- Lavinia
J'étais juste vidée à l'intérieur, donc je ne pouvais plus rien faire, vraiment, c'était horrible. C'était une de mes premières expériences du monde du travail. Je l'avais grave fantasmée, pour moi ça allait être génial. Je n'aime pas le système capitaliste, je comprends comment il fonctionne et si je comprends comment il fonctionne, je vais pouvoir en tirer parti.
- Chloé
Hello, c'est lundi et tu fais bien d'écouter Les Meneuses pour lancer ta semaine avec une dose d'inspiration. C'est Chloé, ta podcasteuse préférée. Et aujourd'hui, j'accueille Lavinia Agaoua. conceptrice, rédactrice et BforBank, artiste et créatrice de corps en gamme. Elle nous raconte comment survivre à la toxicité du majeur de pub et son questionnement éthique sur comment exister dans le monde du travail sans trahir ses valeurs.
- Lavinia
Allez, installe-toi confortablement. C'est bon ? Alors c'est parti ! Bonne écoute ! Et si l'épisode te plaît, pense à le partager.
- Chloé
Hello Lavinia, comment est-ce que tu vas ?
- Lavinia
Hello, ça va et toi Chloé ?
- Chloé
Mais écoute, ça va aussi, je suis contente de te recevoir à mon micro, on a plein de pleins communs et tu as un parcours que j'adore. Donc pour les personnes qui ne te connaissent pas encore, est-ce que tu peux te présenter ?
- Lavinia
Ouais, bien sûr, je vais essayer de ne pas être un peu exhaustive. Moi c'est Lévinia, j'habite sur Paris, je bosse actuellement dans le secteur bancaire mais moi je suis issue du milieu de la pub, j'ai une double formation, je suis formée en art. plastique et en histoire de l'art. Je suis très créative côté dessin et j'ai aussi une formation en communication spécialisée dans la conception-rédaction. La scénarisation de publicité généralement, mais c'est beaucoup plus large aujourd'hui. Mais généralement, dès qu'il faut écrire quelque chose en lien avec une marque et que c'est à destination d'un public, d'un grand public, d'un prospect comme on dit, c'est plutôt un concepteur-rédacteur qu'on demande ou un copywriter. Quand tu m'as parlé de ton parcours, je t'avoue la partie Oui, oui. J'étais passée à côté, j'étais plus la meuf du marketing.
- Chloé
Donc c'est chouette de pouvoir découvrir ça. En venant du monde de l'art, tu enseignes aussi, tu crées. Et pourtant, tu t'es dirigée vers de la com et du market. J'aimerais bien savoir qu'est-ce que l'art t'a appris que le business aujourd'hui, et notamment ce que tu peux voir dans les entreprises et chez BForBank, chez qui tu es aujourd'hui, oublie. Et inversement, qu'est-ce que le marketing t'a appris aussi sur les émotions que tu n'avais pas forcément captées quand tu travaillais et que tu étudiais l'art ?
- Lavinia
Je pense qu'effectivement, c'est super facile de lier les deux de manière générale. Et je pense que quand on fait un métier en lien avec l'art plastique, ce qui est un peu une souffrance au quotidien, c'est qu'on est obligé d'être créatif tout le temps. Parce qu'en fait, on participe. Moi, je fais partie d'un collectif d'artistes, donc on essaye d'exposer généralement. Je donne aussi des cours à des groupes différents que je vois toutes les semaines. leur proposer quelque chose à chaque fois de différent toutes les semaines. Et donc, ça nous force à nous poser des questions tout le temps. Émotionnellement, c'est un peu dur. Intellectuellement aussi, parce qu'on doit créer des nouveaux projets qui font sens pour nous. On essaie de ne pas se reposer sur nos acquis. Parce qu'en fait, en face, il y a des gens qui attendent un minimum de choses, qui ont déjà fait plusieurs projets artistiques avec nous, qui ne veulent pas que ce soit redondant. On veut que ce soit inspirant pour eux et pour nous. Et du coup, ça nous force à l'être tout le temps. Et ça nous force aussi que la créativité, ce n'est pas inné. C'est un truc qui se travaille et qu'on peut la trouver un petit peu partout. Et que c'est pas un truc de... Les gens sont avec du talent et pas d'autres. C'est vraiment un truc qu'on travaille tous les jours pour avoir plein d'élèves différents. Je le vois tous les jours, il y a de la créativité absolument partout et des trucs que je serais incapable de faire. Le but, c'est de se nourrir les uns les autres. Et ça, c'est super cool parce que je trouve que dans le monde un peu corporate, en fait, on est tellement pris dans nos objectifs, notre run, qu'en fait, on oublie qu'à la base, notre métier, c'était un métier de créatif. Le but, c'était... de se poser pour réfléchir à des idées, proposer des trucs intéressants. Et donc, le fait d'avoir un petit peu de... d'avoir de la créativité forcée me force à me dire aussi régulièrement à mon travail corpo, genre « Ok, qu'est-ce qu'on ferait cette semaine ? Est-ce que j'ai le temps de réfléchir à ce que je veux écrire ? » Parce que des fois, j'ai pas le temps, mais des fois, je me force. Et je pense que c'est parce que je fais de l'art plastique et parce que c'est important pour moi que je me force à prendre ces temps-là. Je pense que c'est un truc de maturité aussi. Au début, on veut tellement se prouver. Je fais quelque chose. À bout d'un moment... On arrive à se dire, ok, c'est bon, personne ne va mourir dans les cinq minutes si je ne prends pas une pause, que je ne vais pas respirer de l'air frais en bas, que je vais me chercher mon petit matcha de pétasse que je suis et que je remonte pour avoir une meilleure idée après parce que là, je n'en ai pas de bonne idée. C'est cool. Et pour le côté, il y a aussi, bizarrement, même si le côté art plastique et art, pour l'avoir étudié, ça se source beaucoup dans le monde réel, on a tendance à décorréler le monde réel de l'art plastique et du monde culturel parce qu'il y a un petit côté très haut de gamme dans l'art. Et un très côté genre c'est au-dessus de nous. On ne peut pas comprendre les artistes qui sont au-dessus de nous. On ne peut pas comprendre ce qui se passe dans les musées. C'est tellement beau, c'est tellement grand, c'est tellement impressionnant. C'est des années, siècles d'histoire. Et je trouve que le côté corpo, surtout quand on passe dans le marketing, où on essaie vraiment de comprendre ce que veulent les gens. Est-ce qu'il leur servirait vraiment un marketing un tant soit un peu bienveillant ? Le marketing en soi, lui-même, de toute façon, il est déjà biaisé. Mais en fait, notre objectif tous les jours, c'est de voir comment notre solution peut répondre aux besoins d'un client. Le but n'est pas d'inventer un besoin qui n'existe pas, mais plutôt de voir comment les deux te rencontrent. Et donc ça, c'est un truc où on est obligé de réfléchir à qui on parle, qui sont les gens en face de nous. Et donc ça, c'est un truc que j'essaie de rapporter dans le milieu artistique. C'est essayer de me reconnecter avec l'actualité. et de faire des projets artistiques ancrés sur notre propre réalité ? Est-ce qu'on peut faire des trucs engagés ? Est-ce qu'on peut redonner la place des gens au musée ? Parce que moi, j'ai beaucoup d'élèves, j'enseigne dans des quartiers de ma ville, surtout dans des centres sociaux et culturels, où des gens ont un peu abandonné l'idée d'aller au musée ou d'aller voir des expos parce qu'ils trouvent que ce n'est pas leur univers. Et en vrai, je l'ai pensé pendant très longtemps, donc c'est OK qu'ils le pensent. Je pense que c'est justement la société qui leur a fait penser ça, ce n'est pas venu d'eux-mêmes. Et donc du coup, mon rôle, c'est aussi de les reconnecter en disant la culture ça appartient à tout le monde, c'est ce qui est génial avec la culture. Si vous ne comprenez pas ce que vous voyez, c'est ok. Si vous voulez comprendre, il y a des gens pour vous accompagner. Normalement c'est mieux pensé qu'on a l'habitude de le voir. Mais le problème c'est que dans la conscience collective ça a été tellement haut de gamme, ça a été tellement réservé à un petit cercle d'aficionados, de critiques d'art que les gens n'osent plus y aller. Donc c'est aussi mon rôle de leur dire en fait il y a quelque chose de super intéressant et sexy parce qu'on trouve aussi l'art plastique un peu chiant aujourd'hui. Comment comment mettre du sexy et de l'attractif et de c'est à votre portée dans l'art,
- Chloé
ça c'est ma mission et je pense que rendre les choses sexy c'est ce qu'on fait tous les jours avec le marketing donc ça se croise ouais mais c'est ouf parce que du coup ces deux expériences que ce soit ton taf du quotidien dans la partie marketing et au final ton accompagnement et tes cours d'art et toute cette patte là vient nourrir un peu les manques qu'il peut y avoir de chaque côté. Et donc, ça permet d'avoir une super meuf trop douée dans ce qu'elle fait. Et d'ailleurs, tu es aussi douée dans la partie punchline. Et j'aimerais bien, si on devait résumer ton métier, ce que tu fais en une punchline, ça serait quoi ? Et pareil pour ta vie, parce que tu as beaucoup de choses, tu fais beaucoup de choses. Donc je te propose un petit exercice de faire deux punchlines sur ton métier et sur ta vie.
- Lavinia
Ok, alors je tiens à le dire, les formats les plus courts sont les plus difficiles à écrire. Donc je ne vais pas forcément être super douée sur la polsale à l'instant. Surtout, trouver le slogan en trois mots d'une pub ou la signature relationnelle d'une marque, c'est super super dur, c'est des mois de travail. Alors que sur des formats plus longs, on a le temps d'exprimer plein de choses parce qu'on a plus de mots, donc c'est un peu chaud, j'admets. C'est un peu chaud, mais je peux essayer quand même. ce que j'aime bien, moi j'aime bien que les gens comprennent ce que je fais en fait, et donc des fois je vais un petit peu essentialiser mon travail mais c'est ok parce que dans le fond je m'en passe, c'est exactement ce que je fais c'est juste que je vais pas commencer à donner les détails sur mes journées ou les différents types de missions parce que ça intéresse pas les gens, et donc quand je dis j'écris des publicités, c'est ok pour eux donc je dis ça, moi j'écris des publicités j'essaye de le faire avec un minimum de moralité parce que j'ai l'impression que je suis trop privilégiée pour ne pas faire un effort donc c'est un peu mon métier dans le marketing, j'essaye de rendre Le marketing est un tout petit peu moral parce que j'ai l'impression que je suis trop réfléchiée pour ne pas faire attention à la moralité. Il faut que je fasse un minimum d'efforts donc je le fais moins de mon côté. Après je pense que si j'ai englobé toute ma vie c'est genre moi je peux... Si j'ai un peu le syndrome de l'artiste maudit, c'est-à-dire que si je ne crée pas des choses que personne ne reconnaît, je ne me sens pas bien. J'ai un peu le syndrome de Van Gogh qui est que si je ne crée pas des choses au quotidien, j'ai l'impression que ma vie ne vaut pas la peine d'être vécue. Du coup je suis un peu en cercle. en cercle mauvais et que je vais jamais m'en sortir, ce qui est très mauvais je conseille à personne de le faire parce que du coup j'ai l'impression que seuls les événements les plus traumatiques de ma vie vont pouvoir aboutir à une création artistique de talent c'est pas vrai c'est pas vrai en tout cas il y a des gens qui ont créé des choses magnifiques sans être détorturés la plupart des grands artistes du XXe siècle c'était des hommes blancs donc c'était facile pour eux aussi de créer n'importe quoi donc ouais c'est normal c'est ok Merci. Et donc du coup, je pense que si je n'ai pas de créativité, une forme de créativité quelle qu'elle soit, je pense que j'ai raté dans la journée, je pense que j'ai raté ma journée. Ce qui est des fois très dur et de l'auto-torture. Parce que si je n'ai pas fait un truc productif, ou j'ai l'impression d'avoir appris quelque chose qui va me servir ou pour rédiger une pub ou quelque chose comme ça, ou pour une nouvelle thématique artistique, j'ai l'impression d'avoir raté ma journée. Donc c'est dur au quotidien. J'ai l'impression que du coup, ça me force aussi à faire de la créativité en automatisme. Et donc j'ai... j'ai de moins en moins de difficultés à avoir des idées et donc du coup pour moi le syndrome de la page blanche c'est quelque chose de moins difficile chaque jour parce que je me suis tellement forcée à avoir des idées après j'ai mis par contre beaucoup de temps à me rendre compte que toutes mes idées étaient un peu à bonnes mais qu'il fallait quand même que je les note même si j'ai appris à Arrêtez de m'autocritiquer et donc dès que j'ai une idée, dès que je veux développer quelque chose, je le note quelque part, en sachant très bien que peut-être qu'il n'y aura que 10%, 5% qui verra le jour et qui vaudra vraiment la peine, parce que j'ai qu'une vie, mais je me force.
- Chloé
Donc ton conseil ce serait de se torturer pour se former, avoir de la créativité tous les jours, sinon on s'autoflagelle et au bout d'un moment, au bout de X années, c'est bon la créativité vient. Non, plus sérieusement. Est-ce que tu as des conseils sans aller jusque-là pour un peu stimuler sa créativité ?
- Lavinia
Il ne faut surtout pas s'empêcher d'avoir une idée quand on est un créatif. La première phase d'un créatif, ce n'est pas de réfléchir à est-ce que ton idée est viable, est-ce qu'elle est intéressante, est-ce que quelqu'un va mal la prendre, est-ce que le budget le permet ? Ta première phase, c'est juste d'avoir des idées et de ne pas les juger. Il faut vraiment toutes les noter. Arrêter de s'emprisonner soi-même, c'est le premier truc qu'on m'a appris. Tout vaut le coup, tout ce que tu penses au quotidien. Surtout que tu es un individu à part entière qui vit sa propre réalité. Personne ne peut faire mieux que vivre ta vie à ta place. Donc tes idées, elles seront uniques dans la mesure où il n'y a que toi qui peux les produire en étant toi-même. Donc ça, il faut essayer. Il faut y arriver. Après, tu peux en discuter et tout. Je pense que ce n'est jamais une bonne idée de faire un parcours créatif tout seul. Sur la durée, ce n'est pas possible. C'est encore plus vrai dans la pub et dans le corpo. Parce qu'en fait, si tu mènes ta propre idée tout seul avec ton point de vue, tu oublies ceux des autres. Ça finit sur du bad buzz alors que t'avais rien cherché. Des fois, tu l'avais cherché parce que franchement, n'importe quoi, c'est n'importe quoi. Mais souvent, je trouve que les bad buzz de cube, par exemple, sont souvent liés à un entre-soi où c'est exactement le même type de personne qui a réfléchi à la même idée autour d'une table. Ils n'en ont parlé à personne, ils n'ont pas fait tester, ils n'ont pas demandé. Ils ont juste cru à 200% à leurs idées, ils l'ont sorti. Alors qu'en vrai, ils auraient demandé à trois personnes en bas du couloir, ils auraient marché 20 mètres à leur bureau, ils auraient demandé. Peut-être qu'ils auraient eu un nom de son cloche. Donc ça, c'est un premier conseil que je... que je conseille à tout le monde. Et pour la partie super créative, je conseille à tout le monde de faire ce qui est plein, mais de le faire à fond. Genre moi, j'ai trois, quatre passions dans ma vie et je donne à peu près tout ce que j'ai à mes passions. Et bien que je ne me ferme pas à d'autres passions que je vais découvrir au cours de ma vie, j'ai une sorte de petite dévotion à chacune de mes passions. Et surtout, je ne les hiérarchise pas. Je suis fan d'investissement, je suis fan de manga. Je n'ai pas l'impression qu'il y en a un qui va m'apporter plus que l'autre. Et je sais que je vais donner beaucoup d'énergie à l'un ou à l'autre en fonction des saisons. En tout cas, je ne vais jamais arrêter de faire des trucs que j'aime. Parce qu'en fait, tous les trucs que tu fais, que tu aimes en dehors de ton travail, ce sont des trucs qui te nourrissent tous les jours et qui font que ton travail est extrêmement qualitatif, qu'il est unique parce que tu t'es nourrie de ça au quotidien. J'ai vraiment l'impression que tout ce que je lis au quotidien, tout ce que j'écoute, les gens avec qui je parle, ça fait qu'à la fin, ce que j'écris a un peu plus de profondeur que si j'avais juste lu un brief. et essayer de le retranscrire. Soyons honnêtes, chaque GPT pourrait le faire. Donc, je n'ai aucune plus-value s'il n'y a pas un peu de mon identité dedans. Donc, c'est aussi un troisième conseil. Je pense qu'il faut embrasser son identité. Il ne faut pas essayer d'être quelqu'un d'autre parce que généralement, ça ne marche pas. Évidemment, je vous pose des questions tout le temps. Ce n'est pas parce que vous êtes entièrement vous que vous ne faites pas d'erreurs et que vous ne vous trompez pas. Je me trompe tous les jours. Je fais des conneries tous les jours. Je pense que la compétence est le talon. la caractéristique la plus sous-côtée de l'univers c'est la capacité à se remettre en question je pense que c'est un truc ultra féminin on le voit super rarement, en tout cas publiquement de la part d'hommes, alors que ça prend trois secondes de se dire, là j'ai fait de la merde un peu, et en fait si j'ai fait de la merde parce que je me rends compte aujourd'hui peut-être que demain ça se passera un petit peu mieux la politique française, pour moi c'est ça c'est trop ça pour moi
- Chloé
Oui, c'est bien vrai. On ne va pas partir sur ce chemin parce que sinon l'épisode va faire 4 heures. Mais trop cool tous ces conseils et franchement, je te rejoins de ouf sur le fait de... En fait, surtout dans la pub, dans le market, dans la com, il y a tellement de monde. Si tu n'as pas ta patte, ton univers et si du coup, tu ne te nourris pas aussi, comme tu dis, de toutes tes passions. Tu vois, moi, pareil, je suis passionnée de ouf de manga, d'animé, mais j'adore aussi lire. des essais féministes, des livres un peu plus... qui peuvent sembler sérieux pour certains, alors que je sais que dans beaucoup de mangas, il y a des sujets très durs et très sérieux qui sont traités, mais de se nourrir un peu de tout, et c'est ce qui permet au final d'avoir ton univers, et il y a du bon, et il y a de l'inspiration dans tout ce qu'il y a autour de nous, et il n'y a pas des choses qui sont... Mieux que d'autres, tu vois. Moi j'écoute du rap, je me dis pas, les gens qui écoutent du classique ou qui vont à l'opéra sont mieux que moi ou sont mieux inspirés sur certaines choses. C'est différent en fait et c'est des choses. vraiment qui font qu'aujourd'hui on est plein de personnes différentes et qu'on peut apporter notre patte, notre univers et se nourrir de tout ça. Et pour reprendre un petit peu aussi ce que tu disais au début sur la partie art, où ça peut être assez clivant et pas forcément accessible à tout le monde, en tout cas c'est ce qu'on nous laisse entendre, que ce soit dans ces milieux-là, tu as bossé pour... plusieurs univers aujourd'hui tu travailles dans la banque mais tu as aussi beau bosser dans le luxe et dans la beauté est ce que tu vois des liens entre tous ces mondes et comment est ce que tu as géré ces différentes transitions entre ces secteurs là et qu'est ce que ça t'a appris aussi toi sur
- Lavinia
ta propre manière de te définir c'est que c'est une question le lien est facile à faire quand on est quand on est dans le market et qu'on est concepteur rédacteur parce qu'en fait toutes les marques quelles qu'elles soient en besoin de communiquer et donc c'est nous le lien C'est nous le lien. Et donc, c'est nous le lien. Et c'est à nous de nous adapter à chaque fois. Et donc, c'est un peu le piège du market aussi, de la conception rédaction. C'est qu'on est censé faire croire aux clients qu'on est un expert de son domaine, de sa marque, de son secteur. Alors qu'en vrai, on en gère dix à la fois. Des fois, le matin, c'est une marque d'eau minérale. L'après-midi, c'est des voitures. Après, c'est du parfum. Et donc, switcher, même si généralement, on est classé. Moi, j'étais... J'étais plutôt dans le luxe, j'étais plutôt dans la beauté luxe parce que je venais avant de la beauté. Donc j'étais quand même là dessus. Mais j'avais aussi des joyers ultra ultra haut de gamme. J'avais des marques comme Lacoste qui sont évidemment un peu haut de gamme, mais qui sont un peu que j'aime bien parce qu'ils sont abordables. On a vraiment l'impression que tout le monde peut porter du Lacoste. Tout le monde n'a pas l'impression qu'il peut porter du Chanel. Donc j'aimais bien ces univers-là. Donc c'est un peu nous qui faisons le lien. Je trouve que c'est très cool en tant que créatif parce que... ça te fait un challenge en plus à chaque fois, à chaque fois tu dois te réadapter à un move. Et en fait j'ai commencé un peu par hasard dans le make-up, moi j'ai commencé chez une marque de soins pour hommes qui s'appelait Horace, un peu par hasard, avant je faisais pas de la beauté, mais j'étais quand même passionnée de beauté, c'est une de mes passions, j'adore la skin care, je suis un peu moins make-up juste parce que j'ai jamais appris, et je trouve le make-up magnifique, mais pour l'instant c'est un peu inabordable pour moi, alors que la skin care je trouvais qu'il y avait un truc de... de prendre soin de soi mais avec quelque chose de simple, avec un rituel qu'on s'impose et qui à la fin nous sauve un petit peu parce qu'on est obligé de prendre nos 10 minutes par jour pour faire notre petite routine, bien nous démaquiller, tout ça, tout ça. Je trouvais ça trop cool et donc j'ai commencé à m'intéresser à la composition des produits, à qui faisait quoi, quels étaient les acteurs et tout. Donc j'ai réussi à me faire engager comme ça. Après j'ai rencontré le fondateur d'Horace qui était super sympa, qui était concepteur aussi, rédacteur de formation, Marc, qui m'a formée. Et il m'a fait vraiment kiffer cet univers-là. aussi parce que c'est une marque qui parle à tout le monde. Le but, ce n'était pas d'être haut de gamme, c'était de faire découvrir aux hommes le monde de la skincare. Donc, il y avait beaucoup de pédagogie à faire dessus et leur dire surtout que c'était OK pour eux d'aimer cet univers-là et de se l'approprier, parce qu'il appartenait pas qu'aux femmes. Et je trouvais ça génial comme message. Et du coup, j'ai voulu continuer après. Après, je me suis vraiment entêtée, parce qu'en fait, quand on commence dans la pub, on veut tous passer par une agence. Parce que l'agence, c'est quelque chose de très valorisant sur un CV. C'est le seul endroit où on peut switcher de clients. Donc, on bosse pour 10 clients à la fois et on peut tous les mettre dans son portfolio. Alors que si on ne bosse que pour une marque, on n'aura qu'un produit à mettre. Et donc, je me suis entêtée. Et donc, je voulais vraiment savoir ce que ça faisait de bosser pour une agence. J'ai eu de la chance, je me suis engagée par une grosse agence. Donc, j'ai pu bosser sur des gros noms. Et donc, j'avais directement dans mon portfolio des gros noms. C'était ultra impressionnant. Je les ai mises pas toutes en vrai ces marques. Il y a des marques que je trouvais géniales. Il y en a d'autres avec lesquelles je raisonnais moins. Mais c'était un challenge à la fois et je trouvais ça très cool. Le problème, c'est que, on en parlait, c'est que plus tu bosses pour de la skincare, de la beauté, du lifestyle de manière générale, tu sais que tu vends quelque chose à des gens qui n'en ont pas forcément besoin. Tu le sais, en fait. Et je sais qu'il y a des gens qui ont besoin de ma skincare, ça me fait du bien, je me sens bien avec, j'ai besoin de mon make-up, ça me fait du bien, je me sens bien quand j'en mets. Je n'ai pas l'impression de me tromper ou de me cacher derrière mon make-up. Je trouve ça cool de le faire. Mais, pour autant... On écrivait des messages à des gens qu'on n'avait pas besoin. Et donc, on savait qu'on était dans un milieu qui jouait sur les insécurités des gens. Et c'est aussi un milieu, la publicité, qui peut être vachement, qui l'est toujours, vachement sexiste, raciste, classiste aussi. Parce qu'en vrai, c'est beaucoup de gens CSP+, qui réfléchissent à comment ils vont vendre un truc à des gens qui ont moins de moyens qu'eux. Et donc, à essayer de se convaincre, de comment on essaye de convaincre les gens qui n'ont pas beaucoup de thunes, de mettre 50 balles dans un fond de teint. Et donc, tout ça, c'est pire. C'est des trucs qui au quotidien, c'est le challenge, c'est super bien dans ton CV et en vrai, c'est vrai que c'est cool et c'est super important et je suis sûre que cette ligne sur mon CV... m'a aidé infiniment à choper d'autres jobs après ou d'autres missions après parce que les gens étaient impressionnés par les noms c'est des trucs que je mets encore sur ma manière LinkedIn parce que dès qu'ils voient que j'ai que j'ai bossé un peu pour la cause, ils étaient là wow trop bien, oh Valentino c'est trop impressionnant ça allait beaucoup moins en vrai mais au bout d'un moment en fait si on se pose la question on se dit bon ok on peut évidemment faire les trucs avec le plus de moralité qu'on peut, on peut essayer de croiser les points de vue et tout et tout à la fin est-ce qu'on a vraiment envie de faire ça, enfin est-ce que c'est vraiment un truc qui... qui va nous faire nous lever le matin, au-delà de la créativité, je n'étais pas entièrement sûre. Et en vrai, franchement, même si j'avais kiffé, le milieu des agences, c'est vraiment toxique. C'est vraiment beaucoup de taf. C'est vraiment des 60-80 heures par semaine. Tu ne vois pas tes week-ends, tu ne vois pas ta famille, tu ne vois personne. Tu ne vois personne. Il faut vraiment que tu prouves tout quand tu es junior. Et donc, tu vas donner ton temps, ton énergie pour un salaire qui n'est pas si haut que ça. Et tu vas t'épuiser. Et en plus, il y a une petite dimension un petit peu raciste, un petit peu sexiste, parce que j'ai eu plein de trucs, mais des trucs que tu laisses passer parce que tu te dis c'est tellement l'opportunité de ma vie que bon, c'est ok. C'est un peu chaud, tu vois. Et moi, je sais que ça m'a choqué. Après six mois d'agence, les gens de mon équipe ont appris que je venais d'une famille musulmane, que je faisais le ramadan, des choses comme ça et tout. Et donc, ils ont commencé à me filer des campagnes de ramadan en me disant c'est bien, ça tu connais, tu vas pouvoir le faire. Et en vrai... C'est vrai, c'est vrai, genre quitte à engager une créative pour faire une campagne de ramadan, autant qu'elle connaisse un peu le principe, pour autant c'était par exemple dans des cultures que je connaissais entièrement, donc je ne maîtrisais pas tout ce que je faisais, ça me faisait vraiment très peur de faire un truc mauvais, surtout quand on touche à quelque chose qui est de l'attrait du religieux, ça signifie beaucoup de choses pour les gens. Donc déjà vendre quelque chose pendant ce truc-là, je trouve ça limite. Donc en plus si on envoie le mauvais message alors que c'est extrêmement symbolique et très important pour eux. Bah c'est un truc qu'on peut pas se... Je pense que c'était aussi gasgull et que c'est aussi pour ça qu'ils m'ont donné en disant « Elle, elle s'en sentira mieux que nous » . Et donc après il y avait des petites questions un petit peu bizarres, un petit peu... En fait je pense que la plupart c'était pas du... En fait c'est la plupart des gens. Tout le monde est raciste, moi la première. Et c'est pas du « la plupart des gens sont pas racistes » en conscience et en voulant être méchant avec la personne en face. Mais plutôt par des biais de naïveté. Ils sont un peu curieux, ils s'en ont jamais vu donc ils veulent poser des questions. Et c'est ok de poser des questions. Il faut savoir à qui on les pose et il faut être suffisamment proche de la personne pour savoir qu'elle va être ok pour répondre et faire de la pédagogie dessus. Ce n'est pas le rôle de tous les musulmans de faire de la pédagogie sur l'islam à tous les gens qui ne sont pas musulmans. Moi, c'était ok pour moi de le faire et encore, je pense que je ne suis pas la meilleure représentante de l'islam aujourd'hui. Je viens juste d'une famille qui est musulmane. Ça ne veut pas dire que mes connaissances en islam sont les plus développées. Ce milieu, il était vraiment super dur, vraiment épuisant. Je pense que même si je... kiffait, j'ai laissé passer trop de trucs sur ma propre santé mentale et mes propres limites, parce que j'étais prêt à tout pour avancer, pour montrer que j'étais douée et tout. Et à la fin, quand je suis partie, franchement la fin c'est pas bien passé. Les derniers jours que personne ne m'a adressé la parole, je suis partie en loose day et tout. J'étais trop, j'étais dégoûtée qu'on me laisse pas plus de temps pour prouver qui j'étais. Je restais un peu plus d'un an, un peu plus d'un an et demi dans l'agence. Mais en même temps, je savais que... Après une dure phase d'adaptation, j'allais aller mieux parce que j'allais enfin retrouver ma vie, un truc plus équilibré. Et du coup, je n'ai pas vraiment décidé de switcher d'univers. En vrai, j'aurais pu continuer dans la beauté, mais peut-être dans des marques qui raisonnaient plus avec moi, genre Horace raisonnait avec moi parce que j'ai l'impression que le message était bon. Et qu'en plus, c'était des produits que les gens pouvaient avoir une nécessité, que ce n'était pas trop cher, des choses comme ça. Et en fait, je suis tombée par hasard sur une offre de BforBank. Sur LinkedIn, quand on a dit candidature simplifiée, j'ai vraiment juste envoyé un CV. Il ne s'est vraiment passé que ça. Ça prouve à quel point je suis fidélité. Parce qu'en vrai, la plupart des gens galèrent. Ils galèrent énormément. Là, j'ai vraiment un coup. J'ai envoyé mon CV. Il n'a plus à quelqu'un. Et en fait, ça se tient à... On échange avec la personne. Et en fait, sur le CV, il n'y avait pas écrit que j'avais bossé dans la banque. Mais en fait, en échangeant la première fois avec l'ARH, on a commencé à en parler. Donc, j'ai rencontré les membres de l'équipe. J'ai commencé à parler de ma passion pour l'investissement, la budgétisation. Exactement. Je disais que, par exemple, les cours que je donnais en arts plastiques dans les centres sociaux, je m'étais fait un groupe d'amis d'élèves, qui sont souvent des mamans, souvent des mamans célibataires d'ailleurs, pas toutes, mais elles le sont souvent. On s'était fait une espèce de club, on se voyait une fois par mois. Et donc, on voyait qui avait combien ce mois-ci, entre les aides, entre les aides avec les enfants, tout ce que ça leur coûtait et tout, et comment on gère son budget ce mois-ci, et comment on s'approprie l'investissement. Parce que pareil, l'investissement, c'est comme la culture, on a l'impression que c'est réservé aux riches. La vérité c'est que ça va à tout le monde, par contre c'est les riches qui en bénéficient le plus et qui en profitent le plus, ça c'est clair et net. Et donc comment on peut s'approprier à son échelle, comment on peut se créer sa propre épargne. Mais du coup je vais commencer à parler de ça à l'entretien. Et du coup je pense qu'ils ont compris que c'est un truc qui me portait. C'est juste un truc que je fais par pure passion. Donc oui, je lis plein de choses, mais ça ne fait pas de moi une experte du tout. Ça fait par contre quelqu'un de passionné et qui a la capacité de vulgariser son propos. Et en fait, c'est le travail d'une conceptrice, d'une brand content dans une marque. C'est de simplifier un vocabulaire compliqué pour que tout le monde puisse le comprendre et que tout le monde s'empare du sujet. Donc je pense que c'est ça qui a plu et je suis assez contente d'avoir basculé là-dessus. Parce que c'est un peu facile de dire ça, parce qu'en vrai, la banque, ça reste le capitalisme. Il ne faut pas dire que je suis un ange, mais j'ai le temps de faire.
- Chloé
un chouï plus de sens parce que les gens ont besoin aujourd'hui les gens ont besoin d'un compte en banque ils ont besoin d'une carte bleue ils ont besoin de savoir comment gérer leur argent pour s'en sortir tous les mois c'est intéressant tout ce que tu dis déjà le premier truc qui me choque et du coup qui me fait un peu écho c'est quand t'es junior et que tu débarques dans une agence comme ça de pub et en fait la violence de devoir prouver de sacrifier sa vie de sacrifier aussi peut-être ses convictions Merci. Et tu vois, moi, j'ai fait des études de journalisme et j'ai rêvé d'être journaliste de sport parce que grosse fan de foot et c'était mon rêve. Et en fait, j'ai vite give up. J'ai pas fait autant d'efforts que toi, tu vois, pour pouvoir... Parce qu'en fait, je me suis rendu compte à quel point le milieu, si tu connaissais pas les bonnes personnes, ça le faisait pas. Si t'étais une femme... tu étais plus... Tu vois, dans certains échanges, je voyais plus l'intérêt d'être une femme et est-ce que tu peux m'apporter quelque chose entre guillemets, tu vois, qui n'est pas du travail versus quand c'est des mecs. Et ce niveau aussi de devoir, en fait, sacrifier ta vie parce que tu pars, t'es juste une petite merde et tu dois... C'est dur à dire. Et en fait, quand tu es confronté à ça, quand tu as des envies, quand tu sors d'études, quand tu es jeune, c'est hyper violent parce qu'en fait, ta première vision du monde du travail est, je trouve, horrible. Et ça te dégoûte. Et en fait, moi, du coup, quand j'ai fait mes études dans ce secteur-là, et déjà rien qu'à l'école, je me suis rendue compte de trucs où je me disais, mais en fait, ça ne va pas le faire du tout. et toi du coup tu l'as vécu pendant plusieurs et déjà bravo parce que je trouve que c'est quand même assez vénère et je me dis dans ces moments là comment outre le fait de parfois vendre des choses qui vont totalement en désaccord avec tes convictions à la fin de cette expérience en fait comment t'étais ? psychologiquement par rapport au monde du travail, parce que par rapport à ce que tu avais envie de faire, par rapport à ce que tu avais pu faire et pu aussi produire, qui allait peut-être contre tes convictions, comment tu te sentais en fait à ce moment-là ?
- Lavinia
Pas bien. Le poste agence, ça a été horrible. Mon copain m'a envoyé directement chez un psychiatre et chez un psychologue parce que vraiment, je ne pouvais plus rien faire. En fait, je pense qu'il y a eu un contre-coup. J'étais dans la capacité de faire quoi que ce soit. Je n'arrivais pas à me lever de mon lit. Je n'arrivais pas à me laver, manger, c'était une torture pour moi. En fait, c'est juste que je n'avais plus d'énergie. C'est comme si j'avais accumulé. En fait, j'avais pompé toute mon énergie sur ces un an, un an et demi. Et là, je n'en avais plus. En fait, j'étais juste vidée à l'intérieur. Je ne pouvais plus rien faire, vraiment. C'était horrible. C'était une de mes premières expériences du monde du travail. Pour moi, les agences de pub, c'était madmen. Je l'avais grave fantasmé. Pour moi, ça allait être génial. Et je ne dis pas que tout était mauvais. En vrai, il y a eu du bon. Tous les juniors étaient super cool. J'ai eu des bons sens de quelques managers de temps en temps qui étaient vraiment sympas, mais l'expérience totale était ultra à la fois épuisante, mais aussi... Et en plus, plus t'avances, plus t'as... En fait, au début, j'ai une prise de partie assez radicale là-dessus. Je pense qu'avoir des convictions, c'est aussi un truc de privilégié. Parce qu'en fait, il y a des gens qui n'ont pas le luxe d'avoir des convictions, parce qu'ils doivent juste vivre au quotidien. Et on m'a toujours dit ça dans ma famille, c'est vraiment genre, c'est un truc genre, tu t'inquièteras de l'écologie quand tu seras riche. Là, t'auras de l'argent pour le faire, et du temps peut-être. Et donc du coup j'étais juste là, bah non moi je suis jeune, il faut que je prouve quelque chose, je verrai dans 10 ans si je peux me permettre de faire autre chose. Et donc je pensais pas que j'avais des convictions de manière générale, je pensais pas que j'en avais, je pensais que ma conviction c'était genre bah tu dois avancer, tu dois prouver qui tu es, tu dois être une des meilleures créatives du monde, et après tu verras si t'en as une. En vrai, je pense que du coup ça a pas marché comme ça, je suis arrivée et il y a déjà des trucs que j'ai trouvé. horrible. J'ai déjà entendu des trucs horribles dès les premiers jours à mon arrivée. J'étais là, bah non. Pour moi, c'était même pas un truc de conviction, c'est un truc de bon sens. Et c'est des trucs qui sont tellement normalisés dans le monde de la vie, parce que le monde de la pub, c'est une espèce de version très caricaturale du monde réel. On va essayer de retranscrire un truc, mais on va essayer de l'exagérer au maximum. Et donc du coup, ça faisait des trucs ou des phrases que tu entendrais pas dans la vie du quotidien, parce que tout le monde dirait bah non, ça c'est raciste. Mais là, il n'y a même pas besoin d'argumenter. Ça c'est ultra sexiste. qui passe dans ces contextes-là, parce qu'on est en train de faire un truc, une espèce de concentré de ce qu'on devrait penser, de ce que pense le monde de ce truc-là. Donc c'était horrible au quotidien. Donc moi, je n'étais pas super bien. En vrai, j'ai dû faire une pause. J'ai conscience aussi que pouvoir faire une pause, c'est aussi un privilège. Donc moi, j'ai pu. J'étais trop contente de bénéficier de mon chômage après cette expérience-là. Je me suis dit que j'allais en profiter parce qu'en fait, ça m'avait tellement tué que je méritais quelques mois de chômage. J'avais aussi des petits contrats d'art plastique. Donc j'avais quand même un peu d'argent à côté. Je créais du contenu sur LinkedIn et ça a commencé un peu à me faire reconnaître. Donc il y a des gens qui me proposaient des petites opportunités. Donc je me dis bon ok, peut-être que ça peut combler un trou qui complémentera un peu de mon chômage et tout. Et donc c'est un peu ce que j'ai fait. Ça a duré un peu plus longtemps que ce que j'imaginais. Mais en vrai, je pense que j'ai mis du temps à me sentir prête, à retourner au monde du travail. Par contre, ce que ça m'a appris direct, c'est que maintenant, aujourd'hui, je ne laisse plus rien passer. Vraiment, au moindre... Même pas Red Flag, au moins Red Orange, jaune un peu foncé. Je suis là, ah non, moi je ne viendrai pas. Vous ne m'aurez pas, moi, je suis désolée, mais c'est mort. Il ne faut vraiment enchaîner que les Green Flag en entretien, sur la démarche, sur les trucs et tout. Je ne dis pas que la boîte doit être parfaite, il n'y a aucune boîte qui l'est. À minima, le poste qu'on me propose, les gens avec qui je vais interagir tous les jours, il ne faut pas que je vois de gros signes, de signes un petit peu bizarres, sinon je ne vais pas y aller. Et donc, c'est exactement comme ça que ça s'est passé avec BforBank. C'est que, un, ce n'était pas mon secteur, donc j'allais le découvrir. Donc ça me faisait un très très peur. Et comme c'est pas mon secteur, je me suis dit pourquoi je rejoindrais cette boîte alors que moi je suis spécialiste de la beauté. Alors que je pourrais continuer dans la beauté. Et en fait j'ai rencontré des gens qui étaient trop sympas et qui me laissaient dire ce que je voulais. Vraiment j'avais vraiment dit tout et n'importe quoi. On parlait d'un podcast qu'ils ont lancé et dedans ils avaient reçu Mohamed Tchek. Mohamed Tchek que j'adore, qui est un gagnant top chef. Il vient d'Algérie aussi, comme ma famille. Et donc je leur ai dit que j'aimais trop parce qu'à chaque fois qu'un Algérien ou une Algérienne réussissait dans la vie. je me sentais fière moi comme si c'était mes enfants et du coup ils sont partis en fourrure et c'était là ah ouais donc la discussion avançait moi j'avais plus ou moins l'impression d'être moi-même et de pas faire semblant pour le monde corporate de devoir faire un effort et du coup à la fin je me suis dit bah en fait tu vas pas refuser un job parce que c'est dans la banque et que tu connais pas la banque alors qu'en vrai ça te tente ça a l'air super intéressant les missions sont variées et en plus les gens sont trop trop sympas y'a jamais eu de problème sur mes posts LinkedIn dès que je poste un truc sur LinkedIn j'ai au moins 5 collègues qui me disent c'est trop bien ce que tu postes c'est trop cool Merci. Elle est trop bien sa plume. Mon manager tous les jours, tiens, c'est un ange, j'ai un ange sur terre tous les jours, il me fait des compléments, il m'encourage sur mon travail, il m'encourage sur mes missions à côté aussi et il fait en sorte que je trouve un équilibre, ce que je ne sais pas faire aujourd'hui. Donc rencontrer quelqu'un dont, en vrai c'est le métier, parce que je trouve que c'est aussi le rôle d'un manager de faire ça. Et qu'il s'applique à le faire tous les jours, ça change et tu te dis, bah ok, il faut que je teste avec lui en fait.
- Chloé
Non mais je vois le truc et c'est tellement important au final, l'humain et je trouve ça trop chouette. que de pouvoir se sentir, en tout cas dans l'entreprise où tu es, que tu sais que peu importe le post que tu vas faire ou les choses que tu vas partager, on ne va pas te juger, au contraire, on va te soutenir, parce que toi-même, tu sais que quand tu postes des choses qui sont souvent encore taboues, malheureusement, ou qui vont créer des débats, parce qu'on n'est pas tous des... des wok islamo-gauchistes mais pour pour mettre les pieds dans la place qui est bien dommage évidemment du coup en fait je sais pas si tu le vis aussi mais moi il y a des moments en fait où ça me stresse parce que par rapport à ce que même si au final j'ai pas trop d'attention à ce que les gens pensent de moi à part vraiment mon entourage clé mais en fait quand t'es dans l'entreprise tu te dis est-ce que Est-ce qu'on ne va pas me juger ? Ou est-ce que ça ne va pas me desservir sur mon travail ? Alors que j'ai aussi le droit de porter des combats et des idées perso sur mon LinkedIn qui est perso. Est-ce que tu ressens ça aussi ? Ou est-ce que du coup, le fait d'être dans un cocon assez bienveillant au niveau du taf fait que tu te sens encore plus libre de pouvoir communiquer comme tu le veux ?
- Lavinia
Moi, je suis un peu dans cette dynamique-là. Mais après, j'ai un autre truc, c'est que moi, je suis très... très très très pointilleuse sur ce que les gens pensent de moi c'est horrible c'est un de mes plus gros défauts surtout sur ce que les femmes pensent de moi si je rencontre des femmes qui ne sont pas d'accord avec mes points de vue que c'est un petit peu viril sur ce que je dis c'est vraiment une remise en question totale de ma propre personnalité ce qui je pense est une bonne chose je pense que c'est bien de se remettre en question de temps en temps même régulièrement mais en fait ouais j'ai un gros privilège là-dessus c'est que direct quand je suis arrivée je me suis sentie bien les deux trois premiers postes en fait je ne me suis pas posé de questions j'ai juste continué ma routine de poste Les premières fois, j'ai eu des retours de gens que je connaissais pas dans ma boîte, on est 600 quand même, donc des fois je connaissais pas qui m'ont dit « Ah mais c'est toi et tout, je te suis sur... J'ai vu que t'avais rejoint les équipes et je te suis sur YouTube, j'aime trop et tout, est-ce qu'on peut prendre un café ? » J'ai trouvé ça en fait... J'ai vu tellement de bienveillance en face de moi et des gens qui m'encourageaient, qui m'envoyaient des petits messages et tout. En fait, je me suis sentie tout de suite à l'aise et c'est peut-être un problème parce que peut-être que je vais devoir faire attention à un moment donné parce que... Je pense qu'on ne peut pas tout faire, être en roue libre à son travail non plus. Je ne suis pas en roue libre, c'est juste que j'ai l'impression de bien faire mon travail et j'ai l'impression qu'on me laisse aussi être suffisamment moi pour que je puisse bien le faire. Donc si on ne me laissait pas être moi, de toute façon je ne le ferais pas bien et je m'en irais. Je pense qu'à partir du moment où ils me conclutent ça dès le début, que genre il fallait me laisser être moi, que je faisais de mal à personne. Aux hommes blancs de plus de 60 ans, c'est un peu chaud. C'est un peu chaud pour eux, je ne l'ai pas. C'est un peu ma victime facile, je suis d'accord. Mais en même temps, statistiquement... Ils prennent beaucoup de place donc si je tape sur quelqu'un, il y a plus de chances que ça tombe sur eux. C'est quasi pas de ma faute, mais c'est ok. Même pour ceux avec qui je travaille, a priori, donc il n'y a pas de problème là-dessus. Donc je me sens vraiment dans un cocon tout chou tout au dos sur mon taf. Et je ne me empêche pas de parler des trucs. C'est possible par contre que je mette des gens mal à l'aise à un travail. C'est des questions que je me pose régulièrement genre est-ce que je vais trop loin dans les discussions et tout ? J'essaie de repérer. qui sont les gens qui sont plutôt à l'aise sur ces sujets et qui sont plutôt ou d'accord ou pas d'accord avec moi mais qui vont bien vouloir en parler si c'est vraiment tendu et que je vois que c'est des discussions qui sont pas envie d'avoir, je vais pas forcer les gens à les avoir je serais plutôt de ce côté pour moi c'est important mais c'est pas mon rôle en tout cas pas au taf de faire ce genre de choses donc je vais pas les faire, par contre si la discussion elle vient je vais en parler et je vais pas mentir ou essayer de minimiser mon avis parce qu'il y a des gens en face qui sont pas forcément d'accord à mon avis c'était mon avis, pour autant je respecte la personne enfin je respecte la personne qui est en face Merci. du mieux que je peux. Et je ne vais pas lui tomber dessus pour autant. Je vais juste dire, là, je ne suis pas d'accord. Ce n'est pas OK pour moi. Ça arrive super rarement en vrai. Et par contre, sur LinkedIn, c'est tout l'inverse. Sur LinkedIn, dès qu'on me fait un retour, j'essaie vraiment de l'analyser. Surtout quand c'est des femmes, je vais mentir. Des fois, je me dis même, quand j'ai trop de commentaires d'hommes qui sont d'accord avec moi, je me dis, oula, j'ai fait de la merde. J'ai fait de la merde. J'ai fait de la merde. Genre, les gens de Postéon, hier, à l'intérieur, je ne sais plus. J'ai eu beaucoup de retours d'hommes, et j'étais là, autant, est-ce que je fais une connerie ou quoi ? Je suis vraiment dans la même question. Et dès qu'une femme émet un avis divergent, elle a le droit, évidemment, et souvent c'est bien sourcier. Les femmes, la plupart du temps, quand elles me parlent, elles sont beaucoup moins virulentes que les hommes. Elles vont essayer d'avoir un discours construit et pas me tomber dessus pour me tomber dessus. C'est juste qu'évidemment, s'il y a 100 personnes d'un coup qui font ça, même si elles ne te tombent pas dessus, tu as un sentiment d'oppression. Mais c'est ok. Des fois, la plupart du temps, c'est totalement justifié. elles ont droit de... d'émettre un avis qui est divergent du mien, souvent elles citent leurs sous, elles argumentent et tout, c'est ultra bien construit, donc je suis obligée de dire « ouais, t'as raison » et probablement là je me suis trompée ou je suis allée trop vite en besogne, en vrai je reste une privilégiée qui est remplie de plein de biais, et donc ces biais-là je peux pas les faire disparaître du jour au lendemain, et c'est aussi parce que ces femmes font l'effort de me répondre et de me dire « là, attention, peut-être que t'es biaisée » ou « là, attention, tu vas peut-être un peu trop loin » que je peux m'en rendre compte et que je peux m'améliorer, donc pour rien au monde je leur dirais d'arrêter. Sauf que je veux vraiment qu'elle continue. Mais du coup, ça signe... Je pense que ça signe un truc de féminisme intersectionnel. C'est que tu sais que tu vas être mal à l'aise souvent. Tu sais que ça va être inconfortable comme voyage. C'est pas... Et je pense que si t'es trop à l'aise dans le féminisme, si t'as l'impression d'être dans ton cocon avec d'autres femmes comme toi et tout... Ça va pas. Peut-être que t'es un chouille... Un chouille-fou-chouille trop privilégié que ça commence à être peut-être un entresens un peu dangereux. Je le vois souvent quand je parle à d'autres femmes qui sont blanches, des trucs comme ça. parce que je suis blanche quand même, même si je viens d'une famille musulmane, ça n'a rien à voir, donc je ne subis pas le racisme au quotidien, et donc souvent j'ai l'impression que ce que je dis, est-ce que ça vaut pour moi en tant que femme, ou est-ce que ça vaut pour moi en tant que femme blanche, qui a quand même pas mal de privilèges, et que du coup, si je ne me pose pas toutes ces questions, qui sont vraiment chiantes et qui me mettent mal à l'aise, qui parfois me donnent honte de la personne que je suis, je n'ai pas l'impression qu'on peut vraiment avancer si on ne subit pas cet inconfort-là. C'est un truc que je subis, mais en même temps, je le subis volontairement. Et en même temps, je suis contente de le subir.
- Chloé
Je vois ce que tu veux dire. Non, mais je vois tout à fait ce que tu veux dire. Et en fait, c'est intéressant parce que d'arriver à trouver la joie entre... Je me remets en question et je ne me laisse pas non plus trop atteindre par des commentaires ou des choses qui viennent des réseaux sociaux et qui parfois sont hyper violents ou juste gratuits et pas constructifs. Ce qui est cool déjà, c'est que tu reçois des messages qui sont constructifs et qui t'aident à te poser les bonnes questions et aussi arriver à doser sur cette partie-là. Mais en effet, je te rejoins en étant une femme, on est discriminée, mais on a également énormément de privilèges et, comme tu disais, énormément de biais parce qu'on vit dans une... dans une société qui est pleine de biais et qui a une norme et dès que ça déroge... Ça ne va pas alors qu'il faudrait remettre tout ça en question. Mais du coup, c'est intéressant d'arriver à trouver cette balance et cet équilibre. Et pareil sur le point, aujourd'hui, tu bosses dans la banque, tu es passionnée par tout ce qui est gestion financière, etc. Mais tu as conscience que c'est un secteur qui peut avoir pas mal de dérives. Comment est-ce que tu arrives à faire et à naviguer entre gagner ta vie et ne pas trahir tes valeurs ? Moi, je suis... positionne par rapport à...
- Lavinia
Je sais pas si c'est mon réalisateur comme... Si c'est mon point de vue, n'est que mon point de vue. Ne vous démoralisez pas pour ça, mais je pense que moi j'y arrive pas. Je pense que vraiment... Je pense que c'est difficile... Ce serait malhonnête de dire que, par exemple, j'ai choisi aussi ce taf parce qu'il faut remplir mon frigo. Et c'est vrai, il faut remplir mon frigo, il faut payer mon loyer. J'ai aussi des trucs... C'est un truc que... Tout ça, je pourrais le faire depuis un autre taf. Donc j'ai aussi choisi ce taf parce que je l'aime bien, parce qu'ils payent plus et parce que Même si je n'aime pas le système capitaliste, je comprends comment il fonctionne. Et si je comprends comment il fonctionne, je vais pouvoir en tirer parti. Ce qui n'est pas forcément quelque chose dont je suis très fière. Mais comme il n'est pas voué à s'écrouler après-demain, je n'ai pas envie de galérer dans mon monde quotidien. Parce que je n'ai pas voulu en tirer parti moi aussi. J'essaie de juste me poser des limites. Je ne vais pas acheter une action totale par exemple. Il y a cinq ans, quand je trouvais que Elon Musk était génial. Il était visionnaire, il était un peu starbie, en vrai c'était un peu sexy, j'ai acheté du Tesla. Aujourd'hui j'ai grave honte et je les ai revendus tu vois. Mais c'est aussi un truc de t'es obligé de réajuster à chaque fois. Et en fait je pense pas que tu puisses être... En fait je pense que c'est difficile de suivre à 100% tes convictions tous les jours. C'est déjà très bien, il y a un privilège d'en avoir. Je pense que c'est parce que je suis ultra privilégiée que je me permets de gueuler très fort sur mes combats, mes trucs et tout. Parce qu'en vrai il y a plein de gens qui n'ont pas ce luxe là parce qu'ils sont déjà occupés à d'autres choses. en train de subir des oppressions multiples. Mais c'est des questions que je me pose vraiment tous les jours. C'est, elle est où ma limite ? Qu'est-ce que je fais ? Est-ce que je continue là-dedans ? La plupart des contenus que je crée, ils ont des vertus pédagogiques. Et donc, je n'ai pas le droit de vendre un produit sur mes vidéos. Je scénarise des vidéos pour BforBank. Après, je les tourne. Et ces vidéos-là, elles ne sont que purement pédagogiques. Donc, je n'ai pas à mettre en avant un produit. Donc déjà, je me sens un petit peu mieux parce que j'arrive avec des conseils. Et en plus, je sais que l'argent, c'est quelque chose de tabou. Donc, je viens avec des conseils sur l'argent. J'essaie de délier un petit peu les paroles. Et du coup, ça m'aide à me sentir un petit peu plus légitime et un peu plus morale et honnête. Pour autant, j'ai très bien conscience que je suis dans une tour à la défense, que je gagne bien ma vie. En plus, j'ai plusieurs boulots. Je peux même me permettre de faire mon premier taf et avoir mon autre taf, qui est une autre de mes passions à côté. Ce qui me fait en plus gagner plus d'argent et donc être plus confortable. pour Gigi. j'échange tous les jours avec des gens dont l'argent c'est le métier. Ils m'apportent beaucoup et donc ils m'aident aussi à construire ma propre patrimoine via leurs expertises. La plupart des gens n'ont pas accès à ces expertises, moi j'y ai accès tous les jours. En fait, il y a tellement de bénéfices, mais purement égoïstes. En fait, ça m'apporte tellement de choses au quotidien que c'est OK pour moi d'y rester. Et après, c'est à moi de trouver si, au-delà de mes propres ambitions égoïstes, ça apporte quelque chose à plus que moi, aux gens en général. Si je trouve que ça apporte suffisamment. c'est ok pour moi de rester. Et après, me dire, est-ce que dans un second temps, ça pourra évoluer ou pas ? On reste tous des êtres humains, on a besoin de penser qu'à soi, qu'à ses propres évolutions, parce que tu ne peux pas juste faire ce que tu veux. Et après, dans ce que tu veux, tu fais des choix. Et j'ai conscience que mes choix, aujourd'hui, il y a encore beaucoup de mes choix qui sont motivés par du pur appât de gains capitalistes, parce qu'on nous a appris à valoriser ça. C'est le système dans lequel on évolue. Aujourd'hui, l'argent, c'est une forme du pouvoir. Parce que mes parents n'en ont jamais eu, parce que j'étais la première à être diplômée dans ma famille, parce que je voulais m'aider bien, il faut que j'en aie. Parce qu'eux, ils n'en ont pas eu. Donc j'ai aussi ces trucs-là qui, je ne sais pas, peut-être me permettent d'un peu moraliser ce que je fais. Mais en vrai, je sais que ce n'est pas moral. Je sais qu'au fond, presque rien ne l'est. Du coup, tu es obligée d'avancer.
- Chloé
Mais je trouve que c'est bien qu'on en parle et merci de pouvoir en parler et te livrer en toute transparence comme ça. Parce qu'en fait, quand tu rentres dans un cheminement où tu dis « Ok, j'ai un milliard de privilèges et ces privilèges, ils impactent forcément négativement les personnes en face qui n'en ont pas. » En fait, tu peux très vite tomber dans un truc où tu passes ton temps à... culpabilisé, mais en fait, mais même plus à vivre. Et en fait, limite à jeter la pierre en permanence. Et en fait, c'est hyper dur de trouver l'équilibre entre OK, je me remets en question, je questionne mes privilèges. Qu'est ce que je fais ? Comment je peux agir ? Qu'est ce que je peux mettre en place pour faire en sorte que que les choses changent à mon échelle et à une échelle beaucoup, beaucoup plus grande ? Et en même temps, qu'est ce que je fais aussi pour pour quand même être un... tant soit peu doux avec moi-même. Et ne pas non plus faire de ma vie un enfer parce que j'ai tel travail et que je gagne tel argent, etc. En fait, c'est dur parce que, comme tu disais, personne n'est parfait et de toute façon, encore aujourd'hui, il y a des gens qui sont full privilèges et qui ne font même pas le quart de la moitié du centième de ce parcours-là, de se poser les questions et de faire en sorte de... de changer les choses et qui vivent très bien dans leur petit cocon. Et en fait, toi, tu dis, moi, j'essaye de faire des choses tout en étant, tout en continuant aussi de pouvoir vivre, vivre sans non plus se mettre à mal. Et en même temps, dire ça, c'est aussi être privilégié. Enfin, tu vois, c'est vraiment... Oui, désolé. T'as l'impression d'être schizophrène. Ça n'arrête jamais. Je pense que... C'est quand même important de pouvoir en parler parce que je pense qu'il y a d'autres personnes qui sont dans le même cas de figure et qui se posent les mêmes questions et qui ont ces mêmes dualités. Donc merci de pouvoir le faire. Aujourd'hui, pas forcément de solution pour tout ça. Malheureusement, il n'y a pas de conseils à appliquer, à donner. Essayer d'être aussi bienveillant avec soi et continuer à se remettre en question sans s'auto-kill en permanence.
- Lavinia
Oui, ça s'est bien résumé.
- Chloé
Mais oui, c'est un sujet qui est assez perturbant et qui se fait se poser plein de questions. Sur une note plus douce, entre guillemets, je te propose de passer aux questions de la fin. Si tu pouvais créer une héroïne... et un manga du marketing, quel combat est-ce qu'elle mènerait ?
- Lavinia
Je pense que si je prenais une héroïne, je prendrais quelqu'un comme Mao Mao, ça c'est sûr. J'aime bien, j'adore son positionnement, son espèce de nonchalance, son intelligence. C'est cette forme d'intelligence qui a fait passer avant tout, en plus. Je trouve ça ultra intéressant. Ça fait trop bien de voir des personnages féminins de manga écrits comme ça. C'est trop cool. Et je pense que... Je ne sais pas si c'est quoi. Je ne sais pas s'il y a un combat de... C'est difficile de se dire qu'on ne sauve pas des vies dans le marketing. On peut juste se dire qu'on peut le faire avec un petit peu plus de diversité et un petit peu plus de moralité. Je pense que jamais mentir. Du marketing sans mensonge, ce ne serait déjà pas mal. Donc, ne plus mentir dans le marketing. Et le mensonge par remise, c'est pareil aussi. C'est tout pareil. Et des profils féminins qui mentent plus aussi. parce que généralement c'est des c'est des Il y a énormément de femmes dans le marketing, mais souvent, si tu montes en hiérarchie, c'est des femmes qui prennent le management, les équipes et tout. Et c'est ultra problématique parce qu'elles maîtrisent, elles connaissent leur métier. C'est trop frustrant de ne pas les voir à des postes décisionnaires. Tout ça, c'est cool. Et vraiment des femmes, tu es juge. Parce qu'il y a aussi beaucoup de femmes qui se comportent comme des hommes à des postes décisionnaires. Et je ne trouve pas OK. Surtout quand on voit que généralement, les gouvernances féminines ont tendance à faire mieux. Venez, on change un peu le système. En fait, on change tout ce système.
- Chloé
Challenge, vas-y, comme tu dessines très bien, de te lancer dans ce manga. Dernière question, est-ce que tu peux me citer une personne que tu aimerais entendre dans ce podcast ?
- Lavinia
Je n'ai pas assez à choisir, du coup, j'en ai pris deux. C'est OK ?
- Chloé
Oui.
- Lavinia
La première que j'aime beaucoup, parce que j'ai fait un focus LinkedIn, parce qu'on est sur LinkedIn et que j'adore LinkedIn. Enfin, j'adore. Pas tout. C'est une créatrice de contenu qui est... Je crois que c'est la seule créatrice de contenu qui est dans le top 10 en ce moment des gros créateurs de contenu France. C'est Lumna Tigrosin, je ne sais pas si tu vois qui c'est, spécialisée dans le droit du travail. Déjà parce que ce qu'elle fait, je trouve, est d'utilité publique, mais plus plus. C'est-à-dire non seulement ce qu'elle fait est d'utilité publique, elle nous aide à défendre nos droits, que ce soit en tant que travailleurs, salariés, freelance. Elle nous aide à nous éveiller sur ces sujets-là qui sont essentiels pour notre quotidien. En plus, elle le fait avec énormément d'attention. à chaque fois tout ce qui est libre, elle fait des fiches, produit des trucs, à chaque fois c'est très bien fait, tout est écrit dans ses postes. Au-delà de ça, je trouve que c'est juste une super belle personne. Super anecdotique, en fait, l'année dernière j'ai fait mon premier ramadan toute seule parce que mes parents n'étaient pas là. Donc c'était un petit peu dur pour moi parce que je suis pas habituée et deux, le ramadan tout seul ça part un peu de son sens. parce que c'est un truc qu'on fait collectivement. Et ça a été... Donc je sais pas pourquoi, j'avais dû le raconter sur LinkedIn et c'était une des premières personnes à m'envoyer un message pour me dire « Est-ce que ça va ? Est-ce que tu veux en parler ? » « N'hésite pas, on n'est pas loin. » C'est un truc... On est tous réunis en fait, tout le temps qu'on le fait, on fait tout ensemble et tout. J'ai trouvé ça tellement adorable que ce soit spontané comme ça. Donc vraiment, elle les mérite. Elle mérite déjà son top, sa place dans le top, mais elle le mérite deux fois plus tellement elle est trop cool. Et mon autre... c'est un peu plus mainstream mais c'est un peu ma maîtresse à penser c'est Rokhaya Diallo que je trouve trop bien ah oui je l'ai aussi j'aimerais trop parce que c'est trop bien moi je l'ai connu il y a je sais pas 7 ans 8 ans sur le podcast Littaras avec la co-anime avec Grassly et j'ai trouvé ça déjà trop bien et c'est extrêmement bien construit et à chaque fois je trouve que ces prises de paroles sont tellement pertinentes et la manière dont elle va au front parce qu'elle fait beaucoup de plateaux télé elle fait beaucoup de plateaux télé où clairement elle se fait démonter Merci. à longueur de journée, elle garde son sang froid, elle argumente, c'est toujours ultra construit, ultra bien mesuré, elle essaie toujours de faire prendre conscience.
- Chloé
Je valide cette idée, trop bien, mais écoute, merci pour ces deux belles personnes que j'aimerais beaucoup avoir à mon micro aussi, et merci beaucoup en tout cas pour cet échange que j'ai trouvé génial, et pour qui tu es, j'adore la personne et tout ce que tu dégages, donc continue comme ça. Lâche rien, continue de te remettre en question, mais non plus sans trop être hardcore avec toi-même, même si tu aimes un peu ça. Ouais. Donc, merci beaucoup pour ce moment.
- Lavinia
Merci à toi, c'était trop cool.
- Chloé
Un grand merci pour ton écoute. On se retrouve lundi dans deux semaines pour la découverte d'une nouvelle meneuse. J'espère que l'épisode t'a plu. Si c'est le cas, laisse-moi ton avis sur la plateforme que tu utilises. Et s'il te reste... encore un peu de temps, partage cet épisode à ton entourage pour faire un gros big up à notre menace du jour. La bise si tu le veux bien et toujours plein de loutres dans ta vie. Ciao !