- Speaker #0
Bonjour Émilie.
- Speaker #1
Bonjour Gaëlle.
- Speaker #0
Merci de m'accueillir chez toi, on va dire ça. Est-ce que tu pourrais te présenter dans un premier temps ? Qui est Émilie Briand ? Et où est-ce qu'on est aujourd'hui ?
- Speaker #1
Alors je suis donc Émilie Briand, j'ai 44 ans. Nous sommes dans la maison de sens, dans mon bureau plus exactement, l'endroit où je reçois des gens qui viennent en séance de coaching ou de logothérapie. J'expliquerai si tu veux un petit peu plus loin, parce que c'est la logothérapie. On est en Provence, entourée de nature, dans un masque qui date du XVIIe siècle et qui est un lieu dans lequel je reçois des femmes essentiellement qui ont besoin d'une parenthèse et d'un refuge pendant quelques jours pour revenir à elles. pour réfléchir à leur vie, au sens de leur vie, à ce qui a besoin d'être mis en ordre peut-être dans leur vie quotidienne, prendre des décisions ou régénérer leur énergie avant de repartir à leur vie. Donc voilà où on est et qui suis-je ? Je suis donc logothérapeute, c'est-à-dire que je pratique une approche thérapeutique par le sens, qui met vraiment le sens comme l'élément central d'éclairage de notre vie. de ce qu'on traverse, des choix qu'on fait, des épreuves qu'on subit mais dont on peut sortir grandi. Je suis coach, j'accompagne des gens, des hommes, des femmes qui ont des problèmes de confiance en eux, de management, de rapport au travail, de rapport à l'énergie dans le travail, de burn-out, de perturbations identitaires on va dire, en fonction des moments de leur vie. Je suis maman de deux enfants, de deux garçons qui ont 10 et 5 ans. Je suis passionnée par l'être humain, comme toi tu es passionnée par les lieux, je crois.
- Speaker #0
Indirectement, c'est par l'être humain aussi.
- Speaker #1
Voilà, absolument. Je suis autrice, j'ai écrit un livre qui s'appelle « Être plus qu'une mère » . qui parle du Big Bang identitaire causé par la maternité, et de tout ce que ça vient remanier, tout ce que ça vient charrier comme représentation de soi, du couple, de sa propre relation maternelle, de tout ce que ça vient changer dans une vie, et pas seulement... physiquement et dans l'habitat en fait. Je pense que ça vient transformer en profondeur dans le rapport qu'on a à soi et à la vie, au temps, à la mort, à ses valeurs, à ce qu'on transmet.
- Speaker #0
Ok. Alors dans un premier temps, si tu veux bien, on va rester dans le lieu puisqu'on va essayer de faire des ponts entre nos deux parties, on va dire. Comment tu as rencontré ce lieu ?
- Speaker #1
Je l'ai rencontré par hasard, si tant est que le hasard existe. Je l'ai rencontré il y a six ans, tout juste. Un jour de mai 2020, en plein confinement, on est venu visiter cette maison qui est une propriété agricole, donc une maison entourée de terres agricoles, parce que mon conjoint, Guillaume, cherchait un lieu dans lequel implanter une ferme.
- Speaker #0
Sachant que vous habitiez Paris.
- Speaker #1
Oui, absolument. On habitait Paris, on était en confinement. à côté de Arles, dans un petit gîte agricole. Et mon conjoint est dans l'hôtellerie. À cause du Covid, ses hôtels étaient fermés. Et il réfléchissait à un autre projet entrepreneurial, à l'idée de la création d'une ferme pilote en permaculture, en agriculture biologique, avec un nouveau modèle d'exploitation. Bref, je te passe les détails. Mais il cherchait un un lieu pour implanter cette ferme. Et donc... On est venu ici pour découvrir cet endroit et voir si ça pouvait être le bon lieu pour ça, pour ce projet-là. Et moi, j'ai découvert cette maison avec énormément d'admiration. C'était un enchantement, sincèrement. C'était une journée magnifique, ensoleillée, la nature était sublime. Enfin voilà, j'ai vécu vraiment cette découverte de maison avec un sentiment d'enchantement, mais sans pouvoir me projeter en me disant un jour je vivrai ici.
- Speaker #0
Oui, c'était une visite comme tu aurais visité...
- Speaker #1
Un autre musée, une maison d'artistes. C'était très beau, très agréable, absolument.
- Speaker #0
C'était la balade.
- Speaker #1
Voilà. Et en revanche, le sentiment dominant que j'ai ressenti ici, c'est la paix. Vraiment la paix, l'inquiétude. D'ailleurs, c'est, je pense, une des premières choses que tu m'as dites en arrivant ici.
- Speaker #0
Oui, clairement.
- Speaker #1
Et donc, quand on est reparti, quand on est remonté en voiture, quand Guillaume m'a demandé ce que j'en avais pensé, c'est ça que j'ai dit en premier, c'est que cet endroit... Il était trop grand pour notre petite famille, mais qu'en revanche... Il serait parfait pour accueillir des gens qui ont besoin de se reconstruire. Et tout est parti de là. Donc oui, bien sûr, il y avait le projet de ferme qui pouvait avoir lieu ici. Mais c'est surtout l'idée d'un lieu refuge, d'un lieu dans lequel on pourrait, je pourrais recevoir des personnes qui ont besoin de temps pour elles, qui ont besoin de prendre du recul, de prendre de la hauteur et de se reconstruire. En fait, cet endroit était le lieu idoine pour ça. Et probablement parce que ça semblait totalement irréaliste à l'époque. J'ai réfléchi à ce projet sans contrainte, sans contrainte de réalisme, sans contrainte de il faut monter un projet qu'on va pouvoir déployer. En fait c'était comme un rêve, c'était comme un fantasme. Du coup l'imaginaire était totalement libre d'élaborer son idée. Et donc pendant le trajet en voiture qu'on avait, on avait une demi-heure, c'est comme si on avait fait un brainstorming totalement libre, libéré de toute contrainte sur le sujet. Et la maison de sens est née comme ça.
- Speaker #0
D'accord. Dans une voiture, à la sortie de la visite.
- Speaker #1
Absolument. Et on n'a pas visité d'autres maisons. C'était ici ou nulle part ailleurs. C'était là, en fait. Et c'est donc cette visite, cette rencontre avec la maison qui a décidé toute la suite de notre vie. Et ça fait... C'était il y a six ans. Et ça fait cinq ans qu'on est installés ici.
- Speaker #0
D'accord. Tu n'avais jamais eu le projet de créer un lieu quel qu'il soit. Ton mari est dans l'hospitalité, donc lui, on va dire que c'est son quotidien. Mais au-delà de ça, toi, tu n'avais jamais eu cette idée-là ou cette envie-là ? Jamais. Un jour, peut-être ?
- Speaker #1
Jamais. Non, non, ça ne faisait pas du tout partie ni des idées ni des projets. Ça ne m'avait même jamais effleuré l'esprit de porter un projet comme celui-là, en fait.
- Speaker #0
Parce que toi, professionnellement, à l'époque, tu en étais où ?
- Speaker #1
J'avais mon cabinet à Paris, j'avais un cabinet de coaching, je recevais des gens, j'allais en entreprise animer des coachings collectifs ou des conférences, mais je n'avais pas l'idée du lieu.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Pas du tout.
- Speaker #0
Qu'est-ce que ce lieu est venu... Je vais te faire, mais qu'est-ce qu'il est venu t'apporter ? Qu'est-ce que... tu es venue y chercher ? Peut-être que la réponse est rien parce que tu ne l'avais pas anticipée. Qu'est-ce qu'il t'a apporté ce lieu ? Alors, je ne vais pas vous poser ma question en deux temps. Qu'est-ce qu'il t'a apporté dans un premier temps, dans une première intention ? Et avec cinq ans de recul, qu'est-ce qu'il t'aurait apporté ? Qu'est-ce qu'il t'a apporté vraiment ?
- Speaker #1
Euh... Alors il m'a apporté plein de choses, il continue à m'apporter beaucoup de choses. Il m'a apporté un ancrage dans la nature. Ça faisait deux ans que je sentais que j'avais plus besoin de nature. Moi, j'ai grandi en Bretagne. Je n'ai pas grandi en ville, j'ai grandi avec un jardin, de la nature autour, des arbres. Donc, il m'a apporté un ancrage avec un rapport à la nature quotidien, saison après saison, jour après jour. Donc ça déjà, ça m'apaise énormément.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Il m'a apporté ça. Il m'a apporté la chance inouïe d'être entourée de beauté. Tous les jours, je me dis que j'ai une chance folle d'avoir autant de beauté sous les yeux. Il m'a apporté un lieu qui rassemble, qui réunit mes enfants, leurs grandes sœurs, parce que j'ai trois belles filles. Et donc, c'est devenu une maison de famille que je n'avais pas, que je n'avais plus en fait. Donc, ça m'a apporté ça et ça, dans mon histoire, c'est important. Professionnellement, ça m'a apporté une autre dimension. Pouvoir recevoir des gens et leur offrir cet espace-là de reconnexion à eux, cet espace de régénération, cet espace d'introspection, c'est quand même une sacrée chance. Par rapport à avoir un cabinet dans lequel les gens viennent, dont ils repartent pour retourner à leur vie, à la vie trépidante qui les attend. Oui, c'est un tout autre accompagnement. Absolument. Donc ça m'a apporté tout ça. Et avec les 5 ans de recul, ça m'a apporté aussi un énorme développement de compétences parce que c'est un vrai projet entrepreneurial. C'est un projet managérial parce qu'il y a quand même une équipe quasiment de 10 personnes entre l'équipe de la maison qui nous aide à la maison et l'équipe de la ferme. Finalement, c'est une petite PME. Ça m'a apporté aussi... un surcroît de confiance en moi.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
C'est-à-dire que j'avais... À quel niveau ? En fait, quand tu apprends à gérer autant de choses, autant de sujets au quotidien, à te débrouiller... En plus, mon mari est quand même souvent absent pour son travail. Donc en fait, cette maison, je la porte aussi. à certains moments, seule. Donc c'est moi qui gère. C'est moi qui fais face aux difficultés, c'est moi qui fais face aux orages, aux arbres tombés en plein milieu de l'allée, aux coupures de courant, à des difficultés techniques, etc. À des difficultés de staff, tout ce qui peut arriver dans une vie quotidienne. Et donc ça m'a... Ça m'a permis de développer un surcroît de confiance en moi parce que force est de constater que j'arrive à faire face, que j'arrive à gérer. Et donc en fait c'est comme un rappel quotidien que oui je peux gérer en fait, j'arrive à faire face à tout ça. Ça m'a apporté, ça a renforcé ma raison d'être.
- Speaker #0
Dans quel sens ?
- Speaker #1
Dans le sens... Dans le sens du sens, en fait. Ça a beaucoup de sens, cette maison. Ça a beaucoup de sens à la fois pour les gens qui y séjournent. Ça a du sens pour moi de contribuer à ça au quotidien. Ça a du sens pour moi en tant que mère. de permettre à mes enfants de grandir dans un cadre comme celui-là. Mes enfants, ils vont à la ferme, ils vont aider l'équipe de la ferme, ils vont apprendre à nettoyer des poireaux, à récolter des melons. Ils vont discuter avec des clients de ce que c'est le passage des saisons. Ils racontent ça aux petits, en fait, qui séjournent ici. Ils ont une sensibilité à la nature.
- Speaker #0
C'est une ouverture aux gens et au monde.
- Speaker #1
Absolument, et une connexion à la terre. Ça rejoint mes valeurs, ça rejoint les principes avec lesquels j'ai été éduquée aussi. Il y a une espèce de continuité. Moi, je viens d'une famille très terrienne, terre à terre, au beau sens du terme, où on respecte la terre, où on respecte les saisons, où on sait la valeur d'une culture. Ça a beaucoup de sens aussi pour ça, pour toutes ces raisons-là.
- Speaker #0
D'accord. Justement, on va faire le lien avec ton métier. Tu vas peut-être nous parler un petit peu plus du sens de la logothérapie. Et j'aimerais qu'on aille sur un sujet, c'est quoi le sens et la place ? Comment tu définirais ces deux termes aussi ? Parce que je pense qu'on peut faire l'amalgame et que je pense que ça reste très différent.
- Speaker #1
Le sens Pour dire les choses simplement, c'est la raison d'être. Donc la logothérapie, c'est une approche qui a été créée par un homme qui s'appelle Victor Frankel. qui était neuropsychiatre en Autriche, qui a fait l'expérience épouvantable des camps de concentration, qui en est sorti vivant, et il explique dans ses livres que ce qui l'a aidé à rester en vie, c'est l'envie d'écrire son livre sur la logothérapie. Il avait déjà écrit un manuscrit, mais en fait on lui a pris quand il est arrivé dans le premier camp. Il l'avait caché dans la doublure de son manteau, et son manteau lui a été enlevé dès qu'il est arrivé. Et donc en fait, il a voulu rester vivant pour pouvoir réécrire son livre, et apporter la logothérapie au monde, parce qu'il était convaincu que... c'était une approche qui pouvait sincèrement aider les gens. Et c'est quelque chose que je partage très profondément. Le sens est à vivre parce que si ce qu'on traverse dans l'existence n'a pas toujours de sens, une maladie, la perte d'un proche, la maladie d'un enfant, la perte d'un enfant, ce sont quand même des épreuves de vie terribles qui n'ont aucun sens en tant que telles, la logothérapie aide à donner du sens à la personne que l'on devient face à cette épreuve. Frankel parlait de ce qu'il appelait les valeurs d'attitude, l'attitude qu'on adopte face à la difficulté. Et en fait, ça, c'est l'expression de notre plus grande liberté. Face à l'adversité, je suis libre, rien ne me détermine et rien ne m'empêche de faire preuve de courage, de patience, de persévérance, d'optimisme, de foi, de résilience. D'humilité aussi, à dire je suis faible, je suis vulnérable, j'ai besoin d'aide. Donc en fait, l'adversité peut nous permettre de développer tout un champ de ressources intérieures et à l'extérieur de soi. Et ça, ça peut aider à donner du sens à ce qu'on traverse. Et quand on regarde sa vie, quand on se retourne et qu'on regarde derrière son épaule et qu'on voit quel est le fil conducteur entre toutes les choses qu'on a menées, toutes les décisions qu'on a prises, Quand on regarde ça avec le prisme du sens, on en sort grandi et on a un sentiment de consistance qui donne énormément de valeur à notre vie en fait.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Tout se relie et tout peut faire sens. Ou à l'inverse, il y a des situations qui s'apparentent à des cul-de-sac, à des impasses. Et souvent ce sont des situations dans lesquelles on s'est retrouvé à contresens de soi-même, de ce qui compte, de ce qui est essentiel, de nos valeurs, des principes selon lesquels on a envie de vivre notre vie. Donc voilà pour le sens.
- Speaker #0
Est-ce que tu Est-ce que ça, pour toi, quel est le lien avec l'intuition ? Parce que ce que j'entends quand tu dis ça, c'est une impasse, tu sais, des fois on se dit bon ben si ça fonctionne pas tel que j'aurais aimé que ça fonctionne, ça veut peut-être dire que c'est pas là, ou c'est pas la bonne direction, ou...
- Speaker #1
Alors peut-être que le sens peut être la mise en mots de l'intuition, de quelque chose que l'on perçoit sans forcément réussir à se l'expliquer. Après, je crois que c'est l'action qui peut nous permettre aussi de savoir si c'est juste ou pas. Le corps aussi. Finalement, le sens est un bon complément à l'intuition. Ça permet de rationaliser l'intuition et donc de ne pas s'engager dans des prises de décision. uniquement au feeling, mais de leur donner à ces décisions un peu plus de corps en se disant, attends, est-ce qu'en fait ça rejoint mes valeurs ? Est-ce que ça va me permettre de me rapprocher de mes aspirations ? Est-ce que ça respecte les sources de sens qui sont les miennes ? Et tu vois, par exemple, le choix de cette maison, sincèrement, on aurait pu se décourager parce que pendant un an, donc l'année qui a suivi la rencontre avec la maison, a été une année pendant laquelle on s'est pris quatre refus bancaires. pour le financement de la maison.
- Speaker #0
Parce qu'on rappelle, on était en plein Covid. En plein Covid, voilà. On a créé un lieu d'hospitalité à ce moment-là. Voilà,
- Speaker #1
c'était pas du tout le bon moment. La France n'était pas vaccinée. Nous, on n'avait pas du tout d'argent de côté, en fait. On est tous les deux entrepreneurs. On venait d'avoir une aventure entrepreneuriale malheureuse qui s'était très mal terminée. Donc, en fait, on redémarrait à zéro. Donc, on n'était pas du tout rassurants pour les banques. Donc, on s'est pris quatre refus. En fait, chacun de ces refus, Si on l'avait vu comme un signe, on aurait pu se dire, ça nous confie qu'il faut s'arrêter. Et là, finalement, c'est pas ça la suite de notre vie. On a bien rêvé,
- Speaker #0
mais...
- Speaker #1
Voilà. Et en fait, on est allé au-delà de ça. C'est-à-dire qu'on s'est attaché justement au sens que ça avait pour nous, à la fois professionnellement, familialement, humainement parlant. Et ça continuait à avoir du sens malgré les refus. Et donc, le jour où il y a eu un oui bancaire, Et finalement, notre intuition nous avait dit au début qu'on en avait envie de ce projet un an auparavant. Le chagrin à chaque refus était aussi un indicateur. Ce n'était pas un soulagement le refus bancaire, c'était un chagrin, c'était une déception. Donc ça voulait dire que ça avait de l'importance à nos yeux, qu'on en avait envie, parce que sinon on n'aurait pas été déçus, on aurait été soulagés et libérés finalement. Et par ailleurs, avec les critères de sens qui étaient les nôtres, un lieu dans la nature, Un lieu qui, sur le plan humain, avait de la valeur, c'était pouvoir recevoir des gens, les aider à traverser des choses difficiles, faire un projet de ferme qui respecte à la fois la santé des gens, le corps des gens qui y travaillent. C'est un projet ergonomique qui respecte le corps des maraîchers. Donc tout ça avait beaucoup de sens. Donc tu vois, pour répondre à ta question, je crois que le sens aide à valider l'intuition. Le sens aide à... rationaliser et à mettre quelque chose qui rassure pour pas avoir le sentiment de faire les choses seulement au feeling. Et pour revenir à ta question sur la place...
- Speaker #0
Est-ce que déjà c'est un terme que toi tu emploies au fond ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Par exemple, quand je parle du livre et de pourquoi je l'ai écrit, et quand je parle du coaching maternel que je propose aux femmes, j'utilise beaucoup le terme de Merci. d'aider les femmes à retrouver la juste place dans leur vie. La juste place, c'est quoi ? C'est le périmètre que vous ne pouvez pas m'enlever, qui n'est pas du tout incompatible avec l'amour maternel, qui n'est pas du tout incompatible avec la vie de couple, qui ne veut pas dire je suis égoïste et je ne vis que pour moi. Non, la place, c'est mon espace souverain.
- Speaker #0
Moi, j'appelais le terme maison. C'est la maison intérieure.
- Speaker #1
Absolument. C'est exactement ça. Et tu vois Je suis un peu Quand j'ai créé le nom de cette maison, qui s'appelle la Maison de Sens, il est à la fois physique, géographique, c'est ici, c'est cette adresse, c'est ce masque, mais il est aussi à l'intérieur de soi. En fait, les accompagnements en logothérapie sont destinés à aider chacun, chacune, à retrouver les clés de sa Maison de Sens intérieure. Qu'est-ce qui fait sens en moi ?
- Speaker #0
Ok. Dans des podcasts par ailleurs, j'ai écouté tout ton périple podcastique, tu as exprimé le fait que pour toi, tes racines... Alors je vais peut-être déformer les choses, mais tu me reprendras s'il faut. Quelque part tes racines, ton alignement est à l'intérieur de toi. Quelle est la place de la maison là-dedans ? Est-ce que c'est quelque chose qui va favoriser cet élan-là ? Ou au contraire mettre des bâtons dans les roues ? Comment tu positionnes aussi la maison aujourd'hui dans cette sensation ?
- Speaker #1
Je dirais que la maison c'est un reflet de ça. Mais en effet je confirme... mes racines sont à l'intérieur de moi. Elles ne sont pas liées à une terre, elles ne sont pas liées à une adresse. Elles ne sont pas liées à des murs autour de moi. Vraiment, ça c'est quelque chose qui est très net chez moi, qui est lié à mon histoire, à mon parcours, aux multiples déménagements qui ont jalonné ma vie et au fait que j'ai dû dire au revoir à beaucoup de lieux, à beaucoup d'amis, à beaucoup de gens, tout au fil de mon enfance, de mon adolescence et de ma vie d'adulte. Je pense que c'est pas des stratégies de survie, mais c'est quand même un peu de cet ordre-là. C'est-à-dire de se dire, je peux pas être balayée, terrassée par le chagrin à chaque départ, à chaque changement. Donc il va falloir que je consolide ce qui est à l'intérieur de moi, parce que sinon ça me rend extrêmement vulnérable. Et voilà, donc je pense que c'est un peu de cet ordre-là, de ce registre-là. Et je pense que la maison est le reflet de ça, c'est-à-dire que c'est un prolongement, c'est une expression. de ce qu'il y a à l'intérieur de moi. Cette maison, elle révèle beaucoup de qui je suis. Quand on regarde les couleurs, le mobilier, les livres qui sont posés à différents endroits, quand on écoute la musique, quand on regarde les fleurs dans les vases, les choix de vaisselle, tout ça est le reflet de cet ancrage, de cette identité en fait, qui est la mienne, qui est mouvante, qui évolue avec les années, avec ce que je vis, ce que je traverse, ce que je mûris aussi, ce que je laisse décanter. ce que je comprends, ce à quoi j'accède avec l'âge, avec les années. Mais en fait, cette maison, elle va exprimer et incarner ça, ces racines qui sont à l'intérieur de moi, qui ne sont pas figées, qui ne sont pas finies, qui sont toujours en évolution, qui s'épaississent, qui s'approfondissent, qui s'agrandissent, certaines que je laisse de côté, que je laisse derrière, que j'abandonne, et puis d'autres qui rejoignent finalement ma vie et qui font partie de mes nouvelles réflexions. Voilà, je dirais ça pour répondre à ta question.
- Speaker #0
Moi c'est vrai que ça fait écho à ce que j'explore entre guillemets en ce moment. J'ai l'impression qu'en fait on prend les choses à l'envers. Et je te rejoins dans ton raisonnement. C'est qu'on va souvent aller chercher un lieu, une maison, avant même de savoir. quelle direction on a envie de prendre au fond, qui on est, avec une liste de critères, avec le meuble de famille qu'on veut absolument passer dans ce lieu, etc. Et qu'on se prive du sens qu'on a envie de mettre dans sa vie. Et moi je l'associe beaucoup à... et peut-être à une erreur moi-même que j'ai commise aussi, comme je te disais tout à l'heure, je fais un peu mon mea culpa, c'est ce mot de place. Et j'ai l'impression que nos maisons, en sens large, je ne parle pas nécessairement de la tienne aujourd'hui, mais qu'on a tendance à faire de nos lieux de vie quelque chose où on s'enracine malgré nous, où on s'attache plus qu'on s'enracine au fond, parce qu'on a l'impression que... on a une boîte aux lettres, on a un prêt sur 25 ans, on a des meubles, etc., et qu'on ne va pas pouvoir en bouger. Alors que si on revient au sens, à notre intuition, à qui on est, à notre identité, à la direction qu'on a envie de prendre, eh bien tout ça, ça devient plus léger, je pense. Et en plus, ça évolue. Ça peut évoluer. Et qu'effectivement, la maison reste notre reflet. Donc c'est vrai que je partage beaucoup ton point de vue, parce que j'ai toujours cette expression « reste à ta place » . Tu vois, il y a un côté très immobile dans les choses. Et de la même façon, et pour faire le lien avec ton livre aussi, la mère, c'est la gardienne du foyer. C'est ce qu'on a entendu.
- Speaker #1
Bien sûr, ça fait partie de la représentation maternelle qu'on a.
- Speaker #0
Tout à fait. Et que, encore une fois, on nous remet à la place, à notre place. Et c'est ce qui peut-être favorise quelque part notre effacement. C'est qu'on reprend un rôle qui nous a été imposé dans l'air.
- Speaker #1
Dans l'inconscient collectif en fait, absolument.
- Speaker #0
Voilà, donc je trouve que c'est ta vision qu'on n'entend pas nécessairement et que moi-même, ce n'est pas quelque chose que j'ai toujours véhiculé. Voilà, l'attachement à la maison est important, mais l'attachement, pas dans le sens se menotter à un lieu.
- Speaker #1
Oui, garder une liberté en fait, garder une agilité psychique et émotionnelle par rapport à un lieu qui ne doit pas devenir... Une prison finalement, une prison dorée, c'est ça ?
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Mais qui peut être, qui est un lieu de vie, mais qui est aussi un lieu de passage.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Mais de toute façon, toute notre vie est un passage.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Enfin, tu vois, ça c'est un des piliers de la logothérapie, c'est la conscience de la finitude. Notre temps sur Terre n'est pas infini. Et donc, il y a dans cette notion, dans cette certitude, Un très grand espace de liberté, qu'est-ce que j'en fais de cette vie qui est mon passage sur Terre ? Qu'est-ce que j'en fais ? Qu'est-ce que j'en fais pour qu'elle soit le reflet de qui je suis, de mes talents, de ce à quoi j'aspire, de ce qui est ma joie, de ce qui est mon contentement, de ce qui est ma progression ? Donc la maison est le reflet de qui l'on est à un instant, de nos besoins. l'esprit de notre inconscient de qui partage notre existence aussi mais ce qui est vrai aujourd'hui ne le sera pas dans 10 ans l'âge des enfants joue aussi beaucoup aujourd'hui nos enfants ils ont 5 et 10 ans, ils jouent dehors toute la journée ils inventent des trucs avec 3 morceaux de bois et un tronc d'arbre Mais en fait, quand ils auront 15 et 20 ans, ils n'auront pas envie de bricoler dans le jardin. Ils voudront être ailleurs, peut-être dans des villes, dans des cafés, dans des boîtes. Enfin, j'en sais rien, tu vois. Et donc, cette maison, elle sera peut-être plus adaptée à cette vie de famille. Donc aujourd'hui, ils la voient comme un jardin d'Éden et ils disent, moi, je ne veux jamais partir d'ici, maman. Je resterai toute ma vie avec vous et j'espère que vous me garderez toujours une chambre pour moi. Bien sûr, mon chéri, tu as 5 ans. Et dans 15 ans, ta vie, elle sera à l'extérieur de cette maison.
- Speaker #0
C'est quelque chose que tu leur dis ?
- Speaker #1
Oui, je leur dis, mais je leur dis sans aggraver le truc, en leur disant, évidemment mon chaton, si tu as envie de rester ici toute ta vie, tu seras toujours le bienvenu et tu pourras faire tout ce que tu voudras et être jardinier dans notre jardin si tu le souhaites, parce que c'est ça qu'ils envisagent, ou fermier à la ferme. Mais je leur dis, tu sais, en fait, en grandissant, tu auras aussi envie de te... t'éloigner, de voyager, de découvrir, d'explorer, et t'auras pas le même besoin de cette maison. Mais pour le moment, c'est tout à fait théorique.
- Speaker #0
Oui, bien sûr.
- Speaker #1
Et pour revenir sur ce que tu disais tout à l'heure, sur la place et sur la maison, ça me fait penser à une question que je pose aux femmes quand j'anime des retraites sur le thème de la maternité. Je leur pose cette question-là. Si la maternité était une pièce de la maison, ce serait laquelle ? Et en fait, pour certaines femmes, c'est la cuisine. C'est le lieu où on prépare les repas, c'est le lieu où on fait les devoirs, c'est le lieu où on se raconte la journée, c'est le lieu où on commence la journée avec le petit déjeuner, etc. Pour d'autres, c'est le salon, pour d'autres, c'est la chambre de l'enfant, pour d'autres... Alors, qu'est-ce que j'ai eu aussi ? Ah oui, le grenier dans lequel il y a tous les coffres, les coffres à jouets, les coffres avec les petits habits, avec les doudous, les peluches, etc. Je trouve que c'est une question intéressante parce que ça raconte un peu qui l'on est dans sa maternité et quels sont les ancrages qu'on associe à la maternité. Ça raconte aussi l'âge qu'on a en tant que mère. Tu vois, la personne qui m'a dit le grenier, là où sont entreposés tous les coffres avec les jouets, les vêtements et les doudous, c'était quelqu'un dont les enfants étaient grands et avaient déjà quitté la maison.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Donc en fait, je pense qu'en fonction de notre âge et de l'âge de nos enfants, on ne répond pas à la même chose. Mais je trouve que c'est une question intéressante. Moi,
- Speaker #0
je pense que je répondrais plutôt le salon, tu vois. Mais parce que je suis peut-être plus âgée, je vais bientôt avoir 50 ans, moi. Je pense que ça serait plutôt le salon, parce que ce n'est pas la chambre de l'enfant, parce que pour moi, la chambre de l'enfant, ça serait plus petit, je pense, justement. Et que là, moi, j'ai deux adolescents. Donc, automatiquement, on est dans les conversations. Voilà. Et puis, parce qu'on passe aussi, aujourd'hui, beaucoup de temps dans notre salon, tous les quatre. Donc, voilà. C'est une pièce qui est centrale pour notre famille. Donc, ça fait écho à ça. Peut-être qu'il y a quelque temps, j'aurais dit un truc peut-être moins sympathique, tu vois. Oui. Parce que... Voilà, mon histoire familiale fait que j'ai dû me montrer la mer Louvre, en fait, et me battre un petit peu pour eux, parce que, voilà, la situation était compliquée avec leur père. Mais je pense que c'était plus un champ de bataille qu'un salon, quoi. Oui, oui, je comprends. Ok, donc on a parlé de la place. J'aimerais qu'on fasse le lien maintenant, le pont entre ton livre et la maison. C'est que souvent, en tant que femme, et notamment, tout à l'heure on parlait du Covid et tout ce genre de choses, c'est que certaines femmes ont du mal à prendre leur place dans la maison. Enfin, surtout à se mettre en retrait. Donc ça fait lien avec ton effacement maternel, en se retrait dans la maison, à trouver leur place, à prendre leur place. comment tu accompagnes les femmes à retrouver cet espace-là ? Est-ce que c'est quelque chose que tu fais ou pas du tout ? Comment tu vois les choses à ce niveau-là ?
- Speaker #1
C'est sûr que c'est central dans ma pratique professionnelle puisque j'ai beaucoup de femmes qui se sont effacées, qui se sont dépriorisées, qui ne savent plus ce dont elles ont envie, qui ne savent même plus ce dont elles ont besoin, tellement elles ont perdu l'habitude de répondre à leurs propres besoins et tellement elles ont prit l'habitude de même pas les questionner. Parce qu'elles répondent aux besoins des autres avant les leurs.
- Speaker #0
Mais elles ne le connaissent même pas en fait, ça n'a pas à se questionner, c'est qu'on n'est plus connecté à ses besoins.
- Speaker #1
Absolument. Et donc elles se rendent compte un jour qu'en fait, il y a quelque chose qui n'est pas juste là-dedans. Il y a quelque chose qui se cabre à l'intérieur d'elles. Elles se disent mais en fait je ne sais plus vraiment qui je suis. Donc ça peut prendre des formes différentes, ça peut arriver à des moments de la maternité différents, plus ou moins tôt, mais il y a un moment où ça surgit quand même. Et à ce moment-là, c'est difficile parce qu'il y a une sorte de chaos intérieur, elles ne savent pas par quel bout prendre le problème, par quelles questions commencer, en gros. Donc moi je les accompagne, j'ai créé un protocole en fait qui est vraiment dédié à cette problématique-là de je me suis perdue. En fait c'est ça le paradoxe de la maternité, c'est que d'un côté elles se sont immensément trouvées dans la maternité, ça a été une source de sens, c'est une source de sens au présent, immense, donc elles se sont trouvées, elles ont trouvé une partie d'elles dans la maternité et elles se sont un peu perdues en même temps. en chemin. Et donc c'est quand même une ambivalence qui n'est pas évidente à accepter et à reconnaître. Et c'est normal. Donc ça, c'est déjà la première chose que j'ai envie de dire, c'est normal. Et c'est ok, comme on dit. Bien sûr. C'est à la fois une source de sens et en même temps une période de vie où tout nous incite à nous mettre en retrait. Parce que l'enfant est prioritaire, parce que l'enfant est dépendant, parce qu'on l'aime d'un amour immense et que dans cette ressource inouïe de l'amour maternel, il y a une tendance au don, sans compter. qui peut amener, en fonction de notre propre histoire et de notre propre vécu de la parentalité, en tant qu'enfant, en tant qu'ancien enfant, ça peut nous amener au sacrifice. C'est-à-dire que le don peut devenir sacrifice. Le don dans l'excès, la générosité dans l'excès, peut devenir le sacrifice. Et il n'y a pas de bonheur pour quelqu'un qui se sacrifie.
- Speaker #0
Non, non, c'est sûr.
- Speaker #1
Et il n'y a pas non plus de pérennité dans... Dans le sacrifice. Et puis il y a quelque chose qui n'est pas juste là-dedans. Ce n'est pas le bon modèle, même pour l'enfant, de voir sa maman se sacrifier en permanence. Qu'est-ce que ça induit comme message inconsciemment ? C'est aimer, c'est se sacrifier. Aimer, c'est toujours faire passer l'autre avant soi. Il y a des circonstances qui font que c'est nécessaire quand l'enfant a un handicap, quand l'enfant est malade, quand l'enfant a des troubles qu'il faut accompagner. Et évidemment, ça justifie un don. immenses, mais quand c'est pas le cas, et quand bien même quand c'est le cas, ne pas s'oublier, garder du temps et une attention pour soi et ses besoins me semble être quand même salutaire. Donc oui, j'accompagne les femmes sur ce chemin-là, et dans le livre que tu as lu, tu le sais, il y a une partie qui est très pratique, très coaching en fait, avec un protocole qui permet de faire des exercices et de s'interroger sur comment je définis Merci. la place que j'ai envie d'occuper dans ma propre famille, au sein de mon couple, dans ma propre relation maternelle avec mes enfants, que j'en ai un, que j'en ai trois, que j'en ai cinq. comment je fais entendre ma voix, quels sont les ingrédients de mon équilibre. Et donc, je ne vais pas tout dévoiler, mais en tout cas, ces questions permettent de s'interroger et de savoir comment on se situe sur ces différents critères et dans ces différentes sphères. Et en général, les réponses nous permettent de voir qu'on a beaucoup misé sur notre rôle de maman, mais que notre rôle... et notre identité de femme sont un peu passées à la trappe. Et qu'on investit beaucoup le territoire de la relation avec l'enfant, beaucoup le territoire professionnel, parce qu'on a des obligations, parce qu'il y a des injonctions, parce qu'on doit payer son loyer, on doit payer ses charges. On investit aussi le territoire social, amical, relationnel, mais souvent les territoires qui sont les plus souffrants, c'est soit dans le couple, et soit en tant que... Personne. Individu. Et donc c'est le territoire premier à réinvestir étant celui de l'individu.
- Speaker #0
Moi dans les accompagnements que je fais, j'accompagne beaucoup d'entrepreneurs, entrepreneurs, femmes. Un des critères qui permet de voir effectivement aussi quelle place on occupe, c'est regarder le bureau. Et très souvent, même en étant entrepreneur, donc en gagnant sa vie, en ayant des revenus, etc. J'ai mon chat dans la gorge qui ne veut pas s'en aller. Eh bien, le bureau peut peut être sur le palier. Le bureau peut être entre quatre portes où il n'y a pas de bureau. Monsieur a un bureau, ne travaille pas nécessairement à la maison, mais il a un bureau. Et on est vraiment dans ce critère-là. Donc c'est hyper intéressant d'aller observer ça aussi, effectivement dans le cas où on est entrepreneur, mais où on télétravaille.
- Speaker #1
C'est vraiment parce que j'ai eu le cas la semaine dernière d'une personne qui est venue en séjour à la maison de sens, qui est à son compte. Et on parlait de son bureau, on parlait de sa pièce. Et elle m'a dit qu'elle travaillait de la salle à manger. Donc l'endroit où tout le monde passe, ou de sa chambre, de son lit. Son mari ne travaille pas à la maison, mais il a un bureau, en effet.
- Speaker #0
Donc ça, c'est observer ça, et encore une fois, ça peut être le cas du télétravail, de salariés qui a l'espace. Donc ça, c'est beaucoup révélé au moment du Covid. C'est que maman s'occupait des devoirs des enfants, et en même temps, gérer son entreprise sur le coin du salon. ou dans le canapé, et monsieur avait les réunions importantes.
- Speaker #1
Mais c'est aussi une attention aux phrases qu'on dit souvent, par exemple, tu vois, moi je me suis rendue compte il y a quelques temps, qu'une des phrases que je disais souvent, c'est « si vous me cherchez, je suis à la lingerie » .
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
Dans la pièce du linge.
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
« Si vous me cherchez, je suis à la lingerie » . C'est quand même dingue de dire ça, tu vois. Et donc, en fait, au moment où j'ai réalisé que je m'entendais dire ça, fréquemment, J'ai dit à mon conjoint, finalement, tu sais quoi, on va le faire ensemble. Ou alors, tiens, c'est à ton tour. Et donc, ça fait, je ne sais pas, 18 mois qu'il est beaucoup plus dans la lingerie. Et donc, parfois, quand on cherche Guillaume, il est à la lingerie. Et ça me semble plus juste, en fait.
- Speaker #0
Ben oui, je pense, oui.
- Speaker #1
Ce n'est pas ma pièce préférée de la maison non plus, en fait.
- Speaker #0
Ben oui, c'est ça.
- Speaker #1
Tu vois ?
- Speaker #0
Mais c'est nous-mêmes aussi, parce qu'on a été biberonnés à toutes ces injonctions, à ces phrases, à tout ça. À ces rôles, en fait. Oui, oui, c'est ça. et que c'est à nous aussi dans notre façon d'être de faire, de dire, de tout ça de rabattre les cartes aussi de questionner en fait,
- Speaker #1
oui maman est à la lingerie et papa est au garage on n'est pas obligé de prolonger finalement ces modèles s'ils ne nous conviennent pas, s'ils nous conviennent très bien, mais s'ils ne nous conviennent moi j'ai appris à bricoler en étant ici j'ai appris à faire des choses Par la force des choses, et puis par curiosité, et puis par envie de sortir des carcans historiques.
- Speaker #0
Quand tu accompagnes les femmes, du coup, comment tu les fais, en quelques mots, tu ne vas pas nous donner toute ta recette, comment tu les fais avancer sur le lien justement à la maison, à leur place ? si on en revient à la place, dans cette maison. Est-ce qu'il y a des petites choses que tu révèles par rapport à ça ?
- Speaker #1
Oui, en fait, je les questionne sur comment elles se sentent dans leur vie quotidienne, comment elles se sentent chez elles, comment elles se... Ça fait partie des premières questions au démarrage des accompagnements. C'est dans une journée type, quels sont les endroits et les moments et les personnes qui vous permettent de vous sentir bien et quels sont... les moments, les endroits et les personnes qui... qui vous font vous sentir pas à votre place ou pas bien intérieurement. Et on creuse à partir de là. Et donc on creuse des éléments comme la solitude, enfin le sentiment de solitude et d'isolement, le sentiment de ne pas être aidé, de ne pas être écouté, de ne pas être entendu. Si elles se sentent trop aliénées par les courses, le linge. Et la nourriture, les devoirs, enfin tu vois, finalement tout ce qui s'ajoute à la vie professionnelle. Si ce sont toujours elles, par exemple, qui se lèvent la nuit, quand les enfants sont petits, et donc avec un sommeil complètement... décousu, et donc une récupération qui n'est pas possible, et donc une fatigue chronique qui s'installe. Enfin, voilà, en questionnant les endroits, les moments et les personnes, les frictions, finalement, les zones de friction sont assez révélatrices de ce qui a besoin d'être corrigé. Donc, parfois, c'est pas possible. Tu vois, par exemple, j'accompagne des mamans solo. Il n'y a personne d'autre pour se lever la nuit. Il n'y a personne d'autre pour s'occuper des courses, pour s'occuper du linge, pour s'occuper des devoirs, pour s'occuper des repas. Mais quel sens elles peuvent trouver dans toutes les attitudes et dans... tout ce déploiement de ressources qui est attendu d'elles au quotidien et comment elles peuvent s'autoriser aussi à sortir de ce devoir maternel qui ne repose que sur elles en demandant à des relais de venir la seconder. J'en ai quelques-unes que j'accompagne. Elles s'autorisent à venir en retraite ici à la maison. Donc c'est une organisation. Elles s'y prennent six mois à l'avance, mais c'est pas grave. Elles ont quand même un territoire pour elle, qui est inaliénable, qui est protégée. J'en ai certaines qui mettent le réveil plus tôt le matin pour avoir un temps d'écriture, pour avoir un temps de pratique sportive, faire leurs 15 minutes d'étirement. Et elles ont le sentiment en faisant ça, que tout n'est pas entièrement dédié à un autre qu'elles, qu'elles aiment d'un amour immense. C'est pas la question. Mais qui est quand même toujours pris par autrui. même si c'est ton enfant que tu l'as désiré et que tu l'aimes et que tu es heureuse et que tu remets pas en question ton rôle de mère juste a envie de pouvoir coexister avec ce rôle maternel c'est fou qu'on ait besoin de dire je suis pas égoïste je suis pas si mais attend tu sais c'est fou ça sur mon compte instagram je commence à lire des commentaires qui insinue que en fait les femmes qui se retrouvent dans cette problématique de l'effacement maternel n'aimeraient pas leurs enfants s'écouteraient trop se créeraient des problèmes toutes seules, n'avaient qu'à pas faire d'enfants. Enfin, tu vois, il y a une espèce de schéma d'opposition, d'antagonisme entre le fait d'avoir envie d'exister soi et pour soi et l'amour maternel. Comme si on avait besoin de choisir et donc d'être dans quelque chose d'extrêmement binaire, extrêmement clivant. En réalité, les deux devraient pouvoir coexister avec des moments où c'est plus ou moins facile, plus ou moins possible. Enfin, je veux dire, dans les six premiers mois du nourrisson, évidemment c'est difficile d'avoir du temps pour soi. Mais quand petit à petit on se rend compte que ce qui devait être temporaire devient permanent, quand ce qui était contextuel devient structurel, devient le reflet de l'équilibre familial, et qu'en fait la variable d'ajustement c'est le temps de la mère, il y a quelque chose qui n'est pas normal là-dedans. En tout cas si c'est souffrant pour la femme, ça n'est pas normal et ça n'est pas pérenne. Le suicide est une des causes de mortalité. de la femme qui devient mère dans les 12 mois qui suivent la naissance de l'enfant. À quel moment on va se saisir de ce sujet, quoi ?
- Speaker #0
Oui, c'est fou.
- Speaker #1
Eh bien, c'est souvent parce qu'il n'y a pas assez de relais, il n'y a pas assez de soutien, il n'y a pas assez d'écoute de ce qui est en train de se jouer pour elle, qui n'est pas incompatible avec le fait d'aimer l'enfant.
- Speaker #0
Oui, ça n'a rien à voir.
- Speaker #1
Ça n'a rien à voir.
- Speaker #0
Rien. Ça, on est d'accord. Ok, on a balayé beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses. Est-ce que toi, tu as une chambre à toi, ici, dans cette maison ? Parce que ça me fait penser à cette école-là.
- Speaker #1
J'en ai... Alors, je dirais que j'en ai trois. J'en ai deux symboliques et une physique.
- Speaker #0
Tu as de la chance de l'avoir. Oui,
- Speaker #1
j'ai de la chance. Ma chambre à moi... Mes deux chambres à moi symboliques, c'est mes carnets d'écriture et mon ordinateur.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
L'ordinateur sur lequel j'ai écrit mon livre.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Donc, voilà, ça, c'est deux chambres à moi symboliques. J'écris tous les matins. Et ma chambre à moi physique, c'est la pièce dans laquelle on se trouve. C'est mon bureau, c'est mon espace dans lequel je me sens bien, dans lequel j'aime les couleurs, les objets. C'est un endroit de... C'est comme un temple, en fait. Tu vois, c'est un endroit presque sacré. Enfin, je ne sais pas comment te dire autrement. C'est l'endroit où je reçois les gens, où je m'occupe d'eux, où je les écoute. C'est l'endroit où je... Oui, je suis vraiment... Moi-même aussi, tu vois, dans l'expression de ce qui compte pour moi, de mes envies, de mes aspirations, de mes talents, de mes compétences.
- Speaker #0
On est à l'origine du sens.
- Speaker #1
Exactement, oui. Donc cette pièce, elle est vraiment très importante.
- Speaker #0
Comment on y rentre dans ce bureau ? Les enfants, est-ce qu'ils te frappent ?
- Speaker #1
Alors oui, ils frappent à la porte, ils connaissent le code. Les rideaux fermés, ça veut dire maman est occupée, on ne peut pas la déranger.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Mais ils aiment y venir, ils aiment s'asseoir sur le canapé, ils aiment dessiner sur le paperboard, ils aiment regarder les livres, ils aiment toucher les objets, s'asseoir à côté de moi, me demander ce que je fais, comment je le fais. Ils ont une grande curiosité pour mon métier.
- Speaker #0
D'accord. Ok, très bien. Est-ce que tu as d'autres choses que tu aimerais rajouter par rapport à notre conversation aujourd'hui, Milly ?
- Speaker #1
Oui, j'aimerais dire quelque chose et en fait ça va me permettre de rebondir sur la question de la chambre à soi. c'est qu'on n'a pas toujours la chance d'avoir une grande maison. Moi, je suis très consciente de cette chance que j'ai d'avoir une grande maison, un grand jardin, de la lumière. Je m'estime chanceuse et ça n'a pas toujours été le cas. Donc, je sais la savourer.
- Speaker #0
Tu l'as aussi créée.
- Speaker #1
Oui. Mais je veux dire, je suis vraiment consciente et pleine de gratitude pour ça. Mais on n'a pas toujours la chance d'avoir une chambre à soi. Et je voudrais juste rappeler aux personnes qui nous écoutent que la chambre à soi, elle est parfois en soi. dans le temps qu'on s'accorde, dans l'espace qu'on va avoir le sentiment parfois d'arracher à la vie quotidienne. Mais si on arrive à se libérer de la culpabilité, des injonctions ou du devoir maternel, pour se reconnecter à l'idée d'un devoir qu'on a vis-à-vis de soi, de préserver un espace psychique pour soi, alors on peut se créer une chambre à soi symbolique à l'intérieur de soi. Et donc d'inviter les personnes qui nous écoutent à se questionner sur est-ce qu'elles ont une chambre à elles, physique, et ça c'est une chance, ou symbolique, et comment la cultiver, et comment en prendre soin, et comment s'y rendre le plus souvent possible.
- Speaker #0
Il y a aussi, d'un point de vue physique, il peut y avoir un fauteuil, un espace plus restreint, c'est pas nécessairement un bureau ou ce genre de choses, ou toute autre pièce d'ailleurs. c'est un espèce Un fauteuil auquel on tient à un moment. Tu l'as dit, c'est aussi les moments qu'on s'accorde en disant, là j'ai 15 minutes, 20 minutes. Les enfants, votre père est là, ou voilà, vous faites autre chose, mais là c'est mon moment. Et c'est quelque chose d'important.
- Speaker #1
C'est là qu'on retrouve un peu l'idée des limites et de la place. En fait, moi je le dis parfois aux enfants, là j'ai besoin d'un moment pour moi. Je suis fatiguée, ou j'ai eu ci, ou j'ai eu ça. J'explique, c'est pas contre eux. je leur dis c'est pas contre vous mais j'ai besoin d'un moment où je vais me retrouver avec moi même et d'ailleurs je trouve que c'est une jolie transmission pour normaliser le fait qu'on a besoin de se retrouver avec soi de s'entendre penser, de réfléchir à quelque chose ou juste de régénérer son énergie que la solitude c'est pas nécessairement négatif et que c'est pas un problème et c'est pas un problème surtout c'est même au contraire salvateur ah oui quand même
- Speaker #0
Emily, où est-ce qu'on peut te retrouver si on a envie de découvrir ton univers, à part dans ton livre, bien sûr, qu'on peut retrouver dans toutes les bonnes librairies ?
- Speaker #1
Alors, on peut me retrouver ici, à la Maison de Sens, physiquement. On peut me retrouver sur le site de la Maison de Sens, donc www.maisondeuxens.com. On peut me retrouver sur mon compte Instagram, Emily Briand. On peut me retrouver par e-mail, on peut me retrouver par téléphone, vraiment il ne faut pas hésiter à solliciter un rendez-vous avec moi pour pouvoir échanger et puis construire l'idée d'un accompagnement si c'est nécessaire à ce moment-là de votre vie.
- Speaker #0
Super, de toute manière je vous partagerai tous les liens dans les notes de l'épisode. Merci beaucoup de m'avoir accueilli chez toi, ici, dans ton espace, dans ta chambre à toi. Et dans cette maison de sens et masse des prêcheurs qui est magique comme endroit. Donc si vous pouvez venir le découvrir et vous offrir cette parenthèse, c'est salvateur.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci à toi.