- Speaker #0
Ceci est un podcast des chaires Mutations agricoles et Agricultures au féminin de l'École supérieure des agricultures réalisé dans le cadre de l'exposition Femmes et agriculture. Un projet qui vise à mettre à l'honneur des femmes ayant œuvré pour l'agriculture, qu'elles soient issues ou non de ce milieu. Je suis Annie Sigwald, enseignante chercheuse à l'École supérieure des agricultures et vous allez découvrir le parcours de Marie-Thérèse Bonneau. Bonne écoute ! Marie-Thérèse Bonneau a 59 ans au moment de cet entretien. Fille de parents agriculteurs, elle rejoint son mari en 1996 sur une exploitation laitière de Vendée pour devenir agricultrice à son tour. Bien que ce ne soit pas le futur qu'elle envisageait au départ, Marie-Thérèse va s'épanouir dans son métier jusqu'à s'engager dans différents syndicats agricoles et organisations politiques pour porter la parole des agriculteurs et des agricultrices. En 2024, elle est élue présidente du Conseil économique, social et environnemental régional des Pays de la Loire, ce qui fait d'elle la première femme à remplir ce rôle. Marie-Thérèse a grandi en Vendée, sur la ferme de ses parents. Fille d'agriculteur-trice, elle n'est pas pour autant élevée dans l'amour de l'agriculture. Les frères de son père n'ayant pu reprendre la ferme familiale, c'est son père qui a finalement dû assumer cette tâche. Ainsi, il avait beaucoup de détachement vis-à-vis de son métier et n'encourageait pas ses enfants à aider dans les tâches agricoles ou même à reprendre l'exploitation. C'est en partie la raison pour laquelle Marie-Thérèse ne souhaite pas, au départ, devenir agricultrice.
- Speaker #1
Quand j'étais enfant, je voyais beaucoup les difficultés et les engagements que ça représentait. C'est-à-dire les difficultés dans le sens où il y avait des difficultés liées à la saison, à la météo, aux problèmes avec les animaux et aussi au fait que c'était extrêmement prenant. Et que mes parents n'avaient pas de ce qu'on appelle "le temps libre" et que le seul moyen pour nous de passer du temps avec eux c'était de les accompagner au travail donc ça je trouvais que c'était très contraignant, ce qui a fait que je n'ai pas du tout choisi je dirais une... Une carrière, quand j'étais dans la période où on est sur l'orientation, c'était quelque part tout sauf l'agriculture.
- Speaker #0
C'est donc comme ça que Marie-Thérèse choisit de s'orienter vers des études de comptabilité et de gestion via un bac technologique. Ses premières expériences professionnelles se font dans le commerce de vêtements, mais quand ses enfants naissent, elle décide de se rediriger vers le commerce de restauration. Cela étant plus facile pour adapter ses horaires à ceux de ses enfants. En parallèle, elle s'occupe de la comptabilité de l'exploitation, grâce aux compétences qu'elle a acquises durant ses études pour aider son mari à l'époque seul sur sa ferme. Mais entre ses enfants, son travail en restauration et son activité comptable, la gestion du temps devient difficile. C'est à ce moment que Marie-Thérèse décide d'entamer une formation agricole dans le but de s'installer avec son mari. N'ayant pas été poussée par ses parents, elle n'a pas appris toutes les compétences techniques, agronomiques et zootechniques que requiert l'élevage. Ainsi, elle s'installe avec son mari Gilles Bonneau en juillet 1996 pour former l'exploitation agricole à responsabilité limitée ou EARL : Le fief de la vallée, à Commequiers en Vendée. Une EARL étant le seul statut juridique possible pour elle en 7 ans.
- Speaker #1
Les rejoindre sur la société dans le sens où on était dans la période où il n'était pas possible de faire des GAEC contre époux. Sinon je pense que c'est ce que nous aurions fait. Mais les droits des exploitantes n'étant pas équivalents à ceux des exploitants dans cette période-là. Ce n'était pas possible de pouvoir faire un GAEC à l'intérieur d'un même foyer fiscal. Donc c'est ce qui a fait que nous nous sommes installés en EARL.
- Speaker #0
Très vite, Marie-Thérèse se rend compte des inégalités sexuées qui pèsent dans le milieu agricole. Cela ne s'arrête pas à l'impossibilité pour les femmes de s'installer en GAEC avec leur époux, ce qui ne sera d'ailleurs possible qu'à partir de 2010, soit 48 ans après la création du statut de GAEC. A l'époque, les règles concernant l'installation en production laitière des exploitants et exploitantes agricoles pouvaient varier en fonction du département. En Vendée, Marie-Thérèse s'aperçoit qu'elle ne peut pas bénéficier des droits à produire au même titre que son mari, car à l'époque, les hommes qui s'installent peuvent bénéficier de droits à produire supplémentaires, c'est-à-dire avoir un quota de production laitière plus important, alors que c'est impossible pour les femmes qui s'installent.
- Speaker #1
Moi j'ai demandé à avoir les droits à produire qui étaient liés à l'installation aidée. Bon ça a été un petit peu compliqué au début, comme je vous le disais, il n'y avait pas de possibilité de faire un GAEC entre époux, mais il y avait aussi une autre règle qui était qu'il n'y avait pas de possibilité pour une épouse qui s'installait dans le cadre d'une EARL en ayant la compétence professionnelle d'avoir des droits à produire. À l'époque, on avait le droit de cotiser pour avoir un statut, mais pas les moyens de mettre en œuvre notre activité. Ça a été mon premier combat syndical. Je suis passée quatre fois en commission CDOA à l'époque, c'était les commissions d'orientation agricole, parce que comme on était dans le cadre du régime des quotas, les quotas laitiers étaient gérés par l'administration, donc par la DDTM, qui s'appelait la DDA à l'époque. Et il fallait que les dossiers passent en commission d'examen départemental. Et les règles d'attribution à l'époque étaient, il est possible pour une femme de s'installer avec son frère, avec son voisin, avec son père, ou pas avec son mari.
- Speaker #0
Ses parents étaient eux aussi engagés dans une activité syndicale agricole. Son père était président de la FDSEA. La Fédération départementale de syndicats d'exploitants agricoles, et sa mère était membre d'un groupement de vulgarisation agricole. Marie-Thérèse a grandi avec ces exemples et la possibilité de s'exprimer comme elle le voulait au sein de sa famille. C'est ainsi qu'elle s'engage pour la cause agricole et entre en contact avec les responsables syndicaux départementaux. Elle souhaite diffuser la parole des agriculteurs et agricultrices au plus grand nombre tout en se battant pour l'amélioration des conditions d'exercice du métier des agricultrices.
- Speaker #1
La réflexion qui a été la mienne, et je pense que c'est aussi le fruit de mon éducation, c'est que je me suis dit, moi j'étais armée pour me défendre. J'ai été dans une famille où on avait le droit de nous exprimer, on va dire de façon très libre. Et en même temps, mes parents étaient très engagés aussi sur la justice sociale, sur le soin aux autres et tout ça. Et moi, je me suis dit, mais moi, j'étais armée pour pouvoir me défendre, mais je suppose qu'il y a plein de femmes qui sont dans ma situation, qui en fait subissent cette injustice et n'ont pas les clés et les ressources pour pouvoir se mobiliser contre ça. Et donc je me suis dit, moi, quelque part, c'est mon devoir de les aider et de faire que cette règle devienne une règle générale et pas une exception parce que j'ai pu ressortir les ressorts qui permettent ça. À partir de là, c'est ce qui a fait mon engagement dans le syndicalisme parce que je me suis dit, il faut faire changer les règles, tout le monde, pas seulement pour moi. C'est le fait de faire partager, si vous voulez, les... Entre parenthèses, que les gains sociaux ne soient pas pour une personne, mais pour l'ensemble. Et ça, ça a été un de mes premiers moteurs, si vous voulez, de mon engagement.
- Speaker #0
Marie-Thérèse se rendait compte de l'image faussée et de la méconnaissance que peuvent avoir les gens sur les métiers de l'agriculture. Au sein de son entourage, elle s'apercevait que beaucoup d'enfants d'agriculteurs et d'agricultrices avaient même honte d'évoquer le métier de leurs parents. Ce qu'elle tente de faire via sa position, c'est donc de démanteler ses idées reçues en témoignant de sa propre expérience pour faire comprendre au grand public les enjeux et les contraintes de son métier. Dans sa vie syndicale et politique, Marie-Thérèse a souvent représenté les agriculteur-trice, comme de 2010 à 2021, lorsqu'elle siège à l'Assemblée du CESE, le Conseil économique, social et environnemental, en tant que vice-présidente de la Fédération nationale des producteurs laitiers. Elle est également présidente du groupe agriculture et du Collège de producteurs du CNIEL, le Centre national interprofessionnel de l'économie laitière. Elle est donc constamment àmenée a échangéer avec les acteurs et actrices du monde agricole. En février 2024, elle est élue première présidente du CESER, le Conseil économique, social et environnemental régional. Dans cette assemblée, elle siège au titre des chambres d'agriculture et de la Chambre des Pays de la Loire, et sa mission vise à représenter les intérêts des agricultrices et des agriculteurs. Dans les controverses publiques, comme dans les discussions entre amis, chacun est désormais sommé de rejoindre tel ou tel camp. Les arguments sont de plus en plus manichéens. La polarisation idéologique annule d'emblée la possibilité même d'une position nuancée. « Nous étouffons parmi des gens qui pensent avoir absolument raison » , disait naguère Albert Camus. Et nous sommes nombreux à ressentir la même chose aujourd'hui, tant l'air est irrespirable. Un extrait de "Le Courage de la nuance" de Jean Birnbaum, recommandé par Marie-Thérèse Bonneau. Aujourd'hui, les agriculteurs et agricultrices ne représentent que 2% des actifs. Ce chiffre n'a cessé de diminuer drastiquement depuis les deux guerres mondiales. Avant 1914, la majorité de la population travaillait en agriculture ou vivait au moins en milieu rural. Aujourd'hui, l'urbanisation a créé une déconnexion des gens vis-à-vis des métiers agricoles. Pour autant, c'est un sujet qui nous touche toutes et tous, en particulier via l'alimentation. Certains sociologues expliquent comment les agriculteurs et agricultrices occupent une place singulière dans la vie des gens. En produisant leur nourriture, l'agriculture est présente quotidiennement dans la vie des gens, même inconsciemment. Elle participe aussi à façonner nos paysages, à maintenir la biodiversité et elle influe même sur la qualité et la quantité d'eau disponible, entre autres services multiples. Ainsi, chacun et chacune se sent concerné par la façon de faire des agriculteurs et des agricultrices.
- Speaker #1
Le paradoxe c'est que tout le monde sait ce qu'il faut que l'agriculteur fasse. Tout le monde a une idée sur la façon dont, comment l'agriculteur doit travailler. Moi, personnellement, je ne sais pas, je ne suis pas capable de conseiller mon plombier, mon électricien, mon informaticien, mon médecin, sur la façon dont il doit travailler. Par contre, 95% de la société me dit, toi l'agriculteur, tu devrais... travailler comme ça, tu devrais faire ci, tu ne devrais pas utiliser telle molécule, tu ne devrais pas faire ci, sinon si tu le fais c'est que tu es méchant et que tu veux m'empoisonner.
- Speaker #0
À cela s'ajoute le fait que la France est un grand pays où l'agriculture est très développée et a toujours pris une grande place dans le paysage, dans l'économie ou encore le quotidien des gens. Les gens se font aussi une représentation de l'agriculture basée bien souvent sur les souvenirs de leur enfance, quand ils allaient passer leurs vacances, dans la ferme familiale. Aujourd'hui, il leur semble anormal qu'un agriculteur ou une agricultrice sache mieux utiliser un ordinateur ou préparer un discours que les autres. L'image traditionnelle passée de l'agriculteur rassure les consommateurs et consommatrices et certaines marques jouent avec cette image dans leur publicité en invisibilisant les difficultés auxquels les agriculteurs et agricultrices du XXe siècle pouvaient faire face. Au CESER, Marie-Thérèse a œuvré à l'évolution de la délégation homme-femme de la Commission. Elle a voulu que pour chaque sujet traité et chaque contribution produite, on se pose la question dans un chapitre. Y a-t-il une différence liée au genre sur ce sujet ? Qu'elle soit positive ou négative. Elle se rend aussi compte, dans son poste de présidente, à quel point il est important de veiller à faire respecter l'équité homme-femme.
- Speaker #1
Alors en fait, si vous voulez, c'est vrai que moi quand j'ai candidaté à la présidence du CESER, je ne me suis pas appuyée sur le fait qu'il fallait voter pour moi parce que j'étais une femme. Je n'ai jamais utilisé cet élément-là, cet argument-là. Mais dans l'exercice des responsabilités, je me suis rendue compte de quelque chose que je n'avais pas du tout, je dirais, identifié avant d'être dans le cercle des responsabilités, c'est que ma croyance précédente, c'était de dire si on a envie, si on a la compétence, on aura le poste. Sauf qu'en fait, c'est oui et c'est non à la fois. C'est-à-dire que je me rends compte aujourd'hui dans l'exercice de ma présidence, que je vais vous illustrer les choses d'une façon assez simple. Dans le cadre du CESER, nous avons des délégations à mettre en place pour la représentation du CESER des Pays d'Aloire dans différents organismes ou dans des missions qui nous sont allouées. Et dans ce cadre-là, j'interroge les collèges qui composent l'Assemblée, c'est-à-dire les trois collèges, le collège des entreprises, le collège des associations, et je leur dis faites-moi des propositions de personnes, de conseillers qui pourraient remplir cette délégation. Et on va dire une fois sur deux, même si cette règle-là je l'avais installée, je dirais, comme étant une règle de fonctionnement à ma prise de présidence, une fois sur deux, j'ai un collège qui arrive avec deux hommes. Je leur dis non. La règle que je vous ai demandé, c'est que, alors, si j'ai imposé cette règle, c'est parce que la ressource, nous l'avons. Nous avons 48% de femmes dans l'Assemblée, donc quand on a des délégations à faire, ça ne tombe pas toujours sur les mêmes femmes. On a la possibilité, on a la ressource, si vous voulez. Donc, il n'y a absolument aucune raison que pour représenter notre assemblée, on n'ait pas la possibilité de mettre un homme et une femme. Donc en fait, on se rend compte, par rapport à la question que vous posez, qu'il faut avoir quand même une attention particulière pour que la représentation des femmes soit équitable. Sinon, elle est rapidement posée sur un angle qui est... enfin, pratiquement toujours le même, c'est de dire « oui, mais lui, il est expert du sujet » . Alors que moi, je leur rétorque, la demande de la délégation n'est pas d'avoir un expert sur le sujet, c'est une représentation pour l'Assemblée. À partir du moment où vous êtes conseiller dans notre Assemblée, vous avez le statut et la compétence nécessaires pour remplir le poste.
- Speaker #0
Pour Marie-Thérèse, il est nécessaire que les équipes soient mixtes, au CESER comme partout ailleurs. Les hommes et les femmes n'ont pas toujours la même façon de voir les choses et d'aborder les problèmes, et ces visions différentes sont complémentaires. Les femmes ont souvent été amenées à concilier vie familiale et vie professionnelle, et à cela s'ajoute pour certaines une vie d'engagement et de syndicalisme. Bien que cela puisse représenter un emploi du temps très chargé, pour Marie-Thérèse, c'est son équilibre à elle, elle ne se voit pas faire autrement.
- Speaker #1
Moi, j'ai eu beaucoup de chance. J'ai eu un mari qui m'a toujours portée dans mon engagement. Il m'a toujours dit « Non, si tu as envie d'y aller, tu y vas, je serai là ». Et il l'a fait. Il n'a pas simplement dit, il l'a fait. Et d'ailleurs, je pense que je n'aurais pas pu le faire contre lui. Moi, j'ai eu des collègues masculins qui, leur femme n'était pas consentante qu'ils prennent des responsabilités, mais ils l'ont fait quand même. Après, c'est leur responsabilité. Mais vous voyez, je n'aurais jamais pu faire ça. Et je pense que beaucoup de mes collègues féminines sont dans le même cas. Et c'est peut-être aussi parfois ce qui explique le fait que certaines femmes, enfin qu'il n'y ait pas assez de femmes en responsabilité, c'est que ça engage tout ce que je viens de dire, c'est-à-dire qu'il faut que tout cet équilibre-là soit possible. C'est une espèce d'équilibre, on a sans doute un peu plus de culpabilité vis-à-vis de notre absence, vis-à-vis des enfants, vis-à-vis de tout ça. Parce que le fait de passer trois jours à Paris, ce n'est pas neutre pour la famille.
- Speaker #0
Depuis plusieurs années, les mouvements féministes s'inquiètent du recul des droits des femmes dans certains pays. Les obligations répressives sur les libertés des femmes en Afghanistan ont scandalisé toute une partie du grand public. Et même aux Etats-Unis, le pays de la liberté, comme on l'appelle, les droits des femmes ont reculé. Cela, beaucoup de femmes s'en inquiètent, comme c'est le cas de Marie-Thérèse.
- Speaker #1
Après, moi, ce qui aujourd'hui m'interpelle, c'est le fait que quand moi j'étais une jeune femme, je pensais que les droits des femmes ne pouvaient que progresser dans le monde. Et qu'aujourd'hui, je n'en suis plus sûre. Et ça, ça me fait peur. C'est-à-dire que je pense que la génération de ma maman, sont celles qui ont vu le plus d'évolution de leur liberté de vie en France. Voilà, ma mère est née en 1944, le chemin était long et le chantier était vaste, et elles ont vu, elles, dans leur vie, elles voient dans sa vie, je dirais, le fait qu'être une femme est un handicap pour de moins en moins de choses. Donc ça, c'est une vérité. Je ne sais pas si ma petite-fille, si j'en ai une, aura la même vision qu'elle, sachant que moi, je suis inquiète de ce qui se passe dans beaucoup de pays du monde où en fait, il y a une rhétorique qui est toujours vraie, c'est-à-dire que quand un pays vit une crise majeure, le droit des femmes se diminue.
- Speaker #0
Mais Marie-Thérèse n'est pas seulement engagée pour les agriculteurs et agricultrices. Elle fait aussi partie des gens pour qui la transition environnementale est primordiale. Elle a notamment participé à la création d'un projet visant à valoriser les crédits carbone en agriculture. Ce projet, vous en avez peut-être déjà entendu parler. C'est la méthode CarbonAgri. C'est la première méthode officielle du label bas carbone. mise en place par le ministère de la Transition écologique. Elle vise à réduire, via un outil certifié, l'empreinte carbone et les émissions de gaz à effet de serre des exploitations de polyculture élevage de France métropolitaine. Marie-Thérèse est extrêmement fière d'avoir pu participer à la mise en place de ce beau projet qui est un moyen de montrer que l'agriculture ne fait pas que produire de la nourriture. Elle met en lumière sa fonction de production de paysages, mais aussi de captation du carbone. Elle souhaite s'engager dans ce type d'action car elle est la première touchée par le dérèglement climatique.
- Speaker #1
Vous voyez, aujourd'hui, on parle beaucoup de la conscience du réchauffement climatique. Mais désolé, moi, ça fait 20 ans que je le vois sur ma ferme, le réchauffement. Je n'ai pas attendu qu'on m'explique qu'il y avait des COP, des engagements, l'engagement de Kyoto, l'engagement de tout ça. Je n'avais pas besoin de ça. Comme je vous disais tout à l'heure, je ne peux pas travailler de la même façon maintenant que je travaillais il y a 25 ou 30 ans. Oui, parce que d'une part, les saisons changent, l'amplitude des changements météo est tellement importante. La période qu'on vient de passer avec une canicule, la deuxième de l'année, avec des records de chaleur et tout ça. Comment je m'adapte avec mes animaux ? Je n'attends pas qu'on m'explique qu'il faut se mettre au frais. Tous ces éléments-là, nous, on les vit de l'intérieur.
- Speaker #0
Avec ses fonctions, Marie-Thérèse Bonneau a aussi pu piloter certaines concertations sur le bien-être animal et l'environnement en discutant avec des organisations non gouvernementales. Dans le cadre de l'interprofession laitière, elle a même pris la parole à l'université de la Sorbonne à Paris avec des responsables d'ONG et l'ancien ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie. Pour terminer ce podcast, nous avons demandé à Marie-Thérèse Bonneau si elle avait un message à faire passer aux femmes qui entrent dans la vie active. Et voici ce qu'elle nous a répondu.
- Speaker #1
On peut être heureux dans la vie. Mais en tout cas, moi, la façon dont j'ai vu la vie, c'est de pouvoir résoudre mes problèmes, mais aussi m'occuper des problèmes des autres pour mieux résoudre les miens. Il faut faire société pour être heureux. Il ne faut pas s'isoler et penser qu'on peut tout résoudre soi-même et qu'on a besoin des autres. En tant que femme, on est souvent une pièce maîtresse des différents lieux dans lesquels on est, c'est-à-dire une pièce maîtresse de son foyer, une pièce maîtresse de son activité et une pièce maîtresse aussi de la société par ce qu'on veut véhiculer comme valeurs, c'est-à-dire les valeurs d'équité, les valeurs de solidarité, qu'il y a plusieurs vies dans la vie. et qu'en fait c'est normal d'évoluer, c'est normal de changer, mais il faut pouvoir se reconnaître soi-même. Il ne faut pas essayer de ressembler à quelqu'un d'autre. Il n'y a aucune raison que vous faillissiez. Vous allez trouver des choses, vous allez faire des choses. Vous allez faire la société de demain, c'est vous qui allez le faire. Donc il faut absolument que vous croyez dans vos compétences. Ça, c'est vraiment ce que je pense. La dernière phrase, c'est vous, soyez fiers, soyez heureux, soyez vous-même et vous allez réussir le monde. Il n'y a aucune raison. Vous doutez trop.
- Speaker #0
C'était l'histoire du parcours de Marie-Thérèse Bonneau, une agricultrice engagée qui utilise sa voix pour porter celle du milieu agricole. Si cela vous intéresse, vous pouvez retrouver... tous les podcasts de l'exposition Femmes et agriculture sur le site de la chaire Mutation agricole de l'École supérieure des agricultures. Merci pour votre écoute et à bientôt !