulot aussi comme tu disais, donc c'était le question. Puisque en fait l'article que j'avais fait c'était la texte une femme trans dans la texte avant, après son coming out. À ce niveau-là il y a deux grandes populations j'ai envie de dire qui... Pour la différence, il y a celles qui m'ont connu avant et celles qui ne m'ont connu qu'après mon communion. Celles qui m'ont connu avant, quasiment pas de changement. Quelques blagues en réunion, tiens Gwen, puisque tu es une femme maintenant, tu prendras les notes, ce genre de choses. Souvent sur le ton de l'humour, mais quand même, il y a le réflexe de sortir ça, qui n'est pas anodin. Et mon chef aussi qui m'avait fait, suite à mon coming out, quand il y avait la période des augmentations, il me fait « Bon, maintenant que tu es une femme, il va falloir que je baisse ton salaire de 20% » . Et là, sur le team, c'est du boulot, j'ai des cheveux blonds. Là, je n'ai pas du tout les mêmes interactions avec ces gens-là, souvent qui ne me connaissent pas physiquement, avec qui je n'échange que par tchat, par mail. Et là, je suis seul qui ne connaît rien en fait. et mes compétences ont toutes disparues. D'un seul coup, c'est magique. Il faut qu'ils m'expliquent mon boulot. Alors que l'intitulé de poste, c'est experte technique et formatrice. J'ai quand même beaucoup d'expérience, ne serait-ce que professionnellement. J'ai commencé en 95, j'ai 31 ans d'expérience maintenant. Et tu as des jeunes qui ont deux ans d'expérience qui vont vouloir m'expliquer comment marchent des choses. à tort en plus. Et je me dis si j'avais été socialement un mec dans cet échange, il serait écrasé, il m'aurait écouté. Et ça, j'ai envie de dire, c'est le lot de beaucoup de femmes, malheureusement, si ce n'est de toutes les femmes. Oui, il m'explique mon boulot. On ne va pas me couper la parole dans les réunions, il n'y a plus de problème. Avant, on ne me la coupait pas trop. Pas plus que d'autres, d'un autre mec, je veux dire. Parce que les mecs coupent bien la parole. D'autres mecs aussi.
- Chloé
Je ne vais pas dire que c'est rassurant, parce qu'il n'y a rien de rassurant dans tout ça. Mais en fait, quand tu es une meuf, souvent, quand tu essaies d'expliquer ces choses-là, tu vois, moi, j'ai eu des échanges où, en fait, j'avais face à moi des mecs incompétents, mais parce que j'étais nana, je savais très bien leur comportement et ce qu'ils faisaient. Et en fait, tu passes pour une folle parce que encore là, se plaindre, faire la victime. Et en fait, c'est des choses qu'on vit tellement toutes, mais qu'en fait, il y a besoin de faire valider, un peu comme pour demander de changer de genre, tu dois avoir plein de témoignages pour qu'on te croie. Et parfois, tu as envie de dire, mais en fait, je suis zinzin. On vit dans quel monde ? que Ils savent ce qu'ils font ? Est-ce qu'ils nous prennent vraiment pour des teubés ? Est-ce qu'ils sont totalement aveugles sur tous les comportements qui sont problématiques ? Enfin, vraiment, tu te demandes, mais what the fuck ? Et toi, de devoir passer un peu du côté obscur de la force face aux violences sexistes et misogynes, comment t'as appris ça, en fait ? Comment tu vas, déjà ? Comment tu te sens de vivre tout ça ? Parce que tu passes d'un truc où l'espace public t'appartient plus, ou dans le monde professionnel, on t'explique ton travail avec des petits gars qui n'ont même pas un dixième de ton expérience. Comment tu l'as vécu ? Est-ce que ce n'est pas trop dur ? Comment tu te sens ?
- Gwen
C'est toujours à double tranchant, j'ai envie de dire. Si je prends par exemple le cas du harcèlement banal de rue, style le sifflement par exemple. La première fois que ça m'est arrivé, j'étais presque contente sur le coup. J'ai fait siffler. Et là tu dis non, mais non, en fait ça va pas, non non, c'est pas bon.
- Chloé
Non, non.
- Gwen
Je suis pas un bout de viande, merde, ça va pas. Au boulot, j'ai la chance que... J'ai globalement pas trop de soucis. J'ai de moins en moins l'interaction avec des personnes qui ont été toxiques parce que déjà, mon scope de travail a changé. J'ai fait un burn-out en 2023. Et donc, il y a des choses qui ont été mises en place par l'entreprise pour essayer de pallier ce problème. Enfin, du moins, d'atténuer les causes. Et entre autres, je n'ai plus trop de contacts. en one-to-one avec mes clients qui sont les développeurs du groupe. Donc, je n'ai principalement qu'à faire à mon chef, à des gars qui sont là depuis un long temps dans la boîte, donc qui me connaissent déjà avant, donc il n'y a pas de problème avec ça. Hormis mon collègue bulgare. Le fameux collègue bulgare qui est connu sur Blue Sky, je crois. Alors, je dis collègue bulgare, je vais juste rappeler pourquoi. Parce qu'il est bulgare, il habite en Bulgarie. Et parce qu'on a une filée, ma boîte a une filée à l'an de Bulgarie et on... Donc il a été décidé que ce serait un... un bulgare qui m'aiderait à faire le boulot. C'est compliqué, on va dire. Différences de mentalité, certains points de vue, ce genre de choses... Euh... Il est... misogyne ? Oui. On peut dire transphobe ? Peut-être pas... dans un mode haine, mais a du mal à respecter certaines choses. Comme par exemple, il veut absolument savoir mon dédnème. Donc c'est peut-être la seule personne avec qui j'ai du mal au boulot par rapport à ça. En ce moment, en plus, depuis un moment, j'ai remarqué, quand il me demande mon avis sur quelque chose, et que je ne vais pas forcément dans son sens, parce que ce n'est pas applicable par rapport. Quand il dit un truc et que je suis d'accord avec lui, je lui dis, il n'y a pas de souci. Et puis quand je ne suis pas d'accord... Parce que par mon expérience, je sais que ce qu'il propose n'est pas bon, parce qu'il n'a pas forcément la vision de tout. Dans ce cas-là, il va voir mon chef en pleurant. C'est vrai, tu es d'accord ? Moi, je pensais ça. Oui, voilà, Gouane, elle n'est pas d'accord avec moi, la méchante.
- Chloé
Elle est trop méchante.
- Gwen
Sauf que mon chef, il fait, Gouane, elle a raison. Parce que mon chef, il me connaît d'avant. Et il sait que je suis, il m'a même dit, plus compétente que lui sur certains sujets techniques. Il n'y a pas de questionnement. Et c'est, Dieu merci, c'est très agréable de ne pas avoir à me justifier, en plus à mon chef, pour ça. C'est un des avantages que j'ai d'avoir basculé dans la même boîte. Il n'y a pas cette remise en cause qui est apparue de mes capacités, de mes compétences.
- Chloé
Oui, c'est une base où les gens, dans tous les cas, savent ce que tu veux.
- Gwen
Si je changeais de boîte, je ne sais pas.
- Chloé
C'est une autre affaire, oui.
- Gwen
Voilà.
- Chloé
C'était hyper intéressant et pareil, je mettrai le lien pour les personnes qui veulent lire l'article. mais en effet d'avoir juste ce pattern je suis une femme voilà comment les réactions des personnes qui te connaissaient déjà et les personnes qui ne te connaissent pas encore donc c'est intéressant parce que ça appuie quand même tout ce qu'on partage en termes de violences systémiques de discrimination qui sont tellement pas fondée sur tout un tas de choses et juste une domination masculine sur tout un tas de sujets. Donc c'est important d'avoir ce témoignage-là. Merci beaucoup de le faire et d'en parler. Pour les personnes qui nous écoutent, si certaines se disent « Ok, je me reconnais dans ce que tu décris Gwen, mais j'ai peur » , quelle serait un peu la première chose que tu voudrais leur dire ?
- Gwen
Bye. Ma préférence à une personne concernée, c'est quelque chose qui, je pense, m'a manqué pendant des années. De pouvoir en parler petit à petit, plus en plus ouvertement à l'époque sur Twitter, en DM, ça m'a beaucoup aidé. Et j'étais franchement... Alors, j'ai quitté Twitter depuis... Depuis
- Chloé
M. Musk ?
- Gwen
J'ai immigré sur Blue Sky. À l'époque, il fallait encore les codes pour y arriver. Et quand j'étais sur Twitter ou sur Blue Sky, je suis assez actif, je pense, sur les sujets LGBT, principalement sur la transidentité. J'ai toujours gardé mes DMs ouverts, même si sur Twitter, je ne compte plus le nombre de dick pics que j'ai reçus. Parce que je voulais que n'importe qui puisse venir me poser des questions s'ils avaient envie. Si elles avaient envie, qu'elles viennent. Qu'elles n'aient pas besoin de me demander en amie ou quoi que ce soit. J'ai toujours voulu garder ça possible parce que je sais que ce n'est pas évident de faire cette démarche. Donc si déjà tu peux arriver avec un pseudo connu ou autre, tu peux te créer un autre compte avec un autre pseudo et venir anonymement poser des questions. Je pense que c'est bien. C'est important.
- Chloé
Ouais, de ce que tu m'as dit, en tout cas, le fait de trouver ta communauté sur Twitter et ensuite sur Blue Sky, ça t'a énormément aidé. C'est vrai que maintenant, avec les réseaux sociaux, il y a tout ce qu'on sait de négatif des réseaux sociaux, mais il y a aussi cette porte qui permet de pouvoir, quand tu es isolé, poser des questions, rester anonyme et pouvoir du coup contacter des gens si on n'ose pas en parler à des personnes qu'on connaît dans la vraie vie. entre guillemets, est-ce que tu accepterais de donner ton nom sur Bluesky ?
- Gwen
Bien sûr.
- Chloé
Ton nom sur Bluesky,
- Gwen
c'est atkwenzolin.bzh, qu'on mettra en lien. Bien sûr, il n'y a pas de souci. Non, vraiment, c'est un truc, je pense, qui m'a beaucoup aidé. J'ai suivi des femmes trans, alors à l'époque, je n'étais pas out. Donc, comme on dit, j'étais in, donc je ne suis pas vraiment un naguette. Un ex, c'est quand on n'a pas encore craqué sa petite coquille et qu'on ne sait pas trop si on est ou on n'est pas. Gays, trans, bi, qu'on n'a pas accepté quelque chose dans sa vie.
- Chloé
Ouais, ok.
- Gwen
Souvent les autres voient, alors nous. Mais oui, j'ai suivi beaucoup de personnes pendant longtemps qui ne m'ont beaucoup apporté, avoir une vision, je ne vais pas dire. J'ai envie de dire pas caractéristique. Un des gros problèmes que j'ai eus, c'était ma génération, quasiment pas de représentativité, de la transidentité, à l'écran, dans des livres, ou alors simplement toujours au méchant. C'est le méchant personnage qui trompe par excellence, au sens de tricher, trahir. Et de voir des personnes qui ont parlé de leur parcours, de qui elles étaient, ça m'a beaucoup apporté. Et de voir qu'il y en avait de... de tous les âges, dans tous les milieux. Ce n'est pas que la tech, même si on le trouve beaucoup dans la tech. Alors peut-être parce que la tech est un refuge de personnes neuroatypiques, j'ai envie de dire, souvent. Peut-être, je ne sais pas. Je vais peut-être faire de la philosophie de la psychologie de comptoir, parce que je n'y connais rien, mais c'est vrai qu'on trouve quand même pas mal de femmes trans dans la tech. On trouve aussi beaucoup de personnes neuroatypiques.
- Chloé
Ça peut peut-être jouer. à voir s'il y a peut-être des études sur ça, mais c'est vrai que cette notion de représentation, elle est extrêmement importante, de toute manière pour toutes les minorités, et je trouve qu'il commence à y avoir de plus en plus, même s'il y en a encore énormément de travail à faire, notamment au cinéma ou des trucs comme ça, où quand tu donnes des rôles de femmes trans à des hommes qui se déguisent, tu te dis, il n'y a rien qui va en fait, il y a des personnes qui peuvent jouer ce rôle, qui sont concernées, bref. Il y a quand même des choses qui sont de plus en plus en avant sur ces sujets. Donc, c'est chouette que toi, tu aies pu retrouver ces représentations-là à travers les réseaux sociaux. Tu m'as dit un truc hyper fort, c'est que, quand on a préparé l'épisode, c'est que depuis que tu fais ton coming out, tu vis tes meilleures années. Et que tes photos de toi avant, tu ne souriais pas. Aujourd'hui, c'est quoi ta définition d'être radieuse et de vivre tes meilleures années ?
- Gwen
C'est de marcher à tête haute, d'être fier quand je marche dans la rue, de sourire, d'aimer me prendre en photo. Je ne supportais pas, je n'ai jamais fait de selfie quasiment de ma vie avant. J'étais toujours celle qui prenait les photos quand on partait en vacances, je n'aimais pas qu'on me prenne en photo. Quand j'ai fait mon commune, j'avais une collègue que j'appréciais beaucoup. qui était en arrêt maladie. Et on s'est recroisés quelques mois après mon coming out. Plusieurs mois, ça devait être six mois après. Et on se croise en rond. Je sors de l'ascenseur, elle va monter dedans pour me chercher. Je crois que c'était un restaurant ou quelque chose comme ça. Elle était toujours en arrêt. Elle était avec un collègue et elle me regarde d'un air. Et mon ascenseur dit au collègue qu'est ce qui se passe ? Il a perdu un pari ? T'as pas lu tes mails ? Non. Et dans la foulée, elle m'a envoyé un mail d'excuse, elle a été désolée. « Je suis désolé Gwen, je ne savais pas, pardon, pardon, pardon. » D'une copine, c'est devenu une amie, à tel point que c'était ma personne de confiance pour ma vaginoplastie. Et c'est elle qui m'a dit cette phrase, « Avant tu étais éteint, maintenant tu es radieuse. » Parce qu'elle aussi, elle m'a connu avant, après. et elle a même eu une période de coupure entre les deux, pratiquement un an, le fait de son arrêt, et donc elle a vraiment vu un changement.
- Chloé
C'est hyper beau parce que les messages que tu passes, peu importe l'âge, ce n'est pas trop tard, et qu'enfin tu t'épanouis et tu vis, et je pense que c'est un message tellement fort à partager, que c'est ça, ce n'est jamais trop tard, et que tu as toujours... apporter de beaucoup de choses, de beaucoup de... Ça se fait pas en claquement de doigts, mais que ce passage-là, il est possible. Et d'ailleurs, tu m'as dit notamment que t'aimais pas les photos, mais que pour te réapproprier ton corps, tu as fait des photos nues, t'en parles sur les réseaux, etc. Qu'est-ce que ça t'a apporté ? Qu'est-ce que tu dirais à une personne qui a honte de son corps aujourd'hui ?
- Gwen
Qu'est-ce que j'ai à dire à une personne qui a honte de son corps ? Bonne question. Je ne sais pas ce que je lui dirais. C'est dur de s'aimer. C'est très dur de s'aimer, surtout quand on n'aime pas son corps. Quand quelque chose dans son corps dérange. Pendant longtemps, c'était mon... Oui, j'ai éprouvé le besoin de reprendre position de mon corps par des photos coquines que j'ai postées sur Internet. Je ne m'en cache pas. Même si j'en éveillerais pas mal. Parce que je voulais avoir un fil à peu près propre. On va dire, si jamais un recruteur va sur mon profil. Même si, en théorie, je ne devrais pas avoir à cacher ça. Ça ne regarde que moi. Ça ne met pas en péril une entreprise ou quoi que ce soit. Ça me dit bien moi. Si ce n'est que je suis une femme avec un corps de femme. Non, je ne sais pas. Moi, ça m'a aidé à me rapprocher de mon corps. De le voir changer. d'avoir ce corps dont j'aurais toujours rêvé, parce qu'il ne sera jamais ce dont j'ai toujours rêvé, mais déjà en prendre la direction. J'ai une copine qui a un jour me contacté, qui m'a remercié, entre autres, de poster des photos de moi. Parce qu'elle s'est mise à le faire et elle s'est réapproprié son corps parce que, non, ce n'est pas une personne. C'est une personne cis, donc pas trans. J'ai vécu pendant longtemps avec un ex qui l'a rabaissé. En lui disant, t'es grosse, t'es ceci, ça quoi, je vois pas comment. Et après, comment tu te perçois, toi, comment les gens t'envoient, on est d'accord. pas forcément la réalité, mais c'est ce que tu vis toi. Et donc c'est de voir d'autres corps, de mettre son corps en photo et de voir que finalement, il n'est pas la vision qu'elle en avait, elle dans le miroir ou en se regardant, ou renvoyée par d'autres personnes qui lui voulaient du mal. Après, il y a des personnes qui ont, je connais des personnes trans, entre autres, qui aiment montrer leur corps. Il y en a qui n'aiment pas le montrer. Je pense qu'il y a quand même pas mal de personnes trans qui aiment le montrer parce qu'elles sont fières d'enfin avoir ce perçu. Et que souvent, contrairement à une femme cis, quand la puberté arrive, que ton corps change, tu ne vis pas toujours bien. Que tes seins poussent, parce que les mecs ne vont regarder que ça, parce que tu n'étais pas prête peut-être, tu n'as pas choisi en fait ça. Alors que moi je l'ai choisi, comme beaucoup de femmes trans ont choisi, on prend des hormones, ce qui fait que nos seins poussent. poussent, ce ne sont pas les implants, c'est les mêmes cellules qui se développent, qui étaient à l'état, j'ai envie de dire l'arvers, ce n'est pas le bon terme, qui vont se développer sous les effets des hormones. C'est tout à fait naturel et c'est quelque chose que je veux. Donc oui, je suis content de voir mon cœur qui a changé. Et je le vis bien. Et là, cette année, pour la première fois, je vais aller au bord de la mer, en maillot de bain.
- Chloé
Trop bien ! Continue une étape supplémentaire.
- Gwen
J'ai acheté un maillot de bain, enfin deux maillots de bain avec... Ma compagne et sa mère.
- Chloé
Trop bien.
- Gwen
Ce week-end.
- Chloé
Bon, une étape supplémentaire. Comment tu te sens par rapport à ça ?
- Gwen
On verra. On va voir. Je ne sais pas. Je n'ai pas encore été... J'ai été une fois à la piscine et ça, ce n'était pas bien passé. J'ai été accompagné, mais je n'étais pas bien. C'était peut-être trop tôt. Je ne sais pas. Pour l'instant, je ne suis pas prêt à y retourner seul à la piscine. Déjà, je ne sais pas. J'appréhende peut-être à tort. Mais c'est les réactions des gens, les comportements des gens. Si c'est des vestiaires mixtes, ça me fait emmerder quand même. Et si c'est juste femme, ça me fait emmerder parce que si je tombe sur des transphobes, ben voilà. Quand on voit ce qui se passe en Angleterre, aux Etats-Unis.
- Chloé
C'est pas rassurant en tout cas. T'es hyper courageuse de franchir une étape supplémentaire, même avec la peur. Et c'est vrai que c'est... tu ne le vis pas toi, en fait. Tu ne te rends pas compte de toutes ces étapes-là qui sont peut-être anodines pour certaines personnes, mais qui sont des étapes énormes pour toi au final. Et j'espère que ça se fera en douceur.
- Gwen
J'espère aussi.
- Chloé
Mais en tout cas, déjà, tu as trouvé tes maillots. Si tu te sens que tu slayes dans tes maillots, c'est chouette.
- Gwen
Mon amour m'a dit couche. Donc ça me suffit.
- Chloé
Oui, forcément. Mais en tout cas, ce que je retiens de ce que tu dis, c'est déjà l'importance des représentations, le fait de se réapproprier son corps comme on le sent soi, parce que pour certains, certaines, ce sera d'une façon, pour d'autres, d'une autre. Mais de pouvoir partager tout ça, le faire à ton rythme. entouré de bienveillance aussi et d'appui et de soutien parce qu'on ne va pas se voiler la face. On vit dans un monde actuellement où on a progressé et là, tu dis, on recule aussi. Donc, c'est vrai que ça peut faire peur. Mais en tout cas, bravo à toi de pouvoir partager ces photos. D'arriver à prendre ces photos et d'être radieuse sur ces photos. J'ai une question que je pose à chaque fois à mes invités. Et du coup, ça va être intéressant pour toi. Qu'est-ce que tu dirais à la Gwendoline d'il y a dix ans ? Qu'est-ce que tu te dirais ?
- Gwen
Dix ans, fonce, on fonce. Parce que le divorce, ce qui m'a retenu aussi, c'était le divorce. Je sentais arriver. et peur de ne pas de me voir dépossé la garde de mes enfants comme tu sais jamais comment se passe un divorce ça peut être utilisé contre moi pour pas que j'ai la garde de mes enfants je vais commencer à passer je dirais fonce tu veux gagner 10 ans Voilà. Non, ça vaut le coup. Enfin, honnêtement, je suis heureuse aujourd'hui. Quand je me regarde dans le miroir, j'ai gagné des années. Ouais, non, je dirais fonce.
- Chloé
Let's go, girl.
- Gwen
Let's go, girl, exactement.
- Chloé
Est-ce que, outre ce que tu as déjà partagé, est-ce que tu aurais des inspirations, que ce soit une personne, une communauté ou une ressource qui t'a aidée et qui pourrait aider des personnes qui sont... Sur ce chemin-là, que ce soit coming in, coming out ?
- Gwen
J'ai envie de dire plus trop. Il y a toujours Wikitrans qui est là. Donc ça, c'est indispensable. Les personnes qui m'ont guidé, il y a Youfie, la chaîne Tipoui, même si je n'ai jamais interagis avec elle, qui m'a beaucoup aidé par ses vidéos. Les autres se sont retirés, j'ai envie de dire, de la vie militante. Parce que ça les a quand même bien... bien fatigué, c'est très demandant, surtout quand c'était sur Twitter, les insultes, tout ça. Sur PlusK, il y en a beaucoup moins, du moins moi j'ai bloqué beaucoup de personnes. C'est un conseil que je donnerais à une personne trans sur les réseaux sociaux, qui transitionne, protège-toi, fais-toi une bulle, même si on te dit que tu vas être entrée dans une bulle, c'est pas grave, tu seras bien dans ta bulle.
- Chloé
Ok, dernière question, qui est-ce que tu aimerais... entendre dans ce podcast. Je ne peux pas dire Magali, puisque Magali est déjà passée à mon micro. Est-ce que tu as d'autres personnes ? Une personne que tu aimerais entendre ?
- Gwen
Alors oui, j'ai une personne que j'aimerais entendre. Une personne que j'aime beaucoup. Une féministe très inspirante que j'aimerais bien rencontrer. Une personne que j'admire beaucoup. Et que, ouais, je pense que ce serait une bonne... Elle serait très bien sur ton podcast.
- Chloé
Bon, chouette, tu m'enverras son arrobase pour que j'aille regarder ça. Merci beaucoup, en tout cas, Gwendoline, pour cet échange. Et j'allais te poser la question, alors que tu es heureuse, mais tu l'as dit tout à l'heure. Mais c'est hyper important de pouvoir conclure sur ça, que voilà, pas trop tard, tu es super heureuse. Tu te slay de ouf ! non mais ah non j'adore ton t-shirt et je te disais ton collier est super joli et puis on a un petit peu la même couleur de feu tout ça entre nous, j'étais blonde aussi avant t'as été bleue faut tester mais merci beaucoup Gwendoline c'est moi qui te remercie de leur donner la parole c'était super passionnant et je suis très heureuse de t'avoir rencontré Merci. Et j'espère pouvoir te rencontrer dans la vraie vie et dépasser nos écrans. Donc, merci pour tout.
- Gwen
C'est dommage, on s'est croisés sans le savoir, je pense.
- Chloé
Oui, oui.
- Gwen
Quand j'ai fait mon coming in, j'étais à Toulouse.
- Chloé
Peut-être qu'on aura l'occasion de se recroiser à Paris. Mais en tout cas, merci. Merci beaucoup.
- Gwen
Merci à toi.
- Chloé
Un grand merci pour ton écoute. On se retrouve lundi dans deux semaines pour la découverte d'une nouvelle meneuse. J'espère que l'épisode t'a plu. Si c'est le cas, laisse-moi ton avis sur la plateforme que tu utilises. Et s'il te reste encore un peu de temps, partage cet épisode à ton entourage pour faire un gros big up à notre meneuse du jour. La bise, si tu le veux bien, et toujours plein de loutres dans ta vie. Ciao !