Speaker #0Dans chaque jeu vidéo, tu as croisé des centaines de personnages, ou pire, tu les as tués sans même te poser la moindre question. Ce podcast se pose les questions à ta place. Bonjour à tous et bienvenue dans Ma Vie de PNJ, le podcast qui donne enfin la parole à ceux qu'on a oubliés. Dans chaque épisode, je redonne une voix, une histoire et un prénom aux oubliés des jeux vidéo pour qu'ils puissent enfin prendre leur revanche. Aujourd'hui, je vais vous parler d'Eustache. Eustache vivait à Yarnham, et déjà rien que cette phrase vous comprenez qu'on parle mal. Yarnham, pour ceux qui ne connaissent pas, c'est une ville. Enfin, ce qui reste d'une ville. Une cité gothique perpétuellement plongée dans la nuit, où la lune est rouge sans, où l'air sent le brûlé, et où la moitié des habitants se transforment en loups-garous. C'est un peu comme Lausanne en novembre, mais en pire. Eustache vivait là depuis toujours. 53 ans, veuf, pas d'enfant. Enfin, plus d'enfant. Domicilié au deuxième étage d'une vieille bâtisse délabrée de la vieille Yarnam, derrière une fenêtre en bois, sculptée, magnifique, ornée de dorures. Mais malheureusement... Il ne l'ouvrait jamais. Eustache n'avait pas grand chose. Une chaise, une table, une chandelle. Et une certitude profonde, ancrée, viscérale. Dehors, c'est l'enfer. En effet, la ville de Yharnam est régulièrement plongée dans des nuits de cauchemars où une épidémie transforme ses habitants en bêtes sanguinaires. C'est alors que des chasseurs, guidés par la volonté du sang, arrivent en ville pour repousser cette menace. Mais prenez garde, chasseurs. Plus l'on chasse les monstres, Plus le sang des bêtes contamine, ils vous contaminent et vous feront succomber à la soif de sang. Et là, vous en perdrez la raison. C'est pour cela que tous les soirs, Eustache procédait au même rituel. Il fermait les volets, il poussait sa table contre la porte et s'asseyait dans son fauteuil. Puis il attendait. Il attendait que passe la nuit. Sauf que la nuit, à Yarnham, elle ne passe jamais vraiment. C'était un soir comme un autre. Eustache était installé dans son fauteuil. Il sentait l'odeur familière de la fumée, des bûchers et de la viande qu'on ne préférait pas identifier. Bref, un mardi quoi. Et puis, il a entendu des pas. Des pas lourds, réguliers, qui montaient la rue, qui s'arrêtaient, qui repartaient. Des pas qui n'étaient ni ceux d'un homme, ni ceux d'une bête. C'étaient les pas d'un chasseur. Eustache a regardé par sa fenêtre, à travers les volets recouverts. En bas, dans la rue, il a vu une silhouette. Manteau long, chapeau tricorne. Une arme à la main qui ressemblait à une scie pliante. Ce qui en soi, est déjà un choix de carrière préoccupant. Le chasseur a levé la tête. Il l'a vu. Et là, Eustache a fait ce que n'importe quel habitant de Yarnham aurait fait à sa place. Il a ouvert la fenêtre, juste un peu, et il a crié quelque chose. Quelque chose comme « Dégage, bête maudite ! On ne veut pas de tes veines promesses ! » Ce qui, vous en conviendrez, est une approche commerciale discutable, surtout quand un chasseur passe dans votre rue. Le chasseur n'a rien dit. Il a continué son chemin. Trois minutes plus tard, Eustache a entendu un bruit. Quelqu'un qui défonçait la porte d'en bas. Et là, Eustache a compris. Il s'est dit qu'il aurait dû fermer sa fenêtre. Et surtout, qu'il aurait dû fermer sa gueule. Le chasseur est monté, Eustache n'a pas survécu. J'ai recueilli les témoignages des habitants survivants de la ville de Yarnham. Gideon, voisin de palier.
Speaker #0J'ai essayé de contacter le chasseur, mais il n'a pas voulu répondre. Il a juste rechargé son arme. Et il est parti vers un autre quartier. Il faut comprendre une chose sur les habitants de Yarnham. Ils ne sont pas méchants, ils sont juste terrifiés. Ils vivent dans une ville où la nuit ne finit jamais, où les rues se transforment en cauchemars, où ton voisin peut à tout moment avoir des poils qui se mettent à pousser et à hurler à la lune. Une ville où l'église, qui est censée te protéger, expérimente des choses dont personne ne devrait jamais avoir connaissance. Alors quand tu vis ça pendant des décennies, Tu développes des mécanismes, des mécanismes de défense, et le mécanisme principal d'Eustache, c'était l'agressivité préventive. Il insultait avant qu'on l'agresse, il rejetait avant qu'on le rejette, il fermait sa fenêtre avant qu'on l'ouvre pour lui. Ce n'était pas du mépris, c'était de la survie. Eustache n'était pas un méchant PNJ, c'était un homme brisé, derrière une fenêtre, dans une ville qui n'aurait jamais dû exister. La prochaine fois que vous jouerez à Bloodborne et qu'un habitant vous insulte à travers ses volets, Ne lui en voulez pas, il a juste eu une vie compliquée. Repose en paix Eustache, tu avais raison sur tout. C'est l'enfer dehors et c'est rentrer chez toi. Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. Si tu as aimé, le mieux que tu puisses faire c'est 3 choses. T'abonner, laisser une note et partager à une personne. C'est gratuit, ça te prend 10 secondes et ça change tout pour moi. Merci encore, à dans deux semaines.