- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans les Shots de français, le podcast proposé par Science Peace et animé par moi-même, Mathilde, et mon camarade Mathis.
- Speaker #1
Salut à tous !
- Speaker #0
On est là pour vous faire réviser le bac de français en traitant une des œuvres du programme en 5 minutes chrono. Bon, aujourd'hui Mathis, on va parler de quelqu'un qui a envoyé beaucoup de lettres sans vraiment en recevoir un retour. T'as une petite idée ?
- Speaker #1
Euh... Toi ?
- Speaker #0
Alors euh... Non, moi tout va bien. Par contre, nous, on va parler des lettres d'une péruvienne de Françoise de Graffigny.
- Speaker #1
Ah oui, alors j'en avais entendu parler. C'est un peu la même vibe que les lettres persanes de Montesquieu, non ?
- Speaker #0
Ouais, carrément. Les lettres d'une péruvienne, c'est un roman épistolaire publié en 1752 qui a connu un grand succès à l'époque.
- Speaker #1
Attends, attends. Juste, déjà, c'est quoi un roman épistolaire ? Moi, je sais, mais je demande pour un ami.
- Speaker #0
C'est un roman par lettres, tout simplement. Et tu vas voir... que cette forme permet de raconter plein de choses. Et justement, nous, on va se demander comment l'autrice utilise le roman épistolaire pour critiquer la société française et raconter l'émancipation féminine.
- Speaker #1
Et pour ça, il faut déjà comprendre le regard décentré de Zilia.
- Speaker #0
Ah oui, alors ça c'est hyper intéressant dans le livre. Bon, déjà pour revenir aux bases, Zilia, c'est la narratrice. C'est une princesse péruvienne et donc c'est elle qui écrit les lettres.
- Speaker #1
Et dans ses lettres, qu'elle écrit à Asa, le mec dont elle est amoureuse, elle raconte son voyage du Pérou jusqu'en France avec un regard un peu... Comment je peux dire ça ?
- Speaker #0
Un peu naïf ! En fait, elle ne connaît pas du tout la France. Donc elle arrive avec son regard d'étrangère.
- Speaker #1
Ah oui, mais c'est pour ça que quand elle arrive à Paris, elle décrit la ville par toute sa démesure, ses excès et son spectacle permanent. Enfin, elle est presque perdue, quoi.
- Speaker #0
C'est ça. Mais justement, c'est vraiment ça qui lui permet d'apprendre. Au début, elle écrit tranquille ses lettres à hasard. Mais petit à petit, elle apprend le français. Elle découvre la culture. Et ça lui permet un peu de s'autonomiser intellectuellement.
- Speaker #1
Ouais, en fait, elle découvre complètement. Elle passe de l'ignorance à la connaissance. Carrément, dans la lettre 18, elle écrit, je cite, « À mesure que j'en ai acquis l'intelligence, un nouvel univers s'est offert à mes yeux. » Et d'ailleurs, c'est le titre du parcours pour le bac.
- Speaker #0
Et justement, ce nouvel univers, il lui permet de faire la critique sociale de ce qu'elle découvre. Et ça, c'est notre deuxième point clé.
- Speaker #1
C'est ça. En fait, à travers le regard naïf du personnage de Zilia, Françoise de Graffigny dit bien ce qu'elle pense de la France discrètement.
- Speaker #0
Et elle critique quoi, par exemple ?
- Speaker #1
Alors déjà, elle critique pas mal la colonisation. Elle se rend compte que les Européens prétendent apporter une forme de civilisation, mais qu'en fait, c'est un peu des barbares qui saccagent les autres cultures.
- Speaker #0
Ah oui, et puis c'est vrai que même au début, dans la lettre 3, Quand elle est maltraitée et enfermée par les Espagnols, elle écrit, je cite, « Je fus placée dans un lieu plus étroit et plus incommode que n'était ma prison. »
- Speaker #1
Exactement. Et elle va aussi beaucoup critiquer la société française, surtout les Parisiens, qu'elle trouve très très très superficiels.
- Speaker #0
Ouais, elle écrit même dans la lettre 16, je cite, « Je soupçonne cette nation de n'être point telle qu'elle paraît. L'affectation me paraît son caractère dominant. »
- Speaker #1
Ouais, et puis même, elle est trop saoulée des Français en général. Elle trouve qu'ils s'agitent beaucoup, qu'ils font des fausses politesses, mais toujours avec un grand sourire. Elle dit même, je cite, En fait,
- Speaker #0
j'ai remarqué que plus ça va, plus elle est critique avec la société française dans laquelle elle évolue.
- Speaker #1
C'est ça. En fait, elle apprend les choses au fur et à mesure du roman, et tout ça, ça lui permet de cheminer vers l'émancipation. Et c'est notre troisième point clé.
- Speaker #0
Alors oui, quand on y pense, au début du roman, Zilia, c'est une jeune princesse périvienne qui ne connaît que son propre système.
- Speaker #1
D'ailleurs, c'est pour ça qu'elle écrit ses premières lettres avec des kipos, des sortes de cordons colorés qui servent de système d'écriture à son peuple.
- Speaker #0
Et puis, une fois qu'elle arrive en France, elle commence à apprendre le français. Bon, au début, elle n'est pas hyper forte. Elle ne comprend que quelques bouts de phrases. Mais franchement, elle a l'air de s'améliorer plutôt vite.
- Speaker #1
Ouais, et franchement, je la soupçonne même d'avoir regardé ses films en VF.
- Speaker #0
Bah oui Mathis, tout le monde sait qu'il y avait Netflix à l'époque. Bref, avec tout ça, Zilia peut observer et comprendre la société française. Et le fait d'être autant immergée et d'apprendre par elle-même, ça lui permet non seulement de découvrir un nouvel univers, mais surtout de se détacher de ses préjugés.
- Speaker #1
Carrément. Et sur le sujet de l'émancipation, il faut aussi qu'on parle de son émancipation en tant que femme.
- Speaker #0
Ah oui, clairement. Déjà, pendant tout le livre, elle écrit à son vieux mec, Azal. qu'elle doit épouser. Au final, il se marie avec une espagnole.
- Speaker #1
Et même à ce moment-là, elle refuse d'épouser Déterville, le mec qui l'a hébergé en France et qui est complètement amoureux d'elle.
- Speaker #0
C'est ça, elle a juste envie de vivre sa vie à elle, d'être indépendante. Et c'est pour ça qu'à force, elle devient une femme de l'être. Mais dans le sens, une intellectuelle quoi.
- Speaker #1
Ouais, à la fin, elle est vraiment en mode boss lazy. Elle veut tout apprendre, elle écrit même dans la dernière lettre de l'édition augmentée de 1752, je cite « La vie suffit-elle pour acquérir une connaissance légère mais intéressante de l'univers, de ce qui m'environne, de ma propre existence ? »
- Speaker #0
En vrai finalement, je l'aime bien. Bon allez. On se résume l'épisode ?
- Speaker #1
Allez. Alors d'abord, on a vu que Zilia avait un regard décentré sur le monde qui l'entourait.
- Speaker #0
Et c'est grâce à ce regard décentré et à la forme du roman épistolaire que Françoise de Graffigny réussit à faire une critique de la société de son époque.
- Speaker #1
Et avec tout ça, Zilia s'émancipe et elle devient une femme de lettres. Un peu comme l'autrice elle-même.
- Speaker #0
Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. N'hésitez pas à partager ce podcast avec vos amis qui sont en train de réviser. N'oubliez pas de faire un tour sur notre Instagram, arrobaïde science-piste, pour enregistrer la mini-quiche de synthèse associée à ce podcast, et à vous abonner.