- Ilona
C'est asiatique en fait. Pour toi, c'est normal de beaucoup travailler, c'est normal de beaucoup faire, c'est normal d'être très calme, très docile. J'ai fait des belles études, je me suis toujours acharnée au travail. Et en fait, tout ça m'a paru être un peu une parenthèse dans ma vie puisque je faisais les choses de manière automatique. Et avec le temps, j'ai compris que ce n'était pas forcément ce que j'aurais eu envie de faire. Quand mon père est décédé, personne ne s'est occupé de ce que je pouvais ressentir, personne ne s'est occupé de savoir comment j'avais mené de front un an de fin de vie, de maladie.
- Chloé
Hello, c'est lundi et tu fais bien d'écouter les meneuses pour lancer ta semaine avec une dose d'inspiration. C'est Chloé, ta podcasteuse préférée, et aujourd'hui j'accueille Ilona Huynh, fondatrice de Sool, qui accompagne les entreprises dans la gestion du deuil. On retrace ensemble son parcours de déconstruction de tout ce qu'on lui a appris à être. Une femme docile, performante, silencieuse, pour devenir celle qu'elle a choisi d'être vraiment. Deuil, rapport au travail, injonction, un épisode passionnant. Allez ! installe-toi confortablement. C'est bon ? Alors c'est parti ! Bonne écoute et si l'épisode te plaît, pense à le partager. Hello Ilona, comment est-ce que tu vas ?
- Ilona
Bien, super, merci, enchantée.
- Chloé
Enchantée aussi pour les personnes qui ne te connaissent pas, est-ce que tu peux te présenter, présenter ton parcours, d'où tu viens et tout ce que tu fais ?
- Ilona
Je m'appelle Ilona, j'ai 34 ans J'ai grandi en France, j'ai fait des études de business et je me suis lancée dans un parcours entre du conseil en stratégie RH. J'ai exercé le métier d'RH et depuis deux ans, j'ai lancé ma propre entreprise qui s'occupe d'accompagner le deuil en entreprise, dont on va discuter un peu, je pense. Et sinon, je suis d'origine franco-vietnamienne par mon père et ma mère est française et ça fait aussi partie de mon parcours, si je suis précise.
- Chloé
Tu m'as expliqué que du coup, tout ton parcours de vie a été un peu une déconstruction progressive de la femme que tu étais censée être, du fait de tes origines et du fait d'être une femme aussi, pour devenir celle que tu choisis. Si on rembobine un petit peu, à la base, au départ, c'était quoi cette femme-là ? Et qu'est-ce qui t'a appris et qu'est-ce qui t'a aidé à devenir celle que tu as envie d'être aujourd'hui ?
- Ilona
À la base, je pense que je suis un enfant docile. Très docile. Très docile, bien organisée. En fait, quelqu'un d'assez sage, j'ai envie de dire, même si le terme, tu vois, on met ce qu'on veut derrière enfant sage, enfant pas sage. Mais j'ai fait tout mon parcours selon la norme, la norme la plus parfaite de ce qu'on pouvait faire. J'ai fait des belles études. Je me suis toujours acharnée au travail. Et en fait, tout ça m'a paru être un peu une parenthèse dans ma vie puisque je faisais les choses de manière automatique. Et avec le temps, j'ai compris que ce n'était pas forcément ce que j'aurais eu envie de faire. Et surtout que je me suis lancée dans des parcours dont on attendait de moi qu'ils soient faits de cette manière-là. Et aujourd'hui, dans mon métier, je dirais que la vie est plus difficile. Être entrepreneur, c'est plus difficile, mais ça correspond exactement à ce que j'ai envie de faire.
- Chloé
Et donc, tu as vraiment eu un double moule, un peu. Celui d'être une femme, comme tu disais, être un peu douce, docile et un peu suivre tout ce qu'on nous dit. C'est vrai que quand on est des petites filles, on est un peu plus dirigées vers ça. Plutôt que d'aller sur des pistes entrepreneuriales, on en reparlera, plus celui de tes origines. Donc, entre la partie un peu élitisme à la française, culture asiatique du travail jusqu'à l'épuisement. Comment, en fait, quand tu rentres dans le monde du travail et que tu te construis au quotidien ? Comment est-ce que tu grandis avec ces injonctions là et comment en fait tu dis : "J'ai le droit de m'en détacher au final" ?
- Ilona
Déjà ce qui est clair c'est que tu grandis avec aussi le masque qu'on met de toi et de tes origines sur ton travail. C'est vrai que moi j'ai toujours reçu beaucoup de commentaires de personnes qui me disaient : "Tu travailles beaucoup mais c'est normal parce que t'es asiatique en fait, parce que pour toi c'est normal de beaucoup travailler, c'est normal de beaucoup faire, c'est normal d'être très calme, très docile." beaucoup à baisser la tête. En fait, c'est ça aussi qu'on attend, je pense, des populations d'immigration asiatique en France. Et comment tu t'en détaches ? Parce qu'en fait, juste le moule dans lequel on te met, tu ressens un manque de liberté. En tout cas, moi, c'est ça qui a vraiment fait une rupture dans mon parcours. Je me suis dit j'en ai marre de faire exactement ce que les gens attendent de moi et surtout cette image qu'on calque sur moi de la personne travailleuse à l'extrême parce que je suis d'origine asiatique. Et globalement, on attend de la femme asiatique qu'elle soit encore plus docile que n'importe quel autre travailleur. Dans le sens de devoir tout accepter, même si c'est dur, même si on sait que les deadlines vont être plus serrés. On se dit, ilona, elle va le faire parce qu'en fait, elle a l'habitude de le faire. C'est normal qu'elle le fasse comme ça. Jusqu'au jour où je me suis retrouvée dans une position de vie personnelle, où c'était plus tenable de mener ma vie privée de front plus mon travail. Je me suis rendue compte qu'en fait, on attendait de moi des choses qu'on n'attendait pas d'autres personnes. Et j'ai eu envie de sortir de ça pour me libérer.
- Chloé
Je pense qu'on peut aussi poser des mots sur tout ça. Ce sont des biais racistes qui sont hyper classiques, entre guillemets, parce que c'est vrai que cette image des personnes issues de l'immigration venant d'Asie, c'est vraiment... Je vais être un peu cash, mais c'est un peu les bons immigrés, tu vois, versus ceux qu'on a fait venir d'Afrique où on a un racisme vraiment différent. par rapport à eux en France. Et c'est vrai qu'il y a cette image-là de les personnes d'origine asiatique, voilà, c'est ça, elles sont dociles, elles sont très travailleuses, elles disent rien. En gros, t'es l'immigré parfait qui ferme sa gueule et qui va bien pour s'intégrer dans un moule très français. Et du coup, toi, tu fais un peu ce constat-là, ce coup de gueule de dire « Non, en fait, moi, je ne peux pas tout faire. »
- Ilona
Ça a été l'année 2022. En fait, fin 2021, mon père a fait un AVC. Il avait déjà eu pas mal de problèmes cardiaques. Il avait déjà fait un premier AVC en 2017. Et c'est le moment où je me rends compte que personne ne se pose la question de savoir comment je vais mener de front ma vie au travail qui était intense, parce que j'étais DRH d'une boîte où on était 200 personnes. Et on se dit « elle va maintenir son rythme de travail normal » . Parce que de toute manière, elle a l'habitude de le faire. Et puis, elle a l'air d'aimer ça. Et du coup, je me retrouve à devoir faire trois soirs par semaine à l'hôpital. Je n'ai plus de week-end. Et là, je me dis que mon corps m'envoie un message pour me dire que là, c'est trop. Que je ne supporte plus le stress. Je ne supporte plus ce qui se passe dans ma vie privée. Je me rends compte que j'ai du mal à travailler. Donc, je continue quand même à faire toutes mes tâches à un niveau intense. Et au moment de rupture, je pense que j'ai fait... une forme de burn-out sévère. Quand mon père est décédé, je me suis dit « Mais en fait, personne ne s'est occupé de ce que je pouvais ressentir, personne ne s'est occupé de savoir comment j'avais mené de front un an de fin de vie, de maladie. Et là, il faut que je m'arrête. » Et c'est en fait, de manière très simple, j'ai enchaîné les problèmes de santé. J'ai eu un kyste. Vraiment, ça a été compliqué le moment où mon père a la fin de sa vie parce que moi-même, en plus, j'étais malade sur plein de plans différents. Et là, je me suis rendue compte que c'était juste mon corps qui me disait que c'était chine, que le rythme ne pouvait plus être tenable.
- Chloé
C'est dingue de devoir en arriver à craquer physiquement, psychologiquement, à un tel niveau quand même. J'ai pas mal de...
- Ilona
Déjà entre ma famille et certains autres copains qui sont issus de cette immigration, on ne vient pas tous des mêmes pays, j'ai pas mal d'amis qui viennent notamment de Chine qui me font la même remarque, qui me disent en fait... une forme d'immigration qui travaille très bien. Donc en fait, c'est un avantage. On est recruté plutôt facilement, etc., parce que les gens se disent « Ah bah, ça va être un travailleur de l'extrême » . Et par contre, dès qu'on commence à avoir des positions un peu plus fermes sur ce qu'on pense, etc., on ne s'y attend pas du tout. Les gens ne s'y attendent pas du tout. Et du coup, c'est là où on te dit « C'est super de te compter parmi nous. » Par contre, il ne faut rien dire. Il ne faut vraiment pas que tu... que tu te démarques de cette meute de gens parce que nous, on compte sur toi. Tu es vraiment la personne sur laquelle on compte.
- Chloé
C'est tellement violent. Mais merci de pouvoir partager ça parce que c'est vrai que je pense que la masse, à moins de s'intéresser à ces sujets-là et d'être alerte et d'écouter et de lire des témoignages, je pense que beaucoup de personnes ne se rendent pas compte du poids et des injonctions autour de ce sujet. en plus de celui que tu vis, d'être une femme. La double peine, mais au final que tu transformes en force. Parce que c'est vrai que même sur la partie de genre, on demande souvent de prendre moins de place, de s'effacer. Et tu as pu le voir et tu l'as vécu même. Tu en as parlé au profit des hommes qui peuvent nous entourer, notamment parfois nos compagnons si on est dans des couples hétérosexuels. À quoi ça ressemble s'effacer alors qu'on est quelqu'un de brillant, de compétente et qu'on réussit comme toi ?
- Ilona
Ça ressemble à un oubli, je pense. En gros, t'es toujours en train de te dire que tu arrives à te valoriser dans la réussite de ton partenaire. Moi, je vivais à travers les hommes avec lesquels j'avais été, en me disant c'est trop bien, ils réussissent, mais c'est normal parce qu'ils ont un parcours qui vaut plus que le mien. Et en fait, t'en viens à oublier que toi-même, tu as un super parcours, que tu connais ton métier, que tu sais ce que tu dois faire. Et je pense, je ne me posais pas la question jusqu'à avoir envie de créer ma propre entreprise. Et je me suis dit là, il faut vraiment que je fasse un shift, de choisir aussi un compagnon qui accepte le programme de vie que j'ai pour moi-même. C'est-à-dire, je prends conscience du fait qu'en fait, je suis tout à fait capable de monter une entreprise, que j'en ai ces capacités, qu'en fait, j'ai peut-être appris beaucoup plus de choses que les hommes que j'ai vus monter des boîtes autour de moi. et Mais c'est un réapprendre à se dire j'ai de la valeur, ça compte et ça compte autant que ce que fait un homme. C'est difficile et je pense que dans la position d'un homme, on se dit mais en fait les femmes peuvent, elles peuvent. Mais pourquoi ? Qu'est-ce qui les retient ? J'ai beaucoup reçu ces commentaires, notamment dans la tech où on dit oui les femmes ne viennent pas dans la tech mais parce qu'en fait elles ne s'intéressent pas au sujet technologique. C'est faux en fait, c'est faux. C'est juste que la place qu'on nous laisse prendre, elle est beaucoup plus limitée que celle d'un homme C'est les mêmes commentaires qui reviennent, moi. Quand on me demande « Du coup, vous avez quel âge ? » Je ne suis pas sûre qu'il y a un homme où on lui demande son âge, en fait, quand il monte une boîte. Du coup, dans l'interprétation, je me dis « Est-ce qu'on me demande la question de mon âge en se disant que potentiellement, je suis en train de monter une boîte et j'ai envie d'avoir des enfants ? » Alors que pour un homme, on ne lui posera jamais cette question. Aujourd'hui, moi, je mets toutes ces questions derrière moi. Je sais le regard que les gens posent sur moi. Et je me dis « En fait, je m'en fiche. Je m'en fiche, ce n'est pas grave. C'est moi qui fais mon propre parcours. Et j'arrête de m'effacer au profit d'un homme. » Pour te faire une petite anecdote qui m'avait fait sourire quand même, quand on a lancé l'entreprise, moi je suis aujourd'hui la seule founder de Sool, je n'ai pas de co-founder. Et on m'avait dit mais du coup vous montez toute seule, vous vous sentez en confiance pour prendre vos décisions etc. Je ne suis pas sûre que cette question on l'aurait posée à un homme. Moi je me sens hyper en confiance sur les décisions que je prends. Dans mon équipe on est quasi à l'équilibre en termes d'hommes et de femmes. Et aujourd'hui, ça ne pose absolument aucune question dans l'équipe de se dire qu'il faudrait qu'il y ait un homme, que ce soit la parité, etc. Non, Sool n'aura pas de parité à la tête de l'entreprise. Ça restera moi. Et si un jour, il y a d'autres personnes qui veulent rentrer au capital, je ne me poserai même pas la question de savoir si c'est un homme ou une femme. C'est la compétence que je vais choisir. Mais on m'a laissé entendre qu'en fait, prendre des décisions toute seule, ça allait être un désavantage pour moi, pour pouvoir lever des fonds, pour pouvoir vendre mon produit. Mais aujourd'hui, je suis passée par-dessus ça parce que la boîte avance et je me pose plus de questions.
- Chloé
Ouais, déjà bravo d'arriver à balayer un petit peu tout ça parce que c'est pas facile et même quand tu vois les chiffres en effet il y a très peu de levée de fonds pour les femmes entrepreneurs et souvent en effet il y a plus de portes ouvertes quand on s'accompagne d'un binôme masculin quand on fonde une entreprise tech. Donc ça m'étonne pas trop un peu les commentaires que t'as reçus mais c'est cool d'avoir eu la... La confiance en toi, de te dire et de dire il est où le souci ? Quand en face, on fait tout avec ces questions-là, peut-être pour te faire douter ou pour que tu perdes un peu confiance en toi. C'est difficile quand tout le monde te dit mais t'es sûre que tu vas y arriver ? De pas toi-même te dire putain mais si en fait, est-ce que je vais vraiment y arriver ?
- Ilona
Et après je sais que dans l'interprétation, il ne faut pas poser trop de discours sur une simple phrase. Moi, j'essaie de ne pas interpréter ce qu'on me dit. Mais tu te dis toujours, est-ce que en tant que femme, on va penser que toute seule, je peux prendre des décisions qui sont plus hystériques, sentimentales, tout ce que tu veux ? Non, en fait, je gère ma boîte exactement comme le feraient d'autres CEOs masculins. Je regarde les chiffres, je regarde les ventes et ça ne change pas du tout ma prise de décision. Et par rapport à ta question, ta remarque de dire de mettre l'énergie dans le projet, en fait, moi, je suis une grande joueuse de poker. J'adore ça. Et je me suis dit, je fais All-in. Là, je fais All-in. J'ai rien de passé la trentaine. C'est vraiment les dix années de ma vie où j'ai envie de construire un projet professionnel qui me plaît, que j'ai envie de transmettre après moi. Et du coup, j'ai fait le All-in du poker. J'ai mis toutes mes billes dans le même projet. Et puis, ça marche, c'est très bien. Et si ça ne marche pas, le projet s'arrêtera et j'en ferai un autre et ce n'est pas très offre.
- Chloé
Mais c'est bien de faire All-in dosé parce qu'on met tellement de barrières pour avoir trop peur de faire ça. Donc... Je trouve ça incroyable. On en reparlera juste un peu après, on va juste finir sur cette partie de déconstruction tout au long de ta vie. Tu as fait des métiers qui sont très, dit un peu féminins, notamment sur la partie RH, DRH, accompagnement humain. Avec du recul, est-ce que tu es parti dans cette voie en pleine conscience de que c'était ta vocation ou est-ce que tu aurais peut-être fait d'autres choix ?
- Ilona
Je me serais écoutée, après le lycée j'aurais fait des études de design, de modélisme, c'est-à-dire pour bosser dans le monde du fashion. Et là l'injonction de ma culture asiatique, mes parents m'ont dit non il faut mener les études le plus loin possible, comme ça après si jamais tu dois faire un retour en arrière etc. ce sera plus simple pour toi. Je suis allée vers le monde des RH complètement par hasard, parce qu'en rentrant en conseil, la première mission qu'on m'a confiée c'était une post-crise de suicide chez un constructeur automobile. Et je suis tombée amoureuse du métier. Et aussi, par facilité, je me suis dit j'ai un bon contact relationnel avec les gens. Souvent, on me confie beaucoup de choses. Je prends le temps d'écouter. Et donc, en fait, c'était à la fois un métier qui était simple à faire pour moi. Et en plus, on attendait d'une position féminine qu'elle soit aussi peut-être plus enveloppante, plus accueillante dans une entreprise. Donc, en fait, on m'a fait monter plus vite les échelons d'un métier qui était simple à faire pour moi.
- Chloé
Ok.
- Ilona
Donc ça a été plutôt une forme de hasard, je dois dire. Et in fine, je suis tombée amoureuse de ce métier parce que pour moi, les ressources humaines, c'est le cœur de l'entreprise. C'est là où tout se passe. Et en fait, si son équipe RH va bien, la boîte peut que bien aller. Si elle va mal, là, ça s'emballe très vite vers des gros problèmes. Et je trouve que du coup, prendre soin de cette équipe, c'est un des plus beaux métiers que j'ai vu en entreprise.
- Chloé
Aujourd'hui, tu prends soin des personnes d'une manière différente. Du coup, tu nous en as parlé un peu du moment de rupture que tu as eu par rapport à ta carrière et qui t'a amené à créer ensuite ton entreprise et te lancer. Avant de faire ça, tu m'as raconté qu'après le décès, ton papa t'avait pris une grosse décision et que tu avais un peu quitté pour partir marcher pendant plusieurs mois. Oui. Est-ce que si c'est ok pour toi, tu peux nous en parler et nous dire un petit peu ce que cette prise de recul t'a permis de faire,
- Ilona
que tu n'arrivais plus à faire dans ton quotidien et ensuite qui t'a mené à créer ta boîte ? et que du coup mon compagnon de l'époque lui n'était pas en mesure de mettre suffisamment de lui-même de son énergie, de son temps pour faire fonctionner le couple. Donc si moi je ne le faisais pas il ne se passait rien. On devait se marier on avait acheté une maison donc ça a été aussi des choix très durs à faire et là j'ai ressenti vraiment fort au moment d'appeler les gens pour leur dire deux mois avant le mariage en fait on ne va pas se marier donc je suis désolée, il faut revendre vos billets d'avion, toute l'organisation en fait j'ai senti une espèce de honte On avait eu ces discussions au moment de la préparation du pocket. Je t'avais dit, pour moi, quand mon ex-compagnon m'a demandé en mariage, j'ai ressenti une très grande forme de fierté, de me dire « ça y est, je suis casée, c'est fini, quelqu'un m'a choisie » . Comme si c'est bon, j'avais une forme d'accomplissement de mon rôle de femme dans la vie. Et quand j'ai dû annoncer que je ne me mariais pas, j'ai ressenti cette très grande honte. Je sentais aussi que des gens étaient inquiets pour moi de se dire « qu'est-ce qu'elle va faire de sa vie ? » En fait, maintenant qu'elle n'a plus de couple, on vendait la maison, etc. Et c'est le moment aussi où j'ai décidé, après un long arrêt maladie, de quitter mon entreprise. Celle où j'étais à l'époque, la start-up dans laquelle je travaillais. Parce que pour moi, il y avait eu un tel désalignement des valeurs entre ce que moi j'étais prête à faire pour eux et ce que l'entreprise n'était pas prête à faire pour moi que du coup, je me suis dit en fait, j'ai envie de faire les choses différemment. Le projet Sool commençait un peu à naître parce qu'en cherchant... Pour ma famille, des solutions sur l'administratif, etc. Je me suis dit en fait ça n'existe pas donc il y a forcément quelque chose à faire. Et absolument plus rien qui m'attendait à Paris. J'avais plus de travail, j'avais plus de couple. Ma maison était en vente et je me suis dit bah j'ai repensé au chemin de Saint-Jacques parce que j'ai grandi avec ce chemin dans les lycées par lesquels je suis passée, les lycées catholiques par lesquels je suis passée. J'avais réentendu un podcast de quelqu'un qui était parti marché. J'ai fait mon sac en deux semaines, ma préparation en deux semaines, j'ai tout planifié. J'ai claqué la porte de chez moi et je suis partie de la Tour Saint-Jacques à Paris, puis je ne me suis pas arrêtée jusqu'en Espagne.
- Chloé
Et qu'est-ce qui s'est passé à ce moment-là ?
- Ilona
Ça a duré 72 jours. Les 3-4 premières semaines, je n'ai croisé personne. J'étais toute seule sur la route, à tel point qu'il y a des jours où je pensais que j'étais en train de devenir un peu folle à me parler toute seule. J'ai eu peur aussi pour ma sécurité. Et je pense que ça, c'est... Un autre élément qui m'a frappé en tant que femme, c'est qu'on ne profite pas de l'espace public comme un homme. Parce qu'on n'est pas dans le même niveau de sécurité. Parce que quand je traversais une forêt, je me disais, si là il y a quelqu'un qui arrive, qui me met un couteau sous la gorge, je vais disparaître comme ça dans une forêt française, entre Paris et Tours, peut-être, je ne sais pas. Donc j'ai pris conscience de beaucoup de choses, qu'on ne sortait pas aux mêmes heures parce qu'on avait peur, qu'on ne s'habillait pas pareil parce qu'on avait peur aussi. Donc ça m'a... J'ai laissé un peu tout ça derrière moi. Au final, il ne m'est absolument rien arrivé. Je n'ai eu aucun problème de sécurité. Et donc pendant ces trois premières semaines, j'ai beaucoup réfléchi, j'ai beaucoup pleuré. J'ai, je pense, fait le deuil aussi à la fois mon couple, à la fois la vie que j'avais rêvée et dont je me disais que c'était celle qu'on attendait de moi. Une fois que je l'avais lâchée, je me suis dit que ça me va très bien. En fait, ce n'était pas ce que j'avais envie. Je n'avais pas spécialement envie de me marier, de m'engager dans un couple dont je voyais un peu d'avance ce qu'il allait donner. Entre là... quatrième et la sixième semaine j'ai eu des amis qui sont venus marcher avec moi donc là ça a été aussi une redécouverte de mes amis proches et de personnes que j'avais peut-être un peu perdu de vue et de me dire les conversations qu'on est en train d'avoir sur la mort sur ce qu'on a envie de faire de nos vies on les a là aujourd'hui à 30 ans en fait il n'y a pas d'autres moments dans la vie où tu peux c'est pas dans un dîner à paris dans un restaurant où tu t'entends tu peux avoir ce type de conversation J'ai redécouvert mes amis, j'ai redécouvert aussi mon lien d'attachement avec eux. Et sur les dernières semaines, j'étais de nouveau toute seule. Et là, j'ai découvert une manière de voir le monde différente. J'ai passé la frontière en Espagne et j'ai découvert une population qui vit la vie différemment, qui ne vit pas pour le travail et qui prend les choses de manière très crue. L'Espagne, c'est un pays qui vibre d'une manière différente par rapport à la France. Et pourtant, on est à quelques points... à quelques centaines de kilomètres d'écart, tu vois, autour de la frontière. Et je me suis dit, c'est cette chaleur-là dont j'ai besoin dans ma vie. Ce qui fait qu'aujourd'hui, j'habite en Espagne au quotidien et je viens travailler à Paris quand c'est nécessaire pour moi.
- Chloé
Ça m'émue grave ce que tu partages. Juste pour rebondir sur le point de l'Espagne, c'est vrai que j'aime énormément aussi l'Espagne. J'ai vécu à Madrid pendant un an et demi. C'est vrai qu'il y a une chaleur et il y a un mood en fait de vie qui est vraiment, alors que l'on est voisins, qui est vraiment différent et qui fait du bien. Et moi je sais que ça a été la période, une des périodes les plus heureuses de ma vie où je me suis sentie vivre, être moi et être libre. Et tout ce parcours qui t'a mené du coup au final jusqu'à l'Espagne et ensuite jusqu'à ton entreprise, en fait c'est un peu un... Un parcours de liberté, si on tire un peu le trait, tu perds un parent, tu perds un peu l'éducation qu'on t'a donnée et tu te libères en fait de tout ça. Tu te libères aussi d'une relation où tout le monde... Quand on est petite fille, on se dit que le but dans la vie, c'est de trouver un mari, de se marier, avoir des enfants, avoir une maison. Et personne ne nous dit... Le but dans la vie, c'est à 33 ans, c'est d'entreprendre, kiffer sa vie et pas forcément vivre à travers juste une relation. C'est un plus, mais on ne nous apprend pas ça. Et je trouve... Merci pour ce témoignage et pour partager tout ça et ce parcours. Et je pense que ça va aider beaucoup de personnes qui vont t'écouter de se rendre compte que rien n'est figé. Et c'est pas parce que... À 20 ans, on rentre dans une telle situation qu'à 30, on ne peut pas en sortir et faire autre chose. Qu'à 40, on ne peut pas se renouveler aussi. La vie est tellement longue que je pense qu'on peut faire tellement de choses. Et donc, bravo d'avoir eu ce courage aussi de partir parce qu'en effet, je pense que moi pareil, j'aurais méga flippé de croiser des gens bizarres.
- Ilona
Ça me fait... Je sens l'émotion en retour de ce que tu es en train de me dire parce que là, on se dit : « Ce que je raconte peut inspirer d'autres personnes. » Moi j'ai beaucoup cherché au moment où j'allais très mal, j'ai cherché des rôles-modèles féminins dont je pouvais m'inspirer. Il n'y en avait pas. J'avais des discussions avec des amis qui disaient : « Oui mais regarde Christine Lagarde, oui mais regarde... » En fait, c'est très bien, ce sont des modèles féminins qui existent. En fait les hommes ont tellement de rôles-modèles masculins auxquels ils peuvent s'identifier Nous, on ne les a pas. Et moi, ce que j'ai envie de dire aux personnes qui écoutent le podcast, c'est ne cherchez pas. Si vous ne trouvez pas, ne cherchez pas. Soyez vous-même le rôle modèle que vous avez envie d'être. Et en tant que femme, ce qui m'a fait évoluer aussi, c'est que j'avais beaucoup entendu les femmes prennent leurs décisions à l'intuition, de manière sentimentale. Elles écoutent beaucoup les gens, elles ont beaucoup d'empathie. Et moi, j'avais envie d'aller contre ça en me disant « Moi, je vais me comporter comme un homme pour pouvoir m'insérer dans un monde d'hommes » . Et en fait, aujourd'hui, je suis complètement revenue de ça en me disant « mais très bien, en fait, oui, il y a plein de décisions que je prends à l'intuition, mais la plupart du temps, 90% des cas, mon intuition est la bonne. » Donc, en fait, je vais aller à fond dedans. C'est comme ça que je vais faire. Et si on dit que c'est un modèle féminin, très bien qu'on me qualifie de femme, ce n'est pas très grave pour moi. Mais du coup, développer les qualités, je trouve, de ce qu'on qualifie féminin en entreprise, en fait, c'est ça qui fait la valeur d'une entreprise dans ses valeurs affichées, etc. Et en tant que femme, on devrait réussir à se détacher de vouloir ressembler à des hommes pour vivre au milieu d'eux et plutôt se dire qu'on va exister en tant que femme parce que c'est bien d'avoir cet équilibre dans l'entreprise.
- Chloé
C'est vrai que c'est encore un truc qu'on déconseille même que beaucoup disent « adapte-toi à l'environnement, change ta manière d'être etc. » Et au final, je pense que ce qu'il faut, c'est changer les femmes et les environnements qui sont très masculins. Et je pense que même si du côté des hommes, la démarche ne sera pas forcément faite, mais le fait de rester qui on est et d'apporter sans vouloir se changer, se trahir, cette partie... Cette intuition, j'ai cette intuition-là. C'est un sentiment féminin. Mais au final, ça marche. Et il n'y a pas que ça, il y a aussi Donc je trouve que c'est un discours qui est hyper positif en disant on peut rester qui on est avec nos valeurs et apporter ça et réussir à changer le monde du travail ou de l'entrepreneuriat par nous-mêmes. Même si de l'autre côté, ça ne change pas, ça ne bouge pas. On va y arriver aussi par nous-mêmes sans nous travestir au final.
- Ilona
Oui, bien sûr.
- Chloé
Et du coup, c'est ce qu'il y a. Il y avait la petite graine de sol dans ta tête, donc elle a continué de germer. Comment ça s'est passé ensuite ? Tu es rentrée, tu as appris tes clics et tes claques, tu es partie en Espagne directe. Tu es restée un peu à Paris pour monter la boîte. Comment ça s'est passé ?
- Ilona
J'ai fini de marcher en août 2023 et je suis repartie très vite en voyage. La graine de Sool qui germe dans ma tête à ce moment-là, c'est un produit... où on pourrait laisser des messages à ses proches si jamais il nous arrive quelque chose, qui est complètement inspiré de l'histoire que j'ai vécue avec mon père. Il ne pouvait plus nous parler après avoir fait son AVC. Et pour moi, c'est quelque chose qui m'a manqué, en fait, de pouvoir avoir ces paroles-là. Et en fait, je me suis rendu compte que c'était compliqué pour les gens d'envisager qu'il pouvait leur arriver quelque chose. Donc ça a commencé à shifter à ce moment-là. Par contre, j'avais envie d'approfondir ma culture des rites funéraires. Donc à ce moment-là, je repars en voyage en Amérique du Sud pour approfondir... les connaissances que j'ai sur les rites funéraires, rencontrer des personnes qui vont pouvoir me décrire ce qui se passe en Amérique du Sud, dont j'ai déjà la perception que c'est un pays qui vit mieux avec l'idée de la mort. Et en rentrant de ce voyage qui a duré deux mois, là, j'ai fait toutes mes affaires et je suis partie vivre à Barcelone. Et c'est comme ça que tout le projet a commencé. Pour monter mon entreprise, l'idée que j'avais en tête, c'était je ne voulais pas prendre de financement extérieur. Je voulais rester 100% du capital, être libre de prendre mes décisions. Donc j'ai travaillé en parallèle, j'ai eu deux métiers en même temps. J'ai monté ma boîte et j'ai exercé du conseil. Et du coup, j'accompagnais des entreprises qui faisaient face à des pertes de salariés pour lesquelles il fallait réorganiser toutes les équipes. Donc ça a été pendant un an et demi une manière aussi d'être plongée dans toutes les questions du deuil avant que Sool prenne racine.
- Chloé
Quand tu m'as dit, quand tu as lancé Sool, il y avait... pas vraiment de marché du deuil. On t'a dit que personne n'achèterait, c'était trop émotionnel. Qu'est-ce que ces réactions disent selon toi de notre rapport collectif au deuil et même individuel, au deuil et même plus largement aux émotions ?
- Ilona
Je pense que ce que ça nous dit de la France, c'est que c'est un pays qui a peur de mourir. C'est compliqué de faire cette phrase parce que je pense que tout le monde a peur de mourir Mais tu as des pays dans lesquels la culture autour du funéraire est tellement intégrée dans l'agenda annuel. Par exemple, au Mexique, il y a une fête traditionnelle autour de la mort. On la connaît à travers James Bond, etc. Mais en fait, c'est tout un rituel autour de ça. Ou chez soi, on a une matérialisation du corps de nos défunts avec des photos, avec un petit hôtel. En Asie, c'est pareil, tu as un petit hôtel pour tes défunts. Donc la mort, elle fait partie physiquement, visuellement, elle fait partie de ta vie. En France, on n'a pas ce genre de... de représentation corporelle de la mort. Et en plus de ça, je pense que le vieillissement de notre population nous fait peur. Et on a essayé d'écarter toute la prise en charge de la fin de vie, du deuil de nos sociétés. En France, on ne meurt pas chez soi. C'est compliqué de mourir chez soi quand tu n'es pas équipée, quand tu n'as pas les moyens d'avoir une chambre médicalisée, etc. Donc on va mourir dans d'autres endroits. On place nos personnes âgées dans des endroits où elles sont toutes ensemble et où on n'a pas à regarder cette mort en face. On paye d'autres personnes pour s'en occuper. En Espagne, il y a quand même pas mal de familles où c'est communautaire. Faire sa fin de vie, c'est communautaire. Je pense que ce que ça dit aussi de la France, c'est qu'on a un système de protection sociale qui est tellement fort qu'on attend de la protection sociale qu'elle nous couvre tous en cas de problème. Et quand je vois aujourd'hui ce que font les entreprises américaines, notamment les Google, Facebook, etc., sur la prise en charge du deuil aux États-Unis, comme eux n'ont pas de protection sociale, du coup, c'est l'entreprise... qui affiche ses valeurs en disant « l'État ne fait pas, mais c'est comme ça de manière générale, ce n'est pas pris en charge. Nous, on va aller très loin parce qu'on veut les meilleurs ingénieurs et les meilleures personnes qui travaillent pour nous. Et pour avoir ces meilleures personnes, il faut leur offrir des conditions où ils peuvent vivre leur vie privée avec tous les événements de la vie privée et c'est pris en charge par l'entreprise. » Donc, c'est ça, je dirais un peu la peur de la mort et le fait que notre protection sociale, elle est à la fois très poussée, mais elle nous a un peu infantilisé par rapport à ces sujets.
- Chloé
C'est un sujet tabou au final en fait, la mort, le deuil je trouve. Je l'ai vécu typiquement l'année dernière, mon grand-père est décédé, ça a été très compliqué de pouvoir le garder à la maison. Et vraiment un parcours du combattant pour qu'il soit à la maison jusqu'au bout et c'est des choses qui sont rarement au final dont j'ai pas entendu parler. Et derrière en fait, j'ai vu aussi par rapport à la réaction de mon papa qui... qui a 67 ans du coup et d'une autre génération, le rapport aux émotions qui était vraiment particulier. En fait on s'autorise pas à en parler, on s'autorise pas à vivre les choses, à vivre les émotions. Et derrière je pense que c'est encore plus dur si on bloque toutes les émotions. Et en même temps quand tu te rends compte que dans la sphère du travail on t'en parle jamais pareil. Si tu perds quelqu'un... Il y a des deuils qui peuvent te dévaster, en fait. Et en fait, il n'y a zéro accompagnement. Il n'y a rien qui est fait et tu es juste là, démuni. Et du coup, toi, tu as vu dans d'autres pays les choses qui étaient faites. Concrètement, qu'est-ce qui est proposé ailleurs et que toi, tu as voulu transposer et proposer avec Sol ?
- Ilona
Diversifier. Alors aux États-Unis, ce qui va très loin, c'est surtout la prise en charge financière. Il y a des entreprises qui prennent en charge le règlement des obsèques Chez Google notamment, il y a un reversement pour le conjoint restant de 1 an de salaire, participation aux frais d'études des enfants jusqu'à 18 ans. Au Mexique ça va plus se traduire par un aménagement du temps, c'est-à-dire que c'est ok en fait de prendre une semaine, deux semaines pour aller accompagner ses proches qui sont dans le besoin. Ils ont aussi un système où il y a moins de vacances, moins de jours faris donc en fait c'est les moments où là ils lâchent complètement les jours parce qu'ils savent c'est important, ça fait partie de la culture. Et d'ailleurs au Mexique, un point intéressant c'est que quand tu perds par exemple, si t'as un de tes amis qui perd son père, c'est tout à fait normal d'aller aux obsèques, de faire venir une famille étendue. En fait ils savent, ils sont attendus, ils sont là, ça fait partie de leur quotidien. Donc c'est plutôt ça aujourd'hui les mesures que nous on essaye de refaire, c'est l'aménagement du temps, travail, l'aménagement du lieu de travail. Je sais qu'on a eu quand même des débats autour de le télétravail, est-ce bien, est-ce pas bien, etc. En fait dans des cas comme ça... Si tu ne peux pas prendre un nombre indéfini de jours, pouvoir travailler à distance pour accompagner tes proches, vider un appartement, etc., c'est quand même important. Et donner plus de jours aussi du point de vue de l'entreprise, ça c'est des mesures qu'on pousse. Et après il y a des mesures qui sont absolument des mesures gratuites pour les entreprises, c'est le protocole. En fait, quand tu fais face à un décès ou un deuil en entreprise, ce que ça va révéler, c'est ta capacité à faire face à l'urgence qui ne te concerne pas. On est très fort pour répondre opérationnellement à une urgence business ? Mais quand c'est un accident de la vie qui nous touche, là, le truc s'effondre parce qu'en fait, on n'est pas prêt à y faire face. Et ça traduit jusqu'où tu étais capable d'aller en tant qu'entreprise pour prendre les devants sur une situation qui ne te concerne pas forcément. Et nous, ce qu'on aide à faire aujourd'hui, ce qu'on installe, c'est des protocoles qui sont assez inspirés de ce qu'on voit aux États-Unis. on te décharge de tes tâches, elles sont remises chez quelqu'un d'autre. Côté RH, on informe dans la mesure de ta vie privée. Donc ça c'est aussi quelque chose qui se discute avec les ressources humaines : est-ce que tu as envie de dire ce qui s'est passé ou pas ? Donc l'équipe est informée, on ne te dérange pas. On te fait envoyer aussi des fleurs, on met en place si c'est un salarié qui est décédé un mur d'hommage. En fait c'est un temps dédié qu'on construit avec les entreprises pour que... on marque d'une pierre blanche : il s'est passé quelque chose, quelqu'un a été là dans une entreprise, quelqu'un va mal, il faut le dire en fait. Donc c'est reconnaître un espace où il y a de la vulnérabilité qui n'empêche pas le retour au travail, mais qui le fait dans de meilleures conditions.
- Chloé
Mais c'est un sujet parmi tant d'autres. Au final, quand tu dois gérer une entreprise, et notamment sur la partie RH, comment est-ce que tu vois que les gens priorisent ça plutôt que d'autres sujets qui prennent aussi du temps et qui peuvent avoir de l'impact sur le bien-être et sur le quotidien des salariés ?
- Ilona
Ils le priorisent sans rien déprioriser du reste. Et aussi, nous, ce qu'on leur dit, c'est vraiment bien d'avoir des politiques de parentalité sur l'accompagnement au harcèlement sexuellement. C'est très bien le handicap. Il faut que toutes ces politiques sociales soient bien intégrées dans l'entreprise. Ils le priorisent quand c'est l'urgence. On nous appelle quand il y a vraiment un gros problème et qu'ils ne savent plus du tout quoi faire. Ils se posent des questions même très techniques sur l'administratif. Et je trouve qu'il y a certaines boîtes spécialisées pionnière aujourd'hui qui passe un cap en disant : "Ah, en fait, on va installer un cadre de politique de deuil pour toutes les prochaines situations" parce qu'on a bien compris que ce n'est pas la première et ce ne sera pas la dernière. Et en termes de priorité après, tu as une fin de queue d'entreprise qui va suivre le mouvement quand la loi aura été installée. La loi sur la fin de vie aura été votée, etc. Ça va prendre un petit peu plus de temps mais c'est souvent ce schéma-là qu'il y a dans les entreprises. L'État légifère, délègue une partie de son service public aux entreprises qui après, sont obligés de faire des choses par réglementation. Donc on va y arriver, de toute manière les politiques de deuil vont être installées dans les entreprises, ça va prendre plus de temps que ce qui était prévu parce que la loi elle devait passer il y a un petit moment déjà, mais de toute manière les obligations vont arriver comme pour la parentalité en tant que ça.
- Chloé
Oui, parce qu'entre guillemets il n'y aura plus trop le choix d'agir quoi. Et du coup pourquoi selon toi en fait ça reste encore un sujet difficile à amener sur la table en entreprise ?
- Ilona
Je pense que c'est un rapport à la vulnérabilité et la performance. Et c'est vrai que ça m'a beaucoup interrogé au démarrage de Sool. Je me suis dit mais aux États-Unis, on demande quand même aux gens d'être hyper performants au travail. Mais par contre, on les laisse avoir beaucoup d'événements de vie privée qui viennent désorganiser leur performance. En France, on considère que si tu es dans une entreprise pendant six ans, tu dois avoir six années de bonne performance sans se poser aucune question de savoir est-ce qu'entre temps tu auras eu des enfants, est-ce que tu vas perdre un proche, etc., Et en fait, on veut à la fois regarder la personne pour ce qu'elle est professionnellement parlant, mais ne pas voir ce qu'il y a derrière sa vie privée. Et en plus, quand tu compares les deux systèmes et loin de moi l'idée de dire que c'est mieux de travailler aux Etats-Unis ou que le système américain, il y a plein de choses qui ne vont pas là-bas. Par contre, dans la perception de la performance, ce qui est intéressant de voir c'est qu'en France, on a des salariés qui sont surprotégés en termes de code du travail. C'est quand même difficile, tu vois, de faire des procédures pour performance pour mauvaise performance. Mais donc, ils sont surprotégés. Et dans ces cas-là, pourquoi est-ce qu'on ne s'autorise pas à voir qu'ils ont des périodes de vulnérabilité ? Alors qu'aux États-Unis, ils ne le sont pas du tout. Ils peuvent partir très vite et on peut les faire partir très vite. Pour autant, ils sont beaucoup plus protégés. Donc, qu'est-ce que ça dit de tout ça ? C'est qu'en fait, en France, on accepte la vulnérabilité jusqu'à un certain point. Et d'ailleurs, ça se traduit même dans le discours quand on dit aux États-Unis « t'as le droit à l'erreur » , etc., En France, on le dit aussi qu'on a le don à l'erreur. Mais en fait, on n'a pas vraiment le droit à l'erreur. On n'a pas le droit à l'accident de vie privée. C'est plutôt ça qui se passe aujourd'hui en France.
- Chloé
C'est vrai qu'il y a du mal à mélanger le fait que on est des humains qui travaillent. Donc, il y a une vie évidemment professionnelle mais que même si on essaye de mettre des barrières pour éviter de laisser impacter notre vie perso sur le pro, il y a des moments où les barrières explosent. Et parfois, J'ai l'impression que, que ce soit sur ton sujet, mais aussi de manière plus globale, sur la partie un peu santé mentale où les choses commencent à avancer et on ose un peu plus parler de ça et de l'impact que la vie perso peut avoir sur la vie pro ou la vie pro sur la vie perso. de parler de ça ou même de deuil, ou prendre en compte le deuil au travail. Alors que, in fine, je pense que ça nous rendrait beaucoup plus forts et beaucoup plus performants et performantes derrière.
- Ilona
En fait, ça me fait réfléchir quand j'entends faire cette phrase. La réglementation pose en France les événements qui sont positifs et ceux qui sont négatifs. Avoir un enfant, c'est positif, on te donne des jours. Te marier, te paxer, c'est positif, on te donne des jours. Par contre, divorcer, perdre quelqu'un, etc., c'est moins positif. Du coup, on essaie de ne pas trop le regarder parce qu'on n'a pas forcément envie que ça vienne impacter le quotidien au travail. Mais le fait est qu'aujourd'hui... Il y a plus de gens qui perdent des proches que de gens qui ont des enfants dans l'entreprise. Donc en fait, ça a de toute manière plus d'impact. Et là où je vois quand même une différence avec ce qui peut se faire dans d'autres pays, mais même des pays du nord de l'Europe, en disant qu'il y a plein de raisons qui peuvent impacter ta santé mentale, et même le fait d'avoir des enfants qui sont censés être un événement positif, ça peut impacter ta santé mentale. En fait, maintenant, on ne fait plus de distinction entre le positif et le négatif. On dit juste qu'il y a des événements qui impactent la santé mentale et tu peux prendre des jours autour de ça. Que tu deviennes parent, que tu partes quelqu'un, que tu divorces, que tu te maries. Et je trouve qu'en fait de mettre une grosse casquette de normalisation comme ça en disant : "c'est la santé mentale qui compte quel que soit l'événement qui est derrière", c'est peut-être plus libérateur de la parole dans les entreprises.
- Chloé
Ouais, ouais, j'aime bien ce prisme là. Notre conversation me donne grave à réfléchir. J'aime beaucoup et du coup... Du coup, ça fait deux ans que tu as lancé SOLT. Déjà, bravo pour tout ça. C'est très chouette et ça fait du bien de voir des femmes qui entreprennent et qui changent les choses malgré les difficultés. Et je pense que t'as beaucoup, beaucoup de cailloux sur la route. Comment ça se passe ? Où est-ce que vous en êtes ? Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour la suite ?
- Ilona
Bilan de ces deux ans ? je dirais que quand on se lance on est une petite équipe de gens hyper déterminés on est passés chacun par des difficultés de la vie qui ont fait qu'on cherchait tous un projet qui nous donne une mission de vie on n'a pas tous perdu des proches mais à l'intérieur il y a quand même on a une équipe qui a vécu ses hauts et ses bas comme tout professionnel de la vie, enfin professionnelle on se lance je pense en étant très candide sur ce qui va nous arriver et on a envie d'apporter une réponse, un traitement de l'urgence qui est direct. Donc je pense que dès le démarrage, on fait beaucoup de bien aux gens qui sont autour de nous et après il faut qu'on se pose des questions de comment est-ce qu'on va gagner notre vie, ça veut dire quoi la rentabilité dans un marché qui est aussi sensible que celui de la mort et du deuil en entreprise. La deuxième année, donc l'année dernière, je pense que ça a été un vrai moment de structuration pour nous où on a commencé à se rapprocher de modèles de start-up tech en se disant « eux ont réussi à trouver des solutions, trouver un modèle qui leur rapporte quand même, qui leur permette de vivre, qui leur apporte de l'argent. Donc on a essayé aussi de normaliser ce qu'on proposait sur le marché, en proposant peut-être moins de choses sur mesure, mais des produits qui soient plus rapidement implémentables dans l'entreprise, la politique de deuil, etc. On a beaucoup travaillé sur ces automatisations-là et le fait de pouvoir faire très rapidement, apporter de l'aide très rapide et surtout aussi parce qu'on a reçu plus de demandes que ce qu'on était capable de traiter. Et ça, ça a été...
- Chloé
En fait...
- Ilona
on ne saura jamais combien de gens vont s'adresser à nous, est-ce qu'il n'y a pas des accidents de la vie qui vont emmener beaucoup d'entreprises vers nous. Et donc on s'est dit il faut que nous on soit capable de traiter 100 entreprises d'un coup ou deux si jamais on a ce besoin là. Donc on a automatisé beaucoup de choses en essayant de garder l'humain au moment où c'est la clé d'avoir un contact humain avec quelqu'un. Et cette année je pense qu'on a aussi fait grandir l'équipe dans son expertise. Et moi, je suis contente aussi de ça parce que j'ai retrouvé ma vocation de RH qui a été de recruter les bonnes personnes, de m'entourer des gens en qui je peux avoir confiance, etc. Et là, la troisième année, on sent que ça va être l'expansion rapide, large, un peu euphorique que peuvent connaître les startups. Et on a envie de nous, de pouvoir rester accrochés sur nos valeurs parce qu'on est une entreprise à mission. On se reconnaît dans les gens qu'on accompagne. On est comme eux, en fait. Et on a les mêmes peurs. Donc ce qu'on veut, c'est garder cette humilité aussi par rapport au deuil et à la fin de vie. On est en train de monter une boîte qui a priori fonctionne bien. Et on n'est pas en train de déboucher le champagne toutes les semaines parce qu'en fait, nous, on arrive à réussir ce qu'on fait parce qu'en face, il y a des gens qui décèdent. Et ça, tu vois, c'est très présent aussi dans notre quotidien. On ne célèbre pas les victoires, je pense, comme quand on le fait. Par contre, quand on sort d'une session collective avec une entreprise et qu'ils nous disent qu'ils vont mieux, là, on s'autorise à se dire « on fait du bien autour de nous » . Et c'est vraiment important au quotidien. Ce qui fait aussi que Sool ne grandira pas comme une startup classique. On le fera de manière raisonnée parce que les gens chez nous sont formés à accompagner le deuil avec des thérapeutes. C'est des nouvelles techniques, c'est tout un nouvel apprentissage. Et ça veut dire que chaque personne qui travaille chez Sool déconstruit aussi sa propre peur de la mort.
- Chloé
Ok. Ouais, non mais c'est... C'était parti de se dire, contrairement à certaines boîtes classiques, c'est dès que t'as un nouveau client, dès que tu signes un gros deal et tout, genre c'est la teuf. Mais là en fait, tu peux pas dire c'est la teuf parce qu'en face en fait tu vas accompagner des gens qui souffrent. Et par contre, le fait de pouvoir célébrer l'impact que ça a direct sur vos clients, sur les entreprises et sur les personnes... qui la font vivre, c'est important. En tout cas, vraiment bravo de ce parcours-là. Est-ce que tu as des conseils pour des personnes qui auraient envie de se lancer ? Des choses que tu as apprises, qu'on ne t'avait pas forcément dit, que tu as découvertes ? Les petits tips que tu pourrais partager sur cette partie-là ?
- Ilona
Je dirais... Puisque pour le coup, j'ai fait l'inverse de tout ce qu'on me conseillait depuis le démarrage. On m'avait dit qu'il fallait s'associer, il faut lever des fonds, il faut faire ci, il faut faire ça. Au final, je n'ai rien fait de tout ça. Est-ce que ça a marché ? Parce que j'ai pris l'exact contre-pied. Est-ce que ça a marché parce que c'était moi ? En fait, les gens vont vous dire beaucoup de choses sur ce qu'il faut faire ou pas faire. Il faut surtout faire quelque chose qui vous correspond. Si vous avez envie de vous entourer parce que vous vous sentez mieux dans la prise de décision, faites-le. Si vous décidez très bien tout seul, restez seul. Je pense qu'il faut... Ce que je recommande, c'est de se lever le matin en se disant « Je ne regrette pas ce qui s'est passé la veille. Je ne regrette pas ce que je vais faire demain. Je sais pourquoi je me lève le matin. » Oui, c'est dur. Je ne vais pas te raconter une histoire différente de la création d'entreprises classiques. On se bat tous les jours au quotidien. Moi, je tire beaucoup de joie de ce qu'on fait. On continue encore d'apprendre énormément de choses sur les rites funéraires, etc. Et c'est ce que je préfère dans mon métier. Rencontrer les gens, écouter l'émotion et la mienne, celle des autres. C'est ce qui fait vraiment le sel de notre quotidien, les liens qu'on peut créer aussi avec nos clients. On a des discussions autour de la religion, de la mort, des rites, avec des clients et entre nous. Et ça c'est des discussions, sur mon propre lit de mort, je repenserai à tout ça en me disant j'ai mené ma vie avec une telle richesse d'un point de vue professionnel que je ne regrette absolument rien. Et le dernier conseil, je dirais attention à l'argent facile. Attention à l'argent facile, des gens qui, flairant la bonne idée, vont proposer des montagnes d'argent et faire perdre un peu en liberté. Ça, c'est un point d'ancrage pour nous. Nous, on veut gagner notre propre argent. Et si un jour, on a besoin de se faire aider pour pouvoir s'installer dans un autre pays, bien sûr qu'on le fera. Par contre, au démarrage, Sool aurait pu s'arrêter au bout de quelques mois si on n'avait pas gagné notre propre argent. Et aujourd'hui, on continue parce qu'on arrive à gagner de l'argent. Donc, c'est un peu ça le conseil. Et ça achète la liberté. de vendre son propre produit.
- Chloé
Oui, et du coup, ça enlève peut-être certaines barrières qu'on pourrait nous mettre. Très bon conseil. Je note tout ça. Et pour revenir un peu à ce qu'on s'est dit au début et un peu pour clore tous ces échanges, s'il y a une femme ou plusieurs qui nous écoutent et qui se sont enfermées dans une vie... entre guillemets réussie sur le papier, mais qui au final est étouffante à l'intérieur pour elle. Quel premier pas tu l'inviterais à faire ?
- Ilona
J'inviterais toutes ces femmes à créer un espace de réflexion. On ne serait pas en train de se parler si je n'avais pas pris le temps de marcher. Et en fait la décision, on en est là aujourd'hui parce que j'ai fait mon sac. Pas parce que je me suis dit que j'allais arriver jusqu'au bout, j'étais même pas sûre d'arriver jusqu'au bout, je me disais que... ça allait être très dur, etc. Puis au final, je n'ai pas vu passer les kilomètres. Par contre, je me suis dit, en faisant mon sac, je vais créer un espace où je vais me retirer de ma vie quotidienne pour pouvoir réfléchir. Et je sais à quel point c'est difficile quand on doit gérer un foyer des enfants, un travail, de créer ces espaces pour pouvoir réfléchir. Moi, je pense que ça peut se faire quand tu prends une demi-journée off de RTT pour toi, aller marcher dans un parc et prendre le temps... sans son téléphone, sans un bouquin, sans rien, de se dire en fait c'est quoi ce que je veux vraiment dans la vie. Mais si tu le fais, si tu essayes de caser ces moments dans ta vie normale, c'est impossible en fait de trouver le temps. Donc il faut créer l'espace mental de pouvoir vraiment choisir ce qu'on a envie de faire.
- Chloé
Pour les questions de la fin que je pose à tous mes invités, quels sont les trois conseils que tu donnerais à la Ilona d'il y a dix ans ?
- Ilona
Je lui dirais qu'il ne tente rien derrière. Donc lance-toi. Je lui dirais, n'abandonne jamais le soir. Ça c'est un conseil très important qu'on m'a donné quand je marchais. C'est dans les moments où on est le plus mal qu'on prend les mauvaises décisions. Donc il faut toujours laisser reposer une décision difficile à prendre. Et je lui dirais, sois fière. Sois fière de ce que tu fais parce qu'on a tendance à diminuer nos réalisations. Alors qu'en fait même prendre son téléphone, décrocher son téléphone... et appeler des clients, c'est des choses que je n'arrivais pas à faire il y a deux ans. Et maintenant, je le prends comme un juge, je me dis : "Au pire, ce qui m'a déjà..." Je sais que la personne peut me répondre non, mais ça, je le sais déjà. Donc le meilleur truc que j'ai à gagner, c'est que la personne me dise oui. Et donc maintenant, je suis hyper fière d'avoir réussi à passer cette étape, de décrocher mon téléphone et d'appeler des gens pour leur parler de la mort. Donc c'est les trois conseils que je lui donnerais.
- Chloé
Ouais, non mais c'est vrai qu'on célèbre peu des... des choses qui nous semblent, tu vois, des petites choses Alors c'est pas une petite chose d'oser prendre son téléphone et démarcher les gens, leur proposer un produit qui est tabou et peu courant en France. C'est bien de se dire qu'il faut qu'on arrive à célébrer le moindre petit truc qu'on n'arrivait pas avant, un petit peu à faire même si c'est encore brouillon et ensuite on célébrera quand on y arrivera à 100% et que ce sera trop cool vraiment pouvoir se dire bravo sur tous ces moments-là parce que c'est comme ça qu'on ose avancer et qu'on prend conscience aussi en soi. Est-ce que tu aurais une inspiration à nous partager sur ce sujet de la mort et du deuil qui pourrait peut-être ouvrir les chakras des personnes qui n'ont pas forcément vécu ça ou qui ont envie de se renseigner sur cette partie-là.
- Ilona
Il y a le livre de Joanne Didion, qui est un des plus beaux livres qu'on a autour du deuil, qui s'appelle « L'année de la pensée magique » , où elle explique la perte successive de son mari, d'une manière très brutale, et ensuite de sa fille. Et c'est tout son cheminement, sans que ce soit très théorique, autour du deuil. Puis tous les livres et les films autour de la mort, en fait, parle de la vie. Je conseille un dernier film que j'ai vu il n'y a pas trop longtemps qui s'appelle Un homme nommé Otto. A man called Otto en anglais. C'est l'histoire de Tom Hanks qui est un voisin insupportable qui en fait pourrit la vie de ses voisins, littéralement. Et en fait on se rend compte au fur et à mesure du film qu'il devient insupportable à partir du moment où il perd sa femme et que lui-même n'arrive pas à se suicider. Il tente, il tente et il n'y arrive pas. Et au final, il reprend pied dans la vie par d'autres moyens, etc. C'est un film qui est à la fois très drôle et en même temps qui m'a fait beaucoup réfléchir sur le désespoir qu'on peut ressentir suite à la perte de quelqu'un.
- Chloé
Oui, et ça me fait penser du coup, je ne sais pas si tu connais la série Shrinking sur Apple TV. C'est une série, c'est un cabinet de trois psys. Harrison Ford est beaucoup plus âgé que les autres. Et il y a un des trois qui perd sa femme. et il y a tout le cheminement de sa descente aux enfers, du fait qu'il abandonne complètement sa fille qui est adolescente et comment ils remontent et comment chacun gère le deuil, que ce soit lui, sa fille mais aussi tout le groupe autour d'eux parce qu'ils étaient très amis et c'est une série qui est vraiment magnifique, qui est très drôle mais aussi qui est hyper émouvante. Et du coup, je me permets de te la conseiller parce que c'est vraiment top. Et en plus avec l'acteur qui joue Marshall dans Oh, I Met Your Mother, qui est extraordinaire et qui joue vraiment très, très bien. Donc une super série qui est sur ce fond d'œil de sa femme et comment il va se reconstruire et accompagner aussi ses... c'est les personnes qui l'accompagnent en tant que donc c'est très très chouette une question pour finir et clore la discussion est-ce qu'il y aurait une personne que tu aurais envie d'entendre dans ce podcast ?
- Ilona
je vais t'en citer deux la première, est-ce qu'elle va accepter de le faire ? elle s'appelle Estelle Huynh c'est ma soeur et elle a été pour moi la personne qui a ouvert la voie de l'entrepreneuriat parce qu'elle avait monté elle-même une société elle prend... très peu la parole. Je sais que ce n'est pas un exercice qu'elle aime, mais si jamais elle écoute et je lui mentionnerai, je pense que ce serait un grand bonheur de pouvoir l'écouter. Elle a beaucoup de choses à dire. En tout cas, elle m'a apporté énormément de choses dans ma vie, dans ma carrière. Et la deuxième personne, c'est Margarita Pinchouk, qui est une amie qui a lancé aussi sa propre entreprise autour de la fertilité pour accompagner les femmes qui font face à des problèmes de fertilité, qui a lancé cette entreprise qui s'appelle Nina, et qui aujourd'hui accompagne des femmes qui veulent se lancer dans ce parcours et qui rencontrent des difficultés. Et Marga aussi, elle a énormément de choses à traiter.
- Chloé
Ouais, clairement. Et elle aussi, elle a choisi un sujet dont personne n'aime parler ou n'ose parler, mais qui est hyper important. Donc OK, merci. Merci beaucoup pour ces recommandations et surtout, merci à toi pour tout ce que tu fais, d'avoir accepté de venir à mon micro et pour cette discussion qui, déjà, quand on avait préparé l'épisode, m'avait amenée à pas mal réfléchir et j'ai beaucoup aimé cet échange. Donc merci beaucoup.
- Ilona
Je te souhaite une bonne journée.
- Chloé
Merci. Un grand merci pour ton écoute. On se retrouve lundi dans deux semaines pour la découverte d'une nouvelle meneuse. J'espère que l'épisode t'a plu. Si c'est le cas, laisse-moi ton avis sur la plateforme que tu utilises. Et s'il te reste encore un peu de temps, partage cet épisode à ton entourage pour faire un gros big up à notre meneuse du jour. La bise si tu le veux bien et toujours plein de loutres dans ta vie. Ciao ! Musique de générique