- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans le podcast Les Robines. Les Robines, c'est une communauté de dirigeants et de dirigeantes du mécénat d'entreprise. À la façon de Robin Desbois, on détourne les ressources privées pour plus de justice sociale. Les Robines, c'est un espace de transmission et de solidarité pour celles et ceux qui croient en un mécénat plus responsable et horizontal. Dans ce podcast, je donne la parole à des invités qui s'engagent pour dérober le capital de leur entreprise au service de l'intérêt général. Et on décrypte ensemble les pratiques du mécénat de demain. Je suis Valentine Maillard de l'agence C'était mieux demain et cofondatrice de la communauté Les Robines. Bonne écoute Les Robines ! Aujourd'hui, on plonge dans un rapport que j'aurais adoré avoir entre les mains bien plus tôt. Il se nomme « Les effets du mécénat de compétence sur les associations » et il a été produit par Mathilde Renottinacci et Constance Cheyel pour l'INJEP. C'est un travail en trois volets. Le premier volet est sorti en 2020 et il s'intéressait aux trajectoires et aux expériences des salariés qui partent en mission de mécénat de compétences. Pourquoi ils et elles s'engagent, ce que ça change dans leur parcours. Le deuxième volet est sorti en décembre 2025, c'est celui dont on va parler aujourd'hui, et il s'attaque à une question centrale, quels sont les effets concrets du mécénat de compétences sur les associations qui en bénéficient ou pas. Le troisième volet portera sur les stratégies d'engagement des salariés dans les associations. Pourquoi les entreprises ou les institutions publiques prêtent leurs salariés, comment est-ce qu'elles le font et comment est-ce qu'elles évaluent les effets du mécénat de compétences. Ce rapport sortira courant 2026 et on l'évoque un peu plus tard dans cet épisode. Moi, j'ai découvert ce rapport grâce à Care News, qui a consacré un article fin 2025. Guillaume, si tu nous entends, un coucou par ici. Ce qui m'a d'abord frappée, c'est le volume et la rigueur de la démarche. On parle d'une enquête à la fois qualitative, c'est 84 entretiens et des observations de terrain dans 18 assos, dans plus de 8 régions en France. mais aussi une enquête quantitative, avec un questionnaire auquel ont répondu 812 structures. C'est un travail titanesque. Alors, il y a une synthèse qui existe de ce rapport, mais je me suis dit que ce qui serait vraiment utile, c'est de pouvoir discuter avec Mathilde directement, et de lui demander de lire entre les lignes, de nous aider à décrypter, et de nous dire ce qui l'a surprise, ce qu'on ne voit pas forcément en survolant les chiffres, et c'est comme ça que j'ai construit cet épisode. Alors avec Mathilde, on a parlé pendant deux heures, c'était fascinant. Et forcément, j'ai dû faire des choix dans le montage. Vous n'entendrez pas tout, mais j'espère que l'essentiel y sera. Ce qui me tient particulièrement à cœur dans cet épisode, c'est qu'il nous place du côté des assos. Encore récemment, une salarie d'une entreprise dont j'accompagne la fondation me posait cette question. Est-ce que les assos, elles choisissent leur partenaire en mécénat de compétences ? Est-ce que parfois, elles ont trop de demandes ? Et si oui, comment est-ce qu'elles arbitrent avec qui elles vont travailler ? C'est des questions qu'on ne se pose pas toujours quand on est du côté d'une fondation ou d'une entreprise, mais je trouve que ce rapport aide à y répondre. et à se mettre dans les chaussures de celles et ceux à qui on destine nos actions en mécénat privé. Allez, je te souhaite une bonne écoute. Est-ce que tu pourrais te présenter et nous présenter un petit peu aussi le rapport sur le mécénat de compétences sur lequel tu as travaillé récemment ?
- Speaker #1
Je suis Mathilde Ronitinecci, je suis chargée de recherche à l'INJEP. Je suis aussi chercheuse associée au laboratoire CERLIS, qui est une unité mixte de recherche du CNRS. à l'université Paris-Cité. Donc je suis plutôt spécialisée sur les questions de vie associative et puis maintenant de philanthropie. Et ça étonnera peut-être les auditeurs dans ce que je vais dire, mais je ne vais pas utiliser les vrais noms des associations. On a décidé d'anonymiser les associations pour les protéger, tout simplement. Et donc on a essayé de leur redonner des nouveaux noms.
- Speaker #0
Ça marche. Moi, dans mon métier de consultante qui s'adresse à des fondations et des associations, j'entends souvent des associations dire qu'elles subissent le mécénat de compétences plus qu'elles ne le choisissent. Est-ce que ton rapport et les entretiens que tu as pu mener confirment ça ?
- Speaker #1
Effectivement. Déjà, il faut savoir que les entreprises, dans celles en tout cas, les associations qu'on a suivies, leurs partenaires, les entreprises, elles choisissent souvent seules déjà les conditions de leurs offres d'engagement à leurs collaborateurs, c'est-à-dire... qu'elles vont choisir le nombre de jours par mois où ils sont mis à disposition, ou même par année, parfois c'est sur les années qui sont accordées aux salariés, dans le cas des missions flash par exemple, des missions de très courte durée, comme les journées de solidarité, ou pour les missions longues, elles vont choisir par exemple la durée et les conditions de la mission. On met cette compétence, est-ce que c'est du temps plein, est-ce que c'est du temps partiel, est-ce que c'est dans les locaux de l'association, pas dans les locaux de l'association ? Ensuite, il y a aussi le profil et le nombre de salariés autorisés à s'engager, parce que c'est quand même les entreprises qui décident aussi de ça en interne. Sachant qu'il y a une amélioration qu'on note depuis 2020, mais c'est quand même principalement des cadres, personnes en tout cas qui disposent d'un capital culturel assez élevé. Il faut savoir qu'on a assez peu d'entreprises dans lesquelles finalement, il y a une offre qui est ouverte à tout le monde, qui circule via la tranette. Et puis ensuite, bien sûr, il y a les causes. et les types d'associations qui vont être soutenues. Est-ce qu'on soutient des associations nationales, locales, quel type de projet, etc. Donc déjà, on a quand même une mainmise assez forte de l'entreprise à l'origine, on va dire, de la mission. Et puis, il faut savoir aussi que le message de compétence se fait aussi souvent dans le cadre d'un partenariat qui existe déjà avec l'entreprise. On a quand même, dans le cas des missions flash, par exemple, c'est dans 78% des cas, c'est... C'est dans le cadre d'un partenariat qui existe déjà avec l'entreprise. Pour l'émission longue, c'est 42%. Et le reste du temps, c'est à l'initiative de l'association ou du salarié. Parfois, par exemple, il est déjà bénévole dans l'association. Ce que ça dit, en fait, c'est que quand il y a un partenariat déjà existant aussi avec l'entreprise, ça peut être synonyme de confiance, mais ça veut dire potentiellement que l'association a déjà un pied dans le partenariat avec l'entreprise et que du coup, elle aurait aussi beaucoup à perdre si elle respecte. pas forcément les conditions de mise en place de l'entreprise. On s'est rendu compte que les associations, quand elles ont des demandes très précises, par exemple, elles ont besoin de compétences comme la communication et l'informatique. Elles ont besoin de compétences, elles ont des difficultés à pouvoir aussi se financer. Par exemple, si elles veulent des seniors, je ne sais pas, sur les aspects communicationnels, c'est difficile. On a quand même des différences importantes de salaire entre le privé lucratif et le privé non lucratif. Du coup, en fait, ça ne va pas forcément être pourvu. J'ai en tête une association qui avait fait une demande en mission conseil de refonte de son parc informatique. C'était une petite association locale qui, sur le papier, n'était pas très connue. Et les entreprises avaient trouvé la mission délicate, peu motivante pour les salariés de l'entreprise et avaient préféré dire non. Donc, on a quand même ce rapport de pouvoir. Je parlais des conditions, aussi du mécénat de compétences. Je me souviens des personnes qui étaient parties en mécénat de compétences et en cours de leur mission, l'entreprise les a rappelées parce qu'elle avait besoin de ses collaborateurs. Ils étaient partis en mission tout le long et en fait, elle avait des soucis de ressources humaines pour des missions un peu plus opérationnelles. Elle les a rappelées. Donc, en fait, en cours de route, l'association s'est retrouvée un petit peu sur le carreau. Et puis ensuite, il y a quand même un coût d'entrée très important pour les associations. Un partenariat, ça se gère. Les associations n'ont pas forcément de personnes qui seraient susceptibles de s'en occuper en interne, qui seraient capables d'apporter les bonnes réponses. Il y a après, je pense, autre chose, c'est qu'il y a aussi une forme de mise en concurrence entre les associations qui mobilisent ces compétences. Parfois, elles ont du mal à recruter des salariés volontaires. J'ai souvenir dans l'association Isolage, qui est évidemment anonymisée, d'une coordinatrice nationale du bénévolat qui nous disait qu'on est mis en concurrence. Notamment, en l'occurrence, elle citait les elle nous disait qu'ils nous mettaient en concurrence et ils faisaient leur marché dans les associations qu'ils mettaient en concurrence. Donc ce n'est pas forcément là qu'il y a le besoin de l'association, sachant qu'il y a aussi la question de l'adéquation avec les besoins des Des salariés mis à disposition qui souvent ont très envie d'être au contact des bénéficiaires, des publics vulnérables auprès duquel œuvre l'association. Mais en fait, des fois, ce n'est pas là qu'est le besoin de l'association.
- Speaker #0
Ce que Mathilde vient de décrire ici, c'est une réalité structurelle à laquelle il y a de grandes chances que ton entreprise participe. La relation entre une entreprise et une asso, elle se construit progressivement et sans mauvaise intention. Alors ton entreprise, elle fixe les conditions, le profil des salariés, la durée. Les causes soutenues, tu me diras, c'est logique, puisque c'est elle qui porte la stratégie de mécénat. Sauf que de l'autre côté, l'assaut, elle, elle arrive dans un partenariat qu'elle n'a pas toujours initié et qu'elle ne peut pas vraiment refuser, surtout si elle reçoit par ailleurs un soutien financier de ta boîte. Alors, ce n'est pas une fatalité, ça demande surtout d'être conscient de ce mécanisme et de cette relation-là. Parce qu'un mécénat de compétence utile et qui fonctionne pour les deux parties, ça va commencer par une assaut qui a eu la possibilité de dire oui ou de dire non, d'accepter ou de refuser une mission. Et ça, ça se construit à travers le temps par la confiance. Et on va voir comment dans la suite de cet épisode avec Mathilde. Au sein de la communauté... des robines et des personnes qui écoutent ce podcast. On porte l'idée vraiment d'un mécénat qui soit horizontal, dans le sens où la relation est nourrie aussi de l'expertise des associations et où les associations ne sont pas en position de demandeuse uniquement, mais vraiment d'actrices de ces partenariats-là. Dans ton rapport et dans ce que tu nous expliques, on voit effectivement que l'équilibre relationnel est rarement la norme, en tout cas. Qu'est-ce qui bloque, selon tes observations, pour qu'on aille vers... Plus d'horizontalité, plus d'équilibre ?
- Speaker #1
Ce n'est pas facile à répondre comme question, mais je pense que toutes les associations, enfin toutes les associations, celles qui ont en tout cas un recours, mais cette compétence, elles y voient clairement une opportunité à saisir, mais elles n'ont pas toutes les mêmes exigences et toutes les mêmes conditions. Et surtout, elles n'ont pas toutes les capacités de démarcher les entreprises. Moins les associations sont attractives pour les entreprises, plus elles vont se sentir obligées de saisir les opportunités qui leur sont offertes. ou à adapter leurs conditions ou leurs projets parce qu'elles veulent être attractives pour les entreprises. On a même des très grandes associations, très connues, qui font des compromis pour plaire aux entreprises.
- Speaker #0
Ce serait quoi pour toi, dans ta définition ou dans tes observations, une association attractive ?
- Speaker #1
Une association attractive, je pense que c'est déjà une association qui est mature. Qui est mature au sens de... J'ai en tête un verbatim d'une entreprise qui me disait qu'on ne veut pas essuyer les plâtres. On veut des associations qui ont déjà eu de l'expérience du mécénat de compétences, qui sont déjà habituées à être dans du management, à avoir des ressources humaines importantes. On ne veut pas des problèmes d'essais, d'expérimentation dans une association. On veut déjà des associations matures sur le sujet. Et ça, c'est encouragé aussi par un certain nombre d'intermédiaires qui ferment directement un peu la porte. à des associations qui ne seraient que bénévoles, qui ne seraient pas du tout employeurs, en disant que l'association est trop fragile, qu'on ne peut pas mettre à disposition une association qui serait entièrement bénévole. Du coup, il y a cette fermeture d'avance à certaines associations qui seraient trop petites, trop locales, trop immatures. Alors même que nous, on a eu des exemples de missions qui se sont très bien passées dans des associations plus petites. Ou au contraire, les salariés volontaires étaient très contents d'être dans du touche-à-tout, directement au cœur de l'activité de l'association. Donc ça peut très bien se passer ici. Il y a clairement des causes trop politiques qui ne sont pas très consensuelles. Elles ne vont pas forcément être choisies par les entreprises. Nous, ce qu'on a constaté quand même, c'est qu'il y a eu des évolutions sur le sujet. C'est qu'il y a eu une véritable maturation. En tout cas, c'est les associations qui ont l'habitude d'avoir recours aux messages de compétences qui ont pris conscience qu'il fallait mettre des garde-fous dans le partenariat. Jusqu'où elles veulent aller, par exemple, certaines ont décidé d'arrêter totalement les journées de solidarité, d'autres ont décidé de les faire payer, certaines ont décidé d'aller vers des conventions qui sont plus précises, certaines ont décidé simplement de commencer à mettre en place des conventions, alors que jusqu'à maintenant, ce n'était pas le cas. Et puis, on a des associations qui ont essayé d'aller encore plus loin en disant « ok » . Vous faites du message de compétence, mais le message de compétence, ça s'intègre dans une dimension plus large de soutien à notre association. Donc vous ne pouvez pas juste faire du message de compétence. Il faut aussi nous soutenir d'une manière ou d'une autre financièrement. Je ne sais pas, mettez en place par exemple du micro-don en interne chez vous, ou vous pouvez nous subventionner, nous financer. Donc en fait, il y a une espèce comme ça de soutien multiple. Mais évidemment, ce n'est pas toutes les associations qui sont en capacité de faire ça. C'est souvent, encore une fois, des grosses associations qui ont déjà eu recours à cette compétence, qui sont souvent visibles et qui ont un petit peu plus de pouvoir. Sachant, et ça je pense que c'est important de le dire, que nous on a été surpris, et ce depuis la première enquête, c'est que les associations ont vraiment intégré une forme de sentiment d'infériorité par rapport au monde de l'entreprise lucrative. Il y a une question d'imaginaire, je pense, par rapport à ce que les sociétés valorisent, qui fait que le monde associatif serait... Plus amateurs, alors même qu'on a des secteurs qui sont hyper professionnalisés comme le médico-social, le monde associatif se pense en deçà et du coup intègre directement que leurs compétences valent moins, qu'ils valent moins et que du coup, pour ce faire, il faut vraiment être très attractif auprès des entreprises. C'est assez marrant à regarder.
- Speaker #0
À ce moment de l'interview originale, Mathilde, elle nous explique qu'il y a quatre motivations principales qui vont amener ton entreprise à faire du mécénat de compétences. L'image, d'abord, le mécénat de compétences, ça se voit, ça se communique. Les RH, ensuite, ça favorise la marque employeur, la cohésion d'équipe, la rétention des équipes dans l'entreprise. Troisième motivation, l'optimisation des carrières, des salariés sans poste en interne que tu vas pouvoir mettre à disposition d'une ASSO, soit en fin de carrière, soit en intermission pour certains jobs. Et enfin, quatrième motivation, le gain fiscal, 60% de défiscalisation, surtout sur les missions longues. Donc, si on résume, l'image, les RH, l'optimisation des carrières et le gain fiscal. Je vous en fais une version hyper simplifiée ici parce que ces sujets... seront traités plus en profondeur dans un troisième rapport que Mathilde est en train de travailler en ce moment et qui sera publié courant 2026. D'ailleurs, si ça vous branche, on pourra réinviter Mathilde pour un autre épisode dédié à ce sujet-là. Un exercice hyper intéressant que tu peux faire maintenant, c'est d'identifier dans ta boîte quelles sont les motivations qui te permettent de déployer le mécénat de compétences. Et puis, dans quel ordre ? Parce que pour toi, connaître ces motivations, ça va te permettre de déployer la bonne stratégie de mécénat de compétences. Ton rapport, toi, tu pointes justement l'arrivée de ces salariés qui arrivent mal préparés finalement dans le monde associatif, dans une logique du coup de mécénat plus horizontale. Tu vois, la formation, la posture du salarié, ça devrait être selon moi un prérequis non négociable, de se dire avant de partir en mission de mécénat de compétences, tu as une sensibilisation à minima de quelques heures qui te permet de comprendre où est-ce que tu vas arriver, quels sont les codes du monde. associatives, quels sont les bénéficiaires, leur histoire, leur parcours. Pourquoi est-ce que, selon ton étude et ton rapport, pourquoi est-ce que ce n'est pas systématiquement le cas ?
- Speaker #1
Alors déjà, il faut savoir qu'on en est très loin. J'ai le souvenir d'un salarié qui me disait, enfin, je lui demandais, est-ce que l'entreprise vous a suivi, a pris de nouvelles, a dit, ah oui, en l'espace de deux ans, j'ai ma RH qui m'a appelée une fois pour savoir si j'avais le moral. Vraiment, l'entreprise ne s'intéresse pas forcément au cadre de la mission. Nous, on a étudié, parce que... On n'a pas pu toujours les avoir entre les mains, mais on a étudié 11 conventions mises à disposition entre entreprises et associations. Il y en a seulement trois, par exemple, qui présentaient les compétences possédées par les salariés volontaires et la manière avec laquelle celles-ci pouvaient être utilisées dans l'association. Et on n'a pas du tout de résultat, par exemple, à atteindre pour l'entreprise. Pas un objectif à atteindre pour le salarié volontaire au sein de l'association auquel il va être mis à disposition. On ne sait pas du tout ce que l'association apporte aux salariés. Dans le cas de Misson, ce serait très intéressant de voir justement ce que ça peut... Est-ce que ça peut apporter aux salariés volontaires ? C'est un peu moins vrai dans le cas des missions flash, parce que notamment collectives, quand il y a par exemple des team buildings solidaires, généralement on attend au moins un retour de satisfaction des salariés sur la façon dont ils ont vécu leur journée, etc. Ce n'est pas du tout le cas dans le cas de missions d'anglais.
- Speaker #0
Est-ce que dans les assos avec lesquels tu as échangé, est-ce que tu as rencontré des exemples justement où la relation et les missions, elles étaient co-construites, où l'entreprise s'impliquait dans la mission ? Et qu'est-ce que ça a apporté comme effet ? Qu'est-ce que tu vois aussi comme effet bénéfique, à contrario quand la mission est co-construite ?
- Speaker #1
Je pense à une association qu'on a renommée Un Futur des Demains, où il y a eu vraiment une mission assez incroyable entre entreprises et associations, avec une fiche de poste qui a été co-construite, avec un rendez-vous tous les deux ou trois mois, avec la référente RH de l'entreprise, le salarié volontaire et les membres de l'association. Et c'est vraiment une mission qui s'est... extrêmement bien passé. Pourquoi ? Parce que déjà évidemment ça renforce la relation partenariale, mais ça facilite aussi très largement l'inclusion du salarié volontaire qui est sécurisé en fait dans son entrée en médecine de compétences. Parce que voilà, on demande beaucoup en fait aux salariés volontaires et aux associations. On demande un important effort d'adaptation pour les salariés volontaires qui déploient des couvents. Non seulement un monde avec ses propres codes, mais aussi qui qui doivent d'un seul coup être... complètement autonomes dans leur travail, alors qu'ils avaient une forme de spécialisation des tâches, avec des choses très cadrées. Dans ce coup, on leur dit écoute, ça, tu le fais toi-même, ça aussi, tu le fais toi-même. Il n'y a pas quelqu'un qui prend en charge, il n'y a pas un service de support informatique. C'est toi qui te débrouilles, par exemple. Tout le monde, surtout, n'est pas adapté au monde associatif. Alors, tu parlais de formation. Il y a quand même une idée de se dire que peut-être que... tous les salariés volontaires ne peuvent pas rentrer sans formation dans le monde associatif. Donc ça, je pense qu'il y a un vrai rôle aussi, côté RH, c'est-à-dire, est-ce qu'ils ont besoin d'être sensibilisés, formés ? Est-ce qu'on négocie avec l'association, savoir si quelque part, on devrait financer l'association pour qu'elle forme les salariés volontaires, être adaptée, par exemple, à des publics, avoir les bons comportements ?
- Speaker #0
Petite parenthèse rapide. Ce que Mathilde décrit ici, des salariés qui partent Merci. mal préparé, sans vraiment connaître les codes du monde associatif, tu l'as peut-être déjà vu dans tes expériences. Et c'est ce que je vois aussi au quotidien avec mon entreprise C'était mieux demain. C'est d'ailleurs ce qu'on adresse avec des formations qu'on propose aux équipes des fondations. C'est des demi-journées qu'on construit avec et pour les équipes des fondations d'entreprise. Ça va vous permettre de comprendre le monde associatif de l'intérieur, comment piloter un partenariat avec une association, comment l'aider à identifier ses besoins en mécénat de compétences et surtout comment adopter la bonne posture en tant que mécène, ni sauveur, ni client. Si ça t'intéresse d'en savoir plus sur ces formations, le lien est dans les notes de l'épisode. Allez, on continue avec Mathilde.
- Speaker #1
C'est un peu la dimension qui est liée aux imaginaires et aux représentations sociales. C'est-à-dire que les associations ne font pas forcément attention, lors de la négociation partenariale, à la façon dont sont présentés les salariés volontaires, puisqu'elles se conçoivent elles-mêmes comme amateurs, ou en tout cas moins dotées en compétences et en ressources que les entreprises. Évidemment, il y a des écarts en termes de capital économique ou de structuration organisationnelle, mais c'est souvent amplifié par les associations elles-mêmes. Et donc, elles ont souvent l'impression d'être moins légitimes sur le plan des compétences et des savoir-faire. Et c'est pour ça qu'elles-mêmes se conçoivent, par exemple, pas forcément comme des espaces de formation, où elles pourraient prétendre à former et formaliser, peut-être même être financées, pour former des salariés volontaires avec des compétences qui seraient, alors évidemment hors des fins de carrière, mais réutilisables dans la carrière des salariés volontaires, dans leur travail au sein de l'entreprise. Ça peut être l'accueil et l'accompagnement des publics vulnérables, les capacités d'adaptation à des situations complexes qui viennent se travailler dans le milieu associatif, l'autonomie, la connaissance de milieux particuliers, des enjeux juridiques, psychologiques. Il y a un immense nombre de compétences qui se croisent dans le monde associatif et on a l'impression, à les entendre, que ça n'existe pas. C'est complètement invisibilisé. C'est un décalage qui s'inscrit plus largement dans une hiérarchisation sociale des compétences qui est fortement structurée par le monde du travail. Tout ce qui est compétences associées aux activités de gestion, de pilotage, de production, c'est très valorisé dans les entreprises et c'est très valorisé et reconnu dans notre société. Et à l'inverse, toutes les compétences qui relèvent du care, prendre soin, accompagner, écouter, s'ajuster à des situations un peu humaines, un peu en complexe, comme celle de s'occuper des enfants, des publics précaires, c'est moins reconnu alors même que c'est au cœur de très nombreuses activités associatives. Et donc, forcément, on va minorer la valeur de ce savoir-faire développé dans les espaces associatifs. Et donc, ça renforce aussi l'idée que les associations auraient moins à apporter aux entreprises en termes de compétences. Alors que, par exemple, s'ajuster à des situations humaines complexes, ça va clairement servir dans du management dans une entreprise, en fait. Cet imaginaire qui vient aussi importer avec lui est le fait que... On a du mal à équilibrer cette relation, à mieux préparer les salariés qui sont mis à disposition, et puis aussi à rééquilibrer un peu ce rapport de pouvoir.
- Speaker #0
Dans les épisodes précédents, on se parlait d'agilité, de capacité à travailler en collectif, de capacité à travailler avec beaucoup de contraintes, ou avec des ressources qui sont limitées, la créativité que ça peut impliquer aussi. qui effectivement sont des compétences qui ont vachement leur place en entreprise aujourd'hui, surtout dans des contextes économiques hyper concurrentiels, de forte digitalisation. Qu'est-ce que toi tu as pu observer sur l'effet de l'arrivée de personnes en mécénat de compétences, sur l'organisation, sur les salariés d'une association, ou sur des gens qui vont intégrer quelqu'un dans leur équipe en mécénat de compétences ? C'est quoi un peu les engoulements là-dessus ?
- Speaker #1
Il y a des choses. Déjà, il peut y avoir une forme de concurrence à l'emploi et de concurrence au bénévolat. Concurrence à l'emploi, c'est un petit peu à l'instar du volontariat en service civique. Les associations vont recruter des personnes de mes 7 compétences pour avoir accès à une main-d'oeuvre peu coûteuse et qui vient se substituer à des postes salariés effectifs ou potentiels. Dans certaines associations, on va tester au moyen du mes 7 compétences, savoir si on va ouvrir un poste demain ou pas. Parfois, on va effectivement substituer un poste salarié à une personne de mes 7 compétences ou créer un poste de mes 7 compétences et donc on va déstabiliser l'association en se faisant parce qu'on va... Par exemple, on va créer un poste sans mettre cette compétence, la personne va rester deux ans, quatre ans, et en fait, elle va quitter l'association parfois, même sans avoir transmis un certain nombre de ses compétences ou de son expérience. Et du coup, en fait, quand elle s'en va, le besoin, il a été créé au sein de l'association. J'avais Sabine, une salariée d'un établissement de formation médicale chez Grand Secours, qui nous disait... C'est bien, c'est confortable parce qu'on a plus de personnes pour travailler. Mais après, quand on n'a plus ce message de compétence, on crée des modes de fonctionnement qui étaient complètement différents. Et quand on n'a plus ces personnes-là, on ne peut plus fonctionner pareil. Donc ça, c'est un gros risque de déstabilisation. C'est que faire quand les personnes en message de compétence partent ? Souvent, les associations, la pirouette qu'elles font, c'est soit elles recrutent à nouveau une personne en message de compétence, soit elles vont professionnaliser le bénévolat. J'ai encore en tête quelque chose chez Isolage, mais dans une filiale. La personne qui travaillait dans les ressources humaines et qui était mise à disposition dans cette filiale de Isolage devait former les bénévoles, alors qu'ils parfois n'en avaient vraiment rien à faire, mais à des missions de reporting, à la gestion de projet et de la gestion d'équipe, ce qui normalement n'est pas forcément des demandes qu'on fait reposer sur des bénévoles. Et là, j'ai encore un autre exemple sur la déstabilisation du bénévolat. Une association qui s'appelle Bébé Secours, qui accumule du matériel pour aider les mères, souvent les mères célibataires en situation de grande précarité, à s'occuper simplement de leur bébé, à faire manger leur bébé. En fait, les personnes qui viennent des entreprises, souvent d'ailleurs collectivement dans ce cas-là, vont prendre peu à peu la place dans tout ce qui est, par exemple, tri et manutention. des bénévoles elles-mêmes. Et les bénévoles elles-mêmes, c'est qui dans cette association-là ? C'est des mères célibataires qui se réengagent. Parce qu'on les a aidées dans cette association, elles se réengagent. Et parce qu'en se réengageant dans l'association, elles acquièrent des compétences, des savoir-être, elles se politisent, etc. Mais du coup, elles fonctionnent moins vite, elles n'ont pas forcément les codes professionnels qu'ont les équipes de salariés qui viennent du monde de l'entreprise. Et elles sont au cœur du projet de l'association, ces personnes-là, puisque ce sont les mères célibataires. Mais quand on envoie des équipes... en provenance des entreprises, c'est des équipes qui vont prendre la place de ces bénévoles dans cette gestion parce qu'ils vont être plus efficaces, plus performants, parce qu'ils ont déjà les codes de l'entreprise, etc. En fait, c'est un peu des choses qui ne sont pas forcément visibles pour les associations, mais quand nous, on regarde plusieurs associations en même temps et on voit que ces processus se retrouvent dans différents établissements et associations qu'on a pu observer. Dans la façon dont c'est vécu dans l'intégration, ce n'est pas forcément le cas. Souvent, ça se passe très bien, en fait, les intégrations des personnes qui ont cette compétence dans les associations. C'est-à-dire que, voilà, souvent, c'est vu comme des personnes qui ont des hauteurs de vue assez intéressantes, qui sont mises à disposition dans les associations. J'ai le souvenir d'une salariée volontaire qui travaillait chez et qui a été mise à disposition dans une association qui était plutôt composée de jeunes salariés. et qui avaient l'impression que c'était un peu leur grande sœur, donc ils se faisaient un peu coacher. Donc on a aussi des belles expériences d'intégration.
- Speaker #0
Ce que j'ai pu observer, c'est qu'effectivement, ce qui a l'air de quand même mieux fonctionner et fonctionner au mieux pour les associations, c'est les missions longues. Est-ce que toi, tu vois dans ton rapport d'autres critères que la durée d'intervention des salariés ? Je ne sais pas, sur la taille de l'assaut, sur... le secteur d'activité, le profit du salarié. Qu'est-ce que tu vois, toi, comme autre condition de réussite de la mission de mécénat de compétences ?
- Speaker #1
Déjà, il faut dire que toutes les associations qui ont recours aux mécénats de compétences dans notre enquête, elles sont relativement satisfaites de leurs expériences de mécénat de compétences. Mais il y a des différences selon le type de mission. Par exemple, pour les missions flash, les associations estiment que c'est utile, mais pas décisif pour l'association. donc on a 18% des associations qui estiment que c'est décisif d'avoir une mission flash. Pour 46% des missions longues, ça donne en fait l'effet. C'est-à-dire que la montée en puissance du dispositif est beaucoup plus forte sur les missions longues. Et ça, le Cali vient abonder en ce sens avec des associations qui sont plutôt très critiques sur la généralisation des missions flash, surtout dans le cadre de partenariats qui seraient un peu brusques, un peu imposés par en haut. Et donc, on a des associations comme BB Secours qui demandent à être payées. Pour le rôle d'accueil dans des missions flash, c'est-à-dire que les journées de solidarité, l'entreprise doit contribuer à financer ces journées de solidarité en plus de l'accueil.
- Speaker #0
Ce que ça veut dire, c'est qu'effectivement, le mécénat de compétences, dans la majorité des cas, il a un effet positif sur du court-moyen terme et qui ne change pas structurellement la santé ou la pérennité d'une association.
- Speaker #1
Exactement. Par contre, il y a quelque chose qui est très important à dire, c'est que ça... allège la charge de travail des associations. Et ça, c'est vrai pour plus de 7 associations sur 10. Après, c'est plutôt des effets de consolidation. C'est-à-dire que le ministère de compétences ne va pas amener des nouveaux fonds, ne va pas permettre l'ouverture à de nouveaux publics ou de nouveaux territoires. On a 6 associations sur 10 qui nous disent que ça permet de consolider les activités existantes en prolongeant les missions qui sont fondatrices. Autrement dit, ça permet quand même de... de consolider le projet phare de l'association, ce qui n'est pas non plus neutre. On n'est pas en train de dire que ce n'est pas bien, mais on n'est pas forcément sur un développement d'échelle, de passage à l'échelle, etc. Non, on est sur une consolidation.
- Speaker #0
Autrement dit, ça peut aussi permettre quand même la survie des associations, ce qui est déjà pas si mal quand même à l'heure actuelle.
- Speaker #1
Si on se parle un peu maintenant des inégalités structurelles d'accès, donc tu as commencé à en parler en introduction, ce que tu constates effectivement, c'est que les associations qui bénéficient du mécénat de compétences, c'est celles qui sont souvent les mieux staffées en ressources humaines. Est-ce que selon toi et selon ce rapport, on est dans une mécanique qui finalement renforce les inégalités ?
- Speaker #0
Le message de compétence, c'est pour les associations les plus structurées, les mieux dotées du point de vue budgétaire, des ressources humaines, celles qui sont aussi plus insérées dans des réseaux, à l'échelle évidemment de notre quantitatif, qui encore une fois est sur un petit échantillon, mais ça apparaissait très clairement. En fait, on se rend compte que le message de compétence renforce les inégalités dans le monde associatif en venant se concentrer. sur certaines organisations. Ça, c'est peut-être important de le dire, c'est que le message de compétence, finalement, ça touche assez peu d'associations dans le monde associatif. Si on considère le nombre d'associations touchées par le message de compétence, on serait à moins de 0,5 association sur 10, et surtout des employeuses, si on faisait une estimation un peu à la louche. Par contre, quand on regarde le volume, on a des associations qui vont mobiliser. parfois 200 salariés volontaires en leur sein. Certaines ont 80% de leurs ressources humaines qui sont composées de personnes avec cette compétence. Je pense que c'est important de le dire aussi, parce qu'autant ça ne touche pas beaucoup d'associations au sens large, autant certaines associations recourent à un gros volume de personnes avec cette compétence. Et puis encore, je le disais, il y a un effet de sélectivité par toutes les personnes qui accompagnent, qui font les intermédiaires. Dans le cadre du message de compétence, qui vont parfois renforcer en disant qu'il faut des associations matures, déjà structurées, qui ont des reins solides, etc. Ce qui renforce aussi cette concentration. Donc en fait, on n'en sort pas à partir du moment aussi où des accompagnateurs soit n'ont quasiment, carrément pas la connaissance. Et puis, il y a la question aussi de ces accompagnateurs qui vont orienter seulement vers certaines associations et fermer la porte à d'autres. Je me souviens d'une entreprise qui nous disait « Ah non, nous... » C'est une association qui est aujourd'hui fermée. On nous disait qu'on ne pouvait pas aller vers des associations qui n'ont que des bénévoles. Et donc du coup, l'entreprise, même si elle n'était pas contre, au final, comme il y avait un intermédiaire, elle n'était pas orientée vers des associations que bénévoles. Et je pense que ces dynamiques, elles sont encore plus marquées pour des associations sur des territoires particuliers. Alors déjà, les associations qui sont en milieu rural, ça, on a eu beaucoup de retours, alors à la fois dans l'enquête Canty, mais aussi dans l'enquête Cali. D'associations qui sont en milieu rural et qui nous disent en fait, on ne sait pas vers qui se tourner. On ne sait pas comment contacter les entreprises. On n'a pas forcément beaucoup d'entreprises sur notre territoire. Et donc, la question, c'est comment on accompagne aussi ces associations de milieu rural à aller sur des entreprises peut-être au niveau national, peut-être sur des entreprises locales. C'est une vraie question. Et puis, il y a aussi la question des territoires ultramarins. Dans les territoires ultramarins, il y a un vide considérable sur les questions, déjà de philanthropie, mais sur les questions d'accompagnement aux mécénats de compétences. Encore une fois, c'est une question de la faible densité d'entreprise, évidemment, mais c'est aussi des réseaux de partenariats qui sont moins structurés. Moi, je pense qu'il y a vraiment quelque chose à jouer du côté de l'accompagnement, parce qu'actuellement, on est quand même sur quelque chose qui vient renforcer l'inégalité au sein du monde associatif en concentrant les ressources toujours sur les mêmes. Et puis, aussi avec des inégalités territoriales, c'est-à-dire que les territoires les mieux dotés sont ceux aussi qui vont offrir à leurs associations plus de mécénat, de soutien. Ça pose quand même assez question.
- Speaker #1
Ce que ton rapport montre aussi, c'est que les associations qui vont aller sur des causes plus politisées, plus controversées, plus militantes aussi parfois, elles sont systématiquement moins soutenues. C'est des sujets qui font peur en entreprise. Dans quelle mesure est-ce qu'on parle de mécénat stratégique, selon toi, quand le choix des soutiens est plutôt guidé par l'image de l'entreprise ou par les effets et les répercussions en termes d'image d'une cause qui est traitée par les assos ? Est-ce qu'il y a des causes qui sont, dans ton observation aussi, plus simples à soutenir en entreprise ?
- Speaker #0
Oui, très clairement. C'est effectivement plus stratégique pour les entreprises que pour les associations. Déjà, ce qu'il faut dire, c'est qu'on a déjà un cadrage dominant de la charité. C'est-à-dire qu'on est quand même dans une logique un peu qui poursuit le travail des œuvres début du XXe. On donne aux plus démunis. On est quand même dans cette logique-là où c'est le riche qui donne aux pauvres. Évidemment, je simplifie, mais on a une association qu'on a renommée qui s'appelle le partage dans l'assiette. qui a vocation à accueillir, on va dire, une diversité de profils sociaux, c'est-à-dire que la porte est ouverte à tout le monde, que ces personnes disposent ou non de capital économique, que ces personnes disposent ou non d'un capital culturel élevé. L'idée, c'est que c'est un lieu de partage et de convivialité ouvert à tous. Et en fait, des entreprises qui construisaient un partenariat avec cette association essayaient un petit peu de tirer le fil en devant moi. En fait, votre accueil, vous le tournez quand même au vert des personnes qui en ont vraiment besoin. Et l'association disait, non, notre projet, nous, c'est d'être ouvert à tout le monde et de travailler la mixité sociale. Et l'entreprise était plutôt, non, non, nous, on veut soutenir, en fait, les personnes qui sont les plus précaires. Et l'association disait, mais nous, ce n'est pas ce qu'on fait, en fait. Nous, on est un lieu d'accueil. Et donc, voilà, là, on est clairement dans ce qui peut surprendre parce qu'on est dans cette logique charitable, qui a aussi une origine religieuse du côté des entreprises. Mais on a quand même des limites à ne pas dépasser. C'est un petit peu ce que tu disais tout à l'heure, c'est qu'il ne faut pas heurter les salariés. Il ne faut pas avoir des effets négatifs en termes d'image ou qui pourraient ouvrir des débats trop importants en interne avec une conflictualité politique importante. Donc, du coup, on va choisir du consensuel. Par exemple, l'égalité des chances. Qui est vraiment contre l'égalité des chances ? Oui, on va aider les jeunes à s'en sortir, même si on ne va pas forcément s'attaquer aux causes structurelles de l'égalité des chances. Voilà, on va quand même... Aller sur des causes plus consensuelles, on va éviter par exemple les questions de l'environnement. Alors tant que c'est du développement durable et ramasser des déchets, ça va. Mais en fait, si on ne va pas aller vers des associations qui sont trop militantes. J'ai un responsable d'une très grande banque qui me disait, en fait, l'environnement, c'est compliqué. Parce que ce n'est pas toujours des grosses associations et elles sont beaucoup plus militantistes que de l'action de terrain. Autrement dit, l'action de terrain, comme ramasser les déchets, on est OK. Mais le militantisme, ce qui cherche à bouger un petit peu les lignes, ça, c'est pas entendable. Nous, on ne peut pas soutenir ça. Et donc, du coup, on a souvent les entreprises dans l'environnement, elles ont des partenaires jugés plus pragmatiques, qui ont des sections de terrain bien visibles, qui ont un plaidoyer assez restreint. Et du coup, à l'inverse, on a des associations qui doivent faire attention à bien présenter la misère. Il ne faut pas trop heurter les entreprises, il ne faut pas trop heurter les salariés. qui seraient susceptibles d'être mis à disposition ou qui viennent en tant que participants aux journées de solidarité. Donc là, j'ai une salariée astride qui était coordinatrice des opérations chez Boubès Secours qui nous dit, tu sais les efforts que cela représente quand même de raconter aux gens sans les mettre en difficulté que ben oui, il y a des bébés qui ont faim en Ile-de-France à 500 mètres de chez eux. Et donc, il ne faut pas trop choquer, pas trop mettre en difficulté, être sur des causes consensuelles. Et donc, on a des associations, c'est intéressant, elles ne veulent pas effectivement dériver leurs projets, elles ne veulent pas se travestir, mais quand même, dans le discours, elles vont se déguiser un peu pour séduire, par exemple, les fondations d'entreprises. Je pense à une bénévole qui était membre d'une gouvernance associative qui nous dit, en fait, c'est à nous de trouver les bons arguments et de travailler sur pourquoi notre action répond à tel impact pour l'entreprise. Et donc, il y a toute l'importance, en fait, d'adapter le bon discours. bien plaire à l'entreprise. Ce qui, effectivement, là aussi, sur la question de cause, il y a des sujets qui sont passe-partout. Tu parlais de la question des causes LGBTQI+. Voilà. Tout ça, c'est des causes qui sont difficilement soutenables. Un autre exemple en tête, par exemple, l'exemple de la guerre en Ukraine. Dans une entreprise, les salariés se sont un peu mobilisés en disant à l'entreprise, qu'est-ce que vous faites sur la question de la guerre en Ukraine et comment on peut accueillir plus de personnes qui fuient la guerre. Et la personne qui organise l'engagement des collaborateurs me disait, c'est marrant parce que là, sur la question de la guerre en Ukraine, l'entreprise a bien voulu réagir. Mais sur la question migratoire, par exemple, elle ne s'était jamais prononcée ou n'avait jamais orienté l'engagement des collaborateurs là-dessus. Parce que ça peut être politiquement plus problématique que la guerre en Ukraine qui répondait à une urgence médiatique. Par exemple, une association qui... Défendre un féminisme qui serait trop militant, ça ne passera pas. Des associations qui sont ouvertement engagées dans des mouvements sociaux, ça aussi, ça va être plus compliqué. Parler de l'accompagnement, par exemple, des travailleurs du sexe, c'est des causes qui sont... Ce n'est pas inaccessible pour les entreprises, mais c'est compliqué d'orienter frontalement la stratégie de l'entreprise, la stratégie des réseaux d'entreprise là-dessus. Ce ne serait pas forcément mal perçu, mais ça ouvrirait un débat. Autour de cette question de la position politique, est-ce que c'est la position politique de l'entreprise, de ses dirigeants ?
- Speaker #1
Dans mon métier de consultante, ce que j'ai envie vraiment à faire, c'est d'accompagner ces fondations et ces entreprises avec qui je travaille à vraiment challenger leurs critères de sélection des assos. repenser des appels à projets qui vont parfois être amenés à disparaître aussi, selon moi. Qu'est-ce que toi, ton étude, elle apporte aussi comme argument qui pourrait venir nourrir ce travail-là autour de la simplification de la sélection et autour de ce sujet de la fin des appels à projets, notamment ?
- Speaker #0
Le problème de l'appel à projet, c'est que souvent, on est sur un one-shot. On finance une association en lui demandant de rentrer dans une direction. La problématique, c'est que du coup, on demande quand même à l'association de rentrer dans un angle et que l'entreprise n'ouvre pas la possibilité à des projets qu'elle n'a pas ciblés, qui peuvent être parfois très innovants d'un point de vue social, avec des fonctionnements tout à fait intéressants. Il y a la question effectivement du financement à long terme. La problématique que je vois dans le financement à long terme, en dehors des appels à projets, c'est que souvent, Le financement de long terme demande aussi un partenariat de long terme. Et on sait aussi que les portefeuilles des entreprises ou des fondations associatives, c'est assez limité. Pour ne pas être dans un saupoudrage très important, on va avoir un certain nombre d'associations qu'on peut financer. Et si on pense pluriannuel, ça veut dire que c'est toujours les mêmes associations qui reçoivent une somme les années passant. Ou sinon, il faudrait renouveler les accords. pluriannuel et changer peut-être à chaque fois de partenaire pour donner à tous à toutes les associations leur chance et donc aussi lutter contre ces inégalités dont on parlait tout à l'heure c'est-à-dire d'aller sur des territoires peut-être cibler des territoires moins chanceux en termes économiques ou alors aussi aller vers peut-être un soutien des associations en difficulté, ça pourrait être aussi une entrée On accompagne et on aide des associations qui sont peut-être en difficulté parce qu'il ne faut pas que leurs projets disparaissent.
- Speaker #1
Est-ce que tu observes que pour les associations, ces journées flash ou ces dispositifs court terme, ça peut leur permettre d'accéder à d'autres sources de financement ou à d'autres modalités de soutien ? Est-ce que ça peut être un pied dans la porte aussi pour elles, pour accéder à autre chose ?
- Speaker #0
Pas vraiment, parce que comme je te le disais, déjà, dans les associations qui ont recours, elles sont très souvent déjà en lien avec le monde de l'entreprise. Donc, ce n'est pas forcément mettre un pied dans la porte. Mais cette compétence flash, c'est souvent que les associations, elles disent oui parce qu'elles ne veulent pas perdre le reste du partenariat avec l'entreprise. C'est plutôt comme ça que j'aurais tendance à le voir au travers du matériau qu'on a pu récolter. Moi, j'avais vraiment des associations qui avaient un discours très dur à l'écart des... des missions flash. Et d'ailleurs, encore une fois, c'est le même principe avec la mise à disposition des fonctionnaires, puisqu'ils sont partis sur, par exemple, une journée à deux journées par mois, et les associations, elles disent « bah non, en fait » . En termes de socialisation, d'intégration de la personne, par exemple, ce n'est pas suffisant. Et puis, en termes du coût d'entrée et de formation pour l'association, l'apport n'est pas assez important. Le ratio bénéfice-coût, ce coût-bénéfice, ce n'est pas intéressant pour l'association.
- Speaker #1
Si on voulait du coup repenser un mécénat de compétences qui soit pleinement au service et de l'intérêt général et des associations et des causes qui sont défendues, par quoi est-ce qu'on commencerait selon toi ?
- Speaker #0
Je vais un peu me cacher derrière mes enquêtés, puisqu'on a essayé de recenser un petit peu toutes leurs propositions, notamment quand il y avait des propositions qui allaient pas mal dans le même sens. En fait, il faudrait que toutes les entreprises adoptent un cadre déontologique, peut-être le même, mais un cadre déontologique strict. avec des critères, des règles, le fait qu'il n'y ait pas de dérive de risque de remplacement des emplois, par exemple, dans les associations, qu'on évite d'être trop dans la logique de valorisation de l'image de l'entreprise. Et il y a peut-être une réflexion à mener sur une charte commune du mécénat de compétences qui serait peut-être même obligatoire. Et ça, c'était une proposition des enquêtés. Je pense que du côté associatif, il faut faire attention à une éventuelle... Je vais utiliser le terme d'industrialisation de mes sept compétences, mais faire attention à ce que les missions restent ponctuelles et non pérennes pour éviter justement le remplacement peut-être des postes salariés au sein des associations. Peut-être que les missions devraient se structurer du coup sur des activités de support et de structuration, par exemple de la communication, des outils d'évaluation. pour apporter des compétences nouvelles, mais sans interférer peut-être avec les missions de l'association. Vraiment être dans le renforcement du projet associatif. Que les entreprises soient à l'écoute des besoins des associations, ça je pense qu'on est d'accord là-dessus. Est-ce qu'il faut former les entreprises à la découverte du monde associatif, aux droits associatifs ? Je ne sais pas, c'est une véritable question. Mieux préparer les salariés, repenser le transfert de compétences dans les deux sens. Et puis, il y a vraiment une question autour de la défiscalisation du mécénat de compétences. Voilà, peut-être un contrôle plus strict des autorités fiscales sur ces dynamiques de défiscalisation via le mécénat de compétences. Voilà, pour être sûre qu'il y a une forme d'alignement avec des missions d'intérêt général. Il y a toute une partie sur le regard critique. du monde associatif sur le dispositif du message de compétence dans le rapport qui touche au type de soutien au monde associatif. Les associations se sentent un peu dépossédées d'une partie de leur financement actuellement, parce que les budgets, notamment des collectivités territoriales, se fragilisent, etc. Et que d'un autre, il y a quand même cette dynamique de défiscalisation des entreprises dans le message de compétence qui fait que, quelque part, l'État soutient d'une autre manière le monde associatif. en passant par l'intermédiaire des entreprises. Et du coup, ça questionne les associations en disant « Mais est-ce qu'on ne pourrait pas plutôt recevoir directement des subventions de l'État ou des subventions des collectivités plutôt que d'être médié comme ça par le message de compétence ? » Là, je voudrais nuancer ce retour de mes enquêtés. Il faut savoir quand même qu'il y a beaucoup d'entreprises qui ne défiscalisent pas le message de compétence sous des formes qui ne sont pas d'émissions longues. Les gens des solidarités, en fait, c'est trop compliqué administrativement. de demander les rescrits aux associations, de s'engager. Donc en fait, c'est juste pas purement et simplement pas défiscalisé.
- Speaker #1
Sur la défiscalisation, il y a une donnée qui m'a frappée et que j'ai partagée dans l'épisode précédent. C'est celle du baromètre admical, qui précise que seulement 45% des entreprises qui font du mécénat de compétences le défiscalisent. Ça veut dire que pour plus de la moitié, le gain fiscal, ce n'est pas une motivation en fait. soit parce que les formats sont trop courts, soit parce que les démarches administratives sont trop lourdes. En tout cas, ce n'est pas le moteur principal. Ce qui motive vraiment, on l'a entendu juste avant, c'est l'image, les RH et la gestion des carrières. La défiscalisation, du coup, c'est un bonus, mais ce n'est pas le cœur du dispositif.
- Speaker #0
Après, quand on regarde, par exemple, ce qui est adossé au budget, enfin au PLF, on est à plus de 2 milliards d'euros de soutien aux associations via la défiscalisation. Donc, ça fait quand même des gros montants. in fine. Alors, dedans, il n'y a pas que mes salles de compétences, évidemment.
- Speaker #1
Les Robins, c'est un podcast qui s'adresse effectivement aux dirigeants et dirigeantes de fondations d'entreprise et de fonds de dotation, du coup, qui nous écoutent là aujourd'hui. Qu'est-ce que ton étude et les assos qui ont été interrogés pourraient leur dire concrètement sur comment mieux faire, finalement, et comment mieux mettre en place des politiques de mécénat de compétences ?
- Speaker #0
Le message principal qu'il faudrait fabasser, c'est vraiment considérer les associations comme un partenaire au même titre qu'une autre entreprise ou qu'un partenaire public, déjà. Sortir aussi d'une forme de logique paternaliste. C'est le président d'Isolage qui disait aux entreprises mécènes, vous savez, nous aussi, on va vous faire grandir. Je pense qu'il y a de ça à garder en tête. Le mécénat de compétence, ce n'est pas seulement un apport vers les associations, c'est aussi un apport des associations vers les entreprises.
- Speaker #1
Très bien, je crois que ce serait très chouette de finir là-dessus. Il y avait une dernière question peut-être pour des dirigeants d'assos. Le podcast, ce que j'ai découvert, c'est qu'il est finalement énormément écouté aussi par des dirigeants d'associations. Qu'est-ce que tu aurais envie de leur dire, toi, du coup ?
- Speaker #0
Je pense que c'est un message d'amour que j'ai envie de transmettre au monde associatif. Vous valez tellement, faites-le savoir. Faites-le savoir aux entreprises. Et je pense que c'est important que les associations aient ça en tête dans les négociations. Je pense que les partenariats associations entreprises ont beaucoup à apporter, et inversement, ont beaucoup à apporter aux deux mondes.
- Speaker #1
En tout cas, merci beaucoup et pour ces rapports, et pour la vulgarisation que tu en as fait aujourd'hui, pendant ce temps ensemble. Merci beaucoup, parce que je pense que ça aide effectivement aussi à comprendre ce qui se joue du côté des associations, quels sont les effets du mécénat de compétences pour elles, et du coup à mieux comprendre pour des entreprises et des fondations. à quel endroit est-ce que ça a le plus de sens d'agir. Donc vraiment, merci beaucoup pour ça, Mathilde.
- Speaker #0
Je remercie à toi également pour cette opportunité. C'est toujours très chouette de pouvoir partager ces résultats, et surtout que ça serve. Et sachant qu'en plus, c'est bien ce rapport, il est sorti fin d'année. C'était un peu mon cadeau de Noël, mais la fin d'année, ce n'est pas forcément le meilleur moment pour sortir un rapport, donc c'est très chouette. Voilà. Merci à toi, Valentine. J'espère pouvoir te retrouver au micro des Robines pour le troisième volet de ce rapport. Avec grand plaisir. Avec très grand plaisir.
- Speaker #1
Voilà, deux heures d'entretien, quelques minutes extraites pour vous, les Robines. Ce qui me reste de cette conversation avec Mathilde, c'est une phrase du président du Nassau qu'elle a citée, adressée aux entreprises mécènes. où elle dit « Vous savez, nous aussi, on va vous faire grandir. » Et je trouve que c'est exactement ça, le fond du sujet quand on parle de messieurs-d'intérimité. Dans ses meilleures versions, en fait, ce n'est pas une entreprise qui va tendre la main à une asso pour la sauver ou pour lui rendre un coup de main. Je crois que c'est vraiment un enjeu de rencontre de deux mondes qui ont plein de choses à apprendre l'un de l'autre, à condition évidemment que les deux soient assis à la même table et jouent avec les mêmes règles du jeu. Ce que ce rapport montre, c'est que pour l'instant, on est encore loin de cette situation idéale. Ce serait trop facile de penser que les entreprises agissent avec de mauvaises intentions. Ce n'est pas du tout le sens de mon propos, ni de cet épisode. À mon sens, toutes les conditions ne sont pas encore réunies pour que le mécénat de compétences soit pleinement utile aux associations. Et je vois quatre raisons à ça. La première, c'est des missions qui vont être trop vite conclues. La deuxième, ça va être des salariés qui ne sont pas mal préparés avant d'aller en association. C'est des associations qui subissent plus qu'elles ne choisissent parce qu'elles ne sont pas là au moment où on décide des règles du jeu. Et enfin, des dispositifs qui profitent surtout à celles et ceux qui sont le plus visibles et qui en ont parfois le moins besoin. Alors, si tu diriges une fondation, un fonds de dotation ou que tu pilotes une politique de mécénat d'entreprise et que tu écoutes ce podcast, c'est probablement parce que toi aussi, tu veux interroger tes pratiques ou faire mieux demain. Alors, ce rapport, c'est une matière qui est précieuse parce que moi, je suis convaincue que quand on comprend la remise en question, elle est simple et le changement, il est beaucoup plus accessible. Et justement, pour passer de l'info à l'action, je t'invite à écouter l'épisode « Mécénat de compétences, 10 conseils à actionner dès aujourd'hui » . J'y partage 10 pistes très concrètes pour construire un mécénat de compétences qui tienne vraiment la route, du côté des assos comme du côté des entreprises. Merci pour votre écoute et à très vite les robines ! C'était les robines, le podcast qui transforme le capital en bien commun. réalisé par Valentine Maillard de l'agence C'était mieux demain. Pour la petite histoire, les robines, c'est exactement l'espace dont j'aurais eu besoin lorsque j'étais déléguée générale de fondation d'entreprise. Un espace pour réunir les responsables de mécénat en quête de pratiques plus responsables. Dans cette communauté, on est convaincus que le mécénat, ça ne doit pas être juste un outil de défiscalisation, ni une vitrine sur LinkedIn. Pour nous, c'est un moteur de justice sociale et environnementale. Pour en savoir plus sur la communauté des robines et sur C'était mieux demain, rendez-vous dans les notes de l'épisode et sur c'était mieux demain.com un grand merci à Sophie de Maison Bavard pour la production et le montage de cet épisode merci à nos invités pour le partage d'expérience et merci à vous toutes et tous pour votre écoute à bientôt les robines