- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans Têclairer, les voix qui nous éclairent. Je suis Capucine et j'explore la santé mentale à travers nos relations, nos liens invisibles, nos élans du cœur. Je crois que chaque histoire éclaire quelqu'un et que parler, c'est déjà prendre un sou. Dans ce podcast, on écoute des histoires vraies, celles de personnes qui traversent, questionnent ou accompagnent la santé mentale.
- Speaker #1
Des voix qui se livrent, des voix qui guident pour mettre de la lumière là où il n'y en a pas. Alors reste avec nous, ça commence maintenant. Quand on parle de santé mentale,
- Speaker #0
on pense souvent à tout ce qui arrive à l'âge adulte, mais on se penche rarement sur celle des enfants et des jeunes. Parce que non, ça ne commence pas à l'âge adulte, et oui, dès le plus jeune âge, il se passe déjà beaucoup de choses à l'intérieur de soi. Pour en parler, j'accueille Julia, fondatrice de l'association Stereotypes qui intervient dans les écoles pour déconstruire les stéréotypes de genre, les discriminations, prévenir le harcèlement, et surtout, donner une vraie place aux émotions des enfants. Ensemble, on va parler de ce qu'ils ressentent, de ce qu'ils n'osent pas toujours dire, et de ce qu'on peut faire concrètement pour mieux les écouter. Bonjour Julia, est-ce que tu peux te présenter à nos auditeurs ?
- Speaker #1
Bonjour Capucine, oui, je suis Julia, je suis une maman de trois enfants, deux filles et un garçon qui ont 7, 6 et 4 ans. Et je suis aussi la fondatrice de l'association Stereotypes, qui travaille sur des sujets d'égalité filles-garçons, dès les plus jeunes âges, c'est vraiment quelque chose qui... qui me tient à cœur avec Lauriane, mon amie avec qui j'ai fondé cette association. Et donc, on peut parler dans nos ateliers d'éducation aux émotions, intimité, corps, consentement, respect des autres aussi, harcèlement dès les primaires. On fait beaucoup de prévention du harcèlement, du cyberharcèlement aussi. Voilà quelques-uns des sujets qu'on peut aborder avec des enfants et des jeunes.
- Speaker #0
Stéréotypes, c'est une association qui est présente un peu partout en France.
- Speaker #1
Alors, l'association, elle est clichoise, donc basée à une petite couronne parisienne à Cliffy. Et pour l'instant, on intervient dans le bassin parisien, donc ça peut être Paris, la petite couronne. On est intervenu dans des villes du 93, dans les Hauts-de-Seine évidemment. Et pour l'instant, la vocation, c'est vraiment de rayonner au niveau départemental et de toucher les territoires d'Imitrof.
- Speaker #0
Très bien, j'espère même que ce sera national après.
- Speaker #1
On le verra. Je souhaite aussi. On l'espère aussi.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux me parler de la santé mentale des enfants ?
- Speaker #1
Bien sûr, merci pour la question. Déjà, je trouve que c'est intéressant d'associer pour une fois, j'ai envie de dire, la santé mentale et l'univers de l'enfant parce que nous, chez Stereotypes, on pense que les enfants sont des êtres vraiment à part entière, sont des adultes en devenir et que c'est très important de s'intéresser à cette dimension de bien-être chez l'enfant pour l'accompagner très tôt, tout au long de son développement psychosocial pour que plus tard, ils deviennent du coup. Du coup, un adulte avec une santé mentale des qualités, du coup, serein, capable aussi de faire face aux difficultés de la vie, aux situations qui peuvent être moins faciles à traverser. Et souvent, on s'intéresse à la dimension des santé mentale plutôt à l'adolescence, parce qu'on sait que l'adolescence, c'est une période de grands bouleversements, que ce soit sur le plan du corps, donc physique, où le corps se transforme, mais aussi sur le plan psychique. parce que du coup l'enfant il commence à prendre ses distances des parents pour se construire comme un futur adulte et ce n'est pas évident du coup de le faire, c'est là qu'on va tester ses limites. C'est une période aussi des changements sur le plan relationnel et social. On observe souvent que l'adolescence c'est une période qui peut être vécue comme une crise parfois difficile et à notre avis si plutôt dès l'enfance, donc dès les primaires, on crée des espaces d'écoute, des espaces sécures où les enfants sont amenés aussi à explorer leur relation, à se mettre à la place des autres, du coup à travailler sur des sujets d'empathie. Tout ce travail précoce et préalable, préventif, va permettre normalement une arrivée dans l'adolescence beaucoup plus douce, plus préparée, plus accompagnée. On pense qu'il faut soutenir l'école et les parents dans tous ces rôles éducatifs et donc offrir nous aussi en tant que... Acteur de la société civile, une sorte de continuité éducative. Et donc pour revenir à ta question, évidemment qu'on peut parler de santé mentale chez l'enfant. Et au contraire, je pense que c'est très important de le faire.
- Speaker #0
Ça c'est sûr. Et puis c'est vrai que les enfants ont ce côté vraiment très éponge, émotionnel, absorbent beaucoup beaucoup et se construisent notamment par rapport à ça. C'est chouette de pouvoir les accompagner dès plus jeune âge et que ça évolue en fait dans le temps et qu'après en tant qu'adulte, ils soient mieux préparés. Comment est-ce que tu t'es rendu compte que les enfants ont aussi une santé mentale ?
- Speaker #1
déjà avec mes propres enfants, je pense que comme tout parent, on se rend compte que les enfants, dès qu'ils sont petits, ils ont vraiment beaucoup de mal à gérer leurs émotions. L'expression « gérer ses émotions » , moi personnellement, je ne l'aime pas parce qu'on ne peut pas gérer une émotion. En fait, il faut l'accueillir, il faut laisser se faire traverser par une émotion de colère ou de tristesse. Donc si déjà aussi on arrivait à changer le langage et la manière de parler autour des émotions, déjà ça je pense que ça serait un premier pas. Et donc en tant que maman, j'ai pu voir mes enfants se faire submerger par des colères extrêmes. On voit aussi qu'un parent qui aurait tendance à vouloir crier ou étouffer l'émotion, ça ne marche pas parce que l'émotion en fait ce n'est ni plus ni moins que l'expression d'un besoin. Et l'enfant ? il n'a pas les capacités cognitives pour comprendre quels sont ses besoins, ce qui lui arrive. Très tôt, finalement, on se rend compte que les enfants, ils sont justement des éponges traversées par des milliers d'émotions et que c'est très important de donner aussi aux adultes avant tout des repères pour comprendre les émotions de leurs enfants, savoir justement comment accompagner son enfant dans la régulation des émotions. aussi, c'est quelque chose qu'on peut apprendre à faire très tôt. Quand on apprend à un enfant qui vit un moment de colère à respirer, à apprendre à s'irréguler tout seul, ça c'est vraiment, je pense, un cadeau immense qu'on lui fait pour que l'enfant il apprenne du coup que l'émotion déjà elle est juste et que on peut la vivre, la ressentir et on peut aussi apprendre à l'apaiser, à la faire passer. Donc voilà, comme je disais, je l'ai déjà ressenti chez mes enfants. Mais aussi pour illustrer avec deux autres exemples, dans des ateliers qu'on a menés en primaire avec l'association, c'était des élèves de CM1. Il y a eu une petite fille. En général, la première séance qu'on propose, c'est une séance évidemment autour des émotions parce que les émotions, c'est la base de toute relation avec autrui, d'une bonne connaissance de soi. Pour avoir aussi confiance en soi, il faut faire confiance à ses connaissances. Donc il faut apprendre à écouter ces concréments, à accepter aussi ces concréments. Et donc ce fameux premier atelier de parcours autour des émotions, en général, je propose aux enfants d'explorer les quatre émotions de base, qui sont donc la joie, la tristesse, la peur et la colère. Parce que ce sont vraiment les émotions primaires qui après peuvent aussi s'enrichir, entre guillemets, pour donner lieu à des émotions plus complexes, secondaires. Mais déjà, n'est-ce presque qu'avec ces quatre émotions de base, on peut faire un travail très, très approfondi. Et donc, je demande aux enfants de se déplacer dans la classe autour des quatre images qui représentent les émotions de base et de ressentir dans leur corps, parce qu'on a vu que les émotions, elles ressentent dans le corps, de ressentir la colère, la tristesse, la peur ou la joie et de voir comment cela se manifeste dans le corps. Donc, je leur demande de penser à un moment où ils ont eu peur. où ils ont été en colère. Et il y a eu cette petite fille de 9 ans qui, du coup, lorsque je l'ai interrogée, parce qu'elle voulait aussi prendre la parole, elle avait envie de partager. Et elle me raconte qu'elle se sent en colère quand des enfants plus grands qu'elle la traitent des gros bébés. Et que régulièrement, il y a des enfants plus grands qui la traitent des gros bébés. Et au fur et à mesure où elle raconte cette expérience, où elle partage ce récit, elle se met à pleurer. au sein. du groupe classe, donc c'est vraiment aussi des choses qui peuvent arriver. C'était un moment très fort. Donc il y avait aussi de la tristesse qui s'est rajoutée. Quand je lui ai demandé du coup si elle ressentait de la colère et de la tristesse, elle a dit oui, mais que la colère, elle était plus forte. Et elle avait besoin de pouvoir la laisser sortir, la déposer, la verbaliser. Et quand on est enfant, on n'a pas les outils. tout seul pour dire ça y est, je suis très en colère, j'en veux à ces enfants qui ne sont pas sympas avec moi, etc. Et offrir aussi un espace sécurisé où l'enfant, il peut lâcher prise et il peut exprimer ses émotions, que ce soit de la colère ou de la tristesse. C'est extrêmement précieux, c'est vraiment un cadeau qu'on leur offre parce qu'on leur montre que les émotions, on peut toutes les accueillir. on peut les laisser sortir, les laisser exister et les accompagner vers autre chose. Déjà en commençant par les reconnaître. Et après, cette petite fille, elle m'a dit qu'elle se sentait mieux du fait d'avoir pu laisser sortir l'émotion avec tout son côté vraiment intense. Donc il y a eu cette petite fille qui parlait de colère. Il y a eu aussi un petit garçon qui, après, a levé la main et voulait lui aussi partager. Et donc lui, il était positionné autour de l'émotion de la peur. Et donc le récit qu'il a partagé, c'était quand cet été, il était en vacances avec des cousins plus grands. Dans la nature, il y avait un lac. C'était la fin de l'après-midi, voire le début de la soirée parce que du coup, le soleil commençait un peu à redescendre. Et il y a les cousins plus grands qui le forcent à aller plonger et s'ébaigner dans le lac froid. Alors que lui, il a peur. Et donc, il y a tout un tas de situations du quotidien, apparemment anodines, mais quand on creuse un peu, en fait, ça peut éveiller des émotions très fortes qui marquent. Parce que du coup, cet enfant, depuis l'été, il a dit qu'il n'en avait jamais parlé à personne. Donc, il a été obligé, il s'est senti obligé de rentrer dans le lac froid. Il avait peur. Il a dit aussi qu'il a trouvé que petit à petit, l'eau était moins fraide. Donc, il a réussi aussi à... lui un peu à s'autoréguler et après du coup à traverser cette expérience. N'empêche, ça lui a marqué un souvenir lié à une émotion de peur qu'il a eu envie de partager. Et là aussi, c'est un autre exemple de comment c'est important d'accueillir ces émotions fortes. Aussi de lui dire que cette émotion, la peur, c'est une émotion qui est extrêmement puissante et utile parce que c'est une émotion qui est liée à l'instinct de survie. souvent quand on a peur, c'est qu'on se sent en danger. Et donc c'est lui dire que cette émotion-là, c'est très important. Il est pu l'identifier. Et donc un grand bravo de l'avoir ressenti comme tel. Déjà, n'est-ce presque que cette écoute-là, je pense que c'est une des premières étapes pour commencer à accompagner une dimension de santé mentale positive chez son enfant.
- Speaker #0
Ce que je trouve particulièrement intéressant, c'est tout ce travail de reconnaissance des émotions, mais aussi de pouvoir verbaliser, de pouvoir exprimer. Parce que souvent, des émotions négatives, c'est la colère, ça peut être des pensées vraiment un peu sombres, etc. Et souvent, quand tu ne les verbalises pas, forcément, ça me frustre énormément et ça peut engendrer d'autres choses en profondeur derrière. qui petit à petit vont aussi conditionner un petit peu l'enfant et après l'adulte c'est un peu plus compliqué à gérer. Donc c'est bien effectivement de pouvoir avoir des séances pour en parler parce que les enfants ne sont pas toujours à l'aise de le dire en famille, de le dire à des maîtresses ou des maîtres. Donc avoir une personne extérieure aussi qui peut aider et accompagner tout ça, ça permet dans tous les cas d'en parler et c'est super important et c'est ce que je dis beaucoup sur Téclairé d'ailleurs. parler c'est essentiel, quel que soit l'âge, quelle que soit la localisation, quel que soit le milieu social, c'est super important de parler, de dire ce qu'on a vraiment sur le cœur, dans la tête, dans les émotions. Donc merci beaucoup. Et toi justement, en tant que parent, qu'est-ce que tu ressens quand un enfant se confie à toi ?
- Speaker #1
Déjà quand il y a un enfant qui se confie, pour moi c'est vraiment un cadeau. C'est un énorme cadeau parce que ça veut dire que l'enfant, il m'est fait confiance, il se sent en sécurité avec moi. pour m'ouvrir à des choses qui sont très intimes. Parce que les émotions, notamment ces émotions primaires liées à des besoins assez profonds, c'est quelque chose d'extrêmement personnel et intime. Donc c'est une marque de confiance très forte qu'ils me font. Donc je suis vraiment touchée. Et je me sens un peu investie de cette responsabilité aussi d'être peut-être une des premières portes qu'ils ouvrent. C'est-à-dire que j'ose faire confiance, j'ose parler de moi, de ce que j'ai ressent. Et donc moi, je sens avoir cette responsabilité un peu éducative de donner un peu plus confiance à cet enfant qui a osé ouvrir une porte vers les autres, vers le monde, pour l'encourager à garder cette porte ouverte qui va laisser passer de la lumière. Alors parfois, il y a aussi forcément, ça c'est la vie, des choses pas faciles à traverser qui vont du coup être éclairées aussi. La lumière, elle se porte sur la vie telle qu'elle est, avec ses joies et ses blessures. Mais il y a surtout un message de confiance et d'optimisme, j'ai envie de dire, dans le sens où tisser des liens, s'ouvrir aux autres, c'est vraiment indispensable pour traverser tout ce que la vie nous donne à traverser. Et comme tu le disais, parfois, ce n'est pas facile de se confier à ses parents parce qu'on l'a... tout et tous vécu dès qu'on est enfant et encore plus à l'adolescence. On n'a pas trop envie de raconter des choses aux parents. Les parents sont aussi souvent là pour poser des limites, incarner l'autorité. Donc, ce n'est pas évident d'essouffler aux parents. Surtout quand aussi il n'y a pas cet espace de dialogue et d'échange qui est instauré très tôt au niveau du foyer et au niveau de l'école. Les enseignants, les enseignantes, elles incarnent aussi une forme d'autorité. liés à ces domaines de l'éducation, ils donnent des notes, donc c'est un rapport très particulier. Et à ces sujets-là, je trouve que, comme tout bon tabouret qui se respecte, qui tient sur trois piliers, je pense que l'éducation, justement, pour être complète, elle devrait se tenir sur la famille, l'école et un autre espace social qui peut être ouvert par des structures de loisirs, de sport ou d'éducation populaire, comme nous, chez Stéréotypes, s'en proposent. parce que c'est là qu'on trouve des figures d'éducateurs, éducatrices, facilitateurs, facilitatrices qui du coup sont formés, ont des outils, ont une méthode pour... adresser des sujets d'éducation vivre ensemble et compléter du coup l'éducation dispensée par les parents et par l'école. Et depuis janvier 2025, du coup on a le programme ÉVAR pour le primaire, ÉVARS à partir du collège, qui est du coup un programme national d'éducation à la vie affective, relationnelle pour le primaire et sexuelle à partir du secondaire. et ça me semble vraiment la réponse que beaucoup des personnes et d'acteurs de la société civile attendaient pour justement offrir à nos enfants la possibilité de s'appuyer sur des personnes des confiances formées qui ont aussi des outils pédagogiques et ludiques pour traiter de ces sujets. Parce qu'on ne va pas faire un cours théorique, on ne va pas ouvrir un manuel pour parler d'émotions. Il faut vraiment explorer autrement ces sujets. Et donc, j'espère vraiment que les trois séances obligatoires dès le primaire seront mises en place au plus vite parce qu'il y a une vraie nécessité. Les parents aussi sont en demande. Les enfants, ils se livrent. Et du coup, on peut avoir l'opportunité de les accompagner, de les aider. Donc voilà ce que je peux dire à ce sujet.
- Speaker #0
Et c'est très bien. Et c'est vrai qu'en ayant vu certains ateliers Stereotypes, Il y a vraiment cet écho très fort chez les jeunes, cette demande, et surtout ça marque parce que c'est ludique, parce qu'il y a vraiment un sens aussi, ils se reconnaissent, ou c'est des situations forcément qu'ils ont vécues, et je trouve ça très fort aussi de parler de cette façon-là aux enfants, parce que c'est comme ça en fait qu'on va activer un peu le mécanisme, que l'apprentissage en fait va se faire parce qu'il y a eu du ludique, parce qu'il y a eu ces ateliers-là qui sont très concrets, Stéréotype c'est une très belle mission.
- Speaker #1
Merci, juste une chose, on l'a dit même chez les adultes, il y a une règle facile pour parler des apprentissages, celle des 70-20-10. Donc il y a 10%, c'est le poids de l'apprentissage théorique sur du coup ce qu'on retient au niveau des apprentissages. Donc 10% c'est la théorie, des manuels, etc. 20% ce sont des échanges un peu informels, donc chez les adultes ça peut être autour de la... de la machine à café par exemple. Et 70%, c'est vraiment l'expérience personnelle, c'est qu'on vit dans les expériences qu'on fait. Et c'est pour ça que nous, dans notre pédagogie, on essaie de proposer des mises en situation où l'enfant, le jeune est acteur, actrice, dès la situation qui est proposée, pour essayer d'avoir un levier de transformation beaucoup plus marqué et donner des clés, des outils qui restent. Tu participais dernièrement à une séance de prévention du harcèlement avec des plus grands, parce que du coup on était à l'Inalco avec des jeunes adultes, et c'était du coup via des casques de réalité virtuelle, où on proposait aux jeunes de se mettre dans la peau d'une fille Julia, élève cyberharcélée. Et les témoignages qu'on a collectés, en effet, c'était de dire, le vivre à la première personne, ça me marque. Et je me mets vraiment dans la peau de la personne qui est cyber harcédée et je ne m'y attendais pas. C'est qu'on ressente de telles choses. Donc, je pense que c'est important d'insister sur cette pédagogie et sur le fait de vivre dans le corps, de ressentir des choses. Et après, prolonger le temps d'échange par de la verbalisation, par un échange au niveau du groupe. C'est en tout cas toute la pédagogie qu'on propose avec Lauriane, notamment.
- Speaker #0
Et ça me fait penser... Par rapport à ce que tu dis là, les enfants, ou les jeunes en tout cas, ça les marque, parce qu'ils sont acteurs, comme tu disais justement. Et les parents aussi, parce que je pense que c'est important aussi en tant que parent de savoir comment aider les enfants. Donc je pense que ça tu vas me répondre au fur et à mesure. Mais toutes ces clés en fait qui sont aussi importantes, je pense, par rapport à Stéréotype, c'est de pouvoir aider notamment les parents à mettre en place tout ça aussi à la maison, pour que justement ça continue et que ça ne reste pas forcément que dans l'établissement scolaire. Justement, comment prendre soin de la santé mentale des enfants ?
- Speaker #1
En termes concrets, je pense qu'il y a plusieurs choses qui peuvent être proposées. Alors certes, commencer aussi au niveau de l'école d'accueillir ces types d'interventions, parce que ça montre que l'école, elle porte au niveau de ses projets pédagogiques, cette volonté aussi d'accompagner l'évolution d'un climat de bien-être dans la classe, au sein de l'école, prendre soin aussi des relations interpersonnelles entre les élèves. Donc à la fois, en tant que parent, peut-être sensibiliser l'école. sur l'importance de faire intervenir des professionnels de ce domaine pour investir le sujet avec des ateliers et des outils adaptés. En tant que parent, je dirais, n'aie pas resté isolé avec ce questionnement et du coup, à la fois échanger avec d'autres parents. Il y a tout un tas de ressources dont notamment ton compte. T'éclairer pour commencer à trouver des informations, de la ressource, apaiser aussi ses propres émotions et inquiétudes en tant que parent, parce qu'évidemment, surtout avec un premier enfant, on n'a pas les repères, on peut être des parents plus ou moins inquiets, donc on ne sait pas comment faire pour accompagner. Donc se renseigner, s'efformer, s'essourcer. Et puis vis-à-vis de l'enfant à lui-même, avant tout c'est accueillir tout simplement. Il ne faut pas essayer de modifier le comportement de l'enfant. de réparer une colère, une tristesse, une peur qui ne rentrerait pas dans une norme. Il faut arrêter de penser en termes de normes pour justement respirer un coup et se dire qu'on est là pour accompagner son enfant, pour accueillir la manière dont il, elle est. Et déjà, n'est-ce presque que cette posture de parent, pas inquiet, plus détendu, plus confiant, ça fait effet miroir sur l'enfant qui du coup s'est sans accueil accepté. et il ne se dit pas « mince, du coup, je ne réponds pas aux attentes de mes parents parce que je suis trop colérique, parce que j'ai trop peur » . Donc déjà, si le parent change des regards sur son enfant, ça a un effet presque immédiat. Et l'enfant lui-même, il va s'autoréguler. Lui-même, il va se sentir plus en confiance, plus apaisé, pour trouver ses propres repères. Nous aussi, on est passé par ces étapes de l'enfance, et c'est normal. C'est normal, ça va durer longtemps en plus. Après, il y aura l'adolescence. En fait, en tant que parent, il faut vraiment essayer de rester confiant, d'infuser cette confiance à son enfant. Je pense que la posture, elle est vraiment fondamentale. Après, il y a aussi des rituels qui peuvent être proposés à son enfant et qui font beaucoup de bien. Ça peut être tout simplement aussi l'histoire du soir avant de se coucher, vraiment un moment privilégié où on envoie les messages à son enfant. que c'est un être aimé, ils se sont aimés, ils se sont rassurés et du coup, il aura un sommeil serein, réparateur, prêt pour faire face à la nouvelle journée qui arrive. Donc ça peut être vraiment des choses qu'on enseigne, j'ai envie de dire, depuis des générations, c'est des conseils, pas de grammaire, mais en tout cas, c'est vraiment des choses que même on peut enseigner aux futures mamans, à la maternité, etc. Et après, si on veut aller un peu plus loin, avec du coup, par exemple, des enfants du primaire, parce que là, c'était peut-être des conseils pour les plus petits. Avec les plus grands, il y a de plus en plus aussi de jeux, des jeux des cartes notamment. Alors, je ne l'ai pas amené, mais nous, chez Stereotypes, on a développé un jeu des cartes des boucliers qu'on appelle les boucliers du harcèlement et donc on propose un atelier classe, les enfants, ils adorent, parce qu'on entraîne de manière ludique, ça peut être fait en famille aussi, au moment d'un repas, quand il y a quelqu'un qui nous embête. et qui du coup nous dit quelque chose de pas sympa, qui dit qu'on n'est pas bien habillé, que notre pull est moche ou que nos lunettes sont moches. Du coup, comment on s'entraîne à utiliser de la répartie verbale, d'où les boucliers du harcèlement, donc on peut répondre de plusieurs manières. On peut répondre par un compliment. Ça déstabilise celui qui nous adresse l'attaque. Si un enfant me dit « Regarde-toi, ta chemise est hyper moche, tu l'as trouvée où ? Dans une pubnelle ? » Si je lui dis « Toi, ton haut est vraiment joli, tu l'as acheté où ? Je voudrais le même. » Quelque part, ça change des registres, ça désarçonne celui qui y attaquait et qui était persuadé que ça allait m'enfoncer dans un trou et qu'il allait pouvoir enchaîner. Et du coup, ça casse la dynamique justement de moquerie et potentiellement d'harcèlement lorsque ça prend un caractère répétitif. Et pourquoi c'est intéressant d'utiliser ce type de jeu, notamment des jeux de cartes ? Parce que tout comportement, pour qu'il devienne un peu une habitude et un réflexe, il faut l'entraîner. C'est comme tout en fait. le cerveau, il apprend par répétition. Je veux dire, à l'école, on répète des textes pour les apprendre par cœur. Enfin, il faut vraiment imprimer le réflexe au niveau cognitif. Et donc, c'est très important de proposer des petits jeux comme celui-ci pour que l'enfant s'entraîne dans sa répartie verbale, pour que du coup, ça travaille, ça booste petit à petit sa confiance en soi. Et du coup, un enfant qui pratique ce type de jeu, potentiellement, il aura plus de facilité à répondre avec naturel à une moquerie, une insulte. En tout cas, même dans sa posture, on ressentira que ça ne l'a pas affecté. Voilà comme autre idée qui me venait. Il y en aurait d'autres, mais je pense que déjà, c'est pas mal.
- Speaker #0
C'est très très bien. Eh bien, merci beaucoup Julia pour tout ce que tu viens de me dire là. Il y a une autre question qui me vient. Qu'est-ce que tu pourrais transmettre aux parents ? Justement, quels seraient les conseils que tu pourrais... pour leur donner.
- Speaker #1
Il y a un dernier message qui pour moi serait important de transmettre aux parents, c'est de dire qu'on est, du moins les parents de demain génération, je pense, on ne fait pas On est partie d'une génération un peu charnière, donc les années 80, où nous-mêmes, on n'a pas eu des parents qui parlaient, qui s'intéressaient à leur propre santé mentale. Donc on est des enfants nous-mêmes d'une génération qui n'était pas du tout éduquée aux émotions, qui était assez fermée, qui justement était beaucoup dans la répression, dans le contrôle. Il n'y avait pas beaucoup d'espace pour s'écouter, pour comprendre ses besoins. Et aujourd'hui... on se retrouve à vouloir accompagner nos propres enfants dans la compréhension, dans la découverte de leurs émotions et de leurs besoins profonds. Et donc, ce que je voudrais dire, c'est qu'en faisant ce travail, en offrant ce travail à nos enfants, c'est un peu une manière de soigner nos blessures d'enfance. Et donc, je n'ai peu qu'à encourager tous parents qui auraient envie de s'engager un peu dans cette démarche vraiment d'accompagnement un peu à la parentalité. Parce que pour l'avoir du coup vécu, et j'ai vraiment un souvenir qui est très clair qui me vient, moi c'est avec mon troisième enfant que j'ai vraiment appris à accueillir ces émotions. Mon premier enfant, ma première fille, donc stéréotypes, ça n'était pas encore né, et je n'avais pas aussi autant cheminé en tant que parent et en tant que professionnel, un peu des acteurs du moins qui veulent s'inscrire dans ces champs des professionnels de l'enfance. sur cette dimension de santé mentale. Et du coup, je n'avais pas de repères. Je n'avais pas de repères, je ne savais pas comment gérer les crises de colère de ma grande quand elle était petite. Et quand avec mon troisième, j'ai appris vraiment à lui ouvrir les bras dans ces crises de colère parce que je n'avais pas d'autre réponse. Je ne savais pas quoi lui proposer et il fallait que j'arrête de penser que j'ai compréhensé ce qui s'est passé. On ne comprend pas. Il faut aussi avoir cette honnêteté intellectuelle, cette pudeur aussi d'essayer de dire on peut... pas tout le temps comprendre ce qui se passe chez nos enfants, c'est vraiment aussi une manière de les respecter, de leur donner du crédit, de considérer que même s'ils ont 3-4 ans, c'est des êtres à part entière. Et commencer à accueillir du coup cette altérité et le fait que l'enfant il a juste besoin d'être vu et du coup mon fils il vient dans mes bras il trouve du réconfort dans un câlin qui fait du bien, qui rassure qui fait redescendre et moi je sens qu'en faisant ça, ça m'apaise moi et ça me permet de me rendre compte en tant qu'adulte quand je suis traversée par des émotions fortes que je n'arrive pas à identifier à contrôler, je ne comprends pas tout de suite quels sont les besoins derrière ça me soigne en fait, ça me rappelle que moi aussi, nous aussi les adultes on aurait juste besoin de souffler peut-être aller prendre l'air, peut-être boire un thé, appeler une amie et donc faire des choses toutes simples du quotidien pour nous, pour se faire du bien et donc ces messages aux parents c'est de dire que voilà, s'engager dans ce travail avec ses enfants est aussi vraiment un cadeau qu'on s'offre pour prendre soin de soi.
- Speaker #0
Merci parce que ça me touche beaucoup ce que tu dis là Et surtout, ce côté un peu déculpabilisé aussi de l'adulte, parce que, comme tu dis très justement, n'ayant pas eu cet apprentissage des émotions dans le cadre de l'éducation par les parents, forcément c'est un apprentissage aussi que tu fais en tant que parent, en tant que mère en l'occurrence. Et je trouve ça beau à la fois, cet apprentissage qui au début est un peu... compliqué, on sait pas forcément parce que c'est la première, donc c'est la nouveauté quelque part. Et puis finalement après un peu ce recul qui fait que ton fille justement, ça y est tu comprends un peu plus comment l'accompagner, comment l'aider. Et puis aussi cette dimension un peu de sensibilité, tu vois, qui est intéressante là, c'est que chacun a sa sensibilité, chacun a sa façon de réagir et je trouve ça vraiment chouette que tu puisses permettre ce cadre aussi des coups, d'aller en faire un câlin pour apaiser parce que c'est peut-être la solution qui est la bonne. Ça pourrait être d'autres choses, évidemment. Chacun fait comme il le sent, au moment surtout voulu. Mais je trouve ça vraiment super, ce partage. Donc merci à toi. Merci de le transmettre. C'est la fin de cet épisode. Merci infiniment, Julia. Je suis très contente que tu participes avec moi à cet épisode-là. Merci beaucoup pour ton temps, pour l'échange très qualitatif. Je vous dis à très vite. Ciao ! Si cet épisode t'a touché, partage-le, parle-en. Fais-le vivre autour de toi. Retrouve-nous également sur le compte Instagram d'Éclairé. A bientôt pour un nouvel épisode, une nouvelle voix, une nouvelle lumière. Et surtout n'oublie pas, prends soin de toi.