- Speaker #0
Et puis moi, je vois ma maman après l'opération qui va mieux, donc pour moi elle est guérie. Tu vois, à 12 ans, t'as pas cette machine dans ta tête qui te dit « bon ben s'il faut, c'est guéri, mais ça va revenir » . Et en fait, c'est exactement ce qui s'est passé. Ça s'est guéri pendant quelques mois et en fait, ce que je ne savais pas petite, c'est que ça pouvait être encore pire et c'est exactement ce qui s'est passé en fait.
- Speaker #1
Hola tout le monde, bienvenue dans ce nouvel épisode de Deux mots pour mot, épisode 19 aujourd'hui. Un épisode forcément particulier puisque c'est le... tout premier épisode qui sera diffusé sur l'année 2026. Donc très heureux d'entamer cette nouvelle année avec vous tous. Je vous souhaite bien sûr une très très bonne année à tous les auditeurs et tous ceux qui sont là pour mot pour mot depuis le début. On va fêter Léonard dans trois semaines à peu près. Donc voilà, l'invité est bloqué mais aujourd'hui c'est une nouvelle invitée que je reçois, une personne qui m'a été recommandée vivement par ma petite sœur. Donc salut Laurent ! Est-ce que ça va, Laura ?
- Speaker #0
Tout va bien, merci. Bonne année à tout le monde. Moi aussi, j'en profite. Tout s'est très bien passé. Une nouvelle année commence.
- Speaker #1
Oui, exactement. On va te la souhaiter belle, toi aussi. C'est gentil. Que tout se passe bien, que plein de réussite et de santé pour toi. Laura, tu vas participer à l'épisode sur conseil d'Alicia, de ma petite soeur. Pourquoi t'as accepté déjà, premièrement, avant que tu te présentes ? Pourquoi t'as accepté de faire l'épisode ?
- Speaker #0
Tout simplement parce que j'ai écouté l'épisode d'Alicia pour savoir un petit peu qu'est-ce qu'il en était de ce podcast. Et j'ai été très étonnée et agréablement surprise.
- Speaker #1
Super, merci à toi Laurent. En tout cas, ça fait plaisir d'avoir de nouveaux auditeurs puisque je ne fais pas ça que pour mon entourage et ma famille. Donc c'est toujours intéressant d'avoir des avis extérieurs C'est vrai que l'épisode avec Alicia était un épisode en plus particulier, donc très content qu'il t'ait plu. Laura, du coup, avant de se lancer vraiment dans ton parcours, est-ce que tu peux te présenter pour les auditeurs ?
- Speaker #0
Du coup, moi c'est Laura, j'ai 28 ans, au chômage depuis peu.
- Speaker #1
Chômage depuis peu, tu faisais quoi ? Sans entrer dans trop de détails, on va peut-être en parler.
- Speaker #0
J'étais dans le commerce. J'étais dans le commerce, dans le prêt-à-porter. J'adorais ça. Je suis quelqu'un qui adore les gens, qui aime aider les gens de toute façon. J'ai été animatrice aussi dans mon passé. Donc voilà, l'aide à la personne me touche beaucoup. Mais bon, voilà, au chômage depuis peu parce que la clé est sous la porte. Donc c'est comme ça, c'est la vie. Ça fait drôle, mais bon, on a profité du coup de ce temps pour se poser les bonnes questions et pour repartir sur une nouvelle année stable.
- Speaker #1
Ok, il y a pas mal de choses. Tu vas nous expliquer peut-être tout ça si on arrive sur ces points de ta vie là. On démarre toujours les épisodes par la traditionnelle première question qui touche à l'enfance. Toi Laura, avant qu'on arrive sur les années qui sont un peu plus proches, mais qu'est-ce que tu as comme premier souvenir de ton enfance quand tu étais toute petite ? Est-ce que tu as des souvenirs par rapport à ça, des frères et sœurs, la famille, comment ça se passait ?
- Speaker #0
Un souvenir bien concret, non. Après je sais que j'ai eu une enfance très aimante, j'ai été très bien entourée, j'ai un grand frère de 45 ans, donc il n'a pas grandi vraiment avec moi, je sais qu'il était là sur des week-ends, c'était des petits moments partagés comme ça, mais j'ai quand même eu une enfance très entourée, très aimée, très gâtée, très choyée, tout ce qu'une petite fille pourrait rêver, je l'ai eu, donc ça... J'ai bien grandi. Et après, du coup, mes parents sont partis vivre en Martinique. Donc forcément, j'ai suivi. Et on va dire que mes premiers souvenirs de vie sont là-bas. Parce que l'école là-bas, c'était assez particulier vu que j'étais la seule blanche, blonde. J'étais un peu l'attraction de l'école. Tout le monde venait me voir. Donc on va dire que c'est ça plutôt mes premiers souvenirs. Et voilà, après, j'ai eu une enfance vraiment rêvée.
- Speaker #1
Oui, et la Martinique, du coup, maintenant que tu es revenue en France ? métropolitaine, la Martinique. Du coup, tu as vraiment apprécié ce passage là-bas ? Tu as vraiment quand même de bons souvenirs ?
- Speaker #0
Ah oui, de très bons souvenirs. Si ce n'est pas un bon souvenir de finir l'école et de ne pas aller faire ses devoirs tout de suite, d'aller à la plage, franchement, c'était un des meilleurs souvenirs de ma vie. Non, après, j'y suis retournée quand j'ai eu 15 ans. Parce que j'ai gardé contact avec les personnes qui étaient toujours là-bas. Et donc, elles m'ont ramenée à mon ancienne école. Et les plages qu'on faisait, tout ça. Donc c'est vrai que certains souvenirs sont revenus aussi à ce moment-là. Mais non, j'ai beaucoup apprécié ce rythme de vie parce que c'est un style de vie et un autre rythme de vie qui est là-bas. Mais c'était génial.
- Speaker #1
Tu vois quoi comme différence maintenant que tu es revenue ici ?
- Speaker #0
C'est beaucoup plus cool. Les gens sont plus détendus en fait. Ils se prennent moins la tête. Le rythme de vie est beaucoup moins intense. Comme je te disais, je sortais de l'école, ce n'était pas les devoirs, c'était la plage. D'abord la plage, après oui on se posait pour faire les devoirs, mais le rythme était beaucoup plus cool. Les gens sont beaucoup plus étendus et se prennent beaucoup moins la tête. Après aujourd'hui, ça a certainement dû changer, je ne sais pas. Mais moi je me rappelle de ça petite, c'était la vie à la cool.
- Speaker #1
Tu n'as pas d'objectif d'y retourner et y vivre ? Tu veux rester ici en France ?
- Speaker #0
Non, peut-être pas. Mais voilà, y aller en vacances plus tard avec mes enfants. Je ne sais pas, leur faire découvrir les pas sur lesquels j'ai été. Mais ce n'est pas un but de vie.
- Speaker #1
Ok, parfait. Et tu parlais de ton frère. Donc 45 ans, vous avez quand même un petit écart d'âge, vous aussi ?
- Speaker #0
Oui, c'est mon demi-frère.
- Speaker #1
Ok, voilà. Ce que j'allais te demander, est-ce que c'était du coup de la même…
- Speaker #0
Premier mariage de mon papa, du coup.
- Speaker #1
Cet écartage ne te gêne pas ?
- Speaker #0
On est très proches, on a toujours eu cette relation proche même si comme je disais avant du coup j'ai pas grandi avec lui mais pour le peu de fois où c'est qu'il venait on était toujours très proches. Après c'est vrai qu'il a fait sa vie très jeune, il est parti au Canada, il a voyagé beaucoup donc c'est vrai qu'après quand j'ai grandi je le voyais pas forcément mais on a toujours gardé cette relation très proche et très fusionnelle.
- Speaker #1
Très bien, c'est un beau démarrage effectivement de démarrer sa vie en Martinique et à travers ce que tu disais, de ne pas faire ses devoirs comme tous les autres le font, d'aller à la plage. Oui, le cadre de vie, en tout cas, il donne envie. Les résultats, tes résultats scolaires et tout ça, ça suivait bien ? Tu t'en sortais ?
- Speaker #0
Je me rappelle d'une maîtresse qui ne m'aimait pas du tout, mais c'est tout ce que je vais me rappeler de l'école en soi.
- Speaker #1
En termes de lien social, après, tu avais des amis déjà ? Parce que tu parlais que tu avais certaines... que tu gardais avec, qui t'a gardé un peu le contact ? Oui, oui. En fait,
- Speaker #0
je pense que c'est grâce à mes parents qui avaient donc eux des amis, qui s'étaient fait des amis. Voilà, les voisins, c'était vraiment des amis très proches à eux. Donc leurs enfants, forcément, par conséquent, ont devenu mes très bons amis aussi. Et en fait, à l'école, après, on s'est fait des amis. J'allais à l'école de danse aussi. Donc je pense que là-bas aussi, j'ai 4-5 amis que je garde aussi encore aujourd'hui qui viennent de là-bas, quoi. Vraiment de la... de l'école de danse ou de la... De l'école tout court. Mais après, c'est des gens qui viennent de métropole aussi, quoi. C'est pas de Martinique.
- Speaker #1
Tu partais donc de la Martinique. Tu es rentrée en quelle année ? Tu te rappelles de ça un peu ?
- Speaker #0
2003, je dirais.
- Speaker #1
Donc t'avais quel âge à cette époque-là ?
- Speaker #0
2004. J'avais 6-7 ans. J'allais sur mes 7 ans.
- Speaker #1
Ok. Et la décision de partir de Martinique, elle s'est faite dû à quoi ?
- Speaker #0
Forcément les parents, c'est pas moi. Moi, je pense que si on m'avait demandé, je serais bien restée. Mais du coup, c'est mes parents, c'est le manque de la famille. Parce que du coup... Je pense que tu vas le comprendre, mais je suis très, très famille. Et ma maman était aussi très, très famille. Donc voilà, tout ce qui était Noël, anniversaire, tous les événements comme ça. C'est vrai qu'être loin de tout le monde, ça lui faisait beaucoup, beaucoup de peine. Donc je pense qu'au bout de trois ans, elle s'est dit allez, c'est bon, c'est terminé. On rentre. On a bien vécu, mais la famille manque trop. Donc voilà.
- Speaker #1
Toi, effectivement, t'as pas eu ton mot à dire puisque t'étais toute petite à ce moment-là. Est-ce que tu l'as quand même... T'as compris cette décision ou tu l'as vécue bizarrement ou voire pas ? pas bien vécu cette rupture ?
- Speaker #0
Je ne l'ai pas, je l'ai très bien vécu. Je pense que c'était vraiment la décision de mes parents. Donc, je n'ai pas chipoté, je n'ai pas trop cherché. Je pense que j'étais triste sur le moment parce que les copains, parce que l'école, parce que les habitudes. Mais une fois rentrée, tu as des autres habitudes, tu as ta famille, tu as tes vrais amis. Parce que du coup, j'ai une petite cousine dont j'étais très proche aussi avant de partir. En fait, je retrouvais mes repères de France. C'était normal pour moi. Je ne l'ai pas... Peut-être plus grande, je l'aurais un peu plus mal vécue, mais c'est vrai que là, je n'ai pas trop le souvenir de l'avoir mal vécue.
- Speaker #1
Parfait. Et tu arrives du coup, tu reviens en France. Il faut retrouver une nouvelle école, il faut se refaire certainement un cercle amical ou des nouvelles connaissances. Comment tu as appréhendé tout ça ? Comment tu as réagi par rapport à ça ?
- Speaker #0
Je dirais que je pense que je suis arrivée pour les vacances d'été ou pendant pour des vacances scolaires. Donc, je suis arrivée... on va dire tranquille, je me suis réacclimatée déjà à la température à mon entourage ma famille mes cousins, mes cousines mes tantes, mes oncles, mes grands-parents et je pense que ça s'est fait vraiment tout seul le retour à l'école je suis retournée à l'école où j'étais juste avant de partir j'étais en maternelle avant de partir mais les écoles se sont collées donc vraiment je n'avais pas trop de changements finalement je retrouvais vraiment ma vie d'avant avec les mêmes personnes d'avant. Alors oui, il a fallu se recréer des amis, mais c'est comme n'importe quel enfant, je pense, qui débarque au primaire et qui doit se faire des nouveaux amis. Je ne l'ai pas vécu comme vraiment quelque chose de très marquant. Ça s'est fait vraiment naturellement et voilà.
- Speaker #1
Oui, tu sembles quand même t'être adaptée à ces premiers événements de vie qui ne sont pas des événements de vie comme tu dis tragiques, qui sont des événements plutôt positifs et toi, tu t'es adaptée à ça et puis, tu as suivi le mood. Ah oui. Et voilà. Et du coup, ensuite, après l'école, tu passes au niveau du collège. Comment ça se passe sur ces années-là de collège où tu as le brevet qui arrive, le lycée derrière ?
- Speaker #0
Collège, je dirais que c'est… Alors, pas compliqué, puisque ce n'était pas compliqué, mais j'étais quand même très réservée, très renfermée sur moi-même. Je me laissais beaucoup marcher dessus.
- Speaker #1
Ce qui a bien changé apparemment.
- Speaker #0
Oui. Merci Alicia. Non, c'est vrai, je me laissais vraiment marcher dessus. Je n'avais pas vraiment de caractère finalement. J'étais très timide, très introvertie, sauf avec ma famille forcément. Mais à l'école, j'étais cette fille qui ne faisait pas d'histoire, qui était au niveau des résultats, qui n'était pas la meilleure, mais je n'étais pas la moins bonne. J'étais vraiment dans la moyenne, on va dire. J'ai toujours été comme ça dans ma scolarité, même au lycée. J'étais toujours très moyenne. Mais ouais, non, j'ai pas eu d'harcèlement. J'ai eu relativement une scolarité au collège basique, assez linéaire, je dirais quand même. J'ai pas eu d'amoureux à cette époque-là. C'était très calme.
- Speaker #1
Ouais, ok. Et tu cherchais pas non plus en plus justement à te faire reconnaître, à exister différemment ? C'était ta personnalité ? T'étais comme ça ?
- Speaker #0
Oui, j'étais très timide et très réservée. J'avais beaucoup de complexes aussi à cette époque-là. Donc c'est vrai que j'essayais de... Au moins je me faisais remarquer, au mieux je me portais.
- Speaker #1
Ces complexes, c'était sur quoi ?
- Speaker #0
Mon physique, j'étais très très fine. Bon, je le suis toujours, mais j'ai appris à vivre avec aujourd'hui, donc c'est ok. Mais c'est vrai que quand tu te construis, que tes enfants et que tes copines commencent à avoir leurs règles, qu'elles commencent à avoir les seins qui poussent, les poils qui poussent, tout ça, et moi j'étais complètement arriérée de tout ça. J'ai commencé très très tard en fait à avoir tout ça, donc c'est vrai que je me sentais un petit peu, comment dire, pas de trop, mais genre j'étais là « mais pourquoi les autres et pas moi ? » Ça me confortait dans mon complexe finalement.
- Speaker #1
C'était que toi qui te posais ces questions ? Tu n'avais pas de remarques qui renforçaient ce côté difficile à vivre ? Non,
- Speaker #0
il n'y avait que moi. A part dans ma famille, j'avais un petit cousin qui me traitait souvent de squelette. Donc c'est vrai que ça m'a marqué quand même. Mais c'était plus famille, ce n'étaient pas les gens à l'école. Mais je pense qu'ils ne se rendaient pas compte. À l'époque, le petit enfant avait le même âge que moi, un an de moins. Et ils me traitaient de squelette, mais c'est parce que oui, j'étais très fine. On voyait mes os, on voyait mes côtes, mes omoplates derrière. J'étais vraiment très, très fine. Donc ça, ça m'avait marquée, mais pas à l'école. À l'école, je n'ai jamais eu de moquerie quelconque.
- Speaker #1
Ok, c'était la morphologie qui fait que tu es comme ça ? Oui, complètement.
- Speaker #0
Si demain, je veux faire 70 kilos, ça n'existera jamais. Je ne pourrai pas. Je ne peux pas.
- Speaker #1
Ok, très bien. Maintenant, du coup, ça, tu t'es… Tu t'as franchi de ça, tu t'acceptes différemment. Oui. Tu as réussi petit à petit au fur et à mesure des années.
- Speaker #0
Complètement, oui. J'ai grandi, j'ai accepté le corps que j'avais. Et puis bon, ma mère était comme moi. Elle avait la même morphologie que moi. Donc je ne peux pas devenir celle que je ne serais jamais. Je ne peux pas inventer quelque chose. Donc j'ai accepté. Je me suis fait opérer aussi. Donc voilà, il y a eu des acceptations par-ci, par-là.
- Speaker #1
Donc ton collège se passe bien, hormis ces complexes-là. Tu ne fais pas de mague, tu restes dans le moule. Oui, non. Tu réussis tes examens, ton premier brevet ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Parfait. Tu pars au lycée, tu ne changes pas de ville. Comment ça se passe ? Tu restes dans l'environnement où tu étais ?
- Speaker #0
Alors non, je change quand même de ville. Je passe en internat sous les conseils de mon papa parce qu'il était interne étant plus jeune au lycée. Il m'avait dit « tu verras, c'est les meilleures années de ta vie » . Et moi, j'ai eu ma maman qui est tombée malade quand j'ai eu l'âge de 12 ans. J'étais en cinquième. Donc on va dire que ça a forgé un petit peu à partir des 12 ans même si du coup à 12 ans, on ne se rend pas… bien quand elle est tombée malade, elle a eu une tumeur au cerveau en fait. Ça t'arrive du jour au lendemain clairement, c'est vraiment ça que s'est passé. On va dire le lundi soir tout allait bien, le mardi matin elle descendait les escaliers sur les fesses parce qu'elle était paralysée. Donc vraiment c'est du jour au lendemain et en fait de mes 12 ans jusqu'à mes 24 ans du coup, elle a été malade. Donc j'ai grandi avec ça et je me suis forgée avec ça en fait. Donc arrivé au lycée, j'avais un avancement peut-être sur la vie que d'autres n'avaient pas.
- Speaker #1
Tu te rappelles de ce jour-là où tu as appris pour ta maman ?
- Speaker #0
Je me rappelle du jour où je l'ai vue descendre les escaliers. Le jour où on m'a dit que ma mère était malade, non. Mais je me rappelle le choc de la voir descendre les escaliers et ne pas arriver à se relever en fait. Elle était complètement impuissante. Sa jambe ne répondait plus. Elle était droitière du coup. Et toute sa jambe droite ne répondait plus. Elle avait des fourmignes. C'était impressionnant. Et puis bon, à 12 ans... C'est choquant. Après, du coup, on la prend en charge par les médecins. On la balade à droite à gauche et on te dit qu'on va l'opérer. Et puis moi, je vois ma maman après l'opération qui va mieux. Pour moi, elle est guérie. Tu vois, à 12 ans, tu n'as pas cette machine dans ta tête qui te dit « s'il faut, c'est guéri, mais ça va revenir » . En fait, c'est exactement ce qui s'est passé. Ça s'est guéri pendant quelques mois et ce que je ne savais pas petite… c'est que ça pouvait repousser et que ça pouvait être encore pire. Et c'est exactement ce qui s'est passé en fait.
- Speaker #1
Ok, on parle de ta mère là, donc on va rester un peu sur ce sujet-là. On basculera sur d'autres thématiques après. Mais cet événement-là, du coup, comme tu disais, elle a été traitée ?
- Speaker #0
Elle a été opérée une première fois. L'opération s'est relativement bien passée après, au vu des chirurgiens qui nous disaient que c'était ok. Même si je l'ai su après, quand j'étais plus grande. Mais voilà, mon père m'a dit, et ça je le dis, il a été toujours très honnête avec moi. Et ça, je pense que ça fait beaucoup. Il m'a toujours tout dit. Et en fait, non, ça repousse en fait. Ça repoussait, ils n'avaient pas tout enlevé. Donc ça a repoussé, elle s'est refaite opérer. Elle a fait des rayons qui ont ralenti, on va dire, l'évolution de la tumeur, mais qui ne l'ont pas quand même arrêtée. Et puis à la troisième opération, ça c'est sur plusieurs années bien sûr, ça s'est étalé sur plusieurs années. Et à la troisième opération on lui a dit écoutez madame si on vous réopère là ok mais il y a un risque que vous soyez paralysée à vie quoi. Parce que du coup elle était vraiment placée à côté d'un point, je ne saurais dire lequel, mais qui du coup était assez dangereux. Et ma mère étant complètement désespérée, ce que je comprends, en ayant envie d'en finir avec cette maladie, elle a dit « Allez-y, c'est pas grave. Au pire, je serai paralysée » . Et c'est ce qui s'est passé du coup parce qu'elle s'est faite opérer et elle a été paralysée après de ce moment-là jusqu'à la fin de sa vie. Paralysée de tout son côté droit. Donc il faudrait apprendre à vivre avec le côté gauche. C'est un enfer mais elle a été battante je pense. Oui. et elle a réussi franchement elle a réussi à reprendre une vie alors pas normale c'est clair mais à s'adapter ouais et c'est dur franchement
- Speaker #1
Tu disais que ça prenait du temps, forcément. Ça a pris quelques années. Oui,
- Speaker #0
entre la première opération et la dernière, je pense qu'il s'est passé bien 3-4 ans quand même.
- Speaker #1
Ok. Et toi, sur ces 3-4 ans-là, comment tu vis les choses ? Parce que tu es toute jeune.
- Speaker #0
Au début, je croyais que ma mère était guérie, qu'il n'y avait pas de souci, qu'une opération des chirurgiens, c'est ok. Ils sont là pour ça, ils vont la guérir, tout va bien. Et puis en fait, non, la deuxième fois, ça te remet un coup. Puis bon, je suis un peu plus grande, donc je comprends un peu mieux les choses. Et puis mon père, vu que je suis un peu plus grande, se permet de m'expliquer un peu mieux en détail les choses, tout ça. Et ça, je le remercierai toujours pour avoir été très clair et très transparent avec moi parce que du coup, je ne me posais pas de questions. Je savais, même si c'était tragique, je savais où en était ma maman, qu'est-ce qu'elle avait ? Même si les médecins ne lui donnaient vraiment pas beaucoup de temps à vivre, elle a quand même tenu 12 ans, donc ce n'est pas rien. Mais j'étais au courant de tout. Et donc, j'ai grandi avec. Alors forcément, il y a des moments, des passages de la vie quotidienne qui ne sont vraiment pas rigolos. Une fois qu'elle a eu ses trois opérations et que ça ne va toujours pas mieux, elle régresse petit à petit. Plus les mois passent, plus elle régresse, et plus ça va, et plus elle a besoin d'aide pour tout. Pour tous les gestes de la vie quotidienne, pour manger, pour manger. pour se doucher, pour se coucher, pour tout. Même pour s'allumer une cigarette à la fin, c'était compliqué. Donc ça a été en fait étape par étape. Elle a fait des crises d'épilepsie aussi, voir sa mère faire des crises d'épilepsie, ce n'est vraiment pas rigolo. Elle ne se rappelait pas de moi. Voilà, des gros moments de down. Mais j'avais cette force de me dire « Ok, c'est ta maman, elle est en train de vivre ça, toi ça va à côté » . J'essayais de compenser avec ça, même si forcément, à 15-16 ans, tu te construis aussi. Et tu en veux un petit peu à ta maman de ne pas être présente, même si ce n'est pas de sa faute. Mais sur le moment, c'est de sa faute.
- Speaker #1
Tu as eu ce sentiment-là de l'en vouloir ?
- Speaker #0
Oui, parce que moi, j'avais mes copines qui passaient des moments avec leur maman. Je ne sais pas, moments shopping, moments confession amoureux, copines, ci, ça. Et moi, du coup, la maladie, malgré elle, mais moi, ça m'a mis une barrière importante. je n'arrivais pas à être proche de ma mère. Aujourd'hui, du coup j'ai un autre regard dessus donc forcément il y a des regrets mais sur le moment, ah ouais non, je lui en voulais tellement d'être malade et de ne pas avoir cette capacité à faire tout ce que les mamans sont censées faire quoi. Bon, sur le moment, je lui en voulais beaucoup aujourd'hui, j'ai compris mais c'est vrai que sur le moment, c'était très dur à accepter moi en tant que petite fille de me dire « Ouais, ta mère elle est malade, tu pourras jamais faire ça avec elle quoi » .
- Speaker #1
camarades et tout ça de l'époque, ils étaient au courant ? Est-ce que tu disais que ton père avait été transparent avec toi ?
- Speaker #0
Est-ce que vous avez aussi été transparent entre guillemets avec l'entourage alors pas la famille ? Donc c'est vrai que j'étais méga bien suivie. Si ce n'était pas toutes les deux semaines, ma prof principale me demandait comment ça allait. Vraiment, j'étais très bien suivie, très bien entourée. Et ça, je pense qu'il n'y a pas de secret. C'est primordial d'être bien entourée. Et oui, les gens étaient relativement au courant. Moi, je ne m'en cachais pas non plus parce qu'il y a eu un moment donné aussi qu'on devait sortir. Si on devait sortir avec elle, il y avait le fauteuil roulant. Et moi, je prenais toujours le truc de c'est moi qui la promène. C'est moi qui fais les choses. C'est moi qui... Voilà, donc non, honte, on ne le cachait pas non plus. C'est sûr que ce n'était pas rigolo, mais elle était là. Dès qu'on devait sortir et qu'elle le pouvait, elle était là.
- Speaker #1
Et tu parlais d'aide justement du fauteuil roulant et même avant il y a quelques minutes, tu parlais qu'il a fallu l'aider au quotidien. Est-ce que c'est toi qui as pris ce rôle-là de l'aider ? Est-ce que tu t'es partagé la tâche avec ton père ? Est-ce que c'était plutôt ton père ? Comment t'as géré ça ?
- Speaker #0
On va dire qu'on s'est pas mal partagé la tâche quand même parce que bon... Mon papa ayant une soixantaine d'années aussi, tu vois ton papa qui est là au quotidien, qui ne lâche pas et qui reste même pas par amour parce que du coup je l'ai su par la suite qu'il devait y avoir divorce au moment où c'est qu'elle est tombée malade. Donc en fait il est resté pendant 12 ans, certainement pour moi, certainement pour l'amour qu'ils ont eu pendant toutes ces années. Mais ça, je ne le répéterai jamais assez. Mais mon père, c'est mon héros. Donc il a été d'une présence fondamentale. Et sans ça, je pense que tout se serait écroulé du jour au lendemain. Donc mon père a porté beaucoup sur ses épaules. Il a été très présent au début parce que moi étant très jeune, l'aide physique au quotidien, c'était très compliqué. Donc si je me rappelle, quand j'avais 12-13 ans, je l'aidais à faire à manger le soir parce que du coup ma maman ne pouvait plus. Sur les années qui ont suivi, du coup, quand j'avais plutôt... 15, 16, 17 ans. C'était là où c'est que du coup l'aide était le plus précieuse et le plus dure parce que du coup c'était les années où c'est qu'elle a beaucoup, beaucoup régressé et où c'est qu'elle ne pouvait plus marcher seule, ne plus se doucher. Donc là c'était moi qui prenais en charge tout ça parce que je laissais mon père partir et aller avec des amis tout simplement. Et c'est là qu'il a rencontré du coup sa nouvelle femme aujourd'hui. Mais moi je lui ai dit « Papa, pars, fais les choses » . Je ne lui ai pas dit quitte maman, mais je lui ai dit il faut que tu profites de ta vie. Tu as 60 ans aujourd'hui. Si tu ne le fais pas aujourd'hui, dans 10 ans, tu fais le bilan de ta vie, tu pleures. Donc, je pense que j'étais assez mature sur ce côté-là et je l'ai laissé faire. Il faisait sa vie, sa vie d'ado finalement. Je le recomparais quand il partait comme ça. Je lui disais mais tu vis ta vie d'ado. Et moi, ça me faisait plaisir entre gros guillemets bien sûr. d'être là pour ma maman, de devoir l'aider même si je souhaite ça, même pas à mon pire ennemi c'est pas drôle de devoir coucher sa mère de devoir la doucher de lui mettre des couches même le soir parce que du coup elle était incontinente elle pouvait se faire dessus à tout moment donc ouais c'est des moments assez durs mais que je referais mille fois s'il fallait le refaire et ça n'a pas eu d'impact cette ambiance quand même qui est vraiment
- Speaker #1
pesante ça a pas eu d'impact sur ta scolarité ?
- Speaker #0
j'étais à l'internat Donc ça m'a beaucoup aidée et je ne remercierai jamais à mon père de m'avoir conseillé d'aller en internat parce que du coup j'ai rencontré des filles, alors avec qui je ne suis plus amie aujourd'hui sauf Alicia, il ne m'en reste qu'une. Mais si je devais refaire ces années-là, je les referais avec les mêmes parce que ce ne serait pas pareil sinon. Et je pense que la scolarité m'a beaucoup aidée du fait d'être interne en fait. Parce que sinon ça aurait été un enfer je pense au quotidien. Déjà que du coup, vu qu'on était... deux semaines en stage, deux semaines à l'école, deux semaines en stage, deux semaines à l'école. Les semaines où j'étais à la maison, c'était compliqué. Il me tardait de revenir à l'école pour être en internat et avoir cette semaine tranquille avec mes copines et ne pas voir mes parents. Et c'est vrai que même quand je m'en rappelle maintenant, quand je rentrais le week-end, je rentrais chez moi, mais je partais directement chez une de mes copines pour ne pas avoir... à faire à ma mère, en fait. Parce que c'était une période quand même de conflit avec elle. Comme je te disais tout à l'heure, je lui en voulais beaucoup. Pour un sachet de jambon mal ouvert, ça partait en vrille, quoi.
- Speaker #1
Ah oui, vraiment ?
- Speaker #0
Ah oui, C'était assez consensuel pendant quelques temps. Mais c'était l'acceptation qu'il fallait avoir que je n'avais pas.
- Speaker #1
Elle essayait, elle, de te dire ce qu'elle ressentait, d'essayer d'apaiser ces petites tensions qu'elle devait ressentir auprès de sa fille. Oui. Est-ce qu'elle essayait de t'expliquer qu'elle ne pouvait pas, que ce n'était pas sa faute pour essayer d'apaiser les choses ?
- Speaker #0
Bien sûr, mais je ne voulais rien entendre à cette époque-là. Je m'en foutais un petit peu de ce qu'elle me disait. Je voyais bien qu'elle ne pouvait pas et que de toute façon, ce n'était pas sa faute. Mais moi, en tant que jeune fille, je n'arrivais pas à accepter qu'elle était incapable de faire ce que j'avais envie qu'elle fasse. Et du coup, quand il était question de demander l'autorisation de sortir avant que j'aie mon permis, tout ça… j'allais forcément voir mon papa et ça, ça a créé beaucoup d'embrouilles aussi parce qu'il avait besoin de l'accord des deux. Et moi, je ne faisais plus trop attention à elle parce que du coup, ce n'était plus elle qui m'amenait, ce n'était plus elle qui faisait le truc. Donc en fait, je ne demandais qu'à mon père et ça, ça a été très compliqué pour elle, je pense, de voir sa fille et du coup, ne plus faire attention à elle parce que c'était clairement ça, je ne faisais plus attention à elle. Pas comme si elle n'existait pas dans la maison, mais presque. Vraiment, il y avait des moments même où c'est qu'on se prenait la tête et elle, elle essayait toujours de revenir vers moi pour apaiser les trucs. Et moi, ça m'énervait encore plus. Je disais, tu te rends compte ? Tu ne peux pas me dire ça alors que tu viens de me dire ça. Tu ne peux pas apaiser les choses. Je partais vraiment très vite dans l'écart de tour.
- Speaker #1
Et ça s'est apaisé quand même à un moment donné ? Qu'est-ce qui a fait que ça s'est apaisé tout ça ?
- Speaker #0
L'âge. Premièrement, moi j'ai grandi… Oui, mon âge à moi et le fait que du coup en 2019, on a tous déménagé. Parce que du coup, l'avoir à la maison n'était plus possible. Ça devenait trop compliqué. Elle était de moins en moins mobile. Vraiment, elle ne bougeait plus. Elle n'était pas alitée parce qu'elle était sur le canapé. Mais elle était assise toute la journée. Elle ne pouvait pas bouger. Pour aller aux toilettes, il fallait qu'on l'aide, qu'on la mette sur le fauteuil roulant, qu'on la mette aux toilettes, qu'on la relève, qu'on la mette sur les toilettes. C'était vraiment tout un process qui était très fatigant pour nous. et qui du coup n'était plus possible au quotidien parce qu'elle recommençait à faire des crises d'épilepsie, parce que sa tumeur prenait de l'ampleur et donc nous à la maison, elle avait quand même des aides qui venaient la doucher le matin. À une époque, on a dit qu'on ne pouvait plus faire nous-mêmes, il faut qu'il y ait une aide qui vienne. Donc il y a eu un moment où c'est qu'on est venu nous aider pour au moins faire les toilettes le matin et en fait il y a un matin où c'est que moi je dormais. Il y a un matin où c'est qu'elle a fait une crise d'épilepsie et je l'ai entendu crier et c'est là que je me suis réveillée et en fait il y avait tout Il y avait deux infirmières avec, parce que du coup, normalement, elles viennent à une. Là, elles étaient obligées de venir à deux, parce que du coup, avec tous les médicaments qu'elle avait pris, elle avait pris beaucoup de poids, vu qu'elle ne bougeait plus, elle avait pris énormément de poids. Donc on ne pouvait plus la lever toute seule. Donc elles étaient forcément deux. Et je me rappelle que ce jour-là, les deux infirmières, elles ont dit à mon père, écoutez monsieur, là il faut faire quelque chose, on ne peut plus la laisser là. C'est limite même non-insistance à personne en danger quoi. Vraiment, ça devenait dangereux même pour elle. Ça a été très brutal, mais elle a été en hôpital pendant, je crois, quelques semaines. Et puis après, on a fait une dérogation pour qu'elle puisse être acceptée en maison de retraite.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et la dérogation a été acceptée. Du coup, toute la fin de sa vie, elle était en maison de retraite vraiment pas très loin de chez moi. Donc c'est vrai que c'était très pratique pour aller la voir. Mon père allait la voir tous les jours. Moi, un peu moins parce que le travail... Et parce que aussi, pour être honnête, je n'avais pas envie de la voir. Parce que du coup, c'était de pire en pire. Elle ne savait plus parler. Donc vraiment, j'allais la voir pour la voir. Et en fait, la voir pour la voir, c'est périr. Et en fait, moi, ça me rendait trop malheureuse. Je ne pouvais pas. Donc, je passais des fois deux, trois semaines sans aller la voir parce que c'était trop compliqué psychologiquement pour moi. Aujourd'hui, je m'en veux parce que du coup, elle n'est plus là et que j'aurais dû. Mais bon, j'ai fait comme moi. Je le sentais aussi. Je ne pouvais pas aller au-delà de mes limites à moi.
- Speaker #1
Oui, à ce moment-là, tu ne vas plus l'avoir parce que mentalement, c'est trop épuisant pour toi. Il n'y a plus ce conflit. Ce n'est plus par rapport au conflit. C'est juste que ça devenait trop… C'est ça. En fait,
- Speaker #0
du moment où c'est qu'elle est partie de la maison et qu'elle était en maison de retraite, moi je me suis complètement calmée, on va dire, au niveau de... Je lui en veux d'être malade, je lui en veux de... Ça faisait déjà un petit moment quand même que je m'étais calmée sur ça mais le fait de ne plus être avec elle au quotidien aussi, de ne pas l'avoir à la maison tout ça, tout ça, je pense que ça a aidé entre guillemets à ce que moi je me rende compte que il ne lui reste plus beaucoup de temps quand même. Donc il faudrait peut-être que tu te calmes ma grande et que tu profites quand même de ta maman même si... Tu ne peux pas profiter d'elle comme n'importe qui, mais voilà, profiter de sa présence et de ses paroles tant qu'elle pouvait parler. Parce que c'est vrai que c'était compliqué aussi de parler avec elle parce qu'elle n'aimait pas parler de ça, parler de sa maladie, tout ça. C'était très compliqué. Donc, on ne pouvait pas parler de grand-chose, ce n'est de mon travail, ce que je pouvais faire de mes journées. Mais du coup, c'était vite vu et la voir après... Juste pour l'avoir, c'était très compliqué.
- Speaker #1
Tu disais tout à l'heure que ça avait duré 12 ans, je crois, à l'issue du premier diagnostic. Sa maladie, une fois qu'elle a été en maison de retraite, comment ça a évolué d'un coup ? Ça a été brutal ? Comment ça s'est passé ?
- Speaker #0
Non, pas brutal. Je dirais que ça s'est fait petit à petit. Les médecins nous avaient prévenu que ça allait être vraiment petit à petit. que ça allait être commencé par le fait qu'elle soit alitée, le fait qu'elle ne puisse plus bouger comme elle le veut. Ensuite ça allait être beaucoup de fatigue donc c'est vrai à un moment donné elle dormait Énormément et puis des grosses siestes quoi, vraiment elle dormait pour de vrai, c'était pas des petits sommes. Et puis après voilà ils nous ont dit ça va dégénérer, elle va plus arriver trop à déclutir, à manger et puis à parler et puis en fait c'est exactement ce qui s'est passé à la fin Comme je t'ai dit, on ne pouvait plus communiquer avec elle. Il n'y avait plus rien qui sortait de sa bouche. Même au niveau cognitif, donc elle fumait beaucoup à un moment à l'époque. Elle a voulu changer. Elle s'est mise à la cigarette électronique. Donc pareil, il y a ce système de tu appuies cinq fois sur le bouton pour l'allumer, tu appuies cinq fois pour l'éteindre. Voilà, ces cinq fois-là, elle l'a eu fait pendant sept ans ce truc. À la fin, elle ne savait plus. Pour te dire à quel point, au niveau cognitif, à un moment donné, c'était vraiment... plus connectée du tout. Il n'y avait plus rien de connecté. C'est triste à dire, mais c'était vraiment un légume. Elle n'était plus là. Il y avait juste son corps et son enveloppe corporelle. Mais c'est tout. Il y avait ses yeux d'ouvert. Oui, elle nous regardait. Mais franchement, c'était horrible à voir. Ce n'était vraiment pas rigolo.
- Speaker #1
Tu te rappelles ensuite comment s'est passée sa fin de vie ? Comment toi, tu l'as vécue ?
- Speaker #0
Alors forcément, tu t'y attends sans t'y attendre parce qu'on te prévient que oui, ça va arriver. Puis bon, toi, tu n'es pas débile non plus et tu vois quand même la maladie avancer et l'évolution de la maladie qui est impressionnante. Bien le vivre, ce serait mentir. Mais déjà, la dernière fois où je l'ai vu, c'est le jour de la fête des mères. Donc ça pour moi, je le prends comme un signe un petit peu parce que ça faisait déjà... un petit moment que je ne l'avais pas vu et donc nous avec mon papa on fêtait la fête des mères en famille avec les mamies, les filles et là. Et on avait pour habitude du coup à chaque fois avant chaque début de repas ou d'événement de passer la voir. Donc là ce jour-là c'est ce qui a été fait, on est passé la voir. Elle adorait le champagne donc on lui avait porté une petite bouteille de champagne. Je me rappelle qu'elle était très contente ce jour-là. Je ne sais pas ce que j'avais fait mais j'ai dû faire la con parce que je l'ai fait rire. Ça faisait des mois et des mois et des mois qu'elle n'avait même pas esquissé un sourire. Et là, je ne sais pour quelle raison, j'ai dû faire la con, dire une bêtise. Et j'ai entendu son rire en fait. Et c'est la dernière fois que je l'ai vue. Et en plus, j'étais très jolie ce jour-là. J'avais une combinaison, j'étais en talons, j'étais bien maquillée. Je ne sais pas pourquoi ça me fait plaisir qu'elle m'ait vue comme ça son dernier jour et que moi, j'ai entendu sa voix. Et après, je ne suis pas allée pendant deux semaines. Et ? mon père m'a appelé à 8h30 un matin et je savais très bien que de toute façon mon père m'appelait à 8h30 un matin, ça n'existe pas. Donc je l'ai su en fait. Dès que j'ai vu le nom de mon père sur mon téléphone, j'ai commencé à pleurer parce que je savais déjà. Je ne sais pas si c'est un instinct certainement mais je l'ai senti. Voilà il était en pleurs, je n'ai même pas eu besoin qu'il me dise quelle était partie que je savais déjà. Donc j'ai sauté dans le premier jogging que j'ai trouvé et je suis allée donc à la maison de retraite. J'ai été accueillie par une infirmière qui ne devrait pas faire ce métier-là et qui m'a très, très mal accueillie. Et en fait, je l'ai envoyée bouler. Je dis non, mais c'est bon, je vais y aller toute seule. Je sais où est sa chambre, donc je l'ai vue. Je l'ai vue une dernière fois là, mais ce n'est pas cette image-là que je garde principalement. C'est plutôt l'image d'elle qui sourit le jour de la fête des mères. Pourtant, je l'ai vue complètement. J'ai vu son corps, quoi, mais rien à voir. Bon, là, forcément, tu te rends compte de ce qu'on t'a dit pendant des années. Que c'est là, c'est le moment. Tant redouter et on fait face. De toute façon, pas le choix. J'avais 23 ans. J'allais sur mes 24. Ben voilà, t'as 23 ans, tu perds ta maman et tu dois continuer ta vie parce que sinon, personne ne le fera à ta place de toute façon. Et alors c'est clair, t'accuses le coup sur le moment, j'ai eu un long mois très deuil on va dire vraiment où c'est que je suis restée pas toute seule parce que comme je l'ai dit tout à l'heure, j'étais très très bien entourée même après du coup son décès. J'avais des amies qui étaient tous les jours chez moi puis elle est décédée le 7 juin donc ce qui a suivi c'est l'été. Ok. Et je pense que ça m'a beaucoup aidée aussi. J'étais avec mes copines, elles ne m'ont jamais laissé toute seule. Pendant un mois, tous les soirs, j'avais quelqu'un qui dormait avec moi. Même si à un moment donné, je leur disais « écoutez, c'est bon, laissez-moi vivre » , ben non, elles ne voulaient pas, elles ne m'ont pas laissé. Je pense que ça a beaucoup aidé dans mon process de deuil. de ne pas être toute seule, même si je suis quand même très solitaire comme fille. Il y a un moment donné où je les ai tous mis dehors et j'ai dit « laissez-moi tranquille, j'ai besoin de souffler toute seule » . Mais il faut être entourée pendant ces moments-là parce que sinon tu peux vite partir en vrille, je pense. Alors, je l'ai mal vécu forcément, la perte de sa maman, c'est jamais très rigolo, mais j'ai eu l'impression que le ciel s'est croulé sur ma tête quand mon père m'a annoncé ça. Mais les jours qui ont suivi Alors forcément, je faisais un peu sanglant parce que tu ne peux pas être heureuse. Mais j'essayais quand même de la rendre fière en fait. Je voulais la rendre fière et que pas qu'elle se dise que je me refonte sur mon sort, que voilà, je vis, j'ai 23 ans, bientôt 24. Il faut que je vive, il faut que je… Voilà, je suis jeune quoi.
- Speaker #1
Donc je pense qu'elle aurait aimé que je fasse comme ça. Et justement, comment après une dizaine d'années à vivre au quotidien, c'est cette… cette maladie-là, à soutenir quelqu'un, à aussi t'épuiser toi mentalement par moment. Comment tu as réussi à te construire après ça ? Parce qu'il a fallu repartir peut-être dans le monde du travail. Comment tu as réagi ?
- Speaker #0
Même au travail, je dirais que j'étais quand même bien entourée. Ma responsable était méga compréhensive. Elle a été même les jours aussi que j'ai repris, où c'est que je n'étais pas forcément très très bien. Très souvent, elle me disait « C'est bon, on va à l'arrière » . Donc reprendre sa vie c'est compliqué, même si comme je disais tout à l'heure on n'a pas vraiment le choix. Il y a des jours où tu es un peu moins dedans, où t'as pas envie de voir du monde. Moi qui adore voir les gens, j'avais envie de voir personne. Mais c'est revenu quand même assez vite. Comme je te dis, je suis quelqu'un qui relativise beaucoup. Alors comment relativiser la mort de sa maman ? Je ne sais pas comment j'ai fait mais je suis comme ça en fait. Je suis quelqu'un qui se morfonde pas trop sur mon sort et qui continue d'avancer. J'avais ce mantra dans ma tête qui se disait, mais en fait, si tu ne fais pas, qui va faire ? Je suis toute seule. J'ai 23 ans. Je ne peux pas rester dans ma chambre pendant un an à perdre mon temps. Pour moi, c'était de la perte de temps de rester seule et de pleurer. Je ne pouvais pas. Alors bien sûr, ça m'arrive encore aujourd'hui des moments de down où je suis là, OK, elle me manque. Les moments où je pense que je vais avoir un enfant ou que je vais me marier et qu'elle ne sera pas là. Forcément, c'est des moments où j'aurais aimé qu'elle soit là et que du coup... Aujourd'hui, ça va me rendre très triste. Mais sur le moment, les semaines ou les mois qui ont suivi sa mort, je dirais que la vie reprend son cours en fait. Parce que du coup, elle n'était plus à la maison. Je pense que ça m'a aidé aussi ça, du fait qu'on n'est plus le même habitat au quotidien ensemble. Moi, j'avais mon quotidien, j'avais ma routine avec mon chat. mon appart, ma routine, mes copains, mes trucs. Donc je pense que ça m'a beaucoup aidée. Si on avait dû déménager à ce moment-là, je pense que ça aurait été encore un peu plus compliqué du fait de faire le tri de la maison parce que du coup, je l'ai eu fait avant sa mort. Et Dieu sait ce que j'ai retrouvé, mon Dieu, mais des années et des années de vie en fait. Donc je pense que ça aurait été compliqué de le faire une fois qu'elle était partie.
- Speaker #1
Et tu as réussi du coup à te raccrocher derrière ta vie à toi, après le deuil, à digérer petit à petit tout en forcément en pensant à elle régulièrement ce qui est logique et tout à fait normal. Toi, tu as poursuivi ta vie comment ? Tu t'es trouvé un poste dans lequel tu t'es épanouie ? Est-ce que toi aussi ensuite tu as eu des échecs autres que, des difficultés autres que cette énorme tragédie ?
- Speaker #0
J'ai repris ma vie normalement, j'ai repris le travail. J'étais dans le commerce déjà, donc je m'en redécouvrais beaucoup aussi dans ce travail-là parce que étant animatrice pendant cinq ans, avant ça, je ne connaissais que... animatrices et les enfants. Donc c'est vrai que les premiers temps dans le commerce, je me suis grave redécouverte et j'ai beaucoup aimé ça. C'est là que je me suis rendu compte que j'aimais les gens autant, que j'aimais les aider. Donc j'ai bossé chez Crocs pendant deux ans. Tout s'est très bien passé, sauf les trois derniers mois où j'étais un peu toute seule à gérer l'entreprise. Donc ce n'était pas très rigolo. C'est pour ça que je suis un peu partie aussi. À la fin, ça ne s'est pas très bien passé avec la responsable qui était super méga compréhensible à la base, mais c'est pas grave. Ça m'a permis aussi de me rendre compte que j'étais capable de gérer un magasin, que j'étais capable de faire des plannings, que j'étais capable de faire des appels visuaux en anglais tous les lundis matins. Je me suis rendue compte que j'étais capable de tout gérer. Et après du coup, j'ai fini chez Caporal. Et là pareil, j'ai adoré parce que du coup, pas la même famille de produits que tu vends, donc tu touches différentes clientèles. Pardon ? et j'ai adoré moi j'ai adoré et je pense que ça m'a aidée beaucoup j'ai voulu reprendre le travail je crois deux semaines après son décès bon, j'ai très vite vu que c'était pas possible mais voilà je voulais vraiment me raccrocher à ma vie finalement et à mon avenir à mon futur pour essayer d'avancer et de me dire que de toute façon je n'avais que ça à faire que ma mère, je pense, ne veut que ça que je continue et que j'avance donc c'est ce que j'ai fait Je me suis raccrochée à ça et j'ai avancé.
- Speaker #1
Et donc, Caporal, ça s'est fini il y a peu ?
- Speaker #0
Oui, en mars.
- Speaker #1
Ah oui, c'est... Au mois de mars, ouais. Ok, d'accord.
- Speaker #0
Ça commence à faire un petit peu long le chômage, j'avoue.
- Speaker #1
Ça va faire un an, c'est ce que j'allais te dire. Dans trois mois, ça fera un an. Je ne sais pas si tu as trouvé du travail en CDD ou quoi entre-temps ou est-ce que tu as vraiment pris le temps ?
- Speaker #0
Non, du coup, j'ai vraiment pris le temps. Il faut savoir que chez Caporal, déjà, j'étais... J'étais très, très bien. J'adorais mon équipe. J'étais vraiment très bien. Enfin moi, du moins, pas que je m'ennuyais, mais c'était assez long sur certains jours. Donc déjà, moi, à cette période-là, au mois de janvier, février, je commençais déjà à me dire « Est-ce que tu ne partirais pas ? » Parce que du coup, j'ai ma meilleure amie qui a sa petite sœur qui fait des saisons en Club Med depuis quelques années. Et donc moi, je la suis sur les réseaux sociaux. Et c'est vrai que tout ce qu'elle fait passer, tout ce que je vois, la vie qu'elle mène, waouh, ça fait rêver. Donc cette envie de partir plus ce que je vois et plus... Et là, hop, le chômage me tombe dessus. Donc j'ai pris ça un peu comme le coup du destin qui me dit « Écoute Laura, je crois que c'est le moment qu'il faut que t'arrêtes et que tu partes en fait. » Donc j'ai vraiment pris ça comme un coup du destin. Donc j'ai postulé. directement au Club Med.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Bon, directement, non, je mens. J'ai profité de mon année, de mon été, pardon.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
J'ai profité beaucoup de mon été, j'ai beaucoup réfléchi aussi de savoir est-ce que vraiment tu veux partir ? Est-ce que vraiment c'est le moment ? Et en fait, il n'y a pas grande question à se poser non plus parce que j'ai 28 ans, je n'ai pas d'enfant, je n'ai pas de copain. Il n'y a rien qui me retient. Je viens de perdre mon travail. Là, c'est le moment. C'est maintenant. C'est un peu comme ça que je l'ai pris. Donc, j'ai postulé et j'ai été prise. Depuis début octobre, je sais que je vais commencer quand, je ne sais pas.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Mais donc, projet Club Med en vue.
- Speaker #1
Ok, donc oui, tu es encore au chômage, mais en fait, tu sais que tu as une promesse d'embauche qui va acter quelque chose dans un peu de temps.
- Speaker #0
Dans pas longtemps, c'est ça.
- Speaker #1
Ok, super. Là, à l'heure actuelle, avec tout ce que tu as pu dire ? par rapport à tout ce que tu as vécu, les multiples déménagements, la charge mentale que tu as vécue très jeune, l'accompagnement de ta mère et aussi de ton père. Je pense qu'on n'en a pas trop parlé, mais il a fallu l'accompagner à lui aussi.
- Speaker #0
Tu es fière de ce que tu as fait ? Alors oui, c'est clair que du coup j'ai dit à mon père d'aller tromper ma mère. Si on voit les choses vraiment grossièrement, c'est ça. Mais pour moi ce n'était pas ça. Pour moi c'était un homme qui était complètement perdu, qui est là depuis 8-9 ans déjà, qui donne sa vie, qui donne son temps, qui donne son énergie et puis du coup qui ne reçoit rien entre guillemets parce que ma mère ne pouvait plus rien lui donner. Je suis un monstre, pour moi, c'est vraiment mon avis à moi, je suis un monstre que de dire à mon père non ne bouge pas. et tu restes là jusqu'à la fin sans bouger l'oreille moi c'était pas possible donc ouais je l'ai laissé et je pense que c'est grâce à ça aussi peut-être qu'il est resté jusqu'à la fin Parce qu'il a pu vivre, parce qu'il a pu faire sa vie, rencontrer sa future femme qui est sa femme aujourd'hui. Ça a été libérateur pour lui de sortir de ce quotidien infernal finalement. Je répète sans lui, mon Dieu, mais je pense que ça aurait été une autre histoire. Je t'aurais raconté une autre histoire.
- Speaker #1
Il t'en parle souvent de ça ? Est-ce que des fois, il te dit qu'il est reconnaissant par rapport aux décisions que tu as prises un peu pour lui en lui disant de penser à lui ?
- Speaker #0
Le reconnaître, il sait le reconnaître quand on en parle. Parce qu'on en parle, oui. Mais après, me le dire comme ça, de lui-même ou non.
- Speaker #1
Ok. Tu parlais aussi, Laura, tout à l'heure brièvement. Tu as dit « j'ai eu des regrets à certains moments » . Tu t'es aussi forcément posé peut-être des questions, dans ton enfance, sans savoir ce qui allait arriver, je parle.
- Speaker #0
Oui, bien sûr.
- Speaker #1
Pendant aussi la maladie, après, quelles sont les questions que tu pouvais te poser à ces différents moments ?
- Speaker #0
La question qui est le plus revenue, c'est pourquoi nous ? Pourquoi notre famille ? Pourquoi elle, finalement ? Parce que ça arrive, comme je dis, du jour au lendemain et que… Et que tu ne t'y attends pas. Et que tu te dis, mais attends, pourquoi notre famille ? Pourquoi nous ? Qu'est-ce qu'elle a mérité pour avoir ça ? Et elle, elle a dû se la poser aussi, très certainement. Mais c'est vrai qu'avec ma mère, du coup, on ne parlait pas beaucoup de tout ça. Comme je te disais tout à l'heure, elle n'aimait pas ça. Donc, c'est vrai que j'ai évité le sujet le plus possible avec elle. Mais ouais, la question principale, c'est pourquoi nous ? Pourquoi elle ? Pourquoi ? C'était vraiment la question sans avoir de réponse, du coup. On n'a jamais eu de réponse, mais... C'est la vie, c'est comme ça. Et j'ai grandi et je sais que la vie nous met les plus durs combats pour ses plus forts soldats. Donc, c'est que je devais pouvoir le surmonter. Et je l'ai surmonté. Je pense que n'importe qui est capable de surmonter ça tant qu'il est bien entouré, qu'il est droit dans sa tête et que ça ne part pas trop en vrille. Je pense que n'importe qui est capable, avec des difficultés forcément. Mais je pense aussi d'avoir grandi de mes 12 à mes 24 ans en sachant que de toute façon elle allait partir et que de toute façon ça n'allait pas aller en s'améliorant, ça m'a beaucoup aidé aussi dans mon deuil et dans ma phase d'acceptation aussi. Parce qu'à un moment donné il a fallu accepter, il y a eu un moment donné aussi que je n'ai pas accepté pendant longtemps, mais il y a eu un moment donné aussi que je me suis dit ok Laura de toute façon c'est comme ça, ça ne changera pas, elle ne va pas guérir, tu n'auras jamais ces moments-là avec ta maman, des moments qui sont précieux je pense dans la vie d'une femme et dans la vie d'une fille. avec sa maman, mais j'ai accepté que ça n'arriverait pas. Et bon, avant de l'accepter, comme je te dis, il y a eu des regrets. Donc, j'ai eu des mots, des paroles, des gestes même qui sont très durs, je pense, pour une maman qui est malade du coup et qui voit sa petite faire ça. Tu te dis, mais mon Dieu, pourquoi ? J'ai fait quoi pour mériter ça finalement ? Elle a dû se dire. Mais moi, sur le moment, je ne l'acceptais pas du tout. Je n'acceptais pas. Donc, oui, j'ai eu des mots très, très durs avec elle.
- Speaker #1
C'est vrai que tu parlais tout à l'heure du... du pourquoi, pourquoi nous et tout ça, de pourquoi ça nous tombe dessus à ce moment-là. Moi j'ai une question avec un pourquoi aussi, et je te l'avais posé quand on a commencé à parler de faire cet épisode. Pourquoi tu as voulu témoigner, pourquoi tu as voulu parler de ça aujourd'hui toi ?
- Speaker #0
Parce que je sais que chaque histoire est différente et que chaque maladie est différente, mais si quelqu'un passe par là et… et qui se reconnaît peut-être dans la façon de voir la chose, ou qui se reconnaît tout simplement dans l'histoire, ou dans la maladie de ma maman. C'est vraiment pour aider et pour leur faire comprendre aux gens qu'il y a un avant, il y a un pendant, il y a un après. Et puis il y a vraiment cette phase d'acceptation qui est très dure. Je sais, Mais sans ça, malheureusement on n'avance pas. Et sans accepter. Donc, c'est vraiment pour aider et peut-être ouvrir les yeux sur la maladie, sur certains aspects de la maladie qui sont là. Je ne sais pas. Peut-être pour aider, principalement pour aider en V.
- Speaker #1
Oui, pour sensibiliser les autres. Sensibiliser,
- Speaker #0
exactement, oui.
- Speaker #1
Oui, expliquer que ça n'arrive pas qu'aux autres, c'est ce que tu me disais aussi.
- Speaker #0
Oui, c'est exactement ça. Ça n'arrive pas qu'aux autres. Ça arrive à tout le monde, malheureusement, et je ne le souhaite à personne, bien sûr. Mais ça n'arrive pas qu'aux autres, malheureusement. Et si je peux aider avec mon histoire, écoutez, c'est avec grand plaisir que je le fais. J'aurais aimé aider autrement.
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Après, ça va être forcément une aide qui sera énormément inspirante parce que à l'écoute de l'épisode, pour moi qui ne connaissait pas dans le détail tout ça. C'est fort comme moment. Moi, il y a une question qui me vient quand je t'ai écouté. C'est que Comment t'arrives aujourd'hui à être positive et à en parler avec autant de précision et de décalage ?
- Speaker #0
En fait, j'essaie de me détacher. Enfin, me détacher, c'est impossible. Mais je ne sais pas si c'est mon caractère après mes cas. Je suis beaucoup comme ça. J'ai toujours été comme ça pour tout, même pour une connerie qui peut arriver au quotidien. Je suis toujours... Oui, très positive. Alors forcément, la mort de sa maman, ce n'est vraiment pas positif. Mais du coup, je suis censée faire quoi ? Je suis censée me morfondre ? Non, je ne suis pas comme ça. Une battante ? Oui, je pense. Et c'est important parce que sans ça, je ne sais pas où j'en serais aujourd'hui. Après, forcément, il y a l'entourage. Je ne suis pas toute seule. Je pense que ça fait énormément. Je pense qu'être bien entourée, comme je disais tout à l'heure... Ça aide de toute façon à être positive et à avancer, à se dire que tu as la vie devant toi, ma grande. Et puis j'ai ce lettre-motif aussi de me dire qu'il faut la rendre fière. Il faut que je fasse le maximum de choses possibles pour la rendre fière parce qu'elle n'est plus là. J'estime qu'elle me voit, ça c'est mes croyances à moi. J'estime qu'elle me voit, qu'elle m'entend, qu'elle voit tout ce que je fais et j'ai envie de la rendre fière. Donc ouais, c'est... C'est important pour moi de rester positive. Je ne peux pas mettre un bad mood aux gens qui arrivent dans ma vie juste parce que j'ai perdu ma mère. Alors, c'est clair, c'est un événement atroce, affreux, tous les adjectifs que tu voudras, mais je ne peux pas l'imposer à quelqu'un. Il y aura forcément pour mon prochain copain, je ne sais pas. Mais il y aura forcément des moments où je serai moins bien que d'autres. C'est normal, c'est la vie, c'est comme ça. Il faut accepter les émotions que tu as et que tu ressens et les laisser sortir. C'est normal. Tu n'as pas juste perdu ta claquette. C'est OK. En fait, il faut juste accepter toutes les émotions qui viennent. Comme je te dis, il y a des moments où je suis vraiment dans le mal pendant deux ou trois jours où je ne vais pas être bien, ou si je me dis « mon Dieu, elle ne sera pas là pour mon mariage, à quoi bon me marier ? Elle ne sera pas là pour mes enfants, à quoi bon avoir des enfants ? » Tu vois, j'ai quand même des moments de down. Je me dis « mais à quoi bon vivre finalement ? Tu n'as plus ta mère, donc ça ne sert plus à rien. Mais il y a la vie qui te rattrape à côté, les bons moments, les souvenirs. Il y a mon père. Aujourd'hui, sa nouvelle femme a des petits-enfants que je considère comme mes petites sœurs. Il y a des nouveaux temps. des nouvelles choses, des nouveaux facteurs dans la vie qui me font tenir et qui m'apportent de la joie, qui m'apportent du bonheur au quotidien. Et c'est grâce à ça, je pense, que j'arrive à tenir et être positive et en parler aujourd'hui aussi détachée. Je pense que c'est ça. Et je pense que c'est aussi grâce à mon père qui m'en a toujours parlé et qui a toujours gardé cette transparence avec moi de tout ce qui se passait, de tout ce qui allait arriver, de toutes ces opérations. Tu vois, vraiment, il n'a jamais menti, il ne m'a jamais caché. Et je pense que ça, aujourd'hui, ça m'aide beaucoup. Parce que du coup, j'ai pas cette rancœur envers mon père de quoi que ce soit, tu vois.
- Speaker #1
D'avoir découvert des choses après, des choses cachées ou quoi. Tu savais à quoi t'attendre et ça s'est déroulé comme ce qui était annoncé.
- Speaker #0
C'est ça, exactement. J'ai pas eu de surprise, de mauvaise surprise entre guillemets.
- Speaker #1
Oui, je vois. Et justement, tu parlais de peut-être trouver un copain et tout ça à l'heure actuelle. Il faut savoir que ceux qui rentreront dans ta vie, Laura, il y aura Laura et il y aura une part de sa maman avec elle. Quoi qu'il arrive, tu ne seras jamais seule, vous serez deux. Oui,
- Speaker #0
oui, oui.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et puis je pense que le vécu n'est pas difficile à accepter. Mais je pense que pour un homme qui arrive devant une fille qui est aussi… Parce que du coup, je suis assez sûre de moi. Je sais ce que je veux, je sais ce que je ne veux pas. Je suis quand même assez catégorique. Je peux faire peur, je pense, des fois, à certains mecs quand je donne un petit peu des détails de ma vie et tout. Je pense que ça peut faire peur. Mais il ne faut pas avoir peur, c'est juste que c'est comme ça et je suis comme je suis. Mais c'est vrai, comme tu dis, il y aura toujours une part de ma maman avec moi, c'est clair.
- Speaker #1
Et quels sont les projets pour Laurent en 2026 maintenant ?
- Speaker #0
Eh bien écoute, le Club Med. À part le Club Med,
- Speaker #1
qu'est-ce que tu as comme objectif de vie après ? Est-ce que tu penses… plus loin ?
- Speaker #0
Non, j'évite de trop penser trop loin. Je ne suis pas comme ça, mais c'est vrai que là, pour 2026, ce qu'on peut me souhaiter, c'est d'être heureuse au Club Med parce que du coup, je ne sais pas du tout comment ça va se passer. J'ai un peu peur, j'avoue. Moi qui suis très famille, très casanière, très tout ça, je sors vraiment de ma zone de confort. Donc, c'est un peu ça aussi le but de 2026, c'est de sortir de sa zone de confort, de voir le monde, de faire des aventures, des rencontres. Voilà, ce qu'on peut me souhaiter, c'est vraiment ça, de faire des rencontres, de... d'aimer ce que je vais entreprendre là au Club Med et que tout se passe bien. C'est vraiment mon souhait.
- Speaker #1
Écoute, Laura, en tout cas, chapeau. Chapeau pour ton témoignage. Tu m'avais dit si je devais résumer mon parcours, c'est la force, la résilience et l'amour.
- Speaker #0
Je pense que ça, je ne l'ai pas dit, mais la résilience, ça fait beaucoup partie de ma vie. Je suis quand même quelqu'un de très, très résiliente et c'est comme ça, je suis comme ça. Je ne le fais pas exprès. Très souvent, on vient de me dire « mais comment tu fais ? » En fait, je ne saurais même pas donner une notice pour aider les gens. Je suis comme ça. C'est vraiment foncièrement ma personne, mon caractère, je suis comme ça. Donc c'est vrai que c'est compliqué d'expliquer à quelqu'un « comment tu fais ? » pour « je ne sais pas, c'est inné chez moi » . Oui,
- Speaker #1
mais c'est impressionnant. C'est impressionnant. En tout cas, merci à toi d'avoir participé à l'épisode. Je suis super content d'avoir eu quelqu'un avec autant de force et capable de parler de manière fluide. Merci à toi Laura en tout cas. Bonne année encore à toi. Passe de merveilleux moments au Club Med. Surtout garde cette positivité et cette joie de vivre à toute épreuve.
- Speaker #0
C'est trop gentil, merci beaucoup. Je te souhaite aussi plein de bonnes choses, que ce podcast évolue encore et encore à la hauteur de tes espérances et de tes attentes. Pareil, plein de moments de bonheur et de joie pour cette année 2026.
- Speaker #1
Super, merci beaucoup Laura. Merci à vous tous de nous avoir écoutés. Encore une fois, une très bonne année à vous tous. MPM repart pour une saison 2 du coup. Et puis, après cet épisode émouvant et très sincère et touchant avec Laura, le prochain, ce sera l'épisode où on fêtera les 1 an. 1 an que j'ai lancé ce projet. Voilà. Écoutez, merci à vous tous. Merci, Laura. Merci à tous. Et puis, on se retrouve pour les 1 an dans quelques semaines. Merci, Laura. À bientôt.
- Speaker #0
Merci à toi, Mika.
- Speaker #1
Ciao.