- Speaker #0
Au début, quand je compris que j'allais devenir écrivain, j'ai toujours aimé une lettre plus janteuse ou un truc plus classe.
- Speaker #1
Il n'y a pas de gens simples et des gens compliqués, il y a des gens. À coup de livre, je franchirai tous ces livres. Un métier sérieux, le métier d'écrivain. J'aime les boîtes de nuit, j'aime les gens qui y sont, j'aime boire, j'aime danser, j'aime faire des bêtises. Si c'est un homme, quoi ?
- Speaker #2
Parce que l'écriture est quoi ?
- Speaker #3
FUNDAMENTAL !
- Speaker #2
faisons les présentations. Je suis Anaïs Amandine, influenceuse littéraire sur Instagram, et dans ma bibliothèque, l'autobiographie de Britney Spears est rangée juste à côté de mes romans de Léla Slimani. Tu as lu Une femme en moi, Gonzague ?
- Speaker #3
Bien sûr, quelle question ! Quant à moi, je suis Gonzague Gonzague Mahé des Portes et je suis rédacteur pop. À mes heures perdues, je... je suis autant incollable sur Ma Chouchoute, le prix Nobel de littérature Olga Tokarczuk, que sur les 13 saisons de la Star Academy.
- Speaker #2
Alors je ne sais pas si notre invitée du jour a l'une femme en moi, mais dans ses romans, il est beaucoup question du désir et du corps féminin.
- Speaker #3
Et elle connaît le moindre rendissement du triangle amoureux Sabrina Carpenter, Camilla Cabello et John Mendes.
- Speaker #2
Nous avons le plaisir d'accueillir aujourd'hui Joy Majdalani.
- Speaker #4
Salut Joy ! Salut, merci de m'accueillir !
- Speaker #3
C'est nous qui sommes ravis de t'accueillir Joy pour ce deuxième épisode de Littérapop. Et si on t'a invité, c'est parce que ton écriture nous éblouit à chaque fois. Notamment dans ton premier roman, Le Goût des Garçons, qui a été publié en 2022 chez Grasset, et dans lequel tu explorais avec brio les tourments de l'adolescence et la découverte du désir chez une jeune fille de 13 ans. Ce roman avait été très remarqué par la critique et surtout, le plus important, il m'avait beaucoup plu.
- Speaker #2
À moi aussi ! Et ton deuxième roman, Jessica, seule dans une chambre, publié aussi chez Grasset, parle quant à lui d'un thème ô combien visité par la pop culture, on va y revenir, la fameuse rivalité entre deux femmes autour d'un homme.
- Speaker #3
Il faut savoir que tu as aussi participé au recueil de nouvelles érotiques Désirée, publié en 2023 chez l'Iconoclast, et que tu as aussi publié la dernière, en collaboration avec le Centre Pompidou, le très beau texte Jimmy Freeman sur l'une des plus belles photographies de Robert Mapplethorpe.
- Speaker #2
Et tu viens également de faire paraître aux éditions 49 pages le texte Sinclair qui revient sur... l'obsession et l'avacuité des routines de soins pour la peau, et qui dit aussi beaucoup de notre société actuelle.
- Speaker #3
Joy, si l'on t'a invitée aujourd'hui dans l'émission, c'est que peut-être que tes lecteurs et tes lectrices l'ignorent, mais tu es une grande fan de pop culture.
- Speaker #2
Alors avant de rentrer dans le cœur du sujet, n'oubliez pas de nous suivre sur les réseaux sociaux, anaïs.amandine et Gonzague sur Instagram.
- Speaker #3
Venez discuter avec nous de cette émission, de littérature ou de pop, et promis, on répondra à tous les messages sympas et encourageants.
- Speaker #2
Et pour donner plus de visibilité à Littérapop, vous pouvez aussi vous abonner et laisser un avis sur la plateforme de podcast sur laquelle vous nous écoutez actuellement.
- Speaker #3
Ou plutôt plateforme de balado-diffusion pour les puristes de l'Académie française. Eh oui, on dit comme ça. Première question Joy, ta culture pop, tu la vis plutôt comme un plaisir coupable ou est-ce qu'elle est pleinement revendiquée ?
- Speaker #4
Mais je serais coupable de quoi ? Pardon ? Meilleure réponse ever. Qu'est-ce qu'on me reproche exactement ? Non, je revendique absolument mon amour de la pop culture. J'en suis même très fière.
- Speaker #2
Mais alors, comment c'est perçu dans le milieu littéraire quand on est une jeune autrice ou un jeune auteur de la génération des millenials, qu'on arrive avec cette culture pop assumée qui ne colle pas forcément avec l'image qu'on se fait du milieu de l'édition ?
- Speaker #4
Moi, je pense que je n'ai jamais vraiment eu de... problème avec ça. Bon, après, ça dépend. Je choisis un peu mon public. Je veux dire, je vais pas forcément, voilà, discuter de Rihanna avec des personnes qui sont plutôt stars. Mais, par exemple, en parlant de Rihanna avec mon éditeur Charles Dandig, on a eu plusieurs conversations. Non, je pense pas qu'il y ait cette espèce de jugement. En tout cas, moi, je ne l'ai jamais vraiment vécu. Mais après, je défends dans mes écrits les goûts, les intérêts. les passions des jeunes filles et des jeunes femmes. Et je pense finalement que c'est un peu par misogynie que les sujets de la pop culture, que Britney Spears, que Beyoncé s'est méprisé. C'est de la misogynie parce que ce sont des choses qui plaisent beaucoup aux jeunes filles et aux jeunes femmes et donc on se plaît à mépriser ces choses-là. Donc je pense que si quelqu'un la... pensé, il ne me l'aurait pas dit en face en tout cas parce que ça va un peu à l'encontre de ce que je fais. Mais en tout cas, non, je n'ai pas vraiment été confrontée à ça.
- Speaker #2
D'accord.
- Speaker #3
Donc selon toi, la pop culture et la littérature sont compatibles.
- Speaker #4
Est-ce que la littérature ne ferait pas... partie de la pop culture finalement. La pop culture, c'est la culture populaire. Ce serait intéressant, c'est quoi votre définition de la pop culture en fait ? Je ne sais pas.
- Speaker #2
Quand tu nous renvoies la balle.
- Speaker #3
La culture dite populaire, mainstream, un peu dénigrée.
- Speaker #2
Un peu kitsch parfois aussi. Ce n'est pas l'idée qu'on se fait forcément de la littérature, mais la littérature de plus en plus, j'ai l'impression, ose s'emparer du kitsch, du populaire. Je pense à Pamela Anderson qui était très moquée, qui dans ce coup devient un objet un peu Euh... presque intellectuelle à traiter dans des essais ?
- Speaker #4
Alors ça, c'est une autre question qui me passionne, qui me fascine. C'est effectivement, pour moi, la littérature peut et doit se saisir de tout. Je ne pense pas qu'il y ait de sujet qui soit littéraire par excellence. Et pour moi, la littérature devient vraiment intéressante quand elle s'insinue. Donc je pense que oui, la pop culture, la culture populaire est un excellent sujet littéraire.
- Speaker #3
Et puis c'est vrai qu'il y a certaines œuvres qu'on pouvait qualifier de littérature populaire à une époque, qui ont depuis acquis leur lettre de noblesse. Je pense notamment à Alexandre Dumas, ou des romans un peu feuilletons d'une époque qui...
- Speaker #4
Alors je ne suis pas la plus grande fan de Dumas.
- Speaker #3
Moi non plus.
- Speaker #4
Voilà, ouais. Non mais en fait c'est marrant ce que vous êtes en train de dire, parce que c'est vrai que je suis très exigeante sur les textes que je lis, que j'ai une attention très forte. au style, ce qu'on appelle en général la littérature populaire, c'est vraiment la littérature vraiment de la narration, des histoires, des rebondissements, c'est pas forcément la littérature que je lis et que j'aime. Donc en fait, c'est vrai que bon, il y a peut-être cette contradiction là, après, enfin en fait, je pense que ce qu'on va trouver, ce que moi ou quelqu'un d'autre peut trouver de littéraire dans un texte peut correspondre ou pas au goût du plus grand nombre, je pense que tout ça est beaucoup plus complexe qu'une simple polarité.
- Speaker #2
Donc si la forme atteint une certaine exigence chez toi, Alors le fond peut voir s'emparer de tout tant que la forme, justement, la qualité de la forme est là.
- Speaker #4
Je ne pense pas que ça, c'est vraiment une histoire de forme. Je pense que c'est une histoire de profondeur. En fait, on peut s'emparer de n'importe quel sujet à partir du moment où on jette un regard qui est particulier, qui est juste, qui est profondément réfléchi et qui est surtout profondément subjectif, en fait. À partir du moment où le regard de l'auteur ou de l'autrice est le sien. propre et qu'il ou elle ne se contente pas de répéter un peu la doxa ou la vie admise sur ces choses-là. Et pour moi, c'est plus une question de fond qui ensuite réapparaît dans le se reflète, dans la forme. Parce que quand on fait ce travail-là, pour moi, forcément, le style ne peut pas être banal. Donc, si on peut se saisir d'un sujet comme Taylor Swift, à tout hasard, d'une manière qui soit profondément littéraire, je trouve que ça pourrait être
- Speaker #2
très très intéressante alors je crois savoir que tu es une grande fan de pop stars féminines enfin je crois savoir c'est un euphémisme j'en suis certaine mais si tu veux nous en citer une seule vraiment une pop star dont tu es particulièrement fan alors j'aurais
- Speaker #4
pu jouer l'hésitation mais je pense au vu des trois dernières années de ma vie je suis obligée de citer Taylor Swift Wow ! Are you ready for it ?
- Speaker #3
Quand on pense à elle, on pense bien entendu à ses talents de parolière. Pour toi, en tant que fan de la chanteuse et en tant qu'écrivaine surtout, qu'est-ce qui fait la force de ses textes ?
- Speaker #4
C'est drôle parce que cette question rejoint directement ce dont on parlait tout à l'heure. Il me semble en tant que lectrice que les textes que j'apprécie le plus sont des textes qui sont réputés ardus. Et je pense que j'ai un peu grandi avec cette idée que tout ce qui était vraiment très aimé, très populaire... très apprécié, en tout cas d'un point de vue littéraire, était de piètre qualité. Et donc j'ai eu, enfin j'ai tenu un peu cette espèce de préjugé un peu bête sur Taylor Swift pendant super longtemps, ou même quand, bon, j'ai eu une adolescence très rock, et puis on pourra en parler après, je pense qu'il y avait vachement ce truc de vouloir plaire au regard masculin genre des male rock, des groupes de rock indé, et puis peu à peu je suis revenue vraiment au pop star de ma préadolescence mais toujours en fait, Taylor Je refusais un peu de... Ah oui ? Ah ça n'a pas été immédiat ? Non pas du tout. Moi-même j'avais un peu ce truc de misogynie intériorisée de me dire oui c'est vraiment apprécié par les gamines américaines. Moi je n'ai rien à faire là-dedans. Et c'est très marrant parce qu'une de mes amies... On s'est rencontrées fin 2019 et on faisait connaissance et je lui ai parlé de ses goûts musicaux. À l'époque, je me définissais encore beaucoup par les groupes de rock indé que j'écoutais, genre The National et tout. Je lui disais, toi, qu'est-ce que t'écoutes ? Elle m'a dit Taylor Swift. Je me suis moquée d'elle. Je fais genre, ah ah, Taylor Swift, la honte pour toi et tout. Elle était là genre, bon, quatre ans plus tard. Ouais, quatre ans plus tard, nous voilà, Taste en train de pleurer toutes les deux ensemble. Et donc, tout ça pour dire, j'ai fait un long détour. Mais ce qui me fascine le plus chez Taylor, c'est que pour quelqu'un qui a tellement de succès, qui touche tellement de gens partout dans le monde, c'est bien ce qu'elle fait je lui donnerai pas demain le prix Nobel de littérature je pense que si c'était dans un livre j'aurais des choses à dire mais c'est vraiment vraiment bien quel a été ton déclic,
- Speaker #2
ta chanson ton album là où tu t'es dit ah ouais en fait cette nana là je l'aime bien quoi les deux moments un peu
- Speaker #4
déclic de ma relation avec Taylor c'était pendant l'écriture de mes romans, donc la première fois j'ai écrivé Le goût des garçons et je pense que Folklore venait de sortir et bon, c'est très cliché, c'est très nouvelle Swiftology de dire que je suis devenue Swiftology en écoutant Folklore.
- Speaker #2
C'est vrai qu'il y a eu beaucoup de moi-même, je pense être devenue fan au moment de Folklore, oui elle a réussi à amener un nouveau public avec cet album, avec ce virage.
- Speaker #4
Bien sûr, et je pense en fait c'était un peu pour les gens comme moi parce qu'elle s'est vraiment entourée des personnes que moi j'écoutais beaucoup The National qui est mon groupe préféré, enfin qui était mon groupe préféré que j'écoute beaucoup moins maintenant, Bon Iver qui sont vraiment des personnes très rock indé Et donc, mon espèce de machisme intérieur, un peu comme ça, je me suis dit, ah ouais, d'accord, il travaille avec Taylor, finalement, c'était pas si mal. Comme si une femme brillante avait besoin que des vieux mecs lui donnent...
- Speaker #3
En effet, la crédibilité professionnelle vient d'un homme, là.
- Speaker #4
Voilà. Au moins, j'avoue mes pieds, mais c'était bien qu'on a tous... Nick Cave,
- Speaker #3
Kylie Minogue.
- Speaker #2
Je pensais, c'est vraiment l'exemple qui m'est venu tout de suite, avec la crédibilité qu'elle a gagnée avec ce duo, alors que... Elle n'avait pas besoin de lui.
- Speaker #3
Elle l'avait déjà.
- Speaker #4
Mais on réfléchit comme ça, parce qu'on est dans un monde comme ça. Enfin, je veux dire, moi, ces réflexes viennent du moment où j'étais plus jeune et j'avais envie et besoin de me faire bien voir par des hommes. en leur montrant que j'écoutais leur musique. Et donc, j'avais commencé à écouter le Folklore et je me souviens de la chanson Betty. Et vraiment, narrativement... Je trouve ça tellement simple et tellement bien mené. Et vraiment, Folklore, c'est l'album où elle parle toujours à la première personne, mais du coup avec des narrateurs ou des narratrices qui ne sont pas elle. rond un peu le contrat autobiographique qu'elle a avec son auditoire. Et je me suis dit, ouais, d'accord, c'est vachement bien. Et donc, il y avait une autre chanson sur Folklore Exile qui est justement en duo avec Bon Iver que j'écoutais en boucle, qui me faisait pleurer. Je l'aurais, mais à chaud de l'âme que j'ai vraiment. C'était une chanson incroyable. Le deuxième déclic, c'était un moment où j'écrivais Jessica. Et je n'y arrivais pas. C'était une après-musique comme ça où j'essayais d'écrire. Et j'avais YouTube un peu. Parce que j'écoute de la musique quand j'écris. Et là, je pense que c'était chez NPR. Où elle faisait une version acoustique. C'était à l'époque de Lover. Et elle faisait une version acoustique de Death by a Thousand Cuts. Et ça parle d'une rupture. Et voilà. Voilà, vraiment dans des mots tellement simples, elle arrive à évoquer vraiment toute une réalité, tout un monde par petites touches comme ça. Vraiment un sentiment, le sentiment de la rupture. Et c'était quelque chose que j'écrivais dans mon roman et je trouvais que ça correspondait. Enfin, voilà qu'elle avait une Taylor d'évocation et ça m'avait bouleversée.
- Speaker #2
C'est beau que ça soit rentré en résonance avec toi, la femme qui écoute de la musique, mais aussi avec l'écrivaine. Enfin, c'est beau. Et pour autant, t'as pas cité du Taylor dans tes romans. Ça t'est pas venu à l'idée de te dire, bah tiens, mon personnage... Le personnage va écouter du Taylor dans sa chambre.
- Speaker #4
Je ne sais pas si je cite de chanteur ou de chanteuse. Dans Jessica, en fait, moi, je voulais beaucoup citer Lana Del Rey. Parce qu'en fait, pour moi, le personnage de Jessica avait vraiment... Il y avait beaucoup du personnage de Loana, des paroles de Loana, de cette espèce de...
- Speaker #2
De cette posture.
- Speaker #4
De cette posture un peu du besoin des hommes pour exister, cette espèce d'amoureuse triste et lassive qui est en même temps... qui s'autodétruit et qui... est un peu en train de disparaître tandis que son amant, Gouja, est en train de jouer aux jeux vidéo en buvant des bières.
- Speaker #2
Ça colle plus que Taylor,
- Speaker #4
effectivement. Et au début, je voulais citer Loana, je voulais citer Taylor, mais finalement, j'ai décidé de ne pas le faire parce que je préférais garder ce flottement et que mes références restent un peu plus secrètes chacun.
- Speaker #2
Et alors là, je ne peux pas m'empêcher de te poser une question parce que là, tu cites différents moments et Folklore et lovers, mais il faut qu'on parle du dernier album, The Life. of a chugger, qui a eu beaucoup de critiques, à tort ou à raison, on va en parler mais l'une des critiques qui a été avancée c'est que ces paroles ont perdu beaucoup de leur force, beaucoup de leur sel et certains se sont dit mais est-ce que c'est pas son bonheur avec son joueur américain qui a fait que d'un secoué elle avait perdu un peu l'inspiration et ça m'inspire cette question est-ce que tu penses qu'on soit chanteur, écrivain est-ce que le bonheur assèche notre inspiration
- Speaker #4
Alors déjà, je dois dire que je déteste Life of a Sugar. Ah ouais, d'accord, c'est clairement tranché. C'est indigne d'elle, c'est indigne de nous. Rien à sauver. C'est indigne de la civilisation occidentale dans ce sens-là. Je rigole. C'est le son du drama. Non mais là, je suis en train de dire ça et je me rends compte. C'est un peu du fanatisme des Swiftology, donc comme on dit, don't come for me, je n'aime pas Showgirl. Je trouve en fait, Showgirl, c'est vraiment pour moi l'idée que je me faisais de Taylor Swift avant de découvrir Taylor Swift.
- Speaker #2
Ah ok, elle a perdu cette profondeur.
- Speaker #4
Le fast food, le truc gênant.
- Speaker #3
Fast wood même.
- Speaker #4
Fast wood ! Non, parce que je sais vrai, j'aime bien du coup le titre éponyme, enfin Life of a Showgirl avec Sabrina.
- Speaker #2
Ah, parce que tu aimes beaucoup Sabrina.
- Speaker #4
Non, parce qu'il y a cette spécificité narrative. Bon, je vais être honnête, il y a aussi ça dans Ruin the Friendship. Je trouve qu'il y a deux choses. Il y a moins de détails, c'est moins spécifique. Et il y a moins aussi de force émotionnelle. Je veux dire, Life of a Philia, c'est quand même... La chanson, elle nous parle de l'amour de sa vie. Et on dirait que ça n'a rien à voir avec elle. Je veux dire, je sens pas cette espèce de résonance émotionnelle. Mais c'est Taylor elle-même qui le dit, elle a donné un rendez-vous pour, je pense que c'était le New York Times, quand elle a été citée parmi les plus grands singer-songwriters de notre époque, où elle dit, bah oui, parfois je peux regarder la manière dont de la cendre tombe sur la manche d'un homme, et puis ça peut vouloir dire tout d'une relation. Et je trouve qu'il n'y a pas ça. Par exemple, I heard you calling on the megaphone, j'étais entendue m'appeler par le haut-parleur, Enfin je veux dire c'est... La métaphore la plus générique, la plus débit. Enfin, je veux dire, il n'y a rien. C'est pas vrai. Il n'avait pas vraiment un haut-parleur. Il a parlé d'elle dans un podcast. Enfin, je trouve ça... Enfin, pardon. Du coup, je n'ai pas du tout répondu à ta question. Excuse-moi. Non, non,
- Speaker #2
non. Maintenant, tu n'as pas répondu à ma question sur ce que... Oui,
- Speaker #4
je trouve que non. Je ne pense pas que ça ait forcément à voir avec le bonheur. Parce que dans The Tortured Poets Department, je trouve que So High School... qui est la chanson, elle parle des débuts de sa relation avec Travis Kelsey. C'est une des plus belles chansons d'un album qui est par ailleurs grandiose. Ça me donne, moi-même qui suis en couple depuis 8 ans, j'ai l'impression d'avoir des papillons dans le ventre qu'on a quand on rencontre quelqu'un et qu'on tombe amoureux et qu'on a l'impression d'avoir 15 ans. Et c'est du Taylor, pour moi c'est vraiment du top Taylor. Et elle est très heureuse quand elle écrit ça.
- Speaker #3
Après il y a d'autres chanteurs et chanteuses qui ont déjà à peu près fait le même constat. Je ne sais pas si vous vous souvenez, Zazie, sur Toi, une chanson, un single.
- Speaker #4
On n'écrit pas la chance qu'on a,
- Speaker #1
pas de chanson d'amour quand on en a, voilà. Pourquoi mon amour, je n'écris rien sur toi.
- Speaker #3
Où elle expliquait que justement elle n'écrivait rien sur son amoureux parce qu'elle était heureuse avec lui et qu'elle préférait écrire sur tous les malheurs du monde qui provoquaient plus de colère en elle et d'envie d'écrire que le bonheur. C'est une question qui revient régulièrement dans le travail de parolier.
- Speaker #2
Exactement. Et puis comme tu parles de variété française, j'ai envie de citer l'album de Vanessa Paradis, Bliss, qui est pour moi son plus bel album. Elle était heureuse. Tout était dans le titre. C'était vraiment l'amour fou. Il y a cette chanson, Que fait la vie ? Pourtant, qui sont des chansons de l'amour de tous les jours. C'est très intéressant de confronter ces points de vue-là. Et est-ce qu'au-delà de l'aspect purement musical, est-ce que Taylor Swift, t'inspire dans la manière dont elle gère sa carrière ? Et là, je pense au conflit qu'elle a eu avec son ancien label concernant la propriété des masters réenregistrés pour avoir la propriété sur ses masters. Est-ce que toi, en tant que jeune écrivaine, cette manière dont elle a un peu révolutionné cette façon qu'ont les popstars de pouvoir gérer sa carrière en toute indépendance, est-ce que ça t'inspire ?
- Speaker #4
C'est hyper intéressant cette question. Parce que je pense que c'est la partie de Taylor Swift qui m'énerve ou m'irrite le plus.
- Speaker #2
Ah !
- Speaker #4
Bah oui, Taylor Swift représente quelque chose pour moi. J'aime sa musique, mais j'ai aussi énormément de réserve. Je veux dire, c'est une Girl, c'est une milliardaire. Politiquement, je veux dire, pour moi, c'est vraiment l'aspect d'elle qui me rebute le plus. Son côté businesswoman, enfin moi je ne suis pas du tout sensible à ça. Voilà, politiquement, je suis un peu à l'opposé de cette espèce d'éthique américaine, de... c'est à moi, je l'ai fait, c'est ma propriété, je me fais de l'argent en étant moi-même. Voilà, tous ces questions-là. C'est très américain. Et il y a beaucoup de 50 pour qui c'est la cause du siècle. Il y a beaucoup de 50 pour qui c'est son conflit avec Scott Borchetta et Scooter... Donc Scott Borchetta qui était son premier manager, qui est la première personne qu'il a signé, qui était le directeur de la maison de disques qui était vraiment une petite maison de disques quand il y a... Quand elle a commencé. Quand elle a fini son premier contrat. Qui ensuite l'a trahi. C'était vraiment le coup de poignard dans le dos. En vendant ses... Enfin, je ne vais pas vous refaire l'histoire. Mais en vendant ses masters à Scooter Braun. Qui est de manière générale un sale type. C'est ce que j'ai cru comprendre. Avec lequel en tout cas, elle avait un conflit assez ouvert. Donc voilà, c'est la cause du siècle. Et quand elle a finalement réussi à racheter les droits de ses chansons. C'était vraiment la victoire du féminisme. Enfin, moi je ne suis pas du tout de... Je ne me reconnais absolument pas dans ce féminisme-là.
- Speaker #2
D'accord.
- Speaker #4
Toutefois, avec ce qui s'est passé très récemment avec Grasset.
- Speaker #2
Alors peut-être que juste pour nos auditeurs, auditrices qui ne connaîtraient pas, rappelez en quelques mots ce qui s'est passé.
- Speaker #4
Bien sûr. Alors Grasset, qui est ma maison d'édition, appartient à un groupe qui est le groupe Achète Livre, qui lui-même appartient à un autre groupe qui a été... acheté par le groupe Vivendi. Ça, ça s'est passé il y a trois ans. A savoir que tous les auteurs et autrices crassées qui font partie de la maison depuis 25 ans n'ont évidemment pas été consultés pour ce rachat qui est donc par le groupe Vivendi qui appartient, lui, à Vincent Bolloré, un autre milliardaire. Des problèmes avec les milliardaires.
- Speaker #2
La suite de l'histoire va nous le confirmer.
- Speaker #4
Surtout celui-là, parce qu'il utilise ses acquisitions de groupes. de presse, de médias, de... Voilà. Pour promouvoir sa ligne de pensée qui est une ligne politique d'extrême droite. Il a fait ça avec Fayard, qui était une très belle maison d'édition, avec le journal du dimanche, des institutions qui étaient déjà très bien constituées, qu'il reprend et qu'il dénature. Et il utilise leur nom et leur marque pour donner un air de légitimité à... son point de vue. Donc c'est vraiment quelque chose de très grave pour la démocratie, finalement. Le fait que Grasset passe entre les mains de Vincent Bolloré, ça n'avait pas tout de suite fait réagir les auteurs et les autrices, évidemment, parce que nous, on travaille avec un éditeur, c'est une personne, c'est un individu, donc on se dit, tant que la personne est là, nous, finalement, notre travail quotidien ne change pas. Sauf qu'au mois d'avril, Vincent Lover a licencié le directeur de Grasset, Olivier Nora. Mais Olivier Nora, c'est un immense éditeur, c'est quelqu'un qui défend la liberté éditoriale, et c'est quelqu'un qui était vraiment... vraiment le symbole de l'indépendance éditoriale de Grasset. Donc ça a créé des remous et une véritable prise de conscience. Un mouvement collectif parmi les auteurs et les autrices. Et ça ne s'est pas arrêté aux auteurs et les autrices qui ont voulu quitter Grasset. Mais de manière générale, aux réflexions sur les droits d'auteur, sur le statut de l'auteur. Et finalement, ces droits qu'on cède jusqu'à 70 ans après notre mort. Sans savoir si finalement, nos livres vont aller enrichir des milliardaires qui sont des méchants de dessin. animé, quoi. Finalement, c'est un peu ça. Et bon, moi, j'ai pas écrit de best-seller, donc je pense que c'est pas très grave, mais enfin, je veux dire...
- Speaker #3
Pas encore.
- Speaker #4
Pas encore, pas encore, mais je veux dire, je pense que, bon, Virginie Despentes, ça doit être quand même assez relou pour elle. Et d'ailleurs, elle est très active dans ses mouvements.
- Speaker #0
Ce n'est pas une guerre, c'est de la prédation. Si c'est le même mot que quand il s'agit de prédation sexuelle, c'est que c'est le même mécanisme. Abuser de son pouvoir pour dépouiller l'autre de son humanité. Je m'adresse d'abord à ceux qui disent... Oui, mais c'est des bourges, c'est bien fait pour eux. Je dis ça, c'est comparable à dire sa jupe était trop courte. Les autrices et les auteurs ne sont pas tous des bourges. Les lectrices et les lecteurs ne sont pas tous des bourges. La littérature n'appartient pas à la bourgeoisie. Même si ça dérange l'extrême droite, c'est comme ça. Les librairies ne sont pas des magasins de luxe.
- Speaker #4
Enfin, je veux dire, moi, je suis, je pense, politiquement proche du marxisme, donc je ne suis pas du tout en train de me dire « Ah, je vais m'enrichir grâce à la propriété intellectuelle. » Enfin, je ne me vois pas du tout et j'ai beaucoup... de mépris pour cette approche business. Mais après, ce qu'il y a d'intéressant, c'est de se dire effectivement, en fait, qui... Bon, moi, je ne veux pas m'enrichir avec mes livres, mais il ne faudrait pas que quelqu'un dont je désapprouve absolument la ligne politique et qui... utiliser ce capital pour ce que je considère être de mauvaise raison capitalise sur mon travail créatif c'est là où Taylor aurait peut-être raison où finalement elle trouve que Scooter Braun est une ordure, elle veut absolument pas qu'à chaque fois que quelqu'un écoute I Knew You Were Trouble Scooter Braun se fasse de l'argent bah je je comprends quelque part ah oui ça fait ça rend vraiment résonance ouais en quelque sorte vous vivez la même chose d'une façon je vis exactement la même chose que Taylor Swift mais heureusement avec les milliards que je me suis faite avec ma dernière tournée mondiale je vais pouvoir racheter tous mes livres avant de s'emballorer on te le souhaite on te le souhaite merci beaucoup
- Speaker #3
Si tu as vu l'Era's Tour, c'est que tu es une vraie Swifty. Quel est donc ton ERA préféré de Taylor Swift ?
- Speaker #4
En me couchant parfois, je me... Je sais pas, régulièrement, je me dis mais... Alors maintenant, c'est lequel ton album préféré ? Ça m'aide à m'endormir. Non mais là, je pense que vraiment, sans aucun doute, je dirais TTPD. D'accord. The Tortured Poets Department, que je trouve magistralement écrit, jusque dans son chaos et dans ses défauts. Pour moi, c'est vraiment un superbe album.
- Speaker #2
C'est laquelle ta chanson préférée dessus ?
- Speaker #4
The Smallest Man Who Ever Lived. C'est un tel... Et moi qui étais Love Bombé. Plus d'une fois, je sais pas si... On peut bien expliquer ce que c'est que le lovebombing.
- Speaker #2
Je sais ce que c'est être Lover, mais c'est recevoir une profusion de messages, des déclarations d'amour, de tuer la femme de ma vie, exactement, des déclarations enflammées, jusqu'à ce que la... la personne cède, ou du moins croit à cette histoire d'amour, et puis ensuite la personne la laisse tomber, ou se monte indifférente du jour au lendemain.
- Speaker #3
Du ghosting ?
- Speaker #2
C'est pas totalement du ghosting. Non,
- Speaker #3
le ghosting peut s'en suivre.
- Speaker #2
C'est passer du chaud au froid, mais d'une vitesse vitergineuse, et qui te laisse ton égo et ton cœur... en miettes, j'ai envie de dire. C'est terrible ! Et en fait,
- Speaker #4
la personne qui fait ça, c'est ce qui s'est passé avec Taylor Swift et Mati. Enfin, je ne sais pas, je ne les connais pas, mais en tout cas, les personnages de Taylor Swift et le personnage de Mati. Je pense qu'il a eu besoin de Love Mon Bé Taylor Swift. On parle de personnages. j'en connais pas ces gens-là, mais en tout cas, dans le récit qui nous est parvenu, ces deux personnes mythologiques qui n'existent pas vraiment, il a eu besoin de recourir à ses procédés pour avoir, en guillemets, pour qu'elles répondent à ses avances. Et puis, il a disparu. Et moi, quand je... hurle les paroles du bridge, le très fameux bridge de Taylor Swift You deserve prison, but you'll never do time je pense aux fils de pute qui m'ont bombé et je les salue voilà,
- Speaker #3
j'adore donc pour Taste album Titi Pidi il est pas trop long Plus c'est long, plus c'est bon.
- Speaker #4
C'est merveilleux. J'adore le foisonnement, j'adore le chaos, j'adore les moments cringe, j'adore les moments où il écrit mal. C'est vraiment quelqu'un qui est au top du pouvoir, de la célébrité, et qui se donne en spectacle. Et moi, j'adore ça !
- Speaker #3
Et c'est quoi Taylor Swift qui écrit mal ?
- Speaker #4
Justement la chanson The Tortured Poets Department, où elle appelle Mattie Healy un tattooed... Tattooed golden retriever, donc un espèce de labrador de golden... C'est pas la même race de chien, mais genre de golden... Voilà, je sais pas pourquoi j'ai trahi. On a compris l'image. De golden retriever tatoué, genre à la fois gentil et pur, et tout le monde absolument défoncé sur cette... Enfin, moi, je trouve ça... Oui, c'est maladroit, mais c'est attendrissant, non ?
- Speaker #3
Comme un labrador.
- Speaker #4
Comme un labrador.
- Speaker #3
Alors maintenant, Joy, je te propose qu'on revienne sur ton travail, sur tes romans et sur la place qui occupe la pop culture. Joy, nous allons maintenant te proposer de lire un extrait de ton roman, Jessica seule dans une chambre. Celui où le personnage principal de Jessica passe sa première nuit avec Justin, qu'elle vient juste de rencontrer.
- Speaker #4
Les paupières de Justin s'ouvrirent, signant la fin de l'entracte. Il fallait donner à voir la fille idéale. Son premier regard fut absolument neutre, puis il sembla se souvenir, lui fit un sourire, passa un bras autour de ses épaules, murmura « Hey, toi » . Jessica posa la tête sur son torse. Que pouvait-il penser ? Je ne l'ai pas posé de questions frontales, ne pas trahir ce qu'elle était, méthodique, soucieuse, avide d'assurance concrète. Maintenant que le sexe était passé, elle aurait voulu réclamer un compte-rendu exhaustif de ses impressions, décortiquer avec lui chaque scène jouée. elle aurait voulu qu'il éclaircisse certaines des allusions qu'il avait faites. Quelque chose comme « t'es incroyable » ou « j'ai jamais vu ça » . Elle aurait aimé qu'il décrive ce qu'elle faisait de mieux que les autres. Au lieu de quoi, elle reprit le rôle de rêveuse qu'elle adoptait instinctivement face aux hommes laconiques. Elle papillonnait d'un sujet de conversation à un autre, s'imaginant les charmer. Le cinéma leur avait appris que l'incongruité des femmes était une chose enchantresse. Alors Jessica s'était dressée à imiter ces héroïnes qui interrompent les conversations les plus... plus banal, pour se mettre à parler de Pélican ou Réciter des vers d'Emilie Dickinson.
- Speaker #0
Comme sous l'effet d'une pulsion soudaine, elle déclara « j'ai envie de faire un voyage » . Et ce qui ça, une moue capricieuse.
- Speaker #1
J'adore cet extrait. Merci. Ton personnage Jessica, dans ce roman, elle est beaucoup dans la mise en scène de sa féminité pour répondre à ce qu'elle pense être les attentes des hommes. Enfin, on l'a entendu, à la limite des comportements d'héroïne qu'elle a vus au cinéma ou en littérature. Mais est-ce que, pour toi, écrire là-dessus, c'est mettre... un peu à distance ces modèles culturels qui peuvent peser sur la construction d'une identité féminine quand on est jeune fille, jeune femme.
- Speaker #0
Ouais, je crois, c'est exactement ça en fait. C'est ce que je disais tout à l'heure, c'est la littérature doit et peut s'emparer de tous les sujets, et c'est comme un projecteur impitoyable qu'on braque sur les réflexes, sur les attitudes inconscientes qu'on peut avoir. Et à partir du moment où on les regarde... Enfin, moi j'étais hyper mal à l'aise en lisant cet extrait. parce que moi aussi j'ai fait ça, enfin je veux dire je parle de moi dans tous mes personnages plus ou moins, enfin pas, c'est toujours poussé à l'extrême, mais voilà là je voulais en fait en l'occurrence parler du phénomène de la Manic Pixie Dream Girl que vous connaissez je ne le connais pas, vous ne connaissez pas le phénomène de la Manic Pixie Dream Girl on est là pour apprendre des choses dans l'hypothèse très bien, en fait c'est exactement le sujet qui nous occupe parce que c'est vraiment la pop culture analysée du point de vue des archétypes et des stéréotypes et je ne Je ne pourrais pas citer la féministe qui a théorisé la figure de la Manic Pixie Dream Girl dans le cinéma. Je pense que c'est le début des années 2010. Et donc elles ont reconnu dans les films cet archétype de la femme un peu rayon de soleil, joyeuse, un peu faufole, un peu vraiment paradagée à la réalité qui va apparaître comme par enchantement dans la vie, du personnage masculin maussade et déprimé qui... a envie de se tirer une balle dans la tête, jusqu'au moment où il va rencontrer cette fille qui est vraiment... Qui va Lover. Qui va Lover. Genre 500 Days of Summer, c'est ça.
- Speaker #2
Ah oui, bien sûr.
- Speaker #3
Je suis fan des Smiths.
- Speaker #4
Pardon ?
- Speaker #3
J'ai dit, je suis fan de Smith. To die by your side is such a heavenly way to die.
- Speaker #4
Je les aime. Je l'allume aussi. J'aime son sourire. J'aime ses cheveux. Et j'aime me sentir bien avec elle. C'est comme si tout était possible. Je crois que c'est officiel. Je suis amoureux de ce meurtre.
- Speaker #0
Donc c'est vraiment très Zoé de Chanel. C'est vraiment genre les années 2010 Zoé de Chanel. Quel autre exemple on peut donner ? Un de mes films préférés à moi qui est le film Almost Famous Je ne sais pas si... Et en fait moi sans m'en rendre compte J'ai essayé d'être la Manic Pixie Dream Girl De plein de mecs C'est un peu de ça que je voulais parler ici Donc ouais c'est gênant Mais c'est aussi à ça que sert la littérature C'est de montrer ces automatismes Ces choses qui se mettent en place un peu dans la société Pour qu'on en prenne conscience Et qu'on y réfléchisse
- Speaker #2
Et dans Jessica, seule dans une chambre Il y a deux femmes la copine et l'ex qui développent une obsession qui finit presque par dépasser l'homme Justin qui les relie fun fact, quelques jours après la sortie de ton roman, il y a eu le clip Taste exactement et j'en ai parlé à Anaïs c'est un signe du destin de Sabrina Carpenter qui mettait on va le rappeler un petit peu pour les auditeurs qui mettait justement en scène une rivalité féminine bourrée d'humour autour d'un homme avec notamment des rêves à La mort vous va si bien, Kill Bill. Et surtout avec un twist final troublant quand on pense à ton livre. Comment tu as reçu ce parallèle ? A priori, ça t'a surpris, amusé ? Ou est-ce que tu as vu quelque chose de plus profond ? C'est la manière dont on raconte aujourd'hui ces dynamiques entre les femmes.
- Speaker #0
Je me suis dit, c'est génial que les chanteuses pop s'emparent de ces sujets avec autant de légèreté, d'humour et de clarté. Est-ce qu'on a peut-être un peu plus de mal à faire dans les formes d'art réputées plus intellectuelles ? Moi, la question de la sororité m'a beaucoup été posée. Du genre, ah mais tu parles de rivalité féminine, mais la sororité alors ? Mais c'est pas féministe ? Alors que, on est des êtres humains, on a des émotions qui sont complexes, on peut être... jalouse à fond d'une fille jusqu'à en être un peu amoureuse. On a toutes vécu, enfin je sais pas, mais on est nombreuses à avoir vécu ça. Cette espèce de traction-répulsion comme ça vers une fille qui a été positionnée comme une sorte de rivale, je veux dire, bien sûr qu'il y a une partie de misogynie qu'on a intériorisée. Et donc pour moi, c'est ce que j'ai voulu montrer dans ce roman-là, c'est que oui, on est jalouse. oui, on se déteste et oui, on s'aime. Et oui, il y a de la haine dans les amitiés. Et il y a de l'amour dans les haines. Et c'est beaucoup plus compliqué parce qu'on est des êtres humains.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Et de voir qu'en fait, c'était abordé d'une manière si limpide et si tranquille par Sabrina, mais aussi par Olivia Rodrigo, que j'adore. Et j'étais très heureuse. Et je me suis dit, ouais, en fait, c'est vraiment un médium super. Là, il y a une espèce de renaissance pop avec Olivia, avec Sabrina, avec Chapel. Moi, parfois, j'ai l'impression que, moi, quand j'écris, ma prose, elle est assez compliquée, mes phrases sont longues, c'est un peu poussif, c'est très intellectuel. Je n'ai pas ce don qu'elles ont, genre, juste en deux, trois phrases, faire un truc incroyable, quoi.
- Speaker #1
C'est la magie de la musique pop, quoi. C'est être tout de suite donné des images, des références qui vont devenir iconiques et qui vont circuler. Qui vont circuler,
- Speaker #0
parce que c'est vrai que, bon, moi, j'adore la littérature, c'est ma vie, les livres, c'est ma vie, mais bon, on lit de moins en moins. Enfin, je ne veux pas répandre un cliché, mais voilà. Alors que la... La pop, elle, connaît un boom incroyable. Je trouve que c'est un médium super intéressant, surtout pour les jeunes femmes qui veulent parler de leur subjectivité, de leur expérience.
- Speaker #1
On a besoin des deux, de la littérature et de la pop.
- Speaker #0
On aura toujours besoin de la littérature. Mais je trouve que la pop a un rôle important à jouer aujourd'hui.
- Speaker #1
Ah, c'est tout l'esprit du podcast. Et justement, quand on parlait de sororité, je repensais à Taylor Swift. Elle avait cette rivalité avec Katy Perry et elles ont mis en scène leur réconciliation. Et on se dit, bon, Taylor est rentrée dans... dans ce mythe de la sororité. Et là, dans son dernier album, il y a cette chanson qui serait une diss track pour Charlie Charli xcx. C'est plus compliqué que ça encore.
- Speaker #0
Alors, c'est encore plus compliqué que ça pour moi parce que je trouve que Actually Romantic n'est pas une très bonne chanson. Je vais encore faire du sugar bashing. Je suis désolée, j'adore Tony Langsouf, mais cet album, vraiment, je ne peux pas. D'autant plus qu'il répond à une chanson que je trouve brillante. de Charlie Charli xcx en fait il y a deux chansons sur cet album qui sont exactement dans l'esprit de ce que j'essayais de dire il y a Sympathy is a knife et il y a Girl So
- Speaker #1
So Confusing surtout sa version avec Lorde et là on rentre totalement dans ce que tu viens de nous expliquer que cette injonction à la sororité peut aussi être ajouter une pression supplémentaire et elle se livre à cœur vert toutes les deux sur leur relation un peu complexe, un peu ambiguë, c'est totalement ça
- Speaker #0
Et c'est une situation dans laquelle je pense qu'on a été nombreuses à être, et qui est propre à l'âge des réseaux sociaux, je trouve. On a une amie, c'est une amie proche, et puis on ne sait pas pourquoi, on commence à de moins en moins se voir, et puis on la voit vivre sa vie sur les réseaux, et ça crée une espèce d'animosité, comme ça, et qu'il n'y a pas de raison d'être, parce que la meuf, c'était ta pote, et t'es là genre, ouais, putain, elle me saoule, et puis tu la vois une fois, et t'as rien à lui dire, et tu rentres chez toi, et t'es là genre... Et c'est très féminin,
- Speaker #1
j'ai l'impression. Ça se produit beaucoup pour des amis, des copines, mais...
- Speaker #0
Je sais pas.
- Speaker #2
J'ai jamais ressenti ça. T'as jamais ressenti ça ? Toi,
- Speaker #0
t'as déjà ressenti ça ?
- Speaker #1
Ouais, ouais, ouais. Non, ce que tu me parles, c'est très familier.
- Speaker #0
Et donc, en fait, c'est... Il n'y a pas eu de moment de bascule, mais c'est... Non, il n'y a pas eu de dongueulade, mais tu sens qu'il y a un truc. Et c'est souvent, bon, l'une qui réussit dans un domaine où l'autre voudrait réussir. Et c'est ce qui s'est passé à Lorde et à Charlie. Et puis, elle a fait un remix avec Lorde. un peu genre let's work it out on the remix où Lorde elle a donné sa version de l'histoire et l'une disait non mais en fait Lorde c'est genre vraiment l'enfant prodige hyper intelligente, géniale, parolière de fou qui me méprise et l'autre se disait non mais Charlie c'est la party Girl c'est la cool Girl et Lorde elle parle aussi de ses problèmes avec son corps ses problèmes d'image de soi son trouble alimentaire et tout et donc en fait l'une elle dit à Charlie je sortais pas dîner avec toi parce que je sortais pas du tout parce que je ne pouvais pas supporter de voir mon corps. Et je trouve que c'est un moment super. Et dans l'autre chanson, on pense que c'est à Taylor Swift qu'elle a écrit, Sympathy is a knife, elle parle vraiment super bien de ce sentiment d'ambigu, de genre, il y a cette meuf, tu réussis tellement bien dans le truc que moi j'aimerais faire. Tu te fais une image de la personne. Et quand tu es là, je suis mal à l'aise parce que je me sens toute nulle, mais en même temps, je t'adore, je te déteste. Je ne sais pas pourquoi je ressens ça. Et c'est très juste, et Taylor a répondu par un truc qui pour moi n'est pas à la hauteur.
- Speaker #2
Pourquoi encore en 2026, selon toi, on est fasciné par les triangles amoureux ? Et d'ailleurs, est-ce qu'il y a des triangles amoureux, cette liaison, dans la littérature, le cinéma ou les séries, qui t'ont particulièrement marqué ?
- Speaker #0
Sabrina, Olivia... et un autre mec un insignifiant total inconnue au bataillon Selena Gomez Justin Bieber et Hailey Bieber et en sachant qu'au moment où j'écrivais Jessica il y avait cette photo iconique de Hailey et de Selena qui posaient ensemble ah oui mais oui ça a fait le buzz pour parler comme une comme
- Speaker #2
parler comme les jeunes de
- Speaker #0
1999 c'est un peu le podcast des boomers toi ça te fascine par exemple ? Oui, parce que moi, j'ai été dans cette situation d'être très amoureuse d'un mec et du coup d'être très fascinée par les femmes qu'il a aimées ou qu'il a pu aimer ou qu'il pourrait aimer. Parce que je pense que ça nous renvoie, enfin moi, ma théorie, mais qui est vraiment basée sur rien, c'est que ça nous renvoie à une espèce de reflet de soi, de ce qu'on pourrait être, de la personne qui pourrait nous remplacer, mais en même temps qui pourrait nous représenter. Et donc on se dit, est-ce que je ressemble ? Est-ce que ce reflet, il est flatteur ? Ou au contraire, est-ce qu'il me rabaisse ? Est-ce que ça me fait du bien ou pas de me voir dans cette personne ? Enfin, je veux dire, si ton mec te trompe avec Émilie Ratajowski, je veux dire, c'est triste. Mais en même temps, tu te dis, bon, je suis dans la ligue. Non mais voilà, je pense pas. Évidemment, le monde ne fonctionne pas comme ça. Les relations amoureuses n'ont rien à voir avec ça. Sinon, ça aurait été d'une tristesse absolue. Je ne pense pas à ça. Mais je pense qu'il y a une petite partie de notre cerveau qui est là, genre... Ben sinon, moi j'adore la tragédie racinelle. Sauter du coq ! Mais je pense que c'est vraiment dans l'esprit. Et j'ai eu le plaisir, là, cette année, de jouer Bérénice. Dans la pièce Bérénice. De Jean Racine. Je ne sais pas si vous le connaissez. Et par exemple, c'est un superbe triangle. Mais de toute façon, dans le théâtre racinelle, il y a de superbes... Il y a des très bonnes... Et donc, dans la tragédie, c'est vraiment... C'est un concentré, comme ça, d'émotions, d'amour, de jalousie, de haine, de possessivité, qui est... qui est enivrant. Moi, je suis accro à ça. Je suis accro à Racine.
- Speaker #2
Moi, je ne connais que Corneille, le chanteur.
- Speaker #1
On l'a dit Lorde l'introduction de l'épisode, tu as écrit récemment un texte sur le photographe Robert Mapplethorpe. Je n'arriverai pas à le dire très très bien. Est-ce que tu pourrais écrire sur d'autres artistes ? Et surtout, est-ce que tu pourrais écrire sur des pop stars ? Parce que je sens que quand même, tu as quelque chose qui vibre en toi quand tu en parles. Tu n'as pas mal idée d'en faire un ? Un récit, un essai ?
- Speaker #0
Si, je pense que si, ça m'intéresse énormément. Je trouve que c'est passionnant. C'est vraiment à la rencontre de plein de choses qui m'intéressent énormément. De l'art, de la politique. Aujourd'hui, je pense que c'est le véhicule par excellence des expériences de femmes. Et c'est grâce à Taylor d'ailleurs. Parce qu'on a dit du mal de Showgirl, mais je veux bien qu'on donne... Allez, ajoutons une nuance. Non, mais qu'on donne vraiment. Moi, je suis une safety absolue. Et je veux qu'on donne à Taylor... Ça quoi, cette reconnaissance de dire que c'est elle qui a débarqué déjà dans la country, dans un genre musical qui est dominé par les hommes, en disant voilà ma subjectivité de gamine de 14 ans, amoureuse du quarterback, voilà ce que ça fait, voilà mon ressenti, écoutez-le. Ce qui est pour moi le geste artistique par excellence et féministe par excellence.
- Speaker #2
Tu disais que tu avais une fascination pour les pop stars et au niveau de les écrire comme des mythes. on parle souvent de Marie Monroe ou de James Dean comme des mythes ? Est-ce que, après Roland Barthes a écrit sur une Swiftology à peu près à la même époque, dans les années 50. Là, aujourd'hui, est-ce qu'ils ont un peu des statuts de dieux ? Est-ce qu'il y a un statut particulier de la pop star par rapport à la Swiftology ? Ça m'évoque ça un petit peu, ta réponse.
- Speaker #0
C'est hyper intéressant. Et ça me fait penser à l'univers que construit Taylor dans ses chansons. Moi je suis pas du tout geek, du tout, je suis pas du tout, je suis très pop, je suis pas du tout geek, donc j'ai jamais regardé Star Wars, mais ce sont des choses qui, on le sait, sont extrêmement inspirées par la Swiftology, avec un peu comme ça de grandes figures, et j'ai l'impression que Taylor a fait la version Girl de ces univers-là. Pourquoi ? Parce qu'en fait, au fil des années, avec ces différents albums, il y a différents protagonistes, des adjuvants, des opposants. cette ex en particulier qui l'a larguée parce qu'il la trouvait pas assez sophistiquée l'autre ex que elle, elle a quittée parce qu'il était un peu trop gentil pour elle et en fait je pense que ces personnes n'ont rien à voir avec les personnes physiques mais en tout cas dans son écriture elle construit comme ça un univers qu'elle file et elle est genre la grande ennemie qui est Kim Kardashian, le grand ennemi qui est Kanye West. On s'en fout de qui sont les personnes derrière. Mais elle construit comme ça, ouais, une Swiftology, comme un corpus, comme une famille de dieux, comme ça, qui à chaque fois réapparaissent pour se battre les uns contre les autres. Et c'est quelque chose auquel les geeks ont eu, je sais pas, en jouant à Donjons et Dragons, par exemple. Ah bah waouh ! Moi non plus, je suis pas geek. Diane, dis, pour les intimes. Moi, je suis pas du tout geek. Toi, si ?
- Speaker #2
Non, pas trop. Je suis plutôt geek.
- Speaker #0
Voilà, geek. Et donc, en fait, c'est un truc que... Enfin, Star Wars, j'y connais rien, ça se trouve, je me trompe, mais il y a vraiment ça, les Marvel, machin, un peu cette espèce d'univers. Et c'est vraiment inspiré par la Swiftology. C'est les mêmes ressorts. Et j'ai l'impression que Taylor a fait un peu la version Girl de ça.
- Speaker #1
Et d'ailleurs, on en profite, il existe un super podcast consacré à Taylor Swift, Swiftology, animé par Charlie Armand. Et d'ailleurs, Charles Decant a publié aux éditions Le Duc cet ouvrage Swiftology qui décrypte les paroles. De Taylor.
- Speaker #2
On ferait pas un petit jeu ?
- Speaker #0
Avec grand plaisir.
- Speaker #1
On voudrait savoir si t'es plutôt Littérapop. Oh ! Joy, est-ce que tu es plutôt une vie de mot passant ? ou Miette de
- Speaker #0
Loana. Je vais quand même dire une vie de mauvaise, je vais désirer Loana.
- Speaker #2
Et tu es plutôt la reine Margot ou le roi Nolwenn ?
- Speaker #0
Je suis obligée de dire Nolwenn le roi, c'était ma première, vraiment ma première vraie expérience de fan.
- Speaker #1
Avant Taylor.
- Speaker #0
Mais bien sûr ! Et en plus, une fois je l'ai croisé, j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps, j'avais 12 ans, j'ai encore son autographe ! Non mais Nolwenn, c'est un truc, enfin là j'écoute plus trop, mais à l'époque c'était... Non mais Nolwenn, mais tout de suite ! Mais mon dieu !
- Speaker #2
Team Nolwenn !
- Speaker #0
Team Nolwenn !
- Speaker #1
Et est-ce que tu es du coup plutôt Taylor Swift ou Télérama ?
- Speaker #2
Taylor Hamann ? Pas mal,
- Speaker #1
pas mal,
- Speaker #0
pas mal.
- Speaker #2
Et tu es plutôt Rihanna ou Rihanna Skincare ?
- Speaker #0
C'est pas mal Rihanna Skincare.
- Speaker #2
Un bon nom de drag queen.
- Speaker #0
Rihanna Skincare, mais bien sûr ! Bien sûr, drag queen littéraire, c'est super. Allez, je prends Rihanna. Wow,
- Speaker #2
choices.
- Speaker #0
C'est la fin de cette émission déjà,
- Speaker #1
merci infiniment Joy d'avoir passé ce moment avec nous pour désacraliser un peu la littérature avec un grand L et sacraliser un peu... un peu plus la pop avec un grand P.
- Speaker #0
Merci à vous de m'avoir accueillie, c'était un immense plaisir.
- Speaker #1
J'espère que tu vas passer un bon moment parce que nous, oui.
- Speaker #0
J'ai adoré, vous m'avez permis de parler de Taylor.
- Speaker #2
Mais avant de nous quitter, on rappelle que ton dernier livre, Skincare, vient de paraître aux éditions 49 pages.
- Speaker #1
Allez l'acheter dans votre librairie de quartier.
- Speaker #2
Et rappelons qu'acheter en librairie ne coûte pas plus cher que de commander en ligne sur certains sites. dont on taira le nom Chut chut pas de Marc
- Speaker #1
Merci à vous de nous avoir suivis et continuez à nous suivre sur les médias sociaux pour notre regard sur la littérature et la pop Anaïs.amandine et Gonzague Mahé des Portes sur Instagram
- Speaker #2
Merci de nous avoir écoutés, on vous souhaite de très belles lectures qu'elles soient pop ou pas Et d'ailleurs on en profite pour remercier Ludovic Huvier pour son magnifique générique, j'espère que vous l'avez tous adoré et ses habillages sonores, mais aussi Daz pour son superbe logo, ainsi qu'Alex et PH pour leur aide sur la technique.
- Speaker #1
Et merci également à Thibaut du Jour Pop pour ses conseils précieux à l'écouter le Jour Pop. A très bientôt pour d'autres aventures aux croisons de la littérature et de la pop culture.
- Speaker #2
Et à la royure sur Littérapop Pop !