Speaker #0Musique Je suis avec Rick Hunter. Qu'est-ce qu'il connaît aux femmes à Rick Hunter ? Je sais pas. Réponse. Rien. Il connaît rien. Bonjour à tous et bienvenue dans ce septième épisode de Lyric Hunter, le podcast qui exporte les paroles des chansons anglaises mais en français. Moi c'est Misha, je suis 50% français, 50% suisse et 100% guitariste amateur. Dans Lyric Hunter, on inspecte, on épluche, on décortique les paroles des grands tubes anglophones, mais dans la langue de mots passants ou de booba, c'est selon. Déjà 6 épisodes. Jusque-là, on avait eu des artistes de tout poil, des grands, des petits, des plus ou moins poilus, mais pas de représentants de la jambe féminine. Et il était temps de remédier à ça. Et pour ce faire, j'ai décidé d'invoquer directement la patronne du game, la boss de fin de niveau des chanteuses superstars, Madonna Louise Chicken de son état civil, ou plus simplement Madonna. Iconique, culte, légendaire, mythique, illustre, emblématique, célèbre, mémorable, proverbial, historique, que dire de plus pour présenter la Madonna, une des artistes les plus influentes de ces 40 dernières années ? Alors, vous avez comme projet de devenir une star internationale et vous pensez avoir une idée originale pour y arriver ? Cherchez pas, Madonna l'a déjà fait avant vous. Et si elle ne l'a pas déjà fait, c'est qu'elle va le faire dans les 6 prochains mois. Enregistrer plus de 300 chansons et vendre plus de 350 millions d'albums, classer 12 singles n°1 au Billboard Hot 100 et 38 titres dans le top 10 US, c'est fait. Jouer dans plus de 20 films, gagner un Golden Globe en tant qu'actrice pour son rôle dans Evita et réaliser 2 films, c'est fait aussi. Devenir une icône de la mode et lancer sa propre ligne de vêtements en collaboration avec H&M et plus tard avec sa fille, lancer une marque de cosmétiques, c'est fait. Faire un livre de photos érotique en 92 et des livres pour enfants en 2003, d'après vous, c'est clair qu'elle l'a fait. Et enfin, collectionner des œuvres d'art de Picasso, Frida Kahlo, Tamara de Lempicka, fonder une œuvre caritative pour les orphelins du Malawi, s'engager pour la lutte contre le sida et soutenir la communauté homosexuelle dès les années 80, quand les autres artistes se pinçaient le nez sur ces sujets, c'est fait, fait, fait, refait, belote, rebelote et dix-deux d'air. Dans le cas de Badona, c'est plus simple de dire ce qu'elle n'a pas fait plutôt que l'inverse. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que le programme était clair dès le départ. En 1984, c'est sa première apparition à la télé. Le présentateur lui demande ce qu'elle souhaite pour la nouvelle année qui vient de commencer et Madonna lui répond en toute détente « Dominez le monde » . Au moins, ça le mérite d'être clair. Toujours dans les bons coups, toujours en avance sur les tendances du moment. Dans les années 80, elle délaisse le punk rock et la new wave pour la pop. Au début des années 90, elle s'est captée l'arrivée du R'n'B et des musiques urbaines, puis négocie habilement le virage tripop électro juste avant la fin du millénaire. Non seulement Madonna a su se réinventer musicalement et physiquement au fil des décennies, mais elle a aussi ouvert la voie aux concerts pharaoniques hyperproduits, le tout en affirmant ses désirs de manière complètement décomplexée. En gros, Madonna, c'est une des mères fondatrices de ce qu'on appellera un peu plus tard le girl power, Et pour coller un peu plus au langage de 2025, le female empowerment. Une sorte de féminisme nouvelle génération, si vous préférez. Pour résumer, si t'as Madonna, t'as Beyoncé. Si t'as Beyoncé, t'as Miley Cyrus. Si t'as Miley Cyrus, t'as Dua Lipa. Et si t'as Dua Lipa, t'as la patate. Et si t'as la patate, t'as la frite. Si t'as la frite, t'as le ketchup. Si t'as le ketchup, t'as le mayo. Si t'as le mayo et le ketchup, t'as la sauce américaine. Si t'as la sauce américaine, t'es un cow-boy. En préparant cet épisode, et donc en réécoutant la copieuse discographie de la Madone, j'ai réalisé à quel point elle faisait partie de la bande-son de ma vie. Le plus souvent à l'insu de mon plein gré, certes, mais étant né alors que les 70's vivaient leur tout dernier jour, je fais partie de cette génération pour qu'il était impossible de passer à côté des icônes qui hantaient le paysage audiovisuel en continu à cette époque. Les Johnny, Michael Jackson, Coca, McDo, Michel Drucker, Sabatier, et donc Madonna. J'en oublie, mais vous avez compris l'idée. L'honnêteté m'oblige à dire que j'ai beaucoup entendu Madonna, mais que je l'ai rarement écoutée. Même s'il m'a été donné de reprendre Like a Virgin avec Sissi, Pâle et Laurent, dans une reprise disco métallique unique qui, à défaut de nous avoir assuré une fortune certaine, aura fait la joie de quelques spectateurs parisiens en quête de rock à paillettes. Cela étant dit, grâce à ce septième épisode, j'ai eu l'occasion de faire amende honorable et de revoir la discographie de la Queen of Pop dans les grandes largeurs. Et justement, en parlant de discographie, revenons un peu en arrière avant de parler de Like a Prayer, parce que cette chanson marque un point d'inflexion dans le parcours de notre vedette préférée. Elle devient d'autant plus intéressante quand on connaît un peu mieux la trajectoire personnelle et la discographie de la Madonna. Donc, au début du commencement, Madonna quitte son Michigan natal avec littéralement 30 balles en poche pour rejoindre New York, New York. à la recherche de gloire et de célébrité. Exactement comme dans la chanson de Sinatra. Le plan au départ, c'était de faire carrière dans la danse, mais Mado va vite comprendre l'intérêt qu'il y a de pousser la chansonnette. Ça va notamment l'amener à faire une pige chez Patrick Hernandez en tant que choriste et danseuse. Oui, oui, ce Patrick Hernandez. S'entend déjà l'ambition ardente qui consumait la jeune madone, Patoche va lui conseiller de faire plutôt de la musique pop pour y arriver. Conseil qu'elle va royalement ignorer parce qu'à l'époque son truc à l'amado c'était plutôt la new wave et le post-punk. En 1979, elle fonde le Breakfast Club où elle occupe le poste de batteuse. Mais étant la jeune femme ambitieuse qu'elle ne cessera jamais d'être, elle se rapproche doucement du micro pour poser sa voix sur quelques chansons. Le tout dans un style relativement surprenant au regard du reste de sa carrière. Un peu plus tard, elle fondera le groupe Amy and the Amy's en compagnie de Stephen Bray, avec qui elle continuera d'écrire jusqu'en 1989, et encore une fois, on est dans un style assez éloigné de celui qui la rendra célèbre ensuite. Arrive 1982 et Madonna est enfin signée chez Sire Records, filiale de Warner Bros. Son premier single Everybody devient un succès dans les clubs. Suivent Burning Up et Holiday qui annoncent la sortie de son premier album solo. Et si vous voulez en apprendre plus sur la Madonna pré-célébrité, je vous recommande plus que chaudement les excellents épisodes 31 et 32 du podcast Jurassic Park consacré à ce sujet. Recommandez d'autant plus chaudement que... Ah ! C'est bon ça ! Ouh ! Trois albums solos vont précéder la sortie de Like a Prayer. L'album Madonna, 1983, l'album Like a Virgin en 1984 et True Blue en 1986. Côté thématique, pour l'album Madonna, on est dans des sujets assez courants pour une jeune femme qui navigue tambour battant dans sa vingtaine. L'album parle surtout d'amour et de relations hommes-femmes à toutes les sauces. Lucky Star parle d'amour, Borderline de relations compliquées, I Know It traite de l'infidélité, Think of Me encore de relations compliquées, Holiday et Everybody de faire la fête, et Physical Attraction, est-ce que j'ai vraiment besoin d'en dire plus ? L'album suivant, Like a Virgin, reprend un peu les mêmes thèmes. L'amour, l'amour avant l'amour, l'amour pendant l'amour, l'amour après l'amour, l'amour sans amour, bref, l'amour. Mais il y a un titre qui se démarque, Material Girl. Il pose une des autres rubriques du girl power à la sauce madonienne et l'expression d'une femme qui valorise les biens matériels et la richesse sans aucune forme de complexe ou de retenue. Alors dit comme ça, c'est peut-être un peu surprenant, mais il faut se rappeler qu'en 84, on était en plein dans les années Reagan et le capitalisme triomphant. Donc en fait, on était plutôt raccord avec l'ambiance générale. Pour l'album True Blue, même si on a encore une copieuse portion d'amour au menu, on voit apparaître des sujets plus profonds, notamment Papa Don't Preach, qui est l'histoire d'une jeune fille enceinte qui fait appel à son père malgré son désaccord et ses mises en garde répétées. Et aussi Leave to Tell, qui parle de blessures secrètes et de traumatismes émotionnels liés à l'enfance. Voilà où on en est en 1988 quand commence l'enregistrement de Like a Prayer. Madonna a déjà trois albums solo-compteur, elle vient de souffler sa 30e bougie et le titre de l'album va donner le ton directement. Like a Prayer, comme une prière en français, entend explorer de nouveaux territoires et pour la première fois, l'au-delà est de la partie, puisque l'album commence par notre titre du jour et se termine par la chanson Act of Contrition, Act de Contrition. D'ailleurs, on va garder Act of Contrition sous la main parce qu'on va en parler plus tard. Entre les deux, on a aussi Oh Father qui aborde le thème de la confrontation avec l'autorité paternelle, Keep It Together qui parle de la famille et d'unité, ou encore Express Yourself qui est un peu une variation, une continuation de Material Girl. Un album plus introspectif donc. D'ailleurs, il faut noter que Madonna est crédité sur toutes les chansons et qu'il y a aussi Patrick Léonard qui figure sur 10 chansons sur 11. Ici, un point sur Patrick Léonard s'impose. Si le nom ne vous dit rien, laissez-moi vous présenter son pédigré rapidement. Né dans le Michigan comme Madonna, Patrick Leonard est un musicien, auteur, compositeur. Il a notamment travaillé avec Pink Floyd et Roger Waters, c'est pas la même chose, enfin c'est plus la même chose, Elton John, Leonard Cohen, Michael Jackson, Fleetwood Mac, Jeff Beck, pour ne citer que les plus connus. Autant nous dire qu'il connaît un peu son sujet le bonhomme. Madonna et Patrick Leonard se mettent donc au travail et commencent la composition de Like a Prayer. Au début, elle a envisagé une instrumentation plutôt dépouillée avec juste une voix et un orgue. Mais le projet va rapidement changer de dimension pour devenir la chanson qu'on connaît. Et, magie d'internet, je vous ai concocté un petit extrait basé sur la démo de la chanson où je me suis amusé à faire arriver les pistes les unes après les autres. Musique I can feel your love, just like a prayer, you know I'll take you there, like a child Autre petite anecdote amusante, Prince, le Prince, a joué de la guitare sur Like a Prayer. Pas longtemps certes, mais il a joué quand même. La guitare qu'on entend au début, avant la porte qui claque, et bah c'est lui. Mais rassurez-vous, l'apparition du petit prince de la funk sur l'album ne se limitera pas à ces 3 secondes. Il viendra poser sa voix deux chansons plus loin sur le très sensuel Love Song. Et il posera aussi sa guitare sur Keep It Together et Act of Crunchition. Mais revenons à notre prière du jour. On est en 1989, l'enregistrement de l'album est terminé, et toujours fourré dans les bons plans, Madonna signe un contrat de 5 millions de dollars avec Pepsi qui entend surfer sur la notoriété de l'Amadone pour vendre plus de canettes. Like a Prayer sera la musique de la prochaine pub de Pepsi. La publicité est diffusée le 2 mars 89 et tout va bien jusqu'au lendemain, le 3 mars, où cette petite coquine de Madonna dévoile le clip officiel de Like a Prayer. Et, magie d'internet de nouveau, je vous ai retrouvé la conversation qui s'en est suivie entre le directeur général et le chef de la publicité de chez Pepsi. Allô chef, la pub avec Madonna cartonne. Salut Michel, super, bien joué ça. Mais aujourd'hui, elle a lancé le clip de la chanson et... Oui ? Il y a des croix en feu dedans. Ah. Et au début du clip, elle se fait presque tuer par des blancs, mais c'est un noir qui se fait arrêter à la fin. Ah. Et il y a un Jésus noir aussi. Aïe. Et à un moment, elle a des stigmates, comme Jésus justement. C'est pas bon ça. Et puis un dernier truc, chef. Le Vatican a condamné le clip et les chrétiens menacent de boycotter la marque. On est mal, on est mal. Pepsi prend une sauce intergalactique et décide d'arrêter le partenariat du jour au lendemain. Mais reste bon joueur et dit à Madonna qu'elle peut garder le pognon. Ce qui fait plutôt ses affaires puisque le clip a coûté exactement 5 millions de dollars. Calcul prémédité ou véritable démarche méditante ? C'est probablement un peu des deux. Ce qui est sûr c'est qu'en misant sur le tiercé gagnant sexe, religion, racisme, Elle a titillé l'Amérique conservatrice exactement là où ça fait mal et démarré une polémique XXL tout en assurant une sacrée visibilité à sa chanson. Alors oui, le clip traite de religion et parle aussi de racisme. Et il est vrai que tout au long de la vidéo, la madone est très légèrement vêtue. Mais pas suffisamment pour qualifier le clip d'obscène. Pour ça, c'est plutôt dans les paroles qu'il faut aller voir. Et je me sers ici une transition toute rouvée vers l'analyse. J'ai le plaisir d'ailleurs de vous présenter un nouveau format, format qui m'a été suggéré par mon copain Jean, que je salue. Merci l'ami. Pour résumer le principe, on va entendre le texte original chanté par Mado elle-même, parce qu'on est un podcast à gros budget, et ensuite on traduit et on explique. La vie est un mystère, chacun doit faire face seul. J'entends que tu m'appelles et je me sens chez moi. Alors on commence tranquillement avec une strophe qui... pose le décor. On est dans une ambiance spirituelle, la vie est un mystère et Gandhi aurait même dit la vie est un mystère à vivre et non pas un problème à résoudre. Il est question d'embrasser les expériences bonnes ou mauvaises sans forcément chercher à comprendre ou à contrôler chaque aspect de ce parcours. Et c'est un parcours qui se fait souvent seul. Malgré les appuis et les relations, certaines épreuves sont personnelles. La foi et l'amour sont des expériences intimes où chacun doit se trouver sa force et son refuge en soi. Mais au travers de ce grand néant mystérieux, elle entend une voix qui appelle son nom, comme un murmure, et après avoir répondu à cet appel, elle se sent chez elle, un endroit à l'abri des doutes, de l'incertitude et de la solitude. Le texte prend la forme d'un dialogue entre l'autrice et une personne. Mais qui ? Ah bah ça c'est la question à 5 millions de dollars. Là comme ça j'ai envie de vous dire Dieu. Madonna est là, seule, face à l'immensité de l'univers, elle entend un appel auquel elle répond, et se retrouve dans le foyer chaleureux de sa foi. Like a prayer, ce serait un peu Jeanne d'Arc avec des mèches blondes platines. Oui, ça marche et c'est pas mal. Ça marche d'autant que le titre de la chanson c'est comme une prière, qu'il y a un chœur et un orgue. Donc, tout rappelle la religion. Mais est-ce que c'est tout ? Si on considère que j'entends que tu m'appelles et je me sens chez moi s'adresse à son chéri. Ça marche aussi, mais tout de suite ça prend un sens complètement différent. Alors, vous allez me dire, j'ai l'esprit mal tourné et qu'il ne peut pas être question d'autre chose que du tout puissant. C'est gentil de me le dire, mais... Écoutez plutôt ce qui suit. Quand tu prononces mon nom, c'est comme une petite prière. À genoux, je veux t'emmener là-bas. Au cœur de la nuit, je ressens ton pouvoir. Comme une prière, tu sais que je vais t'emmener là-bas. Vous voyez, je vous l'avais bien dit. Comment est-ce qu'il faut comprendre cette strophe ? C'est cochon ou pas cochon ? Alors, comme Philippe et Chebest avec sa poularde, on va décortiquer la suite de Like a Prayer en deux façons. Pas cochon quand on va parler de Dieu, et cochon quand il va être question de faire du rodéo sous la couette. Bon, partons du principe que c'est Dieu qui appelle Madonna. Alors la phrase « à genoux, je veux t'emmener là-bas » a une dimension définitivement mystique. À genoux, c'est la posture de la prière, du recueillement, de l'humilité. C'est un geste d'abandon à quelque chose de plus grand que soi. Et t'emmener là-bas, ça ne veut pas dire qu'elle va faire visiter le paradis à Dieu, non. C'est plutôt qu'elle veut se rendre corps et âme dans cet espace spirituel où elle peut le rencontrer. Ce là-bas, c'est un lieu intérieur, c'est l'endroit où la foi et la musique se rejoignent, où la prière devient émotion pure. C'est une expérience mystique, le moment où l'on sent que la présence divine traverse la chair, comme une extase spirituelle. Et maintenant la question co, la question in, c'est la fameuse gueule sur coquine. Et maintenant quand elle chante « à genoux je veux t'emmener là-bas » avec ce nouveau contexte, bon, j'ai vraiment besoin de vous faire un dessin ? Là on n'est plus dans la chapelle, on est dans la chambre à coucher ou sur la machine à laver, mais ça va dépendre de la souplesse de chacun. « À genoux » devient une posture d'abandon amoureux, d'intimité charnelle, et « t'emmener là-bas » c'est atteindre l'extase, mais cette fois à deux, dans la chaleur du désir. « Au cœur de la nuit, je ressens ton pouvoir » prend aussi une autre couleur. Ce n'est plus la puissance divine, c'est celle du corps, du plaisir, du lien physique. Madonna mélange le sacré et le charnel. Elle transforme la ferveur religieuse en passion humaine. Et ce joyeux mélange, Patrick Léonard n'était pas trop à l'aise avec l'idée. Après avoir vu les paroles pour la première fois, il a demandé si c'était possible de les modifier un peu. Ce à quoi Madonna lui a répondu calmement « Vous êtes ! » La double signification est non seulement voulue, mais totalement assumée. You there, I hear your voice It's like an angel sighing J'ai pas de choix, je l'entends, ta voix me sent comme en pleine lumière, je ferme mes yeux. Oh Dieu, je pense que je me suis fait tomber du ciel, je ferme mes yeux. Dieu, aide-moi ! J'entends ta voix, c'est comme le soupir d'un ange. Je n'ai pas le choix, j'entends ta voix. C'est comme voler, je ferme les yeux. Oh mon Dieu, je crois que je tombe du ciel. Je ferme les yeux, que le ciel me vienne en aide. J'entends ta voix, c'est comme le soupir d'un ange. On est dans une expérience spirituelle pure. La voix qu'elle entend n'est pas humaine, c'est celle de Dieu ou d'une présence supérieure. Ce soupir d'ange évoque la douceur, la paix, la lumière. Je n'ai pas le choix, la foi n'est pas un choix pour elle, c'est une évidence, une force qui s'impose. Puis elle chante, je crois que je tombe du ciel. C'est une chute mystique, comme si elle se laissait tomber dans la foi submergée par la présence divine. Et quand elle supplie que le ciel me vienne en aide, c'est une prière sincère. Elle se sent dépassée par la vastitude de cette expérience spirituelle. Oui, oui, j'ai bien dit vastitude. C'est très très moche, c'est vrai, mais ça existe et c'est probablement la seule fois de ma vie où je pourrais caser un mot comme ça et je ne pouvais pas passer à côté de l'occasion. Ici, tout est lumière, révélation et abandon à Dieu. Madonna décrit un moment d'extase religieuse, le moment où la foi fait chavirer le corps et l'esprit. Maintenant, on range l'encens et on rallume les bougies parfumées au bois de Zobie de Madagascar. L'ambiance change radicalement. Cette fois, j'entends ta voix, c'est comme le soupir d'un ange. C'est la voix de l'être aimé qui devient douce et sensuelle. Et quand elle chante je n'ai pas le choix, c'est parce que le désir lui non plus ne se commande pas. On retrouve l'idée d'abandon mais dans un contexte plus sensuel. Ensuite elle dit c'est comme voler. Le plaisir devient une forme d'élévation, un moment où le corps s'arrache au réel. Enfin quand elle murmure oh mon dieu je crois que je tombe, on comprend que la chute est brûlante et vertigineuse. Et cette phrase ? c'est une bonne illustration de l'adresse de la plume madonienne. Est-ce qu'elle s'adresse directement à Dieu dans le contexte de son parcours spirituel ou est-ce qu'elle utilise d'expression pour exprimer un étonnement genre « Oh mince ! Oh bon sang ! » Eh bien c'est les deux mon capitaine. Madonna transforme ici la passion amoureuse en une expérience quasi religieuse, comme si à travers le corps on pouvait toucher le divin. On repart maintenant sur le refrain qu'on a déjà vu. Elle entend qu'on appelle son nom, elle est à genoux, elle veut l'emmener là-bas, l'heure de minuit, tout ça tout ça. Bon, vous savez. Bref, on arrive sur le second couplet. No end and no beginning You're here with me It's like a dream Let the choir sing When you call my name Comme un enfant, tu me chouchotes doucement Tu gardes le contrôle Comme un enfant, maintenant je danse C'est comme un rêve, sans fin ni commencement Tu es ici avec moi C'est comme un rêve, que la chorale chante Donc pour la version pas cochon Madonna retrouve la pureté, la confiance absolue qu'un enfant place dans la voix de Dieu. Le divin ne parle plus avec tonnerre et éclair, mais avec douceur. Tu gardes le contrôle, c'est Dieu qui guide, qui mène la danse. Elle s'abandonne sans résistance. Puis elle dit « maintenant je danse » . La danse devient une prière, mouvement de joie, une libération. Et quand elle ajoute « c'est comme un rêve sans fin ni commencement » , on est dans la transcendance pure, le temps disparaît, elle entre dans une communion totale. La présence divine est là. Tu es ici avec moi et la musique s'élève, que la chorale chante, c'est l'élévation finale, la foi vécue comme un rêve éveillé. Et pour la version cochon, comme un enfant tu me chuchotes doucement, c'est la tendresse avant la passion, le murmure d'un amant, la douceur avant ou après la tempête. Tu gardes le contrôle, c'est le jeu de pouvoir, la tension du désir, l'abandon de l'un à l'autre. Puis, maintenant je danse, cette danse c'est le mouvement des corps, la liberté du plaisir partagé. Et quand elle dit « c'est comme un rêve sans fin ni commencement » , elle écrit ce moment suspendu où plus rien n'existe, ni le temps, ni les limites, juste l'intensité du lien. « Tu es ici avec moi » , c'est la fusion totale. Et que la chorale chante, eh bien disons que le chœur céleste, c'est, comment dire, le point culminant des activités amoureuses faites en atelier de deux généralement, ou plus si affinité. Ensuite, on repart pour deux tours de refrain et le couplet d'introduction. La chanson se termine avec une variation du refrain et pour l'extrait qui suit, je vais mettre la voix avec la musique parce qu'il y a des choses intéressantes qui se passent. D'abord, faites attention à la basse qui rôde de façon menaçante et à la guitare saturée. Écoutez la tension qu'elles installent. Ensuite, regardez comment la transition se fait vers la seconde partie. Tout d'un coup, la basse est beaucoup plus légère, la guitare saturée a disparu. Pour les musiciens, on est passé de ré mineur à fa majeur. Et tout ça pour dire qu'on a l'illustration parfaite de... comment créer un sentiment d'élévation dans les règles de l'art. Et c'est une élévation qu'on va retrouver dans les paroles. Comme une prière, ta voix peut m'y emmener. Comme une muse pour moi, tu es un mystère. Comme un rêve, tu n'es pas ce que tu sembles être. Comme une prière, je n'ai pas le choix, ta voix peut m'y emmener. Et là, tout se mélange. On ne sait plus s'il est question de Dieu, d'un amant ou des deux à la fois. Et à vrai dire, c'est plus important. Parce que tout converge, la foi, le désir, la musique, la voix. Tout devient une seule et même expérience d'extase. Quand elle chante, ta voix peut m'y emmener. C'est à la fois une déclaration mystique et une phrase d'amour. La prière devient passion, la passion devient prière. Le là-bas dont elle parle depuis le début, ce lieu de lumière, de puissance, de connexion, c'est autant un espace intérieur qu'un moment partagé avec l'autre. A ce stade, on n'est plus dans le religieux ou le charnel, on est dans le sacré du sentiment, dans cette zone où le corps et l'âme vibrent de la même fréquence. Elle dit que le plus profond de l'amour, qu'il soit spirituel ou physique, nous mène exactement au même endroit. Alors voilà, on vient de voir les paroles de Like a Prayer. Et qu'est-ce qu'on peut retenir de tout ça ? Déjà, on peut commencer par dire que Like a Prayer n'est pas arrivé là par hasard. Chaque ligne a été pensée et affinée par une Madonna fraîchement trentenaire avec déjà plusieurs albums à son actif. D'ailleurs, il faut dire que la mère de Madonna est décédée à l'âge de 30 ans. Donc c'est normal que des questions spirituelles apparaissent dans les textes quand Madonna arrive exactement au même âge. Mouvement qu'elle amplifiera notamment avec l'album Ray of Light. Alors oui, en voyant le clip, le pape a dû avaler son hostie de travers et au cuculant, ils ont dû être moyennement amusés. Et les parents soucieux de la chasteté de leurs enfants ont dû vachement se gratter la tête à savoir si oui ou non, la chanson était à mettre entre toutes les oreilles. Mais tout ça au final, c'est que le résultat. Si on oublie le scandale et la polémique, il nous reste un texte et une musique qui parlent d'amour, l'amour de Dieu et l'amour tout court, et qui insinue que finalement c'est pas très différent. Comme on l'a vu au début, Madonna, c'est plutôt le genre à vouloir faire les choses à sa manière. Ici, elle s'est autorisée à donner pour la première fois sa vision de la religion, tout en adressant un pied de nez à l'église catholique et à son dogme rigoriste. D'ailleurs, en 1989, elle dira au magazine Rolling Stones
Speaker #0Donc au final, avec Like a Prayer, Madonna nous propose une façon de vivre sa foi. Non pas une fois hantée par le péché et la peur de mal faire ou de faire le mal, mais une fois libérée, joyeuse et remplie d'amour, d'amour de Dieu et d'amour humain. Elle s'autorise au passage un coup de griffe au tabou sur le sexe, suggérant que l'amour physique est aussi une chose positive et joyeuse. Et par la suite, elle ira d'ailleurs beaucoup plus loin avec l'album Erotica et le livre intitulé Sexe. Bon, je crois que tout est dans le titre là. Mais bon, à ce stade, la madone n'en a pas encore tout à fait terminé avec la religion catholique. Vous vous rappelez ? Au début, je vous avais dit qu'on allait parler rapidement du dernier titre de l'album, Act of Contrition. La musique est principalement faite de bout de Like a Prayer, mais jouée à l'envers. Mais ce coup-ci, il y a un vrai solo de Prince. C'est une prière chuchotée, presque une confession volée. Madonna parle du royaume, du pardon, et on se dit « bon ok, ça y est, là c'est le retour à l'église » . Mais d'un coup, elle dit « what do you mean it's not in the computer ? » Comment ça ? C'est pas dans l'ordinateur ? Et là, tout bascule, on passe du sacré au surréel, de la foi à l'absurde, comme si la confession devenait un bug spirituel. Ici, en fait, Madonna ne se moque pas de Dieu. Elle se moque du système, de cette religion qui tourne en boucle où on se confesse, on culpabilise et on recommence. Act of Contrition, c'est une prière qui déraille, un mea culpa sous électricité divine, et c'est exactement ça, Madonna. Entre foi et provocation, entre l'ange et le bug. Ce dernier titre vient conclure l'album et fonctionne comme un miroir pour Like a Prayer. Il appuie et confirme de façon plus acerbe ce qui avait été déjà dit plus tôt. Donc, Madonna est une personne définitivement pétrie de spiritualité, mais elle entend vivre sa foi selon ses propres termes, loin du carcan imposé par des institutions religieuses dans lesquelles elle ne se reconnaît pas. La religion à sa façon si vous préférez. On est arrivé à la fin de ce septième épisode de Lyric Hunter consacré à Like a Prayer de Madonna. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à partager l'émission avec vos amis et à laisser un like sur votre plateforme de podcast préférée. Chaque partage m'aide vraiment à toucher plus de monde et ça me motive à continuer à faire des épisodes. Avant de vous laisser, je vous ai préparé une petite rubrique pour finir sur une note sucrée. Le bon, la brute et le truant. Ici, je vais vous proposer trois versions de la chanson. Une version magnifiée de l'original qui sera le bon. Une version de la chanson qui se permet une revisite osée ou décalée, la brute. Et le truant, ça c'est mon goût pour les trucs déviants. Il va s'agir d'une reprise malfagotée, feignante ou crapuleuse. Et en parlant de truands, on va commencer par la reprise de Sam Perry. Bon là, on n'est plus sur un brigand de bac à sable, plutôt que sur un braqueur multirécidiviste qui aurait passé la moitié de sa vie dans le quartier haute sécurité des Beaumettes. Sam Perry est connu surtout pour avoir gagné de voice en Australie. Alors oui, il y a des moyens dans cette reprise, mais il y a un moment, il nous fait presque du Michael Jackson et on a envie de lui dire « Respire un petit peu garçon parce que tu vas nous faire un claquage sinon » . Bref, beaucoup trop d'intensité mal placée. Mais ce qui vient parachever cette reprise déjà bien anarde, c'est qu'il a un petit peu mis de côté les paroles équivoques qui avaient tant chagriné Patrick Léonard. Alors oui, je sais, The Voice, c'est une émission grand public et on ne peut pas parler de Zigounet à une heure de grande écoute, mais bon, en laissant volontairement de côté ce couplet, il fait une coupe qui ne respecte pas le texte original et surtout, ça montre qu'il n'a pas compris grand chose au sens de la chanson. Et oui, en censurant cette partie, il rentre directement dans le conformisme que Like A Prayer entendait critiquer. Donc mon petit Sam, je suis désolé, mais pour toi, ce coup-ci, c'est un zéro pointé. Pour la brute, je vous propose la version de Cain Culto. Cain Culto était un pasteur de culte évangélique et un membre fondateur du groupe chrétien appelé Ecclesia, avant de faire son coming out et de changer d'orientation musicale. Alors autant vous dire que Like A Prayer, ça a dû vachement lui parler. Ici, on a une version très sombre, très tendue. Contrairement à l'original qui propose des moments de célébration joyeuse, en contraste au couplet plus lent, la version de Ken Kulto amène la chanson dans l'intimité la plus profonde, avec finalement peu de moments de relâchement. Et il s'approprie complètement le texte de la madone, en lui donnant une patine beaucoup plus obscure. D'ailleurs, je vous conseille le visionnage du clip qui est très esthétique, aussi sombre que la musique, mais très soigné visuellement. Et le bon pour terminer, c'est la version d'Imani qu'on va écouter. Dans cette prise live faite dans la galerie du Petit Palais de Paris. On y retrouve Imani et sa voix envoûtante accompagnée de 8 violoncellistes dans une version qui propose un très joli crescendo d'intensité. La chanteuse franco-comorienne est complètement habitée et l'arrangement des instruments à cordes est fait plutôt intelligemment. Il ne se contente pas de faire des nappes pour faire joli, comme c'est souvent le cas pour les cordes. Ici, les 8 instrumentistes participent vraiment à la dynamique de la chanson en amenant des jolis petits commentaires tout au long des 5 minutes 39 que dure la musique. La partie instrumentale est parcourue de plein de petits mouvements qui participent au sentiment d'élévation vers lequel on tend inexorablement. Bref, c'est une rélecture plutôt pertinente de Like a Prayer. Et ici aussi, je vous conseille le visionnage de la vidéo qui est plutôt agréable à regarder. Voilà, c'était Lyric Hunter épisode 7 consacré à Like a Prayer de Madonna. Merci de m'avoir écouté jusqu'ici. je vous dis à très bientôt pour l'épisode 8