- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans Maquis Vivant, le podcast pour bâtir une entreprise durable et responsable. Je suis Maud, fondatrice de l'agence Moreatti. Je m'engage à faire de vos rêves une stratégie pour votre entreprise. Aujourd'hui, nous allons explorer un sujet fascinant et vital. Comment s'adapter à notre environnement ? Et pour en parler, j'ai le plaisir de recevoir Fanny Vaccares, créatrice de bijoux et artisan de la marque Tofaz. Et pour s'immerger au cœur du travail de Fanny, j'ai choisi d'enregistrer cet épisode à Corté dans son atelier. Merci Fanny de me recevoir. Est-ce que tu peux te présenter et nous partager en quelques mots les valeurs de ta marque Tofaz et l'esprit de tes créations ?
- Speaker #1
Alors bonjour, merci en tout cas de m'accueillir dans ton podcast. Alors comme tu l'as dit, je m'appelle Fanny Bagares, je suis créatrice de bijoux et artisan pour la marque Tophase, que j'ai créée il y a à peu près 5 ans. Ça fait maintenant bientôt 3 ans que j'ai mon atelier boutique à Corte, donc je crée mes bijoux sur place, je les expose et je les vends aussi. Je propose également un service de réparation, donc je répare des bijoux qui ne sont pas forcément de ma marque, que ce soit de la fantaisie ou de l'or, je les répare. Dans le fiesse-freniche-création, c'est un petit peu de revenir à l'essentiel. L'idée, c'est de créer moins, mais mieux. L'ensemble de mes bijoux sont des pièces uniques. C'était vraiment pour moi important de ne pas travailler avec des séries de bijoux. Il y a vraiment une identité, une vraie personnalité autour de toutes mes créations, que ce soit mes bijoux en corail de Bonifacio, on pourrait y revenir après, ou que ce soit les pierres fines. L'idée, c'est vraiment de proposer une marque authentique. Et je pense que quand on est artisan, peu importe ce qu'on crée, c'est important de placer l'authenticité au cœur de son travail.
- Speaker #0
Merci beaucoup pour cette introduction. Et vraiment, c'est un bonheur pour moi de te recevoir pour cet épisode qui me tient particulièrement à cœur parce que du coup, voilà, les ressources, je pense que c'est un sujet important et de s'adapter à notre environnement, c'est vraiment un sujet crucial. Et quand on regarde tes créations, on sent vraiment que chaque pièce a une âme, qu'elle est faite pour durer et qu'elle raconte une histoire. Et justement, cette recherche de durabilité et d'adaptation, c'est le cœur même. de ce que la nature perfectionne depuis des milliards d'années. Dans la nature, l'apprentissage est l'un des piliers de l'adaptabilité. C'est ce qui permet aux êtres vivants de faire face à un imprévu en utilisant ce qu'ils ont déjà vécu pour rebondir. Mais comment s'adapter concrètement sans s'épuiser ? Dans les prochaines minutes, nous allons explorer trois idées simples et inspirantes tirées de la nature. Tout d'abord, l'apprentissage par habituation, Comment calmer nos petites peurs du quotidien pour garder notre énergie créatrice ? Et puis, deuxième idée, l'apprentissage par imitation, c'est-à-dire comment transmettre un geste technique sans perdre son propre rythme de création. Et enfin, troisième idée, l'oubli stratégique, c'est-à-dire comment savoir s'arrêter et faire le tri pour ne pas s'épuiser et faire de la place à la nouveauté. Partons à la découverte de la première idée. Dans la nature, Pour survivre, il faut savoir trier les informations. Prenons l'exemple des oiseaux dans les arbres. Dès leur plus jeune âge, ils apprennent à ne pas sursauter au moins de craquements de branches ou au souffle du vent. Sinon, leur vie serait un enfer. Ils comprennent vite que si une pomme de pain tombe, il ne se passe rien de grave. Ce bruit devient un bruit de fond. Et ils économisent leur énergie pour les vrais prédacteurs. C'est ce qu'on appelle en biologie l'apprentissage par... habituation. Et le plus beau, c'est qu'on apprend à s'habituer. A force de faire face à de petites perturbations, notre vigilance s'ajuste de plus en plus vite. Ce mécanisme biologique est exactement le même que l'on vit au travail face à l'inconnu ou au stress. Pour surmonter nos peurs légères et progresser, il faut s'y exposer régulièrement dans un cadre de confiance. C'est ainsi que le cerveau apprend à filtrer le stress inutile et libérer notre créativité. Fanny, j'aimerais que l'on parle justement de ce face-à-face avec les matières premières que tu utilises, comme le corail de Bonifacio, qui te permet de créer tes bijoux. Est-ce que d'abord, tu peux nous raconter la toute première fois que tu t'es retrouvée face à cette branche de corail de Bonifacio ?
- Speaker #1
Alors oui, j'en souviens très bien. Moi, quand je me fournis un corail de Bonifacio, je descends personnellement à Bonifacio. De manière générale, c'était vraiment une volonté pour moi de ma part. de voir en matière première, de sélectionner aussi les branches avec lesquelles je voulais travailler. Et c'est vrai que la première fois que je me suis retrouvée face au corail de Bonifacio, j'ai vraiment été frappée par sa beauté, par sa couleur. Le corail de Bonifacio, il a aussi un deuxième nom, on l'appelle l'or rouge de la Corse, rouge sans deux boeufs, c'est vraiment cette couleur rouge très foncée qu'on ne retrouve pas forcément avec du corail italien ou de Méditerranée. Mais surtout toute l'histoire et la force qui se dégageait autour de ce corail. Il y a vraiment quelque chose de très particulier dans le corail de Bonifacio. C'est une matière qui est vivante, qui est précieuse, qui est rare et surtout qui est profondément liée à la Corse et à la Méditerranée et du coup à notre patrimoine insulaire. Et en le découvrant, j'ai immédiatement ressenti un mélange de fascination mais aussi de respect pour ce corail qui est très préservé chez nous, on le sait. Et j'ai eu envie de travailler autour, sans simplement reproduire ce que la nature pouvait nous offrir, mais en cherchant à la sublimer et aussi à le respecter. Le corail de Bonifacio représente pour moi cette alliance entre la beauté brute. mais aussi la nature, l'identité de nos patrimoines et la créativité en tant qu'artisan que l'on peut y mettre en créant des bijoux. Et c'est finalement devenu bien plus qu'une matière ou une inspiration, c'est une histoire, c'est une émotion autour de la Corse, autour aussi de mon corailleur, ce qu'il a pu m'expliquer en me proposant ce corail, et un lien avec la Corse que j'avais envie de transmettre aussi à travers mes créations, au-delà du simple fait de faire un bijou. C'est vrai que chaque bijou, chaque collier, chaque bracelet, a vraiment une histoire autour.
- Speaker #0
Et... Avant qu'on enregistre cet épisode, tu me racontais comment on pêche le corail. Est-ce que tu peux nous raconter comment on pêche le corail ?
- Speaker #1
Oui, alors moi, c'est mon corailleur à Bonifacio qui pêche le corail dans les bouches de Bonifacio. C'est vraiment très réglementé, c'est une période très précise. C'est juste avant l'été, c'est à peu près l'automne-hiver. Et justement, ce que je le disais, c'est que c'est très réglementé. Il pêche à peu près entre 80 et 100 mètres de profondeur, pas plus, parce qu'au-delà, il y a cette notion de préservation de l'environnement, donc du littoral et des bouches de Bonifacio, donc on ne peut pas. aller au-delà, contrairement à certaines régions en Italie où ils pêchent beaucoup plus en profondeur. Aussi d'un point de vue humain, pêcher du corail de Bonifacio, c'est quelque chose de très risqué, de très physique et de très dangereux. Et c'est vrai qu'au-delà de cette profondeur, pour le corailleur et pour le pêcheur, ça commence à devenir aussi risqué. Donc il y a vraiment cette réglementation d'un point de vue de réservation de l'environnement, mais aussi pour le corailleur lui-même et pour sa santé.
- Speaker #0
Il y a beaucoup de pêcheurs de corail à Bonifacio ?
- Speaker #1
Alors à Bonifacio, non, de tête, je crois qu'il y en a deux ou trois. Moi, c'est le seul qui a accepté de travailler avec moi en tant qu'artisan. La plupart ne souhaitent pas, on va dire, vendre leur corail pour être artisan des créateurs de bijoux. Moi, quand j'ai sollicité la personne avec qui je travaille actuellement et que j'ai eu l'occasion aussi de rencontrer à Bonifacio, il n'y a eu aucun souci. Je lui ai expliqué mon projet, ce que je voulais faire, etc., mes bijoux. Il n'y a eu aucun souci. Il a bien voulu travailler avec moi dans le cadre de mes bijoux et de mes collections en corail.
- Speaker #0
Donc, du coup, on voit bien que c'est une matière qui est très précieuse. est-ce que t'as eu peur à un moment de faire le geste de trop et de gâcher cette matière première.
- Speaker #1
Oui, surtout au début. Maintenant, c'est vrai que je sais un peu plus si on va dire la travailler, mais au début, complètement. Mais je pense aussi que cette appréhension était nécessaire, surtout quand on travaille avec une matière aussi rare et réglementée que ce corail de Bonifacio en particulier. On ne peut pas se lancer, je pense, sans se poser un minimum de questions sur la part que chacun de ces gestes et de la création de ces collections, de ces bijoux pour me concernant. J'ai rapidement compris l'enjeu. Pour moi, ce n'est pas simplement de créer des beaux bijoux. Mais trouver une manière de travailler cette matière avec beaucoup de respect, mais aussi de responsabilité au sein de mon entreprise et de ma marque en général, ça m'a poussée aussi à me renseigner, à en apprendre un peu plus sur le corail de chez nous, qui était la différence entre le corail corse et le corail italien, mais aussi à écouter toutes les personnes qui s'y connaissaient en l'air mieux que moi, notamment mon corailleur qui m'a beaucoup expliqué tous ces processus, qu'il fait ça depuis de nombreuses années, comment il le pêchait, pourquoi cette couleur, comment l'utiliser, comment le travailler, comment aussi, entre guillemets, Entretenir le bijou, parce qu'il faut savoir que le corail, il ne faut pas forcément non plus le mettre dans l'eau quand on a un bijou, pas qu'il va décolorer quoi, mais au niveau de la couleur, il peut plus se matifier. Donc ça, c'est des choses que mon corailier m'a apprises, parce que je ne connaissais pas forcément ça avant de m'y mettre. Mais je ne voulais surtout pas que mes créations se fassent au détriment de la nature. Au contraire, j'avais envie que mes bijoux racontent la beauté de la Corse et du corail de Bonifacio, tout en contribuant à mieux faire connaître sa fragilité et aussi sa rareté.
- Speaker #0
Est-ce que c'est une matière fragile ?
- Speaker #1
Oui, c'est très fragile. Pour avoir comparé avec du corail, on va dire, de Mitterrandais, ça reste quand même quelque chose qui est un peu plus costaud, qui est un peu plus épais au niveau du toucher. Mais ça reste quand même quelque chose, en effet, de fragile. Moi, je sais que quand je le travaille, je suis vraiment vigilante quand je le pose, etc. Parce qu'en fonction des branches, de la finesse, etc., comment elles ont été polies aussi en amont. Après, c'est une matière naturelle, donc forcément, il y a des branches qui sont plus fragiles que d'autres. Ça, c'est toute la beauté du corail. Mais ça reste quelque chose de très fragile. Il faut quand même en prendre soin. et même au niveau de tout ça. des bijoux. Il faut quand même être assez soigneux avec les bijoux, surtout quand il y a des branches fines, etc. ou quand c'est du corail même un peu plus brut. Moi je travaille avec deux types de corail des Bonifacio. Je dirais principalement c'est du premier choix, donc là c'est du corail qui est vraiment rouge, pas vraiment d'imperfections naturelles. Je travaille aussi avec du corail deuxième choix, donc là on va retrouver des imperfections qui sont naturelles liées au au corail, comme des petits trous, etc., du relief. Et là, en effet, vu que c'est un corail qui est un petit peu moins traité, il faut être un petit peu plus vigilant, oui.
- Speaker #0
C'est une matière où tu as dit qu'elle se pêchait à 80-100 mètres de profondeur, c'est ça ? Oui, c'est ça. Il y a la réglementation, mais est-ce qu'il y a aussi des quotas ?
- Speaker #1
Oui, alors il y a des quotas qui varient vraiment en fonction des années. Ça, personnellement, je ne peux pas le savoir en amont. Le corail pousse vraiment de quelques millimètres par quelques millimètres. Et là, c'est vraiment du ressort de mon corailleur et des autorisations qu'il a au niveau de la pêche de savoir à peu près les quantités qu'il va pouvoir pêcher. Mais c'est vrai que de ce point de vue-là, un grand cartisan, c'est vraiment la surprise au fur et à mesure des années. Je prévois cette année de me fournir telle ou telle quantité ou telle ou telle pièce. Et des fois, j'arrive face à mon corailleur avant la saison et celui-ci m'annonce que ce que je veux exactement n'est pas disponible parce qu'il n'a pas pu le pêcher ou parce que la pousse du corail n'a pas été à son plein gré. Donc là, je dois m'adapter par rapport à la disponibilité, oui.
- Speaker #0
C'est vraiment passionnant. On voit que l'habituation n'est pas de l'indifférence, mais une manière de canaliser son énergie là où elle est vraiment utile. Partons à la découverte de la deuxième idée, la transmission par le geste. Observer, faire et s'exercer. Dans le règne animal, l'apprentissage social est fascinant. Sur l'île de Kojima, une île du Japon en mer du Japon, des macaques ont appris à laver des patates douces dans l'eau de mer simplement en imitant une femelle pionnière. Mais il y a encore plus impressionnant, l'enseignement chez les orques. Pour apprendre aux petits la technique Merci. ultra dangereuse de la chasse à l'échouage sur la plage, l'adulte ne se contente pas de montrer. Il se positionne physiquement entre le rivage et le jeune pour le guider, l'aider à utiliser le reflux des vagues et le ramener à l'eau en toute sécurité. Et le vivant est très malin. L'adulte fait d'une pierre deux coups. En enseignant les ficelles du métier à son petit, il continue de chasser pour nourrir le groupe. C'est le principe de la double fonctionnalités. Le vivant nous invite à réhabiliter la transmission par le geste. C'est cet apprentissage direct où l'apprenant observe le mentor, capte la posture et s'exerce sous son regard bienveillant. Pour illustrer cette deuxième idée de la transmission par le geste, Fanny, j'aimerais que l'on revienne sur ton parcours de créatrice. Est-ce qu'il y a un geste ou un coup de main technique que tu as appris en observant les mains d'un autre artisan ? sans qu'aucun livre finalement n'ait pu te l'expliquer ?
- Speaker #1
Alors en réalité, pas vraiment, parce que dans le cadre de mon activité, moi je suis 100% autodidacte, j'ai pas forcément eu la chance de bénéficier d'apprentissage d'un autre artisan dans le cadre de ce métier, ou d'une transmission entre guillemets traditionnelle. J'ai appris tout simplement par moi-même, et avec le temps, j'ai développé mes propres gestes, ma propre façon de travailler mes pierres, mon corail et mes bijoux. C'est vrai qu'il faut reconnaître que c'est quand même parfois plus long. forcément quand on n'a pas quelqu'un à nos côtés pour nous montrer ce qu'il faut faire. Mais je pense que c'est aussi ce qui a fait l'identité de ma marque aujourd'hui, c'est que mes techniques sont nées de mes propres expériences, de mes essais et aussi de la sensibilité que je peux mettre dans mes créations, dans mon travail.
- Speaker #0
Aujourd'hui, finalement, on ne t'a pas transmis, mais est-ce que toi, tu te dis dans ton activité que tu pourrais à la fois faire d'une pierre deux coups, un peu comme fait la nature, de créer des bijoux et de transmettre ton savoir, vu qu'en plus tu as un atelier ?
- Speaker #1
J'ai vraiment eu envie de créer en fait moi-même cette transmission, je ne sais plus dire. Et c'est notamment ce que je fais dans mon magasin, parce que quand on va découvrir mes créations, on me découvre aussi en train de travailler. Mais notamment à travers mes vidéos, pour les personnes qui n'ont pas forcément la possibilité de se déplacer dans mon atelier, je montre régulièrement comment je monte mes bijoux, que ce soit sur mes réseaux sociaux ou quand je viens au magasin, la plupart de mes clientes me voient en train de travailler pendant qu'elles font leurs achats ou qu'elles regardent leurs bijoux. Elles peuvent aussi rester à mes côtés quand je suis en train de créer. L'idée, c'était vraiment de partager, si je puis dire, une partie de mon savoir-faire et de montrer que derrière le bijou, il y a un airbond de gestes, de précision, de patience, que ce n'est pas forcément quelque chose qui se fait en quelques minutes. Et pour moi, les vidéos, mais aussi le fait de travailler dans l'endroit où je diffuse ma marque, permet de transmettre quelque chose de très concret. On voit mes mains travailler, on voit la matière aussi évoluer, le montage de mon bijou. Et finalement, c'est assez proche de la transmission que j'aurais aimé avoir moi-même en étant débutante, en ayant ouvert mon premier atelier il y a bientôt trois ans. Donc oui, je dirais que je fais un peu d'une pierre deux coups, je crée mes bijoux. En parallèle, je partage ce que j'ai appris, ce savoir-faire, circuler et donner peut-être aussi envie à d'autres personnes de se lancer par la suite, même en étant autodidacte.
- Speaker #0
Si un de nos auditeurs veut apprendre une technique manuelle ou un nouveau savoir-faire aujourd'hui, quelle est finalement la première habitude d'observation de pratique que tu lui conseillerais d'adopter ?
- Speaker #1
Moi, en tant qu'autodidacte, je lui conseillerais un moment d'observer avec... beaucoup de patience, prendre le temps de regarder comment la matière agit, comment la main se positionne aussi, comment le geste est réalisé de manière minutieuse, et surtout de ne pas chercher à aller trop vite. Ensuite, il faut pratiquer, beaucoup faire et refaire, et accepter aussi de ne pas réussir du premier coup, et de se dire qu'au début, ça ne sera pas forcément parfait, et même en tant qu'artisan, ça ne l'est jamais vraiment, on ne va pas se le cacher. Je pense que c'est particulièrement important quand on est autodidacte, les erreurs font vraiment partie du processus d'apprentissage, et ça... Chaque essai permet de comprendre et d'en arriver où on en est aujourd'hui. Et aujourd'hui, les vidéos et toutes les ressources accessibles en ligne sont une chance incroyable aussi pour apprendre de manière autonome. On peut observer les gestes, mettre en pause, réessayer de son côté avec les outils qu'on a à notre disposition. Donc, si je devais donner une seule habitude, c'est vraiment observer attentivement et reproduire les gestes de nombreuses fois et vraiment observer la matière sur laquelle on travaille, comment elle évolue au fil du montage, par exemple, du bijou.
- Speaker #0
Le geste de l'artisan est une langue qui se parle. avec les mains et c'est merveilleux de voir comme elles traversent les générations. Nous arrivons à notre troisième idée qui peut sembler surprenante. L'importance de savoir oublier. On pense souvent que la mémoire est notre meilleur allié mais parfois elle peut devenir un fardeau. Des chercheurs ont étudié un troupeau d'éléphants en Afrique du Sud qui restait très agressif envers les humains simplement parce que leur ancêtre avait subi une chasse intensive 60 ans plus tôt. Le danger avait pourtant totalement disparu. Mais cette mémoire bloquait leur adaptation au présent. Dans la nature, à de rares exceptions près, l'oubli est programmé. Il évite la surcharge du cerveau, permet de s'adapter aux changements de l'environnement et de se concentrer sur les informations vitales. En libérant de l'espace, l'oubli rend possible de nouveaux apprentissages. Savoir abandonner des habitudes ou des projets qui ne fonctionnent plus est une condition essentielle pour innover. Faire le tri sur son bureau et dans son esprit permet de libérer l'énergie nécessaire pour créer la nouveauté. Pour illustrer cette troisième idée, j'aimerais qu'on partage ton expérience sur cette idée. Est-ce que tu as dû arrêter certaines collections ?
- Speaker #1
Alors des collections, pas forcément parce que comme je t'ai indiqué, moi je travaille surtout en pièces mixtes, etc. Mais il y a eu des moments où euh... On met forcément du temps dans nos créations, dans nos collections, dans certains investissements personnels et c'est souvent une décision difficile d'arrêter certains bijoux, je pense plutôt à des bijoux ciblés plutôt que des collections, et d'accepter de tourner la page. Mais avec le temps, j'ai appris qu'en tant que marque, on doit aussi savoir évoluer et que certains bijoux ne correspondaient plus forcément à l'évolution de Tophase, à mes envies de travailler. Il y a eu des moments où j'ai dû arrêter certains de mes bijoux, certains modèles qui me plaisaient ou qui correspondaient plus ou moins à l'époque à l'idée de ma marque. Mais je trouvais que c'était aussi une façon de revenir à l'essentiel, ce que j'avais vraiment envie de créer, ce qui correspondait aussi à mon univers, à ce que les ressources pouvaient me donner, à m'adapter par rapport à mon corps ailleurs notamment. Et finalement, ce choix m'a permis aussi de gagner en beaucoup de clarté dans le cadre de mon travail. Et aujourd'hui, je préfère avoir une gamme plus cohérente, moins de création. mais davantage de sens derrière chaque aile, davantage d'histoire aussi.
- Speaker #0
Et si on fait un petit focus sur l'histoire de la collection Unastoria ?
- Speaker #1
Alors Unastoria, c'est une collection que j'ai sortie il y a à peu près deux mois. Ça faisait à peu près un an que je bossais dessus. Mais ça faisait déjà un petit temps que j'avais envie de créer une collection autour des villes et villages au niveau de la Corse. J'ai moi-même découvert certaines histoires au niveau de la Corse que je ne connaissais pas moi-même. Et c'est vrai que c'était important pour moi que cette collection s'articule autour du corail corse et du bonifacio. Je ne voyais pas faire une collection. une collection sur nos régions, nos micro-régions en Corse, et ne pas la travailler avec du corail de Bonifacio. Donc en fait, l'idée, c'est vraiment que chacun des bijoux, donc bracelet, collier, il y a une broche, soit axé sur un village ou une micro-région de la Corse. Il y a le carousel pour Bastia, il y a la veille pour Ajaccio, etc. C'est vraiment très essentiel pour moi de marier le corail de Bonifacio, donc ressources vivantes de la Corse, avec les histoires et notre patrimoine insulaire.
- Speaker #0
Est-ce que finalement, il t'arrive des fois... ton atelier de faire du tri ?
- Speaker #1
Je pense que quand on est artisan et quand on travaille du sémain, de manière générale, je pense que c'est indispensable de faire du tri. Quand on est créatrice, on accumule beaucoup de matière, des essais, des outils, des idées, des dessins. Moi, personnellement, je fais du tri quand je commence à me dire, ok, là, je suis en train de m'éparpiller, j'ai beaucoup trop de choses, il faut que je me recentre, entre guillemets, sur l'essentiel. Enfin, il faut dire la vérité, qu'on soit artisan ou pas, on garde beaucoup de choses en cas de, ou en cas où ça peut servir, mais qu'au final, on n'utilise jamais. Donc de temps en temps, je reprends tout, je regarde ce que je me sers nécessairement, ce qui n'a plus sa place dans ma façon de travailler, dans mes habitudes, dans les bijoux que je suis en train de réaliser à l'heure actuelle. Et pour la création, je me pose une question assez simple. Est-ce que j'ai encore envie de les faire aujourd'hui ? Est-ce que ça correspond à ce que je développe actuellement, aux valeurs que je prône au sein de ma marque, au sein des bijoux ? Si la réponse est non, ou si je sens que ça ne correspond plus vraiment à l'univers d'autophase, je préfère m'en séparer plutôt que de les laisser prendre de la place inutilement. Et parfois, faire le tri physiquement permet aussi de faire le tri dans sa tête et de faire le point sur ces idées et ce qu'on a envie de créer. Je trouve qu'il y a un vrai parallèle avec la création, enlever, s'empiler, se recentrer. Ça permet de retrouver de l'espace, mais aussi de faire aménager de nouvelles idées, de nouveaux projets, de nouvelles idées de bijoux, de nouvelles idées de collections, de collaborations. Aujourd'hui, je fais vraiment de garder autour de moi uniquement ce qui a du sens, ou ce qui nourrit encore ma créativité, que ce soit dans mes objets, dans mes instruments de création, ou que ce soit tout simplement dans ma matière première.
- Speaker #0
Et enfin... Quel conseil tu pourrais donner à nos auditeurs pour surmonter la peur de l'abandon et réussir à faire ménage à la fois dans ses outils ou dans ses habitudes de travail ?
- Speaker #1
Je pense que le plus difficile, c'est d'accepter qu'abandonner quelque chose ne veut pas dire tout le temps que toute l'énergie qu'on y a consacrée a été perdue ou ne servait à rien. Quand on est créatif, d'une manière générale, on peut facilement s'attacher à un objet, à une technique, à une collection ou à un bijou qui a une histoire particulièrement qui nous attache à nous, simplement parce qu'ils nous ont accompagnés pendant un moment, pendant une période de notre vie ou une période de notre entreprise. Mais nos besoins évoluent et ce qui était pertinent hier ne l'est plus forcément aujourd'hui, ne le sera pas demain. Donc mon conseil, ce serait de ne pas forcément tout jeter du jour au lendemain, mais vraiment d'y aller progressivement, de faire un pont aussi sur l'entreprise et sur nos créations, sur ce qu'on veut et ce qu'on ne veut plus. Et surtout, je pense qu'il faut se demander, est-ce que je garde cette chose parce qu'elle m'est encore utile à l'heure actuelle ? ou simplement parce que j'ai du mal à m'en séparer ? Je pense que quand on se pose cette question, on a facilement la réponse, et la réponse permet souvent d'y voir beaucoup plus clair dans notre travail. Faire du tri, ce n'est pas renoncer, c'est aussi mettre place à de nouvelles choses pour avancer et croître aussi au niveau de nos créations et de notre inventivité, je dirais.
- Speaker #0
Et c'est vraiment un magnifique message d'espoir et de liberté créative. Et pour passer tout de suite de la théorie à la pratique, voici votre défi à réaliser après avoir écouté cet épisode. Identifié ! une seule habitude, une tâche répétitive ou un papier inutile qui encombre votre bureau ou votre quotidien depuis des mois, et prenez la décision consciente de l'éliminer ou de le classer définitivement aujourd'hui. Faites de la place pour ce qui compte vraiment. Pour récapituler les trois merveilleuses leçons que la nature et l'artisanat d'art nous ont apprises aujourd'hui, premier point, l'habituation face à l'inconnu ou à la pression apprenons à apprivoiser le stress en nous exposant petit à petit pour que la peur ne soit plus qu'un bruit de fond. Deuxième point, la transmission par le geste. Privilégions l'observation directe, l'accompagnement bienveillant et la pratique sur le terrain pour faire vivre nos précieux savoir-faire. Troisième point, l'oubli stratégique. Faisons régulièrement le tri dans nos habitudes et nos projets obsolètes pour libérer de l'espace et permettre à la nouveauté de fleurir. Et n'oubliez pas votre action de la semaine. Faites le vide sur un petit détail inutile de votre quotidien pour inviter le renouveau. Fanny, je te remercie. Est-ce qu'il y a des choses qu'on n'a finalement pas abordées et qui te tiennent à cœur de partager à nos auditeurs ?
- Speaker #1
Oui, j'aimerais vraiment profiter de ces dernières questions pour rappeler quelque chose qui me tient à... partiment à cœur et que j'explique aussi beaucoup sur mes réseaux sociaux, mais aussi beaucoup à mes clientes dans le magasin, c'est de bien se renseigner avant d'acheter un bijou en corail, on va dire d'une manière générale, pas forcément du corail corse. Le corail est une matière précieuse et fragile et c'est vrai qu'aujourd'hui, sur le marché de la bijouterie en corail, d'une manière générale, on trouve vraiment de tout et pas forcément des bijoux en corail qui viennent de Corse. On est vraiment une minorité à le travailler d'un point de vue régional et d'un point de vue de la Haute-Corse, encore moins. Et je pense que c'est important de se questionner auprès de son artisan pour savoir d'où vient réellement la matière, dans quelles conditions aussi elles ont été prélevées. S'intéresser aussi au travail de l'artisan derrière, est-ce que c'est quelque chose de fait main ou c'est quelque chose qui a été finalement industrialisé pour en revenir à des quantités plus importantes. Parce que pour moi, acheter un bijou, ce n'est pas forcément acheter aussi qu'un esthétique, quelque chose de joli, c'est vraiment acheter une histoire autour de tout ça, une origine, une façon de vivre. de faire, un artisanat derrière, quelque chose qu'on va pouvoir garder. Moi, le corail de Bonifacio, comme je l'explique, j'ai vraiment à cœur pour moi que ce soit quelque chose qui soit transmis. Il y a vraiment cette notion autour du corail de Bonifacio, quelque chose de protecteur, qu'on peut souffrir au naissance, au mariage, au baptême. Et moi, j'ai vraiment à cœur que ce soit un bijou qu'on offre et qu'on transmet de génération en génération, que ce soit les grands-parents ou même des parents. C'est aussi pour ça que je travaille avec de l'or laminé. Donc de l'or laminé, en fait, c'est de l'or recyclé. Donc c'est un bijou qui est fait à base de matières premières qui est recyclée et qui ne bouge pas avec le temps. Donc mon conseil, ce serait vraiment de prendre le temps de poser les bonnes questions, de regarder l'origine des matières et ne pas hésiter à demander des informations au créateur ou à l'artisan. C'est une manière de mieux consommer, mais aussi de mieux comprendre et de respecter cette matière qui fait partie finalement un petit peu de notre patrimoine en Corse. On parle souvent du résultat final, un bijou qu'on voit, qui est somptueux et qui brille, mais beaucoup moins de ce qu'il a derrière. Le temps de travail, le fait de se tromper, le fait de réitérer X fois le même geste. et je pense que c'est vraiment important aussi que... les auditeurs et les consommateurs en général, prennent conscience du temps et de tout l'investissement personnel qu'il y a derrière un bijou avec ce genre de matière, notamment pour le Corail de Bonifacio.
- Speaker #0
Un grand merci à toi de nous avoir partagé ces précieux conciels, ton expertise, ta passion. Dernière question, où est-ce que nos auditeurs peuvent te retrouver s'ils cherchent ?
- Speaker #1
Alors, il y a mon site internet, tofas.com, sinon mon atelier boutique à Corte, de Terre Avenue Xavier-Louchane. Sur les réseaux sociaux Tophaz et sur LinkedIn Tophaz, mon compte personnel où je parle aussi d'artisanat et d'entrepreneuriat, Fanny Vacaritza.
- Speaker #0
Vous retrouverez de toute façon toutes ces informations dans la description de l'épisode. Merci de votre écoute et sortez dehors, observez la nature, elle a déjà toute réponse à nos interrogations pour nous accompagner à trouver des solutions pour bâtir des entreprises durables et responsables. Dans notre prochain épisode, nous apprendrons à faire confiance au terrain. D'ici là, restez curieux, curieuses et écoutez ce que la nature a à vous dire. Merci d'avoir écouté cet épisode. S'il vous a plu, partagez-le autour de vous. Et pour soutenir Maquis Vivant, abonnez-vous et laissez 5 étoiles sur Spotify et Apple Podcast. Je vous donne rendez-vous le dernier mardi de chaque mois pour faire de vos rêves une stratégie d'entreprise vivante.