- Speaker #0
Salut à tous, bienvenue dans mon podcast. Je vous propose que nous rentrions ici dans l'intimité des des acteurs du tourisme régional et de leurs magnifiques régions et territoires. Découvrons leur histoire, leurs sites touristiques, leur fonctionnement, mais aussi les coulisses de leur activité, les anecdotes, voire même les détails croustillants, car il y en a. Bienvenue dans les voies du tourisme. comme on le disait, c'est Joséphine Baker et Joséphine Baker c'est aussi l'Émilande.
- Speaker #1
De toute façon, on ne pouvait pas rendre hommage à Joséphine sans restaurer son château. On habitait en face du château d'Émilande à partir de 1974 et mon père était architecte. On va aller visiter, parce que ça réouvre à fin mars, on va aller visiter ce château. Ma mère n'avait jamais visité l'Émilande alors qu'elle habitait en face depuis 1974. Je trouve inadmissible d'acheter un château comme ça. et de ne pas le restaurer. En fait, je suis assez discriminante là-dessus, je suis difficile pour moi, quand on achète un château, il faut assumer. Si on n'est pas capable, ou alors si on veut juste faire du business, comme certains disent, on n'achète pas un château.
- Speaker #0
C'est marrant parce que c'est Joséphine Baker, les Milan, ça transpire, alors on sent que... Quand vous rachetez les Milan, il y a déjà ça en vous ou pas ? Ou pas du tout ? Il y a déjà Joséphine Baker, il y a déjà cette histoire qui vous passionne ? Bien sûr,
- Speaker #1
elle me passionne parce que mes parents habitant en face, on m'a toujours parlé de Joséphine Baker. Mes parents étaient très admiratifs de ce qu'avait fait Joséphine. Comme j'avais de plus en plus de visiteurs, j'ai pu dépenser l'argent que je gagne des visiteurs et repart pour le bâtiment, pour tout, pour restaurer. Quand elle arrive au château, en fait, elle sent... qu'après la guerre, elle a juste à... En fait, en ne faisant rien, elle a plein de touristes qui arrivent.
- Speaker #0
Vous avez dit d'ailleurs qu'elle a fait gagner du temps dans le tourisme en Dordogne. Je l'ai lu quelque part, je l'ai entendu. Oui,
- Speaker #1
je l'ai souvent dit, oui absolument. Pour moi, elle a fait gagner 25 ans à la Dordogne. Alors, je me doutais en fait que la panthéonisation amènerait... Je m'étais dit, je pense que 40 000 visiteurs de plus, à mon avis, c'est ce qu'on va avoir. Donc à l'époque, on avait 120 000. visiteurs. Et en fait, à la fin 2022, on était à 193 000. En fait, aujourd'hui, j'ai l'impression de récolter les fruits de tout ce que j'ai semé. Et voilà, la seule chose, c'est que je ne peux pas le partager avec mes parents, mais je le partage avec mon mari et mes enfants, et avec toutes mes équipes. Mais mes parents, voilà, maman a été quand même une femme exceptionnelle, elle a été visionnaire aussi, comme Joséphine, et elle a su comprendre aussi que, enfin, On a acheté ce château d'Emilande alors que tout le monde se foutait de nous.
- Speaker #0
Bonjour Angélique.
- Speaker #1
Bonjour Frédéric.
- Speaker #0
Déjà Angélique, merci d'être là. Je suis très heureux de vous recevoir. Mais vraiment, vraiment très heureux parce qu'on se connaît depuis un certain nombre d'années. Et j'ai à peu près mille questions à vous poser.
- Speaker #1
Oulala, mille ça va faire beaucoup, mais moi aussi je suis ravie.
- Speaker #0
Comme mille et un châteaux, mille et une questions. Comment en dit-on ? Angélique de Labarre de Saint-Exupéry, Angélique de Labarre, Angélique de Saint-Exupéry, ou moi j'ai envie de vous appeler Angélique tout court.
- Speaker #1
Oui, moi j'aime bien que l'on m'appelle Angélique, parce que c'est mon prénom et que j'aime beaucoup ce prénom.
- Speaker #0
C'est un beau prénom.
- Speaker #1
Et voilà, mais alors pour rire, ma mère m'avait toujours dit non, non, c'est pas à cause de la marquise des anges, pas du tout, pas du tout. Et puis finalement, il n'y a pas si longtemps, il y a dix ans, elle me dit bon non, il faut que je t'avoue, c'est à cause du film. Avec Michel Mercier. Et en fait, j'ai quand même une arrière-grand-mère qui s'appelait Angélique. Alors, quel nom ? Oui, c'est vrai que quand une femme se marie, normalement, on devrait porter le nom de son mari. Et puis, mon mari m'a connue, j'avais déjà le château d'Émilande. Puisqu'on a acheté en 2001, et donc je rencontre mon futur époux en 2003. On se marie en 2004. Et voilà, je prends son nom évidemment, sauf que j'ai eu l'expérience un peu très rapidement. J'ai senti que c'était compliqué de s'appeler Angélique de Saint-Exupéry, parce que les journalistes, quand ils arrivaient, ou même les visiteurs d'ailleurs, Ah mais... Saint-Exupéry, mais c'est l'écrivain.
- Speaker #0
C'est vrai que ça fait tout de suite référence.
- Speaker #1
Alors ça fait rêver, c'est pas que je ne veux pas faire rêver, c'est pas le problème, mais j'ai tendance à être assez honnête dans ce que je fais. Et puis pour moi, ce nom est tellement attaché à Antoine de Saint-Exupéry, même si la famille de mon mari est une grande famille périgourdine. qui avait plusieurs châteaux, d'ailleurs, le château de Tirgan, le château de...
- Speaker #0
Je connais François-Xavier de Saint-Exupéry, notamment, le château de Tirgan.
- Speaker #1
Et puis, voilà, on me disait, mais quel rapport, mais quel est le rapport avec Antoine ? Et puis, écoutez, là, je vais vous faire rire. Le jour de notre mariage, lors des discours que l'on fait, vous savez, la famille fait des discours, et j'ai donc deux beaux-frères. Et sur les deux beaux-frères, il y en a un qui est très drôle, qui s'appelle Marc. C'est ég... Et devant tous les invités...
- Speaker #0
Et l'autre, pas drôle du tout.
- Speaker #1
L'autre, il est pilote. Il était pilote de chasse. En plus. Et il y a quand même quelque chose dans la famille. Il y a des gènes. Voilà. Mais... Il m'explique, Angélique, c'est clair, on va tout le temps te demander quel rapport tu as avec Antoine de Saint-Exupéry. Alors tu as trois solutions. Soit tu dis qu'il n'y en a aucun. Et donc j'ai toujours gardé en moi-même cette idée, pas d'être désagréable en disant qu'il n'y en a aucun, mais je me suis dit, le nom va être compliqué à porter. Soit tu expliques vraiment le lien de parenté, et ça, ça remonte au XVe siècle. C'est-à-dire que l'aïeul de mon beau-père était le frère de l'aïeul d'Antoine, mais aucun. 15e siècle.
- Speaker #0
Déjà, on est perdus.
- Speaker #1
Vous vous rendez compte ? Donc, on est à la 15e génération.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et là, ça devenait compliqué. Soit pour rigoler, si tu as vraiment envie de rire et de faire rire tout le monde, tu dis que c'était ton beau-père. Et là, toute l'Assemblée a ri aux éclats. Bien sûr, Antoine n'a pas eu d'enfant. Ce sont les héritiers d'Antoine, son, ses neveux et nièces. Et donc, ils ont porté un autre nom. C'est pour ça que ça m'a toujours un peu gênée. Et mon mari est d'accord avec moi. C'est qu'on ne peut pas dire qu'on est la petite fille ou l'arrière-petit-neveu d'Antoine. Ce n'est pas vrai. Ça remonte au XVe siècle.
- Speaker #0
Alors ça, c'est fait. Vous avez une histoire suffisamment riche qu'on va évoquer pendant les heures qui viennent. Déjà, on va classer ce dossier-là. Je vais vous appeler, si vous le permettez, Angélique Toucourt.
- Speaker #1
Avec grand plaisir.
- Speaker #0
C'est comme ça qu'on s'appelle dans le travail quotidiennement. Alors Angélique, évidemment on va revenir dans cet épisode sur votre enfance, sur votre jeunesse, sur vos parents, votre filiation, sur l'achat du château d'Émilande, sur la réfection du château d'Émilande. Bien entendu, on ne peut pas parler du château d'Émilande sans bien sûr parler... J'allais dire évoqué, mais ce n'est même pas évoqué. Parce que je pense que ça fait partie de votre ADN désormais, sans évoquer Joséphine Becker. On va parler également du tourisme. Du tourisme, parce qu'on est quand même l'un et l'autre dans le métier du tourisme. Du tourisme en périgord. On va parler du tourisme tout court également. De son évolution. De comment vous la voyez. De vos perspectives. Et je vous demanderai également, à la fin de ce podcast, je vous poserai, j'ai deux ou trois petites questions. Vous verrez en plus, comme vous dites, vous n'avez pas écouté pour le moment d'épisode, donc c'est très bien. Ça va être une intégrale surprise pour vous. Avant que vous vous présentiez, je voulais parler également, qui est à côté de moi, de votre livre que je viens de commencer à feuilleter, que vous avez sorti il y a un an. J'ai vu également que vous aviez sorti plusieurs livres. Vous êtes une récidiviste, ce n'est pas le premier. Oui. Vous écrivez, donc. Un petit peu. Et ce dernier livre, donc ?
- Speaker #1
Alors, le premier livre, c'était sur l'historique du château, des choses assez rapides. que j'avais éditées aux éditions sud-ouest, d'ailleurs, les premiers. Et le second, c'est plus, bien sûr, au-delà de ces 25 ans avec l'Émilande, j'avais besoin d'écrire sur mes parents un petit peu, expliquer le cheminement avec mes parents. Et puis cet amour, cette passion que j'ai pour Joséphine Baker. Donc le livre, d'ailleurs, s'appelle Merci Joséphine. Et je l'ai édité avec le Château des Milan. J'ai mon ISBN et donc je peux éditer des livres. Et ce qui fait que ce livre est exclusivement, plus ou moins, en vente au Château. Parce que je n'avais pas envie qu'il soit partout. Et l'idée, c'est que les gens doivent venir, bien sûr, nous visiter.
- Speaker #0
On le trouve également sur Amazon.
- Speaker #1
Normalement, on ne doit pas le trouver sur Amazon.
- Speaker #0
Il y a un livre qu'on trouve de vous sur Amazon.
- Speaker #1
C'est celui sur le château. Excusez-moi d'évoquer Amazon. Non, mais pour le petit, peut-être. Mais c'est un vieux. C'est un très vieux. Ah oui, Joséphine Becker,
- Speaker #0
les dernières années. Mais ça, ce n'est pas moi. Il y a marqué Angélique de Labarre, pourtant. Les dernières années, la renaissance d'une étoile.
- Speaker #1
Il y a marqué Michel Barbier.
- Speaker #0
Alors, Michel Barbier.
- Speaker #1
J'ai préfacé, en fait.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
J'ai préfacé, et par exemple, typiquement, Michel Barbier a préféré mettre mon nom Angélique de Saint-Exupéry. Bon, je n'ai rien dit, elle faisait ce qu'elle voulait. Non, non, là, il y a marqué Angélique de la Barre.
- Speaker #0
Elle a dû changer, peut-être.
- Speaker #1
Sur le livre, il y a marqué Angélique de Saint-Exupéry, il me semble.
- Speaker #0
C'est possible.
- Speaker #1
Et j'avais préfacé, elle m'avait demandé, donc c'était l'ancienne secrétaire de Joséphine, et voilà, donc j'avais évoqué plusieurs choses dans cette préface. Mais le livre est en vente au château, bien sûr. à l'espace culturel à Sarla, à la maison de la presse de Saint-Cyprien qui est juste à côté des Milan. Et puis, je l'ai mis à la librairie des Ruelles à Périgueux.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Parce que cette librairie indépendante, elle vient participer au festival du livre qui a lieu à la fin du mois de juin chaque année au Milan.
- Speaker #0
Vous savez, moi, je suis élu de Champs-Euvinelles et à Champs-Euvinelles, ce week-end, nous avons le festival du livre du Grand Périgueux. Très bien. Je lui fais de la publicité même si quand... L'épisode sortira, le festival sera terminé depuis un moment, il a lieu tous les ans. Et nous avons un illustre écrivain sur la commune de Chance-Vinelle. Vous savez qui ?
- Speaker #1
Je ne sais plus qui c'est. Pierre Lemaitre. Ah oui, voilà, c'est ça. Que je connais bien maintenant. D'accord.
- Speaker #0
Et dont j'ai lu tous les romans, qui est quand même pris dans le cours. Monsieur quand même de la littérature française.
- Speaker #1
Ce n'est pas rien d'avoir ce monsieur ici. Oui, oui. C'est ça, il habite désormais,
- Speaker #0
il est citoyen permanent de... Il faudrait que je lui dise d'écouter le podcast, comme ça il nous entendra. C'est intéressant de le dire parce que c'est quand même assez rare et assez étonnant. Angélique, les Milan, comme on le disait, c'est Joséphine Baker. Les Joséphine Baker, c'est aussi les Milan. Mais je me demandais dans quelle mesure, quand un visiteur aujourd'hui vient visiter les Milan, s'il vient visiter le château ou s'il vient découvrir Joséphine Baker.
- Speaker #1
Je me suis souvent posé la question.
- Speaker #0
Surtout depuis.
- Speaker #1
Oui, mais en réalité, les visiteurs d'aujourd'hui viennent pour toute notre offre. Mais ils ont quand même, depuis la panthéonisation, ils ont envie de comprendre qui elle était, ce qu'elle a fait pendant la guerre, de mieux apprendre sur elle. Puisque quand nous avons acheté avec mes parents, en 2001, c'est une certaine catégorie finalement de la population qui connaissait Joséphine, des gens de plus de 60 ans. Et on nous disait, oh là là, pourquoi vous avez acheté ce château, Joséphine Baker, on l'aura oublié dans dix ans. Ah oui, on nous disait ça. Et en fait, avec mes parents, on a eu envie d'abord de restaurer. De toute façon, on ne pouvait pas rendre hommage à Joséphine sans restaurer son château. Je veux dire, cet écrin là, il n'y avait plus rien. C'était un peu la désolation. Je ne sais pas comment maman... Enfin, toutes les deux d'ailleurs. On voulait l'acheter, bien sûr, mais maman était... On en reparlera peut-être après. On va revenir dessus. Ou spoiler mon épisode. Pardon. Et aujourd'hui, les gens viennent pour un ensemble, parce qu'on sent bien que l'été, ils aiment profiter du spectacle de la présentation des rapaces, ils aiment profiter du parc. S'il n'y avait pas les rapaces, bon, il y a le château, la chapelle, une nouvelle salle de projection aussi. Mais ça, on va y revenir. Vous avez une offre qui est vraiment large. Oui, il y a une offre assez large, mais parce que j'ai toujours envie de créer des choses pour partager avec le public.
- Speaker #0
Et ça, on va y revenir aussi. Parce que l'expérience visiteur, aujourd'hui, j'en ai parlé avec vos confrères, plusieurs sites touristiques, c'est devenu fondamentalement important. Les personnes qui achètent un billet aujourd'hui, qui est quand même assez onéreux par les temps qui courent, dans n'importe quel site, ils ne vont pas en visiter 60 dans la semaine. Donc, ils ont besoin d'une expérience et d'y passer du temps, autant que possible. Et donc, il faut vraiment une offre. Enfin, ça, justement, ça va être également un sujet intéressant à découvrir. La saison démarre bien ?
- Speaker #1
Et la saison démarre bien, puisque le mois d'avril a été bon. Le mois de mai a été positif. Alors, moi, j'ai toujours rêvé d'avoir un bar et un restaurant. Donc là, au bout de 24 ans d'ouverture, ça y est, là, ça explose complètement. J'ai même ouvert un... petit peu plus, parce que j'ai toujours considéré que la restauration, enfin ma petite brasserie, c'était un service qu'on rendait aux visiteurs. C'est ce que d'ailleurs j'explique à tous mes équipes.
- Speaker #0
Oui, vous n'êtes pas là pour faire de l'ombre au restaurant de la région.
- Speaker #1
Non, c'est un service qu'on rend. Autour de nous, il n'y a pas grand monde en restauration. Aujourd'hui, évidemment, on a pris la place par contre. La place était vacante, alors on est... Et puis c'est tellement beau, là je suis partie, la terrasse était pleine.
- Speaker #0
Il fait un temps merveilleux, en plus à l'heure où on enregistre, il fait une température très agréable, pas trop chaud.
- Speaker #1
Donc il y a eu énormément de couverts en plus, là, en avril et en mai. C'est très encourageant pour l'été, puis je salue mon équipe qui est formidable. En fait, depuis 4 ans maintenant, j'ai une équipe exceptionnelle. Avec un chef. Ça,
- Speaker #0
c'est un sujet dont on va reparler aussi, les effectifs. Alors, je vous remercie d'autant plus d'être là avec ce magnifique temps. Vous auriez pu être mieux en terrasse au château d'Émilande. Donc, nous allons rentrer dans le vif du sujet. Et pour y rentrer, je vais juste vous demander simplement de vous présenter.
- Speaker #1
Oui, alors je suis Angélique Delabarre, donc j'ai 49 ans. J'ai bientôt 50, d'ailleurs, dans une semaine. Je suis née à Sarla, Sarla la Canada. Une vraie périgourdine. Une vraie périgourdine parce que mes parents, on habitait en face du château d'Emilande à partir de 1974 et mon père était architecte. Et donc je suis allée beaucoup à l'école à Sarla, à Sainte-Croix, une école privée où j'ai eu les plus belles années de ma jeune vie. J'aimais particulièrement Sarlat. Peut-être tous un peu pareil,
- Speaker #0
c'est avec les années école et lycée en général.
- Speaker #1
Le lycée non, ça a été très dur après pour moi justement, je ne sais pas si je peux en parler. Avec plaisir. L'école élémentaire jusqu'en CM2, formidable, puis en sixième je suis obligée d'aller à Saint-Cyprien au collège. Et là ça va toujours, mais je suis une petite fille assez gaie qui s'amuse. Je ne travaille pas, je n'ai pas des notes exceptionnelles. Mais j'aime l'histoire, j'aime raconter des histoires. J'étais déléguée de classe en sixième, tout va bien. J'avais 12 ans et ma maman nous dit, écoutez, maintenant, il va falloir qu'on parte sur Bordeaux parce qu'elle avait sa mère qui était assez âgée. Elle avait donc sa propriété viticole dont elle devait s'occuper dans la famille. Et puis elle nous a dit, les études, il faut aller à Bordeaux. Et j'en ai beaucoup voulu après. Bien entendu, je suivais. Pour moi, on suit les parents. Vous n'aviez pas trop le choix. Oui, puis à 12 ans, on n'avait pas trop le choix de toute façon. On se dit, ça va être formidable. Et arriver là-bas, ça a été terrible parce que je ne me suis pas sentie acceptée à Bordeaux. La grande ville. La ville, j'ai détesté. Je suis une fille de la campagne. Je suis née à la campagne. Et je ne me rendais pas compte de tout ça. Et maman ? Non plus, en fait, puisque dès qu'on est arrivé, sa mère est décédée, donc ma grand-mère, malheureusement. Ensuite, il m'est arrivé des choses bonbêtes, mais j'ai failli perdre un oeil au tennis. Je reçois une balle dans l'œil parce que je faisais beaucoup de tennis. Donc, maman m'avait mise dans un club, alors que j'avais mon club à Sarla, mais il fallait être dans un autre club à Primrose, à Bordeaux. C'était très, très, à l'époque, très snob. Et moi, je n'étais pas quelqu'un de snob, mais je suis quelqu'un de très simple. Et puis, je voulais progresser au tennis, ce que je n'ai jamais fait à Primrose.
- Speaker #0
Quel dommage avec le niveau de notre tennis actuel en France.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Ça a beaucoup de mal, on en parlait l'autre jour. Le tennis français, on a le plus de licenciés au monde, le plus de clubs.
- Speaker #0
Et on est dans un marasme le plus total.
- Speaker #1
Oui, on sait à peu près pourquoi, mais ce n'est pas le sujet. Et là, c'est un peu la grande difficulté. psychologique. Je n'étais pas bien, donc maman me change de collège. Entre-temps, papa revient, mais en fait, il vit encore à Sarla puisqu'il ne peut pas partir tout de suite. Il ne peut pas laisser son cabinet d'architecte à Sarla. Il était boulevard Nesman. Donc, je suis... C'est difficile. Et puis, je fais ma quatrième, troisième, ça va mieux dans un autre collège. En fait, j'avais des difficultés avec. en cinquième avec une professeure de maths qui me détestait, je détestais les maths et l'année ça c'est l'anecdote et après je ne vais plus en parler c'est pour ça que vous écrivez des livres, vous êtes plus littéraire que matheuse et en cinquième je me présente comme déléguée de classe et puis j'ai eu qu'une seule voix, c'était la mienne ça c'est dur là c'est dur alors que j'ai été très plébiscité en sixième à Saint-Cyprien dans ma petite campagne et là catastrophe ça c'est la clé
- Speaker #0
Querelle, toujours Bordeaux-Périgord.
- Speaker #1
Oui, peut-être, mais c'est surtout que je crois que je n'étais pas faite pour vivre là. Mais en même temps, avec beaucoup de recul, ça m'a énormément renforcée. Parce que j'ai quand même vécu une belle enfance, privilégiée, avec une famille aimante, parce que mes parents étaient exceptionnels. Avec maman, c'était très fusionnel. Mon père aussi, on s'entendait très bien. Et je pense qu'il fallait quelque chose qui me pousse un peu à aller plus loin, hors de mes limites. Alors il y a eu ces problèmes dans ma scolarité. Ça s'est poursuivi en seconde, où je suis allée à Camille-Julien, où là, la professeure d'histoire... Grand lycée Bordelais. Grand lycée Bordelais, on habitait juste à côté, donc j'y suis allée. La montagne Camille-Julien. Voilà, oui. Et j'y suis allée. Et là, c'était très compliqué, très compliqué. J'avais l'impression d'être agressée en permanence parce qu'Angélique de Labarre, j'avais une particule. En plus, on m'appelait souvent avec tout mon nom, qui est Angélique Dubois de Labarre. Et la prof d'histoire à l'époque m'avait même mis la chanson à Saïra, les aristocrates à la lanterne. C'était la discrimination à l'envers, j'ai fait tir. Et pourtant, moi, j'étais quelqu'un de très simple. Bref, je demande à maman de partir aussi. Et là, je peux l'avouer, je suis allée dans une boîte à bac à Bordeaux. Mais au moins, j'ai rencontré des gens avec qui je m'entendais, qui ne me critiquaient pas, qui n'étaient pas... Et puis d'excellents professeurs. Parce que finalement, ces boîtes à bac, vous avez des très bons professeurs qui sont dans d'autres grands lycées comme l'Assomption. Ils travaillent dans des lycées privés et ils viennent dans ces boîtes à bac. Et pour vous faire rire, j'étais la seule à avoir le bac du premier coup, sans rattrapage, et on m'avait offert le champagne.
- Speaker #0
Ce qu'on appelle une boîte à bac, ça existe toujours d'ailleurs ces structures-là. C'est des structures qui étaient plutôt dans l'excellence pour avoir un maximum de réussite au bac, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, mais non, pas forcément. Non, non, non. Boîte à bac, c'était vraiment les cancres qui allaient là, qui n'avaient pas du tout le niveau. Oui, mais c'était vraiment pour un programme accéléré. Oui, c'était accéléré. Alors, on faisait des voyages. Donc, je suis partie en Angleterre, en Espagne, tout ça. Et donc, j'ai mon bac et là, formidable. Mais j'étais quelqu'un qui n'arrivait pas trop à se trouver. Je me cherchais beaucoup. J'ai aimé le journalisme, alors je voulais justement être journaliste, j'avais fait un stage à la radio, j'ai fait un stage à Sud-Ouest, au journal.
- Speaker #0
C'est un point commun, vous voyez, c'est un métier que j'aurais aimé faire. Oui,
- Speaker #1
ça c'est vous aussi.
- Speaker #0
Si je n'avais pas fait ce que je fais,
- Speaker #1
j'aurais aimé être journaliste. Je comprends.
- Speaker #0
Les journalistes m'énervent beaucoup parfois quand je les écoute, donc je me dis tiens, je ne pourrais pas faire ça, sans prétention. Non mais c'est vrai. Pourquoi il ne dit pas ça ?
- Speaker #1
C'est pas évident comme métier aussi. Non, c'est pas évident. Et là, je pars en fac d'histoire et je suis très déçue par la fac d'histoire à Bordeaux 3, qui n'était pas l'enseignement dont je souhaitais. Je pense que je me rêvais d'une vraie université un peu à l'américaine et là, je tombe de haut. Et c'est à ce moment-là aussi que je fais un stage à la radio universitaire. qui me plaît beaucoup, un stage à la radio. Mais cette année, ce n'était pas ce que je voulais. Donc j'étais un peu malheureuse. Ce qui fait que je dis à mes parents, écoutez, je suis désolée, je me suis trompée de voix. Et finalement, je pars en droit. Parce qu'au-delà du journalisme, il y a quelque chose qui m'avait toujours plu. Ne riez pas, je voulais être commissaire de police.
- Speaker #0
Ah bah c'est vrai que c'est vrai. Je ne m'attendais pas à ça de vous.
- Speaker #1
En fait, oui, j'aimais tout ce qui était...
- Speaker #0
C'est pas drôle.
- Speaker #1
Les armes et tout ça. Non, j'étais fascinée. Bon, peut-être qu'aussi on regardait la télévision et c'était pas vraiment... Et le jour où on m'a dit, tu sais, commissaire de police, il faut aller en banlieue parisienne. Et là, je me suis dit, mais non, mais la ville, ça va être compliqué. Et un jour à Bordeaux, je vois un pickpocket devant moi qui vole un truc et je n'ai pas réussi à l'arrêter. Alors là, j'ai dit, non, ce n'est pas possible, c'est pour moi. Et dans mon droit... Après,
- Speaker #0
commissaire de police, on fait les enquêtes, on n'accrète pas forcément les gens. Oui, non,
- Speaker #1
mais bien sûr, bien sûr. Et en fait, j'ai commencé le droit. Bon, j'étais une besogneuse, parce que je n'étais pas une grande élève. Mais je travaillais, ça, j'étais sérieuse. Je travaillais beaucoup. Je n'avais pas de facilité, par contre. Donc, c'était compliqué, parce que l'été était souvent studieux pour moi. Alors, je jouais en même temps au tennis, à Sarlat. J'avais ma petite mobilette, je pouvais... Après, j'ai eu mon permis à 18 ans.
- Speaker #0
Alors l'été, vous reveniez sur la Dordogne ? Oui, on habitait toujours, on avait toujours la maison. Juste pour bien comprendre, votre papa était architecte, votre maman était dans le milieu viticole ? Oui,
- Speaker #1
maman était dans le milieu viticole. Mais comment elle faisait en étant à Sarla ? Alors non, à partir du moment où j'ai eu 12 ans, donc en 88, on est arrivé à Bordeaux et on avait gardé la maison à Besnac. D'accord, à Besnac. Et cette maison qui devenait en fait notre maison d'été, où on pouvait y aller tous les week-ends. Mais c'est compliqué quand on a plusieurs maisons. Une maison à Bordeaux, une maison en Dordogne. Je voyais maman se fatiguer. Et elle était donc une des copropriétaires de Château Cheval Blanc à Saint-Emilion, qui était dans la famille... Un petit vin connu. Qui était quand même dans la famille depuis 1832. Grâce à une arrière-grand-mère, Cheval Blanc était resté assez...
- Speaker #0
Ils étaient combien dans la famille ? Alors là,
- Speaker #1
en 1998, ils étaient 46. Et donc, c'était beaucoup trop. C'est-à-dire qu'une partie de la famille a voulu vendre. Nous, on n'était pas les vendeurs. Ce n'est pas nous, alors que certains...
- Speaker #0
Alors, c'est quoi ? C'est 46 héritiers ?
- Speaker #1
Oui, c'était 46 héritiers. Et nous, on n'était pas encore... Maman ne nous avait pas encore donné en eut propriété. Et elle avait réfléchi, parce qu'elle était tellement accro... accrochée à cette propriété. Elle avait réfléchi pour payer les droits de succession. Comment payer les droits de succession à l'État français quand il s'agissait de nous donner les parts ? Et donc, elle avait acheté une autre propriété.
- Speaker #0
En 89, c'est pour ça aussi qu'on est allé à Bordeaux, elle achète en 89 une petite propriété en Saint-Émion-Grand-Cruc, qui est à Saint-Christophe-des-Bardes, et qui s'appelle La Plagnotte Bellevue. Et c'était son rêve en fait, elle voulait vraiment faire elle-même son vin. Donc elle devient, elle est véritablement viticultrice, mais elle avait le diplôme depuis longtemps, puisqu'elle avait été gérante, co-gérante au Cheval Blanc. Et elle était passionnée par le vin. Et je crois qu'une partie de la famille n'a jamais compris ça. Et ça a été très compliqué parce qu'elle a été mise dehors de la gérance, je le dis aujourd'hui, sans problème. J'en ai souffert parce qu'elle était très malheureuse, maman, à un moment donné. Je la voyais pas bien et comme on était très fusionnels, c'était compliqué. En plus, la pauvre, elle achète ça en 88-89. En 91, il y a un gel. Donc Cheval Blanc n'a pas donné une année. Ce qui fait qu'on a dû déménager. Mais maman, c'est ça. C'était une femme très dynamique, aventurière. Pour elle, tout était possible. Ce n'est pas grave, on a les banques. On peut emprunter à la banque. Et si ça ne marche pas, on revend. Donc je trouvais ça formidable.
- Speaker #1
Cheval Blanc, aujourd'hui, appartient à qui ?
- Speaker #0
Alors Cheval Blanc, quand ça a été acheté en 1998, c'était Bernard Arnault et Albert Frère. Et puis là, il y a plusieurs personnes. Il y a toujours LVMH dedans. Oui, il y a toujours LVMH. En fait, au départ, c'est Bernard Arnault personnellement qui l'a acheté, je crois. Et ensuite, il a vendu les parts à LVMH. Et ce sont les héritiers d'Albert Frère qui sont aussi dedans.
- Speaker #1
D'où le lien. Alors, on était resté sur vous, sur le droit. Et en plus, vous allez aller dans le droit de la vigne, j'ai lu.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. C'est ça le lien, en fait. Oui, c'est ça le lien. C'est-à-dire que, alors, comme j'avais toujours voulu être commissaire de police, j'ai quand même une, pas une passion, mais un intérêt pour le droit public. Donc, j'étais partie en maîtrise de droit public. Ça m'avait plu. Et là, je me suis fait beaucoup d'amis à l'époque, en droit d'ailleurs. Et ensuite, je vois qu'il y a cette possibilité de faire un master de droit. économie et gestion de la filière vitivinicole. Je me dis, mais c'est en fait, c'est ça que j'ai envie de faire parce que j'aime le vin. Maman nous a dégusté. Vous avez été bercée un peu par ça ? Mais oui, alors je dégustais très souvent du vin. Vous êtes douée en dégustation ? A l'époque, j'étais douée. Maintenant, j'ai beaucoup perdu parce que je ne déguste plus. Je suis admiratif moi des... Mais c'est un entraînement en fait.
- Speaker #1
Je suis admiratif personnellement des zoonologues et des C'est le même. Des personnes, j'ai mangé le nom qui est au restaurant, les sommeliers, qui vous présentent un vin. Le vocabulaire de présentation d'un vin, c'est presque aussi intéressant que de le goûter et de le boire. Je trouve ça hyper intéressant, ça vous fait voyager.
- Speaker #0
Et justement, l'année de mon master de droit du vin à l'université à Bordeaux 4, en droit, je fais en même temps ce qu'on appelle un DUAD, un diplôme universitaire d'aptitude à la dégustation. Donc on dégustait tous les lundis et tous les samedis matins à l'université de Bordeaux 2 et c'était extraordinaire. Alors comme j'étais pas mal entraînée, c'était bien, j'arrivais à reconnaître dans un Bordeaux s'il était rive gauche ou rive droite, quelle était l'appellation. J'arrivais à peu près, alors les millésimes ça, ça a toujours été aussi mon truc. J'arrive encore un peu les millésimes, mais j'ai tout perdu presque. Déjà, ça paraît exceptionnel de reconnaître un millésime. Mais oui, parce qu'avec maman, au niveau des chevals blancs, on dégustait des grands millésimes. Donc, je sais quels sont les très bons millésimes en bordelais.
- Speaker #1
Donc, ça donne des repères ?
- Speaker #0
Oui, ça donne des repères. En fait, c'était mon repère, le cheval blanc.
- Speaker #1
C'est un bon repère.
- Speaker #0
Parce qu'à partir d'un grand vin, vous pouvez définir le petit vin qui n'est pas très loin. Il a quand même quelque chose du grand vin, ce petit vin qui n'est pas très loin.
- Speaker #1
Oui, parce que le terroir est le même.
- Speaker #0
Le terroir est le même. D'ailleurs,
- Speaker #1
parfois on se demande, parce que quand on voit le vignoble du Pétrus, par exemple, comme Cheval Blanc, et qu'on voit qu'il y a un vignoble juste à côté, le pauvre, entre guillemets, qui vend son vin 100 fois moins cher, alors qu'il y a quelques dizaines de mètres d'écart.
- Speaker #0
Oui, mais vous savez que dans le terroir, il y a quand même des différences. Il y a des veines un peu particulières. Je sais qu'au Cheval Blanc, il y avait de la crasse de fer à certains endroits. Au Cheval Blanc, il y avait beaucoup de cabernets francs. Alors que dans les autres du Saint-Émilion, c'est plutôt en grande majorité du Merlot. Et nous, il y avait 60% de cabernets francs et 40% de Merlot.
- Speaker #1
Donc après,
- Speaker #0
ça a peut-être changé. Maintenant, je ne sais pas.
- Speaker #1
Et encore, en Bordelais, je dirais que les surfaces sont quand même assez grandes. Moi, j'étais marqué quand je suis allé. En Bourgogne, me promener dans le vignoble, le vignoble de la Romanée-Conti, c'est minuscule, c'est minuscule la parcelle. Et on se dit, mais comment on arrive à avoir sur cette parcelle qui fait la taille d'un timbre-poste, j'exagère à peine, par rapport à celle qui est juste à côté, il y a une différence de prix là aussi, quoique les Bourgognes sont tous relativement onéreux.
- Speaker #0
Maman m'avait toujours dit d'ailleurs que c'est la Romanée-Conti le meilleur en Bourgogne. Et elle était invitée chez les grands. Alors j'avais une bonne culture du vin, même si en Bourgogne, je suis très nulle.
- Speaker #1
Et le Bourgogne d'ailleurs, on n'est pas là pour parler de viticulture, mais pourquoi pas non plus, le Bourgogne aujourd'hui s'en sort beaucoup mieux actuellement que le Bordeaux économiquement. Le Bourgogne a choisi une voie élitiste qui lui convient bien, on va dire.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai. Et mon frère donc a récupéré la propriété de... de 6 hectares qui s'appelle la Plaine de Bellevue. Et c'est vrai que ce n'est pas évident actuellement. Et alors, justement, pour revenir, ça va peut-être permettre le lien...
- Speaker #1
Oui, parce que j'allais dire, on est loin du tourisme là. Mais quoi que, le vin, il y a le no-tourisme aussi.
- Speaker #0
Oui, oui, mais alors moi, j'avais en tête de récupérer une propriété. L'idée de maman, c'était... À la vente de cheval blanc en 98, il fallait absolument racheter autre chose. Il n'était pas question que cet argent reste sur une banque.
- Speaker #1
Toujours cette idée, comme vous dites, d'investir, bouger.
- Speaker #0
D'entreprendre, de bouger. Voilà, on a hérité de quelque chose. On doit redonner à ses enfants le double de ce que l'on a reçu. Et il faut le mériter.
- Speaker #1
Une idée de progression.
- Speaker #0
Oui, une idée de progression. Oui, et puis de ne pas se moquer des anciens. Les grands-parents ont travaillé dur. parce que Le cheval blanc, il ne faut pas croire, dans les années 50-60, ça ne donne rien. C'est dans les années 70 où ça commence. Mais mon grand-père allait faire tous les marchés juste après la guerre en Belgique et partout avec sa petite valise. Récente en fait finalement. Oui, c'est vrai. Et donc là on est en 1999, maman achète un autre petit vignoble sur les hauteurs de Castillon-la-Bataille. Voilà, qui était destiné normalement à mon frère. Et puis nous, on cherche une autre propriété. En 2000, d'ailleurs, je peux le dire, on visite... Alors rien à voir, mais on commence à avoir un pied dans le tourisme. On visite le château de Fennelon. Très beau château. Très beau château. On a un coup de cœur. On le visite même avec, je me souviens, avec nos amis Guigal, qui sont des gens dans les vins, les grands vins de Côte-Rotie. Et là, ils nous disaient, c'est super, vous devriez acheter Fennelon. Et maman fait une proposition d'achat de Fenlon.
- Speaker #1
Excusez-moi, je vous coupe, mais désolé, mais vous venez de citer un de mes vins préférés, le Côte-Rotie. Bon,
- Speaker #0
parenthèse terminée. Ce sont des grands amis de la Côte-Rotie. On en reparlera. Grâce au cheval blanc, mon frère avait fait un stage là-bas. Il faut qu'on en reparle. Et voilà. Et en fait, la proposition de maman avait été refusée. En fait, le... Le propriétaire actuel, c'était Monsieur Delautre, qui refuse la proposition de maman, mais il avait acheté ce château, je crois, trois ans avant. Et alors aujourd'hui, ce n'est pas bien, mais j'ai tendance à le remercier en moi-même qu'il ait refusé la proposition de maman, parce qu'on n'aurait pas eu l'Émilande, et je pense que j'aurais manqué quelque chose, et l'Émilande m'aurait manqué aussi.
- Speaker #1
Et le quelque chose, on va en parler aussi.
- Speaker #0
Et en fait, après, on visite énormément de propriétés viticoles, une trentaine, entre Saint-Émilion, Pomerol, la lande de Pomerol, parce qu'il était question quand même d'acheter quelque chose, toujours. Alors, mon frère n'était pas d'accord parfois avec le ché qui n'était pas en bon état, maman n'était pas d'accord avec le terroir, ou papa avec le vin, enfin bref, mais gentiment, on était quatre. à donner notre avis de façon sympathique. Et puis un jour, je regarde, on est en Dordogne, dans notre maison, un week-end.
- Speaker #1
Je peux me permettre ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Pourquoi ne pas acheter ce qui est en face de notre fenêtre ?
- Speaker #0
Oui. C'est un peu ça. Ce n'est pas ça l'idée, pas du tout. Non ? Non, parce qu'on ne savait pas que c'était à vendre. Et c'est à ce moment-là qu'on ouvre. Parce qu'avec maman, on regardait beaucoup un magazine qui s'appelle Propriété de France. Je crois que ça existe toujours.
- Speaker #1
Oui, je pense, oui.
- Speaker #0
Et on ouvre ce magazine, on a envie de rêver par moments, on regarde des propriétés dans le sud-est, avec de la vie, tout ça. Et puis à un moment donné, on tombe sur la photo d'Emilande. Je dis à maman, regarde, c'est Emilande. Qui est en face de la fenêtre, justement. Et elle me dit, mais oui, mais qu'est-ce que c'était avant ? Et on n'était pas au courant que c'était avant, parce que c'était confidentiel. Et plusieurs agents immobiliers l'avaient à la vente, sauf qu'ils ne marquent pas le nom de la propriété, puisque... Sinon, les agents immobiliers se font passer devant. Et maman me dit, écoute, on va les visiter. Parce que ça réouvre, là, fin mars, on va aller visiter ce château. Ma mère n'avait jamais visité les Milandes alors qu'elle habitait en face depuis 1974.
- Speaker #1
Alors que moi, je me souviens que mes parents, à l'époque, à des âges certainement à peu près similaires, vos parents, il est bien, je veux dire, je me souviens de mes parents parlant du parc d'attractions, des films d'écœur, etc. À l'époque, tous les périgourdins allaient le week-end. en villégiature entre guillemets ou de week-end là-bas. Oui mais nous comme,
- Speaker #0
alors le parc façon Joséphine Baker il a fermé en 68. C'est ça dans les années 50-60. Enfin c'était fini. Enfin on va en reparler là aussi. Et ensuite ça a été racheté par quelqu'un, bon j'ai un peu de mal à en parler à chaque fois.
- Speaker #1
Ah oui alors c'est vrai que là on est un petit peu dans le désordre mais c'est pas grave, cette transition là entre Joséphine Baker dont on va beaucoup reparler par la suite et vous. Il s'est passé quoi pendant 30 ans, là, entre les deux ?
- Speaker #0
C'est vrai que j'ai tendance à ne jamais en parler. Je n'en parle pas aux visiteurs. Je ne veux rien noter sur les anciens propriétaires. Parce qu'entre Joséphine et nous, pour moi, il n'y a pas eu des gens... C'est le trou noir. Oui, c'est le trou noir. La personne à qui on a acheté était, pour moi, quelqu'un de malhonnête. Je suis désolée, je le dis. Alors, paix à son âme. Ce pauvre monsieur, il est décédé. Je trouve inadmissible d'acheter un château comme ça et de ne pas le restaurer. En fait, je suis assez discriminante là-dessus. Je suis difficile pour moi. Quand on achète un château, il faut assumer. Si on n'est pas capable, ou alors si on veut juste faire du business, comme certains disent, on n'achète pas un château. C'est triste. Ce qui fait qu'après nous, après Joséphine, pardon, il y a eu... Une personne malhonnête qui a acheté aux enchères le château, mais qui l'a revendu à quelqu'un d'autre. Ce quelqu'un d'autre a mis dehors Joséphine d'ailleurs encore. Ça a été complexe toute l'histoire. Et puis ensuite, il y a eu quand même une famille de Belges très gentilles, les Van Breusenghem. Là, eux, j'en parle. Alors, je ne parle pas forcément dans le château. Mais quand on me pose la question, je le dis. C'était un médecin belge, très bien, qui avait acheté ça pour venir passer du bon temps l'été. Et ils ont dû le revendre en 1994 parce que ça coûtait beaucoup d'argent, parce que les enfants n'en voulaient pas.
- Speaker #1
Le problème, c'est l'entretien.
- Speaker #0
Et l'entretien, c'est compliqué. En plus, quand on n'est pas là, on ne peut pas gérer un tel château si on n'est pas sur place. C'est quand même compliqué.
- Speaker #1
Alors, on va rentrer dans cette phase où on va parler de l'achat du château 2001. Oui, c'était en 2001. Et de tout ce qu'il y a à faire, les premières urgences quand on achète un château comme ça. J'ai une question que je n'ai pas notée, mais que je voulais vous poser. Votre mère cherchait quand même plutôt une propriété avec de la vigne. Ça ne la gênait pas cet aspect-là ? Parce que les Milan n'est pas une propriété viticole, que je sache.
- Speaker #0
Non, justement, je voulais terminer avec cette histoire rocambolesque. C'est-à-dire qu'elle visite et là, elle me dit « Ma chérie... » C'est pas possible, Joséphine appelle au secours, ce château tombe en ruine, il faut qu'on achète. Elle était excitée, elle me dit il faut que tu viennes la semaine prochaine. Donc je viens visiter et là toutes les deux en haut du château, au niveau de la terrasse supérieure, ils nous avaient ouvert parce que c'était fermé au public. Et là maman me dit mais regarde tout ça, c'est extraordinaire, mais ça tombe dans l'oubli, il y a trop à faire, il faut acheter ça. Mais en même temps, on était donc sur une propriété à la lande de Pomerol qui nous était proposée pour 20 hectares. Et les deux propriétés valaient la même chose. Il y avait même aussi deux hectares à Pomerol qu'on avait visités, où j'avais un coup de cœur, mais c'était vraiment un vin de garage. Ce qu'on appelle un vin de garage, vous savez. Et là, contre toute attente, on demande, parce que maman n'était pas une femme d'affaires. Mais elle avait... le nez creux, elle savait ce qu'il fallait acheter.
- Speaker #1
Elle était quand même une femme d'action. Oui,
- Speaker #0
elle était une femme d'action, mais dans le sens où il fallait le payer, le prix, tant pis pour le prix, il fallait y mettre le prix. Moi, j'ai dit, maman, mais c'est inferne, c'est beaucoup trop cher. Je ne donne jamais de prix, mais à l'époque, c'était très cher. Le propriétaire en avait bien profité, alors que, bon, je ne vais pas reparler de ça, c'est un peu douloureux par moments. et là Elle demande à notre expert comptable de Saint-Émilion. Elle lui dit, écoutez, il s'appelait M. Le Dinf, il est toujours en vie ce monsieur, et je le remercie encore. Et M. Le Dinf dit à maman, madame, il faut acheter le château d'Emilante. Un expert comptable de Saint-Emilion. On est en 2001. Alors, est-ce qu'il voulait faire plaisir à maman ?
- Speaker #1
Ou est-ce qu'il avait vraiment le nez creux ?
- Speaker #0
Je pense qu'il avait le nez creux lui aussi. Et là, on s'est engouffré dans ce projet. Et on achète le 31 août
- Speaker #1
2001. C'est indiscret de vous demander combien ça s'achète un château à l'époque ?
- Speaker #0
Oui, je ne dis jamais le prix. D'accord. Je ne dis jamais le prix après certains réussiront à le trouver. Mais je trouvais très cher à l'époque. Mais le vignoble était pareil. Ça valait la même chose.
- Speaker #1
Mais ça dépend ce qu'on en fait ensuite. Voilà. Le prix. C'est toujours pareil.
- Speaker #0
Oui, oui. Mais moi, je... Je savais que... Quand on me dit oui, vous avez eu un plan, vous avez fait un audit, machin, mais non, rien à faire, moi, tout ça. Moi, je fais les choses que j'ai envie.
- Speaker #1
C'est le feeling, quasiment. On visite, on a un coup de cœur.
- Speaker #0
On sort sur la terrasse. On l'a vu. Dès le vendredi 1er septembre, j'étais à la caisse, j'étais là, je commençais à voir comment se passait.
- Speaker #1
À l'époque, il était ouvert au public, déjà ?
- Speaker #0
Oui ! Il était ouvert au public. Et l'ancien propriétaire...
- Speaker #1
On visitait quoi ?
- Speaker #0
On ne visitait pas grand-chose parce qu'il n'y avait rien dans le château. Il n'y avait plus rien. Il avait vendu aux enchères la plupart des meubles en 1997. Parce qu'il n'avait pas d'argent. C'était un monsieur qui avait des idées. Il avait des idées, mais il avait un côté assez malhonnête. Il ne payait pas ses employés. Il fermait. Il n'était jamais là quand l'Ursaf venait. Mais il avait des idées puisque c'est lui qui avait monté l'aquarium du Bug. Mais je ne donne pas son nom parce que ça m'agace.
- Speaker #1
Je connais. Non mais je l'ai le nom.
- Speaker #0
Et donc ce monsieur, je vous le dis, je l'ai même mis dehors. Il nous a laissé des termites. Donc quand il a fallu faire l'état parasitaire, on s'est fâchés. On a fait un procès. Au bout de cinq ans, j'ai réussi à récupérer l'argent du traitement des termites. Et là, je lui avais dit, monsieur, ne remettez jamais les pieds au Milan. Parce que je faisais une tête de plus que lui. Alors, heureusement, ça me... Il était assez petit. Oui, il n'était pas très grand. Et puis, en fait, il parlait très peu. Un jour, il est revenu, dix ans après la vente des Milan, parce que forcément, le fisc ne pouvait pas l'embêter en France. Au-delà de dix ans, vous pouvez revenir. Il était parti à l'étranger. Il était parti en Italie. Il avait certainement trouvé plus mafieux. Ensuite, il est parti à Madagascar. Là, pareil, ça a été compliqué. Je me suis fâchée avec lui quand il est revenu, puisque j'ai dû le mettre dehors du château. Chose promise, chose due. Il est rentré. Il a payé son entrée avec sa femme, une nouvelle femme de Madagascar, avec ses nouveaux enfants. Il avait laissé son ancienne femme qui m'avait montré pas mal de choses au Milan, qui était très très bien. Cette femme, elle nous a d'ailleurs, je l'ai retrouvée longtemps après puisqu'elle m'a aidée pour maman. Elle a même aidé maman, elle était infirmière, aide-soignante. Et donc, j'en ai beaucoup voulu à ce monsieur et je l'ai mis dehors. Il n'a rien dit. J'ai eu un problème avec sa nouvelle femme qui attendait certainement que je lui mette une claque pour, je ne sais pas, pour m'en mettre un coup de poing. Oui, pour porter plainte. Ah oui, pour porter plainte. Et en fait, donc ça, je vous parle d'une période, on est en octobre, je crois, 2013.
- Speaker #1
Ah oui, donc c'est quand même une dizaine d'années après les avoir achetées.
- Speaker #0
Ah oui, oui. Oui, 10 ans, c'est ce que je vous dis. Après, le fils ne pouvait plus revenir sur les affaires. Il avait fait des affaires malhonnêtes. Et là, je lui ai dit, je vous mets dehors. Vous ne m'avez pas écouté, mais je vous rembourse et vous sortez de chez moi. Et il est mort 4 mois après. En fait, il était venu, je pense, pour montrer à sa famille. Il avait 61 ans et il avait un cancer. Il est venu voir le château. J'aurais pas fait comme vous. Bah écoutez, oui, oui, ça c'est sûr, vous auriez pas fait comme moi.
- Speaker #1
Alors pour revenir à 2001, c'est quoi les premières urgences quand vous prenez le château ? Parce que comme vous dites, il est certainement dans un état un peu pitoyable.
- Speaker #0
Alors les premières urgences, d'abord, comme je suis au four et au moulin... Parce qu'il faut trouver un modèle économique. Alors le modèle économique, l'idée c'était quand même de le faire visiter, c'était le principal. Mais comme je vous dis, je n'avais pas de modèle économique.
- Speaker #1
Il se faisait déjà visiter quand même ?
- Speaker #0
Oui, ça se visitait. Et puis, il y a une chose qu'on doit lui reconnaître, l'ancien propriétaire, mais c'est la seule chose de bien qu'il ait laissé au château, c'est qu'il y avait une fauconnerie. Un spectacle de rapaces qui était présenté tous les jours avec deux fauconniers. Donc moi j'ai récupéré ces deux fauconniers, ils sont toujours là, enfin il y en a un qui est parti, mais Patrick, le responsable de la fauconnerie, il est toujours là, il est formidable, d'ailleurs je ne sais pas comment il a supporté son ancien patron. Et en fait on a fait évoluer la fauconnerie avec du temps de l'ancien propriétaire, il n'y avait même pas de gradins, là maintenant il y a des gradins, on peut recevoir au moins 400 à 500 personnes quasiment, 450 par spectacle. On appelle ça des présentations de rapaces.
- Speaker #1
J'avais pas mémoire, mais ça a beaucoup évolué. Oui,
- Speaker #0
ça a beaucoup évolué, mais vous n'êtes pas venu depuis longtemps. Mais si,
- Speaker #1
je suis venu il n'y a pas si longtemps. Enfin, pas si longtemps, 8 ou 7, 8 ans.
- Speaker #0
Ah ben non, même pas,
- Speaker #1
c'était pendant le Covid. J'étais venu pendant le Covid.
- Speaker #0
D'accord, oui. Et là, on a rajouté un espace supplémentaire qui est un peu couvert, mais surtout à cause du soleil. Et mine de rien, en fait, tout ce qui est... Du domaine du vivant, les gens apprécient beaucoup. Ce qui fait que tout ce qui est animal, en fait, c'est amusant. Les gens reviennent pour les rapaces. Et puis, et c'est ce que je m'étais dit d'ailleurs. Quand j'ai commencé, j'ai dit à mes parents, on va utiliser les rapaces comme une carotte pour nos visiteurs. C'est-à-dire que ça va leur permettre, ils vont venir. Et comme ils auront payé un billet d'entrée qui est global, où ils peuvent tout voir, ils vont rentrer dans le château et enfin faire la connaissance de Joséphine Baker. Et j'avais commencé, dans l'hiver 2001-2002, j'ai commencé à remeubler. Donc papa et maman m'ont prêté des meubles. Et puis petit à petit, j'ai surtout mis de l'ordre, parce que lui, il avait commencé une première exposition à Paris en 2000, qui n'avait pas eu grand succès. Il a fait rapatrier des choses, mais non, je l'ai utilisé, mais tout était mélangé. Et là, vous parlez des meubles de Joséphine Baker ? Non, ce n'était plus les meubles de Joséphine Baker. Oui, d'accord. Non, non. Parce qu'au fur et à mesure de mes recherches, je me suis aperçue que des gens avaient volé ou avaient recelé les meubles de Joséphine Baker. Il n'était pas question pour moi de vendre des meubles qui avaient été recelés. On nous a proposé, ça c'est l'anecdote que je donne dans le château, on nous a proposé quatre fois en six mois... le piano de Joséphine Baker. Vous vous rendez compte que sur les quatre, il y en a un qui est vrai, sauf que c'est celui qui a mis dehors Joséphine, et qui nous proposait le piano à l'époque, 50 000 livres au Sterling, parce que c'était en vente en Angleterre. Et les autres, c'était du pipeau, comme beaucoup de choses, il faut faire attention, et Joséphine, elle disait oui à tout, moi j'ai dit non à tout, et surtout j'ai écouté personne.
- Speaker #1
C'est marrant parce que C'est Joséphine Baker, les Milan, ça transpire, alors on sent que... Quand vous rachetez les Milan, il y a déjà ça en vous ou pas ? Ou pas du tout ? Il y a déjà Joséphine Baker, il y a déjà cette histoire qui vous passionne ? Bien sûr,
- Speaker #0
elle me passionne parce que mes parents habitant en face, on m'a toujours parlé de Joséphine Baker. Mes parents étaient très admiratifs de ce qu'avait fait Joséphine et me parlaient de ses adoptions, surtout. en fait quand on est dans cette vallée de la Dordogne on... on ne peut que connaître Joséphine, la maman généreuse. Ça, c'est obligé. Ou alors, on a des parents qui n'ont pas de culture. Mais ce n'est pas possible parce qu'on est au contact permanent de Joséphine. Et quand on arrive au château, moi, j'avais tout de suite envie de parler de Joséphine Baker. D'ailleurs, je vous l'ai dit, maman me disait, attention... n'existe plus dans l'esprit des gens. Il faut qu'on retrouve Joséphine Baker au Milan. Là, elle a disparu. Et son âme aussi avait disparu. C'est-à-dire qu'on ne sentait plus rien. Il n'y avait aucune émotion. C'était tellement... Le château était lugubre. Les pièces étaient noires. L'ancien propriétaire avait mis de la fibre de verre partout, de la toile de verre partout, pour cacher la misère. Des espèces d'oripos, des rideaux minables. Une honte, en fait. Une honte. Quelqu'un qui voulait encore faire de l'argent avec un monument historique. Ce n'est pas possible. Et en fait, pourquoi cet engouement de mes parents pour Joséphine ? Parce que papa l'avait connu en fait. Alors ça, je l'ai lu, oui. Oui, voilà. Et il l'a connu parce que papa, avant d'être architecte, il était antiquaire à Sarlin. C'est amusant parce qu'il avait une chambre juste au-dessus de l'ancien office de tourisme de Sarlin, donc à côté de l'hôtel de Malville. de... Et il me dit, tu sais, après, j'ai ouvert mon cabinet, enfin, ma boutique d'antiquaires. Et en 64, je suis dépêchée par le tribunal de Bergerac, puisqu'il y a une première vente aux enchères qu'il doit avoir lue en 64, une vente des meubles de Joséphine. Donc, lui part au Milan à ce moment-là. Et donc, il la rencontre. Mon père était né en 1929, donc il était tout jeune. Mais il la rencontre. Et là, il nous a toujours raconté, papa était quelqu'un de très humble. Très simple, donc très discret. Donc il arrive, d'abord il est mal reçu par Joséphine, parce que c'est censé être l'expert qui va expertiser ses mâles. Dans une période de stress. Voilà, de grand stress. Et ça n'a pas duré très longtemps, parce qu'elle a vu à qui elle avait affaire. Et elle lui dit, viens mon petit, je vais t'offrir un café, je vais te parler de ce qui se passe. Et là, bien entendu, il n'était pas question pour lui de continuer sa mission. Donc il a écrit au tribunal, il a dit, je n'expertiserai pas les mâmes. Et heureusement, en fait... Vous savez, Brigitte Bardot intervient, lance un appel aux Français en 1964. Il y a des dons qui reviennent petit à petit au château. Ça ne suffira pas, on le verra. Voilà la rencontre de papa avec Joséphine. Et maman, elle, n'était jamais là, aucun concert.
- Speaker #1
Et votre mère ne l'a jamais rencontrée ?
- Speaker #0
Jamais. Mais elle avait beaucoup de respect pour elle, parce que c'était une femme d'action aussi, Joséphine. Et c'est là où... Je peux faire un parallèle entre Joséphine et ma mère. C'était deux femmes très dynamiques. Et je ressens beaucoup de choses avec Joséphine que je ressens avec maman et vice-versa. C'est-à-dire que j'ai su peut-être la comprendre, Joséphine, parce qu'elle était un peu comme ma mère. Parce que ma mère avait aussi du caractère, Joséphine en avait, et elle ne se laissait pas faire. En fait, elle avait eu une chance inouïe d'avoir des parents modernes, notamment un papa. Elles étaient quatre filles. Et maman était censée être le dernier garçon qui arrivait. En fait, ma mère s'appelle Claude. Ce n'est pas pour rien. Et mon grand-père, qui s'appelait Joseph, a souhaité que maman voyage. Et c'est la seule qui a eu son bac. C'est la seule qui est partie à l'étranger, en Angleterre, en Espagne. Et elle a travaillé dans le vin très, très rapidement.
- Speaker #1
Et vous, vous êtes, à titre anecdotique, vous êtes née un an après le décès de Joséphine Baker. Oui, c'est fou. Oui, oui. J'ai jamais connu Joséphine. Vous ne risquiez pas la connaître.
- Speaker #0
Non, non.
- Speaker #1
Alors, pour revenir à Joséphine Baker, puisque ça y est, on y arrive. Donc, vous reprenez le château, vous réorganisez les visites. Vous faites des... Alors, juste avant de parler... quand même de Joséphine Baker précisément, vous faites des travaux, là dans les années 2000, vous faites des travaux, comment ça se passe ? Vous le remeublez, il y a des travaux importants à faire ?
- Speaker #0
Oui, il y a beaucoup trop de travaux à faire, sauf que je n'ai pas le budget, c'est-à-dire que moi j'avais bien dit à maman, il n'est pas question que tu empruntes pour acheter le château. Donc elle avait l'argent pour l'acheter, mais pas pour l'entretenir.
- Speaker #1
Ce qui est déjà bien.
- Speaker #0
Oui, ce qui est déjà bien. Mais j'avais dit, les emprunts, c'est pas mon truc, parce que je l'avais vu galérer pendant plusieurs années quand même à Bordeaux, quand le cheval blanc donnait pas, c'était plus compliqué. Parce qu'elle avait aussi refait plein de travaux dans une maison qu'elle avait acheté à Bordeaux, on a vécu dans les travaux tout le temps. Elle pouvait pas imaginer qu'une maison soit pas entretenue en permanence, mais elle avait raison. Et là, les premiers travaux, alors pour moi, ce qui était le plus important... pour nos visiteurs, c'est que quand ils arrivaient devant la grille, les choses soient propres, avec une perspective et surtout un jardin qui ressemble à quelque chose. Donc la première chose que j'ai faite, c'est que j'ai demandé à mon père... Et tu sais si c'est du beau aujourd'hui. Oui. Papa m'a d'abord dessiné quatre grands parterres de buis qui entourent des nouvelles pelouses. Autrefois, en fait, les gens marchaient partout, les pelouses se réduisaient à des pots de chagrin.
- Speaker #1
T'as architecte paysagiste. Oui.
- Speaker #0
Oui, mais papa avait fait une école qui s'appelle Camondo à Paris, qui était plutôt architecture d'intérieur. Donc il était multitâche. Il dessinait extérieur. Oui, il aimait ça. Il dessinait beaucoup des taupières, de buis, des choses...
- Speaker #1
Donc vous vouliez améliorer déjà la première impression.
- Speaker #0
La première impression, je voulais l'améliorer. Donc en 2002, on fait ces petits travaux. Et ensuite, je suis obligée d'attendre. Il y a aussi des travaux... Je transforme le chai que l'ancien propriétaire avait utilisé en music hall. Et en plus, il pleuvait dedans parce qu'il n'avait pas fait de travaux. Oui,
- Speaker #1
à une époque, ils avaient ouvert un music hall. C'était lamentable.
- Speaker #0
Ils mettaient des plantes et puis l'eau coulait dans les plantes.
- Speaker #1
La seule cohérence qu'il y avait, c'est que music hall Joséphine Baker, ça pouvait se comprendre. Oui,
- Speaker #0
mais son music hall n'était pas là. Vous le savez, il est au pied du château. C'est une autre propriété qui a été vendue à part. Et ce n'était pas le lieu pour faire un musical. Mais bon, bref, il a voulu faire ça en 99, je crois. Et donc, je refais l'étanchéité de tout le chez. Et là, je me dis, il y a peut-être quelque chose à faire. Il n'y a que 45 000 visiteurs. Lui, il nous avait dit qu'il y en avait 80 000. C'était totalement faux. Tout était faux. Je me dis, il y a quelque chose à faire avec les mariages. Donc, je fais du réceptif, en fait, pendant quelques temps. Entre 2002. Le premier mariage, c'est celui de mon frère qui se marie. Donc je fais tous les travaux pour le mois d'avril et je ferai des mariages à peu près jusqu'en 2007.
- Speaker #1
C'est un bon test. Ça s'est bien passé ?
- Speaker #0
Ça s'est bien passé, mais il faut quand même que je vous dise une anecdote que j'explique dans mon livre, cette anecdote du lendemain de l'achat du château. Pour vous montrer à quel point Joséphine m'a laissé les clés. de sa maison. Donc, le 31 août, on achète, on était un vendredi. Le samedi, c'est ma première journée. Première journée où l'ancien propriétaire avait autorisé un cocktail dînatoire, un cocktail pour un mariage. Moi, je n'étais pas trop d'accord, je trouvais que c'était pas bien, mais bon. Ils font le cocktail devant le chai. Heureusement, par chance, tout se passe bien le samedi. Le dimanche matin, je viens travailler dans un taudis qui était derrière. Aujourd'hui, j'ai tout restauré, mais je voyais des souris passer dans mon bureau. Une espèce de pièce qui faisait office de bureau. La vie de Chatelaine, c'est pas... Et là, j'entends un bruit, mais incroyable, de quelque chose qui tombe et le sol bouge presque. Et je comprends qu'il y a quelque chose d'assez grave. Un des fauconniers arrive et il me dit, il me dit, venez vite voir Angélique, c'est terrible. heureusement il n'y avait personne dessous parce que c'était fermé mais la veille il y avait le cocktail de mariage et en fait j'ai au niveau du chai il y a deux échoguettes dont une qui était encore coiffée de lose toute la lose était tombée en bas à l'endroit même où il y avait le cocktail la veille ça serait tombé la veille il y aurait eu des morts, on aurait déjà vendu comme quoi l'histoire ne fait pas grand chose parfois et là je me suis dit Joséphine nous protège elle a fait en sorte que ça tombe là le lendemain Pareil pour un plancher qui est tombé en pleine nuit, en plein hiver. Il y a eu des petites choses pour me rappeler que... On n'a pas un monument comme ça de manière anodine.
- Speaker #1
Je voulais faire un petit rappel, ça permet de faire une petite page de publicité. Le château d'Emilande, parce qu'on a quand même des personnes qui risquent de nous écouter qui ne connaissent pas le château d'Emilande. Il est situé où ? J'ai envie de dire qu'il est situé merveilleusement, il est en vallée de la Dordogne. La plus belle zone du Périgord, enfin c'est un peu gênant de dire ça parce que certains me diront oui on parle toujours du Périgord noir, mais malgré tout il est situé entre Saint-Cyprien et Sarla, à côté du château de Beynac, au bord de la Dordogne,
- Speaker #0
rive gauche, à Castelnau. On est à côté du château de Castelnau qui est un frère puisque en fait le bâtisseur des Milandes est le propriétaire de Castelnau en 1489.
- Speaker #1
C'est ça, il date de 1489, c'est un château donc renaissance et gothique ?
- Speaker #0
Oui, alors il est plutôt de style renaissance, enfin d'époque renaissance, mais en même temps, oui, il a été terminé certainement au début de la renaissance.
- Speaker #1
Il a un côté château romantique par rapport à beaucoup de châteaux forts, comme Beynac notamment, qui est beaucoup plus violent à tous les sens du terme dans sa... Dans sa majesté. Un château d'ailleurs que moi j'adore également. Oui, moi aussi, je les aime tous. Très différents. Je les aime tous, mais c'est très différent. Ils sont très différents. Nous c'est charmant,
- Speaker #0
c'est un château de femmes en plus, puisqu'il est construit pour une femme, donc pour Claude de Cardaillac. Elle s'appelait Claude aussi. Et là, je ne sais pas si on aura le temps de parler de la chapelle, parce que la chapelle, c'est quelque chose d'extraordinaire, mais qui vient bien plus tard. Et le château... C'est une petite demeure à l'époque, mais c'est surtout ce qui est important, c'est qu'ils vont construire la chapelle en 1503, une chapelle tombeau, pour y être inhumée, puisqu'il n'y a pas de chapelle ou d'église.
- Speaker #1
Pour inhumer la famille de Comons ?
- Speaker #0
La famille de Comons, les Châtelains.
- Speaker #1
La famille de Comons.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. C'est François de Comons, le bâtisseur, qui construit ce château pour son épouse. On a des grandes fenêtres à Menaud, parce qu'il faut faire rentrer la lumière. On est plein sud. Il y a même une galerie Renaissance. Mais le château va être transformé. Je dirais qu'à l'époque, c'est plus une grosse maison qu'un château. Et ensuite, il devient un château romantique en 1900, quand il est acheté par Charles Claverie, qui est un homme qui a beaucoup d'argent, un industriel, dans les corsets médicaux à Paris. Il a une grande boutique, d'ailleurs, qui aujourd'hui, la façade est classée monument historique. Et cet homme, avec cet argent... Il restaure tout le château, mais il reconstruit la tour carrée, la tour ronde. Il les rehausse de Machicouli. Et puis, il installe ce magnifique jardin.
- Speaker #1
C'est finalement assez récent.
- Speaker #0
Oui, c'est récent, mais en même temps, c'est un des seuls jardins en Périgord avec Hautefort qui a plus de 100 ans. C'est-à-dire que... Oui, c'est remarquable.
- Speaker #1
Alors après, il y a les jardins de Marquessac, d'Erygnac, etc. Oui,
- Speaker #0
mais ce n'est pas si vieux que ça. Il y avait des petites choses à Marquessac, quand même. Bon, après, je ne vais pas faire expliquer tous les jardins. Non, mais là,
- Speaker #1
c'est surtout le jardin d'un château. Oui. Ce qui est déjà une différence.
- Speaker #0
Oui, oui. Et c'est dans la continuité, bien sûr, du château. On a Jules Vacheron, qui est quand même un architecte paysagiste de la ville de Paris. qui dessine ce grand jardin pour le comte de Charles Claverie. Et ça va être magnifique. D'ailleurs, le jardin est terminé avec toutes les balustrades et toutes les terrasses avant la fin de la restauration du château.
- Speaker #1
Pour terminer notre petite page de publicité, aujourd'hui le château d'Immiland, on a défini à peu près où il est. Le site internet c'est milland.com, on en reparlera à la fin. Milland avec un S à la fin. On visite un château, on visite une chapelle, on a un spectacle de rapaces, on a des jardins remarquables.
- Speaker #0
Des jardins, et puis là, dernièrement, un restaurant. Et puis dernièrement, le chai dont je vous parlais tout à l'heure, que j'ai mis longtemps à réfléchir, parce que moi, il me faut la vision des choses, et puis essayer de trouver ce qui va me plaire aussi. Et j'ai transformé le chai en salle de projection et salle d'exposition. Et aujourd'hui, j'ai retrouvé en fait les surfaces d'autrefois, j'ai remonté un mur avec tout ça, avec une architecte sensationnelle qui s'appelle Julia Richer, qui est architecte du patrimoine, qui me suit depuis 2015. Et c'est vrai qu'entre femmes, on arrive à...
- Speaker #1
Qui est de la région ?
- Speaker #0
Alors, elle était parisienne, mais avec des attaches en sarladé. Et maintenant, elle s'est installée à Sarlac avec son mari et elle a une petite fille. Et elle fait travailler, elle connaît beaucoup d'artisans. Grâce à elle, j'ai été en contact notamment avec les Compagnons Réunis, une entreprise formidable de Georges Lafaille à la bachelerie. Il faut savoir que les Compagnons Réunis, je les ai eus à demeure tous les jours de fin 2018 à début 2025. C'est-à-dire qu'ils ont restauré toute la chapelle, intérieur, extérieur. Ils ont été tout le temps avec nous pour les moments les plus remarquables des découvertes archéologiques des peintures murales. Ensuite, ils ont continué parce que, comme j'avais de plus en plus de visiteurs, j'ai pu dépenser l'argent que je gagne des visiteurs. Ils repartent pour le bâtiment, pour tout, pour restaurer. Et là, j'ai pu restaurer enfin le nymphé. Ce qu'on appelle le nymphé, c'est ce grand escalier qui descend vers la présentation des rapaces. Le nymphé, c'est une ancienne fontaine où tout avait été sculpté. Ça date de 1900, mais c'était totalement ruiné aussi. Et je me souviens du conservateur, il y a dix ans, conservateur de la DRAC, M. Rilleux, qui me disait « Madame, oui, oui, on vous aidera parce que ça, franchement, ça ne vous apportera aucune plus-value pour votre site. » Et j'avais souri, je m'étais dit « Bon, il n'a pas tort, mais c'est tellement important, ça, aujourd'hui, sans cet escalier, ça manquerait. » Enfin, il manquerait quelque chose. Et puis, ils ont terminé, les compagnons, avec le ché. Et là, je suis un peu partie dans des dépenses importantes, mais c'est très beau.
- Speaker #1
D'accord. Alors... On va reparler, il faut vraiment donc qu'on reparle plus en détail de Joséphine Baker. Joséphine Baker, elle est arrivée à Paris, j'ai noté, en 1925. Alors, elle a découvert le château, je crois, en 1937. Alors, on n'a pas les dates exactes,
- Speaker #0
en fait. Elle l'a loué, c'est ça au début ? Oui, elle le loue, mais moi, je pense que c'est plutôt fin 1938. Pas les dates. Elle a été
- Speaker #1
20 ans propriétaire à peu près, c'est ce que j'ai noté.
- Speaker #0
Elle a été, oui, 25 ans propriétaire. En fait, elle achète en 1947. Oui, elle a 20 ans. Et elle part en 1969. Mais elle y a habité en location à partir de 1938. Et pendant la guerre, elle y est en 1940.
- Speaker #1
Alors, on va parler de cette histoire incroyable de Joséphine Baker. Qui est-elle ? Donc, c'est une Noire américaine.
- Speaker #0
Oui, elle est née à Saint-Louis, dans le Missouri, aux Etats-Unis, donc d'une maman très noire de peau, américaine, d'un papa qu'elle n'a jamais connu. En fait, son père ne l'a jamais reconnu. Ça, ça a été difficile parce qu'elle n'arrivait pas à se situer, même du point de vue de sa peau. Elle était très métisse, elle était métissée. Et sa mère la trouvait trop blanche, sa tante la trouvait trop noire. Enfin, c'était compliqué. Et puis, elle a une enfance douloureuse parce que la mère se remarie avec un homme qui boit. Elle a un frère et deux sœurs, mais il y en a une qui décède, petite. Elle est témoin d'atroces tueries lors des émeutes de Saint-Louis en 1917. Enfin, il y a beaucoup de choses qui font qu'en fait, elle... Elle a envie de se sortir de toute cette misère humaine et sa seule passion en fait c'est la danse. Elle aime danser donc elle crée des petits spectacles dans la cave de sa maman sur la terre battue. Et elle danse, elle danse pour oublier la misère, contre le froid aussi parce que les hivers sont très rigoureux. Heureusement elle rêve, elle a une tante et une grand-mère particulièrement aimantes parce que sa mère elle a été terrible avec Joséphine. Et le fait d'avoir ces femmes autour d'elle, elle s'est construit quand même une carapace aussi, et elle a envie de rêver. Donc la tante lui parle notamment de l'Europe et de la France, parce qu'elles ont quand même une culture. La mère chantait, voilà. Alors malheureusement... Elle épouse dès 13 ans même un certain Willie Wells, son premier mari. Ça ne durera pas. Elle en épouse un second à à peine 15 ans qui va lui donner le nom qu'elle portera toute sa vie. Il s'appelait Willie Baker. Et Joséphine Freda MacDonald devient Joséphine Baker.
- Speaker #1
Elle s'appelait Joséphine Freda MacDonald. Oui. D'accord.
- Speaker #0
Et puis, il y a ce moment où en fait, elle danse dans la rue, elle s'avance vers un théâtre qui est le Booker Washington Theatre. Et là, il y a une petite troupe de théâtre qui se produit dans la rue, comme là-bas. Et en fait, les gens la repèrent. Donc, c'est une famille, ils sont trois dans la famille des Saltynbank. Et elle commence à travailler avec eux parce qu'ils... Parce qu'il trouve qu'elle a du talent, en fait. Et au bout de quelques temps, c'est le directeur du théâtre qui commence à la recruter. Et elle aidera à habiller les artistes. Et puis, c'est le début de son aventure, en fait. Elle commence à vraiment danser. Elle remplace une danseuse qui tombe malade. Et c'est le début de son aventure artistique à Saint-Louis.
- Speaker #1
Et donc, quel est le lien avec la France ensuite ? Comment arrive-t-elle en France ? C'est marrant parce que dans l'imaginaire collectif, je crois que Joséphine Baker, toutes les personnes auxquelles on va en parler, vont avoir cette image de la ceinture de banane de Joséphine Baker qui danse. Enfin, moi, c'est la première image que j'ai. Ce côté artiste provocatrice. Oui, c'est normal.
- Speaker #0
Volontairement provocatrice.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
mais ce n'était pas de son fait d'être provocante. Alors là, on est bien plus tard à Paris. C'est-à-dire que quand elle quitte le Booker Washington Theatre, la troupe s'en va, fait une tournée dans le nord des Etats-Unis. Elle va à Chicago, puis elle se retrouve à New York. Et là, elle commence à être un peu connue, elle a un peu d'importance. Ça a été dur, elle a dû trimmer pour montrer qui elle était, parce qu'elle était très fine. Elle avait du mal à... Mais elle avait un tel caractère que... C'était pas possible qu'elle n'y arrive pas, en fait. Elle a fait le siège à New York de la personne qui était censée recruter les artistes. Et là, donc, elle est dans une troupe. et elle joue dans un spectacle qui s'appelle « Shuffle Along » aux Etats-Unis, à New York. Et on l'a, en fait, une personne à ce moment-là recherche, donc une personne qui habite plutôt en France, mais qui est anglaise, recherche des artistes noirs américains pour une fameuse revue qui s'appellerait « La Revue Nègre » . Donc là, on est en 1925, et elle est choisie avec... Plein d'artistes noirs, et notamment Sidney Béchette, le musicien qui est dans la troupe aussi. D'accord. Ils partent tous, mais elle a hésité à partir, parce que c'était quand même une aventure de partir comme ça. Elle prend le bateau, elle arrive à Cherbourg, et elle prend... Donc à l'époque, c'est un bateau qui s'appelle le Bérengaria, et elle arrive aussi à la gare à Paris. Et là, pour elle, c'est extraordinaire parce que... Un homme la fait descendre du train et lui sourit. Un homme blanc. Elle n'a jamais vu ça. Elle n'était pas habituée. Et là, pour elle, c'est là où elle a compris que la France était une terre d'accueil, la terre des droits de l'homme. Elle commence à comprendre ce que c'est ce pays et elle veut absolument rester en France. Faire carrière en France. Et donc là, je reviens, la revue nègre, on en a parlé tout à l'heure, c'est... Elle ne voulait pas danser nue et en fait, on l'a obligée à danser nue. Alors, la revue Negre, ce n'est pas la ceinture de banane. C'est-à-dire que ça, c'est au Théâtre des Champs-Elysées. Et la ceinture de banane vient un an et demi plus tard. Elle casse son contrat, un peu avec des heures d'ailleurs. Et elle joue au folie bergère dans la revue Negre. D'accord. Pardon. excusez-moi elle est au Folies Bergères dans un spectacle qui s'appelle la folie du jour où elle va porter la fameuse ceinture de banane qui est au château et c'est la seule ceinture qui est connue dans le monde et d'ailleurs on me la jalouse beaucoup parce que malheureusement je ne la prête pas étant donné que beaucoup de grands musées la veulent elle est fragile mais c'est surtout que si je la prête je pourrais tout prêter j'ai plus rien à montrer à mes visiteurs et c'est pas le but et moi je suis pas un musée d'état je... Je fais avec ce que j'ai. Je n'ai jamais eu d'aide ni pour les robes, ni pour les intérieurs du château.
- Speaker #1
Alors, Joséphine Baker est à cette époque-là artiste à Paris, à plein temps, j'allais dire. Et comment arrive-t-elle au Milan, tout simplement ?
- Speaker #0
Oui, alors après cette période de la nudité, je vous le dis tout de suite, elle chante et elle est totalement habillée. Donc en 1930, c'est « J'ai deux amours » . Et les années 30, ce sont les années les plus fastes de sa vie. C'est le sommet de sa carrière. C'est le sommet de sa carrière. Et en 38, en fait, elle est très amie avec le garçon des chocolats Meunier. Mais c'est pas... Alors, il y a deux hypothèses. Et je le dis dans mon livre parce que je veux pas affirmer... Il y a beaucoup de choses qu'on peut pas affirmer. On peut pas être... On sait pas réellement si c'est par les chocolats Meunier qu'elle est arrivée au Milan. Moi, je présume plutôt... qu'elle a rencontré les propriétaires, monsieur et madame Malès. Et les Malès, en fait, elle, l'épouse du docteur Malès, l'épouse est américaine. Et elle n'a pas envie de vivre au château et elle repart souvent aux Etats-Unis. Et moi, j'avais présumé qu'elle pouvait rencontrer... Enfin, Joséphine aurait pu rencontrer les Malès à ce moment-là.
- Speaker #1
Il y a quelques zones d'ombre dans la façon dont elle est arrivée ici.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
on ne sait pas réellement.
- Speaker #0
On nous disait que c'est grâce à un agent immobilier. On n'en sait rien du tout. Parce que l'agent immobilier, le château n'était pas à vendre. Et puis comme la guerre se profile, le nazisme monte. Elle le sait puisqu'elle a donné des concerts à Munich en 1929, à Berlin.
- Speaker #1
Et elle va devenir résistante.
- Speaker #0
Et elle va devenir résistante. Et ça... Pour elle, l'idée d'être au Milan, c'était très important puisqu'elle faisait croire que la grande star américaine, Joséphine Baker, avait besoin de se mettre au vert, mais c'était surtout pour se planquer et commencer à travailler pour la résistance, ce qu'elle fait déjà dès 1940, lorsqu'elle rencontre, en fait, à la fin 1939, le fameux capitaine Apté. qui est chef du deuxième bureau du contre-espionnage militaire français à Paris. Et elle va lui dire, je veux me donner à la France, faites de moi ce que vous voulez.
- Speaker #1
Si je ne m'abuse, la Dordogne est coupée en deux à l'époque d'ailleurs, et la ligne de démarcation... La ligne de démarcation est vers Verteyac. Alors non, non, c'est plus haut. C'est plus haut la ligne de démarcation.
- Speaker #0
C'est plus vers Périgueux, vers Verteyac.
- Speaker #1
Mais la Dordogne est à peu près coupée en deux.
- Speaker #0
Mais la Dordogne est coupée en deux et on est en zone libre. Et le château est en zone libre. Oui, oui. Mais c'est en zone libre et pourtant, en août 40, elle reçoit les nazis, elle reçoit une espèce de commission de l'armement. qui n'était pas censée venir, mais qui se déplace en zone libre parce qu'ils ont eu vent. Ils ont tous les droits. Oui, en même temps, malheureusement, à l'époque. Et ils arrivent et elle va être exemplaire parce qu'elle va faire l'idiote. Elle sait très, très bien jouer la comédie, Joséphine. Et elle leur ouvrira la porte, ça va durer une heure, elle va offrir un café. Et en fait, ils venaient chercher... son voisin qui était résistant qui s'appelait monsieur Mallory et elle, elle va dire Mary Mallory elle fait croire qu'elle ne parle pas très bien français et elle les envoie à la mairie puisque la prononciation ressemblait et ce qui fait que grâce à elle il y a beaucoup de résistants qui sont repartis dans le maquis parce qu'ils auraient été fusillés tout de suite. Elle cache des armes au château. J'allais dire,
- Speaker #1
quelle est son action dans la résistance réelle ?
- Speaker #0
Les actions réelles, alors d'abord, quand elle est à Paris, fin 39, début 40, en fait, on l'envoie dans des camps de réfugiés. Et elle est censée être infirmière, aider. Et en fait, elle récupère des informations parce qu'ils ont peur qu'il y ait des... Dans les réfugiés, il y ait des espions allemands et italiens. Et là, puisqu'on sait que c'est les puissances de l'Axe, l'Italie, qui aident aussi, ce qui fait qu'elle récupère beaucoup d'informations, qu'elle retranscrit, qu'elle retransmet au capitaine Apté. Ça, elle le fera pendant toute la durée de la guerre. Elle va chanter sur la ligne Maginot avec Maurice Chevalier. Et puis, quand les nazis arrivent à Paris, pour elle, il est absolument impossible de chanter pour eux. Donc elle part au Milan. Et là, en fait, elle reçoit beaucoup de résistants qui viennent cacher des armes dans sa cave. Et dans la cave, en fait, il y a un espace qui est sans fenêtre, qui est assez incroyable, que j'ai montré souvent aux journalistes et dans des émissions de télé, où en fait, elle peut cacher des gens même. Et là, elle cache une famille juive qui est arrivée de Paris. Oui, c'est un endroit caché, inaccessible. Oui, c'est complètement inaccessible. On y accède vraiment par un conduit qui fait à peine 50 centimètres de haut. Donc, on peut cacher des gens ici et ça, on ne voit rien. Donc, elle cache des armes. Je l'ai su parce qu'en 2001, quand on achète, j'ai des veuves de résistants qui m'ont appelé en me disant « Mon mari venait chercher des armes au Milan grâce à Joséphine. » Elle venait chercher, amener, récupérer, etc. Donc, il y a ça. On a dit qu'elle pouvait avoir une radioémettrice. Moi, j'ai fait des recherches avec des spécialistes. Ce n'est pas possible, sinon elle aurait été découverte très rapidement. En tout cas... elle entend, et ça c'est sûr, l'appel du général de Gaulle qu'elle ne connaît pas. Mais la résistance, bien sûr, se met en ordre de marche et elle veut absolument se battre pour la France libre. Et elle n'arrêtera pas pendant toute la durée de la guerre. C'est-à-dire que là, elle quitte l'Émilande fin 40. Elle est obligée de continuer sa carrière parce que sinon, on va très vite la repérer. Elle passe notamment les zones occupées, zones libres, sans problème, parce qu'en fait, les Allemands la connaissent. Elle a chanté. Elle a chanté à Berlin et à Munich. et elle se retrouve notamment à Marseille, elle chante beaucoup là-bas. Elle signe un contrat pour une année et en fait, elle est obligée de rapidement quitter la France parce qu'elle est repérée. Alors, entre-temps, elle va même en Italie, dans des grands dîners, puisqu'elle est invitée dans les ambassades. On a envie d'avoir Joséphine Bécart, c'est une curiosité, vous voyez, pendant la guerre.
- Speaker #1
C'est une des stars de l'époque. Oui,
- Speaker #0
une des stars de l'époque en plus. C'est ce que je dis aux jeunes d'aujourd'hui. Vous savez, c'était la Beyoncé de l'époque. Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Noire américaine en plus. En fait, elle n'a pas eu de chance parce qu'elle arrive en France avec un idéal de générosité et de multiculturalisme. Et en fait, elle se retrouve à une période noire de l'histoire européenne. Oui,
- Speaker #0
mais multiculturalisme, ce n'est pas à la mode. Ce n'est pas ce que je veux dire. Ce n'est pas la mode. Ce n'était pas son but. Elle, elle voulait distraire le public parisien, d'abord. Le multiculturalisme, c'est plus tard, puisqu'elle commence à adopter ses enfants et à vouloir lutter contre le racisme après la guerre. Alors on va en parler, c'est la tribu arc-en-ciel, c'est ça ? Voilà, même si avant la guerre, lors de la création de la LICA, elle est adhérente de la LICA, la Ligue internationale contre l'antisémitisme. qui devient ensuite la LICRA, la Ligue Internationale contre le racisme et l'antisémitisme.
- Speaker #1
Par son passé noir américain, très raciste, elle est forcément hypersensible sur ces sujets.
- Speaker #0
Elle est hypersensible, mais la France, elle trouve que c'est une terre extraordinaire. Pour elle, un pays comme le nôtre, ça n'existe pas.
- Speaker #1
Mais paradoxalement, elle va tomber en France quasiment à la période la plus noire de l'histoire, enfin pas liée à la France, mais avec un racisme.
- Speaker #0
Mais justement, le racisme, oui, Elle en est un... Elle le voit moins parce qu'elle, c'est une star et qu'elle est reconnue. Mais notamment les conservateurs et ceux d'Allemagne et d'Autriche, parce qu'elle va même chanter à Vienne. Là, à Vienne, elle est obligée et elle le comprend très vite. Elle met une robe longue qui lui arrive jusqu'au menton. Elle se cache parce que tous les conservateurs et les gens, les catholiques extrêmes, sont contre ça. Alors que c'est paradoxal parce que Joséphine, après, est devenue très... chrétienne, très catholique. Elle faisait dire la messe tous les dimanches dans la chapelle. Elle a éduqué ses enfants de façon stricte aussi en donnant une éducation à la française. Pour elle, le pays l'avait accepté et c'est très important tout ça. Le multiculturalisme... C'est pas qu'elle ne le prenait pas, mais elle voulait qu'on inculque aux enfants d'origine peut-être maghrébine, non, je ne vais peut-être pas dire maghrébine, je ne sais pas, d'origine musulmane, enfin des gens... On ne sait plus parfois trop quoi faire des choses, c'est compliqué. Elle voulait que ses enfants, parce qu'elle avait des enfants de presque toutes les religions. Ça, il faut qu'on en reparle après. C'est intéressant parce qu'on peut en parler,
- Speaker #1
parce qu'elle est connue quand même, on va dire pour le commun des mortels, elle est connue pour la danse, la ceinture de banane, ce côté un peu excentrique, forcé ou pas. Et elle est connue ensuite, effectivement, pour ce côté tribu d'enfants, adoption. Alors, c'est ça dont il faut qu'on parle tout de suite, si C'est cette fameuse tribu arc-en-ciel qu'elle va avoir au château d'Émilande avec je ne sais plus combien, 15, 17 ? 12. 12 ans. J'étais un peu loin quand même. J'en rajoutais un peu. 12 enfants. C'est déjà pas mal. Elle a donc tous adopté ?
- Speaker #0
Elle les a tous adoptés. Elle n'a pas eu d'enfants ? Non, elle n'a pas eu d'enfants puisqu'elle a eu des occlusions intestinales à répétition pendant la guerre. En fait, en 1941, lorsque je vous disais qu'elle quitte Marseille, qu'elle casse son contrat, en fait, elle... Elle explique qu'elle a un grave problème de santé. Elle va au Portugal, l'Espagne-Portugal. Et là, en fait, elle a envie de retrouver, de rejoindre le général de Gaulle à Londres. Donc elle prémédite une sorte de voyage comme si elle allait chanter au Brésil. Et en fait, pas du tout. Mais elle n'arrive pas, avec le capitaine apté, à rejoindre le général. Donc ça, ça a été compliqué. On lui dit, ses supérieurs hiérarchiques lui disent maintenant c'est trop dangereux, vous partez au Maghreb, il faut aller à Marrakech et elle va s'installer là-bas. Mais elle a donc pendant le voyage une septicémie et en fait on détecte... Alors, il y a plusieurs choses, mais elle a eu des occlusions intestinales. Elle va à Casablanca, à l'hôpital. Elle va être alitée pendant plus d'un an. Et là, elle continue son travail de résistante.
- Speaker #1
Quelle vie !
- Speaker #0
Elle n'arrête jamais. D'ailleurs, quand les Américains débarquent fin 1942 à Marrakech, elles chantent pour eux. Elles chantent. Pour elles, c'est normal. Alors qu'elle a le ventre ouvert encore suite à ses opérations. Et c'est là où elle s'aperçoit d'un... Toujours du même problème, c'est la discrimination. Parce que, en fait, les militaires américains lui disent non, non, non, mais les Noirs, là, ils ne vous verront pas chanter. Et elle, elle réclame, dans tous les concerts qu'elle donnera par la suite, et même aux Etats-Unis, elle va en perdre énormément. Elle veut des clauses de non-discrimination, de mixité de son public.
- Speaker #1
C'était l'égérie de la lutte contre le communautarisme tel qu'on le connaît aujourd'hui, enfin tel qu'on lutte contre aussi. Oui,
- Speaker #0
elle détestait le communautarisme. Et donc à Marrakech, elle chante et puis elle a beaucoup d'amis là-bas qui s'occupent d'elle aussi. Et elle va faire une grande tournée de propagande pour la France libre. Elle va faire 3000 kilomètres en jeep entre Marrakech et Le Caire. Elle va donner des concerts, elle dort à la Belle Étoile. C'est pour ça qu'au château, j'ai installé toute une salle que j'appelle une salle de la résistance depuis 2011. Et cette salle, je ne dis pas que c'est grâce à elle si Joséphine est rentrée au Panthéon, mais en tout cas, elle a énormément participé à reconnaître l'engagement de Joséphine pendant la Seconde Guerre mondiale. Parce qu'en fait, les gens ne savaient pas. Et donc, les journalistes sont venus. J'ai reçu aussi le ministre de l'Éducation nationale à l'époque, Jean-Michel Blanquer. J'ai reçu beaucoup de gens. et je pense que En 2013, il y a une première demande de panthéonisation de la part de Régis Debray et il faut l'avouer, François Hollande, le président de l'époque, refuse la panthéonisation de Joséphine. Et heureusement qu'Emmanuel Macron, notre président actuel, il a fait rentrer Joséphine. Non, non, mais s'il n'avait pas été là... Alors,
- Speaker #1
on va revenir sur ça, parce que pour les Milan, c'est bien sûr marquant. Pantéonisation en termes de visite, je suppose que ça a un impact considérable. Pour juste revenir sur la fameuse adoption de tous ces enfants, comment ça se passe ? Elle adopte des enfants pendant une période assez longue ? Oui. Elle fait venir au château d'Émilande ?
- Speaker #0
Oui, alors en fait, d'abord, elle a très envie d'adopter puisqu'elle ne peut pas avoir d'enfant. Elle n'a plus cette possibilité et c'est son grand regret. En 1953, elle fait une tournée, mais en réalité c'est une fois. C'est pas une vraie tournée, elle a envie d'adopter. Elle part au Japon et à Tokyo, elle a rendez-vous avec une grande amie, qui est l'héritière Mitsubishi, qui a monté tout un orphelinat. Et elle arrive là-bas et son amie lui dit, voilà Joséphine, c'est cet enfant que vous allez adopter. Et donc cet enfant, il s'appelait Terua. Et Terua, bien sûr, elle est contente, elle le prend dans ses bras. Et puis juste à côté, il y a un autre enfant, un peu plus grand, qui a 18 mois, et qui tire la jupe de Joséphine. Et là, Joséphine, elle tombe en amour, si on peut le dire. Elle va dire, mais moi, je prends les deux, en fait. Et donc les deux premiers, celui qui tirait la jupe, et là j'ai beaucoup d'émotions parce que j'en parle souvent, mais il est décédé l'année dernière, c'est mon grand ami Akio. Akio est adopté en 1953, il a 18 mois, il est né en 1952. Et comme sa maman veut absolument rentrer à l'aéroport à Paris avec deux enfants de deux nationalités et de deux religions différentes, Elle fait faire un passeport coréen à Akio. Elle va à Séoul exprès.
- Speaker #1
Pourquoi elle veut deux nationalités ?
- Speaker #0
Parce qu'on sort de la guerre. Le Japon était en guerre avec les Etats-Unis. Elle, elle est américaine. Elle veut avoir un petit coréen et un petit japonais. On sait que la Corée et le Japon aussi, ce n'était pas la grande entente.
- Speaker #1
Toujours pas d'ailleurs.
- Speaker #0
Et donc, pour elle, Akio sera coréen. Donc, il a un passeport coréen.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et elle va dire qu'il sera shintoïste alors qu'il était bien japonais. Il était né au Japon. Et le second, Terua, qu'elle appelle Jano, et qui sera lui bouddhiste japonais. Donc elle rentre avec eux. Et c'est les deux premiers de la tribu arc-en-ciel.
- Speaker #1
C'est les deux premiers.
- Speaker #0
Viendront les autres. Il y a Luis, qui est colombien, très noir de peau, catholique. Elle est extraordinaire cette histoire-là. Oui, jari, finlandais, protestant, avec très très... blanc de peau, avec des cheveux blancs presque mignons comme tout. Le numéro 5, ça sera Jean-Claude, le français. Il fallait bien un français parisien catholique. Et après, suivront les autres. Donc on a Moïse. Moïse qui lui était le juif de la famille pour elle il n'était pas possible de ne pas adopter un juif surtout avec la période qu'elle avait vécue elle adopte mais elle demande à l'Etat qui existe puisque l'Etat d'Israël existait depuis 48 et l'Etat lui refuse l'adoption d'un enfant donc elle adopte un petit parisien d'origine juive j'avais deux questions,
- Speaker #1
je vous coupe mais ça permet de rebondir aussi sur des choses qui me viennent en tête Merci. Donc, elle veut avoir des enfants de toutes les couleurs, d'où l'arc-en-ciel, de toutes les religions. C'est assez extraordinaire quand même, je trouve, comme histoire. A l'époque, on arrive à... Parce qu'aujourd'hui, je sais qu'un parcours d'adoption, c'est un parcours du combattant. Alors oui,
- Speaker #0
Frédéric, vous mettez le doigt sur quelque chose qui n'était pas... Joséphine n'aimait pas trop l'administratif. Oui, comment ça se passe ? Voilà, c'est facile. Alors, quand on est connu, c'est peut-être un peu plus facile. Oui, alors, c'est bizarrement, les cinq premiers ont été adoptés de façon légale et tout s'est fait correctement. Et puis, les autres, ça a été plus compliqué. Donc, il a fallu que Jo Bouillon, parce que Joséphine... ne pouvait pas adopter des enfants sans un papa et son mari qu'elle aimait follement c'est Jo Bouillon, elle l'épouse en 47 dans la chapelle qui est chef d'orchestre qui a donné un peu sa vie pour Joséphine il était chef d'orchestre mais il n'aurait quand même pas eu la carrière de Joséphine il avait plusieurs orchestres, il était très doué, d'ailleurs dans leur famille ils étaient trois frères tous les trois premiers prix de violon au conservatoire. Donc des gens intelligents, très bel homme, Jo Bouillon, né dans le sud de la France, et elle le rencontre une première fois bien avant la guerre, dans un gala en Belgique, et puis ensuite ils se retrouveront pendant la guerre, et c'est à ce moment-là, à la fin de la guerre, qu'elle commence à donner des concerts avec lui. Et c'est le coup de foudre, tous les deux, et ils se marient dans la chapelle le 3 juin 1947, le jour de l'anniversaire de Joséphine.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et voilà, donc tous les deux ont cet idéal de fraternité. Ils ont les mêmes avis sur l'universalisme, sur la tolérance, la différence, c'est important. Mais lui ne voulait pas adopter deux filles. Il disait que c'était un peu compliqué les filles. Il ne voulait que des garçons, il en voulait cinq, pas plus. Mais vous comprenez bien que Joséphine, elle ne peut pas rester... Si elle voit un enfant dans la misère et malheureux... C'est pas possible pour elle. Il faut qu'elle adopte à chaque fois qu'elle voit un enfant dans la misère. Et puis elle veut donner beaucoup d'amour. Et donc il y a justement une anecdote assez amusante, où on voit bien la véritable maman. Là j'ai mon amie Marianne Bouillon-Baker, qui est donc la fille aînée de Joséphine, qui vient d'écrire un livre, je l'ai quasiment terminé hier. Et c'est très émouvant parce qu'elle explique que donc... Sa maman va en Algérie. On est en 1956. Il y a quand même beaucoup de tensions en Algérie. Donc il y a des gamins qui sont abandonnés. Et elle doit adopter un enfant pour elle et un enfant pour sa sœur. Sa sœur s'appelait Margaret. Elle ne pouvait pas avoir d'enfant non plus, Margaret, la sœur de Joséphine. Et donc, elle part là-bas. Et là, on lui montre un enfant qui s'appelle Brahim, qu'elle veut adopter tout de suite, d'origine musulmane. Et en fait, elle voit une petite blonde aussi, très très blonde, avec des yeux verts magnifiques. qui fait un grand sourire, un bébé, c'est un bébé, elle a 8 mois, je crois, et Joséphine la prend avec elle, et en plus, alors l'orphelinat a peut-être fait une bêtise, j'en sais rien, mais Joséphine reste un mois avec elle, à Alger, avec cet enfant, dans un hôtel. Et là, c'est le coup de foudre, en fait, c'est un côté fusionnel, je vous parlais de ce côté fusionnel avec ma mère, moi, ça a été pareil, c'est-à-dire que moi, ma mère m'a voulu... Elle est restée à l'IT pendant quasiment 7 mois pour m'avoir. Et là, Joséphine n'a pas eu l'enfant en elle, mais elle ne pouvait pas s'en séparer. Et donc cet enfant, finalement, qui s'appelle Marianne, et qui aujourd'hui vient souvent au Milan et que j'aime beaucoup, c'est une grande amie pour moi et c'est important de la voir avec moi depuis la mort d'Akio. En fait, elle a été adoptée par sa maman, Joséphine, et pas par la sœur de Joséphine, et donc par Margaret. Ce qui fait que Joséphine a dû faire d'autres voyages pour aller récupérer une autre enfant. Oui,
- Speaker #1
donc ça a été un parcours quand même. Compliquées ces adoptions. Oui, oui. Là, on en parle comme si... Oui, non, non. Là, de telle religion... Non, non, ça a été très compliqué. C'est une vie, en fait. C'est une vie passée à ça, quasiment. Une fin... Enfin, une deuxième partie de vie. Oui, une deuxième partie de vie. Parce que là, elle est toujours active à ce moment-là dans son métier d'artiste. Oui, alors, au Milan,
- Speaker #0
elle crée ce fameux parc d'attractions, très avant-gardiste pour l'époque. On sait qu'il y a peu de parcs. Moi, j'ai connu un parc d'attractions en Espagne, à Saint-Sébastien. C'est un peu le même style. Celui qui est sur les hauteurs ? Oui, sur les hauteurs. J'ai fait une année d'Erasmus en licence de droit. Et là, c'était le même principe. C'était un peu américanisé, enfin pas américanisé, mais dans le sens des idées. C'est un Disneyland du Périgord. C'était très avant-gardiste, avec une énorme piscine en forme de J, avec un grand théâtre pour qu'elle puisse se produire.
- Speaker #1
Tout tourne autour des enfants.
- Speaker #0
Tout tourne autour des enfants parce qu'il y a des précepteurs pour les enfants, pour la famille. C'est leur salle de jeu. Ils ont même un petit bar. On leur crée parce qu'au début, il y a un bar pour les adultes. Et puis, les enfants veulent tout le temps boire quelque chose. Donc, elle a créé un bar pour les enfants. Et enfin, il y a tout pour s'amuser.
- Speaker #1
J'ai plein de questions. Désolé, je vous coupe parce que j'ai plein de questions. Mais est-ce que... Déjà, j'ai une question qui me vient mais que je n'avais pas en tête. C'est bon. Sa générosité ne l'a pas un peu perdue quelque part ? Est-ce que ça a précipité un peu sa... Mais si,
- Speaker #0
alors sa générosité, sa crédulité aussi, par moment, parce que... C'est terrible de dire ça d'ailleurs. On peut dire qu'elle était utopique, mais dans le bon sens du terme. Et quand je dis crédule, c'est pardon, c'est pas péjoratif. C'est simplement qu'elle se disait qu'elle-même était quelqu'un qui n'allait pas faire le mal, donc pourquoi autrui va me faire du mal ? Et en fait, elle ne s'est pas fait... Plus une naïveté, peut-être. Oui, naïveté. C'était une forme de naïveté. Et pourtant, elle avait vécu des choses terribles. Et donc, elle ne s'était pas renfermée sur elle-même. Elle s'ouvrait à tout le monde. Et en fait, elle n'avait pas réalisé qu'on était quand même en France, qu'on soit en France ou ailleurs d'ailleurs, une femme qui crée une entreprise, qui chante sur scène, Merci. Ils parcourent le monde entier pour aller chanter, pour aller chercher des enfants du monde entier. Il y en a, ils l'ont prise pour une folle. Elle a été critiquée, les périgourdins certains n'ont pas été bien. C'est-à-dire qu'il y a eu un moment donné où des gens en ont profité. Mais ça, qu'on soit noir ou blanche, malheureusement, il y a toujours des gens pour profiter de notre naïveté.
- Speaker #1
Ce podcast est destiné à l'entrepreneuriat dans le tourisme, mais c'était une sacrée entrepreneuse en fait. Une entrepreneuse de vie. Mais même pour le tourisme,
- Speaker #0
elle comprend. Quand elle arrive au château, en fait, elle sent qu'après la guerre, elle a juste à... En fait, en ne faisant rien, elle a plein de touristes qui arrivent.
- Speaker #1
Vous avez dit d'ailleurs qu'elle a apporté, elle a fait gagner du temps dans le tourisme en Dordogne. Je l'ai lu quelque part, je l'ai entendu. Oui,
- Speaker #0
je l'ai souvent dit, oui absolument. Pour moi, elle a fait gagner 25 ans à la Dordogne par rapport à des départements comme le Lothé-Garonne, la Corrèze, tout ça. Si on n'avait pas eu Joséphine Baker, on n'aurait peut-être pas eu André Malraux qui serait venu à Sarla. Il faut le penser, parce que ça coïncide aussi, Joséphine, sa création de son parc d'attractions coïncide avec la découverte de Lascaux. Et d'ailleurs, la déchéance un peu des Milan à cette époque correspond aussi à la fermeture de Lascaux. C'est très étonnant cette similitude. Et d'ailleurs, elle, elle visite Lascaux. Elle visite avec l'abbé Glory.
- Speaker #1
Elle a eu cette chance.
- Speaker #0
Et moi, j'ai une photo donnée par les services territoriaux de l'architecture et du patrimoine de Périgueux, où on la voit avec l'abbé Glory en train de regarder. Alors non, ça malheureusement on n'a pas. Mais en train de regarder le plan avec son mari Jo Bouillon, avec l'abbé, avec d'autres personnes où il regarde ce plan. Et elle voulait faire rayonner le Périgord. Et ça, moi, ça m'a toujours interpellée. Toujours donner des frissons, d'ailleurs j'en ai en parlant, parce qu'elle voulait que ce territoire soit reconnu, et je pense que ça, elle y a largement contribué et réussi. Et moi qui suis pourtant sarladais, je suis née à Sarla, j'aime Sarla, peut-être que Sarla va changer maintenant, mais... a changé déjà maintenant, pardon, mais elle naît reçue par les sarladais. qu'en 1959, on lui fait une ovation qu'en 59, alors qu'elle arrive en 47. Elle achète en 47 et ce n'est qu'en 59 que Sarlat parle d'elle dans un article. Et j'ai trouvé ça quand même hallucinant. Elle s'entendait moins avec les Sarlatais. Elle travaillait beaucoup avec Saint-Cyprien à côté. Elle était marraine du SCAC, qui est le club de rugby. Elle faisait des concours d'aviron, des concours de foot, de lévrier, de course de lévrier.
- Speaker #1
Elle est décédée à quel âge ?
- Speaker #0
Elle est décédée, elle n'avait même pas 69 ans.
- Speaker #1
Elle a eu une vie ultra intense.
- Speaker #0
A tous les sens du terme. Même sur la fin, malheureusement, intense dans la déchéance. Oui, elle a eu deux infarctus. Akio avait été témoin d'un des infarctus, d'ailleurs. Il était avec elle dans la voiture qui remontait à Paris. Elle conduisait. Non, mais c'est dingue. Et alors, la déchéance ? Le terme est fort, mais il y a eu une déchéance au Milan. Après, elle a été fantastique parce que d'abord, elle pensait qu'elle allait récupérer les Milan. Elle n'a jamais pu récupérer. Il y a eu une entente entre les acheteurs. La vente aurait dû être annulée. Elle n'a pas été annulée, malheureusement. Et donc, elle est obligée de partir. Et vous savez qu'une femme formidable va l'aider. C'est la princesse Grasse de Monaco qui va se porter caution. pour que Joséphine achète une villa et elle s'installe à ce moment-là, donc à Monaco, en 69. Les enfants, elle les amène, bien sûr, elle amène toute sa tribu, elle emmène sa sœur aussi, Margaret, qui va beaucoup l'aider, et elle vit dans une maison beaucoup plus petite, mais les enfants m'ont dit que c'était aussi merveilleux, autant que les Milandes. Ils n'ont pas vu cette déchéance. Joséphine, leur maman ne leur montrait rien. Le seul problème qu'il y a eu, c'est malheureusement cette séparation entre Joe Bouillon et Joséphine, puisque lui a quitté définitivement les Milan en 1963. Et on disait que c'était lui qui gérait les Milan. Alors oui, il gérait peut-être les Milan, mais il était aussi un panier percé quand même. Et il a monté un... c'était un artiste, un grand artiste aussi. On ne peut pas être un artiste...
- Speaker #1
Les artistes sont souvent des paniers percés.
- Speaker #0
Mais oui, mais on ne peut pas tout faire. Parce qu'ils sont un petit peu dans leur monde, dans leur univers. Oui, Mais elle, c'était... pas qu'elle était dans son univers. C'est ce que je dis, c'est qu'elle pensait que l'homme était foncièrement bon.
- Speaker #1
Alors moi, je voulais reparler des enfants, parce que je vous ai senti ému tout à l'heure en parlant de l'un d'entre eux qui est décédé l'année dernière. Les enfants, les douze enfants, il y en a combien qui sont vivants encore ? Déjà, première question.
- Speaker #0
Alors Moïse et Accio sont décédés, donc il en reste dix. Ah oui, donc la plupart sont en vie. Ils viennent très souvent au Milan, il y a un noyau dur, je dirais. C'est extraordinaire ça. Et ce noyau dur, il est là depuis...
- Speaker #1
Rien que là, je trouve ça émouvant. Ça doit être hyper émouvant de les avoir au Milan.
- Speaker #0
Ah mais oui, et en plus l'année dernière, justement, pour le Festival du Livre, ils étaient six. Pour moi, c'était merveilleux. Donc il y avait Accio qui était là, Luis, Jeannot qui est venu aussi, Marianne, bien sûr, Brahim et Jean-Claude.
- Speaker #1
Ils sont entre quel âge et quel âge maintenant ?
- Speaker #0
Et ils ont... Alors l'aîné avait 73 ans et puis la petite dernière, elle a 60 ans.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Stélina, qui elle, est venue pour le Panthéon, mais là, on la voit moins. Il y en a deux ou trois qui ne sont pas venues pour le Panthéon parce qu'ils ne peuvent pas voyager, parce que c'est compliqué.
- Speaker #1
Ils ont eu quoi comme vie derrière ? Parce que j'imagine quand même que quand on a vécu ça, enfin, quand même, ces enfants, c'est une vie...
- Speaker #0
Oui, alors, ils se rendaient pas vraiment compte. Qu'est-ce qu'ils sont devenus,
- Speaker #1
ces enfants ? Ils sont rentrés dans le détail, peut-être, des uns et des autres, mais ils ont tous eu des vies, je dirais, normales, réussies. Oui,
- Speaker #0
ils ont eu des vies normales, ils ont toujours voulu avoir des vies normales. D'ailleurs, par exemple, Marianne, pour elle, c'était pas possible de parler de sa mère, ni de venir au Milan. Ce qui fait que, par exemple, elle a longtemps été... a travaillé dans un hôpital, enfin, une clinique. Elle ne disait pas à ses collègues que sa mère était Joséphine Baker. Donc, là, maintenant, elle se libère et je pense qu'elle est heureuse. Elle a un mari formidable qui s'appelle Paul et elle a deux filles extraordinaires, dont une qui s'appelle Joséphine. Ça veut tout dire. Elle a travaillé toute sa vie. Et les autres, écoutez, oui, comme dans toute famille, il y en a qui se marient, il y en a qui ne sont pas mariés, il y en a qui ont des enfants. Il y en a un qui a été inspecteur des impôts, il en faut un. Il y a eu un assureur. Déjà, il commence à être en retraite maintenant. Il y a un artiste, plutôt artiste, c'est Brahim, qui a écrit sous le nom de Brian Bouillon-Baker. Il y a Jean-Claude aussi, qui a écrit extrêmement bien, qui a sorti deux livres, même un troisième. Et puis, il y en a d'autres que je ne connais pas, notamment Kofi,
- Speaker #1
Jarry.
- Speaker #0
Parce que Kofi et Jarry ne sont jamais rentrés en France.
- Speaker #1
Ils n'ont pas eu ce besoin, cette envie ?
- Speaker #0
Non, Jarry est parti aux Etats-Unis, à New York. Il a longtemps été serveur dans un grand restaurant qui avait été créé par un garçon qui voulait se faire passer pour un des fils de Joséphine. Donc, ça a été complexe parce qu'il y a eu... un peu parfois des usurpations d'identité.
- Speaker #1
Et même à la panthéonisation, ils ne sont pas venus ? Non,
- Speaker #0
ils ne sont pas venus. Jarry et Kofi. Kofi habite en Argentine, lui.
- Speaker #1
Il y a eu des usurpations d'identité ? Oui,
- Speaker #0
c'est-à-dire que l'un des fils qui s'appelle Jean-Claude est le vrai fils. Et puis, il y a eu ce garçon qui a créé un restaurant qui s'appelle Chez Joséphine, dans lequel travaillait Jarry, qui s'est fait passer pour le vrai fils de Joséphine. Et il s'est fait appeler Jean-Claude. Quel intérêt ! Et en fait, quel intérêt ? Parce qu'en fait, oui, mais il a utilisé tout le temps l'identité, le nom, le produit. Oui, j'aime pas parler de ça, mais en fait, pourquoi ? Non, mais c'est l'idée, quoi. Pour lui, c'était ça. Oui, parce qu'à 16 ans, Joséphine, en fait, elle a aidé plein de jeunes. Et elle a aidé ce garçon, et il a considéré qu'il avait été adopté. Et elle l'a gardé pendant peut-être un an, voilà, chez elle, à Monaco. Parce qu'on parle des 12 enfants, ses propres enfants, mais après... Elle invitait tout le temps à Noël plein d'enfants. Tous les enfants du coin, en Dordogne, elle les invitait. Même quand elle n'avait plus d'argent, elle offrait un cadeau à chacun. Et puis, dès qu'il fallait recueillir une famille ou quelqu'un qui n'allait pas, elle était là pour le faire. C'est qu'en fait, elle a dépensé, dépensé. Et au-delà de sa générosité, je vous disais, il y a des gens malhonnêtes qui lui ont fait payer plusieurs fois les mêmes factures.
- Speaker #1
Pour finir sur ces enfants, vous savez, avant de revenir, on va revenir bien sûr au château Aujourd'hui, l'actualité, sa vie aujourd'hui, sa fréquentation. Pour finir sur ces enfants, vous savez si certains sont allés à la recherche de leurs origines, leurs vraies origines ? Alors,
- Speaker #0
ce n'est pas que certains y sont allés, c'est que leur maman les a obligés à le faire. Et ça, c'est un exemple extraordinaire d'adoption extrêmement réussie. C'est intéressant ça, parce que ce n'est pas une évidence. Mais peut-être que c'est plus facile d'adopter une tribu complète plutôt qu'un enfant ou deux. Moi, je n'ai pas adopté. J'ai eu la chance, enfin, la chance, c'est pas une chance, mais j'ai eu deux enfants naturels qui sont Blanche et Joseph. Mais je trouve que l'adoption de Joséphine est une grande réussite. C'est-à-dire qu'elle les aimait comme tous les parents qu'elle adopte, elle les aimait comme ses propres enfants. Et arriver très rapidement à l'âge de 5 ans, dès qu'ils sont en âge d'entendre quelque chose, Elle leur expliquait d'où ils venaient. Et pour elle, elle leur disait, je vais t'amener dans ton pays d'origine et je veux que tu essaies de retrouver tes parents. C'est ça qui est incroyable. Et en fait, il y a eu plusieurs cas, quasiment tous les cas des adoptions, parce qu'ils me les ont racontés, et ils m'ont dit, pour moi, il y avait ma mère, c'est tout. Par exemple, Marianne est venue en Algérie. Elle a dit, mais ce n'est pas mon pays, je ne me reconnais pas et je ne veux pas voir mes parents, je ne sais pas qui c'est.
- Speaker #1
Ça prouve une vraie bonté, une vraie intelligence, parce qu'elle aurait très bien pu, en tant qu'actrice, être déconnectée un peu du réel et dire, j'adopte des enfants.
- Speaker #0
Non, mais les gens ne connaissent pas Joséphine Baker. Elle était très intelligente, elle comprenait l'être humain et elle a d'ailleurs donné beaucoup de conférences sur le racisme, contre le racisme. Non, mais foncièrement intelligente.
- Speaker #1
Alors... On va revenir à la période actuelle. Le château des Milan d'aujourd'hui, vous l'avez donc acquis en 2001. Ça fait 25 ans, très exactement d'ailleurs, 25 ans.
- Speaker #0
Absolument.
- Speaker #1
Aujourd'hui, c'est un château. Alors, on disait tout à l'heure, en 2001, il vous a été vendu pour à peu près 90 000 visites, mais il en avait finalement la moitié à peu près. Aujourd'hui, le Château des Mianes, c'est combien de visites par an ?
- Speaker #0
Alors, c'est à peu près entre 200 et 210 000. L'an dernier, c'était 210 000. Donc, c'est crescendo depuis 4 ans.
- Speaker #1
On disait au tout début de l'épisode, est-ce que le visiteur vient pour Joséphine ou pour le château ? On sait qu'en 2021, il y a eu un événement, donc on en a parlé plusieurs fois déjà tout à l'heure, la panthéonisation de Joséphine, qui a donc eu un impact, je pense, assez considérable sur le château. D'ailleurs, j'ai une question déjà. Quel a été cet impact ?
- Speaker #0
Colossal, c'est-à-dire en termes de fréquentation. Alors moi, j'avais prémédité, j'ai prémédité, mais c'était naturel. C'est-à-dire, comment expliquer ? Je voulais déjà... Ouvrir deux nouvelles pièces, j'avais acheté une robe, j'avais beaucoup d'objets depuis longtemps que je devais mettre en valeur et ça tombait avec 2021. Dans l'hiver 2021-2022, j'ai organisé des restaurations de pièces. Je me suis dit, j'ai pris plus d'employés pour nous aider. Vous le saviez ? Alors, je me doutais, en fait, que la panthéonisation amènerait... Je m'étais dit, je pense que 40 000 visiteurs de plus, à mon avis, c'est ce qu'on va avoir. Donc, à l'époque, on avait 120 000 visiteurs. Et en fait, à la fin 2022, on était à 193 000. Donc on a eu 73 000 visiteurs de plus.
- Speaker #1
La panthéonisation, elle était prévue ?
- Speaker #0
Alors, elle n'était pas prévue, mais en fait, ce qui s'est passé, c'est qu'on a créé une pétition. Et notamment, c'est Laurent Kupferman, qui malheureusement aujourd'hui est décédé en juin de l'année dernière. Et Laurent avait eu cette... volonté de dire au président de la République maintenant il faut panthéoniser Joséphine. Donc ça avait commencé déjà au mois de tout ce travail, au mois de février. Et je vous ai dit auparavant, déjà en 2013, il y avait eu une première demande. Oui,
- Speaker #1
on en a parlé tout à l'heure.
- Speaker #0
Mais lui a ressorti tout ça et ça a été extraordinaire. On en a parlé partout, on a fait de la publicité. Et puis je pense que les dirigeants sont venus voir l'Émilande et ils ont compris qui était Joséphine. Parce que sans l'Émilande, je pense qu'elle n'aurait pas été remise en lumière. En fait, il y a eu un peu une renaissance de Joséphine. Et en fait, on n'avait pas les résultats. Le résultat de la panthéonisation est arrivé en août. Je me souviendrai toujours, c'était le 22 août 2021. Et là, en fait, j'ai ici Périgord, à l'époque France Bleu Périgord, qui m'appelle à 23h30 en me disant Angélique, ça y est, on a appris la panthéonisation et là, il fallait être interviewée. Le lendemain, j'ai eu à 8h30 déjà les journalistes qui arrivaient. Ça a été assez incroyable. Donc, c'est là où je me suis dit, il faut que je fasse... que je montre tout ce que j'ai dans mes archives qui n'était pas vu du public. Parce que quand on aime bien quelqu'un, on collectionne, on collectionne, et on ne sait plus ce qu'on a. Et j'ai ressorti des trésors que j'ai mis d'ailleurs dans le livre. On les voit en photo, toutes les archives, et plein de choses. Et ce qui fait qu'on est passé à 193 000. Alors, je vous avoue que 2022, ça a été une année très dure. Ça a été une année dure parce que
- Speaker #1
En plus, on sort du Covid. On sort du Covid, oui,
- Speaker #0
on sort du Covid. Et là, je me sentais, après la panthéonisation, je ne me sentais pas bien. J'avais comme un burn-out en janvier, je n'étais pas bien. Et pourtant, l'hiver, c'est le moment où on est censé être moins en stress, on crée des choses, ce n'est pas pareil. Et je n'étais pas bien. En février aussi, je ne sais pas trop ce que j'ai. Je me dis que c'est bizarre. Et en avril, on apprend qu'une de mes... ma belle-sœur, une de nos belles-sœurs, a un cancer très grave. Et donc, elle décède début mai. Et moi, je me dis, là, j'ai peut-être un problème, moi aussi, parce que j'avais une boule bizarre. J'en parle, parce que j'en parle. Pour moi, c'est important de parler de ça. Donc, je suis diagnostiquée, mais je ne vais voir un spécialiste qu'à la fin du mois de juin. Et là, un bon cancer du sein, avec une grosse tumeur. Donc, j'ai l'impression que je vais mourir, parce que la belle-sœur est morte un peu avant. Le mot fait peur. Le mot fait peur, oui. Je fais des biopsies. C'était horrible. Et heureusement, toute l'équipe du château a été remarquable, parce que j'avais tout mis en place. en fait j'apprends mon truc le 29 juin et les dernières choses, je les avais mises en place donc tout était parfait pour que la saison se fasse.
- Speaker #1
Vous avez peut-être été remarquable vous aussi dans l'organisation ?
- Speaker #0
Oui, avant mais je me suis... Dans des périodes comme ça, arriver à faire en sorte de déléguer et de ne pas être indispensable c'est marrant,
- Speaker #1
c'est quelque chose auquel je pense souvent ça d'arriver à pouvoir déléguer si on a, quel que soit le problème d'ailleurs ça peut être un accident de ne pas que ça puisse continuer à fonctionner, sans vous, enfin sans nous.
- Speaker #0
Oui, oui. Alors, moi je me dis, c'est vrai que ça peut fonctionner pendant six mois, et puis après, il y a ce côté entrepreneurial, enfin, d'impulser des idées. Oui, ça, ça ne peut pas fonctionner sans vous. Ça, ce n'est pas possible. Mais par contre, ils ont été formidables. Les affaires courantes, on va dire, peuvent fonctionner. Oui, voilà, les affaires courantes peuvent fonctionner. Ce qui est déjà beaucoup. Oui, ils ont tous eu un rôle important. C'était en 2022. C'était en 2022, donc je me fais opérer fin 2022. Il ne fallait pas que j'attrape le Covid, sinon j'étais opérée un mois plus tard et ça m'embêtait parce que j'avais très peur. Personne ne peut venir vous voir. Voilà, personne ne venait me voir. Je me cachais alors que je n'avais pas encore perdu mes cheveux. Mais après, j'ai eu de la chimio en septembre. Pendant quatre mois, je perds les cheveux. J'étais au fond du trou à ce moment-là. Et la ferme se vend aussi, la ferme de Joséphine. Mais heureusement que je ne l'avais pas eue parce que j'étais malade. Donc voilà, ça se vend. Je me dis, je suis au fond du trou. Alors la ferme, c'est en bas ? La ferme, ce n'est pas en bas, c'est au même niveau que le château. Ça a été construit en 1900. Mais c'est racheté par le monsieur qui a aussi le... Et vous vouliez l'acquérir ? Oui, oui, oui. J'ai voulu acquérir le parc, j'ai voulu acquérir la ferme. Et là, ça tombe mal, mais en même temps, il n'y a pas de hasard. Donc si les choses ne doivent pas se faire, il y a un destin. Et moi je dis que tout est écrit.
- Speaker #1
Bien sûr, je suis d'accord.
- Speaker #0
C'est intéressant ça d'ailleurs. Oui, c'est très important pour moi. Donc je ne force jamais le destin. Parce que quand je le force, je me sens mal et ça ne va pas.
- Speaker #1
Oui, et puis souvent ça ne donne pas forcément de bonnes choses. Les choses qui doivent se faire se font.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
c'est ça. C'est quelque chose qu'on apprend avec l'âge je pense un petit peu. Je ne suis pas sûr qu'on soit pareil, je pense que c'est avec l'âge qu'on l'apprend. je pense que quand on est plus jeune on est plus bouillonnant, on se dit non non mais il faut pas que ça se passe comme ça, en fait les choses se passent telles qu'elles ont décidé de se passer on peut influer sur certaines choses et là c'est fou parce que maintenant,
- Speaker #0
donc le cancer passe, je fais de la radiothérapie aussi et là je suis en rémission maintenant mais je suis suivie maintenant tous les ans et en fait petit à petit il y a plein de choses qui arrivent Aujourd'hui, j'ai l'impression de récolter les fruits de tout ce que j'ai semé. La seule chose, c'est que je ne peux pas le partager avec mes parents, mais je le partage avec mon mari et mes enfants et avec toutes mes équipes. Maman a été quand même une femme exceptionnelle. Elle a été visionnaire aussi, comme Joséphine. Elle a su comprendre aussi qu'on a acheté ce château d'Emilande alors que tout le monde se foutait de nous. Tout le monde s'est moqué de nous. Moi, j'étais la fille qui avait eu le château pour son anniversaire. J'étais la petite fille de riche. Et même les anciens propriétaires, en fait, ils m'avaient dit « Non, mais vous allez fermer, puis vous allez y habiter. » Non, mais ils n'avaient rien compris. Non,
- Speaker #1
mais les gens sont très gentils et charmants, souvent. Ils vous facilitent beaucoup les choses. Oui,
- Speaker #0
il ne faut pas les écouter. Il ne faut écouter personne, en fait.
- Speaker #1
Alors là, on est vraiment dans une partie, moi, qui à chaque fois me touche dans cet exercice, que... C'est qu'on a tous finalement des points communs, c'est qu'on vous dit à l'instant T, vous avez de la chance, vous avez réussi, mais il y a quand même des parcours de vie personnels et professionnels qui sont quand même plein d'écueils, compliqués, savoir à chaque fois se renforcer sur ces écueils-là plutôt que de sombrer, et ça demande un tempérament, c'est tellement facile de dire...
- Speaker #0
Et en fait, je pense que moi, mon épisode dans mon enfance qui était dur... Et le fait d'avoir Otsi était une bonne sportive, ça m'a aidé énormément, ça m'a donné une résilience, une envie de me battre. Vous faites toujours du sport ? Oui, le tennis j'en fais moins parce que je vieillis, mais je fais du vélo de route et c'est à cause de mon cancer, grâce à mon cancer je ne sais pas. je me suis mise au vélo de route et j'aime beaucoup après vous je vais chercher mon vélo qui est en train de me réparer parce que dimanche je fais une course cycliste C'est la chose la plus incroyable que j'apprends depuis le... Pourtant j'en ai appris. Et en fait je me sens vivre et je me sens libre sur le vélo. C'est un bon sport, c'est un sport très détendant. Très détendant et ça me vide la tête et je n'ai mal nulle part le lendemain. Je fais 50 bornes, le lendemain j'ai mal nulle part. Alors que le tennis, les courbes battues... Ah oui, c'est plus violent et puis à un certain âge c'est dangereux même au niveau cardio.
- Speaker #1
Et la course à pied non ?
- Speaker #0
Alors j'en ai fait, oui j'aimerais bien mais les articulations on n'aime pas. Moi,
- Speaker #1
je fais les deux, mais la course à pied, c'est vrai que le vélo est plus doux. C'est trop d'impact, la course à pied.
- Speaker #0
Voilà, donc mon côté sportif m'aide beaucoup, m'a beaucoup aidée et je suis contente.
- Speaker #1
Alors aujourd'hui, le château d'Emiland, le visiteur d'aujourd'hui qui vient visiter le château, c'est quoi le prix d'ailleurs d'entrée ?
- Speaker #0
Le prix est à 15 euros. Alors ça peut paraître cher, mais avec tout ce qu'on propose, les gens, comme vous le disiez, Frédéric, en fait, ils restent la journée. Ils arrivent le matin à 9h30 en plein été, ils déjeunent sur place, ils font toutes les activités, parce qu'il y a beaucoup d'activités, ce que j'appelle des ateliers, des animations, qui sont sans supplément de prix. Oui, en plus des rapaces, en plus des jardins visités, en plus du château. Voilà, si vous vous renseignez bien... Vous pouvez rester toute la journée et faire toute une multitude d'animations et c'est ça que j'avais envie moi. Je me dis mais ils sont là sur le site, pour profiter du site, pour qu'ils aillent au fond du jardin, il faut trouver une activité qui, pas qu'il soit sur le jardin, mais qui par exemple, là j'ai créé un atelier cuisine sauvage de la plante au sirop, la dame amène tout le monde au fond du jardin, cueille des... des herbes et fait un sirop. Il y a une volière d'oiseaux exotiques où on rentre dedans, où on peut donner à manger aux oiseaux. Il y a un atelier mousquetaire, archéologie. L'archéologie, c'était grâce à la chapelle. Tout est venu... Moi, je n'ai pas copié sur quelqu'un d'autre. Tout est venu du site. C'est-à-dire que je trouve que chaque site a sa singularité. Et pourquoi copier les autres alors qu'on a sur le site des choses... passionnante. Joséphine, alors j'ai cherché quelque chose. Moi, je ne suis pas quelqu'un qui danse, je ne suis pas quelqu'un qui chante, mais par contre...
- Speaker #1
On fait du vélo.
- Speaker #0
Oui, je dois tout faire. Par contre, j'aime bien le dessin. Et donc, on a créé, j'ai rencontré des artistes formidables, dont une qui s'appelle Carole B, qui est une artiste de street art. Et donc, elle m'a... J'ai lui acheté son concept et on fait un atelier pochoir. Et il y a huit personnes qui sont inscrites à chaque atelier, c'est plein. Alors ça demande évidemment pas mal de matériel, ça demande une personne pendant deux heures, mais c'est plein à chaque fois et notamment beaucoup de périgourdins, des périgourdins qui viennent.
- Speaker #1
Le tourisme de proximité est très important. Oui, il est très important. Il est loin d'être à négliger. C'est le premier département, la Dordogne, qui vient nous visiter. En parlant du tourisme, alors déjà local, un Tras-Dordogne, mais le tourisme des départements limitrophes, il est énorme.
- Speaker #0
Énorme, mais même la Dordogne, et par contre j'ai encore du potentiel parce que les périgourdins ne viennent pas beaucoup. À Périgueux, il y a plein de gens qui ne connaissent pas les Nantes. Par contre, j'espère que certains nous entendront.
- Speaker #1
Non, mais si, c'est vrai que ça peut avoir un impact là-dessus. Aujourd'hui, j'avais une question. Vous avez encore un petit peu de temps ?
- Speaker #0
Alors, presque, parce que je dois être à 18h, vous savez, à Lascaux.
- Speaker #1
Ok, allez, on se donne encore un petit quart d'heure.
- Speaker #0
Je dois aller chercher mon vélo aussi.
- Speaker #1
Un petit quart d'heure ? Oui. Parce que j'ai plein de questions encore. Les collections, la partie musée de Joséphine Baker, Comment on arrive ? Vous acquérez encore des pièces ? Comment ça se passe ? Ça coûte cher ? Le marché c'est quoi ? En fait,
- Speaker #0
c'est très fluctuant. Ça dépend du commissaire priseur, ça dépend de beaucoup de choses. D'abord avec maman, on avait commencé à acheter en 2002 à Chartres sur une première vente aux enchères, où là ça avait été épique. En plus, on était suivi par la télévision. C'est une émission pour... parce que ça on n'a pas parlé de la télé mais ça ça a été fondamental aussi dans... C'est une publicité gratuite, les gens... Panthéonisation égale médias... Mais la télé dès le début s'intéresse à moi, enfin moi au château, parce que je suis une jeune fille de 25 ans qui a le château de Joséphine Baker donc ça exclise la curiosité. Et donc tout ça pour vous dire que les robes, lors de cette vente aux enchères à Chartres, Il y avait plein de robes différentes, pas forcément appartenant à Joséphine, mais d'un grenier de je ne sais où, d'un château dans le Loiret, ou je ne sais plus, pas le Loiret, mais à la Verchartre. Et là, maman me dit, attends, mais celle-là, on va l'acheter. Je dis, non, mais celle-là, c'est une robe de Joséphine où elle l'a portée, mais je la trouve moche, tu vois, maman. Et en plus, elle ne l'avait pas portée en spectacle. Elle l'avait portée pour une soirée. C'était une robe dessinée par Nikit Saint-Fal. mais je ne la trouvais pas belle, alors je lui ai dit à maman non, non, moi je ne veux pas l'acheter et alors après j'achète un diadème vendu par le commissaire de priseur en disant qu'il avait appartenu à Joséphine Baker. En réalité, j'ai jamais trouvé aucune photo de Joséphine portant ce diadème. Donc, je ne l'ai jamais mis en valeur, bien sûr. Et puis, il y avait une robe... Oui,
- Speaker #1
parce que c'est bien de pouvoir représenter aussi une image où elle porte l'objet ou la robe.
- Speaker #0
Oui, c'est primordial. Pour que les gens ne se rendent pas bien compte. Oui, on peut dire... Et alors, justement, il y a eu une robe qui arrive devant le commissaire Prisère, à vente 200 euros, belle robe, style Charleston. Maman me dit, mais c'est sympa, dis donc, je vais te l'acheter pour tes soirées de l'été. C'est très bien, parce que c'est certainement une robe portée par quelqu'un du Music Hall. Et donc on l'achète et on revient au Milan avec. Et puis, je la laisse de côté et je la montre à Akio, parce qu'Akio était très proche de moi. Et c'est lui, c'est lui le premier, son fils, qui nous a soutenus moralement, qui était fantastique. Oui, j'ai l'impression qu'il a beaucoup de place. Qui nous a prêté une partie des robes. C'était un peu un échange de bons procédés entre nous. Et puis après, il est devenu un grand ami, comme un frère. Et là, je lui montre la robe. Il me dit, mais attends, Angélique, alors moi, je ne connaissais pas tout par cœur. Vous voyez, des concerts et des spectacles de Joséphine. Mais il me dit, mais attends, mais maman, elle a porté cette robe en 1959 dans Paris, mes amours, à l'Olympia. Je dis, c'est pas possible. Donc, c'est une robe de Joséphine. Donc, en fait, j'avais acheté pour 200 euros une robe de Joséphine. Presque par hasard ? Par hasard, grâce à maman. Parce que je ne l'aurais pas acheté. Parce qu'elle l'a trouvée jolie ? Oui, oui.
- Speaker #1
Pourquoi ? Là, on parlait du hasard et du destin. Oui,
- Speaker #0
mais il n'y a pas de hasard. Il n'y a pas de hasard. Et en fait, on s'est dit, mince, parce qu'on a loupé certainement plein d'autres choses. qui appartenait peut-être à Joséphine, que je n'ai pas vu, le commissaire priseur. Alors, je suis désolée, mais ils n'y connaissaient absolument rien, ils n'avaient aucune information.
- Speaker #1
Est-ce qu'aujourd'hui, il y a une pièce, une robe, un objet de Joséphine Baker que vous rêveriez d'avoir, que vous n'avez pas ou qui existe et que vous n'avez pas acquis ?
- Speaker #0
Oui, c'est une bonne question. Là, je n'ai pas la réponse. C'est une question qui n'était pas prévue en plus. Non,
- Speaker #1
c'est le côté sympa.
- Speaker #0
Alors peut-être une de ces paires de chaussures, parce que je n'ai pas de chaussures d'elle, mais c'est un peu trop matérialiste. Je ne sais pas, vous voyez, je n'ai pas préparé. Ce n'est pas grave. Je n'ai pas eu en tête, parce que je ne suis pas quelqu'un qui... Je n'ai pas envie d'avoir la collectionnite aiguë non plus. J'achète parce que j'ai envie d'acheter.
- Speaker #1
Tout ça aujourd'hui se visite lors de la visite de l'intérieur du château. Il y a toute une partie, moi je l'avais visitée en 2001, je crois, en 2002. 2021-2022, pardon, c'est pas si vieux que ça, pendant le Covid. Donc il y a tout un tas de pièces dans lesquelles il y a des pièces de collection de Joséphine Baker. Il y a également un endroit qui m'avait marqué, dont vous parlez très souvent dans la visite. Je veux qu'on passe un peu rapidement là-dessus, parce qu'après j'aimerais quand même qu'on parle un peu du fonctionnement du château, mais sur le plan plus business, technique. Un endroit marquant qui est quand même la cuisine. Cette fameuse cuisine.
- Speaker #0
La cuisine c'est très marquant parce que Joséphine...
- Speaker #1
Avec ces mosaïques pour les enfants. Oui,
- Speaker #0
c'est ce qu'on appelle un peu le carrelage autodidacte, pour que les enfants apprennent le nom des fruits et des légumes. En même temps c'est une pièce très gaie et en même temps très triste.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Parce qu'elle est très gaie, il y a deux grandes fenêtres à Menaud, et très triste parce qu'elle s'est enfermée dans cette cuisine quand elle apprend que le nouveau propriétaire a récupéré le château, alors qu'il n'avait pas le droit, ce n'était pas la fin de la trêve hivernale. Et là, elle se barricade pendant trois jours, et elle est mise dehors par des artisans qui travaillent pour le nouveau propriétaire, qui n'est pas censé être là. Et là, cette cuisine, c'est... Il y a beaucoup d'émotions dans cette cuisine. Même moi, j'ai vécu des choses personnelles qui... C'est étonnant.
- Speaker #1
C'est le début, le milieu et la fin de l'histoire en fait, cette cuisine.
- Speaker #0
C'est ça, c'est ça. Et je crois que vous savez, dans les châteaux aussi, il y a quand même une présence. Alors Joséphine, elle est là presque... Elle n'est pas là tout le temps puisqu'elle est avec ses enfants aussi. Mais je sens qu'il y a du monde, il y a quand même du monde dans cette maison.
- Speaker #1
Alors, on est sur un... Management d'un business quand même, puisque ça reste un business, comment, on parle un peu coulisses là, déjà combien de personnes travaillent au Château des Milan en été et comment on arrive à fédérer une équipe autour, parce que vous on vous sent, c'est même pas imprégné, vous êtes presque qu'une avec Joséphine Becker, mais comment on arrive à fédérer une équipe autour d'une histoire comme ça ? Et combien de personnes actuellement travaillent au château l'été ?
- Speaker #0
Alors actuellement, d'abord au début je suis partie, on était deux CDI et on va dire on était douze en saison en 2002. Et là aujourd'hui, on est à peu près 20 pour un mois en CDI, et le reste du temps ce sont des saisonniers, donc on monte à 65-66 personnes. C'est-à-dire qu'il y a 46 saisonniers, et en même temps on est équivalent 27-28 temps plein à l'année. Et en fait, moi, je n'ai pas de business plan, comme on dit. Je n'ai pas... Moi, je fais... Je ne sais pas comment dire. J'emploie parce que le château en a besoin. Et parce que je ne peux pas imaginer une seconde ne pas bien recevoir nos visiteurs. Donc, pour moi, aujourd'hui, il n'y a plus de visite guidée, pourtant. Ce ne sont que des visites avec audio guide. Que ce soit le château et la chapelle, parce qu'on ne peut pas, c'est trop petit. La chapelle, c'est une chapelle, c'est un lieu sacré. Il faut que les gens fassent silence. Dans le château, c'est très agréable aussi quand il y a du silence. Et les gens font en fait ce qu'ils souhaitent. Ils écoutent ce qu'ils veulent.
- Speaker #1
Vous avez malgré tout beaucoup de personnel pour tous les spectacles. Et il y a beaucoup de personnel.
- Speaker #0
Alors pour les rapaces, il y a 6 fauconniers. Pour le jardin, il y a 9 jardiniers. La restauration. La restauration, ils sont jusqu'à 22 l'été. Là, en ce moment, ils sont 17, je crois. 16-17. Et pour l'accueil, ils sont à peu près 14 et l'été, ça monte aussi à 20. C'est facile de recruter ? Alors, c'est facile pour l'été. Il y a vraiment, ça c'est bien parce qu'il y a des jeunes qui ont envie de travailler, de se faire de leur argent de poche. Donc, c'est formidable, ils sont motivés. Après, le reste de la saison, c'est plus compliqué. Sauf que, vous savez, il y a quand même aussi la réputation du site et de l'employeur. Et je vais vous dire une chose dont je suis fière quand même, c'est que même France Travail dit qu'il faut aller travailler au château d'Émilande.
- Speaker #1
C'est des gens d'ici, la plupart ?
- Speaker #0
Ce sont des gens, oui, beaucoup de locaux. Des jeunes ? Des jeunes, alors de tous les âges. J'ai recruté aussi des gens de plus de 60 ans qui ont eu une vie ailleurs, notamment dans le nord de la France. Il y en a pas mal qui arrivent du nord de la France. Et puis, il y a des périgourdins d'adoption, bien sûr. Mais j'ai une sud-africaine, j'avais eu une américaine. C'est arc-en-ciel un peu là aussi. Oui, c'est arc-en-ciel, bien sûr. Et en fait, moi, j'ai besoin aussi de ce contact avec mes équipes parce qu'ils voient que je me donne à fond. donc en fait ils ont beaucoup de De bienveillance aussi, ils sont à l'écoute. S'ils n'ont pas envie de rester, de toute façon, la personne part et il n'y a aucun problème. Moi, je fais les choses en bonne intelligence. Je ne veux pas de procédure. Je n'ai jamais eu aucune procédure avec aucun salarié parce que j'estime que s'il veut partir, il y a ce système de la rupture conventionnelle qui est bien. Voilà, donnant, donnant. Je veux dire, si ça ne va plus, on s'en va. Mais c'est rare. J'ai des gens même qui sont revenus. Plusieurs personnes qui sont parties pour une autre aventure et puis qui sont revenus. Donc c'est super quand les gens reviennent.
- Speaker #1
Vous voyez comment l'évolution du visiteur aujourd'hui en 2026 ? Le client ?
- Speaker #0
Puisque ça reste un client. Moi, j'ai envie de lui donner beaucoup d'émotion à mon visiteur. Je ne suis pas dans le côté quand on me dit l'autre jour j'étais avec des gros sites. Et on me dit, alors, c'est quoi ta marge ? C'est quoi ? Et en fait, c'est pas que ça ne m'intéresse pas, mais moi, ce qui compte le plus, c'est ce que me dit le visiteur en fin de visite. Et donc, je ne fais pas des statistiques, je n'envoie pas quelqu'un pour poser des questions. Moi, je vais moi-même poser des questions. Et pour moi, ça me donne plein d'informations. Et en général, c'est une bonne moyenne de la vie des gens. quand je vois une personne par jour, tous les jours.
- Speaker #1
Et vous voyez une évolution des attentes ?
- Speaker #0
Alors, là, j'ai l'impression...
- Speaker #1
Depuis que vous êtes au Milan, depuis une quinzaine d'années, enfin peut-être les quinze dernières années.
- Speaker #0
Oui, en fait, ce qui est sûr, c'est qu'il ne faut pas être trop onéreux, il ne faut pas se moquer du visiteur, il faut avoir des toilettes impeccables, il faut être aimable. Par contre, j'ai toujours dit à mes équipes, si on vous parle mal, je vous autorise à répondre. Ça arrive. C'est quand il y a certains personnages un peu misogynes, qui prennent de haut les femmes. Donc cette année, je suis très contente parce que j'ai beaucoup de femmes. Mais l'an dernier, je me suis faite engueuler parce qu'on nous a dit qu'il y a trop de femmes au Milan. J'ai dit, mais si les hommes viennent, il n'y a pas de problème.
- Speaker #1
Dans le tourisme, il y a beaucoup de femmes.
- Speaker #0
Il y a beaucoup de femmes dans le tourisme. Et là, cette année, j'ai trouvé deux messieurs qui sont formidables. Donc je suis très contente parce que comme ça... Ça impressionne aussi, ils sont très grands. Et donc, les filles n'auront plus peur d'avoir des problèmes à l'accueil. Mais vous savez, on voit beaucoup dans les commerces aujourd'hui, et un peu partout, des affiches qui disent « Soyez aimable avec la caissière » ou avec le... Je me dis, c'est dingue, on en arrive à des choses incroyables. Bon, après, on ne peut pas plaire à tout le monde, mais en l'occurrence, le site continue sa petite croissance tranquille. Et puis moi, je me suis toujours mise en tête, bon, c'est pas grave si je redescends en fréquentation. Simplement, comme je ne fais pas des business plans, il faut quand même que je fasse attention, parce que je suis tout le temps en train d'investir et de restaurer. En fait, investir, je n'aime pas ce mot, c'est je restaure. Et donc, quand je restaure quelque chose, ça doit servir pour le visiteur et ça doit avoir un intérêt. Je ne vais pas faire des choses... que les visiteurs n'ont pas envie de voir ou juste pour mon bon plaisir. Moi, je me mets toujours à la place du visiteur quand je vais quelque part. Enfin, quand je suis chez moi, je me mets à la place du visiteur et je me dis, j'aimerais ça quand je vais quelque part. C'est la bonne façon de faire. C'est le béabat.
- Speaker #1
J'avais envie d'appeler cet épisode passeuse de mémoire, je dirais aussi passeuse d'émotion. Qu'est-ce que ça vous a apporté de diriger l'Émilande ? Quel est le principal apport que ça nous a transmis ?
- Speaker #0
J'ai trouvé ma voix, ma personnalité. Ça m'a transmis beaucoup de joie. L'impression que je remplis ma mission. Parce que je pense que chaque personne a une mission à remplir dans sa vie. Et que moi, j'ai l'impression d'avoir rempli ma mission. Et je vais la continuer, je ne vais pas l'arrêter là. J'ai une question d'ailleurs. Je continue ma mission, mais ça m'a apporté... En fait, j'ai l'impression d'avoir mis mon âme dans ce château et je me dis que plus tard, on dira « Oh là là, la mamie Angélique, là, elle en a fait ! » Et j'aimerais que... Voilà. qu'on parle de tout ce qui a été fait, bien sûr, et que ça ne soit pas oublié, que les Milan ne soit pas oublié. Alors,
- Speaker #1
justement, les prochains, on parle tourisme un peu plus en général, mais avant de parler de ça, vite fait, enfin vite fait, parce que malheureusement, on est un peu pris par le temps, les prochains défis des Milan, c'est quoi ? Il va se passer quoi dans les 5 à 10 ans qui viennent ? Vous avez encore des projets, encore des idées ?
- Speaker #0
Oui, alors les idées, ça ne manque pas, ça c'est sûr. Les projets aussi, il faut un peu que je me calme quand même. et Il y a l'envie d'améliorer toujours la présentation des rapaces et peut-être d'adjoindre d'autres animaux qui arriveront. Patrick, notre capacitaire, a passé à nouveau un certificat de capacité pour d'autres oiseaux, pour des mammifères aussi. Donc ça, c'est quelque chose que j'ai envie de mettre en avant. D'ailleurs, on a fêté la biodiversité un week-end du mois de mai avec un superbe film qui sera diffusé tous les mercredis de l'été. à 18h, un film qui dure une heure uniquement sur la faune sauvage au Milan, avec des choses magnifiques. Donc je suis très à cheval depuis mon cancer sur tout ce qui est bio, biodynamie, l'envie dans le jardin de ne pas utiliser de produits phytosanitaires, d'essayer d'avoir un potager... Vie saine à tous les sens du terme. Oui, oui. Le vélo y compris. Et puis il y a un projet d'accueil de nouvelles boutiques, mais en général... Je ne parle pas trop de mes projets, j'aime pas trop ça parce que... J'aime pas qu'on parle parce qu'il y en a beaucoup qui parlent et qui ne font rien après et je veux pas de ça. Oui, je comprends.
- Speaker #1
L'environnement touristique, donc vous faites partie d'une association de sites, Visite en Périgord. Vous faites partie tout simplement de la Dordogne et du Périgord. Comment ça se passe les relations avec les confrères, sites touristiques, biens ?
- Speaker #0
Moi j'ai toujours eu une très bonne relation avec tout le monde. Après, c'est vrai que je... J'ai choisi d'être maintenant à Visite en Périgord parce qu'on est très lié avec Castelnau, étant donné que c'était le même propriétaire au XVe siècle. Et parce qu'on est très proche. Oui, il n'y avait pas la guerre avec Beynac. Alors voilà, on se demande s'il n'y a pas la guerre avec Beynac maintenant. Mais bon, on ne va pas en parler.
- Speaker #1
Visite en Périgord, je fais une petite parenthèse. Visite en Périgord, c'est une association de sites qui propose un truc intéressant qui est un pass. Oui, il y a un pass qui permet de visiter. Alors la grotte de Villars, l'autre jour m'a dit quand j'ai visité, moi je suis à la queue du pass, je suis à la fin. Ils viennent soit au début, soit à la fin, parce que je suis excentré. Donc ils viennent au début ou à la fin. Alors parfois ils n'ont plus de couperon, quand ils arrivent chez moi ils ne peuvent plus.
- Speaker #0
20 tarifs. Oui, alors après, les gens, en fait... On en dit deux mots quand même, on fait un petit peu de pub pour... Oui, mais c'est un système qui permet à pas mal de gens d'avoir moins 20%, mais il faut acheter un montant sur le site du Passe-Périgord, de notre site internet. Donc vous êtes une douzaine de sites ? On est douze, c'est ça ? On est douze, on s'envoie le monde, mais après... Voilà, le principe aussi, c'est qu'on distribue notre documentation tous ensemble. On a mutualisé cette distribution qui est vraiment très bien faite. C'est bien, ça fait des économies d'échelle en plus. Ça fait des économies, on a un beau présentoir avec des beaux dépliants. Et on est, force de proposition, on est quand même des gros sites. Je pense à Proumessac, Château de Castelnau, Jardin de Marquessac, c'est quand même pas rien. Et voilà, on s'entend tous très bien. Il y aurait plein de choses à faire, mais après, on a tous aussi notre façon de gérer. Oui, et puis c'est des sites aussi différents. Oui, heureusement d'ailleurs, c'est le but, ils ont été choisis comme ça. Mais oui, visite en Périgord maintenant, c'est quelque chose qui est important pour nous. Mais je vous avoue qu'avant, j'étais à la Semi-Tour, j'ai préféré changer de camp, mais pendant 17 ans, j'étais toute seule. Et voilà, ça fonctionnait quand même beaucoup. Mais moi, ce que j'aimerais, c'est qu'on arrive à lier tous ces sites.
- Speaker #1
Oui, parce qu'en Dordogne, il y a quand même des querelles un peu de clochers, globalement, entre les sites de la Sémitour et les sites « privés » , comme on les appelle. C'est une visite en périgord, plus tous les autres. Enfin, il y a des choses qui sont parfois un petit peu... C'est dommage. Qui mériteraient un peu plus de consensus.
- Speaker #0
On espère qu'à l'avenir, il y aura plus de consensus. On verra bien, je le souhaite vivement.
- Speaker #1
Moi j'aimerais qu'Angélique et la Périgordine nous disent un ou deux endroits qu'elle adore en Périgord, se ressourcer, pour aller se ressourcer, ou des petits endroits, pour le coup pas secrets.
- Speaker #0
Malheureusement je travaille vraiment beaucoup.
- Speaker #1
Il y a quand même un ou deux petits endroits. À vélo.
- Speaker #0
J'ai pas une vie qui est vraiment 100% milande, mais en vélo je peux... Je passe bien sûr, je fais mon petit tour en général, je passe par Saint-Cyprien, Mouzins, Lecoux et je fais une montée à Belvès. Belvès c'est très très beau. C'est sportif déjà. Et je redescends par l'autre côté et j'arrive vers plutôt la chapelle Péchaud. Maintenant en ce moment comme je suis conseillère municipale de Castelnau, j'ai essayé de faire un peu le tour des habitations de Castelnau. En même temps ? Oui, à la chapelle Péchaud. Et puis... On voit l'Émilande en plus. Il y a un endroit précis où il y a une ferme avec le monsieur à des vaches. Et on voit l'Émilande et derrière on voit Benac. C'est un point de vue extraordinaire. L'agriculteur avec ses vaches qui regarde ça.
- Speaker #1
Vous avez des photos de cet endroit ?
- Speaker #0
Là je pourrais en prendre. Oui, je peux en prendre. Il faut que je vous prenne ça. Et donc, Daglan, Saint-Cybrané, tout ça. Vous voyez, je ne suis pas très... Bon, après, j'ai eu toujours un amour fou pour Sarlin, puisque je suis née là-bas avec mon père. C'est beau, Sarlin. Voilà,
- Speaker #1
tout simplement.
- Speaker #0
Mon père était là-bas et je suis profondément attachée à Sarlin.
- Speaker #1
Et un endroit au château d'Émilande, où vous aimez vous ressourcer, vous vous retrouvez seule, il y en a un ou pas ?
- Speaker #0
Alors oui, j'aime beaucoup la nouvelle salle que j'ai ouverte, qui est le dressing, et que j'ai ouverte en 2022. 21 ou 22, là, ça passe tellement vite. 22, peut-être. Et cette salle, elle est tout en haut du château. On a une sensation de liberté. Et en même temps, on ressent Joséphine. C'est son dressing que j'ai réaménagé. Ça, j'aime beaucoup. J'aime beaucoup quand je fais des travaux aussi, quand on monte des échafaudages et qu'on est tout en haut. Alors ça, c'est pas tout le temps, bien sûr. Le visiteur peut pas le faire, mais... C'est merveilleux de contempler la vallée. En plein hiver aussi, j'aime me promener dans le jardin et entendre le battement des ailes de cygne sur la Dordogne. On les entend, ça claque, ça claque, et on les voit parce qu'il n'y a pas de feuilles aux arbres. Donc ça, c'est un lieu extraordinaire, les Milan, et toute la vallée. Et donc voilà, je suis... Je vous le dis, moi, je ne pouvais pas vivre à Bordeaux et j'attendais qu'une chose, c'était finalement de revenir en Périgord. Ma vie, elle devait être en Périgord de toute façon.
- Speaker #1
J'ai deux questions pour terminer. Vous diriez quoi à l'angélique qui reprend le château des Milan dans 2021 si vous aviez un conseil à lui donner ?
- Speaker #0
Ah oui, c'est une excellente question et vous allez me faire pleurer là. Non, je vais lui dire, Ausha, Ausha, ça va être extraordinaire. Parce que là, vous me dites ça et c'est marrant parce que quand on... Parfois je réfléchis, je dis je ne suis pas sûre que si on revenait en arrière, je ferais tout ça. Ou alors il ne faudrait pas que je m'en rende compte. Oui,
- Speaker #1
c'est vrai que quand on connaît le parcours, on se dit est-ce que je suis capable de le faire ?
- Speaker #0
Parce que ça se fait au fur et à mesure, heureusement. Oui, ça se fait au fur et à mesure, mais ça a été beaucoup de travaux, beaucoup de sacrifices aussi quand même. Quand on amène un tel site à ce niveau, et pas avec de l'argent, c'est-à-dire que... Enfin si, il en fallait, mais... Dans le sens où on n'a pas fait ça avec 10 millions en un an. C'est l'œuvre d'une vie, en fait. Ça fait 25 ans que je me donne à ce château, et je continuerai encore, je vais avoir 50 ans. Donc j'ai donné la moitié de ma vie. Je crois que ce n'est pas anodin. Et on me dit, mais est-ce que tu te rends compte vraiment de tout ce que tu as fait ? Alors je m'en rends compte quand j'en parle comme ça. Donc merci beaucoup Frédéric. Et j'ai encore une autre question,
- Speaker #1
Angélique. Joséphine, elle penserait quoi du château aujourd'hui si elle le voyait ?
- Speaker #0
Je crois qu'elle m'a déjà dit qu'elle m'a déjà prise dans ses bras. Et en fait, c'est son fils qui me l'a dit, Jean-Claude, d'ailleurs, qui m'a écrit quelque chose de fabuleux. Il m'a dit un jour, tu la retrouveras et elle te prendra dans ses bras pour te remercier.
- Speaker #1
Merci Angélique. On vous retrouve. Alors, on va quand même finir en disant où est-ce qu'on vous retrouve. Donc, milan.com, le site Internet. On vous retrouve sur les réseaux sociaux, bien sûr, sur Instagram, Facebook. Oui, d'ailleurs Instagram,
- Speaker #0
c'est même moi qui le tiens. Voilà,
- Speaker #1
ça je sais. Sur LinkedIn, non ?
- Speaker #0
Non, je n'y suis pas parce que je ne suis pas une femme d'affaires. Donc je ne suis pas sur LinkedIn. Ok,
- Speaker #1
j'ai qu'une chose à dire. Merci beaucoup pour ce moment. C'était super. Merci à vous, Roderick. Vous êtes arrivé à la fin de cet épisode. Je vous invite, si vous l'avez apprécié, à le partager à vos amis. Je vous propose également de vous abonner sur les plateformes Spotify, Apple, Deezer et de nous laisser un commentaire afin que nous remontions dans l'algorithme. A très vite dans les voies du tourisme !