Speaker #0octobre 1944 Ravensbrück Allemagne le camp est conçu pour 6000 prisonnières il en contient 36 000 dans cet enfer une femme est placée en cellule d'isolement seule par ordre personnel dit mère parce qu'elle s'appelle de Gaulle parce que les nazis veulent la marchander contre des officiers allemands elle reste seule des semaines des mois dans cet isolement absolu elle ne cède pas elle Elle ne négocie pas. elle ne signe rien, elle n'échange rien. Elle attend et elle pense. Bienvenue dans « Maman en Maman » au cœur du TDAH, le podcast d'Emilie Chatelain. Cet épisode est sponsorisé par Saria, le premier outil de networking. Pour résumer, il a quatre fonctions utiles pour le networking, une carte de visite enrichie pour te présenter, un historique de tes contacts, un trombinoscope des membres et la possibilité de géolocaliser tout ce qui concerne les entrepreneurs autour de toi. C'est le quatrième et le dernier épisode de notre hors-série, ces cerveaux qui ont changé le monde. Aujourd'hui, Geneviève de Gaulle, Antonios. Avant tout, je te le dis clairement, je ne suis pas médecin, je ne vais pas poser un diagnostic sur Geneviève de Gaulle, je vais regarder sa vie et observer les traits. Ce que je vois, c'est fascinant et ça mérite qu'on en parle. Geneviève de Gaulle naît le 25 février 1920 à Saint-Denis de la Réunion à Charon. Elle est la nièce de Charles de Gaulle, son père, Xavier de Gaulle, et le frère aîné du futur général. Sa mère meurt alors qu'elle a 4 ans. Elle grandit dans une famille de tradition catholique profonde, de patriotisme ancré, de rigueur intellectuelle. Et très tôt, Geneviève voit les choses autrement. À 14 ans, en 1934, elle lit Mein Kampf. Pas parce qu'un professeur le lui a demandé. Pas parce que c'était au programme. Parce qu'elle voulait comprendre ce qui se passait en Allemagne. Parce que quelque chose dans l'actualité l'inquiétait et qu'elle ne pouvait pas rester dans l'ignorance. Elle lit Mein Kampf à 14 ans. et elle comprend ce que la plupart des diplomates européens adultes refuseront de comprendre pendant encore 5 ans. Ce trait, voir les connexions que les autres ne voient pas, sentir le danger avant qu'il soit évident, refuser l'ignorance rassurante, c'est un trait TDAH. Le cerveau atypique fait des connexions latérales que le cerveau ordinaire ne fait pas. Il perçoit des patterns, des signaux faibles, des dissonances. A 14 ans, Mein Kampf y est là compris. Comparaison avec aujourd'hui. Cet enfant-là, dans une classe de 2026, qui dit des choses hors programme, qui pose des questions inconfortables aux adultes, et qui ne s'intéresse pas à ce qu'on lui demande, mais à ce qui l'intéresse vraiment. On dirait peut-être qu'il est difficile à cadrer, qu'il ne suit pas le cours. En 1934, cette fillette était en train de comprendre la Shoah, 5 ans avant qu'elle ne commence. Geneviève a 19 ans, quand la guerre éclate, elle est étudiante en histoire à Paris. Juin 1940, la France capitule, État insigne à l'armistice. La moitié de la France dit que c'est la seule option. que la résistance est folle, que c'est terminé. Geneviève de Gaulle rejoint immédiatement la résistance, sans hésitation. Elle intègre le réseau Défense de la France, le plus grand réseau de presse clandestine de la résistance française. Ce réseau publie et distribue un journal clandestin, le journal Défense de la France, à des centaines de milliers d'exemplaires, sous le nez des nazis. Geneviève est chargée de la distribution dans Paris. Elle transporte des liasses de journaux interdits. Elle court des risques mortels à chaque livraison. Ce que les biographes notent. Notamment, Julien Blanc dans sa thèse de référence sur Défense de la France, publiée en 2010. C'est que Geneviève travaille avec une intensité qui déconcerte ses camarades. Elle ne s'en pose pas, elle ne compte pas ses heures, elle n'évalue pas le risque avec la prudence que conseille la logique. Elle fonce. Ce que d'autres percevaient comme de l'impulsivité ou du manque de discernement, c'est en réalité un trait que le TDAH produit chez certains profils, l'absence de filtre entre la conviction et l'action. Je sais que c'est juste, donc je le fais, maintenant. En juillet 1943, elle est arrêtée par la Gestapo. Les agents nazis trouvent sur elle des documents compromettants. Elle est emmenée à la prison de Frenn, en banlieue parisienne. Elle a 23 ans. Après Frenn, Ravensbrück, le camp de concentration pour femmes, en Allemagne, au nord de Berlin. Ravensbrück a été construit pour 6 000 prédominaires. Quand Geneviève de Gaulle y arrive en janvier 1944, il en contient 36 000. Six fois la capacité prévue. Les femmes dorment à 5 dans un lit prévu pour une. La dysenterie, le typhus, la tuberculose font des ravages. Les travaux forcés sont épuisants. Les punitions sont arbitraires. Dans cet enfer, Geneviève fait quelque chose de remarquable. Elle crée des liens. Elle parle avec les autres prisonnières. Elle mémorise leur histoire, les noms de famille. Elle maintient un réseau informel d'entraide. Elle partage ce qu'elle a et l'encourage. Ses amis dans le camp, d'où on a les témoignages, s'appellent Jacqueline Péry d'Alain Cour, Suzanne Hilterman. Anis Postévine et Germaine Tillion, l'ethnologue résistante et survivante de Ravensbrück, qui écrira ensuite un livre majeur sur le camp. Germaine Tillion dira de Geneviève, « Il avait une façon de voir les gens tels qu'ils étaient vraiment, au-delà de leur misère et de leur peur, et ça les aidait à tenir. » Voir les gens vraiment, les connexions humaines profondes et immédiates, la capacité à créer de la chaleur dans des conditions les plus froides, ce sont des traits de TDAH. Et puis, octobre 1944, Himmler ordonne personnellement le placement de Geneviève en cellule d'isolement. Pourquoi ? Parce que son oncle est le général de Gaulle, parce que Paris vient d'être libérée, parce que les nazis cherchent des monnaies d'échange. Geneviève de Gaulle en cellule solitaire, seule, dans le froid, sans contact humain, pendant des semaines. Elle ne cède pas, elle ne signe rien. Elle sera libérée en 1945 par la Croix-Rouge internationale dans le cadre d'un accord entre Himmler et le comte Bernadotte. Je ne suis pas médecin, et les psychologues qui ont étudié les survivants de Ravensbrück parlent de la capacité dissociative comme une ressource de survie. Le cerveau qui peut se mettre ailleurs quand la réalité est insupportable. Ce mécanisme, surreprésenté chez les profils TDAH et trauma, peut être une ressource dans des situations extrêmes. Libérée en avril 1945, elle fait sa convalescence en Suisse. C'est là qu'elle rencontre Bernard Antonios, agent de la résistance lui aussi. Ils se marient en 1946, quatre enfants. Les Geneviève auraient pu s'arrêter là. Elle aurait pu écrire ses mémoires, donner des conférences, vivre de son nom et de sa légende. Elle ne s'arrête pas. À partir des années 1960, elle rejoint Apté des Carmons, l'association fondée par le père Joseph Dresinski pour lutter contre la grande pauvreté. Le père Dresinski a créé ADT, dans un camp de sans-abri à Noisy-le-Grand, des familles qui dorment dans des baraques en planche. des enfants qu'on retire aux parents parce qu'ils sont pauvres, des hommes et des femmes que la société a décidé de ne plus voir. Geneviève de Gaulle, nièce du président de la République, résistante légendaire, figure nationale, va dans les camps de misère. Elle s'assoit, elle écoute, elle apprend les noms. Elle y passe 30 ans. Elle deviendra présidente d'ADT Carmont de 1964 à 1998. Et en 1988, elle mène un combat apparemment impossible, convaincre le gouvernement Michel Rocard d'adopter le revenu minimum d'assortiment, le RMI. Elle réussit. Le RMI est voté en décembre 1988. Ce que j'observe dans cette trajectoire, c'est la même chose que quand l'enfant qui dit « minecraft » à 14 ans, le cerveau TDAH fait des connexions que les autres ne font pas. Il voit les invisibles, il perçoit l'injustice avec une sensibilité physique et il ne peut pas rester d'autre. Comparaison avec aujourd'hui. L'enfant est persensible à l'injustice, qui prend la défense des autres dans la cour de récré, qui prend trop les choses à cœur, qui ne comprend pas pourquoi les adultes tolèrent ce qui lui semble évident. Ce profil produit des Geneviève de Gaulle, ou des militants, ou des journalistes, ou des soignants, ou des parents comme toi qui ne peuvent pas rester sans comprendre pourquoi ton enfant souffre. Dans La traversée de la nuit, son témoignage sur Ravensbrück publié en 1998, Geneviève de Gaulle ne parle pas d'elle-même de façon directe. Elle parle des autres, des femmes autour d'elle, des visages qu'elle a mémorisés, des noms qu'elle a retenus. C'est révélateur, la mémoire sélective, extraordinaire pour les détails qui comptent émotionnellement. Elle se souvient de chaque femme croisée à Ravensbrück avec une précision qui laisse ses interlocuteurs sans voix. Et en même temps, elle oublie les rendez-vous, les dates administratives, des formalités. L'intensité relationnelle, les liens qu'elle crée, sont immédiatement profonds. Pas de superficialité, pas de relation de façade, tout ou rien. La sensibilité à l'injustice, elle ne supporte pas l'analyse du mal, que ce soit l'injustice nazie ou la misère ignorée. La réponse est la même. Je ne peux pas rester là sans agir. Le passage à l'acte. Sans attendre que les conditions soient optimales, la résistance n'était pas une décision raisonnée et s'interposait comme une évidence. Je ne suis pas médecin, Geneviève de Gaulle n'a jamais été diagnostiquée TDAH, je te profite de ce que je décris. C'est une hypothèse, un regard, mais c'est un regard qui aide à comprendre comment certains cerveaux fonctionnent, et peut-être à regarder ton enfant différemment. Geneviève de Gaulle meurt le 14 février 2002 à Paris, elle avait 81 ans. En 2015, son cercueil entre au Panthéon, elle est la cinquième femme à entrer au Panthéon. Mais ce qui me frappe, c'est ce qu'elle a dit à ses enfants et petits-enfants quand ils lui demandaient comment elle avait survécu à Ravensbrück. Elle disait ceci. « Je n'avais pas le choix. Ce que j'avais à faire était évident, alors je l'ai fait. » Pas de calcul, pas d'hésitation. L'évidence de l'action juste. Ton enfant qui agit avant de penser, qui ne comprend pas pourquoi les autres hésitent quand quelque chose lui semble évident, qui prend des risques que personne n'aurait pris. Ce n'est pas un défaut à corriger. C'est une façon d'être dans le monde. Le travail, le vôtre comme parent, c'est d'aider le cerveau à trouver l'île. bon contexte, à canaliser cette intensité vers ce qui compte vraiment, à transformer ce qui ressemble à de l'impulsivité en capacité d'action quand ça compte. Geneviève de Gaulle avait 23 ans quand elle était arrêtée. Elle avait 14 ans quand elle avait compris ce que la plupart des adultes refusaient de voir. Ce cerveau-là, il mérite qu'on l'accompagne. Voilà, nous avons traversé ensemble cinq vies extraordinaires. Coco Chanel, Marie Curie, Agatha Christie, Joséphine Baker, Geneviève de Gaulle. Cinq femmes qui ont changé le monde. Cinq cerveaux qui ne fonctionnaient pas comme les autres. Ce hors-série se termine ici. Mais la conversation, elle continue. Si cet épisode t'a parlé, si tu as vu quelque chose de ton enfant dans cette histoire, j'aimerais le savoir. Écris-moi en DM sur Instagram. Raconte-moi. Et si tu veux aller plus loin sur la compréhension du cerveau TDAH de ton enfant, la méthode lire t'attend. 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