Speaker #0Musique Hello et bienvenue dans Mama Bloom, le podcast qui célèbre la maternité dans toute sa profondeur. Je suis Marie, une jeune maman d'un petit garçon qui s'appelle Aaron. Ici, on parle du désir d'enfant, de la grossesse, de la naissance, du postpartum et de tous ces sujets qui parlent aux femmes. Ce qu'on murmure parfois, ce qu'on rit, qu'on pleure, et surtout, ce qu'on partage. Alors, si ces sujets t'intéressent, je t'invite à t'abonner à ma chaîne. J'ai envie de vous raconter mon histoire, mes tâtonnements, mes joies, mes doutes, et puis surtout, de tendre le micro à d'autres femmes, pour qu'ensemble, on crée un espace de liberté et de sororité. Mama Bloom, ce n'est pas un podcast de pro, je suis ni psy, ni experte, je suis juste une maman. Une maman qui a envie de parler vrai et de créer un cocon, pour toutes celles qui cheminent vers la maternité ou qui sont déjà dedans, en plein dedans. Le jour J J'étais à ma 39e semaine de grossesse, tout près du terme. Nous avions rendez-vous avec ma gynéco pour un contrôle, histoire de vérifier mon col et si bébé était toujours bien positionné. Cela faisait déjà un bon moment qu'il s'était retourné. Je me souviens très bien de l'échographie où on nous avait annoncé qu'il avait la tête en bas. Ce jour-là, j'ai ressenti pour la première fois la fierté d'une maman. Je me suis dit, ça c'est mon fils, il est trop fort, il a tout compris. Pendant ce rendez-vous, Nous avons parlé de la possibilité de déclencher l'accouchement, parce que l'estimation du poids du bébé pouvait dépasser les 4 kg. Je me répétais que mon corps ne ferait pas un bébé qu'il ne pourrait pas mettre au monde, mais une autre part de moi voulait garder le contrôle en programmant l'accouchement. Avec du recul, je réalise à quel point c'était lié à mon parcours. Après m'être sentie si impuissante tout au long de ma maternité, j'avais besoin, à ce moment-là, de reprendre les rênes, et de me sentir actrice de ce qui allait se passer. L'autre raison, cela me rassurait de savoir que Nance serait pleinement présent. Comme cela tombait un week-end, je savais qu'il pourrait vivre chaque instant de la rencontre avec son fils, sans être happé par son travail. Ma gynéco était très à l'écoute. Ce n'est pas elle qui m'a conseillé le déclenchement, mais je sentais qu'elle avait compris mes inquiétudes et l'épuisement de cette fin de grossesse. Elle a surtout cherché à me redonner une place active, pour que je me sente en confiance dans ce choix. Elle m'a aussi rassurée en me confirmant qu'à ce stade, mon bébé était prêt. et qu'il pouvait arriver sereinement. Nous avons donc fixé une date pour le 16 août. Elle nous donna rendez-vous la veille, en fin de journée, pour poser ce qu'on appelle un ballonnet. Elle nous expliqua que c'était une sonde en silicone composée de deux petits ballons, que l'on place dans le col de l'utérus pour l'aider à se préparer. Après la pause, je pourrais rentrer à la maison, passer la nuit tranquillement et revenir le lendemain matin à la maternité, pour que les choses sérieuses commencent. Le jour J, comme toujours, Nance était à mes côtés. En partageant mon histoire aujourd'hui, je réalise la chance que j'ai d'avoir eu sa présence à chaque étape de mon parcours. Il ne m'a jamais manqué un seul rendez-vous. Je n'ai pas envie de donner l'image d'un couple parfait, parce que ce n'est pas la réalité. On a des hauts et des bas, comme tout le monde. Ce que j'ai envie de transmettre ici, c'est quelque chose de vrai et d'authentique. Ce que je trouve beau dans une relation, c'est justement l'union de deux personnes imparfaites. Avec Nance, Notre couple a évolué grâce, et parfois à travers les épreuves. Nos essais, la perte de notre premier bébé, le stress des examens, tout cela nous a marqué. Mais au lieu de nous éloigner, ça nous a rapprochés. Et je peux même dire que ça nous a renforcés. On avait décidé d'aller à la maternité à pied. Rien de tel pour motiver notre petit garçon à pointer le bout de son nez. Sur un malentendu, ça pouvait marcher. En arrivant là-bas, pas de contraction. Mais j'étais super heureuse de retrouver ma gynéco. Son optimisme naturel et son sourire me rassuraient énormément. Allez, c'est parti pour la pose du ballonnet. On introduit dans le vagin un cathéter avec un ballonnet à l'extrémité. Une fois bien placé dans l'orifice du col, il est gonflé avec de l'eau stérile. L'idée, c'est de mettre une petite pression sur le col pour l'aider à se dilater. Sauf qu'il a fallu s'y reprendre à deux fois. La première tentative, il n'était pas bien accroché. Et comme on a insisté un peu, ça a provoqué des légers saignements. Par précaution, ma gynéco a préféré que je reste hospitalisée cette nuit-là. Sous surveillance, juste au cas où. Finalement, ça m'a un peu rassurée, parce que je n'avais pas anticipé à quel point c'était inconfortable d'avoir une sonde entre les jambes, pour marcher, faire pipi, et Dieu sait qu'enceinte, ça arrive souvent. Au fond, j'étais soulagée de ne pas avoir à rentrer chez moi. Après quelques papiers assignés, me voilà installée dans ma chambre. Cette chambre où j'allais rencontrer mon bébé dans quelques heures. Je n'arrivais pas à réaliser, j'étais tellement excitée, tellement impatiente. Mais je me sentais un peu nue. Un peu démunie aussi, sans mes affaires. Ma valise de maternité soigneusement préparée, ma trousse de toilette, mon coussin d'allaitement. Heureusement, je pouvais compter sur Nance. Il est revenu avec tout mon petit confort. Et cerise sur le gâteau, il m'a apporté des sushis. Oui, j'ai bien dit des sushis, mes préférés, ceux du petit resto au coin de la rue, qui m'avaient terriblement manqué pendant ces neuf mois. L'infirmière nous a dit qu'il n'y avait aucun risque pour le bébé. Alors croyez-moi, ce soir-là... je les ai savourés comme jamais. Après notre petit festin, il était temps pour Nance de rentrer à la maison. Pour moi, c'était le moment de savourer ces dernières heures en solitaire. Des heures qui, après la naissance de mon fils, ne seraient plus au programme pour un bon moment, même si je ne le réalisais pas encore. Cette nuit-là a été interminable. Impossible de trouver le sommeil. Coincée entre l'inconfort du ballonnet et l'appréhension de la journée qui m'attendait, je passais sans cesse de la joie à la peur. J'étais incapable de lâcher prise. J'ai donc passé la nuit à caresser mon ventre, consciente que dès le lendemain, il serait vide. Ces petits coups allaient me manquer. C'étaient nos dernières heures rien qu'à nous, et j'en profitais jusqu'au dernier instant. Au petit matin, l'infirmière est entrée avec mon plateau repas. C'était le grand jour. Avant de partir pour la salle de travail, je suis passée par la douche. Et là, je me suis arrêtée un instant devant le miroir de la salle de bain. Je voulais me voir, une dernière fois enceinte. Ce ventre rond, gigantesque, mon masque de grossesse sur le visage, que je n'avais pas réussi à éviter. Mais c'est entendu. Je savais que c'était la dernière image que j'aurais de moi avec ce corps. Et je voulus capturer cette image une dernière fois avec mes yeux, comme un souvenir précieux. Il était 7h quand je me suis installée dans la salle de travail. La pièce était grande, lumineuse, avec une baignoire et tout le confort nécessaire. Il ne manquait plus que Nance, qui allait bientôt me rejoindre. La sage-femme est venue vérifier le ballonnet, mais le col n'avait pas bougé depuis la veille. Alors elle a installé la perfusion d'ocytocine. L'ocytocine, c'est une hormone que notre corps sécrète naturellement pour déclencher le travail. Il aide le col à s'ouvrir lors de l'accouchement. Elle a aussi un rôle magique. Elle aide à mieux supporter les douleurs des contractions. Mais là, dans mon cas, c'était de l'ocytocine artificielle. Elle est administrée par perfusion. L'objectif ? Provoquer des contractions régulières et efficaces afin de lancer le travail. Mais dans ce cas-là... Pas de magie pour soulager les contractions. Les premières heures, je n'ai rien ressenti. L'ocytocine est administrée progressivement, donc le temps que ça fasse effet, c'était tranquille. L'ambiance était légère, on plaisantait avec les sages-femmes et Nance. Ça m'aidait à rester dans un bon état d'esprit pour la suite de la journée. En fin de matinée, comme je voyais que ça allait prendre du temps, j'ai dit à Nance d'aller déjeuner et de revenir un peu plus tard. Moi j'avais envie de prendre un bain pour me détendre. Une fois dans le chaude, la sage-femme est venue me voir et m'a demandé si je sentais la sonde bouger. Elle m'a proposé d'essayer de tirer doucement dessus pour voir si le ballonnet se détachait. J'ai tenté du bout des doigts, mais ça ne bougeait pas vraiment. Elle a souri et m'a dit « Non, allez-y un peu plus fort quand même » . Alors je l'ai fait. Et là, une douleur fulgurante, comme une décharge dans tout mon corps. L'eau du bain est devenue trouble, teintée de sang. J'étais paralysée, incapable de bouger. Je me concentrais sur cette douleur vive qui arrivait par vagues de plus en plus fortes. J'avais toujours eu des règles douloureuses, mais là, c'était d'une autre dimension. Entre deux pics, j'ai relevé la tête et la sage-femme m'a dit « Vous avez changé de visage, vous ne vous sentez pas bien ? » J'avais envie de pleurer. J'avais cette sensation étrange, presque honteuse, comme si j'allais perdre le contrôle de mon corps, comme si j'allais me faire dessus. J'étais nue dans cette baignoire, mal à l'aise, et je ne pensais qu'à une chose. Sortir de là, et vite. Avec mon gros ventre, j'imaginais déjà la gymnastique pour ne pas glisser en sortant du bain. Mais j'étais déterminée, je voulais me rhabiller et courir aux toilettes avant que le travail démarre vraiment. Cette fameuse peur que toutes les femmes connaissent lors de l'accouchement. Et maintenant, je comprenais pourquoi. Les douleurs ressemblaient à d'énormes crampes abdominales, mais amplifiées à l'infini. J'ai finalement réussi à m'extirper de la baignoire, à me sécher et me rhabiller. Entre temps, la sage-femme avait appelé l'anesthésiste pour poser la péridurale. Tout s'est enchaîné tellement vite depuis le départ de Nance, j'aurais tellement aimé qu'il soit là. J'avais peur, mais je savais surtout que je ne voulais pas supporter cette douleur plus longtemps. L'anesthésiste m'a demandé de m'asseoir sur le bord du lit, d'arrondir le dos, de me détendre, et surtout, de ne pas bouger, sans blague. Le moindre contact me faisait sursauter. Et pourtant, je devais rester immobile. Je me suis accrochée à la sage-femme. J'ai senti monter l'émotion, la peur, et les larmes ont coulé sur mes joues. « Voilà, c'est fait. Je vous mets le pansement, vous pouvez vous allonger » , m'a dit l'anesthésiste. Au même moment, Nance est revenue dans la chambre. Il m'a demandé « Mais qu'est-ce qui s'est passé ? » J'aurais voulu lui raconter, mais la seule chose que j'ai réussi à dire, c'est « Bébé, je me sens pas bien, je me sens partir » . Comme si j'avais un voile qui tombait devant mes yeux, mes oreilles bourdonnées, mon corps s'enfonçait peu à peu comme si je glissais en arrière sans pouvoir me retenir. Je perdais connaissance. En réalité, ce n'était qu'un malaise vagal, assez fréquent après une péridurale. Rien de grave et ça passe très vite. Mais en y repensant, je me mets à la place de Nance. Il est entré dans la pièce sans avoir aucun contexte, juste en me voyant partir comme ça. J'imagine son inquiétude. et ce sentiment d'impuissance face à ce qui se passait. Très vite, la péridurale a fait effet et les douleurs intenses que j'avais ressenties sont devenues supportables. J'essayais de me reposer en attendant que mon col s'ouvre, mais j'avais du mal à me détendre. Quant à mon col, lui, il n'était pas pressé. C'est le défi du déclenchement. Le corps n'est pas encore prêt. Il faut le stimuler pour qu'il se mette réellement au travail. Et ça prend du temps. Tout au long de la journée, J'ai accumulé les effets secondaires. Nausée, vomissement, déshydratation, et la perfusion qui avait diffusé dans mon bras jusqu'à tripler de volume. Rien de grave, mais clairement, ce n'était pas ma meilleure journée. Nance, lui, essayait de détendre l'atmosphère, et me lançait avec humour. « Et voilà, babe, tu m'auras tout fait. » « Il faut dire que je ne fais jamais rien à moitié. » « Si vous m'avez suivie depuis le début, vous l'avez compris, j'enchaînais les galères depuis le début de mon parcours maternité. » C'était long. inconfortable et j'étais épuisée. Il faut dire que la nuit blanche de la veille n'aidait pas. On dit qu'un accouchement est comparable à un marathon, tant sur le plan physique que métabolique. Et franchement, je ne pense pas que beaucoup de marathoniens se présentent à la ligne de départ après une nuit blanche. En fin de journée, ma gynéco est passée me voir et m'a annoncé votre col est enfin ouvert. Nous allons percer la poche des os, et après ça, ça devrait aller vite. Alléluia ! Au moment de percer la poche des os, c'était une sensation vraiment particulière avec la péridurale. Je ne ressentais pas la douleur, juste une chaleur diffuse. Comme si je faisais pipi sans jamais pouvoir m'arrêter. Pendant au moins cinq minutes, j'avais l'impression que ça coulait sans fin. Ça nous a fait rire avec Nance. Un peu d'humour, ça fait du bien. Une heure plus tard, ma gynéco était de retour, prête à commencer le travail. Les contractions sont devenues de plus en plus intenses après la poche des os percées, comme si ma péridurale s'était estompée. Vu l'intensité des contractions, j'ai demandé une autre dose, mais elle m'expliquait qu'il ne valait mieux pas. Si la péridurale est trop dosée, on ne sent pas assez bien pour pousser. Et puis au moment de m'installer, d'un coup, j'ai eu peur. Peur de rencontrer mon bébé. Peur de ne pas ressentir la même connexion avec lui que durant la grossesse. Peur de le trouver moche. Mais qu'est-ce qui clochait chez moi pour avoir ce genre d'idée ? Et pourtant, ces pensées ont traversé mon esprit. Après avoir imaginé mon petit pendant neuf mois, il allait enfin arriver. Et j'étais terrifiée par l'inconnu. Ma gynéco était top. Elle avait même préparé une petite playlist de relaxation. Vous allez prendre une grande inspiration. « Et poussez de toutes vos forces dès que je vous le dirai » , me disait-elle. Et là, c'était parti. Je me concentrais. Je fermais les yeux pour me mettre dans ma bulle. Je lui ai demandé si je pouvais essayer de me mettre sur le côté, car ça me semblait plus naturel sur le moment. On a tenté les premières poussées, mais finalement ma gynéco m'a expliqué que dans cette position, je n'étais pas très efficace. J'ai fini par m'installer sur le dos. Elle me rassurait beaucoup. « Vous êtes incroyable, ça se passe très bien. Continuez comme ça, c'est super ! » Ces mots me donnaient force et courage. Nance m'encourageait aussi. « Pousse fort, vas-y bébé ! » Et moi, je donnais tout ce que j'avais. Je voulais que mon bébé arrive. Je mettais toute ma force dans chacun de mes efforts. J'étais dans un état... animal. Ce besoin de pousser, il faut le vivre pour le comprendre. La douleur était intense, lancinante, et les sages-femmes me guidaient. Poussez comme si vous étiez aux toilettes. Je sentais tout le poids du bébé dans mon bassin, dans mes fesses, et j'avais peur de mal faire ou de trop pousser. Le personnel soignant maintenait mes jambes près de mon ventre pour faciliter le passage, et puis soudain, ma gynéco a dit « Je vois la tête ! » Il a plein de cheveux. Oh non ! Ai-je lancé prise de panique ? Vous voulez toucher avec votre main ? Relança-t-elle. Non, surtout pas. J'étais au bout du rouleau, épuisée. Je voulais juste en finir. Et Nance ? Pas très chaud non plus. Il se réservait pour le moment de la grande rencontre. Tout au long du travail, mon médecin massait mon col avec de l'huile pour l'assouplir. Je voyais son implication, et ça m'aidait à garder le cap. Mais malgré toute ma volonté, Je sentais mes forces me quitter et mes poussées devenir de moins en moins efficaces. La tension montait dans la pièce. Nance, lui, essayait de me remotiver, conscient que ça risquait de finir en césarienne. Plus tard, il m'a raconté qu'il avait vu le personnel soignant se préparer discrètement en arrière-plan. Moi, j'ai rien remarqué de tout ça. J'étais ailleurs, enfermée dans ma bulle de douleur. Je n'avais jamais imaginé un effort pareil, une douleur aussi intense. Ma gynéco répétait sans cesse. Vous êtes incroyable Marie, c'est super, courage ! Mais moi, à l'intérieur, je ressentais une immense frustration. J'avais l'impression de ne pas y arriver, d'en être incapable. La détresse m'envahissait. Et pourtant je suis de nature persévérante. Alors je me suis accrochée et je me suis concentrée sur ces mots. Marie, votre bébé arrive, c'est maintenant qu'il faut tout donner. Après, vous pourrez prendre votre bébé dans les bras. Pensez à votre parcours, encore un dernier effort. Vous êtes incroyable, allez-y ! Franchement, j'avais la meilleure coach au monde, et mon plus grand supporter à mes côtés, Saed. Au bout d'un moment, elle nous expliqua qu'elle allait utiliser la ventouse pour aider la tête du bébé à descendre, car après chaque poussée, elle remontait et on se fatiguait pour rien. Je n'ai pas beaucoup de souvenirs de ce moment-là. Mais Nance, lui, oui. Il m'a raconté à quel point ça l'avait marqué. La ventouse fixée sur la tête de notre bébé, la gynéco prenant appui avec son pied sur le lit pour faire levier et tirer. Il m'a dit qu'il avait trouvé ça hyper violent. Et c'est vrai que ça l'est. On ne se rend pas toujours compte de ce que représente un accouchement. Le col est dilaté à 10 cm, la tête d'un bébé fait en moyenne 35 cm de périmètre crânien. Faire passer une pastèque dans un trou de souris, clairement, ce n'est pas... pas une image si exagérée. Et ça ne se fait pas sans mal. C'est là que je me rends compte à quel point la préparation mentale joue un rôle essentiel. Si on arrive à canaliser la douleur, rester concentré, le corps travaille différemment. L'ocytocine naturelle vient aussi soutenir l'effort, rendre les choses un peu plus supportables. Mais pour ça, faut-il encore ne pas déclencher son accouchement. Et puis cette phrase. Marie, votre bébé arrive, il est juste là. Encore un petit effort. Vous allez y arriver. Mais là, il faut vraiment pousser très très fort. Et ne vous arrêtez pas tant que je ne vous dis pas stop. Le passage de la tête. Comme si tout mon corps s'embrasait d'un coup. Une brûlure intense, qu'on appelle d'ailleurs le cercle de feu. La douleur se concentrait sur une zone très précise. Mon clitoris. Comme si ma chair était étirée à son maximum. Prête à se déchirer, j'avais la sensation que tout mon corps était en train de s'arracher. Impossible d'y échapper, impossible de penser à autre chose. Tout mon corps n'était que spasme et convulsion. Je n'avais plus aucune idée du temps, j'étais comme dans une autre dimension. L'ironie du sort, si je voulais avoir un déclenchement, c'était aussi parce que j'avais peur de l'épisiotomie. Et finalement, j'y ai eu le droit. Alors oui, tout ça pour ça. Mais avec du recul... Je me dis que c'était une leçon de vie que nous devions vivre. Je me rends compte que culpabiliser ne changera pas les événements, et si j'ai un deuxième enfant un jour, je suis sûre que je ferai différemment. Je saurai. En vous racontant mon accouchement sans tabou, je ne veux surtout pas effrayer celles qui ont un projet bébé ou celles qui sont sur le point de donner naissance, et j'entends qu'il y a des femmes qui le vivent mieux que moi, et heureusement pour elles. Ici, je partage mon vécu, avec mes ressentis, et je voulais expliquer les conséquences du choix d'un accouchement médicalisé. Tout cela a rendu mon expérience longue et douloureuse. Si je peux donner un conseil aux futures mamans, faites confiance à votre corps. Le déclenchement peut être nécessaire dans certaines situations à risque, comme la pré-eclampsie. Mais pour ma peur que mon bébé soit trop gros, je trouve que c'était un peu cher payé. À 22h16... Notre petit Aaron est arrivé avec un poids de 3,7 kg. Il était surtout grand, 51 cm. Alors comme quoi les statistiques, ça ne veut pas dire grand chose. Et malgré cette souffrance, au moment précis où j'ai vu mon bébé, quand on m'a dit de tendre les bras pour l'attraper, je l'ai posé contre ma poitrine et j'ai pleuré de tout. À cet instant j'ai su, j'ai su que c'était lui, celui que j'attendais depuis si longtemps, mon fils. plus belle chose que j'avais jamais vue de ma vie. Je le trouvais parfait. Sa petite tête bien ronde, ses petits cheveux ondulés. Je scannais chaque détail de ce petit être si fragile. Un moment suspendu que je n'oublierai jamais. Tout mon corps tremblait encore. De douleur, mais aussi d'un amour immense. Je voudrais terminer avec ceci. La naissance est le premier grand voyage de la vie. C'est la première décision que notre enfant prendra, quand il sera prêt, celle de nous rencontrer. Dans le ventre, il est en sécurité. Si l'accouchement peut être un choc pour nous, il l'est tout autant pour lui. Imaginez-vous dans votre bulle, où ni le froid, ni la faim n'existent, bercés en permanence, entourés de douceur et de sécurité. Puis soudain, vous partez découvrir le monde. La première grande aventure se fait par une toute petite porte. Et une fois dehors, le vide immense, le froid, la lumière, le bruit, la faim, et surtout, l'infini autour de vous. Comment ne pas être effrayé ? Comment ne pas se sentir perdu ? C'est à nous, parents, de comprendre cela, et de faire en sorte que nos bébés se sentent en sécurité. Parfois, la naissance ne se déroule pas comme nous l'avions imaginé. Il nous arrive que nous soyons séparés de notre bébé, ou que le lien d'attachement mette plus de temps à se créer. Cela ne doit jamais être une source de culpabilité. L'essentiel est de faire de son mieux. Prendre conscience que la naissance est une véritable aventure, pour nous comme pour eux, nous aide à les accompagner en douceur dès leur arrivée dans ce nouveau monde.