- Marie Ozier-Lafontaine
Je suis Marie-Oziel Lafontaine, activatrice du génie au féminin. Chaque jour, j'accompagne les femmes à révéler leurs trésors cachés pour vivre la vie qu'elles méritent. Dans ce podcast, j'invite des femmes qui ont osé s'affranchir des dictates pour trouver leur juste place. Bienvenue dans le podcast « Ose là, les voix qui osent » . Bonne écoute ! Bonjour et bienvenue dans le podcast Les Voix qui Osent, le podcast qui raconte les histoires des femmes qui ont bravé les dictates, qui ont brisé les tabous, qui ont dépassé les injonctions pour choisir la voie de réussite, en tout cas la voie qu'elles méritent. Aujourd'hui nous recevons Shirley Billot. Bonjour Shirley.
- Shirley Billot
Bonjour Marie, merci de me recevoir.
- Marie Ozier-Lafontaine
Merci beaucoup d'avoir accepté l'invitation, on va passer un petit moment ensemble. Ici, dans cet endroit très sympathique, au pub au cœur de Fort-de-France. Et on va passer un petit moment ensemble pour en savoir un petit peu plus sur toi. Pour celles et ceux qui te connaissent, on te voit sur les réseaux sociaux, on connaît la marque que tu as créée, Catalyse, mais aujourd'hui on va en découvrir un petit peu plus sur la femme que tu es, c'est l'objectif. Et avant de démarrer, je vais te présenter rapidement. Et puis bon, si tu as envie de rajouter quelque chose, n'hésite pas. Tu es née à Djibouti, tu es martiniquaise et tu es arrivée en Martinique à 8 ans, à l'âge de 8 ans. Et puis tu es repartie de la Martinique pour tes études à Paris. Au départ, tu ne savais pas forcément quoi faire, mais tu t'es plutôt douée à l'école, tu avais des facilités. Et tu as fait des études en économie et en finance, notamment à HEC. Et derrière ça, de manière assez logique, tu as travaillé en cabinet de conseil, en gestion d'entreprise. Et puis tu as eu ton petit garçon, qui a aujourd'hui 20 ans. Et quand tu as eu ce petit garçon, tu as décidé de rentrer au pays parce que tu voulais finalement qu'il ait la même enfance que toi. Donc c'est ce que tu as fait et tu es resté du coup en Marseille où tu as travaillé. Et puis quelques temps plus tard, tu as eu envie d'autre chose. Et cette envie d'apprendre pour comprendre qui t'a toujours animé t'a mené à créer un projet de recherche qui est devenu une marque, qui est devenu une entreprise, un laboratoire de recherche, Cadalis. Et donc cette marque aujourd'hui existe, on la connaît beaucoup à travers les produits cosmétiques, mais c'est avant tout un laboratoire de recherche. qui fait de la recherche et développement, qui élabore des ingrédients pour les secteurs de la cosmétique, mais aussi des secteurs du food et beverage. C'est bien ça, je crois que j'ai bien résumé la situation. Et aujourd'hui, tu es en Martinique pour un voyage non pas éclair, mais en tout cas de ces nombreux voyages, parce que tu vis entre la Martinique et Paris, au-delà des nombreux voyages que tu peux effectuer pour justement continuer cette recherche incessante sur... ce fameux bananier et tout ce qu'on peut en tirer, notamment ce qu'on peut en tirer, ce qu'on peut tirer des déchets agricoles de la production de bananes. Bienvenue Shirley.
- Shirley Billot
Merci beaucoup.
- Marie Ozier-Lafontaine
Oui, c'est déjà pas mal. Alors pour démarrer, on va commencer par le petit rituel du podcast Les Voix qui Osent, qui est un tirage de cartes. Alors il te suffit de fermer les yeux, d'inspirer profondément. Et de placer tes mains au-dessus du jeu, de laisser ta main parcourir ce cercle de cartes et de t'arrêter quand tu le sens, soit quand tu en as l'intuition, soit quand tu sens une petite sensation dans ta main, type picotement ou chaleur. Tu en prends une.
- Shirley Billot
J'en prends une déjà. Je vais prendre celle-là alors.
- Marie Ozier-Lafontaine
Ok. Donc tu peux regarder l'illustration. Tiens.
- Shirley Billot
Hop.
- Marie Ozier-Lafontaine
Je ne sais pas si elle te parle déjà, l'illustration.
- Shirley Billot
Je trouve qu'elle a les cheveux au vent, une pensée riche. Je la trouve songeuse. En fait, et en même temps, ses bras font un cœur. Donc, je la trouve chaleureuse, aimante et assez douce.
- Marie Ozier-Lafontaine
Maintenant, tu vas la retourner et la lire et nous dire du coup si...
- Shirley Billot
J'ai mes lunettes.
- Marie Ozier-Lafontaine
Bien sûr. et nous dire du coup ce que ça te parle.
- Shirley Billot
Ta présence, ancrage, découverte, complétude et équilibre. Ferme les yeux, apprécie ce moment juste là, ce moment, maintenant. Ta présence à toi-même te suffit. Ton ancrage, ta présence en toi. Tu crois que c'est difficile, mais non. Il ne tient qu'à toi de t'aimer et de déterminer ta place, ta présence.
- Marie Ozier-Lafontaine
Ok. Est-ce que ça te parle, Charlie ?
- Shirley Billot
Alors, là, en ce moment, je trouve ça totalement réaliste. Parce que oui, en ce moment, comme souvent, Je crois que c'est difficile, mais je sais que ça tient à moi. Et donc, je sais que plus que jamais, dans les moments difficiles, il faut rester ancré, fort et avoir foi en son destin.
- Marie Ozier-Lafontaine
Tu as toujours eu foi en ton destin ? Darlene, de plus petite ?
- Shirley Billot
Oui, c'est vrai. Je suis une personne pleine de paradoxes. Je suis à la fois très logique et à la même temps très spirituelle. J'adore les mathématiques, alors j'ai un côté très rationnel. Mais en même temps, je trouve que mon côté martiniquais, c'est justement écouter ces messages que vous font passer, l'univers, la serendipity, la synchronicité, je ne sais pas. Moi, j'écoute les petits messages. Et d'ailleurs, mon projet est né de messages.
- Marie Ozier-Lafontaine
D'accord.
- Shirley Billot
Donc, c'est absolument pas une pensée rationnelle. La base était rationnelle, parce que j'adore lire des études scientifiques depuis très longtemps. Mais le montage de ce projet, et là où j'en suis aujourd'hui, est à 90% des rencontres, des opportunités, des choses qui se passent, des messages qu'on m'envoie parfois. C'est qu'il faut parfois écouter. Je ne sais pas d'où ça vient, mais je me suis laissée envahir. totalement par ce projet, contrairement à la vie que j'avais avant de dirigeante ou dans le monde du conseil où là j'étais vraiment très rationnelle.
- Marie Ozier-Lafontaine
Oui. Et du coup, est-ce que quand tu étais petite fille, quel genre de fille tu étais et à quoi tu rêvais ? Parce que finalement, ce que tu souhaitais devenir petite fille a quand même un lien avec la femme que tu es devenue aujourd'hui, le projet dans lequel tu t'es lancée.
- Shirley Billot
Oui, c'est plein de paradoxes. Petite fille, j'étais plutôt garçon manqué.
- Marie Ozier-Lafontaine
Oui.
- Shirley Billot
Je pense que ceux qui m'ont connue quand j'étais... En primaire ou en collège ou même au lycée, on doit se demander mais qu'est-il arrivé à Charley ? J'étais hyper active, très turbulente, j'avais du mal à me canaliser, j'étais passionnée par énormément de sujets et à l'époque je voulais être pharmacienne. Je voulais absolument qu'avec mes soeurs, j'ai deux soeurs, on crée un complexe, que l'une devienne médecin, l'autre dentiste et moi pharmacienne et qu'on ouvre un établissement autour de la médecine au final. Et je me souviens que j'avais des idées... de crème à base de... D'ailleurs, c'est ce qu'ils se sont après. Je les ai vus sur le marché, le pire. Mais je faisais... J'avais un ken aussi, parce que comme j'étais garçon manqué, j'avais des ken et des jaijo. Je leur faisais des masques. Déjà. Oui. Et ce qui est étonnant, c'est que j'ai fait un bac scientifique. J'allais faire une prépa bio. Et finalement, comme j'adorais vraiment les maths, j'ai préféré faire de la finance. Parce qu'à ce moment-là, la rationalité était plus forte chez moi et je me disais, bon... En France, la recherche n'était pas tellement valorisée. Je savais qu'on avait des carrières plus intéressantes dans la finance, et donc j'ai décidé de faire de la finance. Et quelque part, j'ai eu une carrière dans le monde du conseil, et dans l'industrie pharmaceutique notamment. J'ai travaillé chez Air Liquide Santé, j'ai travaillé chez AstraZeneca, etc. Et au final, quand je suis revenue en Martinique, c'est ça qui est assez étonnant, c'est que ça m'a remis aussi un pied dans l'étrier, puisque j'ai dirigé des sociétés qui faisaient de l'import et de la distribution, dans la pharma. la grande distribution et le téléachat et j'avais donc un catalogue de produits qui étaient des produits pharmaceutiques. Et c'est là où finalement j'ai retrouvé l'intérêt des produits avec baqué par de la science, parce que moi j'aime quand c'est technique. Et finalement je suis revenue un peu à mes amours de jeunesse.
- Marie Ozier-Lafontaine
Et qu'est-ce qui s'est passé ? Quels ont été les éléments déclencheurs pour que tu reviennes justement à ces amours de jeunesse ? Qu'est-ce qui s'est passé pour qu'au final tu deviennes entrepreneur et dans ce secteur ?
- Shirley Billot
Alors je tiens à dire que je n'aurais jamais pensé devenir entrepreneur. D'une part mes deux parents sont syndicalistes, enfin ils ont été syndicalistes ici. Mon père était dans l'armée française, ma mère était très active mais dans le monde social. Mais j'ai été élevée comme je pense beaucoup de personnes pour faire des grandes études et après devenir un très bon cadre supérieur dans une entreprise. et je voyais mon avenir comme ça. Il se trouve qu'en fait... Ça a changé quand finalement je suis revenue vivre ici. Parce que le métier que j'exerçais dans le monde n'existait pas ici. Et donc il a fallu que je change mon travail. Et donc j'ai fait de la direction d'entreprise. Je n'avais jamais vraiment fait ça. J'avais dirigé des projets, mais je n'avais pas dirigé d'entreprise. Et j'ai eu la chance d'avoir un... Mon premier employeur a été quelqu'un de... vraiment très inspirant pour moi parce qu'en plus il m'a laissé la clé de sa société et donc j'ai dû me débrouiller. Il m'a fait une totale confiance et ça a été un gros challenge pendant trois ans et c'est là où j'ai vu que j'étais capable de le faire. Ensuite pendant deux ans j'ai dirigé deux établissements pharmaceutiques ici et donc ça a consolidé quelque part mon expérience de dirigeante mais encore une fois être dirigeant ce n'est pas la même chose que d'être entrepreneur. Et ça on le réalise après. Et finalement, ce qui a été l'élément déclencheur, ça s'est imposé à moi parce qu'encore une fois, je ne serais pas devenue entrepreneur. Ces deux événements, déjà la grève de 2009 qui m'a énormément marquée et je me suis dit... tant d'une famille extrêmement engagée, que puis-je faire pour lutter contre ces inégalités intergénérationnelles, contre ce mal-être que même moi je comprenais et que je vivais aussi, d'une certaine façon. Et donc j'avais ce désir de faire quelque chose, mais je ne savais pas comment. Et puis, je devrais dire que j'ai eu de la chance, ou l'opportunité de vivre un harcèlement important.
- Marie Ozier-Lafontaine
Tu dis que c'est une chance du coup ?
- Shirley Billot
Oui, je dis que c'est une chance parce que... finalement cette expérience m'a donné envie de ne plus travailler, je dis souvent pour des cons, mais bon allez on va être plus politiquement correct. J'avais envie de donner du sens à ce que je faisais et je travaillais pour l'argent, ce que j'avais fait pendant des années. Quand il vous arrive cette situation, ça remet beaucoup de choses en cause. Et moi je me suis beaucoup remise en question parce qu'en fait ce n'est pas vos compétences qu'on met en question, c'est une pensée malade. de personnes toxiques qui veulent vous contrôler et qui vous font ça. Et donc, il ne faut pas le prendre personnellement. Et en fait, ça a été une grande réflexion pour moi. Et à ce moment-là, et là, on va penser au signe du destin, comme moi, il se trouve que je dors très peu, je dors trois heures par nuit, donc j'ai énormément de temps disponible. Donc, il se trouve qu'une de mes passions, c'est de lire des études scientifiques ou des brevets. Et j'en ai lu sur la caractérisation de la peau de la banane. Et j'ai trouvé ça... Par hasard ? Oui. ça n'a pas de sens, je sais mais je lis ça, je trouve ça hyper intéressant et comme je suis hyper active je vais au bout, je lis sans étude je fais une synthèse qui est dans mon sac tu rédiges donc tu rédiges une synthèse sur tout ce que tu as étudié oui, parce que la pensée sort de ma tête donc il faut que j'écrive je crée des notes j'écris un programme de recherche que j'avais mis dans mon sac et ma mère qui à l'époque avait une émission ici Oui. de télévision, interviewait le président de la filière banane, Éric Delucy, et elle m'amène avec elle. Alors, en ce moment, je suis toujours dans ma phase harcèlement, donc je ne suis pas très très bien, donc elle me dit, viens avec moi. Et donc, je l'accompagne, et il parle des difficultés de la filière banane, des challenges qu'ils ont face à la concurrence, des pays d'à côté qui n'ont pas le même coût du travail, des problèmes de qualité, etc. Et en fait, moi, je joue avec mon téléphone, parce que comme je suis hyper active, il faut toujours que je m'occupe. Et il me dit, mais en fait, tu n'écoutes rien. Je dis, si, j'écoute. Mais en fait, ce que je trouve dommage, c'est qu'il y a tellement de molécules d'intérêt dans, ne serait-ce que vos coproduits, donc vos bananes moches ou autres. Si vous aviez une vision différente qui serait de les valoriser dans d'autres secteurs et pour d'autres applications, ce serait intéressant. Parce qu'on ne peut pas, nous, tout le temps, essayer de vouloir être concurrent de pays qui n'ont pas les mêmes règles que nous. Et donc, la seule façon que nous avons, nous, dans les entreprises françaises, c'est de se démarquer par l'innovation. l'IP, la propriété intellectuelle, etc. Et donc je lui parle comme ça, il me dit, en fait il m'a dit, mais t'es pas si conne que ça.
- Marie Ozier-Lafontaine
Non, il m'a dit,
- Shirley Billot
c'était très gentil, parce qu'en fait, peut-être que l'attitude que j'avais de jouer avec mon téléphone n'était pas très respectueuse au final, mais comme moi je suis hyperactive, j'ai besoin de canaliser ma pensée.
- Marie Ozier-Lafontaine
Je vais m'être occupée.
- Shirley Billot
Exactement. Et au final, il m'a dit, mais reviens voir avec ton projet. Et à l'époque, je n'avais pas de projet d'entreprise. J'avais juste une synthèse d'une centaine d'études que j'avais lues. Et il me dit, mais j'ai encore une épreuve pour toi. Je vais te présenter quelqu'un et si ça l'intéresse, ok, on te suit. Et en fait, il m'a présenté le président du CIRAD, qui est un centre de recherche publique spécialisé dans les fruits tropicaux, notamment la banane. Et donc, je vais le voir et je lui parle de mon projet. Il croit que je suis doctorante ou en tout cas jeune scientifique. Et il trouve ça super intéressant. Il me dit, tu as une pensée trop complète. Donc, il y a trop, trop d'éléments. La recherche, c'est répondre à une question. À quelle question veux-tu répondre ? Et en fait, je lui dis... Moi je voudrais valoriser les lipides de la peau de la banane. Et en fait c'est parti comme ça, ils m'ont dit banco, et en fait j'ai démarré comme ça, j'ai démarré un programme de recherche en collaboration avec le CIRAD, j'ai pris une stagiaire, puis une doctorante, et on a caractérisé le bananier, ses lipides, mais aussi les molécules aqueuses, en utilisant différentes techniques, et ça a été une thèse pendant trois ans. Voilà, ça a démarré comme ça, et à ce moment-là... Quand je discutais avec la filière banane et le CIRAD, avant qu'on commence le projet, je me souviens d'exemples. Mon mari m'invite en week-end dans le sud de la France et dans la chambre d'hôtel, c'est des gravures de bananiers. Et j'ai dit à mon mari, est-ce que c'est une plaisanterie ? Il me dit non. Je demande à la queue de l'hôtel, est-ce qu'il y a d'autres chambres comme ça ? Il me dit non, c'est la seule. Ok, je me dis ok, je suis envahie par la banane. Et à l'époque, j'avais passé des entretiens pour diriger un cabinet de conseil à Paris.
- Marie Ozier-Lafontaine
Ce qui fait qu'à ce moment-là, tu n'as pas de projet. d'entreprise dans le secteur. C'est vraiment un projet de recherche parce que ça te passionne. Donc tu t'investis à 100%, même à 400% on va dire, dans ce projet de recherche, mais à ce moment-là, aucune ambition de transformer ce projet en entreprise. Non,
- Shirley Billot
en réalité c'est ma thérapie, puisque je sors d'une épreuve compliquée et j'ai besoin... de ressourcer mon intellect et de redonner du sens à ma pensée. Donc en fait, me nourrir de données, moi, m'a beaucoup aidée à me remettre de cette épreuve. Parce qu'encore une fois, je suis hyperactive et donc en fait, je sais comment je fonctionne. Et ce sujet me passionne. Et après, on repart en week-end à Londres et on arrive en sortant de l'avion. Il y a une campagne d'affichage avec des éoliennes en forme de pot de banane. Et à chaque fois, je me dis, mais à chaque fois, je vois de la banane partout. Et je me dis, bon ok, je crois que c'est l'univers m'envoie des signes, il faut que je suive ce chemin. Et en fait, tout ça pour dire que je n'aurais peut-être pas eu la force toute seule, mais face aux signes de l'univers, et ce projet étant plus ambitieux que moi-même, finalement il m'a obligée à me dépasser. Et c'est finalement un projet qui m'a servi à illustrer ma pensée militante, c'est-à-dire que ma société est pour moi une façon... de militer pour un meilleur futur pour nous. Comment on peut rentrer dans le game grâce à l'entreprenariat ? Comment on peut changer notre avenir grâce à l'entreprenariat ? Voilà, c'est un peu... C'est une étape de ma vie de métamorphose, de celle que j'étais avant et de celle que je suis maintenant.
- Marie Ozier-Lafontaine
C'est comme une démonstration que tu veux faire quand tu dis qu'on a l'opportunité ici de briller grâce à l'entreprenariat, l'innovation, etc. Toi, tu vas en apporter la preuve justement grâce à ce laboratoire de recherche ?
- Shirley Billot
Oui, c'est démontrer qu'on est capable de faire des choses extrêmement ambitieuses et pas uniquement des choses traditionnelles ou classiques ou ce qu'on connaît déjà. C'est avoir une ambition de conquérir des marchés internationaux. La filière banale, c'est un sujet intéressant parce que pour moi, elle représente le pire et le meilleur chez nous. Et je trouvais que c'était intéressant parce que moi, je la trouve... Formidable cette filière. Je trouve le bananier formidable aussi dans notre histoire de Martiniquais, puisque en 1736, une ordonnance royale avait à l'époque imposé à tous les détenteurs d'esclaves de planter 25 bananiers par esclaves détenus. Et donc notre histoire est quand même extrêmement liée à la banane et pas que à la canne. C'est deux histoires différentes, mais la banane, c'est le premier fruit qu'on a le droit de planter librement. Ça a été l'aliment de base de nos ancêtres esclaves, mais aussi des planteurs. Et donc, je trouvais, quelque part, c'était aussi une façon... pour moi, de boucler la boucle, de m'apaiser et de montrer notre capacité, enfin, de montrer que nous, qui sommes un peuple jeune, qu'est-ce qu'on peut faire de notre histoire ? Qu'est-ce qu'on peut créer à partir de notre histoire ? Et ce que j'aime aussi beaucoup, c'est travailler en écosystème. Et j'avais envie aussi, que moi je crois beaucoup à l'inclusivité, et j'avais aussi envie de pousser un peu ces acteurs traditionnels. à essayer aussi de travailler ensemble, de travailler en écosystème, ce qui n'est pas non plus la pratique aussi ici.
- Marie Ozier-Lafontaine
Et ça a fonctionné ?
- Shirley Billot
Ça fonctionne, ce n'est pas toujours facile, pour plusieurs raisons. Déjà, je pense que beaucoup ne comprennent pas toujours ce que je fais. Je n'ai pas un produit traditionnel. On a un produit, une innovation. Et comme tu le disais tout à l'heure, l'innovation, c'est d'abord qu'il faut déjà apprendre. Donc, c'est connaître le végétal, ce qu'il contient, comment ça agit. Puisque nous, on fait de la recherche fondamentale en chimie, mais sur la santé. On travaille sur les maladies inflammatoires. Et donc, comment nos extraits agissent sur des cellules. Comprendre, est-ce que c'est la caractérisation ? En fait, c'est vraiment comprendre la composition d'un extrait en fonction de comment on l'a extrait. Et ensuite, comment il agit sur des cellules ou des marqueurs. Et donc, une fois qu'on a appris un peu mieux, parce que la chimie, c'est infini. et qu'on comprend mieux, là on peut développer des innovations, c'est ce qu'on a fait. On a développé des preuves de concept à travers Catalyse, des produits cosmétiques. Alors on n'a pas fait des produits cosmétiques sans rien, on a développé trois ingrédients. Ils sont des extraits lipidiques de bananes. Un autour de la banane verte, ce qui est plutôt équilibrant. Un autour de la banane jaune, qui est anti-âge, raffermissant. Et autour de la banane rose, qui est anti-tache et anti-oxydant. Et autour de ces ingrédients... On a créé une preuve de concept qui sont les produits finis, donc les produits cosmétiques Adalys. Mais ces ingrédients sont aussi utilisables en alimentaire. Et on a aussi développé une preuve de concept l'année dernière. En collaboration avec les Rhum Clément, on a développé un arôme de banane à partir de leurs propres coproduits de banane. Puisqu'en réalité, on est des experts de la chimie et de l'éco-extraction, donc on peut faire ce qu'on veut. On a acquis une telle compétence. qui est reconnue d'ailleurs dans le monde sur le bananier, mais aussi sur l'éco-extraction.
- Marie Ozier-Lafontaine
Et justement, dans ce milieu de l'innovation, de la tech, de l'entrepreneuriat, de la recherche, est-ce que c'est difficile d'être une femme ? Est-ce que ça a été compliqué à certains moments pour toi en tant que femme ou en tant que femme martiniquaise d'avoir ta place ? Est-ce qu'on t'a mis des bâtons dans les roues ? Est-ce que tu as dérangé parfois dans ce que tu pouvais représenter ? Et si oui, comment tu as fait justement pour dépasser ces obstacles ?
- Shirley Billot
Alors paradoxalement, j'ai été quand même très bien accueillie en France, mais aussi dans d'autres pays. Aujourd'hui, je suis ce qu'on appelle une key opinion leader dans mon domaine d'activité. Je fais des conférences en Asie, aux Etats-Unis, beaucoup. En France, je suis administrateur de la Fédération des entreprises de la beauté. On se déchège aux côtés de L'Oréal, LVMH, les grandes maisons. C'est eux qui m'ont proposé d'être administrateur. Honnêtement, je n'y avais pas pensé. Parce que moi, je ne viens pas du monde de la beauté. Ça, c'est assez atypique. Je ne viens pas d'une grande maison de beauté. Je me suis fait ma place toute seule. Et je pense que comme j'ai de vrais fondamentaux et aussi de vrais engagements sincères, je pense que ça a dû intéresser. Je suis administrateur depuis trois ans et là je viens d'être renouvelée encore pour trois ans. Nous, on a des réunions avec le ministère de l'Industrie pour essayer de défendre la filière, qui est une des filières les plus importantes de la France. J'ai eu l'occasion de représenter la filière lors d'un voyage présidentiel avec Emmanuel Macron. Je suis partie au Gabon où j'ai fait trois interventions, dont les recommandations de l'État à la fin du sommet. Donc, grande responsabilité. Oui, je suis à... ambassadeur business france d'atim france export puisque je représente la martinique je fais beaucoup de salon donc non j'ai gagné plusieurs prix notamment aux états unis j'ai gagné tech for future l'année dernière j'ai gagné un concours de pitch à vivette avec l'année dernière j'ai gagné un prix encore l'année dernière d'ailleurs pour la femme entrepreneur de l'année au par le par e sdp qui est un organisme qui valorise les entreprises qui sont portées par la diversité si si on peut dire ça. Aux Etats-Unis, j'ai gagné le prix de la marque la plus engagée. Donc oui, la reconnaissance internationale, elle a été plus facile parce qu'on a des vrais assets scientifiques et qu'on a une vraie démarche écoresponsable puisqu'on travaille sur des déchets. On valorise les femmes dans les métiers de la science. Mes salariés sont majoritairement des femmes ingénieurs ou docteurs en pharmacie.
- Marie Ozier-Lafontaine
C'est un choix de recruter des femmes ou ça s'est fait complètement par hasard de manière peut-être organique ? Ou il y a quand même un choix délibéré de ta part ?
- Shirley Billot
Alors, ce n'est pas tellement un choix délibéré au départ. C'est parce que dans la chimie des ingrédients, il y a beaucoup de femmes dans des postes d'ingénieurs. Et puis après, je pense que dans les discours aussi que j'ai, j'attire aussi les femmes. Et j'adore travailler avec des femmes. Je les valorise et je me sens aussi très bien. Et donc finalement, elle... Je pense qu'elle postule plus facilement chez moi. Mais là, en l'occurrence, vu qu'on a un projet qui est plus process, là, je pense qu'on va être sur un équilibre. Dans les procédés, il y a plus d'hommes que de femmes. Donc après, moi, j'aime travailler avec les femmes. Je les trouve multitâches, passionnées. Il y a moins de problèmes d'égo aussi. C'est une petite société, donc on est en mode start-up. Et je trouve les femmes résilientes face aux difficultés. parce qu'elles sont tellement aussi soumises aux difficultés depuis le jeune âge qu'elles sont quand même, je les trouve très solides. Mais après, on est ouvert, on a eu des jeunes hommes. Mais c'est sûr que dans notre domaine, la beauté, beaucoup de femmes. Dans l'agro, pur et dur, plus d'hommes.
- Marie Ozier-Lafontaine
Et du coup, loin de l'image qu'on se fait souvent des groupes de femmes où il y aurait de la rivalité, etc. On décrit souvent les femmes ou les groupes de femmes comme étant des groupes où il y a des conflits, etc. Alors qu'au final, toi qui es entourée de femmes, tu constates que vous travaillez plutôt bien. On travaille très bien,
- Shirley Billot
en harmonie. Je pense que moi, j'ai un fils qui a 20 ans, donc je me nourris beaucoup de lui. Et je trouve que peut-être aussi, on manque parfois d'audace, en fait. Et ça, c'est intéressant parce que je trouve que les hommes apportent ça aussi. C'est bien d'avoir un équilibre. Mais non, ça se passe extrêmement bien. Je sais, on est dans un... On est en cocon, mais il faut aussi se challenger un peu. Après, c'est aussi culturel. Je pense qu'en France, on a une culture où on est plus dans la discrétion. Moi qui suis beaucoup aux Etats-Unis, avec beaucoup moins, ils se vendent beaucoup plus. Donc moi aussi, j'ai appris à changer mon état d'esprit et à fonctionner plus à l'anglo-saxonne. Parce qu'il faut aussi montrer ce qu'on sait faire.
- Marie Ozier-Lafontaine
Justement, tu dis que tu as appris à fonctionner à l'anglo-saxonne. D'où te vient cette audace ? Est-ce que c'est l'expérience ? Parce qu'au final... pour accomplir ce que tu as accompli, obtenir tous ces prix, ces récompenses. Il faut l'audace, il faut y aller. Il ne faut pas rester dans son coin. Il faut se montrer, il faut demander, il faut démontrer. D'où te vient cette audace-là ou ce courage aussi ?
- Shirley Billot
En finale, déjà je suis quelqu'un, je suis assez battante et comme je suis, moi j'ai toujours été une fonceuse. Après bon, quand j'étais enfant, j'ai fait du violon, j'ai eu beaucoup de premiers prix de conservatoire, donc j'ai eu l'esprit de la compétition très tôt. Donc ça, ce n'est pas quelque chose qui m'a posé problème. Ensuite, dans nos domaines d'activité, on n'a pas le choix, il faut participer à des prix. Mais j'ai toujours été très sincère quand j'ai participé à des concours. Et en fait, la sincérité, ça paye. Je me souviens du concours de pitch que j'ai fait à Vivatech. Je n'ai pas du tout fait l'élévateur pitch qu'on vous enseigne partout, parce que moi, je le trouvais insupportable. Et au final, je suis venue en disant, ben voilà, moi, je fais ça, comme ça, et voilà un exemple concret de ce que je fais. Et au final, j'ai gagné. Et il n'y a pas forcément une règle, mais je pense qu'il faut faire les choses avec conviction et passion. Et ça, je suis passionnée. Et je pense que ça, ça se voit. Et pourquoi j'ai autant de... Je pense que ce qui m'anime énormément, c'est parce que je me dis, je pense, je ne peux pas échouer parce que je suis martiniquaise et que si j'échoue, on va dire...
- Marie Ozier-Lafontaine
Tu as une pression.
- Shirley Billot
Oui, j'ai une pression. En plus, je suis une femme et je n'ai pas envie non plus qu'on me dise que c'est parce que c'était une femme. En fait, je me mets une pression toute seule en me disant, d'abord, il y a tellement de gens qui croient en moi et qui m'ont soutenue. Je n'ai pas envie de les décevoir. Et dans les moments de faiblesse qui m'arrivent régulièrement, comme beaucoup d'entrepreneurs, les autres me donnent de la force. Les gens sont vraiment adorables. J'ai vraiment de la chance. Quand tu dis les autres, c'est ta famille,
- Marie Ozier-Lafontaine
tes amis, tes collègues ?
- Shirley Billot
C'est mes collaborateurs qui sont super, c'est ma famille, c'est les partenaires que j'ai, c'est les institutions avec qui je suis. J'ai toujours eu... Je trouve beaucoup de bienveillance, même si c'est difficile. Mais j'ai quelques personnes qui ont été négatives ou vraiment pas du tout sympathiques. Mais c'est une minorité et cela, tant pis pour eux en fait, parce qu'eux n'ont pas de sens dans leur vie et ne partagent pas. Je pense que c'est aussi les gens qui ne me soutiennent pas, c'est parce qu'ils ne partagent pas cette envie que moi j'ai de faire évoluer une certaine partie de la... une certaine catégorie socio-professionnelle. En tout cas, j'ai envie de montrer qu'on est capable à partir de rien de créer quelque chose. Et qu'on est capable de se prendre en main et de changer un peu le destin tel qu'il nous est actuellement prédestiné. Et je trouve ça assez insupportable. Donc, ouvrir de nouvelles voies, il y a beaucoup de gens finalement qui ont envie de ça. Et cela me porte énormément. Donc, même quand c'est difficile, au final, c'est les autres qui me relèvent. Et ça, je trouve ça génial.
- Marie Ozier-Lafontaine
Et quand tu dis quand c'est difficile, c'est quoi ? C'est les moments de doute propres à l'entrepreneur ? Qu'est-ce que tu trouves difficile finalement dans ton quotidien ou dans ce que tu entreprends ?
- Shirley Billot
L'entrepreneuriat, c'est difficile. On est confronté à des choses. qu'on ne maîtrise pas forcément. Moi, j'ai des étapes. Alors, ce n'est pas tant l'entreprise en elle-même, mais c'est tout ce qui va autour et qu'il faut gérer. Et quand on se rend pas compte qu'il y a tout ça tout autour, et même là, on est en train de finir une levée de fonds, c'était dur, honnêtement, c'était très, très dur. On me l'avait dit, mais je ne pensais pas à ce point-là. Oui, tous les jours, il se passe quelque chose. Il n'y a pas un jour où il ne se passe pas quelque chose. Ce qui fait que même une victoire, on n'a pas le temps de se réjouir parce qu'on sait que derrière, il y a autre chose qui arrive. Et après, je pense que beaucoup de femmes ont le problème du syndrome de l'imposteur. Ça, c'est quelque chose que je peux avoir. Alors pourquoi ? C'est parce que je pense que certaines personnes, notamment des hommes pas très bienveillants de mon entourage, m'ont dit, par exemple, à façon de toi, tu... tu ne passes ton temps à faire la belle sur des plateaux télé. Ben oui, mais c'est mon métier. Je ne pense pas qu'on dirait ça à un homme. Mais moi, j'ai eu beaucoup de remarques un peu désagréables. Alors que notre métier à nous, en tant qu'entrepreneurs, c'est de se faire connaître. Parce que sinon, on ne peut pas toucher nos consommateurs. Et moi, en plus, qui suis une ancienne timide, je me souviens, les profs qui m'ont eu au collège, je récitais parfois les poésies d'eau à la salle. Parce que même si je parlais à tout le monde, je n'aimais pas ça parce que je me mettais trop de pression. Il a fallu aussi que je me dépasse. pour finalement faire toutes ces conférences. En plus, je fais des conférences en anglais. J'étais à New York, c'était il y a trois ans. Je fais une interview pour la chaîne new-yorkaise. Il me fait la même chose, mais en espagnol.
- Marie Ozier-Lafontaine
Wow !
- Shirley Billot
Je dis, bon, ok, mais laissez-moi cinq minutes, parce que l'espagnol, c'est pas comme si je le pratiquais tout le temps. Donc, je dis, ok, ok, je revois le vocabulaire. Là, je dis, ok, c'est bon, je repars, parce que c'est en direct. C'est des choses comme ça, où en fait, il faut vraiment... Alors, pour le coup, maintenant, je n'ai plus aucun complexe, totalement.
- Marie Ozier-Lafontaine
On dirait qu'aujourd'hui, tu l'as complètement. apprivoiser ton syndrome de l'imposture. L'imposture, non. Comment tu le gères du coup au quotidien, puisque tu dis qu'il est toujours là. Il est toujours là. Comment tu fais ? Comment tu négocies avec lui ?
- Shirley Billot
Comment je négocie ? Alors, c'est pas toujours facile. Il y a des moments où c'est compliqué, mais... Bon déjà j'ai des mentors, ça ça m'aide beaucoup. J'ai des mentors hommes, j'ai des mentors femmes qui m'apportent. Donc des fois je les appelle, je me dis oh là là mais eux ils croient en moi autant que ça. Je me remets un peu en question. Non mais comme je me connais et que je sais que je l'ai, alors moi je compense en essayant d'avoir un maximum de données. Je compense par la technicité. Je creuse à fond et ça me rassure.
- Marie Ozier-Lafontaine
Mais tu es sûre de ton sujet, tu es sûre des données que tu vas avancer, de ton cours. Tu es crédolide.
- Shirley Billot
Oui, nous, on est très solide. Donc, en fait, moi, ce qui me rassure, c'est la donnée parce que j'ai été rationnelle. Et après, j'essaye de... Et après, aussi, participer à des événements et discuter avec d'autres personnes, ça me permet de me rendre compte que je ne suis pas la seule. J'ai des amis, hommes, qui partagent aussi parfois ça. Et puis, voyager aussi. Parce que voyager, voir d'autres cultures qui ne se posent pas ces questions parce que dans leur éducation, dès le collège, on leur apprend à pitcher, notamment aux Etats-Unis. Et on leur apprend à ne pas du tout finalement avoir de complexe. Et justement, il faut se montrer pour obtenir des bourses. En fait, eux, ils n'ont pas le même médecin que nous. Et en fait, comme moi, je passe beaucoup de temps aux Etats-Unis, je me suis dit que c'est aussi un problème de la culture française où on ne montre pas trop, il ne faut pas trop briller. C'est très, très complexe.
- Marie Ozier-Lafontaine
Surtout quand on est une femme.
- Shirley Billot
Alors en plus oui, en plus on est une femme. Voilà,
- Marie Ozier-Lafontaine
discrète, douce, conciliante.
- Shirley Billot
Oui, moi par exemple, j'ai fait des due diligence et on a mis des experts en face de moi. Et c'était que des hommes pour le coup. Et moi dans mon équipe, c'est que des femmes. Et en face d'eux, des fois on avait des remarques où en gros on nous prend de haut en disant « Mais ça, là il vous manque ça. » Ah bah non, moi je leur ai dit « Non, il ne nous manque pas ça. » Et en fait ils insistent. Et moi j'ai dit « Non mais en fait, je ne sais pas d'où viennent vos experts, mais je peux vous dire que nous savons de quoi nous parlons. » Et finalement, il faut que je mette une preuve devant eux et à la fin, je m'agace. Mais comme je m'agace, il paraît que je ne suis pas facile et que je suis chiante. Voilà,
- Marie Ozier-Lafontaine
quand on s'impose, on devient chiante.
- Shirley Billot
Et donc au final, ou la dernière fois, on m'a dit mais en fait, tu te tiens comme un homme. Ça peut être quoi ? Je te faisais la question. Ça, parce que je réponds très cash. Et je ne peux pas toujours être polie et tout encaisser avec le sourire. Non, ce n'est pas possible. Il y a un moment ou un autre où...
- Marie Ozier-Lafontaine
Pas souhaitable peut-être. Oui,
- Shirley Billot
quand on me dit ma petite dame. Ça maintenant, mon cerveau il brille. Oui,
- Marie Ozier-Lafontaine
je comprends.
- Shirley Billot
Alors si je suis de bonne humeur, ça va, mais alors si je suis déjà un peu en mode fatiguée, alors là je vais vite briller. Mais bon, après c'est à nous d'être pédagogue.
- Marie Ozier-Lafontaine
Oui, à nous de les éduquer, c'est ça ? Voilà. De leur expliquer. C'est un petit peu fatigant, non ?
- Shirley Billot
C'est fatigant, oui. Honnêtement, c'est fatigant. Et je me souviens encore, la semaine dernière, j'avais un peu accumulé et j'ai dit à quelqu'un, bon je Je veux bien comprendre ton point de vue, mais il va falloir que tu commences à comprendre le mien, parce que là, ce genre de remarques, j'en ai un petit peu assez en fait. Et c'est un peu une insulte à mon intelligence, ça commence à devenir pénible. Et je pense que si moi je faisais l'inverse, en effet miroir, ce serait pas très agréable. Et voilà, mais je pense qu'il y a encore du chemin à parcourir, dans des anciennes générations en fait, c'est ça, parfois on est en face de nous. Mais bon après... Il faut plutôt en sourire, en fait. Il faut sourire. Oui, c'est toujours. Oui, parce qu'en fait, en rentrant, finalement, c'est assez drôle.
- Marie Ozier-Lafontaine
Oui, puis le sourire, la ténacité n'empêche pas le sourire. Oui, j'ai toujours le sourire.
- Shirley Billot
J'ai toujours le sourire.
- Marie Ozier-Lafontaine
Et justement, dans les moments plus compliqués, ou alors peut-être où tu es en surcharge de travail, ou en surmenage, etc., d'autant que tu nous l'as dit, tu travailles 14 heures par jour et tu nous l'as dit, tu dors 3 heures par nuit. Donc, c'est un rythme qui est quand même assez effréné. Sur quoi tu t'appuies ? Qu'est-ce qui va te soutenir dans ces moments-là ? Alors, c'est peut-être un morceau de musique, un mantra, quelque chose ou peut-être une routine, un petit secret que tu aurais à partager avec nous qui te rebousse et te redonne la banane, j'ai envie de dire.
- Shirley Billot
Oui. Alors, il y a un rituel que j'ai tous les jours. Je cuisine pour mon fils. J'adore cuisiner pour lui. On cuisine ensemble et on... on échange. Et en fait, moi, cuisiner, ça m'apaise énormément. Mais sinon, j'écoute beaucoup de musique. Je danse beaucoup, et même des fois en marchant. Des fois, je danse dans l'avion, en prenant le métro. La musique, pour moi, est un moyen de réaligner mes énergies. Après, non. Honnêtement, moi, comme je dors 3 heures par nuit depuis des années, mon rythme de travail, il est comme ça, donc j'en souffre pas plus. C'est justement, je trouve que le temps les journées ne sont pas assez longues pour apprendre tout ce que j'aimerais apprendre. Donc, la nuit, je fais des choses différentes que la journée. Puisque comme la nuit, personne ne me dérange. À partir d'une certaine heure, parce que souvent, je commence tôt avec l'Asie. Mais je finis tard parce que je discute avec les Etats-Unis et Los Angeles. Donc, en fait, j'ai... Parfois, j'ai des calls jusqu'à minuit. Et le matin, je peux avoir des réunions à 3-4 heures du matin. Mais sinon, le soir, une de mes passions, c'est de lire des brevets, des études scientifiques. Là, par exemple, dans l'avion, j'ai passé tout le vol à écrire un nouveau programme de recherche parce qu'il y a un truc qui m'intéressait. Donc, j'ai rédigé ça pendant tout l'avion, mais il fallait que ça sorte de ma tête. Je suis allée au bout de mon truc. Comme ça, il y a un moment où je lisais des études. J'ai tout synthétisé dans l'avion. C'est écrit. Maintenant, je n'y pense plus. C'est écrit. Quand j'aurai le temps, je le ferai.
- Speaker
OK.
- Marie Ozier-Lafontaine
Shirley, on arrive à la fin de cet entretien. Je voudrais te remercier d'avoir partagé avec nous tout cela et ces dernières astuces que tu as. Effectivement, on a compris, tu as de l'énergie, mais tu sais aussi aller la chercher quand tu n'en as plus ou quand tu pourrais en manquer. Et tu es toujours en recherche d'eux, en réflexion. En tous les cas, merci beaucoup. Je ne sais pas si tu as un petit mot de la fin que tu voudrais partager.
- Shirley Billot
Moi, je dirais croyez en vos rêves parce que c'est important de croire en ses rêves. Et parfois, quand on doute ou qu'on n'a peut-être pas la force, il faut aller la puiser vers quelque chose de beaucoup plus grand. En fait, je trouve que ça, ça stimule énormément. Et puis, si les autres ne croient pas en vous, ce n'est pas grave. Ça, ce n'est pas grave du tout, en fait. Moi, j'ai démarré mon projet, personne ne croyait en mon projet. Personne ne croyait aux actifs de la banane. Personne ne croyait en... une marque de la Martinique. Et aujourd'hui, quand vous voyez, quand on peut regarder tout ce qu'on a accompli, c'est quand même énorme.
- Marie Ozier-Lafontaine
Oui, clairement.
- Shirley Billot
Donc, je vous dirais, continuez en fait. On a besoin de plus de personnes qui font rayonner la Martinique. Et puis, travaillons ensemble. Ça, c'est hyper important de travailler ensemble. Parce que c'est le monde qu'on doit conquérir. Et on est plus forts ensemble.
- Marie Ozier-Lafontaine
rêver grand et travailler ensemble et faire ensemble merci beaucoup Shirley merci beaucoup Marie Ose là, les voix qui osent
- Speaker
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