- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans T'éclairer, les voix qui nous éclairent. Je suis Capucine et j'explore la santé mentale à travers nos relations, nos liens invisibles, nos élans du cœur. Je crois que chaque histoire, écrire quelqu'un et que parler, c'est déjà prendre son. Dans ce podcast, on écoute des histoires vraies, celles de personnes qui traversent, questionnent ou accompagnent la santé mentale. Des voix qui se livrent, des voix qui guident pour mettre de la lumière là où il n'y en a pas. Alors reste avec nous, ça commence maintenant. Il y a des histoires qu'on choisit. et d'autres qu'on hérite, des mots qu'on nous dit et d'autres qu'on devine. Aujourd'hui, j'accueille Achata, ma première invitée. Ensemble, nous allons parler de ce qui se transmet en silence, entre les générations, et de ce qui nous conditionne, nous façonne. Pour ce premier épisode, je voulais qu'on parle de liens familiaux, cette première pierre qui pose les fondations de ce que nous sommes, parce qu'avant de comprendre où l'on va, il faut parfois regarder d'où l'on vient. Bonjour Achata, est-ce que tu veux bien te présenter nos auditeurs ?
- Speaker #1
Bonjour Capucine, je suis ravie d'être là. et très touchée d'ouvrir ce premier épisode avec toi. Alors, pour me présenter très simplement, je m'appelle Achata, j'ai 39 ans, je suis mariée et j'ai deux enfants et je vis actuellement en région parisienne. Je suis française d'origine comorienne et aujourd'hui, j'avais envie de vous partager une démarche qui m'accompagne depuis presque 20 ans maintenant, qui est celle de comprendre ce qui, dans nos histoires familiales, peut nous influencer à titre individuel. Donc c'est une curiosité qui m'habite depuis longtemps. Alors pas du tout en tant que professionnelle, parce que je ne travaille pas dans le domaine de la santé mentale, mais plutôt comme une quête personnelle, née d'expériences de vie.
- Speaker #0
Et d'où te vient cette curiosité ?
- Speaker #1
Alors depuis mon adolescence, j'ai été très sensible à ce qui touche à la psychologie, aux émotions et aux transmissions invisibles. J'ai un frère qui souffre de troubles psychiatriques assez sévères, et ça m'a amenée très jeune. à chercher à comprendre ce qui se joue dans la tête, dans le cœur et aussi dans les familles. C'est ce qui m'a fait découvrir plus tard des notions comme le transgénérationnel ou encore la psychogénéalogie. Pour moi, ce sont des approches qui sont passionnantes et qui posent beaucoup de questions. Notamment, qu'est-ce qui nous appartient ? Qu'est-ce qu'on hérite sans le savoir ? Et surtout, comment on peut se libérer de ce qui ne nous appartient pas ? Alors, aujourd'hui, je ne suis pas là. pour en parler en tant qu'experte, mais vraiment en tant que témoin, en curieuse, en femme qui s'interroge. Et avec toi, Capucine, j'ai envie qu'on en parle simplement, à la hauteur d'humain. C'est vrai que ton prénom, déjà, est peu commun. Alors justement, d'où vient ce prénom ? Quelle est son histoire ? Et qu'est-ce qu'il raconte de toi, de tes racines ? Alors, Achata n'est pas une contraction de Bachata, même si j'aurais adoré. Donc blague à part, en fait, Ashata, c'est un prénom qui vient du prénom Aïcha, qui signifie « celle qui vit » . C'est un prénom qu'on retrouve assez fréquemment dans la culture musulmane. Et Ashata, c'est une forme comorianisée d'Aïcha. D'ailleurs, moi, je porte le prénom de ma grand-mère paternelle, qui est décédée lorsque mon père n'avait que 4 ans. Donc quand on dit ça, ça en dit déjà long sur ce que ce prénom représente. pour lui et pour moi. Effectivement, dans la culture comorienne, le prénom a une signification assez forte. Autrefois, d'ailleurs, il devait même être validé, être choisi selon les astres, parce qu'on croyait qu'il portait une énergie, une protection. Aujourd'hui, c'est un peu différent. Les influences religieuses et culturelles ont évolué, mais le prénom reste profondément identitaire. Et d'ailleurs, je crois que c'est vrai dans beaucoup de cultures. Un prénom, ça raconte une histoire, ça porte un sens. Et en psychogénéalogie, il est dit que le prénom est très très riche d'enseignements et voilà, je trouve ça passionnant. Parce que finalement, avant de parler d'héritage, de transmission, de loyauté familiale, il y a peut-être un point de départ assez simple. C'est de se demander pourquoi on s'appelle comme on s'appelle, qui a choisi ce prénom, dans quelles circonstances et est-ce que ce prénom portait une promesse. Et rien que ce questionnement, je trouve qu'il ouvre déjà une belle porte sur notre histoire, sur notre identité et sur la manière dont on s'inscrit dans sa lignée familiale.
- Speaker #0
Je partage complètement ce que tu dis. Quand on se penche sur son histoire familiale, on découvre souvent des choses qu'on ne soupçonnait pas. D'après toi, qu'est-ce qu'on peut apprendre de soi en allant explorer l'histoire de nos aïeux ? Et en quoi ça peut nous aider à mieux se comprendre aujourd'hui ?
- Speaker #1
Alors, je crois qu'il y a plein de raisons d'aller fouiller un peu dans son histoire familiale. Mais la première pour moi, c'est trouver des réponses à des situations qui nous pèsent et qu'on vit mal sans trop comprendre pourquoi. Et parfois, on sent bien qu'il y a quelque chose qui ne nous appartient pas complètement, mais qu'on porte quand même. Et le hic, c'est qu'on ne sait pas toujours comment l'identifier, ni comment s'en défaire. Et c'est souvent parce qu'en fait, on touche à l'inconscient. Je vais faire un parallèle. C'est typiquement moi, mon fils. Il a des allergies alimentaires, ma sœur aussi, mon père aussi, et toute la famille en a. Là, on voit clairement une transmission biologique, génétique, donc c'est visible. Mais je me suis toujours demandé s'il n'y avait pas d'autres formes de transmission, invisibles, plus émotionnelles. Et c'est ce que l'épigénétique montre aujourd'hui, c'est que la réponse est oui. Les vécus, les stress, les traumatismes peuvent laisser une trace biologique et une forme de mémoire qui se transmet. Et en réalité, intuitivement, je crois qu'on le sent un peu tous. Parce qu'en fait, au-delà des traits du visage, il y a aussi probablement des missions de vie, des blessures, des sensibilités qui se passent de génération en génération. Par exemple, moi j'ai une vraie sensibilité à tout ce qui touche aux injustices. Et ce sentiment d'injustice, je le ressens de manière presque viscérale. Alors que dans ma vie, je n'ai pas vécu d'injustice majeure. Quand j'ai commencé à me plonger dans mon histoire familiale, j'ai découvert que plusieurs femmes de ma lignée avaient vécu des situations très dures et très injustes. Et c'est là que tout s'est éclairé. C'est comme si cette blessure-là s'était transmise. et d'une certaine manière, moi je la porte. Mais j'ai aussi la possibilité de la transformer. Alors quand on me demande par où commencer, je dirais commencer par écouter ce qui coince ou ce qui se répète. Ou des choses qui nous pèsent sans qu'on sache réellement pourquoi. Et ensuite poser des questions aux parents, aux grands-parents, à ses oncles, tantes. Voilà, c'est une manière de mieux se comprendre et ça je trouve que c'est profondément libérateur. Le psychanalyste Bruno Clavier parle de fantômes.
- Speaker #0
C'est une forme métaphorique pour dire que nos ancêtres peuvent nous transmettre une sorte d'aide inconsciente qui n'a jamais été surmontée et qui peut ressortir aujourd'hui en nous de diverses façons. J'invite d'ailleurs tous nos auditeurs à lire son livre Les fantômes familiaux si vous vous intéressez au sujet parce que le bouquin est super intéressant. On dit souvent que dans chaque famille, il y a une histoire qu'on se raconte, une sorte de mythe familial qui traverse les générations avec ses valeurs, ses règles, ses non-dits aussi. Est-ce que tu peux nous en parler un peu ? Et surtout... Comment peut chacun de notre échelle commencer ce travail d'exploration, presque d'enquête, pour mieux comprendre ce qui s'est transmis ?
- Speaker #1
Alors oui, effectivement, le mythe familial, c'est une notion que je trouve vraiment passionnante. On pourrait dire que c'est le récit collectif qu'une famille se raconte à travers les générations. C'est ce qu'on entend depuis toujours, de type « chez nous, on est courageux » , « dans notre famille, on ne se plaint pas » . pas. Les femmes ici ont toujours tenu bon. Alors ce sont parfois de belles forces mais elles peuvent aussi devenir des attentes silencieuses. Voilà, réussir coûte que coûte, ne pas faiblir, ne pas se plaindre. Et c'est ce que j'aime dans l'idée de décortiquer le mythe, c'est justement de repérer les valeurs qui nous portent et nommer certaines injonctions qui parfois nous pèsent. Donc ensuite... par où commencer très concrètement. C'est peut-être collecter les phrases du type « chez nous » , etc. que vous avez le plus entendu, et les écrire. Distinguer qu'est-ce qui relève des valeurs qui vous soutiennent et des injonctions qui vous pèsent. Ensuite, peut-être compléter justement ce roman familial. Qu'est-ce qui manque ? Cette histoire officielle. Quels sont les épisodes qui ont été mis sous silence ? Continuer avec un arbre, un arbre généalogique vivant, qui inscrit les prénoms, les noms, les dates, mais aussi les événements marquants, les métiers, les départs, les deuils, les migrations, des petites anecdotes. Et enfin, avec tous ces éléments, repérer les répétitions et du type, peut-être les colères, les silences. des histoires répétitives et se demander de quoi je veux hériter en conscience et de quoi je préfère me libérer et faire ce travail-là. Généralement, ça peut démarrer aussi seul et il y a des professionnels dont c'est la profession d'accompagner aussi ce travail-là. Je pense que c'est important de souligner. De mon côté, j'ai commencé il y a plus d'une dizaine d'années et on n'avait pas d'arbres généalogiques dans la famille. Donc au moment de mon mariage, pendant ma première grossesse, j'ai ressenti le besoin de passer de l'oral à l'écrit pour transmettre quelque chose de plus fiable que des on-dit. Et voilà, j'ai créé un arbre en ligne. Il existe plein, vous tapez simplement arbre généalogique. Et j'y ajoute au fil du temps les noms, prénoms, dates de mariage, des petites histoires. Et un jour, j'espère l'imprimer comme un livre d'héritage pour mes enfants. Et au fond, je trouve que c'est un travail qui n'a rien de figé. C'est vraiment un dialogue vivant entre ce qui nous a construit et ce que nous choisissons de devenir.
- Speaker #0
Merci à Chata pour ces échanges passionnants et inspirants. Merci également pour ton temps sur ce premier épisode de T'éclairer, les voix qui nous éclairent. J'espère que cet épisode vous a plu. N'hésitez pas à nous laisser 5 étoiles ou un avis sur ce podcast. Et moi, je vous dis à très vite pour un nouvel épisode. Ciao ! Si cet épisode t'a touché, partage-le, parle-en, fais-le vivre autour de toi. Retrouve-nous également sur le compte Instagram T'éclairer. A bientôt pour un nouvel épisode, une nouvelle voix, une nouvelle lumière. Et surtout, n'oublie pas, prends soin de toi.