- Speaker #0
Ils sont managers, parfois par vocation, parfois par hasard, mais toujours ils ont décidé de faire bouger les lignes. Ils osent dire, écouter, transformer. Pas de recettes miracles, mais des échecs, des fulgurances, du courage et des outils qui changent la donne. Bienvenue dans Manager Inspirant, le podcast de celles et ceux qui mettent l'humain... au cœur de la performance. Je suis Aline Valentin, j'ai passé 25 ans dans des postes de direction internationale dans le secteur du luxe, à piloter des transformations stratégiques. Mon moteur a toujours été de construire des collectifs multiculturels engagés au service d'une performance durable. J'ai vu ce que le pouvoir peut faire, mais également défaire. Aujourd'hui, je donne la parole à celles et ceux qui, en entreprise, font le choix d'un management plus humain, plus exigeant. plus inspirants. Dans chaque épisode de Manager Inspirant, je vous propose une conversation honnête, profonde et concrète avec un dirigeant, un manager ou un expert RH. Parce que le courage, ça s'apprend. Et l'inspiration, ça se partage. Manager Inspirant, c'est le podcast de celles et ceux qui veulent conjuguer performance et épanouissement. À écouter sur toutes les plateformes. Abonnez-vous et surtout, inspirez-vous. Il y a des portes qu'on franchit parce qu'on y est né. Et puis, il y a des portes qu'on pousse. Quand on lit « Directeur général et artistique de l'Opéra National de Lyon » , On imagine la figure attendue, un chef d'orchestre passé à la direction, un musicologue, un ancien chanteur, quelqu'un du Serail, pour qui l'opéra a toujours été une maison de famille. Mais si on regarde d'où vient Richard Brunet, on comprend vite qu'il n'héritait de rien. Né à Saint-Etienne, dans une famille modeste, formé acteur à 19 ans, à l'école de la comédie de Saville, une compagnie fondée à 23 ans. 10 ans à la tête d'un centre dramatique national à Valence, où il fait monter des collégiens sur scène, pour parler de harcèlement, de genre, de complotisme. Et en septembre 2021, à seulement 50 ans, il prend la direction de l'une des maisons lyriques les plus audacieuses d'Europe. Plus de 350 personnes au quotidien, 125 de plus chaque saison, avec les artistes, les artisans, les techniciens, les apprentis. Quatre corps de métier, le chœur, l'orchestre, le ballet, les ateliers. Plusieurs tutelles publiques. Et il arrive au pire moment qu'on puisse imaginer. Le Covid, l'inflation, la guerre. deux coupes de 500 000 euros coup sur coup, puis le gel des subventions de l'État. Un autre aurait sûrement annulé, un autre aurait peut-être renoncé. Lui dit « je fais des contorsions » . Et pendant qu'il fait des contorsions, il continue de signer des mises en scène. Rigoletto à Nancy, puis à Rouen, Rue Orso, une création contemporaine. Comme s'il lâchait le plateau, c'était lâcher ce qui le fait tenir debout. Il y a au cœur de ce parcours un paradoxe qui mérite d'être interrogé lentement. Un homme qui refuse. A chaque bifurcation, le « ou bien » ou bien on crée, ou bien on dirige, ou bien l'exigence, ou bien l'accès, ou bien on tient, ou bien on renonce, lui répond « et » au prix de ce qu'il appelle à nouveau sans grandiloquence des contorsions. Et une question rare dans le management qu'aucun invité de ce podcast n'a porté aussi frontalement. Comment dirige-t-on une maison dont on n'a pas les codes et comment une fois entrée, en ouvre-t-on les portes à ceux qui n'oseraient jamais les pousser ? Aujourd'hui, dans Manager Inspirant, je reçois Richard Brunel. Bonjour Richard et bienvenue dans Manager Inspirant.
- Speaker #1
Bonjour, merci.
- Speaker #0
C'est un plaisir de vous interviewer aujourd'hui. Alors, on va commencer avec la première fois un peu d'où vient le feu. Donc, Peter Brook, qui est un metteur en scène britannique, qui est mort en 2022, qui est l'homme entre autres des Mouffes du Nord, je dis ça pour nos auditeurs bien sûr.
- Speaker #1
Je l'ai rencontré quand j'étais à l'école Lacombe de Saint-Etienne.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
On devait avoir 18-19 ans et on a vu la tempête. de Shakespeare dans son théâtre des Bouffes du Nord, on est allé avec l'école et c'était vraiment une rencontre extrêmement forte, extrêmement puissante. C'est un grand metteur en scène qui a fait une chose extraordinaire, c'est qu'il s'est installé dans ce théâtre des Bouffes du Nord, qui était un théâtre qui avait d'énormes problèmes de sécurité, qui était délabré, et lui il a débarrassé finalement la frontière entre la scène et la salle, et il a fait... un lieu vraiment, j'allais dire, de proximité avec le public et avec les artistes. Et puis il s'est dit, on va laisser le théâtre un peu délabré, on va repeindre un tout petit peu, mais très peu, pas quelque chose de clinquant, de neuf, mais on laisse dans son jus, parce que d'ailleurs c'est un très beau théâtre, avec un très beau plafond. Il a fait des travaux pour que la sécurité soit assurée, et il a fait d'extraordinaires créations avec des moyens, j'allais dire, très simples. Je me souviens très bien de la tempête, il y a une scène, La première scène de la tempête de Shakespeare, c'est un naufrage, il y a un bateau. Et bien il fait ça avec des bambous que des artistes tiennent par la main, ils penchent sur un côté, ils penchent sur l'autre, et puis tout d'un coup, hop, donc avec quelques bambous, il raconte un naufrage dans un bateau avec tout un équipage qui arrive sur une île. J'avais 18-19 ans, et puis la rencontre avec lui à l'issue, moi je retiens souvent de Peter Brook une chose. qu'il nous a dit, il nous a dit d'une fois, il avait parlé un peu en anglais, mais en gros il disait le théâtre c'est the right place, the right time, with the right people. Et moi j'ai l'impression que mon parcours c'est un peu ça, c'est le bon endroit, avec les bonnes personnes et au bon moment.
- Speaker #0
Et lui c'était une de vos premières inspirations fortes justement ?
- Speaker #1
Parmi les premières inspirations fortes, en fait vous savez quand on est au lycée... Moi j'ai eu très envie de faire du théâtre depuis tout petit et quand on se retrouve au lycée du coup on fait des tas de rencontres. On avait des professeurs extraordinaires, professeurs de lettres, professeurs de théâtre, professeurs aussi d'histoire, enfin voilà des enseignants passionnés et qui nous emmenaient très souvent au théâtre et qui faisaient des ponts entre nos cours et puis ce qu'on voyait dans les pièces. Si bien qu'en l'espace d'une année on pouvait voir jusqu'à une vingtaine de pièces différentes, analyser, discuter. Et il y a eu beaucoup de rencontres et puis beaucoup d'artistes aussi qui jouaient le jeu de venir dans nos classes.
- Speaker #0
Et alors attendez parce que du coup on va commencer par ça puisque alors j'avais pas prévu comme ça mais c'est très bien. Pardon c'est Peter Brook qui m'a fait rebondir. Mais c'est beaucoup plus sympathique de discuter ensemble comme ça. C'est vrai que souvent moi je commence avec le fameux Start with Why de Simon Sinek. Et en fait d'habitude je pose la question de façon un peu comme ça brute mais on y vient toujours puisque c'est l'essence de qui vous êtes. Et quand je vous ai parlé de Peter Brook c'est ce que ça fait germer chez vous. Donc finalement, si on commence par là... Vous venez de Saint-Etienne, et donc les premières personnes qui vous ont amené vers le monde des arts, vous dites que d'abord c'est des professeurs, c'est venu par l'école.
- Speaker #1
Oui c'est venu par l'école, alors je sais pas, j'ai eu une petite intuition très jeune, très petit quand j'avais 4 ans, à l'école maternelle, je me souviens on a fait un spectacle, et là ça a été une révélation.
- Speaker #0
À 4 ans ?
- Speaker #1
Oui, je me rappelle très très bien, on jouait d'ailleurs, vous savez des jeux d'enfants, on faisait une sorte de train. Il y avait des wagons, il y avait la locomotive, c'est très naïf cette histoire et en même temps à la fois drôle. Moi je jouais à la locomotive et je crois que j'avais été un peu, je ne sais plus, j'avais dû être peut-être un peu insolent ou je ne sais pas quoi, ou indiscipliné. Et j'ai été relégué au huitième wagon, je ne sais plus exactement, j'étais quand même un peu déçu, mais quand même, j'étais tellement heureux d'être avec mes copains, mes copines sur la scène et de faire cette histoire de train qui partait dans la pampa là. Et ce grand rideau rouge, les gens dans la salle, je dois dire que c'était une émotion, mais une vibration hyper forte. Et donc, pendant des années, j'ai pensé que je voulais être acteur. Ce que j'ai voulu être et ce que j'ai été, puisque j'étais formé pour ça. Et puis en fait, ce n'est pas tellement être acteur qui m'a intéressé. Finalement, c'était plutôt la mise en scène. Mais c'est vrai que ça a commencé à l'âge de 4 ans et puis ça a continué au collège. Je me souviens d'ailleurs d'avoir joué dans les pièces de théâtre, mais du club du lycée. Mais toujours dans le lien avec les autres, dans l'idée que le théâtre peut dire quelque chose de la société dans laquelle on est. Parfois, ça pouvait être simplement une forme de critique, mais un peu irrévérencieuse, mais respectueuse, mais irrévérencieuse à l'égard des parents. Parfois, je me souviens de ma famille, on a fait des spectacles. Mais tous les enfants font ça, des spectacles avec leurs cousins, leurs cousines, leurs frères, leurs sœurs. Et on fait des spectacles un peu satiriques et on prend la parole et on répète pendant des heures une chanson qu'on a écrite tous ensemble. Donc c'est d'abord ça en fait qui a été très animé. Et c'est vrai que l'école, l'école... de la République, c'était fondamental pour moi. Ce rapport aux arts, ce rapport au théâtre, ce rapport au cinéma. On allait beaucoup au cinéma, ce rapport à la littérature. Voilà, je dois ça vraiment aux enseignants.
- Speaker #0
Vous dites qu'à la maison vous faisiez des spectacles, mais je veux dire, est-ce que dans votre famille, c'est une famille où on allait facilement au théâtre, au cinéma ? Vous avez grandi dans quel genre de famille ?
- Speaker #1
Non, enfin, alors, quand j'étais petit, j'ai vu ma mère chanter. Mais je n'ai pas compris tout de suite, elle chantait souvent dans les repas de famille. À un moment donné, tout le monde disait mais vas-y, chante parce que...
- Speaker #0
Elle avait une très belle voix.
- Speaker #1
Elle avait une très belle voix, exactement. Et j'ai su plus tard qu'elle avait eu l'opportunité avant ma naissance d'aller à Paris avec un groupe. Voilà, un petit groupe de... Je ne sais pas exactement ce que c'était ce groupe, mais c'était un groupe de musiciens. Et donc, ma grand-mère l'en avait empêché. En disant non, non, tu ne vas pas aller à Paris toute seule, tu es trop jeune. Aller à Paris toute seule pour chanter, je n'y crois pas du tout. En gros, tu vas devenir une prostituée. Et pourtant, ma grand-mère, c'est une femme qui a vécu une chose très, très dure, puisque, je ne sais plus, à l'âge de 25 ans, 26 ans, avec ses trois enfants, son mari décède et elle se trouve toute seule avec ses trois enfants. Donc elle élève ses trois enfants tout en ayant un travail d'infirmière.
- Speaker #0
Oui mais donc elle était quand même dans une certaine précarité.
- Speaker #1
Elle était dans une certaine précarité, ça je confirme, oui. Et donc elle a interdit à sa fille d'aller à Paris et donc de faire ce travail.
- Speaker #0
Peut-être parce que comme elle, elle s'était retrouvée dans cette précarité,
- Speaker #1
elle avait peur pour la vie de sa fille. En tout cas, ça je sais qu'il y a eu ce petit chose-là. Moi j'ai toujours senti que dès que j'ai voulu, j'ai dit très tôt que je voulais faire du théâtre, ou bon mes parents me disaient mais il faut quand même que tu fasses des études, enfin comme tous les parents. Ils disent à leurs enfants, et c'est bien normal, parce qu'on ne sait pas très bien finalement quel talent on peut avoir. Oui, pour être élu,
- Speaker #0
c'est quand même... Pour être choisi,
- Speaker #1
ou comment on trouve une place, on fait sa place dans cette société des arts et de la culture. Et c'est vrai que ma grand-mère, comme ma mère, mon père non plus, je n'ai jamais été empêché pour... développer ce que j'avais envie de faire. La question, c'était, faut que tu aies le bac, et puis après, ils ne croyaient pas tellement à l'école de théâtre. Donc tout ça pour dire que le théâtre, c'est venu effectivement à l'école, et j'ai eu la chance d'être dans une ville, la ville de Saint-Etienne. Alors je sais que c'est une ville qui est souvent, comment dirais-je, un peu moquée, mais c'est une ville dans laquelle, quand je suis petit, il y a un centre dramatique national, qui est la Comédie de Saint-Etienne, fondée par un homme qui est encore vivant au moment où moi je vais au théâtre, qui est assez âgé, qui s'appelle Jean d'Asté. et qui est le fondateur de ce théâtre, et qui est un homme qui a toujours fait en sorte d'avoir la ville entière comme public. Et donc d'avoir pensé... Qui avait déjà ouvert les portes. Oui, oui, en 1947, il avait ouvert. Et donc moi, je suis né dans les années 70. Et donc à ce moment-là, il y a un autre directeur qui est là. Mais lui, il est toujours comme une figure tutélaire, présent à Saint-Etienne, et tous les gens le connaissent. Et il y a une chose de l'idée du théâtre populaire, du théâtre pour tous. tous. L'idée d'aller dans les usines, l'idée d'aller dans les comités d'entreprise. Enfin, moi, je découvre ça, voilà, à l'adolescence, quand je suis au lycée, parce qu'avant, je vais dans le théâtre sans trop bien savoir exactement ce que je vais voir. Et c'est vrai qu'à Saint-Etienne, ce centre dramatique national, cette comédie de Saint-Etienne, qui m'a fait découvrir, à l'âge de 15-16 ans, mais des choses extraordinaires. Festival européen, qu'avait programmé le directeur de l'époque, Daniel Benoît, dans laquelle on voit des troupes. portugaises, néerlandaises, hongroises, anglaises, allemandes, espagnoles, enfin, vraiment l'Europe entière de création avec des choses difficiles, des choses complexes, des choses bizarres, des choses ultra drôles, des registres vraiment, des choses politiques, des choses plus poétiques. Et là, je dois dire que, je me souviens, parce que j'ai même fait, je me rappelle, je crois que j'étais en première, j'ai fait tout un reportage sur ce festival et j'ai dû écrire, je ne sais plus, 70... pages de compte rendu de ces spectacles. Et c'est vrai que ça, c'était une ouverture extraordinaire. Ça, c'était une chance, d'abord d'entendre jouer dans des langues très différentes. Tout était sous-titré, donc on n'était pas perdus. Dans des formes différentes, parfois c'était pas en frontal, c'est-à-dire que vous n'étiez pas dans la salle et il y avait une scène, parfois, je me souviens d'un spectacle portugais extraordinaire, on était en quadri-frontal. Les acteurs étaient dans notre dos, devant nous, ils traversaient, ils étaient en l'air. C'était aussi en termes de formes de forme scénique, une des découvertes extraordinaires. Et puis je dois dire que dans ces programmations, il y avait aussi des grands metteurs en scène, des gens comme Bob Wilson, que moi j'ai découvert à l'âge de 16 ans. J'ai détesté Bob Wilson, je ne comprenais rien,
- Speaker #0
c'était absurde.
- Speaker #1
Et je me souviens, ça s'appelait Hamlet Machine, je ne comprenais rien du tout. Et j'ai quand même vu le spectacle trois fois de suite. Je suis allé trois fois. Et je croyais bien, il y avait des gens qui partaient par grappes, enfin bon voilà, c'était des formes auxquelles on pouvait se dire mais on n'a pas accès, c'est pas pour nous. Mais avec du recul, je suis très heureux d'avoir découvert ça et d'avoir dans un premier temps rejeté ça et dans un second temps, d'ailleurs plus tard dans mon parcours, j'ai rencontré Bob Wilson.
- Speaker #0
Oui, j'allais justement vous en parler. Et en fait, vous avez candidaté à un dispositif du Conservatoire National d'Art Dramatique qui envoie donc une poignée de jeunes. metteurs en scène, travailler avec des plus grands. Et c'est peut-être là où, du coup, vous avez rencontré notamment Bob Wilson à New York.
- Speaker #1
Qui a inventé des formes, qui a inventé des lumières, qui a inventé une manière de faire du théâtre.
- Speaker #0
Sur une espèce de lumière, de lenteur, et en même temps, des chorégraphies qui sont vraiment au millimètre, mais qui ne sont pas forcément faciles d'accès. Non,
- Speaker #1
qui ne sont pas forcément figuratives, qui peuvent être abstraites, qui peuvent être des gestes dans l'espace complètement étranges. Mais qui, sur la durée, d'ailleurs, il a fait un spectacle, moi, que j'ai vu qu'en vidéo, parce que j'étais bien trop jeune, qui s'appelle Le regard du sourd. C'est une manière de raconter la vie à partir de la durée. Je crois que le spectacle durait plus de dix heures.
- Speaker #0
Oui. Et après, j'ai vu que justement, avec ce programme, vous avez même rencontré Patrice Chéreau, je crois.
- Speaker #1
Oui, tout à fait.
- Speaker #0
Et comme ça, j'ai Alain Françon.
- Speaker #1
Alain Françon, exactement. Il y avait aussi Christiane Loupa à Cracovie, un metteur en scène polonais extraordinaire. Patrice Chéreau, ça c'était une rencontre vraiment forte parce qu'en fait... L'actrice faisait à ce moment-là une mise en scène d'opéra, et donc en fait j'ai assisté à la manière dont il mettait en scène de l'opéra, et c'était pour moi comme une préparation, parce qu'on m'avait proposé de faire pour la première fois de ma vie la mise en scène d'un opéra, mais je n'en avais jamais fait.
- Speaker #0
Entre Saint-Etienne, la découverte des arts, cette intime finalement intuition, vous aviez déjà que ça s'était présent chez vous, jusqu'à la rencontre, j'allais dire, de ses grands maîtres. Qu'est-ce qui se passe ? Comment ça se passe ? Donc vos parents vous disent, ok, il faudrait faire un métier, mais néanmoins...
- Speaker #1
Voilà, tu peux faire du théâtre. Et puis il se trouve, je passe un concours. En fait, je me prépare, avec des scènes de concours, à passer les grandes écoles nationales. La première, c'est l'école de la Commune de Saint-Etienne. Après, je devais passer le Théâtre National de Strasbourg, puis le Conservatoire de Paris. C'était un peu les écoles que j'allais faire. Donc j'ai commencé par l'école de la Commune de Saint-Etienne, et j'ai été pris. Donc je suis rentré dans cette école, ce qui est bien que les autres concours, je n'y suis pas allé. Parce que c'était une école, j'étais très admiratif des acteurs et des actrices sortant de cette école, d'une part. Et puis c'était un peu plus facile pour moi, j'habitais Saint-Etienne, je pouvais être encore là. Et j'allais me former dans ce temple du théâtre public. Donc deux années extraordinaires, des rencontres de metteurs en scène, aussi des camarades de promotion formidables. On a inventé plein de choses. Et à l'issue de l'école, avec un collectif qui suit cette promotion, on a fondé une compagnie qui s'appelait la Compagnie Anonyme. et qu'on a... Voilà, fait ensemble et j'en suis à un moment donné devenu le metteur en scène attitré d'une certaine manière après deux, trois spectacles. Puis même moi, de ce moment-là, je suis vraiment descendu du plateau. J'ai arrêté d'être acteur pour être metteur en scène. Et c'est là où je me suis rendu compte que la mise en scène, c'était très important pour moi.
- Speaker #0
Et comment est-ce que vous avez eu cette, je ne sais pas si c'est une épiphanie ou est-ce que c'est un processus un peu long justement de par votre expérience, vos rencontres ? Comment à un moment donné vous avez dit en fait, je n'ai pas envie de devenir acteur mais je veux vraiment faire la mise en scène ? C'était quand l'évidence ?
- Speaker #1
C'est un jour, avec cette compagnie, on s'est dit on va faire une trilogie, on va monter, alors c'était à l'époque des élections présidentielles je me souviens, et on a dit on va monter une trilogie qui s'appelle 3 farces pour l'éducation de ceux qui nous gouverneront. Il y avait 3 projets, et chacun s'est dit moi j'en monte une mais quand même je joue dans les deux autres. Et donc on était 3 metteurs en scène, et il s'est trouvé qu'il y a eu une évidence mais assez incroyable, j'avais jamais fait de mise en scène. Et j'avais une clairvoyance et une capacité à dialoguer avec la scénographe, l'éclairagiste, costumier, avec les musiciens, parce qu'on avait engagé un petit groupe de musiciens, toujours de la musique dans les spectacles de la compagnie, et puis mes camarades acteurs, et tout d'un coup, comme une sorte de... Bon, j'avais préparé, mais comme une sorte d'évidence, je connaissais le nom des projos, enfin je ne sais pas comment dire, comme si j'avais accumulé beaucoup de connaissances pendant mes années de formation d'acteur, Mais c'était à l'endroit du metteur en scène que tout d'un coup, ça surgissait.
- Speaker #0
Oui, vous avez pu en reconnaître.
- Speaker #1
J'allais dire presque, parfois, de manière instinctive. Alors, à la fois comme acteur, parce que du coup, comme j'ai été acteur, je voyais bien ce que je pouvais dire aux acteurs pour qu'ils me comprennent, etc. Donc, il y a eu une sorte d'évidence. Et puis après, ce sont même mes camarades qui m'ont dit, non mais la deuxième, tu devrais la faire, c'est toi qui vas la faire. Donc, je l'ai faite, voilà. Et ainsi de suite, au fur et à mesure. Donc, il y a eu plusieurs époques dans la compagnie, puisqu'il y a aussi des moments où on n'est pas d'accord. Et du coup, la compagnie, il y a ceux qui savent faire et ceux qui veulent faire, ceux qui cherchent. Puis on était jeunes, on était très très jeunes. J'ai trouvé une zone dans laquelle je pouvais m'épanouir et j'avais l'impression d'être au service du travail avec les acteurs et les actrices. Et de l'autre, je pensais au public et à la réception du public. Et j'ai mis en place à un moment donné même des projets dans lesquels je me suis dit on va mettre le public dans le spectacle. On va imaginer un spectacle déambulatoire, on va imaginer un spectacle dans un tout petit espace, dans une chambre, dans un ascenseur, etc.
- Speaker #0
Ce que je voulais vous raconter tout à l'heure, c'est que la phrase de Peter Brook, vous allez me dire si celle-ci vous la connaissez bien, il dit que tous les gens de théâtre devraient aimer cette partie-là, qui est en fait, je peux me rendre sur n'importe quel espace vide et l'appeler une scène. Tant qu'un homme traverse cet espace pendant qu'un autre l'observe, c'est suffisant pour que l'acte théâtral soit amorcé.
- Speaker #1
C'est une notion de base et c'est magnifique ce texte. D'ailleurs, c'est un très joli texte, c'est un des premiers textes qu'on a lus. à l'école de la communauté de Saint-Etienne, l'espace vide de Peter Brook. Avant de le rencontrer, on nous a dit, vous lisez son livre. Donc on l'a lu. Ça raconte une chose toute simple, c'est des heures et des heures et des heures de travail pour entrer sur un plateau, traverser le plateau et ressortir du plateau. Sans être, j'allais dire, démonstratif, caricatural, mais pour trouver une chose juste et une chose qui aussi touche celui qui regarde. D'ailleurs, en presse, cet espace vide, il a écrit un autre texte. qui s'appelle Le Diable, c'est l'ennui. Passionnant, Peter Brook pour ça c'est vraiment un grand metteur en scène et à la fois presque théo-iricien du théâtre je peux dire. Donc en fait il y a cette école, il y a cette compagnie et puis cette compagnie prend de l'essor et à un moment donné... Au bout d'une 7-8 ans de compagnie, moi je me dis, j'ai besoin de plus d'outils. Il faut que je me forme comme metteur en scène. Et c'est là où je passe ce concours dont vous avez parlé, qui s'appelle l'unité nomade de formation et de mise en scène, qui est une unité à l'intérieur du Conservatoire National Super d'Art Dramatique de Paris, qui n'existe plus d'ailleurs aujourd'hui, l'unité nomade. Et donc là, c'est extraordinaire. C'est Josia Norville qui est à l'initiative de ce programme, et elle fait en sorte qu'on ait des chocs en nous faisant rencontrer. En général, on est 5-6 metteurs en scène par promotion, et chaque fois que je parle avec mes amis, metteurs en scène ou metteuses en scène, ils me racontent tous que quand ils étaient en Russie, avec Piotr Fromenko, quand ils étaient face à des grands maîtres, et bien c'est très impressionnant. Et donc vous apprenez très vite. Parce que je peux vous dire que quand vous êtes en train de diriger des acteurs, vous vous faites la mise en scène et il y a un grand maître qui a vraiment beaucoup d'expérience, qui est juste assis à côté de vous et qui vous regarde comme ça comment vous dirigez les acteurs. Je peux vous dire d'abord que ça vous donne très chaud parce que vous dites mais qu'est-ce qu'il pense ? Est-ce que je fais bien ? Attends, il faut que je sois plus précis. Et quand après il vous dit mais tu sais quand tu dis ça, je pense que c'est pas clair. Il vous accompagne et je dois dire que là, on progresse très très vite. Et d'ailleurs, je le vois quand je vois les spectacles que j'ai fait en gros dans mes huit premières années sans l'unité nomade. Et dès que je fais l'unité nomade, les projets que je fais ensuite prennent une... plus grande force, une plus grande épaisseur, une plus grande acuité, je dirais même esthétique. C'est une sorte de construction. Vous disiez tout à l'heure que j'avais hérité de rien, d'une certaine manière. J'ai hérité du fait d'être né et d'avoir grandi dans cette ville à Saint-Etienne. Et que l'éthique du théâtre populaire et donc de l'accessibilité était très importante pour moi, mais aussi cette recherche de l'exigence artistique, de la beauté, de la force des textes. de la puissance des images, mais aussi de la puissance des mots. C'est une chose que j'ai acquise au fur et à mesure, pendant finalement les 30 premières années de ma vie.
- Speaker #0
Après, j'allais dire la beauté, quand on part d'une page blanche, c'est que c'est vous qui allez la construire. Et le fait d'avoir été justement aussi perméable à votre environnement, vous a aussi permis cette construction. Vous n'étiez pas pré-formaté.
- Speaker #1
Non, je ne suis pas pré-formaté, mais je pense qu'il y a une chose qui est que... C'est Louis Jouvet qui dit ça de mettre en scène. Il dit mettre en scène, c'est aménager des contingences. Donc vous avez des contraintes, vous avez des contingences. Il y a des situations, il y a un espace, il y a tel ou tel texte, telle ou telle personne. Et c'est avec ça que vous bâtissez un univers. Et donc cet aménagement, cette capacité à saisir le réel et en faire un objet poétique, c'est peut-être ça finalement que j'ai appris avec tous ces artistes. je continue à mettre en jeu aujourd'hui à l'opéra.
- Speaker #0
Alors pour moi, il y avait une autre notion qui est celle un peu de franchir des portes. Quand justement, en mars 2023, vous êtes à votre premier festival à la tête de l'Opéra de Lyon, vous avez justement choisi ce thème, franchir les portes. Vous avez choisi ça, franchir les portes, à peine arrivé, et vous parliez déjà des opéras, pour tous ceux qui allaient ouvrir la porte de la maison. Comment est-ce qu'est venue cette idée ? Pourquoi vous avez choisi ce thème-là ?
- Speaker #1
En fait, mon prédécesseur, Serge Dorny, a initié il y a une vingtaine d'années, enfin, il est resté 18 ans à l'Opéra de Lyon, et il avait eu cette idée assez forte que dans une saison d'opéra, il faut un temps fort. Et donc un festival. Et donc, chaque année, il a fait un festival autour d'un compositeur, Kurt Weill, Puccini. Et puis, une fois, c'était en avril. Une fois, c'était en janvier. Une fois, bon, parfois des thématiques entre des œuvres. Il a vraiment essayé de... Chaque année, ce temps fort est vraiment devenu, au bout d'un moment, un temps important au mois de mars de la saison. Parce qu'il avait constaté qu'au mois de mars...
- Speaker #0
Il n'y a pas d'autre temps fort lyrique en Europe. C'est juste avant tous les festivals qui ont après, à la Pâques, etc. Et donc, c'était ça son idée. Et j'ai trouvé ça excellent. Et je me suis dit, il faut absolument que je poursuive cette initiative que je trouve très bonne. Mais ce que je vais faire, c'est que je vais trouver des thématiques de ce festival avec un verbe d'action et quelque chose qui permette aux spectateurs d'entendre le nom... la thématique du festival comme une invitation à faire quelque chose. La première année, ça a été franchir les portes. La deuxième année, il y a eu se saisir de l'avenir. Il y a eu parier sur la beauté et il y a eu rebattre les cartes. Donc à chaque fois, c'était trouver des verbes qui permettaient d'entendre d'abord les thématiques qui sont à l'intérieur des œuvres. L'année de franchir les portes, il y avait les noces de Figaro, il est question beaucoup de... évidemment de gens qui écoutent aux portes, qui franchissent les portes, qui renversent les conventions sociales. Il y avait aussi le château de Barbe Bleue derrière les portes, derrière lesquelles cet homme qui a commis des féminicides, il faut dire les choses. Et puis il y avait un autre projet qui s'appelait Bluthaus, qui était en gros qu'est-ce qui se passe derrière la porte d'une jeune femme. Vous savez cette histoire d'une femme qui a été séquestrée qui s'appelle Natacha Kampusch. C'était autour de ça. Tous ces contenus n'étaient pas forcément d'une drôlerie extraordinaire, mais ça permettait en tout cas de franchir les portes. C'était aussi que ces personnages poussent les portes. Et je me suis dit, tiens, ça va faire écho aussi aux spectateurs qui, à leur tour, pourraient avoir cette envie de franchir les portes. Voilà, c'est ça en fait, c'est venu comme ça.
- Speaker #1
Alors j'ai lu, je ne sais pas si c'est exact, qu'à chaque représentation, un tiers du public découvre l'opéra pour la première fois, près de 30% à moins de 29 ans. Déjà, est-ce que c'est exact ?
- Speaker #0
Ce n'est pas à chaque représentation, mais sur une saison complète, toujours confondue. On prend l'opéra, le ballet, les concerts. Il y a plein de styles de concerts dans la maison. En gros, effectivement, 30% du public a moins de 29 ans. Première chose. Et deuxième chose, effectivement, on a en moyenne entre 32 et 35% de nouveaux publics chaque année. Parce qu'en fait, on peut savoir, vous savez, grâce à des fiches que remplissent les spectateurs. un peu d'où ils viennent, leur âge, et s'ils sont nouveaux, si on les avait avant ou pas.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que vous avez fait pour provoquer ça ? Comment ça s'est passé ?
- Speaker #0
Moi je pense qu'ici, il y a une... Il y a eu un déclic. Alors ça a toujours été une maison d'opéra extrêmement inventive, bien avant même la rénovation du bâtiment par Jean Nouvel. Mais je pense que la rénovation de Jean Nouvel, voulue par la ville de Lyon à l'époque, et puis la région, l'État, etc., mais aussi par les deux directeurs qui étaient Louis Herlot et Jean-Pierre Brosman, ils ont renforcé l'originalité, l'audace que peut permettre cette maison. Et à partir de là, il y a eu des grandes créations, créations contemporaines, nouvelles productions d'œuvres du répertoire qui ont été vraiment de grands succès. Et donc, il y a toujours eu, depuis toutes ces années, presque une tradition d'audace.
- Speaker #1
Qui attire du coup cette plus jeune génération.
- Speaker #0
Exactement. Et je pense aussi, du coup, les gens qui viennent sont curieux parce qu'on ne leur sert pas forcément l'opéra de papy. Non, mais je veux dire en tout cas l'opéra traditionnel. Ce qui ne veut pas dire qu'on ne fait que des mises en scène contemporaines très compliquées. Et donc, c'est vraiment une maison. Il y a eu de très grandes créations. Et on continue encore aujourd'hui. Moi, avec toute l'équipe, ce qui est merveilleux, c'est aussi là, en tant que directeur général et artistique de l'Opéra, autour de moi, il y a une équipe de direction remarquable. Ils sont dix, dans différents départements. Et je dois dire que c'est très précieux d'avoir ces interlocuteurs avec lesquels on réfléchit, on pense à la programmation à court terme et parfois à plus long terme, puisqu'on peut... travailler 4-5 ans à l'avance. Donc effectivement, l'idée de franchir les portes, c'est venu pour ce festival-là, mais au fond, c'est presque une chose qui est dans le projet que j'ai défendu devant le jury, parce que j'ai passé un jury.
- Speaker #1
Comment ça s'est passé ? Vous pouvez nous raconter le dessous des cartes.
- Speaker #0
Je ne sais pas le dessous, mais en fait, si vous voulez, comme souvent, comme à la Comédie de Valence, et comme beaucoup d'opéras et de théâtres, il y a un appel à candidature, vous candidatez, vous faites une lettre, et puis ensuite... Si on vous retient, vous devez présenter un dossier dans lequel il faut répondre à un certain nombre de critères et de questions et de projets. Quel va être votre projet ? Quelle va être la soutenabilité économique de ce projet ? Quelle est votre vision du management ? Donc j'ai fait ça et puis il s'est trouvé qu'ils ont choisi le projet alors que c'est vrai que parmi les candidats, j'étais celui qui venait vraiment du théâtre. Alors j'avais une expérience de l'opéra assez développée puisque au moment où je suis candidat à l'Opéra de Lyon, J'ai fait plus de 20 mises en scène d'opéra dans des opéras français et... Donc je sais comment fonctionne un opéra et la mise en scène d'un opéra, le lien avec le chef d'orchestre, avec les chœurs, très important, avec évidemment tous les solistes, avec toute la technique, très importante également. Enfin, de toute façon, pour faire un opéra, il n'y a que des gens importants, puisqu'au bout d'un moment, c'est une association de talents de tous univers, que ce soit l'orchestre, le chœur, les solistes, la technique, les costumes, les ateliers de décor. Quand on lève le rideau, il peut y avoir jusqu'à 200 personnes qui travaillent. C'est juste extraordinaire, et puis qui ont travaillé sur l'œuvre, et puis évidemment tout un environnement administratif. Et donc, j'ai présenté un projet, je crois audacieux, et qui a séduit les tutelles publiques, en se disant que c'est la marque de l'Opéra de Lyon. Et je crois que là, maintenant, ça fait cinq ans que je suis là. En cinq ans, avec ce que vous disiez tout à l'heure, toutes les crises auxquelles j'ai dû, avec les équipes, faire face. Franchement... Plus que des contorsions, je pense qu'on a vraiment aménagé les contingences.
- Speaker #1
La première question que j'ai pour vous, puisque le podcast s'appelle Manager Inspirant, vous étiez en train de commencer à parler de votre équipe, donc une dizaine de personnes. Moi, ce que j'aimerais savoir, c'est, vous arrivez ici, vous prenez la tête de l'Opéra Lyon, vous avez une histoire évidemment avant vous, vous avez aussi une ambition, un plan pour lequel vous avez été choisi. Comment ça s'est passé au début et en termes de management justement ? On ne manage pas un opéra comme on manage n'importe quelle entreprise. Comment vous y êtes pris et c'est quoi votre style de management ? Si je demandais justement à ces dix collaborateurs, ils me diraient quoi ?
- Speaker #0
D'abord, il faut dire une chose, je n'aurais jamais été candidat dans un opéra. quelconque, un opéra. J'ai été candidat à l'Opéra de Lyon parce que c'était cet opéra-là. Pourquoi ? Parce que cet opéra-là, je l'ai connu, je l'ai pratiqué. C'est le directeur précédent, Serge Dornier, qui m'a fait faire mon premier opéra, ici en 2006, avec la maîtrise de l'opéra que je connais, avec des musiciens de l'opéra qui sont encore aujourd'hui à l'opéra. Avec cette maison, j'avais une affinité. Quand j'étais à Valence, j'ai souvent invité le ballet. Donc j'avais quand même avec des membres de la maison... une affinité, des liens, une compréhension.
- Speaker #1
Et une expertise.
- Speaker #0
Voilà, et un travail commun déjà. Puisque je pense que j'ai dû faire quatre opéras avec cette maison en étant artiste invité. Donc déjà pour dire que je n'arrive pas sans rien connaître de l'intérieur, même s'il y a des gens que je connais, d'autres que je connais moins. Et donc je prends la mesure en rencontrant chaque département. D'ailleurs, les dix collaborateurs dont j'ai parlé, certains arrivent à ce moment-là. Puisque les collaborateurs du directeur précédent décident de dire, moi ça fait suffisamment longtemps, il y a une nouvelle direction, allez moi je préfère faire autre chose. Il y a tout un mouvement de transition et de transformation. Et c'est vrai que sur les dix collaborateurs, aujourd'hui, cinq ans plus tard, deux de cette époque sont encore là, avec qui je m'entends très très bien. Et donc les huit autres sont arrivés au fur et à mesure. Alors certains sont arrivés, je dirais, à cheval. Dans la période dite désignée, puisque j'ai été nommé en 2019, mais je n'ai pris mes fonctions qu'en 2021. Et dans cet intervalle-là, il y a une ou deux personnes qui ont dit qu'ils allaient partir. Et donc, de nouveaux collaborateurs sont arrivés là. Et on les a choisis communément avec mon prédécesseur. D'accord. Je ne voudrais pas réduire l'équipe à dix, parce que c'est évident, c'est les dix du comité de direction. Mais c'est 370 personnes. Oui. Et moi, j'adore collaborer et travailler avec tous les... tous les membres de l'Opéra de Lyon. C'est pour ça aussi que, finalement, être metteur en scène, c'est être au cœur d'un processus de création qui vous fait côtoyer les ateliers de décor, les costumes, les relations avec le public, la presse, mais aussi le plateau, la machinerie, tous les métiers, les accessoiristes, etc. Tous les métiers, la lumière, le son, il y a vraiment beaucoup de départements. Donc forcément, vous avez un lien avec tout le monde. Vous avez un lien avec tout le monde et qu'est-ce que vous devez faire ? Vous devez faire une œuvre ensemble. Et en fait, faire une œuvre ensemble, c'est finalement, à mon endroit d'artiste, presque percevoir et diriger depuis le plateau la maison opéra. Vous voyez ce que je veux dire ? C'est comprendre de l'intérieur. Donc ça, je dois dire que ça a été une aide. Après, évidemment, le départ d'un directeur fait... poser plein de questions, revoir des règles, repenser ceci.
- Speaker #1
Bien sûr, mais ça après, j'allais dire, c'est inhérent au changement de toutes les entreprises. Et donc justement, parce que vous ne m'avez pas répondu...
- Speaker #0
Qu'est-ce que vous direz de moi, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, c'est quoi votre style de management ? Donc déjà, moi, dans ce que vous me dites, j'entends coopératif, c'est une évidence.
- Speaker #0
Oui, c'est-à-dire que moi, je n'ai pas peur du talent des autres. Peut-être que c'est ça. Au contraire, j'aime beaucoup dialoguer avec des gens qui me stimulent et à qui je... Je peux vraiment rebondir comme ça, je dirais ça.
- Speaker #1
Est-ce que finalement, ce n'est pas réussir, Savine Manager, que d'avoir des gens que vous dirigez, où vous vous dites, il est en train de me dépasser, l'élève qui dépasse le maître, tout simplement.
- Speaker #0
Moi, je préfère, c'est très important, parce que ça vous challenge, vous. Parce que vous pouvez rester très vite au même... Ça peut être un long fleuve tranquille, un peu plat. Et en fait, non, je me rends compte que depuis que je suis là, il y a eu des tas de défis qu'on a relevés tous ensemble, des nouvelles choses. des grandes réussites, parfois quelques échecs, parce que évidemment, il faut quelques échecs pour ne pas devenir prétentieux.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Et quelques succès pour ne pas devenir aigris.
- Speaker #1
J'aime bien. Donc ça, c'est très important. Et figurez-vous que la dernière personne que j'ai invitée, c'était Charles Pépin, où justement, on a beaucoup parlé des vertus de l'échec. Et il y a un des points de Charles qui était assez intéressant sur le fait que les vertus de l'échec ne sont pas, par exemple, vous avez un échec et très rapidement, vous allez en tirer des conséquences, mais un processus beaucoup plus long. qui vous permet justement de comprendre, d'apprendre et peut-être que vous le comprenez même des années plus tard dans votre progression.
- Speaker #0
Un échec, c'est quelque chose de profond. Quand je dis un échec, c'est pas une erreur qu'on corrige. C'est un échec. C'est-à-dire que c'est quelque chose qui vous atteint profondément. Vous vous dites là, comment j'ai fait pour en arriver là ? Et de cet endroit où je suis arrivé, qu'est-ce que j'en retire pour... Soit pour faire autrement, soit pour renourrir, réorienter, repenser. Non, c'est vrai, mais moi je pense que même dans ma vie d'artiste, j'ai fait des mises en scène très très réussies, et je sais que j'en ai fait beaucoup. On est raté, certaines. Mais quand c'est raté, ça aide énormément à tirer des enseignements, pas dans la minute, mais sur les spectacles à venir. Il y a des choses que je ne ferai plus aujourd'hui.
- Speaker #1
Quels sont justement ? Qu'est-ce que vous avez appris de vos échecs ? Et dans des choses que vous ne referiez plus, à quoi est-ce que vous pouvez penser spontanément ? Ce n'est pas facile comme question.
- Speaker #0
Mais là, j'ai envie de remonter plus loin que là récemment à l'opéra, parce que j'ai envie de remonter plutôt dans ma période de jeune metteur en scène. où je m'aperçois que si je parle du point de vue de l'acteur, je pourrais presque dire qu'à un moment donné, il y a une idée, on va faire ce qu'on sait, on va faire ce qu'on a appris à l'école. Et moi, j'ai à un moment donné, finalement, après une mise en scène, je me souviens de ma deuxième mise en scène, la première c'était un succès, la deuxième, c'était bien. Et pour moi, c'était une sorte de produit culturel complètement prêt à porter. Voilà, propre, ça ne dépassait pas, il n'y avait pas de fulgurance, c'était plat et bien fait. Et je me suis dit, ben non, en fait, la suivante, et d'ailleurs la troisième, j'ai fait un bouleversement. Et vous êtes sorti du cadre. Oui, c'est-à-dire qu'en fait, j'ai désappris ce que j'avais appris pour apprendre ce que j'étais, enfin, ce que nous étions ensemble avec les acteurs. Et avec les comédiens, on s'est dit, on va déjouer les règles. Ça me fait penser un peu à, finalement, à comment on sort du cliché. Il y a Alfred Hitchcock qui raconte une très belle histoire. Il dit, bon voilà, alors on va faire une scène de film. Donc ça se passe dans une impasse. Il y a une limousine qui avance dans l'impasse. Ça se passe la nuit. Il y a quelqu'un contre le mur qui a un couteau. Quelqu'un sort de la voiture et il tue. Et il dit, cliché. Et il dit, il vaut mieux partir du cliché que d'y arriver. Donc je pourrais dire qu'il vaut mieux partir de l'échec que d'y arriver. Et donc il dit, ça ne va pas se passer la nuit, ça va se passer le jour. Ce n'est pas une impasse, mais c'est un immense champ de maïs. Et l'attaque ne vient pas du sol avec une voiture, mais vient de l'air avec un avion. Et c'est ces fameuses scènes extraordinaires de la mort aux trousses, où on voit l'acteur qui est poursuivi par un avion, alors qu'une voiture vient juste de passer à côté. On pensait que c'était une menace, mais non, la menace vient du ciel. Et donc, je veux dire, il renverse les principes. Alors ça, c'est un exemple parlant pour l'image. Mais je pense que l'échec, c'est un peu la même chose. C'est-à-dire que quand vous regardez tout ce qu'il y a autour de vous qui a fait échec, comment vous déplacez le curseur d'un côté ou de l'autre pour essayer d'aller... Alors, ne pas forcément chercher l'opposé, mais chercher quelque chose qui vous déplace, qui vous...
- Speaker #1
Oser sortir du cadre.
- Speaker #0
Voilà. Oser les apprendre. Voilà, c'est ça. Mais qui pourrait être oser d'abord et d'oser ensuite.
- Speaker #1
Ah oui. Non, non, mais je trouve ça très, très, très inspirant.
- Speaker #0
Je pense que c'est ça. Et voilà, donc, mais j'allais dire, ce qui est bien avec l'art, c'est que les échecs sont, comment dirais-je, ça peut être très difficile, mais il n'y a pas mort d'homme. Enfin, je veux dire, on peut rater. On peut même, comme disait Beckett, rater mieux, rater encore. C'est plus aussi pour jouer avec l'idée que se tromper fait vraiment partie. Et dire qu'on se trompe. Je n'ai pas de problème à dire, écoutez, non, là j'ai fait une erreur. Je pense que ce n'est pas le bon axe. Et puis les gens peuvent le comprendre. Dans la mesure où vous êtes sincère et que vous partagez vraiment avec les autres vos interrogations, vos doutes. Mais en même temps, votre désir, vos espoirs, vos visions, là où vous voulez aller, là où vous savez emmener tout le monde.
- Speaker #1
Non mais génial, c'est hyper intéressant parce que c'est la continuité pratique de la discussion que j'avais avec Charles Pépin. Donc vraiment il faut que vous écoutiez cet épisode, vous devriez extrêmement bien vous entendre. Et il y a d'ailleurs une autre notion dont on a parlé avec Charles, et en fait je voulais avoir votre avis, parce que pour quelqu'un qui ne travaille pas dans le monde artistique, que ce soit théâtre, opéra, vraiment au sens large, il y a un film qui a traumatisé toute une génération, c'est Whiplash, c'est très old school. Il y a des institutions qui sont connues. pourrait être quand même assez difficile avec un management, justement, plutôt par la peur. Et en fait, moi, ma question pour vous, c'est est-ce que vous, dans votre parcours, c'est quelque chose que vous avez déjà expérimenté sur vous, autour de vous ? Est-ce que vous sentez qu'il y a quand même une évolution par rapport à ça ? Parce que l'éternelle question, c'est de se dire, le professeur va-t-il me faire peur et me pousser au-delà de mes limites pour me faire rentrer dans je ne sais quelle école ou pratique ? Ou quelle est la limite là-dedans ?
- Speaker #0
Vous voulez dire la... peur, l'humiliation, etc. En fait,
- Speaker #1
quand on parle de la peur, qui est plutôt au service de l'exigence de l'art ?
- Speaker #0
Oui, je pense qu'il y a énormément d'évolution. Moi, j'ai le sentiment que j'ai pu assister à de l'exigence qui pouvait être terrorisante à aujourd'hui une exigence artistique qui peut être épanouissante. Mais je ne dis pas qu'il faut passer par la terrorisante pour arriver à l'émancipation. C'est plus la manière dont, au fond, c'est comme en soi-même, on est en capacité de se challenger et de se mettre un peu en danger, d'une certaine manière. Et là, je pense que c'est là où, à mon avis, on apprend le plus. Moi, j'ai l'impression d'avoir appris beaucoup.
- Speaker #1
Est-ce que vous, vous avez l'impression que, justement, à l'Opéra de Lyon, il y a des... En termes de, quand je dis de management, c'est justement d'état d'esprit, de... Avant de commencer à enregistrer, vous me le disiez vous-même, et c'est tout à fait normal, vous étiez exigeant, mais au service de l'art, du beau. Oui, du public,
- Speaker #0
du partage, de l'humanité. Moi, je ne suis pas du tout quelqu'un qui a besoin de terroriser les gens. Ça ne m'intéresse pas du tout. Ça m'ennuie. Et je vois bien comment, dans d'autres endroits, il peut y avoir parfois une forme de brutalité. Je l'ai vu. Parfois, j'en suis parti, je m'en suis écarté, j'ai fait autrement. Mais moi, ici, c'était hors de question pour moi. Enfin, je n'ai pas envie de bras de fer toutes les cinq minutes. juste pour dire que c'est moi qui ai le pouvoir. Ce qui m'intéresse, c'est de pouvoir faire des choses. Et pour pouvoir faire des choses, et pour pouvoir développer des projets, la meilleure manière, c'est d'embarquer les autres dans vos projets, et que chacun se dise, ce projet, c'est aussi le mien. Et moi, je suis fasciné, dans la maison, de voir l'implication, l'engagement de beaucoup d'équipes dans différents domaines qui, quand un artiste arrive ici pour créer quelque chose, eh bien... Chacun donne le meilleur de soi pour qu'on sorte du spectacle. Et ça, je pense que ça ne sert à rien. C'est improductif de le faire par l'exigence qui vient au mépris, à l'humiliation, à la brutalité. Et d'ailleurs j'en ai vu. Je ne me souviens pas, mais je me souviens d'un metteur en scène qui a pris son mètre pour mesurer les 10 centimètres qu'il y avait entre deux barreaux. Et il a dit non, j'avais dit 12. Donc, ils ont tout défait pour 12. Et franchement, quand j'ai vu ça, moi, ça m'avait scandalisé. Des petits détails comme ça, c'est un exemple anodin. C'est un exercice de domination de dire ça.
- Speaker #1
Si je veux 12, je veux 12.
- Speaker #0
Voilà. Si on dit je veux 12 parce que tu comprends.
- Speaker #1
À ce moment-là, par exemple,
- Speaker #0
le chanteur doit passer sa tête et dire ça me fait peur, c'est trop serré. Mais c'est que j'ai vu parfois des situations dans mon expérience. Alors moi, je n'ai jamais vraiment été assistant, mais du coup, avec cette unité nomade, j'ai pu assister à des projets, regarder les autres travailler. Assister, ça permet d'apprendre aussi beaucoup quand vous regardez. D'ailleurs, la première chose qu'on apprend en tant qu'acteur, c'est regarder les autres, c'est de regarder comment ils font. Qu'est-ce qu'ils pourraient faire de mieux, de différent ? Qu'est-ce qu'on ferait si on était à leur place ? C'est par le regard et l'écoute, beaucoup. L'écoute, c'est capital. À l'opéra, c'est capital. Et d'ailleurs, souvent, j'ai constaté, puis je crois que scientifiquement ça a été démontré, c'est l'oreille qui voit. Ce qu'on écoute, c'est ce qu'on regarde. Si vous éclairez particulièrement un chanteur, vous l'entendrez beaucoup mieux que si vous ne l'éclairez pas. Alors qu'en fait, dans le même espace, vous êtes à la même distance. Et c'est le même son. Mais votre œil et votre oreille, ça me passionne. Tout ça pour dire que oui, pour en revenir au management, c'est très important de fédérer, d'embarquer, de donner du sens aux collaborateurs à quelque endroit qu'ils soient dans l'ensemble de l'équipe. plutôt que d'imposer de manière unilatérale. Après, il y a des choix. Oui, parfois, l'exercice du directeur général, c'est de trancher. C'est-à-dire, c'est quand on va faire comme ça. On va choisir ça. Mais oui, il y a des choix qui sont parfois difficiles, d'autres pas difficiles à faire.
- Speaker #1
Ce qui est intéressant, c'est que pour vous, je pense que vous êtes un intuitif et qu'effectivement, vous êtes toujours cette éponge, que ce soit artistique ou même dans le management. Parce que dans la façon dont vous le décrivez, c'est que vous écoutez beaucoup. Mais depuis toujours. Et en fait, c'est amusant parce que je vous demandais tout à l'heure quel est votre style de management. Et en fait, ce qui n'est pas du tout un reproche, pour vous, vous n'avez pas besoin de mettre des mots là-dessus. C'est pas sur ça que vous aimez mettre des mots.
- Speaker #0
C'est tout à fait vrai. Si je peux mettre des mots, c'est en tout cas l'altérité. Ça, pour moi, l'humanité de l'autre, donc la mienne, ça, c'est une chose hyper importante. Je déteste l'irrespect, l'arrogance, la brutalité verbale. Je trouve que ça ne produit rien. Quand je vois ça, ça me révolte.
- Speaker #1
Il y a des no-go, des zones de... Voilà des comportements interdits et c'est très bien. Mais donc j'allais vous dire, parce que dans ma société de consulting où j'accompagne les entreprises, j'ai créé un schéma justement où quand on regarde l'entreprise comme un système, ça s'appelle Human Blind Spot, et j'ai créé ça comme psychologue du travail. Parce que moi je suis une intuitive, j'oserais pas dire comme vous, mais en tout cas dans le monde de l'entreprise, et mon associé est psychologue du travail. Et en fait ce qui est assez intéressant, c'est que ce que vous décrivez, c'est des best practices de ce que je pourrais vous décrire. Si vous regardez l'entreprise, par exemple l'Opéra Lyon, comme un système, comme une somme d'individus, ce qui est hyper important, c'est quand d'abord la vision est partagée et comprise. Chez vous, c'est ressorti énormément. Ensuite, il y a la gestion du pouvoir, c'est-à-dire où est le pouvoir, qui a le pouvoir ? Et j'ai envie de vous dire, avoir du pouvoir, c'est donner du pouvoir. Donc, vous voyez, j'ai mon petit diagramme qui se clique comme ça. Et puis après, il va y avoir tout ce qui va être justement comment les décisions sont prises. Est-ce qu'on revient dessus ? Est-ce qu'il y a une continuité ? Comment est-ce que les gens collaborent ensemble ? Et dans quelle, ce qui est très important aussi, c'est dans quelle atmosphère, dans quel contexte, dans quelle relation de travail ? Donc, voilà. Je vous le dis, vous n'avez pas mis de mots, moi je les mets.
- Speaker #0
Voilà, vous avez un peu décrit, c'est ça. Je me retrouve dans ce que vous dites.
- Speaker #1
Bon, génial. Alors, il y a un autre exercice du management. J'aurais des milliards de questions à vous poser, mais celle-ci, je trouve qu'elle est assez intéressante parce que c'est managé sous la contrainte. Et puis, j'aime bien en parler avec vous parce que c'est vrai qu'on peut entendre que le monde de l'art en France est privilégié et trop sponsorisé. La réalité est que, je le dis en introduction, vous avez eu deux coupes successives. pour plein de raisons, des régions, et vous n'êtes pas le seul, plus des coupes de subventions de l'État récemment. Donc moi, ma question, c'est déjà, là, quand on arrive, et qu'on vous coupe un peu comme ça... des moyens assez forts. Vous êtes à votre bureau là et vous vous dites, ok, j'arrive, comment je m'y prends ? C'est quoi la réflexion ?
- Speaker #0
Alors, si je raconte vraiment l'histoire de mon arrivée, quand j'arrive, moi je ne suis pas encore arrivé. Enfin, je suis désigné. La première coupe, elle est juste après le Covid, en 2021. C'est mon prédécesseur qui doit la gérer. Moi j'arrive, je constaterai la coupe. Mais au moment où on l'annonce, on l'annonce à mon prédécesseur. Et tout de suite, la ligne qui est adoptée, et ses lignes. d'affrontement, de déclaration à la presse, une chose un peu frontale. Et ça ne change rien et donc mon prédécesseur s'en va, je prends la place. Et je dois trouver des solutions pour revoir les équilibres budgétaires. La seconde, on me dit que, comme il y a eu la première, nous, on va faire la seconde. Et là, je dis, mais non, mais je pense que vous vous trompez. Et là, je rentre dans un autre type de dialogue, enfin de dialogue ou en tout cas de déclaration publique. Je ne réagis pas du tout publiquement. Et je vais rencontrer les élus en question. Et j'essaye de leur expliquer qu'il y a un projet. qui servirait complètement, qui était dans mon projet d'origine au moment de ma candidature, mais qui pourrait être vraiment intéressant pour le territoire et pour la région. Et je propose l'opéra itinérant, le camion opéra, etc. Et là, ils me disent, ah oui, d'accord. Et du coup, le dialogue s'établit. Et donc, ils remettent la subvention au service de ce projet particulier qui va se développer sur les territoires. Donc là, je pourrais dire, et d'ailleurs, à un moment donné, pour rire, le président de la région m'a dit... Tu m'as roulé dans la farine, mais c'était plutôt, j'allais dire, sympathique. C'était une manière de dire, t'as eu quand même une bonne idée, et cette bonne idée, elle est dans ce qu'on a envie de développer de notre côté sur le plan politique. Et moi, en plus sur le plan, je dirais, artistique et politique, c'est quelque chose que je voulais développer, même si...
- Speaker #1
On se retrouve à Saint-Etienne avec cette ouverture que vous avez vécue et que vous aviez envie de transmettre.
- Speaker #0
Après, ce qui est très difficile, c'est le moment où je découvre que la crise en Ukraine fait exploser les tarifs de l'énergie. Et où tout d'un coup, la facture énergétique de l'Opéra de Lyon passe de 300 000 euros à 1 100 000. Donc si vous voulez, ça va être 800 000 euros de plus d'une année en pleine année. Je ne sais pas comment on fait, donc on gère. Donc là, il y a eu ça comme crise. Et puis à peu près, il y a eu aussi une crise qui est la réforme des retraites, qui crée dans les salariés une déflagration. Et donc tout d'un coup, il y a des grèves, il y a 17 annulations de spectacles. On annule 17 spectacles, on rembourse 14 000 spectateurs.
- Speaker #1
Vous avez 350 employés en même temps.
- Speaker #0
Voilà, ça devient là. Et là, du coup, on arrête tout. On est avec le comité de direction, on dit bon. Là, en mai, juin, juillet 23, on ferme. On ferme tout, on arrête. On repart à zéro et à la rentrée, on ne touche pas à la saison d'après et en septembre 23 on repart sous de bonnes rails et on fait ça. Et depuis septembre 23, j'ai l'impression qu'on a réussi avec l'équipe depuis trois ans à retrouver le chemin du dialogue, le sens commun, les discussions. Il y a évidemment plein de... tout le monde n'est pas d'accord évidemment, mais ça discute, ça évoque et puis on peut défendre les arbitrages. et c'est vrai que je peux dire aussi que Je me suis beaucoup investi sur la question du mécénat.
- Speaker #1
Oui, j'allais vous en parler.
- Speaker #0
Vraiment, vraiment. Mais aujourd'hui, c'est devenu très important. C'est-à-dire qu'autant, il y a une certaine époque, post-André Malraux et dans les années 80, François Mitterrand, le soutien public était très important. Aujourd'hui, il est moins. On voit, l'État vient d'enlever une partie de sa subvention. Enfin, là, aujourd'hui, je dirais, à part la métropole de Lyon, pour moi, entre 2021 et aujourd'hui, 26. Les autres tutelles ont dû à un moment donné couper, remettre, il y a eu des mouvements. Donc c'est vrai qu'aujourd'hui la place du mécénat est importante, la place du financement privé. C'est un peu le moment de fédérer des énergies, de fédérer des chefs d'entreprise autour de cette maison.
- Speaker #1
Et est-ce que vous pouvez nous expliquer justement, parce que je pense que pour les entrepreneurs, même les Français qui nous écoutent, si aujourd'hui on est amoureux de l'Opéra de Lyon et puis vraiment on est convaincus par ce que vous faites et ce que vous portez et qu'on veut venir à l'Opéra de Lyon, comment est-ce qu'on devient un mécène ? Il y a un ticket minimum ?
- Speaker #0
En fait, d'abord, on peut être soit donateur particulier, On peut être un particulier, vous savez, parfois on reçoit des dons, même symboliques, minimes, mais recevoir une somme d'argent de quelqu'un qui dit « bon j'ai vu dans la presse que je vais vous aider » , même ponctuellement, c'est formidable. Donc ça c'est les particuliers. Alors évidemment, on a aussi des donateurs particuliers qui sont des grands philanthropes, une grande mécène notamment. Et puis après, on n'est pas obligé d'avoir une très grande entreprise. pour être mécène de l'opéra. On a une nouvelle directrice du mécénat qui a structuré des propositions qui sont assez larges et qui peuvent, dans laquelle je pense, ce qui est très bien dans ce qu'elle a proposé, c'est que chacun, à son endroit, selon ce qu'il a envie d'investir dans la culture, pourra... Mais ce qui est intéressant, c'est qu'il y a une réduction fiscale. pour les entreprises. Elle a vraiment travaillé sur le coût réel pour l'entreprise. Je crois que c'est finalement, si par exemple vous mettez 10 000 euros, le vrai coût c'est 4 000 euros.
- Speaker #1
D'accord. Et oui, et puis je crois savoir que d'ailleurs elle avait fait un projet super pour le festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence. Elle a énormément développé justement sur la partie mécénat pour leur permettre de continuer de développer ce pays de qualité. Donc en tout cas pour les gens qui nous écoutent et qui sont lyonnais ou pas seulement en tout cas... Amoureux de l'Opéra de Lyon.
- Speaker #0
Je dirais même, il ne faut pas forcément être amoureux, parce qu'on peut tomber amoureux. C'est-à-dire qu'on se dit, ce n'est pas pour moi, c'est loin de moi. On franchit la porte et puis d'un coup, on découvre un bâtiment qui est extrêmement intéressant. Et puis des artistes, je vais le dire, la qualité artistique de l'orchestre est extraordinaire. La qualité musicale et le jeu scénique du chœur est formidable et le ballet est sensationnel. Franchement, on a en interne des grandes qualités d'artistique et je peux aller jusqu'à l'équipe technique, l'équipe administrative, c'est des hommes et des femmes hyper engagés, exigeants mais magnifiquement. J'ai envie de travailler avec vous. J'ai oublié aussi la maîtrise parce que c'est aussi, il y a une centaine d'enfants et d'adolescents qui sont font partie de l'opéra. Il y a un coeur d'enfants. Et ça aussi, c'est vraiment une maison extrêmement riche. Et on est capable de faire des projets très différents, très atypiques, donner la place à des compositrices, donner la place à des œuvres oubliées comme à des œuvres rares, des créations. Et puis une chose aussi, de faire parfois des événements très différents, comme par exemple pour le 31 décembre, après spectacle. Toute la façade de l'Opéra, le grand foyer, les deux étages et l'amphithéâtre sont devenus une grande club de New Year Party. On a vraiment fait une chose très, très vivante ici avec 1600 personnes. C'était formidable, plein. Il y avait plusieurs étages de la musique techno. C'était formidable. Et puis, on a aussi à l'intérieur de l'Opéra, je ne peux pas oublier, il y a Opera Underground qui, dans la programmation, est une programmation plus sur des musiques transversales. musique du monde, musique jazz, musique hybride, parfois même le programmateur qui travaille sur cette programmation récemment a fait même un projet avec un artiste qui fait chanter les oiseaux dans les jardins. On arrive à faire des tas de projets et je ne parle même pas de l'action culturelle, je pourrais parler de la richesse de cette maison.
- Speaker #1
Et de l'audace, moi le mot qui me vient c'est l'audace de l'Opéra de Lyon.
- Speaker #0
Pour revenir aux amoureux de l'Opéra, vous ne savez pas, mais vous pouvez tomber facilement amoureux de l'Opéra de Lyon, je le sais, je le vois. Et je vois bien que quand les gens qui ne connaissent pas trop, qui sont un peu distants, et qui d'un coup voient le bâtiment, vont dans la salle du ballet, vont dans une répétition lyrique. En fait, il y a une vraie passion de tous ces membres des équipes artistiques, techniques et administratives de l'opéra. Et moi, je les porte, je les défends. C'est pour ça que dans le projet, il y a vraiment cette idée de rencontre, d'ouverture, et de permettre à des gens qui sont loin de l'opéra. éloigné sur le plan géographique, éloigné sur le plan social, parfois sur le plan financier, etc., de favoriser cet accès.
- Speaker #1
Ouvrir la porte.
- Speaker #0
Ouvrir la porte ou aller près de la porte des gens. C'est ce qu'on fait avec l'opéra itinérant. Il y a des concerts aussi, des musiques de chambre qui vont en tourner, le ballet. Le ballet aussi est très présent à l'international. Je pourrais vous en parler des heures.
- Speaker #1
Non mais écoutez, génial.
- Speaker #0
C'est pour dire qu'au fond, qui que vous soyez, à un moment donné, vous pouvez... devenir mécène à la hauteur de vos moyens, vous trouverez quelque chose dans cette maison qui peut vous créer des émotions que vous n'aurez nulle part ailleurs. Mais je dis ça vraiment aussi parce que je suis... Moi, j'ai beaucoup... beaucoup au spectacle, je vois beaucoup de choses, et je dois dire encore là, dimanche dernier, il y avait un concert Wagner-Bruckner, dirigé par Daniele Rustioni avec l'orchestre, c'était une émotion extraordinaire. Vraiment, là vous voyez devant vous des artistes qui se donnent corps et âme. pour créer quelque chose de puissant, de bouleversant. Je regardais le public. Et pareil, même quand on a fait une soirée hip-hop, par exemple. Un battle avec le centre chorégraphique de Rieux-la-Pape et l'Opéra de Lyon. Parce qu'il y a toute une histoire hip-hop liée à l'Opéra de Lyon, puisque sous les arcades du Péristyle, les jeunes danseurs dansent beaucoup. Ça a été incroyable, la soirée dans la salle, du public qui ne vient pas forcément à l'Opéra. Un mélange comme ça, une sorte de vitalité. Moi j'essaye avec toutes les équipes, chaque fois qu'on fait un spectacle ici, de créer quelque chose où on ressort et on est emporté, on est bouleversé, on emmène ça chez soi. Et je suis convaincu aujourd'hui que l'art, en tout cas l'opéra, la musique, la danse, le théâtre, bon puis il y a d'autres arts évidemment, mais ceux-là, ceux que je pratique tous les jours, sont d'utilité sociale. Je suis convaincu que dans les années à venir, et on a déjà commencé, nos maisons seront en lien avec la santé. On a développé, nous, des projets avec l'hôpital. Par exemple, les danseurs interviennent au bloc, juste avant le bloc opératoire des enfants. Et un atelier avec des danseurs avant le passage au bloc, pour des enfants, je peux vous dire que les chirurgiens nous bénissent après en nous disant « je veux que vous veniez à chaque fois que j'opère un enfant » parce que sa disponibilité et la peur de son corps est complètement...
- Speaker #1
J'imaginais des enfants apaisés par... Voilà.
- Speaker #0
Complètement transformé. Et de même, on a créé avec les Hospices Civils de Lyon une chaîne opéra. Les patients qui sont dans les chambres, comme les soignants qui parfois font des veilles, des gardes le soir, et parfois il ne se passe rien pendant quelques heures, on a créé cette chaîne qu'ils peuvent regarder avec des opéras, des ballets, des concerts. Alors que quand vous êtes patient dans certains hôpitaux, vous avez trois chaînes gratuites, c'est-à-dire CNews, BFM TV et Gulli.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Voilà, donc c'est important aussi qu'ensemble, avec les offices civils de Lyon, on ait créé cette chaîne. Et c'est vrai que ça, par exemple, c'est un projet que moi j'aimerais développer. Et c'est vrai que le mécénat, l'accompagnement d'entreprises, pourrait vraiment aider aussi à développer des projets atypiques. Et c'est vrai que je suis convaincu que la musique va avoir un lien avec la santé mentale, avec la santé tout court.
- Speaker #1
Et vous dormez quand même de temps en temps, parce que vous êtes un tout petit peu hyperactif quand même, non ? Alors,
- Speaker #0
vous voulez vraiment qu'on parle de mon sommeil ? Non, je ne dors pas beaucoup.
- Speaker #1
Je ne dors pas beaucoup. Ce n'est pas possible de faire autant de choses.
- Speaker #0
Mais j'ai une capacité qui est de... Je peux dormir dix minutes.
- Speaker #1
Oui, vous faites le truc des clés en commencophologie. Oui, exactement. Méthode de Jacques Chirac.
- Speaker #0
Ah, je ne savais pas. Pour moi, c'était la méthode de Napoléon.
- Speaker #1
Ah bah, peut-être.
- Speaker #0
Ou le plus ancien encore d'un philosophe grec. Je ne sais plus lequel, d'ailleurs.
- Speaker #1
Écoutez, peut-être. Je vais voir d'où ça vient. En tout cas, il suffit de s'allonger. Vous gardez des clés dans votre main. Et au moment où les clés tombent, hop. hop, vous savez, vous avez récupéré. Moi,
- Speaker #0
je fais ça.
- Speaker #1
Bon, ben voilà. Je fais ça,
- Speaker #0
mais souvent, quand je fais de la mise en scène, parce que la mise en scène, c'est aussi très fatigant, mais je sais qu'on dit, on a 20 minutes de pause, je fonce à la salle, je me couche par terre, je me concentre, je m'endors immédiatement, je mets toujours ma sonnerie de téléphone au cas où, je mets 12 minutes, et 12 minutes, je suis requinqué.
- Speaker #1
Donc, je termine toujours avec un petit rituel de fin qui est ping-pong. La première, c'était une habitude de dirigeant que vous garderiez coûte que coûte, même dans les pires semaines. Donc, j'allais dire... les micro-siestes, ça peut faire partie. C'est une bonne réponse. Votre premier opéra, c'était quoi et c'était avec qui ?
- Speaker #0
Vous voulez dire comme metteur en scène ?
- Speaker #1
Non, le que vous avez vu. Ah, le premier opéra ! Vous êtes rentré dans une salle d'opéra.
- Speaker #0
Il y a très longtemps, je suis adolescent, je vais voir, ça s'appelle Amadis de Massenet, c'était à l'Opéra de Saint-Etienne. C'était fort avec du mauvais, je pense. Et c'est surtout qu'il y a une chanteuse qui est tombée pendant...
- Speaker #1
Mais c'est pas possible !
- Speaker #0
Non mais c'était... C'était une répétition, donc c'était pas... Ça se dit pas pour un directeur d'opéra. J'aime bien Massenet, mais pas tout Massenet. Et ça, c'était un Massenet que je trouvais pas très intéressant.
- Speaker #1
C'était pas votre premier coup de cœur, en tout cas.
- Speaker #0
Non, mon premier coup de cœur, c'est la première fois. Peut-être que je vais à l'Opéra de Paris. Là, je suis plus âgé, j'ai une vingtaine d'années. Et je vois une pièce de Britannique qui s'appelle Billy Budd. Et que j'ai montée l'année dernière, d'ailleurs. Pour moi, c'était extraordinaire. D'ailleurs, voilà une œuvre qui a fédéré toute la maison à l'Opéra de Lyon. Avec toutes les équipes, c'était fantastique le travail avec tout le monde, je dois dire.
- Speaker #1
Génial. Le conseil que vous donneriez au Richard de 25 ans à la sortie de l'école de la comédie ? En sachant tout ce que vous savez maintenant.
- Speaker #0
Waouh, alors ça, je ne saurais pas répondre. Qu'est-ce que je me donnerais comme conseil ? Qu'est-ce que je dirais ?
- Speaker #1
À 25 ans, vous étiez dans quel état d'esprit ?
- Speaker #0
À 25 ans, j'étais plutôt dans un état d'esprit avec un désir immense, mais un tâtonnement quotidien. Avec des doutes, pas sur le côté. de pas en avant, de pas en arrière, enfin la dialectique quoi. Je pourrais lui dire, c'est bien de douter, mais pas trop.
- Speaker #1
Un livre, un film ou une oeuvre qui vous accompagne en ce moment ?
- Speaker #0
L'art récemment ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
C'est pas en ce moment, c'était il y a peu de temps. C'est le film Amnette, c'est sur l'histoire de Shakespeare. Ah oui,
- Speaker #1
bien sûr monsieur.
- Speaker #0
Avec ses deux acteurs, extraordinaire cette actrice, incroyable, bouleversante. Voilà, sur la place de l'art. dans le rapport, il y a une scène extraordinaire où ils sont dans le théâtre, là, et où, comme le fils est décédé, le père réécrit une histoire et fait revivre. Et donc, il y a tout le monde. Je suis incapable d'en parler bien. Vous voyez, ça me bouleverse. Je pense à ça, à Amnette. Après, j'aurais pu dire autre chose, mais là, c'est le dernier film que j'ai vu qui m'a bouleversé.
- Speaker #1
Et une question qui n'est pas forcément évidente, mais qui est-ce que je devrais inviter dans Manager Inspirant ? C'est pas facile, ça. Ça peut être artistique ou pas. Est-ce qu'il y a... Un manager que vous avez rencontré, où vous vous êtes dit, tiens, où le charisme, ce qu'il dégage, la façon dont il emmène les gens vous ont impressionné ?
- Speaker #0
Je suis sûr qu'il y a des gens, mais dans tous les sens, je pense à des gens que j'ai croisés, mais qui avaient un certain type de management qui, je pense, ont pu m'inspirer moi, jeune, mais en me disant ça, je ne ferai pas. Ça, je n'en ai pas parlé, mais j'ai aussi vu des situations avec des directeurs bien plus âgés que moi, enfin d'une autre génération. Et il y a des choses que ces gens faisaient, je me disais ça, je ne ferais pas ça.
- Speaker #1
Inacceptable.
- Speaker #0
Ou parfois je me disais non, ça ne s'y prend pas bien. Mais en même temps, je pouvais reconnaître d'énormes qualités pour bien d'autres points.
- Speaker #1
Écoutez, merci beaucoup Richard. Merci à vous. J'ai passé un moment délicieux.
- Speaker #0
Merci moi aussi.
- Speaker #1
Et j'aurais aimé rester toute la journée avec vous. Je reviendrai.
- Speaker #0
Oui, avec plaisir.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
Avec plaisir, merci à vous.
- Speaker #1
Merci beaucoup Richard. Ce que je retiens de vous, ce n'est pas un titre, ce n'est même pas une maison, aussi belle soit-elle. C'est une phrase que vous m'avez dite presque en passant, quand je prétendais que vous n'aviez arrêté de rien. Et vous avez bien raison de me reprendre. Vous avez hérité d'une ville, vous avez hérité d'enseignants qui emmenaient leurs élèves au théâtre 20 fois par an, d'une comédie fondée pour que toute une ville soit son public. On vous a ouvert des portes très tôt, et vous avez passé votre vie à rang ce que l'on vous a donné. Je retiens l'homme qui ouvre les portes, celui qui à 16 ans, devant un spectacle de Bob Wilson auquel il ne comprenait rien, est revenu trois fois. Il a appris là qu'une œuvre que l'on rejette d'abord peut devenir avec le temps. Celle qui nous marque le plus. Alors, ils ne demandent à personne d'aimer l'opéra avant d'y entrer. On franchit la porte et l'on peut tomber amoureux. A Lyon, chaque saison, un spectateur sur trois entre pour la première fois. Et quand la porte est trop lourde, vous ne la forcez pas. Vous allez, comme vous le dites si joliment, près de la porte des gens. Je retiens aussi l'homme du collectif, celui qui n'a pas peur du talent des autres, qui préfère l'élève qu'il dépasse au long fleuve tranquille, qui n'a pas besoin de bras de fer pour savoir qu'il dirige, parce que ce qui l'intéresse, ce n'est pas d'avoir le pouvoir, c'est de... pouvoir faire. Et faire ensemble, jusqu'à ce que chacun se dise ce projet, c'est aussi le mien. Je retiens l'homme qui ne s'arrête jamais ou presque. 12 minutes par terre, au fond d'une salle, et vous repartez. Une maison à tenir, des mises en scène à signer, des coupes à aménager, des enfants à accompagner jusqu'au bloc opératoire. Vous appelez cela des contorsions. Moi, je crois qu'on appelle ça plutôt une vocation. Et j'ai envie de dire une zone de génie. Et je retiens surtout l'homme qui a appris à désapprendre. Qui sait qu'il faut quelques échecs pour ne pas devenir prétentieux et quelques succès pour ne pas devenir aigri. Qui ose d'abord et dose ensuite. Vous nous rappelez qu'on peut être exigeant sans faire peur, qu'une maison tient parce qu'elle rend possible, pas parce qu'elle arrache, et qu'une porte, contrairement à un mur, se pousse. Au jeune homme de 25 ans que vous étiez, vous diriez, c'est bien de douter, mais pas trop. Alors Richard, moi ce que je voudrais vous dire, c'est ne doutez pas trop et continuez d'ouvrir les portes. Merci beaucoup pour cette parole exigeante, généreuse et profondément humaine. Si cet épisode vous a inspiré, je vous invite à vous abonner à Manager Inspirant sur votre plateforme préférée et à rejoindre la conversation sur Instagram sur le compte Manager Inspirant. Et n'oubliez pas, l'inspiration, ça se partage. Et parfois, cela change profondément notre manière de diriger. Merci, à bientôt.