- Speaker #0
Je suis Marie Ozier-Lafontaine, activatrice du génie au féminin. Chaque jour, j'accompagne les femmes à révéler leurs trésors cachés pour vivre la vie qu'elles méritent. Dans ce podcast, j'invite des femmes qui ont osé s'affranchir des dictates pour trouver leur juste place. Bienvenue dans le podcast Ozla ! , Les voix qui Oz' . Bonne écoute ! Bonjour Mathilde.
- Speaker #1
Bonjour Marie,
- Speaker #0
tu vas bien ?
- Speaker #1
Ça va et toi ?
- Speaker #0
Ça va très bien, merci. Je te remercie d'avoir accepté l'invitation du podcast Les voix qui Oz', je suis ravie de te recevoir aujourd'hui. Mathilde, tu es fondatrice et présidente de l'association Zétwal An Syèl, tu es aussi directrice communication, information et sensibilisation à l'ODE. Avant ça, tu étais une petite fille qui rêvait d'être maîtresse, en tout cas tu étais une leader née, c'est ce que tu m'as dit quand on a échangé sur... Sur le podcast que finalement, quand tu étais enfant, tu adorais jouer à la maîtresse, à la condition que tu sois la maîtresse.
- Speaker #1
Évidemment.
- Speaker #0
Tu es née à Fort-de-France, tu es la deuxième d'une sororie de cinq filles. Et ça t'a appris, tu m'as dit, ça t'a formé à la vie. Et aujourd'hui encore, tu changes beaucoup avec elle, même si elle te traite de millenials. Mais tu t'entends bien avec tes sœurs. Et adolescente, donc, au-delà de beaucoup échanger avec tes frangines, tu étais une enfant créative. Tu aimais écrire, tu aimais chanter. Tu aimes toujours chanter, d'ailleurs. Tu faisais partie d'une chorale, tu as fait des comédies musicales. Aujourd'hui encore, tu chantes. Et puis, mais ce n'est pas chanteuse, finalement, que tu es devenue, puisqu'après le bac, tu passes un master de sciences politiques avec une spécialisation coopération internationale. Tu peux voyager et notamment créer des liens entre les îles de la Caraïbe. Tu te maries à 24 ans, tu rencontres l'amour et te maries à 24 ans, et puis tu tombes enceinte et vous décidez tous les deux de revenir en Martinique parce que pour vous, être parent, c'est être au pays. Les choses ne se passent pas comme prévu puisque c'est là que votre vie bascule, l'inattendu, le choquant, avec votre fils qui, à 6 mois de grossesse, perd la vie. C'est une bascule dans ta vie. Te fera créer quelques années plus tard cette association en magnifiques Zétwal An Syèl, un espace de paroles mais aussi un plaidoyer pour sensibiliser à ce sujet qui est encore tabou. La vie ne s'est pas arrêtée là, tu as eu deux filles après ton petit garçon et donc la vie t'a rattrapé et avec l'assaut et avec cette vie de famille que tu as aujourd'hui. Merci beaucoup Mathilde de partager quelque part ton intimité aujourd'hui avec nous.
- Speaker #1
Je suis très émue de ton intro. Je ne m'attendais pas à ça. Merci beaucoup. C'était très bien dit. Voilà, tu m'as coupé le... Tu m'as enlevé les mots là, j'avoue.
- Speaker #0
On va les retrouver au fur et à mesure. Mais justement, pour t'aider à retrouver les mots, en face de toi, tu as des cartes et c'est le petit rituel du podcast Les voix qui Oz'. Donc tu vas fermer les yeux et tu vas prendre une grande inspiration. Lâchez l'air qu'il y a dans les poumons, placez la main de ton choix au-dessus des cartes et faire circuler ta main. Et t'arrêter quand tu le sens, soit quand tu as un picotement, soit quand ta main se réchauffe, soit c'est juste ton intuition qui te parle. Et tu choisis ta carte et puis tu peux ouvrir les yeux, regarder d'abord l'illustration. Me dire ce que ça t'inspire ?
- Speaker #1
Alors je vois une femme avec un cœur, un grand cœur qui est quasiment aussi grand qu'elle et elle a les mains sur son buste comme si voilà, elle tient fort son cœur mais son cœur est tellement grand qu'il y a de la lumière, beaucoup de lumière. Donc ça m'inspire beaucoup, je trouve ça très chouette comme image. Et je dois retourner la carte maintenant ? Tout à fait,
- Speaker #0
il y a un message qui t'est adressé derrière.
- Speaker #1
La fluidité de l'amour. Sensation, amour, don. Ferme les yeux, place une main sur ton cœur, respire calmement. Sents-tu l'amour pour toi ? Sents-tu ton centre, ta lumière ? Laisse couler l'amour hors de toi, tel de jolis fils de soie qui parcourent l'univers pour aller toucher celui qui en a besoin. Sents-tu l'apaisement en toi ?
- Speaker #0
Voilà, ça te parle ? Qu'est-ce que ça t'inspire, ce message ? Oui,
- Speaker #1
ça me parle parce que je pense que c'est tout le sens de mon engagement pour Zétwal An Syèl, entre autres, plus les engagements que j'ai eus plus jeune aussi, dans d'autres associations, dans d'autres causes. Je pense que, tu sais, je suis quelqu'un de foi aussi, je suis très spirituelle, je crois en Dieu, et je pense que Dieu nous a demandé aussi d'être sur Terre pour aimer. diffuser l'amour autour de soi. Donc, oui, c'est vraiment pile dans ce que je suis. Puis, on m'a souvent dit que j'aimais trop.
- Speaker #0
Ok,
- Speaker #1
on peut aimer trop. Oui, apparemment. Et on m'a souvent dit que j'aimais trop. On dit ça, donc pour le coup, c'est un peu ça, je pense, ma vie.
- Speaker #0
Oui, l'association Zétwal An Syèl, quelque part, c'est de l'amour ?
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
tu dirais ça ?
- Speaker #1
Oui, c'est de l'amour parce que je pense que c'est sortir de soi à un moment donné. Si j'avais créé une association, et je le dis souvent aux membres du bureau que je salue évidemment, et à d'autres personnes qui m'entourent, si j'avais voulu en faire une œuvre, très personnelles, je n'aurais pas créé une association. J'aurais écrit un livre, j'aurais fait plein d'autres choses, mais il y avait plein d'autres moyens de me faire exister à travers cette histoire-là de manière très individuelle. Ce n'est pas la voie que j'ai choisie parce que ce n'est pas ce qui m'anime. Ce qui m'animait, je dis souvent que les Zétwal An Syèl, c'est rendre la mer en miel. C'est essayer de le transformer du mieux qu'on peut. Et c'est exactement ce qui m'a animée dès le départ en 2020 en créant l'Asso.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous expliquer du coup ce qui s'est passé pour toi, le déclencheur du coup de l'association, c'est effectivement cet événement tragique. La même année, tu accouches de ton petit garçon mais aussi d'une petite fille. Est-ce que tu peux nous raconter un petit peu, dans ce que tu as envie de partager avec moi aujourd'hui, ce qui s'est passé, comment ça s'est passé ?
- Speaker #1
Alors mon époux et moi, effectivement, on était jeunes, 24 ans, voilà, on est dans la fleur de l'âge et tout. C'est évidemment notre première grossesse, donc on est très content de cette grossesse-là. Et puis on décide de rentrer au pays, parce que pour nous c'est difficile d'envisager une grossesse dans le froid. Élever l'enfant à Paris, tout ça, ça me paraissait compliqué. Et donc on rentre en Martinique, et puis quelques semaines après notre retour, moi j'ai des contractions. Je ne sais pas que c'est des contractions, parce que je suis dans mon sixième mois, je suis bien. j'ai une bouteille belle grossesse jusque-là. Et puis, je n'ai pas commencé les cours. Comme je viens de rentrer, je commence à retrouver une équipe médicale. Il faut une sage-femme, commencer les cours de préparation à la naissance et tout ça, que je n'avais pas fait à Paris volontairement, parce que je savais que je rentrais. Et en fait, je perds les os. Pareil, je ne sais pas que c'est les os que je perds. Après, j'ai vu des films américains où les nanas, tu sais, elles... Et bon, je pense que mon esprit... comprend quand même un peu que c'est ce qui se passe, mais je me dis, ben non, c'est pas possible. Y'a un souci, ça peut pas se passer comme ça. Et en fait, on se rend donc à la MFME, et là, on est pris en charge. Enfin, je suis pris en charge, parce que mon mari n'est pas autorisé à venir avec moi au départ. Et en fait, s'en suit une succession d'annonces sans être des annonces, parce que je sais pas vraiment ce qui se passe. On me dit simplement que je vais accoucher, et on sait pas comment sera le bébé. Voilà, c'est le gros point d'interrogation. Et puis, le moment où je réalise le plus, où je conscientise vraiment ce qui se passe, c'est quand la gynéco qui m'aide à accoucher, donc il y a mon mari, elle est à ma gauche, et elle me dit « qu'est-ce que vous voulez faire du corps du bébé ? » . Et je lui dis « je ne comprends pas madame, je vais garder mon bébé, je n'ai pas compris la question » . Et là, ils me disent « Mais non, parce qu'en fait, vous savez, vous pouvez procéder aux obsèques, mais sinon, nous, on peut le faire pour vous, etc. » Et là, je pense que je conscientise complètement ce qui est en train de se passer. Et voilà, donc on entre tous les deux dans ce moment d'abysse, vraiment. Je dis souvent qu'à ce moment-là, j'aurais pu être la reine de Sabah, avoir des millions d'euros sur mon compte. En fait, rien n'aurait changé ça. La vie, c'est la vie, tu vois. Et c'est un moment de choc profond parce que tu sais, quand tu as grandi, vécu toujours dans une famille très aimante, avec du monde autour de soi, pas de difficultés particulières. J'ai une sœur qui a eu un cancer peut-être un ou deux ans avant ça. à mes... Je veux dire, tu te dis bon voilà, elle était prise en charge, on se bat la maladie, mais c'est la maladie, on va guérir et tout ça, bref. Donc je crois qu'à 24 ans, on n'a pas conscience en fait de la vie, la mort, enfin tout ça, même si oui, j'ai perdu des gens que j'aimais évidemment avant ça, mais je sais pas, ça m'a ramenée à une profondeur de moi-même que je ne connaissais pas. Et je dis souvent que le deuil périnatal te transforme dans le pire comme dans le meilleur, c'est-à-dire que... Je pense que tu as une version de toi et j'ai eu cette version de moi-même qui était juste affreuse.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu entends par affreuse ?
- Speaker #1
J'entends que tu es mal, tu es triste, tu es en dépression, tout est un danger pour toi. Et je pense que beaucoup de femmes vont se retrouver dans ce que je dis. On entend ça souvent, les Zétwal An Syèl. Les autres, c'est le danger parce qu'on n'a pas envie de voir la vie en fait. Et puis les autres autour de nous n'ont pas envie non plus de nous voir sombrer. Donc ils font tout pour essayer avec leurs propres moyens de nous relever. Mais à ce moment-là, on n'a pas envie. On n'a pas envie de se relever. Je pense que dans le deuil périnatal, ressentir la souffrance, ça nous rappelle que ce n'est pas un rêve, que ça a bien existé. Tu sais, quand tu perds quelqu'un qui a vécu les gens des souvenirs, les gens ont pris des photos avec la personne, tu as fêté son anniversaire, enfin bref, ça fait que, socialement, tu es légitime. Tu es légitime parce que cet enfant-là, on l'a vu courir, on l'a vu avoir son bac, etc. Et le tien, en fait, personne n'a de souvenirs avec lui, à part toi-même et ton époux, quoi. Et ton époux à travers ton ventre. Oui. Donc ça, c'est dans le cas où l'enfant... meurt à la naissance. On le voit aussi un peu plus après, quand les enfants meurent dans la première année de vie, on voit bien que l'investissement de la famille n'est pas le même. Donc tout ça, ça bouleverse et puis il faut trouver le chemin de la lumière en fait. Et ma fille est arrivée en fait dans ce moment-là, notre fille. La même année. La même année. Donc ça aussi c'était... Donc je suis tombée enceinte un mois et demi après le décès de son frère. Et c'est vrai que, pareil, la temporalité, bon, est-ce que c'était la bonne temporalité ou pas, moi j'en sais rien, mais en tout cas c'était comme ça que ça devait se passer pour nous, et sauf que, ma fille qui arrive, il y a encore d'autres questions qui viennent sur la table, parce que, je sais pas, j'avais passé ma grossesse à me dire que c'était une fille, que c'était un garçon, et donc c'était pas la même chose, que j'allais pas les confondre. Sauf que, j'avais quand même oublié un petit détail. C'est qu'ils ont le même papa, ils ont la même maman, donc...
- Speaker #0
Il y a peut-être des chances qu'ils se ressemblent.
- Speaker #1
Et oui, ils se ressemblaient, donc voilà, ils se ressemblent. Quand j'ai ma fille qu'on me met dans les bras avec le bonnet, j'ai un espèce de choc absolu, de me dire mais attends, c'est pas possible en fait. Je m'étais attendue à tout ça.
- Speaker #0
Parce que quelque part... On ne t'a pas vraiment annoncé, on ne t'a pas préparé à ce qui s'est passé. Tu ne t'es absolument pas préparé à ça. On te l'annonce de la manière dont on a le dit, dont tu nous l'as raconté. Donc, ce n'est pas vraiment une annonce. C'est brutal. Tu rentres chez toi sans ton bébé. Tu tombes enceinte de ta fille. Tout ça, c'est énorme en si peu de mois. À quel moment tu réalises ? Qu'est-ce que tu réalises à ce moment-là quand justement tu vois ta fille ? Qu'est-ce qui se passe ?
- Speaker #1
Je réalise que j'ai un problème. et que j'ai pas traité la mort de notre fils et puis tu sais, je prends souvent cet exemple là c'est comme si tu as passé ton permis tu prends la voiture et ton premier trajet, tu fais un gros accident un énorme accident dans lequel effectivement il y a quelqu'un qui meurt et ben après ça, reprendre le volant mais peut-être même pas quelqu'un qui meurt pas, mais en tout cas un gros choc après ça tu vas reprendre la voiture avec une empreinte attention, avec... Voilà. Et c'est exactement la même chose. Et donc, pour nous, c'est notre premier enfant qui décède. Le premier contact de la parentalité se fait comme ça, par la mort, finalement. Et donc, forcément, ça te construit. C'est-à-dire que derrière, ben oui, on est des parents peut-être plus vigilants. Alors, je le saurais jamais comment j'aurais été comme maman si j'avais pas vécu ça, tu vois. Mais je sais qu'aujourd'hui, des fois, je dois me raisonner. Me dire non. Mathilde, c'est rien de grave et tout ça j'ai ma fille Ava la dernière qui pendant 3 jours elle était malade avec de l'asthme et tout, elle mangeait pas moi j'ai vu la catastrophe donc aujourd'hui j'ai cette capacité à me dire non, là tu es en train de c'est ta peur qui parle pour toi, prendre du détachement et tout, sauf que tout de suite après la naissance de ma fille j'avais pas du tout ce détachement parce que j'avais pas fait le travail qu'il fallait et... sur moi avec un professionnel, parce que c'est pas un travail qu'on fait tout seul, il faut aller voir un psychologue, c'est très important. Et donc forcément je me retrouve dans cette situation-là, donc dans un postpartum compliqué, avec plein de pensées envahissantes, avec les coups de pied fantômes par exemple, je sais que beaucoup de femmes qui ont vécu le deuil périnatal savent de quoi je parle, donc tu sens qu'il y a des coups de pied dans ton ventre comme si tu es enceinte. Voilà, il y a plein de choses comme ça que j'ai eues après la naissance de ma fille. qui, je savais, n'était pas liée à ma fille. Et donc, il a fallu aussi expliquer à ce petit bout de chou qui est arrivé, pleine de vie en plus, on l'a appelé Amy. Donc Amy, ça veut dire aimer. C'est l'origine de aimer. Bon, je pensais qu'aimer, c'était too much. Donc le aimer. Voilà. Et donc, voilà. Tu as aussi cette histoire-là autour de l'enfant, de comment tu l'accueilles, comment tu fais exister son histoire familiale aussi. À partir de ça, ça ne la définit pas ma fille, d'être la sœur d'un enfant décédé. Mais en tout cas, il fallait qu'elle comprenne que dans sa lignée familiale, dans son histoire, elle n'avait pas la place qu'elle aurait dû avoir. Il y a même un jour, elle m'a dit, elle avait peut-être 3-4 ans, elle m'a dit qu'elle était une légende. Alors je lui ai dit, tiens, t'es une légende et tout. Et du coup, j'en parle avec ma psy. Et qui me dit, explique-lui en fait quelle est sa place dans la fratrie, etc. Et redis-lui bien qu'en fait, elle est peut-être la deuxième, mais elle est ton premier enfant vivant. Et quand j'ai commencé à lui dire ça, elle a arrêté de dire qu'elle était une légende. Et j'ai compris après que c'est parce qu'en quelque part, peut-être qu'en son fort intérieur, elle savait que peut-être si son frère n'était pas parti, qu'elle n'aurait peut-être pas été là. D'où un peu son concept de légende. Quelque chose d'éphémère. Elle sait que le Père Noël n'existe pas. Quand je lui avais demandé, elle m'a dit comme le Père Noël, maman. C'est une légende le Père Noël. Voilà, je suis parée.
- Speaker #0
À quel moment tu as su, quand Amy est née, que tu avais besoin d'aide ? Parce qu'avant ça, tu nous disais qu'il faut se faire accompagner par un psy. Mais tu ne l'avais pas fait avant ça. Quelque part, tu n'as peut-être pas eu le temps non plus. Les choses se sont passées vite. À quel moment tu comprends que là, c'est nécessaire ?
- Speaker #1
Oui, au moment où je fais des crises d'angoisse pas possibles. Tu vois, où j'ai des pensées en veille sans très fort. Elle est un peu chaude. J'imagine qu'elle a de la fièvre, donc je pleure et tout. Je raconte souvent cette anecdote parce que... Alors aujourd'hui, j'en rigole, mais à l'époque, je ne rigolais pas du tout. Donc avec mon épouse, il est peut-être 18h30, elle a peut-être quoi ? 4 mois, 4 mois et demi. Et c'est le moment du bain. Non, elle était déjà touchée. Et on la caline et tout, mais elle pleure beaucoup. Je la mets au sein et tout, elle pleure beaucoup, beaucoup. Elle pleure, elle pleure, elle pleure. C'était une enfant, un nourrisson qui pleurait énormément. Et on ne sait pas ce qu'elle a. Bref, bref, bref. Et moi, je commence à pleurer. Je commence à pleurer parce que je me dis, mon Dieu, mais qu'est-ce qu'elle a et tout, et tout. Et mon mari a le bon réflexe. Il me dit, écoute, on va faire comme on nous a appris. Quand un bébé pleure, tu ne sais pas ce qu'il a. On lui a donné à manger. elle pleure toujours, on a changé sa couche elle pleure toujours, on va la déshabiller on va la mettre dans un petit bain ça va la calmer et tout ça et en fait moi je me rappelle, elle est dans la salle de bain moi je suis dans la chambre, mais je suis dans la chambre mais je suis dans une crise de larmes mais incroyable et je vais, il m'appelle en me disant chérie c'est bon j'ai trouvé ce qu'elle a et elle avait un petit aneton qui était coincé dans son dans le petit vêtement et tout ou un assort ma petite grenouillère. Et en fait, lui, ça le fait rigoler parce qu'il se dit, en fait, on est un peu cons là quand même. Et moi, je rigole pas. Moi, je m'effondre, en fait. C'est trop. Et c'est tous ces petits, enfin ces petits, en tout cas dans nos vies, ça prenait beaucoup de place. Mais de loin, les gens pouvaient penser que j'étais folle, en fait. Parce que tout ça, c'était important pour moi. Et en fait, ça me faisait vriller complètement. Et c'est quand j'ai commencé à voir que je n'arrivais plus à me... à me raisonner. Tu vois, j'arrivais plus, même quand tu me disais, tu m'expliquais la chose de manière très basique, le médecin m'explique, mais madame, mais non, regardez,
- Speaker #0
tout va bien,
- Speaker #1
mais je... Voilà, ça ne percolait pas en moi, je n'arrivais pas à le comprendre. Et donc, c'est là que je me suis dit non. mais là ça va pas, j'ai une médecin qui m'a dit ma chérie on va prendre rendez-vous tu vas aller consulter et il y a un vrai tabou autour de la santé mentale aussi en Martinique, on n'a pas envie de dire qu'on va voir un psychologue et tout ça mais c'est hyper important parce que c'est ce qui m'a aidé tu dirais que ça t'a sauvé quelque part ce chemin avec le psy oui oui oui totalement parce que déjà arriver entendre quelqu'un te dire bonne nouvelle, bonjour madame ça a un nom ce que vous vivez déjà poser les mots Ok ? Et tu découvres aussi, c'est là que je découvre le terme de l'hypérinatale, etc. Dépression postpartum, stress post-traumatique et tout ça. Tout ça, ça a des noms. Et selon les degrés, évidemment, ça se soigne, en fait. Ça s'accompagne, en tout cas. Et donc, c'était rassurant aussi de savoir que... Alors, les psys, je dis souvent, si tu dis que tu es fou, c'est que tu n'es pas fou. Donc, ça aussi, c'était quand même une bonne nouvelle. Je me suis dit, ok, je ne suis pas tombée sur la tête.
- Speaker #0
Est-ce que tu y as pensé à un moment donné ?
- Speaker #1
ah oui parce que franchement tu vis trop de choses dans ces cas là il y a trop de trucs qui te passent par la tête c'est vraiment c'est pour ça que ces femmes qui vivent ça toutes seules ce sont des héroïnes je sais pas comment sans personne et tout qui ont vécu des années des décennies Dans le silence, de ne rien dire à personne en portant ça, pour moi ça relève du surnaturel à la limite. Parce que c'est tellement envahissant, c'est tellement dur à porter que je ne vois pas comment on peut faire autrement si on n'est pas aidé.
- Speaker #0
Oui, parce que toi c'est ton choix d'aller consulter. Ce n'est pas quelque chose d'automatique qu'on propose forcément aux femmes qui traversent le deuil périnatal.
- Speaker #1
Tout à fait, et puis tu sais, je dirais même qu'autour de nous, Les gens ne vont pas non plus nous encourager à passer le pas, parce que ça reste, comme je disais, très tabou la santé mentale au pays. Donc on va plutôt te dire, va prendre l'air, détends-toi, va voir le prêtre, selon ta religion, ton orientation va t'envoyer vers ci, vers ça, ou bien énergéticienne, énergéticien, tout le monde va aller un petit peu de ce qui marche sur lui, qui va te le proposer, mais personne ne va vous dire, tu sais, pendant deux ans j'ai vu un psy et moi ça va mieux. Donc en fait il n'y a pas ce réflexe-là non plus. Et puis, il y a aussi, j'ai envie de dire, même l'accès, en fait. Pouvoir avoir accès à ce... Parce que c'est payant, quand même, donc ça a un coût. En plus de ça, quand c'est très difficile, tu peux le voir souvent aussi. Il y en a qui le voient deux fois par semaine, une fois par semaine. Donc, il faut pouvoir assumer aussi ce coût-là.
- Speaker #0
Oui, d'autant que toi, tu m'as dit que tu l'as vu beaucoup pendant une période, mais que finalement, tu la vois encore aujourd'hui. C'est-à-dire que c'est quelque chose qui est au long cours.
- Speaker #1
Tout à fait. Je dis souvent que c'est un peu comme tu fais ton check-up chez le médecin traitant ou chez ton dentiste, voire l'ostéo ou le kiné. Pour moi, c'est important. Et puis, c'est d'autant plus important dans Zétwal An Syèl. C'est aussi ma béquille parce que j'entends beaucoup de choses. Je vois beaucoup de choses en tant que présidente et les membres du bureau également. On est tous, puisqu'il y a mon époux aussi dans le bureau. On est tous encouragés à consulter régulièrement pour faire le tas aussi de ce qu'on peut vivre et entendre à Zétwal An Syèl qui peut être lourd. Mais pour moi, c'est aussi un filet de sécurité de m'assurer que ce que je fais, comme je disais tout à l'heure, ce ne soit pas pour moi, que ce soit bien pour les autres. Et que ça ne me guérisse pas moi, parce que sinon, je me trompe de combat.
- Speaker #0
Oui. Justement, le fait d'avoir créé cette association et aujourd'hui, tu le dis, d'entendre des témoignages de femmes et de parents qui traversent le deuil périnatal, est-ce que ça ne maintient pas quelque part cette émotion, cette difficulté de devoir repenser encore et toujours à cet événement source pour toi ?
- Speaker #1
Non, je crois pas, parce que je pense que, tu sais, par rapport à ce que je fais dans la vie, mes études, etc., En fait, je traite le deuil périnatal comme un sujet lambda que je pourrais traiter au travail. Tu sais, quand tu es comme moi, donc c'est un profil couteau suisse, tu vois, de sciences politiques, où on peut faire, on est en général chargé de mission, directeur de projet, enfin voilà, c'est ce type de métier qu'on fait. On va changer de thématique à la seconde. Bon ben voilà, je le dissèque un peu comme ça, ce qui me permet de garder un certain recul.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
et de ne pas m'attacher trop au fond, finalement, toutes les émotions associées qu'il peut y avoir. Et puis je sais rester dans mon rôle, je pense. C'est-à-dire que mon objectif en tant que présidente, c'est d'être le phare, c'est ça mon rôle. C'est d'être le leader, de penser avec le bureau, toute la stratégie des Zétwal An Syèl et tout. Mais le quotidien, écouter les parents, recevoir les familles, etc. Voilà, ce n'est pas moi qui le fais. Et ça, c'est aussi un garde-fou que je me suis mis, parce que j'ai senti très tôt que je n'aurais pas cette capacité-là. Et donc, c'est aussi reconnaître sa limite, que de dire, bon, moi, je ne saurais pas faire.
- Speaker #0
Ce ne sera pas mon rôle. Mon rôle ne sera pas là. Non,
- Speaker #1
mon rôle ne sera pas là, parce que ce sera trop impactant pour moi. Et donc, c'est ma petite protection personnelle. C'est pour ça que souvent, les gens, je leur dis, non, non, ne donne pas mon numéro. Si c'est un parent, tu lui donnes tel numéro. Il y a quelqu'un qui est là. qui aime ça, qui aime écouter les gens, qui a été formé pour ça, qui va prendre le temps d'écouter cette personne.
- Speaker #0
Et à l'inverse, est-ce que ça t'aide d'avoir créé cette association ? Est-ce que pour toi aussi personnellement, ça t'aide à cheminer et à vivre avec cette histoire qui est la tienne ?
- Speaker #1
Là où ça m'a aidée, c'est que pour moi, il ne fallait pas que mon histoire soit gratuite. Il ne fallait pas que j'aie souffert pour rien. C'était ça un peu mon idée. Je me disais, mais je ne peux pas, en fait... Et le déclencheur, en fait, de la création de l'assaut, c'est même pas mon histoire. C'est ma meilleure amie qui perd son fils deux ans plus tard. C'est là que je me dis, mais en fait, il faut que je fasse quelque chose, parce que je peux pas laisser les gens autour de moi souffrir. Et en fait, c'était plus ça, donner du sens, finalement, à cette perte. Une seule... Un sens peut-être un peu sacrificiel, un peu grand comme ça, mais qui me conforte en fait. Et qui me fait me dire, et lui dire aussi à notre fils, qui s'appelle Yann Philippe, lui dire, Papa et Maman, on ne t'oublie pas, tu es là. Et Yann va exister plus longtemps que nous.
- Speaker #0
Oui, et Yann existe au sein de la famille, c'est-à-dire qu'il y a trois enfants, il y a deux parents, trois enfants. Vous avez un mur de photos, que chacun, chacune puisse le voir, lui parler, s'il en a envie. Il n'est pas caché, c'est important.
- Speaker #1
Oui, c'était très important parce que peu importe le nombre de temps qu'il a vécu, il était là, on ne l'a pas rêvé, il vient passer. Et c'est assez fou parce que même ses traits, moi je ne sais pas ce que j'imaginais trop. Quand on m'a demandé si je voulais le voir, j'ai trouvé la question un peu machin. Je me suis dit évidemment que je veux voir mon enfant. Il était dans mon ventre, je l'ai senti bouger. Je veux le tenir dans mes bras. Et en fait, mon petit garçon était parfaitement formé. Donc il avait déjà sa petite bouille et on voyait déjà qu'il ressemblait très pourtrait à son père. Pour moi c'est encore un signe que, peu importe le nombre de temps, l'enfant il est bien là, tu vois. Et c'est important de le faire exister, je pense aussi pour les enfants qui viennent après, comme ceux qui seraient nés avant, parce qu'il y a une place dans la famille. Tu vois, chacun a sa place et c'est important de savoir qui était là avant, etc. Et donc c'est aussi cet héritage-là qui pour moi était important de faire vivre.
- Speaker #0
Et votre histoire, vous l'avez racontée dans un livre, Constellation. Donc il raconte pas que la vôtre mais des histoires d'autres parents, d'autres familles qui ont traversé le deuil périnatal. Tu peux nous en dire deux mots de ce livre ?
- Speaker #1
Oui évidemment, donc Constellation, histoire d'étoiles et de cœurs, c'est un album jeunesse qu'on a co-écrit avec quatre familles martiniquaises dont la mienne. Et Laetitia Juravert et Cathy François qui sont deux autrices et puis Cathy qui est également psychologue. Et l'objectif de Constellation, c'était d'apporter aux familles martiniquaises, mais aussi aux familles de la France, plus largement caribéenne, à toutes les familles même, au-delà de nos frontières, cette façon de parler aux enfants de la mort. Parce qu'on avait bien vu qu'autour de nous, tous les livres qu'on avait trouvés qui parlaient de ça, c'était des petits lapins, etc. Et finalement, il n'y avait pas nos représentations culturelles, tu vois, tout ce qui comptait pour nous. Et puis même se reconnaître aussi, les couleurs de peau, les couleurs et tout ça. Et donc Constellation, c'est vraiment le fruit d'un travail collectif. où on a pu poser des mots et raconter à hauteur d'enfant ce deuil périnatal et qui nous montre bien parce que ce qui est intéressant c'est qu'il y a quatre familles mais il y a six histoires parce qu'il y a deux couples dont Antoine et moi, mon époux et moi et un autre couple Joël et Julien, chacun a écrit son histoire et c'est aussi intéressant de voir les différents points de vue exactement parce qu'on raconte pas de la même façon, on raconte pas à la même hauteur et voilà donc j'avoue que c'est un projet dont on est très fiers qui a pris du temps, trois ans Trois ans, c'est un projet que, quand j'ai écrit le premier projet des Zétwal An Syèl, c'était dedans. Je ne savais pas, je n'avais pas encore eu l'idée justement de faire des ateliers avec les enfants et les parents, tout ça, mais en tout cas je savais qu'il fallait écrire un album pour enfants.
- Speaker #0
Bravo pour ça.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Mathilde, on arrive déjà à la fin de notre entretien et ma dernière question c'est de savoir quel est le morceau de musique qui t'aide ou te donne la pêche, te rebooste, te motive, tu écoutes quoi quand tu as besoin d'avoir le sourire et la pêche ?
- Speaker #1
Alors, c'est une chanson qui est à moitié... Elle n'est pas triste, mais c'est plutôt de l'empowerment, comme on dit. C'est Au combat de Izzy Geninga. Donc, ça dit tout et ça me donne toujours la force d'avancer.
- Speaker #0
Génial, on va l'écouter. Merci beaucoup, Mathilde, pour cet échange.
- Speaker #1
Merci beaucoup.