- Speaker #0
Bienvenue dans ce nouvel épisode des signaux du changement. Avant le débat, voici l'essentiel en quelques minutes. Voici la question du jour. Peut-on affluencer ce qu'un outil d'intelligence artificielle répond sur votre entreprise ? Trois lettres d'abord. GOO pour Generative Engine Optimization. Elles viennent de l'anglais. En français, elles désignent un effort précis. Il s'agit d'entrer dans les réponses que rédigent ces outils. Le référencement classique vise une bonne place dans une liste de liens. Le géo vise une place dans la réponse elle-même. Car l'outil ne donne plus une liste, il écrit une réponse. Premier constat, ce nouveau métier repose sur une promesse fragile. Un article de 2023 promettait un gain de visibilité, jusqu'à 40%. Mais l'essai se faisait en laboratoire. Une autre équipe l'a refait. Presque sans résultat. Deuxième constat. Ce qui marche le mieux, écrire là où personne n'a encore rien écrit. Un journaliste a écrit une fausse page en 20 minutes. Le lendemain, la plupart des outils la répétaient. Mais la méthode échoue dès qu'une source sérieuse existe déjà sur le sujet. Troisième constat. Certaines entreprises franchissent la ligne. Elles cachent des consignes dans leur site. Microsoft a repéré 31 entreprises en deux mois. Microsoft compte des tentatives et personne ne sait si elles marchent. Google considère désormais ces pratiques comme de la tricherie. Une réserve, enfin. Tout cela repose sur des essais de laboratoire et sur quelques anecdotes. Personne n'a mesuré l'effet sur les ventes. Voici maintenant trois gestes pour agir. Premier geste. Posez à trois outils d'intelligence artificielle les questions de vos clients. Notez ce qu'ils répondent sur vous. Notez les sources qu'il cite. C'est votre point de départ. Refaites l'exercice après avoir agi et comparez. Deuxième geste. Cherchez les sujets où personne n'a rien écrit de solide sur vous. Écrivez-y vous-même des faits vérifiables. Faites-les paraître aussi chez des tiers sérieux, comme des médias reconnus. Troisième geste. Vous avez un prestataire géo ? Demandez-lui ce qu'il fait en votre nom. Posez-lui trois questions. Quelle preuve avez-vous du résultat ? Y a-t-il des consignes cachées dans nos pages ? Y a-t-il des avis ou des classements écrits par nous-mêmes ? Le débat qui suit reprend ses points, avec les études, les cas et les objections. Bonne écoute !
- Speaker #1
Peut-on influencer ce qu'un outil d'intelligence artificielle répond sur une entreprise ?
- Speaker #2
C'est vraiment la grande interrogation du moment.
- Speaker #1
Ouais, on passe vraiment d'une époque où on cherchait des documents à une époque où des machines rédigent directement des réponses pour nous en fait.
- Speaker #2
C'est exactement ça, le... Le paradigme change totalement.
- Speaker #1
Alors, pour bien poser les bases de notre échange, on va d'abord définir quelques concepts. Parlons du référencement pour commencer.
- Speaker #2
Le référencement classique, ouais.
- Speaker #1
Voilà. Historiquement, c'est l'art d'apparaître en bonne place dans un moteur de recherche. On tape une requête et boum, on obtient une liste de liens cliquables.
- Speaker #2
C'est le catalogue de la bibliothèque, quoi. Le moteur, il t'indique l'étagère où se trouve le livre. C'est ça. Mais il ne lit pas le livre à ta place. Et le but de toute entreprise a toujours été de figurer au sommet de cette liste.
- Speaker #1
Exactement. Et ensuite, il y a le GEO, qui a exactement la même ambition, mais pour les outils d'intelligence artificielle. Sauf que là, la mécanique change.
- Speaker #2
Totalement, oui.
- Speaker #1
Ces outils ne donnent pas une liste de liens vers d'autres sites. Ils les rédigent une réponse complète. Et l'objectif, du coup, c'est de réussir à faire entrer une entreprise directement à l'intérieur de cette réponse.
- Speaker #2
C'est ça. Et c'est justement là-dessus qu'on se pose.
- Speaker #1
Moi, je défends l'idée que c'est bien un nouveau métier, en fait.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #1
Les règles diffèrent, les outils d'intelligence artificielle... Ils ne choisissent pas leur source comme de simples moteurs. Ils digèrent le texte, ils recréent une narration.
- Speaker #2
C'est vrai, mais...
- Speaker #1
Attends, l'enjeu, c'est d'occuper ce terrain. Une entreprise qui ne nourrit pas sa réponse, elle laisse d'autres la nourrir à sa place. La place ne reste jamais vide.
- Speaker #2
Je comprends. Mais moi, mon objection fondamentale, elle repose sur les méthodes. La partie honnête de ce métier, ça reste le référencement de toujours.
- Speaker #1
C'est-à-dire ?
- Speaker #2
Avoir des contenus bien écrits, fiables. Tandis que la partie nouvelle... Celle qu'on nous vend comme inédite, c'est de la triche en fait.
- Speaker #1
De la triche, carrément.
- Speaker #2
Bah oui, c'est une manipulation qui marche surtout là où personne n'a rien écrit. Si ce métier marchait réellement, quelqu'un l'aurait prouvé hors d'un laboratoire.
- Speaker #1
Alors justement, remontons à l'origine de cette promesse, là où le mot a été inventé.
- Speaker #2
L'article fondateur.
- Speaker #1
Voilà, publié en 2023. Des chercheurs publient une étude qui propose une approche systématique pour modifier la façon dont les machines perçoivent un texte.
- Speaker #2
Et concrètement, ils ont fait quoi avec ces textes ?
- Speaker #1
Ils ont pris des textes existants et ils les ont modifiés. Ils y ont ajouté des éléments très formels.
- Speaker #2
Comme tes citations.
- Speaker #1
Exactement, des citations, des chiffres, des sources explicites au cœur des paragraphes. Ça donne un côté très académique.
- Speaker #2
D'accord.
- Speaker #1
Et ensuite, ils ont mesuré la place que ces textes modifiés occupaient dans les réponses d'un moteur simulé.
- Speaker #2
Dès le résultat de cette manipulation ?
- Speaker #1
Ils annoncent jusqu'à 40% de visibilité en plus.
- Speaker #2
Ah oui, quand même.
- Speaker #1
Sur le papier, ça représente un gros tiers de place supplémentaire. L'outil accorde beaucoup plus de mots pour parler de l'entité mentionnée. Donc pour moi, c'est bien la preuve que la forme compte. Ces outils lisent autrement, tu vois. Tout métier commence par des essais. Et là, l'article prouve qu'une action sur le texte provoque une réaction.
- Speaker #2
Alors oui, mais il faut regarder la suite des événements pour nuancer un peu cet enthousiasme.
- Speaker #1
Pourquoi ?
- Speaker #2
Une autre équipe a refait l'essai. La base de la science, c'est de pouvoir reproduire, non ?
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #2
Et leurs découvertes contredisent complètement la promesse de 2023. En fait, la plupart de ces méthodes ne servent à rien.
- Speaker #1
Elles ne modifient pas la réponse ?
- Speaker #2
Non, et pire, elles nuisent souvent au texte.
- Speaker #1
D'accord, mais...
- Speaker #2
Et une revue de tous les travaux montre qu'on sait gagner de la place, oui, une fois choisi par l'outil.
- Speaker #1
C'est déjà ça ?
- Speaker #2
Sauf que personne ne sait comment être choisi. La sélection initiale par l'outil d'intelligence artificielle, elle reste complètement opaque. D'ailleurs, Google indique que pour ses propres produits, ça reste du référencement tout à fait classique.
- Speaker #1
Moi, j'aime bien utiliser l'image de la salle d'attente pour ça.
- Speaker #2
Vas-y, je t'écoute.
- Speaker #1
En fait, grâce à ces ajustements, on sait mieux se tenir une fois entré dans la salle d'attente. On présente un dossier bien rangé, des citations prêtes. Et la machine va préférer le candidat qui lui facilite la tâche.
- Speaker #2
C'est une belle image, ouais. Sauf qu'on sait peut-être comment se tenir dans la salle d'attente, mais personne ne sait ouvrir la porte.
- Speaker #1
Ah, tu trouves ?
- Speaker #2
Bah oui, si le document n'entre pas dans le bâtiment, son allure dans la salle d'attente ne sert à rien.
- Speaker #0
Retenons l'essentiel de cette première partie. Pour répondre, un outil d'intelligence artificielle suit souvent deux étapes. Première étape. Il choisit quelques pages qui parlent du sujet. Deuxième étape, il lit ces pages et rédige sa réponse. Les méthodes testées en laboratoire retouchent une page. Elles y ajoutent des chiffres, des citations, des sources. Ces retouches jouent peut-être sur la deuxième étape. L'outil consacre alors plus de mots à cette page dans sa réponse. En revanche, personne ne sait comment l'outil choisit ses pages. Rien ne prouve que les retouches aident à ce choix. Or, l'outil ne lit pas une page qu'il n'a pas choisie. Cette page reste donc absente de sa réponse. Nos deux experts ont résumé cela par une image. La salle d'attente réunit les pages que l'outil a choisies. La porte, c'est ce premier choix. Personne ne sait encore l'ouvrir. Alors, qu'est-ce qui marche ? Dans la partie qui suit, nos deux experts racontent une expérience. Un journaliste s'invente un titre de champion. Il publie ce faux titre sur son site. Écoutez ce que les outils en font.
- Speaker #1
Bon alors glissons du laboratoire vers le monde réel.
- Speaker #2
Si les méthodes complexes échouent, regardons ce qui fonctionne vraiment.
- Speaker #1
La force des espaces vides.
- Speaker #2
Exactement.
- Speaker #1
Ce qui marche le mieux, c'est d'écrire là où personne n'a rien écrit. L'histoire du champion de hot dog illustre ça parfaitement. En février, un journaliste de la BBC mène une expérience. Il y consacre exactement 20 minutes, le temps de boire un café quoi.
- Speaker #2
Ouais, 20 minutes.
- Speaker #1
Il écrit une page sur son site personnel et il invente un classement mondial qui le sacre. « Journaliste mangeant le plus de hot-dog » .
- Speaker #2
Du grand journalisme !
- Speaker #1
Et il publie ça. Le lendemain, la plupart des outils testés répètent ce titre de champion. Chat GPT valide, les outils de Google valident.
- Speaker #2
Ouais.
- Speaker #1
L'analogie de la page blanche prend tout son sens. 20 minutes en suffit en fait. Pour beaucoup d'entreprises, la toile est une page blanche. Le premier qui écrit décide de la vérité.
- Speaker #2
C'est vrai. Sauf qu'il faut confronter ça à la suite de l'histoire.
- Speaker #1
C'est-à-dire ?
- Speaker #2
Une consorte américaine a tenté le même coup peut-être. de temps après. Elle invente un exploit similaire, elle publie, et elle interroge les machines.
- Speaker #1
Et alors ?
- Speaker #2
Et elle échoue. Les outils ne la déclarent pas gagnante.
- Speaker #1
Pourquoi lui et pas elle ?
- Speaker #2
Parce que les outils ont lu l'article de la BBC entre-temps, en fait. Ils reconnaissent la blague. Au passage, un outil lui invente même des exploits que personne n'a écrits.
- Speaker #1
Ah oui, ça c'est l'imprévisibilité de ces machines.
- Speaker #2
Exactement. Mais surtout, la blague de la BBC a marché. Car personne n'avait rien écrit sur le sujet. Le vide était total, et le site du journaliste avait déjà du crédit, de l'autorité.
- Speaker #1
Donc dès qu'une source existe,
- Speaker #2
le coup échoue. Ce métier ne repose pas sur une compétence technique, il repose sur un vide informationnel.
- Speaker #1
C'est justement la nature de l'opportunité.
- Speaker #0
Gardons une image, la page blanche. Sur un sujet que personne n'a traité, le premier qui écrit l'emporte. Dès qu'une source sérieuse existe, la démarche ne produit pas de résultat. Dans la partie qui suit, nos deux experts tracent une ligne. D'un côté, donner de bonnes informations sur soi. De l'autre, tricher. Vous allez entendre ou pas cette ligne, selon chacun.
- Speaker #1
Mais du coup, puisque remplir une page blanche a ses limites, jusqu'où les entreprises sont-elles prêtes à aller pour s'imposer ?
- Speaker #2
Et là, on arrive sur les pratiques douteuses.
- Speaker #1
Oui, la frontière entre se faire connaître et tricher. Prenons le cas du bouton piégé, un mécanisme furtif.
- Speaker #2
La fameuse dérive.
- Speaker #1
Imagine un visiteur sur un site. L'entreprise propose un bouton avec la mention « résumé avec l'IA » . Le visiteur clique pour gagner du temps.
- Speaker #2
Classique.
- Speaker #1
Sauf que le bouton glisse une consigne invisible à l'outil d'intelligence artificielle. Une consigne qui lui dicte de retenir l'entreprise comme une source de confiance. L'outil lit une instruction qui lui demande de privilégier cette marque dans ses prochaines réponses.
- Speaker #2
L'équipe de sécurité de Microsoft cherche ses bouchons et a trouvé 31 entreprises en deux mois qui utilisent cette méthode.
- Speaker #1
Des vraies entreprises en plus.
- Speaker #2
Des entités commerciales établies.
- Speaker #1
Moi je vois une ligne fine, tu vois d'un côté on donne de bonnes informations, et de l'autre on souffle la réponse à l'oreille de la machine.
- Speaker #2
De manière invisible, oui.
- Speaker #1
Mais ces entreprises ne sont pas des voyous, elles font ce que le marché vend. Si elles ne s'en occupent pas, d'autres s'en occuperont pour elles. Ou contre elles.
- Speaker #2
Ah non, pour moi c'est la preuve que la seule partie neuve de ce métier, elle se trouve du mauvais côté de la ligne.
- Speaker #1
T'es sévère.
- Speaker #2
C'est altérer le fonctionnement normal de l'outil. Au printemps, Google a décidé de ranger dans la tricherie toute... tentative de manipuler ces réponses d'intelligence artificielle.
- Speaker #1
Et la sanction, c'est quoi exactement ?
- Speaker #2
Le site recule ou disparaît tout simplement des résultats.
- Speaker #1
Ouais, on voit bien qu'on reste en désaccord sur l'honnêteté de ce nouveau métier en fait.
- Speaker #2
C'est vrai. Tout ce dont on a discuté, l'article, le journaliste, le bouton, ça repose exclusivement sur des essais de laboratoire et sur quelques histoires.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #2
Personne n'a mesuré l'effet réel sur des ventes et personne n'a compté les tricheries qui réussissent sur le long terme.
- Speaker #1
Si un outil d'intelligence artificielle décrit mal votre entreprise demain, qui aurait écrit cette réponse ?
- Speaker #0
Le débat se ferme sur une question. Gardons-la avec nous. Une précision encore. Un outil peut se tromper sur vous, sans aucune triche. Il comble alors le vide tout seul. Le risque n'est donc pas seulement la manipulation, c'est aussi le silence. Les signaux du changement... est un podcast de Spentia. Le lien est dans les notes de l'épisode. Si cet épisode vous a été utile, partagez-le. A bientôt pour un prochain signal.