- Speaker #0
Je m'appelle Pia, j'ai 33 ans, je suis céramiste depuis 2023 et la cofondatrice de Atelier Watson. Avant d'être céramiste, j'ai été directrice artistique et designer interface pour une grosse boîte de com qui s'appelle Ulysses, une des entités du groupe.
- Speaker #1
Alors du coup, en revanche, à tes débuts, tu as fait quoi comme études par exemple ?
- Speaker #0
Moi, j'ai fait parcours classique. J'étais dans un lycée catho privé. J'ai fait L. C'était sympa. En banlieue, j'ai fait L, option art plastique et option maths avec 4,5 au bac en maths. C'était vraiment de très bons souvenirs. J'ai eu mon bac du premier coup, mais à 10,4, un truc comme ça.
- Speaker #1
4,5 en maths en même temps.
- Speaker #0
Oui, non, pas facile. Mais bon, c'est la vie. Et après j'ai fait une prépa à Paris pour préparer aux écoles d'art plastique qui s'appelle Prépart. Et j'ai eu le concours de l'ESAD de Reims, donc c'est l'école supérieure d'art et de design de Reims. Et à la fin de notre année, on devait avoir un stage pour valider notre année. Et j'ai eu un stage de directrice artistique chez Publicis. Donc j'ai eu ce stage-là qui était trop bien, qui s'est hyper bien passé. Et à la fin de mon stage, j'ai été prise en CDI. Et donc j'ai passé en tout quatre ans là-bas à bosser en tant que directrice artistique slash designer interface et c'était trop cool jusqu'à ce que ça ne le soit plus. Et voilà pendant trois ans, deux ans et demi, j'ai bossé pour eux et est arrivé le premier confinement. Et c'est là qu'un peu tout a basculé parce que ma N plus 1 est partie en congé mat, la boîte s'est divisée en deux donc une partie de mon équipe est partie. Et je me suis retrouvée un peu en mode premier confinement, toute seule, à la place de... Enfin, on était genre quatre et je me suis retrouvée toute seule à bosser sur le compte.
- Speaker #1
Et tu étais à distance ?
- Speaker #0
Et j'étais à distance, confinée chez moi. Et là, ça a été très difficile de devoir tout gérer, beaucoup de pression. On était sur un nouveau projet assez ambitieux, sur lequel il fallait que je me forme. C'était hyper chouette, mais juste, je me suis cramée. Et donc, à la fin du confinement, ils ont remplacé mon N plus 1. Et moi, j'ai un peu lâché. J'ai fait un petit burn-out. Un jour, je n'ai pas trop pu sortir de mon lit. Rien de grave, ça a duré que deux semaines d'arrêt et je suis revenue. Mais j'ai un peu pris conscience qu'il y avait un truc qui n'allait pas des masses, que je n'étais pas si alignée que ça. Et je me suis dit, OK, là, toute ma vie, elle tourne autour du taf. Je faisais que tafé. J'adore tafé, mais je faisais que ça. Et je n'avais pas de truc à côté de loisir. Et je me suis dit, si je veux tenir, il faut que je trouve un peu quelque chose d'autre à faire à côté. Et c'était l'époque où il y avait pas mal, enfin il y a toujours d'ailleurs pas mal de vidéos Instagram, de gens qui font du tour. Et ça a l'air hyper facile. Et ça a l'air ouf. Et ça a l'air trop stylé. Et du coup, je me suis dit, c'est ça que je vais faire. Je vais mettre la main dans la terre. Comme ça, je vais me sortir des écrans d'ordinateur. Et je vais créer. J'ai commencé une thérapie. Enfin, le starter pack, je pense, de la trentaine.
- Speaker #1
Oui, bien sûr.
- Speaker #0
Qui approche. Burnout,
- Speaker #1
thérapie, reconversion. Tout à fait.
- Speaker #0
Exactement. C'est la suite logique. et donc j'ai commencé à faire une fois par semaine des cours de tour chez Solange qui est dans le 20ème que je remercie et ça s'est hyper bien passé et en fait j'avais toujours voulu monter ma boîte et en fait là je me dis mais en fait j'adore faire du tour et c'est un peu, si je montais mon entreprise de céramique ça serait un peu à la croisée entre l'artisanat, le design et la partie entrepreneuriat qui me plaît et je me suis dit mais en fait c'est ça qu'il faut que je fasse et Et parce que si professionnellement, je commençais vraiment à avoir un gros ras-le-bol des grosses entreprises, de l'ambiance que ça génère, de manque de sens dans ce que je faisais, même si humainement, c'était génial dans ma boîte.
- Speaker #1
Raconte un peu cette partie-là, comment ça se manifeste, comment ce ras-le-bol, enfin, tu vois, qu'est-ce qui se passe dans ta tête ?
- Speaker #0
En fait, je deviens hyper aigrie et je deviens ce genre de personne qui se plaint beaucoup de son travail, qui est tout le temps sur les nerfs et tout le temps agacée et qui commence à... Moi, à la base, je fais les choses parce que j'aime les faire et là, il y avait un peu une dimension financière où je me disais, en fait, si ça ne me plaît pas tant que ça, il faut au moins que je gagne de la thune. Sauf que j'étais très mal payée. Et ça devenait une frustration. Et en fait, j'étais un peu toute azimute. Et je pense que je me perdais un peu dans ce que je voulais. Et je venais, je pense, un peu arrogante aussi dans mon travail où j'avais l'impression que je méritais mieux que ce que je faisais. Et très aigrie. Et en fait, je me suis dit, j'ai même pas 30 ans. Ça, ça peut pas être ma vie. Je peux pas devenir ce genre de personne qui, quand elle est là en soirée et on lui demande ce qu'elle fait, elle est là, putain, je fais des heures de malade, mais c'est trop chiant. Non. En fait, moi, je vais bosser jusqu'à 60 ans. Ça peut pas être ça. Et en fait, voyant que dans ma boîte, même si humainement, je le répète, c'était super, j'avais des super collègues et vraiment, j'ai toujours des collègues que je vois. Professionnellement, le rapport avec le client, le rapport au temps de travail, à l'ordinateur, c'était de moins en moins facile et j'y prenais de moins en moins de plaisir. Et du coup, je me suis dit, il faut que je parte. Il faut que je parte parce que je suis en train de devenir une personne que je n'aime pas. Et en fait, je vais finir par devenir désagréable même au quotidien pour mes collègues. T'as pas envie de devenir cette personne-là. Et je me suis dit, je vais avoir 30 ans, j'ai pas d'enfant, j'ai pas de prêt. À l'époque, j'avais un copain avec qui j'habitais, ça se passait très bien, j'étais assez sécure et tout. Je me suis dit, si c'est pas maintenant que je change, ça sera jamais. Et donc, je décide en 2022 de quitter Publicis. Alors c'est un peu compliqué, ça se passe pas hyper bien, mais je finis par... Je sais pas si je peux le dire, oui je pense que je peux le dire, par faire un abandon de poste. J'en suis pas fière mais c'est la seule manière dont j'ai réussi à avoir le chômage. Parce qu'il voulait pas donner le rupture-co ? Non, il voulait pas donner le rupture-co. J'ai eu ce compromis de pouvoir faire un abandon de poste qui n'est plus possible aujourd'hui. Tu n'as plus le chômage. Un an après, ils ont changé la loi, maintenant tu fais un abandon de poste, tu n'as pas le chômage.
- Speaker #1
Je l'ignorais.
- Speaker #0
Je l'ai appris quand j'étais en formation, j'ai eu chaud en fait. Un an après, j'aurais pas eu cette porte de sortie. Je suis quand même carrée, j'ai fini tous mes projets, je suis partie en congé, je suis jamais revenue. Pas le départ que j'espérais, mais le départ que j'ai pu m'offrir, disons.
- Speaker #1
Et juste au niveau santé mentale, t'en étais où du coup ?
- Speaker #0
Niveau santé mentale, c'était compliqué. J'étais hyper déchirée entre ce que j'avais envie de faire, et ce qui me semblait être le bon chemin, et la culpabilité de quitter ma boîte. Parce que... Très rapidement, ma mère est montée sur Paris, elle n'avait pas le bac, elle a monté sa boîte, elle est devenue PDG de sa boîte, elle a extrêmement bien réussi. Et franchement, professionnellement, c'est une machine. Je l'ai toujours vue énormément travailler et se battre, etc. C'est quelqu'un que j'admire énormément. Et je m'étais dit, je vais faire comme elle. Je vais me montrer à la hauteur de ce que ma mère a été capable de donner. Je me suis dit, je ne suis pas très forte dans les études, mais je vais faire des études d'art parce que c'est ce que j'aime, mais je vais devenir la meilleure que je peux être dans ce que je peux faire. Et donc Publicis pour moi c'était une énorme victoire. C'est une des plus grosses boîtes de com, c'est un groupe énorme, il y a des très beaux clients, c'est franchement assez cool et j'étais très fière de moi. Et en fait de me dire bah tu as fait tout ça et en fait tu n'es pas à ta place et donc en fait il faut abandonner, il faut rendre les armes et se dire bah c'est pas un échec mais moi je l'ai quand même vécu un peu comme un échec. Puis tu as un truc de... j'ai pas les épaules, il y a des gens qui arrivent, et toi, t'y arrives pas, donc est-ce que c'est parce que je suis fragile, je suis machin ? Non, c'est juste qu'en fait, je suis quelqu'un qui a besoin d'être alignée pour fonctionner correctement, j'ai une hypersensibilité, et c'est pas une faiblesse, c'est plutôt une force, mais juste, il faut que je sois bien dans mes baskets. Et donc...
- Speaker #1
Il fallait du coup aller à l'encontre de la vision que t'avais de ta carrière ?
- Speaker #0
Ouais, c'était un truc que je me réussissais depuis plusieurs années, je sais que mes parents étaient très fiers de moi, en plus, moi, j'ai une scolarité un peu compliquée, j'étais trimestre décisif, genre... Du CM2 à la terminale, genre c'était l'enfer. Je pense que mes parents, ils ont eu des nuits blanches à dire mais qu'est-ce qui va lui arriver après le bac ? Et du coup là, j'ai eu ma licence et mon master avec les félicitations du jury et j'ai eu ce post-diplôme. Après, du coup, j'étais en mode ça y est, c'est bon, j'ai réussi et c'est cool et je suis enfin à la hauteur de ce qu'on attend de moi. Et du coup, j'avais un peu l'impression de décevoir les gens et de les laisser tomber. Et j'avais très peur de le dire à mes parents parce que, bah, tu sais, tes parents, ils... Enfin, moi, j'ai la chance d'avoir des parents qui me soutiennent beaucoup et... Tu sais, ils m'ont payé mes études, mon loyer quand j'étais à Reims. Enfin, je sais pas, tu vois, ils ont beaucoup donné et moi, au bout de 4 ans, je suis là... Ah, en fait, vous voyez tout ce que j'ai fait ? et bah ce sera tout ça pour ça et je repars faire des études et effectivement je pense que quand je l'ai dit à mes parents ils étaient ah mais c'est pas possible et en même temps bon est-ce qu'ils étaient si surpris que ça ? je suis pas très sûre tu vois je suis un peu la bizarre de la famille donc voilà c'est tout non mais parce que j'ai une soeur jumelle ce que j'ai pas dit et qui est dans un chemin plus tracé, plus droit qui est quand même plus tranquille quoi plus stable quoi a priori plus stable, mariée, un enfant
- Speaker #1
Enfant.
- Speaker #0
Ça marche. Ma santé mentale, elle n'est pas top à ce moment-là. Je sens qu'il y a un truc en moi qui me dit de toute façon, tu ne peux pas continuer de faire l'autruche et tu ne peux pas serrer les dents, ce n'est pas une vie. Et donc, je fais mon abandon de poste et je prépare un concours pour une école de céramique.
- Speaker #1
Juste en te basant sur les cours que tu faisais de manière hebdo.
- Speaker #0
La meuf est complètement folle. Ouais, ouais, non, j'y suis allée vraiment en mode...
- Speaker #1
Ça me paraît dingue, mais même Jeanne, c'est pareil, elle n'était pas du tout experte du truc. Ça veut dire que tu avais vraiment un coup de foudre pour la matière ?
- Speaker #0
Ouais, et puis je pense une envie de fuite en avant aussi, tu vois, on ne va pas se mentir. Et je me suis dit, en fait, si ça me plaît, let's go. Et au mieux, ça marche. Au pire, bon, je trouve autre chose. Donc voilà, et j'ai un peu un ras-le-bol dans ma vie à ce moment-là. Et donc, je visite un peu des écoles à Paris. Je me dis, en fait, je ne suis pas heureuse à Paris. J'ai l'impression que dès que je sors, c'est pour dépenser de la thune, avoir une vie qui manque de sens. Je pense que j'ai un peu un ras-le-bol de tout. Et je me dis, j'ai qu'à quitter Paris. Et quitte à faire n'importe quoi, autant le faire à fond. Et je trouve une école à Vannes, en Bretagne, qui s'appelle Créam, qui a été ouverte par Mathieu Lievoy et sa femme et ses filles. Donc c'est un peu un truc familial. Et c'est dans le jardin de sa maison. Il a construit une petite école où tu es une douzaine d'élèves par promo et tu as neuf mois de formation intensive sur la céramique.
- Speaker #1
Ok. Donc toi tu te dis je vais habiter à Vannes pendant neuf mois minimum.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et tous les jours je vais aller faire de la céramique dans le jardin de Mathieu.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Je me dis, moi j'ai quand même été éduquée, tu fais ce que tu veux mais il faut être très bonne dans ce que tu fais. Enfin donne-toi les moyens. Et du coup je cherche les formations et j'essaie de trouver une formation qui me paraît être la plus complète possible et la mieux. Et Mathieu est hyper reconnu dans la création des émeaux qui sont donc les couvertes qu'on met sur les céramiques pour les rendre imperméables. J'allais m'expliquer. Voilà, elle t'a expliqué. Bon, tout le monde sait déjà ce que c'est. Et donc, il est très fort en chimie. Et donc, moi, avec mon bac L, vraiment, j'avais trop hâte, quoi. Et en fait, je me dis, l'école a l'air top. Le corps enseignant a l'air trop sympa. En fait, c'est peut-être ça qu'il me faut. Donc, je quitte mon mec. Enfin, je quitte. physiquement je reviens dans 9 mois et je me trouve une coloc dans Vannes avec 5 autres personnes âgées de 18 ans et moi je suis la doyenne j'ai 29, je fête mes 30 ans là-bas et je passe 9 mois comme une étudiante, à nouveau mais avec un meilleur pouvoir d'achat et c'est génial Je pense que ça fait partie des 9 mois les plus durs et les plus joyeux de ma vie à la fois, parce que ma santé mentale ne va pas bien. J'ai des énormes crises d'angoisse, parce que je pense que j'ai pris beaucoup de risques d'un coup et je pense que je décompense des trucs aussi. Donc ça, ce n'est vraiment pas facile. En revanche, la qualité de vie là-bas, les gens que je rencontre, le sentiment d'être alignée, de créer avec ses mains, et puis de ne pas avoir la pression de « il faut que je gagne de l'argent, il faut que je lance mon truc » , j'ai un peu une année pour juste me faire kiffer et voir si ça me plaît.
- Speaker #1
Parce que là, tout le monde... ton chômage convient à ton niveau de vie locale.
- Speaker #0
Exactement. Au début, je me suis dit avec mon chômage, je vais me prendre un appart toute seule. En fait, Van, avec le confinement, avec le Covid, les prix ont explosé. Je me retourne dans une coloc, dans une petite chambre avec une place. Je m'en fous.
- Speaker #1
Tu ne connaissais personne, non, Van ?
- Speaker #0
Non, mais je ne connaissais personne.
- Speaker #1
Tu es peut-être contente d'avoir tes 5 colocs.
- Speaker #0
C'était une très bonne idée, surtout que par le pur des hasards, une des filles de ma coloc faisait l'école avec moi et qui est devenue une copine. Et oui, mon mec m'a accompagnée à Vannes. Et en fait, on est arrivés. Je me suis dit, en fait, je ne connais pas la vie. J'ai fait l'entretien à distance. Franchement, le premier soir chez moi, j'étais en mode, qu'est-ce que j'ai fait ?
- Speaker #1
Mais tu étais excitée quand même, non ?
- Speaker #0
J'avais trop hâte. J'avais peur et j'avais hâte.
- Speaker #1
T'avais peur de quoi ?
- Speaker #0
J'avais peur de l'échec. J'avais peur de ne pas être bonne, classique. J'avais peur de ne pas me faire d'amis. Et puis je pense la peur de me rendre compte que j'ai fait une connerie et qu'il n'y a pas de retour en arrière. Mais en fait, c'était trop bien. En fait, je n'ai pas regretté du tout.
- Speaker #1
Ok. Alors, du coup, cette formation s'est hyper bien passée.
- Speaker #0
Ça s'est hyper bien passé. J'ai eu mon CAP en juin 2023, la même année que Jeanne. Au même moment, on l'a passé en même temps. Et du coup je rentre à Paris, je retrouve mon mec et donc là je me dis qu'est ce qu'on fait ? Et je me dis bah en fait moi je veux monter ma marque de céramique. Et donc je cherche un peu un lieu et au départ je voulais être toute seule dans un endroit et mon père à juste titre me dit écoute essaie de trouver un endroit où il y a d'autres gens. Parce qu'en vrai ça peut être très seul comme genre de parcours, tu vas rencontrer des gens qui ont plus d'expérience que toi, ça va te stimuler et tout, fais ça. Et j'étais là bah très bonne idée je vais voir et je trouve une offre. sur un tiers lieu qui ouvre à Colombe, donc dans le 92. Et donc, je loue 30 mètres carrés. Je me fais un kiff. Et puis, j'achète tout le matos. J'avais mis de l'argent de côté. J'avais la moitié qui était partie dans le financement de l'école. Parce que c'est une école privée, un crémique, ça coûte cher. Et l'autre moitié, je l'ai mise dans acheter tout ce que tu as autour de toi, c'est-à-dire les étagères, le four, la matière première, les tours, enfin mon tour. Et je m'installe. Et ça se passe trop bien, mais j'ai le chômage, donc moi je suis un peu en mode j'expérimente, je fais ma vie d'artiste, c'est cool. Et au bout de quelques mois, je me fais des potes et s'installe une petite nouvelle, fin 2023. Moi je me suis installée en août, elle elle s'est installée en décembre, je crois, ou novembre, décembre. Et cette personne, c'est Jeanne. Et puis on s'entend trop bien, puis elle me pose des questions, parce que comme on a deux parcours différents, Moi, j'ai une... une formation plus artistique. Et même dans le tournage, j'ai été formée tous les jours, du mardi au vendredi, de 9h à 18h.
- Speaker #1
Et pendant ce temps-là, toi, tu as quand même... Ça, c'est un point qu'on n'avait pas du tout abordé avec Jade, d'ailleurs, dans l'autre épisode. Toi, tu as un business qui tourne, c'est-à-dire que tu vends tes créations en ligne ou c'est quoi le...
- Speaker #0
Alors, j'ai un site Internet. une page Instagram mais je suis pas du tout concentrée sur la vente parce que comme j'ai encore mon chômage moi mon truc c'est de m'éclater je suis encore dans une démarche de je veux trouver mon style et en fait je suis pas si business que ça dans ma tête, contrairement à Jeanne qui est hyper business et qui a réussi à vivre directement de ce qu'elle faisait, ce qui est très impressionnant, franchement bravo à elle moi je suis un papillon de lumière à côté je suis vraiment un papillon de lumière, je suis une grosse touriste Merci. Et mon chômage arrive à sa fin. Je suis un peu papillon de lumière, mais je ne suis pas non plus complètement déconnectée de la réalité. Du coup, je savais qu'en septembre 2025, il faudrait que j'aie un moyen de gagner de l'argent.
- Speaker #1
Et là, t'es où ?
- Speaker #0
Et là, je suis en... Je crois que j'ai eu du chômage jusqu'à juillet, juin ou juillet, et après j'avais un peu d'économie. Et donc, le 5 septembre. J'ai commencé un job alimentaire de vendeuse de vêtements chez Maison Labiche dans le Marais. Je les embrasse, je les adore. Et je bosse à mi-temps. Donc en fait, le lundi, mardi, mercredi, je suis à l'atelier. Et le jeudi, vendredi, samedi et ou dimanche, je bosse comme vendeuse de vêtements. Et là, le rythme est intense. Et du coup, Jeanne doit prendre aussi un job alimentaire parce que quand l'atelier ferme, on n'a toujours pas trouvé de lieu. pour s'installer et donc on doit tout mettre dans un box et là tout s'arrête en termes de production de céramique tout est mis en stand-by vos deux business à côté s'arrêtent complètement ouais ils s'arrêtent complètement Jeanne pas tout à fait parce qu'elle met son tour chez elle, il lui reste un peu stock à vendre, elle produit un tout petit peu moi vraiment c'est la clé sous la porte terminée pour le moment et voilà et donc c'est à partir de là qu'on commence l'aventure
- Speaker #1
Atelier Watson ok hyper intéressant Toi, tu es dans quel état d'esprit ? Dans le premier épisode, on a vu tout le lancement d'Atelier Watson, donc on ne va pas revenir dessus. Juste au moment où vous décidez de vous lancer, tu es dans quel état d'esprit ? Je ne sais pas, tu es stressé, tu es à fond, tu es quand même dans une situation qui n'est pas simple, ou du coup, tu es vendeuse. Vas-y, raconte un peu le mood juste pendant la période de lancement.
- Speaker #0
le mood il est euphorique je suis hyper euphorique parce que je trouve qu'avec Jeanne ça amène beaucoup d'énergie et en plus Jeanne elle a une force c'est sa détermination et son optimisme c'est à dire qu'il n'y a pas un monde dans son esprit où ça ne fonctionne pas et du coup le fait d'être avec quelqu'un comme ça franchement c'est incroyable très important de bien choisir son associé et c'est une période où je me sens hyper bien parce que j'avance, je bosse énormément donc moi ça me stimule, ça me fait du bien aussi je vois que les choses avancent on a quelques step back par-ci par-là mais dans l'ensemble franchement ça se passe bien c'est un peu une période bénite à l'aide du Claudiem on bossait dans notre salle d'escalade et donc voilà on grimpe franchement c'est assez cool et même si Si c'est intense, franchement c'est plutôt une période très agréable à vivre. Il y a du stress parce qu'il y a beaucoup d'argent, enfin beaucoup de questions d'argent en jeu. Il y a la rédaction du pacte d'associés. Il y a quand même un peu, on prend des risques, on finit nos dernières économies, on a un peu dos au mur sur certains aspects, mais Jeanne a dû te parler de sa spiritualité qui est... très contagieuse. Il y a un espèce de truc où moi, j'ai une foi totale en Jeanne et en nous. Et dans un truc, de toute façon, ça va fonctionner. On ne sait pas comment, on ne sait pas où, on ne sait pas comment, mais ça va fonctionner, c'est sûr. Donc, ça se passe bien. Franchement, on est fatigués, mais moi, je le vis quand même très bien.
- Speaker #1
Tu avais des peurs particulières concernant ce projet ? Qu'est-ce qui te... Qu'est-ce qui te faisait le plus peur ?
- Speaker #0
De ne pas être à la hauteur par rapport à Jeanne.
- Speaker #1
Ah ouais ? de la décevoir ?
- Speaker #0
j'avais peur de la décevoir parce que en fait la chance qu'on a avec Jeanne c'est qu'on est extrêmement complémentaires et du coup naturellement nos tâches se divisent en deux donc moi toute ma partie c'est la partie com création de l'identité graphique l'identité de la marque, l'ambiance un peu la vision du projet merci beaucoup c'est très gentil et c'est vrai que c'était mon métier mais c'était pas tout à fait mon métier t'étais pas graphiste non plus j'ai fait des études mais c'était pas non plus mon truc Et donc j'ai un peu ce syndrome de l'imposteur de est-ce que je vais être à la hauteur ? Et on sait très bien qu'en fait quand les gens s'engagent par rapport à une marque, par rapport à un parcours, c'est parce que le storytelling est bien fait, parce que ça a de la gueule, parce que les gens sont attirés. Et donc cette partie-là, elle dépend quand même de moi. Et donc il y a des moments où je me dis putain j'espère que je vais être à la hauteur et que je ne vais pas nous décevoir et que si ça ne marche pas, ce ne sera pas que de ma faute. A priori ça va, mais c'était surtout ça les doutes que j'avais. Et Jeanne est très sensible et moi aussi. Et donc, mon autre peur, c'était comment est-ce qu'on va arriver à gérer ces grosses pertes de stress, parfois de tristesse, parce que, par exemple, à un moment, on avait un local qu'on voulait absolument. On a touché du bout du doigt et puis le truc est parti en fumée. Donc, c'était moralement assez déprimant. Et comment est-ce qu'on arrive toutes les deux à se tirer vers le haut et à ne pas partir dans une spirale négative ? Et je me souviens quand on a eu ce step back de local qui nous a vraiment pas mal affecté. On s'est dit ok, on se donne deux jours, on pleure, on gueule, on n'est pas contente, on ne bosse pas. Dans deux jours, on se retrouve et on recommence. Et c'est ce qu'on a fait. Et c'était ça. Plus, mes peurs, c'était de ne pas être à la hauteur de la personne exceptionnelle que Jeanne est.
- Speaker #1
C'est mignon.
- Speaker #0
Je pense qu'il y a un truc à préciser aussi. Je ne sais pas si Jeanne a parlé un peu de sa situation. Moi j'ai la chance d'être née dans une famille privilégiée, d'avoir des parents qui me soutiennent énormément et qui peuvent me soutenir financièrement, une famille qui croit en moi, etc. Et du coup moi d'un point de vue financier, j'ai toujours bossé, je bossais 6 jours sur 7, etc. Mais je savais que si j'avais des problèmes pour me loger, pour me nourrir, pour machin, j'avais mes parents qui étaient là. Et du coup cette sérénité, c'est quand même un avantage.
- Speaker #1
J'ai un filet de sécurité et je pense que je ne l'aurais pas eu j'aurais probablement pas pris autant de risques ok c'est en effet pas le cas de tout le monde du coup si on fait un petit avance rapide parce que le lancement on l'a déjà couvert donc là on est en octobre tu m'as dit quoi 8 octobre le vernissage ?
- Speaker #0
8 octobre 2025 Merci.
- Speaker #1
Ok, donc là ça fait 7 mois que l'atelier est ouvert et ce qui m'intéresse maintenant c'est de comprendre réellement qu'est-ce que c'est que de tenir un atelier créatif comme l'atelier Watson. Déjà peut-être pour commencer, quelques questions sur qu'est-ce que c'est donc que l'atelier Watson et pourquoi ça s'appelle comme ça.
- Speaker #0
Très bien, alors déjà je vais commencer par pourquoi ça s'appelle l'atelier Watson. On cherchait un nom, en fait on a toujours eu l'ambition de promouvoir l'artisanat français et donc que ça ne se limite plus. limite pas que à la céramique et qu'on puisse prêter notre lieu à d'autres artisans pour qu'ils viennent des cours. Parce qu'on sait que c'est une difficulté que rencontrent les artisans, d'avoir une visibilité pour leur travail et de pouvoir donner des cours parce que ça permet un revenu régulier. Et donc on s'est dit, il faut que notre nom, il ne soit pas que associé à la céramique. Donc on a fait du brainstorming, j'ai fait un petit projet de design machin. Et Jeanne, à l'époque, venait d'adopter un chat.
- Speaker #1
qui s'appelle Watson qui s'appelle Watson c'est ça la chute j'ai l'impression qu'elle adore les Ausha non ?
- Speaker #0
elle en est fan de poisson de chat mais son chat c'est encore un autre niveau et donc elle me dit Atelier Watson Et moi je rigole, je dis, Jeanne, on n'a qu'à faire ça maintenant si tu veux, mais sache qu'on va devoir trouver autre chose parce que déjà Atelier Watson, Watson ça s'associe à Sherlock Holmes, ça s'associe à Emma Watson, donc en termes de référencement, moi je suis déjà dans le truc un peu, ça ne va pas parler aux gens et tout, le référencement ça va être galère. Bon, on n'a jamais trouvé mieux, donc on est resté avec Atelier Watson. Et en fait c'est un nom qui marque quand même les choses, l'esprit des gens, les gens retiennent Atelier Watson.
- Speaker #1
Et puis c'est un moyen de vous différencier, puisque des ateliers de céramique qui s'appellent Atelier Watson, il n'y en a pas 12 000.
- Speaker #0
Il n'y en a pas. Et puis en fait, les gens retiennent facilement le nom. Ça nous fait quand même une histoire marrante à raconter. Et donc voilà, on est resté sur Atelier Watson. Et donc j'ai designé le logo. C'est en fait un A avec un W pour Atelier Watson.
- Speaker #1
La grosse vague, c'est ça ?
- Speaker #0
C'est ça, la grosse vague. On dirait une vague. En fait, ce sont des lettres. Donc ça, c'était la première. Et alors, à quoi ça ressemble Atelier Watson ? En fait, nous, on a un lieu qui repose sur trois piliers. Le premier, c'est la transmission. Donc, du coup, on donne des cours de tournage et de modelage pour enfants et adultes. Et on prête, enfin, on loue notre lieu, notre espace pour d'autres artisans pour qu'ils puissent donner des cours. Le deuxième pilier, c'est la promotion de l'artisanat. Et du coup, on a à l'entrée de l'atelier un espace boutique. On revend le travail d'une dizaine d'artisans français en moyenne et on renouvelle la sélection tous les 3-4 mois. Et le dernier pilier, c'est la production. Parce qu'il était important pour Jeanne et moi de rester céramiste, de ne pas être que chef d'entreprise et pas que prof.
- Speaker #1
Financièrement, comment ça fonctionne, si tu veux m'en parler rapidement ? Pas forcément en termes de combien ça vous rapporte, mais plutôt la répartition que chaque activité...
- Speaker #0
dans votre chiffre d'affaires. En fait, si on... On a choisi de donner des cours aussi parce que nous ça nous permet d'avoir un revenu régulier. Je pense qu'il y a beaucoup d'artisans qui... Parce que c'est des cours récurrents ? Oui, on a des cours hebdo, donc plusieurs par semaine. Et après on a des cours d'initiation qui ont lieu le week-end et qu'on essaie de transformer après en cours hebdo. Et en fait, en fonction des périodes, la répartition de notre chiffre d'affaires n'est pas la même. Par exemple, à Noël, on va vendre beaucoup plus d'objets que de cours. Mais donc, en général, c'est quand même plutôt les cours qui nous permettent d'assurer un plus grand chiffre d'affaires. Et la manière dont on fonctionne pour la boutique, c'est qu'on fait du dépôt-vente. Donc, les artisans nous payent un loyer de 30 euros par mois, plus une petite com sur chaque vente. Mais oui, en fait, c'est là où notre business plan, il est bien. C'est qu'il nous permet d'avoir plusieurs sources de revenus et de... pouvoir démarrer et d'être rentable dès le premier mois d'ouverture.
- Speaker #1
Franchement, bravo. Et tu me disais la dernière fois que du coup, vous répartissiez tous vos revenus. Est-ce que tu peux m'en dire un peu plus là-dessus ?
- Speaker #0
On est dans une société communiste avec Jeanne. Non, mais comme je disais, Jeanne et moi, on voit notre association comme un mariage. Donc on a un contrat qui nous lie, on a un compte en banque commun et donc on partage aussi nos revenus. Et donc tout le chiffre d'affaires qu'on a sur Atelier Watson, on se le répartit à deux. Et donc moi par exemple si je fais là un projet pour un restaurateur, je le facture au nom d'Atelier Watson. Et après les gains qu'on a, une fois qu'on a payé nos charges, nos trucs de machin, on se le redivise en deux. Et donc ce qui veut dire que Jeanne et moi, on gagne toujours la même chose à la fin du mois, peu importe si... une a ramené plus d'argent que l'autre, une a plus vendu que l'autre. Parce qu'au final, même s'il y en a une qui vend plus que l'autre, on sait qu'en termes d'effort et de travail, on est au même niveau. Et qu'en plus de ça, peut-être que moi, quand je vais être un peu dans le rush pour produire mes céramiques, elle, elle va prendre plus en charge d'autres aspects de l'entreprise qui va me soulager. Du coup, c'est un partenariat.
- Speaker #1
Et du coup, en termes de semaine type ? J'ai bien compris qu'il y avait des moments, il y avait un certain momentum dans le mois où chacune, vous avez des responsabilités bien définies, etc. Mais globalement, sinon, ça ressemble à quoi ?
- Speaker #0
Globalement, moi, j'arrive plus tard que Jeanne. Je suis une neve tard. La boutique ouvre à 11h et donc on est ouvert. Ça, c'est cool. C'est génial. C'est un de mes objectifs de vie, de ne pas commencer tôt. Et donc, la boutique... est ouverte de 11h à 19h du mardi au samedi. Et notre semaine, ça va alterner entre faire toute la paperasse qu'on doit faire sur l'ordi, préparer les posts Instagram et après, c'est produire des objets soit pour des commandes qu'on nous a passées. Et après, on a toutes les deux le même nombre de cours pour le moment. Donc moi, j'ai le mardi soir de 19h à 21h et le mercredi matin de 10h à midi. Et Jeanne, elle a... cours enfants le mercredi après-midi de 16h à 17h30. Et après, elle a un cours de 19h à 21h. Et après, on a des cours le samedi matin d'initiation, donc des one-shot de 2h ou des stages de 2 jours samedi-dimanche de modelage ou tournage. Et ça pareil, on alterne, c'est un week-end sur deux.
- Speaker #1
Et ça te plaît, ça, les cours ?
- Speaker #0
Alors moi j'avais dit quand j'étais en formation, moi jamais je donnerais de cours, c'est mort.
- Speaker #1
C'est vrai ?
- Speaker #0
Ouais, c'était pas du tout mon truc. Je suis pas... Enfin, je le suis devenue plus, mais pendant longtemps j'ai eu de l'anxiété sociale. Donc j'étais jamais très à l'aise, je me sentais toujours à côté de la plage. J'avais l'impression que les gens allaient me trouver inintéressante. J'avais des peurs que... T'aurais dû prendre les enfants ou les enfants. Franchement c'est sport. J'ai pas de l'enfer. Mais en fait, ça a été une nécessité d'un point de vue financier de donner des cours. Et donc j'y suis allée un peu à reculons. Et en plus, c'est un truc de légitimité aussi, de dire en fait, je suis céramiste depuis peu de temps, qui suis-je pour transmettre ? Et en fait, on se démerde très bien et les gens apprennent et en fait, on n'apprend pas non plus à faire décoller un avion, donc ça se fait bien. Et en fait, j'ai rencontré des personnes géniales.
- Speaker #1
Ah ouais ?
- Speaker #0
Je suis fan de mes élèves. Mais vraiment, mes cours du mardi soir et du mercredi matin, il y a toujours un moment dans la journée où je suis là, Oh j'ai la flemme, mais en fait quand ils arrivent je suis là mais je... venez, on reste encore plus longtemps. J'ai David, qui est un de mes élèves, qui est américain, donc je parle anglais. Donc je fais un cours français-anglais, modelage-tournage en même temps. Je suis finie là, je suis rincée. Mais il est adorable, j'adore. J'ai Séverine, qui est notre première élève hebdo qui continue, qui me fait trop rire que j'adore. Et franchement, il y a Marie aussi. J'ai plein d'élèves, ils sont tous différents et en fait, ils se confient vachement. Enfin, assez bien. Et moi, je pose quand même beaucoup de questions. Et en fait, du coup, tu as accès à des parcours de vie très différents. Et c'est hyper enrichissant.
- Speaker #1
C'est quoi le client type d'Atelier Watson ?
- Speaker #0
Il y en a ou pas ?
- Speaker #1
Qui est-ce qui vient ici ?
- Speaker #0
Je dirais que dans les cours, c'est plutôt des femmes, majoritairement. Plutôt dans la trentaine. Et qui cherchent quelque chose pour équilibrer leur vie. Soit parce qu'elles sont jeunes mamans et elles ont besoin d'un temps pour elles. Soit parce qu'elles ont des métiers très stressants et qu'elles ont envie de pouvoir se détendre. Ou alors des gens qui veulent se reconvertir dans la céramique, on en a aussi, et qui du coup veulent un peu voir ce que ça donne. Et donc ça, pour moi, c'est notre client type c'est femme, trentaine d'années, veut du sens, veut se détendre.
- Speaker #1
C'est nous quoi.
- Speaker #0
Ouais, c'est nous, c'est tout à fait nous.
- Speaker #1
Pas de regrets de s'être installée dans le 17ème ? Pas du tout.
- Speaker #0
Après, trop contente parce que le quartier est hyper vivant, il y a beaucoup de boutiques, beaucoup de gens. Les gens ont quand même un bon pouvoir d'achat ici. Et ça, ça joue parce qu'en fait, un cours d'initiation de 2 heures, c'est 65 euros. Donc, tu ne vas pas non plus... Tout le monde ne peut pas se permettre de faire ça. C'est quand même un hobby qui coûte de l'argent.
- Speaker #1
Oui, complètement.
- Speaker #0
Et non, franchement, on a notre cible qui est tout autour de nous. Après, nous, on est rue Truffaut, qui est perpendiculaire à Legend, qui est donc une grosse rue. Mais nous, rue Truffaut, il y a peu de passages.
- Speaker #1
Et... Déjà, c'est marrant, j'ai habité rue Truffaut. Ah oui ? Oui, plus bas. Bref, voilà, petit aparté. Et oui, comme tu dis, tu touches directement à ta clientèle cible. Donc en gros, on conseille, quand tu lances une activité comme l'atelier de céramique, il vaut mieux quand même être un peu dans des quartiers un peu aisés qui matchent avec ta clientèle.
- Speaker #0
Exactement. Mais oui, je vous conseille de vous installer dans des lieux qui... où il y a du passage et où il y a votre cible qui n'est pas loin et où il n'y a pas que vous parce qu'en fait nous le samedi il y a beaucoup de gens qui font du shopping et du coup ils passent un peu ici par hasard alors qu'il n'y aurait aucune boutique de vêtements ou de quoi que ce soit aux alentours, les gens ils ne passeraient pas du tout et je pense qu'il y a vraiment des business qui ferment parce qu'ils sont dans la mauvaise rue et en fait c'est cool d'avoir un local qui n'est pas très cher et c'est important de ne pas viser trop haut parce que si ton loyer il est trop élevé dès le début, tu te tires une balle dans le pied. Mais la localisation pour les commerces, c'est essentiel. Essentiel.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que tu préfères aujourd'hui dans ton quotidien ?
- Speaker #0
Bosser avec Jeanne.
- Speaker #1
Ouais. Non mais c'est hyper important.
- Speaker #0
Ouais. Ça, je crois que c'est un de mes trucs préférés. C'est d'arriver le matin et de voir Jeanne. Ça et le fait d'avoir... Parce que Je pense que si j'avais un conseil à donner aux gens qui montent leur boîte, c'est ne le faites pas seul. Parce que c'est très dur de monter sa boîte toute seule, de traverser des moments d'outre seul, c'est quand même compliqué. Et puis en fait, monter une boîte, il faut être RH, comptable, réseaux sociaux, enfin un milliard de jobs à faire en une seule fois. Et donc le fait de pouvoir se diviser la charge à deux, c'est quand même un atout assez dingue. Et comment tu choisis ?
- Speaker #1
Comment tu choisis un bon associé alors ? Hormis le fait que tu t'entendes super bien avec elle, maintenant que tu as un petit peu de recul, quelles sont les qualités que tu remarques chez elle qui font que... Bah ouais, c'est normal que ce soit un super match.
- Speaker #0
Je pense que déjà, on se complète énormément. Parce que Jeanne et moi, on a un parcours de vie extrêmement différent. On ne vient pas du même milieu, on ne vient pas du même endroit géographique, on n'a pas fait les mêmes études, on n'a rien en commun sur le papier. Et en plus de ça, amicalement parlant, en fait, on a le bon dosage. Parce que Jeanne et moi, on ne se connaît pas depuis très longtemps. Donc ce n'est pas ma pote du lycée que je connais depuis 15 ans. Donc on n'a pas de passif, on n'a pas d'historique. Mais à la fois, on s'entend hyper bien comme si c'était une de mes meilleures amies. Je pense qu'on a aussi ce juste milieu. Parce que tu sais, on me dit souvent, ne monte pas des boîtes avec tes potes ou avec ta famille, parce qu'il y a un certain passif. Et en fait, Jeanne, on a un peu ce juste milieu qui fait qu'on s'est rencontrés autour de la céramique et on a monté notre boîte à partir de là, mais on s'est rencontrés fin 2023. C'est-à-dire, il n'y a pas si longtemps. Après, ça ne fait que sept mois, mais tu vois, les périodes de fatigue et tout, on peut être un peu plus tendu. à chaque fois on a su désamorcer, se dire les choses, s'écouter. Et puis t'es fatiguée, tu rentres chez toi, tu vas te reposer. Ce matin t'as envie de dormir un peu plus, tu dors un peu plus. Ça tu vois, c'est de la bienveillance.
- Speaker #1
Bien sûr. Et du coup ça fait partie aussi des points positifs j'imagine de ton quotidien aujourd'hui ? Ouais,
- Speaker #0
en fait moi je pensais qu'en étant à ton compte, tu pourrais un peu partir en vacances quand tu veux, un peu venir et repartir. Mais pas du tout ma belle, pas du tout. Franchement, les vacances... j'en prends pas, c'est à dire que nos dernières vacances avec Jeanne c'était à Noël et nos prochaines c'est en août mais on a la chance en fait de pas prendre de vacances et de pas être frustrée parce que on adore venir bosser à l'atelier et ça c'est un truc que j'avais pas avant, c'est que moi le matin déjà je me lève plus tard qu'avant parce que du coup j'ai un business qui est plus aligné avec moi, ma manière de fonctionner j'ai arrêté de culpabiliser d'être quelqu'un qui a besoin de dormir le matin j'ai juste créé un job qui me permet d'être alignée avec mon rythme naturel j'ai une personne que j'adore donc je suis trop contente de la retrouver J'ai un métier créatif, donc en fait je produis, je fais de la céramique, c'est trop stylé, je fais des trucs avec mes mains. Et ça nous arrive très régulièrement avec Jeanne de papoter et de se regarder et de se dire mais tu te rends compte que là, il y a des gens, ils ont décidé qu'on était assez adultes pour nous donner cette responsabilité-là et genre ça c'est notre job, genre c'est réel, c'est notre vraie vie maintenant et ça nous paraît tout à fait lunaire et on se dit mais on a tellement de chance.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu aurais aimé qu'on te dise ? Avant de te lancer dans ce gros projet Atelier Watson ?
- Speaker #0
Rien.
- Speaker #1
Rien ?
- Speaker #0
Franchement, je pense qu'il faut une bonne dose de folie et d'inconscience pour monter un projet comme ça. Donc je suis contente que personne n'ait essayé de me stopper. Et je pense que chaque projet est différent. Et du coup, je pense que si des gens avaient monté un atelier à un autre moment, pareil, le même binôme et tout... Je crois que je n'aurais même pas trop voulu avoir leurs conseils parce qu'en fait, je pense que chacun sa route, chacun son chemin. Donc non, en revanche, je pense que, mais c'était mon cas, il faut quand même être conscient de ce que ça demande en termes d'énergie et d'argent. Et donc, si vous n'avez pas de thunes, pas de filets, pas de temps, pas d'argent, ça va être vraiment compliqué. Et tu vois, avec Jeanne, on s'est retrouvés pendant un peu plus de neuf mois à avoir des jobs alimentaires respectivement. Et en fait, assez rapidement, Jeanne m'a dit, ça ne va pas être possible. Et en fait, on s'est vraiment dit, il y a un moment, il faut qu'on donne tout, toutes les deux à 100% et qu'on ne regarde pas derrière. Et parce que sinon, ça ne fonctionnera pas. Et je pense que ça, c'est un vrai truc. Si tu veux mener un projet à bien, il faut qu'à un moment, tu aies 100% de ton temps qui soit concentré là-dessus et de ton énergie. Et donc, si tu as mille autres trucs à gérer en même temps, c'est quand même plus dur et plus... Ouais, c'est dur. Et déjà, nous, on était 100% de notre temps et ce n'est pas tous les jours évident. Ah si, mon père, il m'a donné un bon conseil.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Parce que donc, ma mère avait sa boîte. Mon père a, lui, monté plusieurs boîtes et elles ont plus ou moins toutes échouées.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Et donc, il m'a dit, le plus important, c'est savoir quand arrêter. Il m'a dit, il y a une différence entre la persévérance et l'acharnement. Il m'a dit, il y a un moment, il vaut mieux lâcher que de continuer. Il m'a dit, soyez très attentif. C'est pas ce que je vous souhaite et je vous souhaite de la réussite, mais parfois, il vaut mieux savoir s'arrêter avant que ça coûte trop. Il m'a dit, moi, parfois, j'ai pas su discerner ce changement et du coup, je me suis acharnée sur des choses que j'aurais dû lâcher plus tôt et ça m'a coûté. Et ça, j'ai trouvé que c'était un bon conseil parce qu'avec Jean, on n'avait aucune garantie que ça fonctionne. Et on s'était dit, OK, donc nous, on a besoin de tant d'argent par mois. pouvoir vivre et à partir de quand on se dit que si on n'arrive pas à atteindre cette somme là il vaut mieux arrêter oui hyper hyper non je conçois très bien que tu es besoin de te dire ok enfin
- Speaker #1
On donne toute notre énergie, on donne tout ce qu'on a. Il y a un moment où il faut qu'il y ait un retour sur investissement, parce que sinon vous allez vous cramer. Bon bah écoute, super. Est-ce que tu as quelque chose à rajouter, un truc qu'on n'aurait pas évoqué ? Un petit mot de la fin, j'en sais rien.
- Speaker #0
Non, petit mot de la fin, faites-vous confiance. Je pense que c'est important. Je sais que dans l'économie actuelle, c'est difficile de prendre des risques et de se dire que de quitter un job qui est confortable. Mais tout le monde n'est pas fait pour monter sa boîte aussi, il y a ça aussi. Mais par contre, je pense que c'est hyper important de vraiment avoir un job avec lequel on est aligné et on y trouve une quelconque satisfaction. Parce qu'on va quand même passer une très grosse majorité de notre vie à travailler. Et ça affecte tellement qui on est en tant que personne que je pense que c'est hyper important. Moi, j'ai des potes qui ont un peu des bouts de jobs. Et je les entends parler et je vois bien que leur bonheur se trouve plutôt dans les vacances qu'ils vont pouvoir s'organiser avec leur salaire que dans leur quotidien. Et je me dis, c'est quand même... On n'a qu'une vie, elle passe vite, elle peut s'arrêter à tout moment. Je pense que c'est mieux d'aimer son 9h-5h que d'aimer ses vacances qu'on a 5 semaines par an. Et en fait, soyez curieux des autres métiers qui existent parce qu'il y a énormément de métiers qui existent qu'on ne connaît pas et qu'on sous-évalue. qu'on dénigre parfois. Il y a même des savoir-faire qui se perdent et c'est tellement dommage. Et donc, n'ayez pas peur de prendre des risques.
- Speaker #1
Ça marche.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Merci. Je pense que c'est un très bon conseil. Merci, Pierre. Je t'en prie. C'était vraiment un plaisir de discuter avec toi.
- Speaker #0
J'espère que je n'ai pas trop mis des tunnels.
- Speaker #1
Non, pas du tout. C'était super. Et bien, on peut s'arrêter là. Merci beaucoup. Avec plaisir. Et à très vite.
- Speaker #0
À très vite.
- Speaker #1
Ciao.
- Speaker #0
Ciao.