- #Marie Ozier-Lafontaine
Je suis Marie-Oziel Lafontaine, activatrice du génie au féminin. Chaque jour, j'accompagne les femmes à révéler leurs trésors cachés pour vivre la vie qu'elles méritent. Dans ce podcast, j'invite des femmes qui ont osé s'affranchir des dictates pour trouver leur juste place. Bienvenue dans le podcast « Ose là, les voix qui osent » . Bonne écoute ! Bonjour Colline !
- #Koline
Bonjour !
- #Marie Ozier-Lafontaine
Bienvenue dans le podcast Les Voix qui Osent, le podcast des femmes qui osent et qui bravent les tabous pour choisir leur propre voie de réussite.
- #Koline
Merci pour l'invitation.
- #Marie Ozier-Lafontaine
Colline, tu es martiniquaise, tu es autrice, compositrice, interprète. Et tu m'as dit que depuis ta plus tendre enfance, tu savais que tu voulais être chanteuse. Quand tu voyais les chanteuses, tu te disais un jour ce sera moi. Tu piquais d'ailleurs la caméra de papa pour te mettre en scène. Et non pas pour... pour te la jouer, mais plutôt pour jouer. Parce que tu as toujours aimé jouer et fabriquer, tu me disais. Et du coup, à 18 ans, ton bac en poche, tu décides de partir à Paris et d'intégrer une école de cinéma où tu t'orientes vers la réalisation et la production. Et puis, quelques temps après, l'envie de jouer à nouveau te rattrape et tu rejoins le cours Florent, que tu interromps à un moment donné parce que tu es appelée. par la musique, l'envie d'écrire. Il y a comme un besoin. Tu vas nous expliquer dans un instant de quoi il s'agissait, comment ça s'est imposé à toi. Et depuis, ça a bien fonctionné. C'était visiblement le bon choix puisque tu as sorti un premier EP en 2022, K.O. Et tu vas en sortir un deuxième bientôt.
- #Koline
C'est ça. Il n'y a pas grand-chose à rajouter. C'est ça.
- #Marie Ozier-Lafontaine
Alors Colline, pour commencer, c'est le petit rituel du podcast Les Voix qui Osent. Tu vas choisir une carte parmi les cartes qui sont présentées devant toi. Et pour ça, tu vas fermer les yeux, prendre une grande inspiration et faire parcourir une de tes mains, celle de ton choix, au-dessus des cartes. T'arrêter quand tu le sens pour en choisir une.
- #Koline
Celle-là ?
- #Marie Ozier-Lafontaine
Oui.
- #Koline
Je la prends, j'ouvre les yeux ?
- #Marie Ozier-Lafontaine
Tu la prends et tu peux ouvrir les yeux et regarder d'abord l'illustration. Ce qu'elle représente, qu'est-ce que tu vois et qu'est-ce que ça te dit ?
- #Koline
Elle est fraîche, c'est très féminin, une femme dans toute la féminité que l'on connaît, avec ses cheveux longs, un peu maquillée, avec des petites perles et tout.
- #Marie Ozier-Lafontaine
Et si tu la retournes, tu auras donc un message qui était adressé, c'est ta carte du jour.
- #Koline
Je lis, au-devant. Alors, je suis dyslexique, donc si je rip, il ne faudra pas m'en vouloir. Richesse, intériorité, force, cette fragilité en toi est ce qui te compose le mieux. Oui, c'est ça. C'est un trésor et non une faille. Accepte cet alain qui te compose, c'est ta signature. C'est exactement... C'est tout mon projet artistique, c'est ça.
- #Marie Ozier-Lafontaine
Ok. Est-ce que... Comment tu fais le lien, justement, entre cette carte et ton projet artistique ?
- #Koline
Ben moi toute ma vie on m'a reproché d'être trop sensible donc donc je la phrase que j'ai entendu peut-être le plus dans ma vie c'est arrête de pleurer et la question que j'ai posé le plus dans ma vie c'est comment on fait et donc vraiment j'ai cherché à comprendre comment faire en fait pour pour gérer en fait tout là tout là L'hypersensibilité, je sentais que j'étais toujours trop par rapport aux gens qui m'entouraient tout le temps, partout, et que ça débordait, quoi. Et ça m'a beaucoup gênée, petite, toute ma vie, ça m'a complexée, mais je n'arrivais pas à ne pas ressentir, en fait, je ressentais les choses, et puis je n'arrivais pas forcément à les cacher. Et c'est quelque chose que j'ai finalement réussi un petit peu à canaliser dans ma musique. Et dans l'art en général, dans mes courts-métrages. Et en fait, je pense que c'est pour ça que j'aime beaucoup créer, parce que finalement, c'est une manière pour moi d'évacuer, de vidanger, entre guillemets, le surplus, le trop-plein. Et j'ai l'impression qu'à cet endroit-là, je ne suis pas de trop. En fait, c'est une matière première hyper intéressante pour moi, et donc, je n'en ai jamais assez. Et voilà, donc du coup, ça fait partie maintenant presque de mon hygiène de vie, en fait.
- #Marie Ozier-Lafontaine
De cultiver ta sensibilité ?
- #Koline
Oui, et de la comprendre. Et en fait, j'ai compris aussi que quand il y en a trop, c'est que ce n'est pas bien recyclé en fait. Et c'est ce que j'ai compris avec le temps. Et donc du coup maintenant... J'ai compris que pleurer n'est pas un problème, que pleurer c'est déjà le début de la solution en fait. Donc moi j'ai simplement essayé d'être ok avec ça et en fait c'est devenu mes deux EP en fait, le premier KO, qui dit voilà, je vous montre, j'épingle un peu ce qui fait que je pleure. Et une fois que j'ai épinglé ça, une fois que j'ai bien pleuré, et bien finalement j'allais mieux. Et en fait, c'est en acceptant d'avoir été KO que je suis OK aujourd'hui. Et donc, finalement, c'est devenu complètement mon petit mantra. En fait, c'est devenu complètement ma vie. Et Colline est née d'un KO. Et maintenant, je suis OK. Enfin, voilà, c'est un peu moi. Comme ça que j'ai un peu tracé ma route. Mais ça s'est imposé à moi. Parce qu'en fait, c'était encore une fois quelque chose qui me tombait dessus. Et puis, j'ai écrit des chansons. Et en fait, à chaque fois que j'écrivais une chanson, ça dressait un thème, un grand thème de ma vie. Et finalement, une fois que j'avais fini cette chanson, que j'avais... J'avais l'impression, en fait, je sentais, je comprenais que ma chanson était terminée, que j'avais dit ce que j'avais à dire, quand justement je pleurais plus sur ce sujet. Alors que je pleurais sur ce sujet-là toute ma vie, en fait.
- #Marie Ozier-Lafontaine
Donc quelque part, cette EP t'a sauvée, t'a guérie. Comment ça s'est passé, l'écriture de ces morceaux ? Il y en a six. Il y en a six, dans le premier EP, oui. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur ces six thématiques et comment finalement l'écriture a pu te guérir ?
- #Koline
Alors déjà... Ce qui a été compliqué pour moi, encore une fois, je suis dyslexique et le rapport à l'écriture a été très compliqué parce que j'avais besoin d'écrire mais j'étais déjà directe freinée en fait, par le tout début. Donc ça a été compliqué pour moi de me dire, ah j'ai envie d'écrire des chansons mais je ne serais pas la bonne personne pour le faire. Donc ça a été un peu douloureux pour moi à cet endroit. Donc j'avais commencé des bouts de chansons mais que j'arrivais pas à terminer jusqu'à ce que j'écrive une chanson sur l'écriture. Et en fait, j'ai presque vomi, entre guillemets, toutes mes années où j'avais ressenti de la frustration. Parce qu'en fait, l'écriture, c'est peut-être mon premier amour. Mon premier amour qui m'a été refusé d'emblée, en fait. J'avais très, très hâte petite d'apprendre à lire et à écrire. Et très vite, je n'ai pas pu. Et en fait, ma première peine de cœur, ça a été celle-là. Et en fait, ça m'a brisé le cœur. Et jusqu'à l'EP, je ne pouvais pas parler de l'écriture ou de la lecture sans pleurer. Par exemple, quand j'ai dit « je suis dyslexique, je ne vais peut-être pas réussir à lire » , j'aurais peut-être dit ça en pleurant. C'était vraiment un traumatisme. Je ne pourrais pas l'expliquer plus que ça. C'était particulier. J'ai caché ça beaucoup aussi à l'école. Ça s'est très mal passé à l'école aussi pour ça, à cause de ça, etc.
- #Marie Ozier-Lafontaine
Parce que tu n'avais pas été identifiée comme étant dyslexique à l'époque ?
- #Koline
Si, mais le suivi n'était pas bon. et puis... Et puis j'ai caché ça aussi très vite, parce que c'était une honte pour moi. Et puis je ne sais pas, peut-être parce que je suis une femme aussi, on minimisait pas mal aussi. On me disait que j'étais capricieuse, que je faisais pas assez d'efforts, que ceci, que cela. Et puis en plus de ça, je pleurais. Alors vraiment, j'étais vraiment le parfait petit cliché. Et donc du coup, non, non, j'aimais pas en fait l'interaction que j'avais quand j'en parlais avec les gens. Je ne me sentais pas comprise, donc j'ai préféré arrêter. Et puis comme on me disait que je ne travaillais pas, alors j'ai préféré leur donner une bonne raison de croire ça. Donc j'ai arrêté de travailler simplement à l'école et puis ça me permettait de ne pas me confronter aussi à ces questions-là. Alors que j'essayais quand même chez moi, mais si je disais que j'essayais et que je n'avais pas de bons résultats, enfin ce n'était pas possible. Donc je préférais rien dire. Donc j'ai avancé comme ça en sous-marin. Et donc en fait j'ai écrit ma première chanson. Enfin j'avais fait des chantiers de chansons, mais je n'arrivais pas trop à débloquer en fait de les terminer jusqu'à ce que j'avais écrit. plein de phrases qui me hantaient entre guillemets sur l'écriture. Et en fait, un soir, j'ai pris ma guitare, j'ai tout réuni et j'ai écrit une chanson d'une traite en fait, sur des phrases que j'avais collectionnées sur des années, qui me tourmentaient entre guillemets. Et je l'ai montrée à mon prod, qui a adoré la chanson. C'était quelle chanson ? C'est Fusain.
- #Marie Ozier-Lafontaine
Fusain.
- #Koline
Ouais. Et en fait, on l'a produite dans la foulée. Et c'était la première chanson qu'on avait... écrit composé produit dans la foulée et en fait j'ai écouté cette chanson et je me suis dit mais elle est incroyable je me suis dit mais en fait elle est incroyable cette chanson j'aurais rêvé d'écrire une chanson comme ça et c'est moi qui l'ai écrite et c'est la première fois que j'étais fière de moi sur de l'écriture et en fait ça m'a ça m'a débloqué j'ai pu terminer toutes les autres chansons qui ont suivi et j'ai pu pleurer sur l'écriture depuis Fusain, jamais, plus jamais. Donc c'est plutôt fou quand même, plutôt là dessus, ça a été assez fou.
- #Marie Ozier-Lafontaine
Ça s'est passé pareil pour les autres morceaux ? Tu disais qu'il y avait à chaque fois... thématique pour chacun des morceaux. De quoi parlent les autres morceaux, les 5 autres morceaux ?
- #Koline
Alors j'ai Zappé, qui n'est pas un single, je ne l'ai pas sorti comme un single, elle fait partie de l'EP, qui est une chanson qui était sur ma rupture, qui elle avait relevé en fait tout un tas de traumatismes qui étaient remontés à l'intérieur de moi et en fait peut-être accepter aussi l'idée que qu'on puisse être abandonné, ou sentiment d'abandon, de solitude et de rejet. C'était le deuil d'une relation qui avait duré, donc il a fallu que je fasse deuil de cette vie-là. Donc du coup, j'ai pu le faire à travers cette chanson. J'ai eu Tempo, qui est peut-être l'une de mes chansons les plus personnelles et en même temps pudiques. Parce qu'en fait, elle parle de ma dépression, justement. Je ne savais pas, en fait, que pendant que j'écrivais ces chansons-là, j'étais en dépression. Donc en fait, le P était vraiment le fruit d'une envie de sortir de la dépression, de cette immobilité. Et donc Tempo parle de ça, parle justement du temps, du rythme, d'avoir l'impression qu'on est figé, de faire du surplace. Bon, toutes les chansons cachent plein de choses, donc je ne pourrais pas rentrer à chaque fois dans les détails, parce que sinon, je pourrais rester des heures. Mais voilà. C'est une chanson où je me pose beaucoup de questions, en fait. J'essaie vraiment de comprendre ce que j'ai. Donc j'essaie avec pudeur, mais ce n'est pas une envie forcément de dire... J'essaie juste de mettre des mots, en fait. Comme c'est beaucoup de sentiments, beaucoup de plein de choses qui sont bloquées, qui sont en tempête à l'intérieur, j'essaie de donner des images pour que les gens comprennent réellement ce que je ressentais. Donc j'essaie d'avoir des images assez fortes. De dire même dans le noir je me fais de l'ombre, enfin plein de choses comme ça. Et il y a Apollo qui parle de la déception amoureuse, de cette impression que mon but, est-ce que mon but, mon objectif de vie c'est finalement de trouver l'amour ou est-ce que finalement un beau parleur te dira je vais te dégranger la lune ? Alors que je vise la Lune, et pourquoi j'attendrais qu'on vienne me la décrocher pour moi ? En fait j'aimais bien cette idée-là, de dire c'est une mission Apollo, c'est un Apollon qui me parle, c'est une mission Apollo un peu catastrophe, mission Apollo 13. J'aimais bien cette image aussi de dire, comme les relations amoureuses, on a l'impression que c'est, enfin pas qu'on en meurt, mais presque. Et la mission Apollo 13, j'aimais bien cette idée de dire, ils sont... ils ont contourné la lune ils sont pas ils ont pas atterri sur la lune ils sont contournés la lune ils l'ont aperçu mais ils sont arrivés sur terre avec ce qu'ils ont pu donc c'était un échec mais c'est pas la mort ils sont arrivés sur terre et je me dis ça c'est vraiment la métaphore de la relation c'est tiens il m'a promis la lune et on l'a pas vraiment touché la mission est pas accomplie mais c'est une déception mais je suis pas morte c'est cette mission là précise et après je suis partie dans plein de trucs Donc j'ai fait le deuil aussi de cette projection-là, de dire mon objectif de vie en tant que femme, parce que c'est vraiment ça, c'est le couple, c'est l'amour, c'est ça.
- #Marie Ozier-Lafontaine
Prince charmant.
- #Koline
Prince charmant qui viendrait récupérer les choses pour moi. Et en fait, non.
- #Marie Ozier-Lafontaine
Une histoire d'émancipation, quelque part.
- #Koline
C'est ça, voilà. Mais c'est toujours une question que je me pose. Ce sont des questions, je me pose beaucoup de questions dans cette chanson. Dans cette EP, il y a Kao, qui est peut-être la dernière que j'ai écrite. qui parle justement de ce rapport au silence et de se faire face à tous ces traumatismes passés et de se dire tiens, qu'est-ce que je dois penser, qu'est-ce que je dois faire et comment se retrouver dans un silence assourdissant finalement et finalement est-ce que ce silence il n'est pas bruyant parce que je... J'en ai plein dans la tête justement, j'ai trop de questions, j'ai trop de choses auxquelles il faut que je réponde. Et donc pour moi c'est pour ça que j'aimais bien l'idée de l'appeler chaos, parce que c'est vraiment cet état-là de se dire, finalement c'est vraiment un chaos intérieur quoi, c'est l'autre il est là, il est pas là, mais enfin, si l'intérieur il est mort, enfin pas il est mort, mais il est éteint, finalement il fait beaucoup de bruit, et j'aimais bien aussi cette phrase que je répète un peu à la fin qui dit, Merci. K.O. laissé dans l'écho d'un silence agité. Et de dire, voilà, je suis là, je suis comme figée avec finalement beaucoup de bruit, beaucoup de... et là ça fait 1, 2, 3... Ah, il y a Lost aussi, et Lost qui est le premier single que j'ai sorti. qui est un petit peu mon rapport, c'est une sorte de présentation de moi, où je dis bonjour, je suis perdue. Et c'est un peu une façon de dire aussi, voilà, bon ben, salut c'est moi, je me lance dans la musique et je sais pas trop. Et j'aimais bien cette idée de dire, on va essayer de comprendre et on va essayer en fait. Et j'essaye et en même temps, sur la fin, je me... Je me réconcilie avec celle que je suis, de dire mais je suis ainsi faite, mélancolique, imparfaite. Et j'avais envie finalement que ça devienne un peu l'hymne de cette chanson, de dire je suis perdue et c'est pas très grave. Et j'avais envie de le chanter, j'avais envie de le raconter, de dire bon ben voilà, j'essaye, je fais ça, j'aime pas trop, ça, ça marche pas. Je tourne en rond dans le carré VIP, de dire un peu ça marche pas quoi. J'aime pas la musique qui passe, j'aime pas ça. Et en fait j'essaie de... De me présenter avec finalement pas tellement d'éléments, avec plus des éléments qui disent voilà je sais pas trop, ça j'aime pas, voilà. Mais pas forcément d'une revendication pleine parce qu'en fait c'est ok de se...
- #Marie Ozier-Lafontaine
De chercher ?
- #Koline
Oui, de se... Un négatif c'est aussi le début de la photo quoi finalement, donc voilà c'était un peu cette idée là que j'avais envie de faire mais... Ce n'était pas tellement calculé. Les chansons se sont un peu imposées à moi. Ça s'est fait avec la magie que j'avais avec Wendy. Wendy qui est mon producteur, qui est martiniquais. On s'est un peu réfugiées dans le studio. On a fait ce qu'on a pu avec ce qu'on avait. Les armes qu'on avait. Ça a donné ce premier EP. Je suis trop contente parce qu'il m'a vraiment fait du bien. Cette première carte est plutôt folle.
- #Marie Ozier-Lafontaine
C'est une vraie mise à nu dont tu nous parles avec des chansons très intimes quelque part, des questionnements profonds que tu as, ta vie intérieure quelque part. Et quand du coup le P est sorti, j'imagine que tu as eu des retours. Comment tu as vécu cette mise à nu une fois que le P est sorti, que les gens ont écouté tes morceaux, il y a eu des retours j'imagine. Comment tu as vécu, quels ont été ces retours et comment tu as vécu justement cette publicité quelque part ?
- #Koline
Ça a été particulier parce que ça a été beaucoup pendant le Covid.
- #Marie Ozier-Lafontaine
Oui.
- #Koline
Donc ça a été très étrange à vivre, mais très cool parce que j'ai eu plutôt des bons retours en vérité. Quand les chansons sont sorties, je ne les ai pas sorties toutes en même temps. Je les ai accompagnées de clips que j'ai réalisés. Donc c'était beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup de... de Gaulle qui se croitaient comme ça. Parce que finalement, j'écrivais des chansons dont je réalisais les clips derrière. C'est tout ce que la petite moi m'avait missionné à faire en partant de la Martinique, en disant,
- #Marie Ozier-Lafontaine
« Hé, tu vas faire les trucs qu'on aime, ok ? » Je fais, « Ok, vas-y ! »
- #Koline
Je pars et je fais ça. Donc, à un moment donné, je suis là, je fais la petite Brite Pespierre devant la caméra que je tiens finalement derrière. Enfin, tout est fou finalement. En fait, en vérité, je crois que ça aurait plu aux gens ou pas. Je crois que j'avais... Je Ausha tellement mes propres cases, je répondais tellement à des questions, j'étais tellement dans un accomplissement personnel que les gens pouvaient aimer ou pas. Ça avait tellement passé plein d'étapes de validation à l'intérieur que j'étais plus à un stade où ça me valide ou pas, c'était chouette. Mais il se trouve que ça a été validé quand même par pas mal de monde, des gens dans la musique. Je me suis fait pas mal de copines que j'admirais aussi donc c'est assez cool et en fait ça m'a donné l'opportunité de faire de la scène derrière un petit peu donc c'était vraiment assez chouette les retours, j'ai eu pas mal de personnes qui ont compris mes chansons alors que j'avais l'impression que c'était vraiment des chansons égoïstes que j'ai faites vraiment juste pour moi. Je suis toujours assez étonnée de voir que les gens comprennent en fait ce que je raconte donc c'est plutôt chouette après voilà.
- #Marie Ozier-Lafontaine
Oui, parce que ce sont des sujets qui nous touchent finalement. Tu parles de solitude, tu parles de rupture amoureuse, tu parles de dépression, tu parles de questionnement. Et finalement, c'est peut-être des choses qu'on vit beaucoup et puis qu'on vit aussi en tant que femme. Parce que toi, tu as ton point de vue aussi féminin sur tout ce parcours et sur ton propre cheminement.
- #Koline
Mais encore une fois, j'étais presque victime dans tout ce truc. C'est-à-dire que je n'ai pas tellement calculé ce qui se passait. J'ai fait ça parce qu'en fait j'étais tellement pas bien que...
- #Marie Ozier-Lafontaine
Fallait que ça sorte.
- #Koline
Ouais, fallait que ça sorte quoi. Wendy, j'arrivais au studio, elle était derrière son piano, elle me dit « Ah tiens, je pensais à ça, tiens écoute » . Je pleure et j'écris des phrases et puis ça donne tempo quoi. En fait, je ne comprenais pas ce qui m'arrivait que quand je terminais la chanson, en fait. Je comprenais ce que j'avais grâce à la chanson. Ce n'est pas moi qui ressentais un truc et qui le mettais sur le papier. C'est-à-dire que la chanson m'expliquait ce que j'avais. Ça devenait des notices de... Ah, c'était ça qui était bloqué. Ah d'accord, ok, d'accord. C'était vraiment ça, en fait.
- #Marie Ozier-Lafontaine
Tu as presque écrit malgré toi.
- #Koline
Oui voilà c'est ça, vraiment ça fait bizarre Je sais pas si c'est cliché de dire ça mais vraiment c'était ça Je sais pas quoi dire de plus Ça a même prédit une rupture D'un gars avec qui j'étais Que je savais pas que j'allais le quitter Et vraiment Je repars avec Wany je dis Tu te rends compte que j'ai quitté machin alors qu'il y avait cette chanson Il me dit bah oui, je dis ah ouais Il me dit mais ça fait 3 mois là c'était clair
- Speaker
Je dis ah ouais putain j'avais pas
- #Koline
Donc en fait des fois mes chansons me racontent des trucs Aujourd'hui il y a des trucs je me dis Oh ! Mais c'est ça, aujourd'hui j'ai appris Ce sont des chansons prémonitoires Bah un peu finalement, ouais Mais du coup ça me confirme que je suis quand même assez alignée finalement avec ce que je ressens et ça me rassure finalement Mais ouais c'est... je sais pas je sais pas, j'allais dire un truc, j'ai oublié Ah non c'est bon, j'ai été diagnostiquée TDA là il y a quelques mois, et en fait je me suis rendue compte que Tempo parle pas seulement de ma dépression mais parle de mon TDA Et en fait je me dis mais c'est fou en fait toutes les raisons de ma dépression sont en lien avec mon TDAH. Voilà enfin bref donc encore aujourd'hui je découvre des trucs et des fois je me dis putain il m'arrive ça dans ma vie, je réécoute une chanson à moi, je me dis il y a une parole qui me fait un petit pansement, je me dis je me suis fait des auto-pensements pour la moi du futur, c'est fou. Donc vraiment je suis spectatrice de ce qui se passe donc voilà moi ça me suffit déjà. Tout ça comme ça même si ça reste comme ça, ça me va déjà très bien quoi.
- #Marie Ozier-Lafontaine
Et le fait d'avoir été diagnostiquée TDAH, est-ce que ça a changé quelque chose pour toi ? Peut-être de comprendre déjà, mais qu'est-ce que ça a changé pour toi dans ton quotidien ?
- #Koline
Tout, parce que vraiment, on n'est pas TDAH qu'à un endroit finalement. Et donc du coup, ça m'a permis de comprendre pas mal de choses. Et ça me permet aussi d'être plus calme avec moi, d'avoir un peu plus de tendresse aussi. Parce que du coup, je me renseigne aussi sur ce trouble-là et je fais un travail avec ma psy. Pour aller bien et pour justement prévenir les moments de surmenage et d'avoir l'impression d'être trop ou pas assez. Souvent c'est ça aussi le TDA. C'est toujours dans cette idée d'être OK avec soi-même. Moi je suis vraiment là-dedans. Je me suis tellement foutue la pression, j'ai tellement culpabilisé d'être trop ou pas assez, de ne pas répondre assez à tellement de tentes. codes, me sentir trop faible à certains endroits, trop dure. Et en fait, finalement, depuis que j'ai commencé la musique, je suis que dans une envie d'être tendre avec celle que je suis, celle avec qui finalement je vais finir ma vie. Ce sera surtout moi. Et ça ne veut pas dire que je ne fréquente pas d'autres personnes. Au contraire, je ne peux plus être en guerre avec moi-même. Ce n'est pas possible. Il n'y a que moi qui peut m'emmener le plus loin finalement.
- #Marie Ozier-Lafontaine
Et tu viens de dire justement que tu es aujourd'hui plus tendre avec toi-même et tu évolues dans un milieu qui ne l'est pas, tu me disais, surtout vis-à-vis des femmes. Donc comment tu gères ça ?
- #Koline
C'est pas vis-à-vis des femmes. Ah oui, le milieu qui n'est pas tendre avec les femmes, d'accord. Parce qu'il y a une sororité qui est vraiment en train de se mettre en place dans ce milieu-là qui est magnifique. Et je fais partie de plein de petits groupes. où on est vraiment solidaires entre nous et on se donne énormément de force. Elle s'exprime comment, justement, cette solidarité ? On se fait des groupes de paroles en tant que chanteuse et on se prévient le plus possible. On se soutient énormément. On essaie d'aller aux concerts de chacune. On paye nos places, on y va. On essaie de se voir pour se remonter le moral parce que ça crée beaucoup de solitude. Déjà, ce milieu-là, il offre pas mal de solitude aux artistes, mais alors les chanteuses, c'est pire que tout.
- #Marie Ozier-Lafontaine
Pourquoi ?
- #Koline
Parce que le patriarcat, il n'existe pas, pas dans la musique. C'est limite si on ne lui met pas une petite loupe et on ne rajoute pas un plus 10 dessus.
- #Marie Ozier-Lafontaine
Tu dirais que c'est exacerbé dans le milieu.
- #Koline
Oui, parce qu'il y a eu le MeToo au cinéma, il n'y a pas eu encore le MeToo musicain.
- #Marie Ozier-Lafontaine
Ça se manifeste comment ?
- #Koline
Déjà sur le lagisme, il est x1000. Sur l'hypersexualisation, il est x1000. Sur le fait de... En fait, c'est hyper vulnérable parce que créer un projet musical demande beaucoup de temps, beaucoup de vulnérabilité, et ça se fait dans un petit endroit fermé, insonorisé. Bon, voilà. Donc déjà... Déjà, il y a des problèmes sur des plateaux de cinéma où il y a une équipe de plus de 50 personnes. Ça devient déjà problématique pour les actrices. Là, on est sur des cas où on est souvent dans un endroit très masculin, très opaque, qui promet pas mal de choses. Et on est enfermé dans un studio jusqu'à 2h du mat, 3h sur des mois et des mois et des mois, avec toute la vulnérabilité que ça demande. pour un bon projet et une confiance absolue en la personne qui est en face de toi et encore une fois dans une pièce fermée et insonorisée. Donc il faut être bien entouré quoi. Il y a des hommes qui abusent. Moi j'ai eu la chance encore une fois d'être assez protégée à ce niveau-là mais c'est quelque chose auquel j'ai fait hyper attention et je sais que j'ai beaucoup de copines qui n'ont pas eu cette chance-là. Et pareil, les grands patrons ce sont des hommes. C'est beaucoup de... C'est beaucoup d'incertitudes. Et puis il y a aussi l'industrie qui aime bien nous mettre en guerre les unes contre les autres.
- #Marie Ozier-Lafontaine
La fameuse pseudo-rivalité entre femmes. C'est ça. Donc finalement,
- #Koline
ça tue aussi le discours qu'il y a entre nous et cette potentielle sororité. Et c'est là où on est plus fortes que ça. Depuis quelques années, je trouve qu'on est dans quelque chose où on veut essayer de se faire briller les unes les autres. On veut se créer des co-plateaux. Et moi, je veux vraiment œuvrer là-dedans. Moi, depuis que d'ailleurs j'ai décidé de m'entourer de plus de femmes, je trouve que je vis aussi beaucoup mieux cette carrière.
- #Marie Ozier-Lafontaine
Et notamment ta féminité, tu me parlais de ta féminité plurielle que tu mets aussi en scène sur les réseaux sociaux. Donc ça aussi, c'est se montrer vulnérable, mais c'est jouer aussi avec les différents codes de la féminité et affirmer la féminité que tu choisis. Être sexy quand tu le souhaites, ne pas l'être quand tu le souhaites, être la femme que tu as envie d'être et qui n'est pas forcément la même tous les jours.
- #Koline
C'est ça. Parce qu'en fait, que je le veuille ou non, j'ai grandi dans une certaine société qui m'a tiré le portrait d'un certain type de féminité que je dénonce, mais dans lesquelles je joue des codes aussi. Et en fait, c'est comme ça. Et je n'ai pas envie d'aller à contresens de ce truc-là parce qu'il faudrait. Je n'ai pas envie de me protéger de cette féminité non plus, parce qu'il faudrait. J'ai envie de pouvoir être finalement au cas avec les plusieurs versions de moi-même, en fait. Je n'ai pas envie. Ça ne veut pas dire que j'y arrive tous les jours. Je n'ai juste pas envie de me sentir contrainte par le regard qu'on met sur moi. Ce à quoi je devrais ressembler pour être prise au sérieux. Je sais que mon premier clip, j'avais très peur qu'on pense que je n'écrive pas mes textes. Parce que souvent, quand une fille est trop sexy dans son clip, la première réflexion, c'est de se dire, ça va, on lui écrit ses textes, c'est bon. Donc moi, je me suis dit, OK, je vais me mettre en pantalon et une casquette. Et là, peut-être qu'on va... Et ça n'a pas loupé. On m'a dit, putain, tes textes, c'est toi qui écris tes textes ? Ouais, c'est cool. Et je sais que si j'avais mis une mini-jupe et que j'étais un peu en mode sexy, ce qui est complètement OK. On n'aurait pas cru ça. Je le sais, je le sais, parce que c'est arrivé à trop de copines à moi. Et quand j'ai changé de style dans d'autres chansons, j'ai eu ce genre de réflexion. Et ça ne loupe pas. Maintenant, je m'en fous. C'est ça qui est génial. C'est qu'avec le temps, on s'en fout. En tout cas, quand on fait ce travail-là, on s'en fout. Et ça, c'est vraiment top. Parce que du coup, maintenant, je sais qu'il y a des gens qui m'avaient follow au début pour me dire « c'est trop bien parce que toi, t'es là » . Et tu montes pas ton cul et tout, je dis franchement, unfollow moi parce que ça se trouve demain je vais montrer mon cul, c'est ok, c'est le mien, donc à un moment donné, mais bien sûr, et à 80 ans aussi, on est pas à l'abri que je fasse ça.
- #Marie Ozier-Lafontaine
On se reverra à ce moment là.
- #Koline
Non mais parce que c'est vrai, c'est pareil pour l'agisme en fait, ça suffit, et ça veut pas dire que c'est sexuel aussi. Donc en fait, moi je suis vraiment dans ce truc là, en plus moi je suis martiniquaise, je suis antillaise, donc le rapport au corps il est pas du tout le même. Quand on est à Paris, on montre une épaule, on est là « wow, qu'est-ce qu'elle veut celle-là ? » Je dis « ah frère, déjà, viens aux Antilles, tu vas prendre un coup de chaud » parce que vraiment, c'est même pas réfléchi. C'est en évolution, je suis celle que je peux en fait. Je suis celle que je peux être au jour le jour.
- #Marie Ozier-Lafontaine
Et en parlant de celle que tu peux être au jour le jour, là on arrive déjà à la fin de notre entretien, je voudrais que tu partages avec nous une de tes chansons, alors je ne vais pas dire celle que tu préfères parce que ça serait une question trop difficile, mais on va dire celle qui fait le plus écho en toi en ce moment.
- #Koline
Du coup, une chanson à moi ?
- #Marie Ozier-Lafontaine
Oui.
- #Koline
Je n'étais pas sûre. Du coup, j'ai envie de dire la dernière, parce qu'elle a fait du chemin. En fait, elle parle de... Elle retrace un petit peu tout mon parcours. C'est grâce à tout ce premier EP, KO, que la dernière qui est sortie, qui s'appelle OK, qui existe finalement, et elle défend justement celle qui n'est pas parfaite. Celle qui est trop et pas assez, celle qui fait ce qu'elle peut et celle qui déçoit en fait. Et je crois que j'ai jamais été aussi sereine que depuis que j'ai accepté le fait que je ne plairais pas à tout le monde en fait. C'est hyper libérateur, c'est même kiffant quoi. Et un truc aussi très doux que je trouve génial avec les défauts, c'est de se dire c'est les miens. C'est les miens en fait. De plus dire ah non c'est pas à moi, c'est les miens en fait. Et j'aime bien aussi cette idée de se dire que toute ma vie, on m'a reproché de faire du cinéma à cause de mes émotions, de mon hypersensibilité, justement. Et finalement, aujourd'hui, je fais du cinéma. Donc, c'est plutôt drôle. Arrête de faire de la comédie. Arrête de faire du cinéma. Littéralement, je fais ça et je le chante en plus. Et c'est de dire aussi que finalement, les personnages que j'aime beaucoup dans les films ou dans les séries, c'est ceux qui ont plein de défauts. En fait, c'est la bande de potes. On les aime pas. on les aime pas pour leur qualité, on les aime pour leurs défauts. Et c'est toutes leurs limites qu'on aime voir à l'écran. Et finalement, je trouve ça cool et c'est ce que j'essaie de valoriser à l'intérieur de moi et même dans mes relations aussi autour de moi. Oui,
- #Marie Ozier-Lafontaine
oser être soi-même et c'est ok d'être soi-même.
- #Koline
C'est ok d'être soi-même et faire son petit cinéma, ça peut être cool aussi de se dire tiens, si c'était un petit cinéma, qu'est-ce que ça donnerait ? Est-ce que je retirerais ce défaut-là de mon pote ? Est-ce que ce n'est pas ça qu'on aurait envie de voir à l'écran ? Se dire, pas forcément tirer, pas tout pousser, pas s'en faire des excuses, mais se dire, c'est comme ça. Mettre un peu de tendresse sur ça, finalement, ça les rend vivables aussi et beaucoup plus chouettes, finalement.
- #Marie Ozier-Lafontaine
Et humains, quelque part.
- #Koline
C'est ça, on n'est que humains,
- #Marie Ozier-Lafontaine
finalement. Comme je dis souvent à mes clientes, soyez parfaitement imparfaites.
- #Koline
C'est ça, c'est ça, c'est complètement ça. Et ça rend toute la beauté, je trouve. Tout est plus beau, je trouve, aussi, quand on est ok avec ça.
- #Marie Ozier-Lafontaine
Merci beaucoup, Colline. Je suis ok, en tout cas, avec ta très belle vision et ton beau cheminement jusqu'à ce deuxième EP qu'on va découvrir bientôt. Merci à nouveau d'être avec nous aujourd'hui et j'espère à très bientôt.
- #Koline
À très bientôt, merci. Merci beaucoup.
- #Marie Ozier-Lafontaine
Ose là, mais vois qui ose.