- Speaker #0
Salut à tous et bienvenue sur Mental Camp, le podcast où l'on explore la préparation mentale.
- Speaker #1
Et bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Mental Camp, le podcast. Je suis Jonathan et pour aujourd'hui on change, c'est pas Laurent qui fait les interviews, c'est moi, simplement parce qu'on va parler d'escalade et aujourd'hui j'ai l'occasion de vous présenter Kevin Ark. Alors Kevin... Ark, c'est non seulement un entraîneur, mais aussi un auteur. Et c'est quelqu'un de passionné et de passionnant autour de l'escalade. Salut Kev.
- Speaker #2
Salut Jonathan. Merci pour l'accueil et la présentation.
- Speaker #1
Et encore, je me suis contenu, mais on a plein de choses à... D'abord, pour les auditeurs, ça fait un petit moment en fait qu'avec Kevin, on pense à faire cet épisode. Et dans nos emplois du temps, ce n'est pas forcément évident. Donc rien que là, c'est déjà une perf.
- Speaker #2
C'est déjà un afflux de performance. C'est vrai que c'est bien de le noter.
- Speaker #1
On se connaît depuis un moment. On est même chez le même éditeur et tout. Mais pour que les auditeurs apprennent à te découvrir, comment tu te présentes ? Je te propose de te présenter de la façon que tu veux.
- Speaker #2
Déjà, merci Jonathan de m'inviter et de me laisser l'occasion de parler. Ce n'est pas tout le temps que je fais ça. C'est même assez rare. Moi, je viens d'un petit pays du Pays de la Loire et très plat. C'est marrant pour un grimpeur. Et alors d'autant plus marrant que je viens de l'alpinisme de base. En fait, j'étais au CAF, au Club Alpin Français de la Montagne de l'Escalade. Et il se trouve que les personnes qui étaient impliquées dans ce club associatif étaient passionnées de montagne et emmenaient des gamins comme moi, des gamins insouciants, adolescents, assez fougueux et assez débiles. il faut bien l'avouer, comme un adolescent, en montagne, et faire des trucs de dingue. Parce qu'on a quand même fait... Moi, j'ai fini par faire la face nord des Grandes Jorasses, des trucs assez connus.
- Speaker #1
C'est solide.
- Speaker #2
Ouais, on a fait des trucs assez fous. Et j'étais... J'ai grimpouillé, quoi. Au départ, quand j'ai commencé l'Alpi, je faisais du 6-1 en falaise, un truc comme ça. Et je me suis dit, il faut que je m'entraîne pour avoir de la marge. Souvent en montagne, on dit qu'il faut 7C. 7C passe partout. 7C passe partout, tu peux à peu près tout faire. Donc, j'ai bastonné en salle pour atteindre ce niveau-là. Et c'est vrai qu'une fois qu'on a eu ce niveau-là, je me rappelle, j'étais avec une cordée, on était à peu près trois, c'était Bastien, Baptiste et moi-même. On était trois jeunes dans le même niveau, à peu près dans le 8, dans l'huitième degré. Et c'était la folie en Alpi. Alors, ce qui moi m'a calmé, et m'a fait basculer full escalade c'est qu'on a eu un gros accident et quand même une des personnes a fini tétrapédique c'est un accident c'est lié à rien du tout toutes les circonstances étaient bonnes c'est le hasard il y a eu un bloc de glace qui est tombé c'était le billard ça a joué au bowling et malheureusement c'est elle qui a trinqué mais ça aurait pu être moi comme Bastien comme Baptiste comme un des guides comme n'importe qui en fait donc finalement moi ça m'a calmé j'ai peur de dire une bêtise Merci. parce que mon mental là-dessus, il est un peu obscur. Mais je crois que je n'y suis pas retourné depuis cet incident-là. Je crois que ça a stoppé net de chez net. Je n'y suis jamais retourné. Et j'ai basculé, falaise, escalade. Après, la jonction était un peu particulière, tu sais, parce que je venais de valider mon bac, je suis parti à Valence pour faire les études supérieures. Du coup, est-ce que j'ai arrêté aussi parce que j'ai quitté ? Exactement, je ne sais plus. Mais je sais que vu que ça m'a marqué, je me doute qu'il y a quand même un... Mais là, aujourd'hui, en étant papa, je... pas du tout envie de mettre les pieds en montagne, je trouve ça trop dangereux. Alors tu rigoleras parce que j'ai fait du VTT de descente qui est tout aussi dangereux, mais je vais arrêter. Je vais arrêter aussi. Parce que j'ai remarqué que dans ma pratique, alors est-ce que c'est lié, on va en parler du mental, est-ce que c'est lié à mon caractère, à mon mental, un peu tout ça, dès que je fais quelque chose, je le fais à fond. Et c'est bien et pas bien.
- Speaker #1
C'est vrai que c'est à noter. Kevin, pour les auditeurs, tu te rappelles, une des premières fois où on s'est parlé,
- Speaker #2
autrement que par des athlètes,
- Speaker #1
parce qu'on a bossé avec des athlètes en commun. Mais ça a été, bon, salut, j'ai envie d'écrire un livre sur l'escalade. Je lui ai dit, écoute, écris un livre, appelle Enfora, Renaud, si tu écoutes cet épisode, on te salue, et toute l'équipe d'Enfora. Et en fait, un an plus tard, le livre a été fait. Donc, le type a... Voilà. boy néo
- Speaker #2
Ouais, ouais, ouais. J'ai fait ça dans le VTT. Je me suis arrêté parce que tu commences à sauter des doubles de 10 mètres. Et tu te dis, j'ai fini trois fois aux urgences. J'ai fait un début d'hémorragie interne. C'est quoi le step suivant ? En fait, c'est de sauter encore plus gros, plus engagé. Commencer à poser un peu des bacs sur les doubles. Et tu te dis, là, je ne peux pas. Moi, j'ai vendu le vélo, j'ai arrêté net. Mais comme tout ce que je fais, je n'y arrive pas. Alors, c'est bien et pas bien. On en parlera aussi. par rapport aux athlètes, je n'arrive pas à faire les choses à moitié. Alors, c'est une qualité comme un défaut. Donc, c'est soit je m'entraîne, soit je ne m'entraîne pas, soit je fais du vélo à fond, soit je n'en fais pas. Je n'arrive pas à faire un truc à moitié. Et là, dans le coaching, dans mon boulot, je n'arrive pas à faire à moitié. Donc, je fais du coaching à 2000% ou je n'en fais pas du tout.
- Speaker #1
Alors, pour revenir sur Valence, où tu parles des études.
- Speaker #2
On a dévié.
- Speaker #1
Ensuite, mais je suis là pour ça. Ensuite, ton parcours, ça a été quoi ?
- Speaker #2
Mon parcours, ça a été Staps. J'ai fait Staps. Staps, c'était plus... J'étais avec M. Louvet, Jérôme Louvet. Peu de personnes le connaissent. Pour moi, c'est sûrement le... C'est un peu comme un mentor. C'est quelqu'un qui m'a toujours bluffé dans sa capacité à être... C'est un génie. C'est un génie dans tout, en fait. Il peut écouter du Mozart et écouter Eminem dans la seconde d'après. Il est assez ouvert. Il m'a appris à être ouvert et à regarder ce qui se passe à côté, à gauche, à droite. Ce n'est pas le ying ou le yang, ce n'est pas tout l'un ou tout l'autre. Et du coup, il m'a un peu appris ça. Moi, dans ma démarche, j'étais quand même assez vision tunnel. Et du coup, il m'a appris justement, il m'a regardé un petit peu et apprendre à faire un peu l'éponge de ce qu'il y a de bien dans l'art, dans un peu tout. J'ai été avec Jérôme pendant quelques années. C'était mon prof de fac et on ne faisait que grimper. On allait en falaise, on sortait de la fac, il me mettait dans sa voiture. on allait en falaise avec Gabriel Josseron qui était assez connu à l'époque David Côde qui était entraîné par Jérôme Louvet qui était un ancien grimpeur de très haut niveau et qui a sauf mémoire qui a bossé pour Decathlon pour Simon et du coup moi je me suis retrouvé bon an mal an finalement sans vraiment le vouloir en me disant tiens j'ai le niveau d'aller jouer des sélections et je peux aller chercher ma sélection sur des étapes de course Coupe du Monde, en bloc et en diff. J'ai été jouer, j'ai fait quelques étapes. En diff, j'en ai fait 3 ou 4, pareil en bloc. Et je sais, j'ai même pas fini les dernières sélections, j'étais sélectionné, j'ai jeté les points, j'y suis même pas allé. Je me suis rendu compte que finalement, c'était pas le truc qui m'attirait. D'aller à l'international, d'aller en Coupe du Monde, j'y prenais pas. Je le visais pas très bien. Et surtout ça, en fait. J'avais le niveau de jouer. Mes partenaires, j'avais des partenaires d'exception pour m'entraîner qui étaient Don Sean McCall, Cédric Lacha. Pour ceux qui connaissent, Cédric Lacha, c'est un Suisse qui a brillé à l'international pendant plusieurs années. Sean McCall, c'est un Canadien qui a vécu en France, à Chambéry, pendant plusieurs années, qui a brillé à l'international, qui a été champion du monde. Donc j'avais des partenaires d'entraînement. Il y avait Gauthier Super qui, à l'époque, aussi était dans le top français international. J'avais des partenaires d'entraînement de qualité. Et je jouais à armes égales, on peut le dire avec eux, sans aucun problème, à l'entraînement. Et en compétition. On va en parler après, c'était autre chose. Du coup, le transfert, je me suis retrouvé à Chambéry-Escalade. De part, je m'en rappelle, j'avais fait une finale au tab Action d'ailleurs. On a une photo tous les deux. On fait une finale au tab. Il y a Lucas Meignan, le papa de Naïlé qui vient me voir. On cherche quelqu'un. Ouverture, entraînement, club de Chambéry-Escalade. Bon allez, feu. Feu. Je me retrouve à Chambéry-Escalade avec toute une équipe de fous furieux de la grimpe en la présence de Luz Doady, Naïl Emégnan, Paul Jean, un peu après Mejdi Ausha.
- Speaker #1
Mejdi, oui, aussi.
- Speaker #2
Voilà.
- Speaker #1
C'est un gros club pour les auditeurs qui ne connaissent pas l'escalade. C'est un peu le PSG de l'escalade. C'est ça.
- Speaker #2
Là, on ne parle que d'athlètes confinés à l'international et d'ailleurs qui sont aujourd'hui Mejdi. c'est C'est quasiment le numéro 1 français. Je dis quasiment parce que je ne me permettrais pas de... Mais en termes de résultats, il est dans le top niveau français, parmi d'autres, et dans le top niveau mondial. Au même titre que Naïl Emégnan, au même titre que Luz Duady, qui malheureusement est décédée il y a quelques années, au même titre que Paul Janft, qui a été au final des JO. Donc moi, je me suis retrouvé... à coacher cette équipe et je m'entraînais toujours en parallèle et en fait le transfert disons que si je m'entraînais de ça et que je coachais de ça au fur et à mesure ça s'est inversé Et naturellement, au départ, je grimpais avec eux, je les trimballais de partout. Je m'en rappelle, on allait dans les salles le mercredi, le samedi. Je leur faisais faire des circuits, moi je grimpais aussi, je faisais les circuits avec eux. Et puis au fur et à mesure, naturellement, je finis de plus en plus derrière eux et de moins en moins à grimper pour toi, jusqu'à plus du tout grimper pour moi. Et à faire aujourd'hui, et on parle de ça, c'était en 2000. 2015, je pense. Donc c'est déjà il y a plus de 10 ans. Et aujourd'hui, je ne fais que ça. Je ne fais que ça, je ne fais que ça et aussi de l'ouverture. Pour ceux qui ne connaissent pas ce que c'est que l'ouverture, j'adapte les parcours pour les clients des salles d'escalade et pour les athlètes.
- Speaker #1
Pour les athlètes aussi parce que tu fais de l'ouverture aussi en compétition.
- Speaker #2
Oui, alors en compétition un petit peu, mais pas tant que ça. J'ai surtout la chance d'habiter pas si loin du pôle France de Warren et de bosser avec Esteban Daligo, qui m'appelle régulièrement, Victor Larzul, qui sont des personnes maintenant de confiance avec qui je m'entends très bien et qui m'appellent régulièrement pour des missions d'ouverture. Le mot mission, il porte bien son nom. Chaque fois, c'est une mission. Mais en fait, comme on en revient à ce que je disais, je pense que si la mission était facile, ça ne m'intéresserait pas. j'aurais même plus envie de le faire je pense que le jour où je trouverais ça facile ou entre guillemets pas une mission genre juste une petite prestation c'est sûr que j'irais plus ouais je pense Esté Estéban il l'a bien compris c'est pour ça que je pense qu'il me fait revenir c'est qu'il sait qu'il peut compter sur moi il sait que je vais me donner moi j'ai un exemple j'ai un exemple marquant d'une histoire d'une agnoc qui est quand même assez rigolote j'ai crevé sur l'autoroute en venant le matin à 6h bloqué machin Je me retrouve à me faire remorquer. Bon, tu vois bien le temps que ça prend de te faire remorquer. J'arrive au garage, garage fermé. T'attends devant le garage. Le mec, il te dit, je ne peux pas réparer ta voiture. Je me retrouve à le soudoyer gentiment, cité très lourdement pour qu'il répare ma voiture. Et c'était Ben qui me dit, tu ne vas pas venir. Je dis, si, si, si, j'arrive, j'arrive à 11h. On a fini à 22h30, je crois, à Voiron. La prestation d'ouverture. J'en pouvais plus. 22h30 à Voiron, avec Valentin Pacravan, un autre ouvreur. Ouais, la mission de dingue, quoi.
- Speaker #1
mais je suis venu je suis venu l'ouverture c'est le fait de trouver un mur vierge et puis de visser des prises pour proposer des problèmes que les grimpeurs vont devoir résoudre c'est ça c'est ça c'est ça c'est un peu pour les auditeurs que je fais le traducteur mais toi tu tiens c'est quoi l'ouverture pour toi c'est comment tu c'est quoi ta définition de l'ouverture ça se trouve t'as une définition plus créative créative créative ouais créative c'est pas bien celui-là
- Speaker #2
Alors, très vulgairement, je dis qu'on met des bouts de plastique sur un mur, mais ce n'est pas du tout ça. Non, non, dans l'idée, c'est un kiff. En fait, c'est un jeu. Moi, je joue quand je joue. Je m'amuse. Et je pense que, de toute manière, si tu ne t'amuses pas, tu ne prends pas un certain plaisir à faire ce que tu fais, ça ne se retranscrit pas derrière auprès des athlètes et auprès des grimpeurs. Et au Pôle France, on peut vraiment pousser le jeu. On peut vraiment pousser le jeu loin. Et de toute façon, ils veulent qu'on pousse le jeu très, très loin, le plus loin possible. et le niveau la polyvalence on va en parler notamment lié aux qualités physiques la polyvalence aujourd'hui des athlètes fait qu'on peut pousser hyper loin et ils ont cette capacité en un laps de temps très court qui les met sous pression à déployer une fluidité un relâchement dans leur escalade et une justesse technique qui est assez folle aujourd'hui si on me donne le niveau physique je suis pas sûr qu'il ait tellement explosé par rapport à l'époque où je faisais les Coupes du Monde un petit peu quand même on va pas se mentir mais la justesse technique en fait toutes les autres qualités mentale sensorie motrice ça par contre ça fait ça step up de dingue quoi ouais ouais ouais je le vois parce que petit aparté puis après on va revenir sur ton parcours d'entraîneur et de coach et notamment ta vision de coach mais là
- Speaker #1
c'est ce week-end au moment où on enregistre on est à deux jours après les championnats de France U15, U19 et moi j'ai regardé ça puisqu'il y avait un athlète qui a chopé le titre d'ailleurs Noam pour la deuxième fois donc c'est chouette et je regardais en fait les ouvertures monstrueuses quoi ces ouvertures c'est à dire que par rapport à ce que nous on aurait grimpé il y a une quinzaine d'années ou une vingtaine d'années les gamins sont très très forts et très très tôt et effectivement c'est pas que physique C'est-à-dire que sans pression, en 4 minutes, ils sont en mesure de trouver des solutions, trouver du relâchement. Et en fait, il y a plein de routines de professionnels qu'on retrouve maintenant complètement... normal chez des gamins qui ont
- Speaker #2
14 ans. C'est exactement ça. Carrément. C'est impressionnant.
- Speaker #1
À côté de l'ouverture, il y a ton job de coach. Tu peux nous en dire un peu plus ? Tu n'as que des grimpeurs, tu as des grimpeurs amateurs, tu as des alpinistes ?
- Speaker #2
Au départ, je n'ai eu que des athlètes de haut niveau. Je n'ai pas fait commencé en coachant des athlètes de haut niveau, attention. J'ai bossé dans des UCPA, j'ai bossé dans des MJC, j'ai bossé dans des clubs associatifs. J'ai fait, comme tout le monde, énormément de PEDA, énormément d'initiations. J'ai fait des cours adultes, des cours ados. J'ai brassé, énormément de cours et de publics différents. J'ai fait du handisport. D'ailleurs, super expérience. J'en fais aujourd'hui, mais à très haut niveau. c'est des mains à partir avec Alois Potier qui est champion du monde d'ailleurs qu'on connait ensemble ouais chouette personne et du coup c'était quoi la question ?
- Speaker #1
la question c'est aujourd'hui quel public fait appel à des services ?
- Speaker #2
un peu tout type de public finalement alors full escalade j'ai fait un petit peu de VTT dans le DH en préparation physique mais Oui, j'aime bien, mais sans plus. Je suis quand même bien SP et escalade. Je préfère le rôle d'entraîneur à escalade qui me va bien. D'ailleurs, il n'a rien à voir avec ce qui peut se faire aujourd'hui beaucoup sur les réseaux, où je n'appellerais pas ça de l'entraînement. Je ne sais pas comment j'appellerais ça, mais ce n'est pas de l'entraînement. En tout cas, l'entraînement, ce n'est pas juste la partie pré-physique. La partie pré-physique, elle est d'ailleurs... plus petites et tout le reste est compliqué à mettre en place, surtout à distance. Moi, je fais beaucoup à distance aujourd'hui. J'essaye de voir mes athlètes en présentiel le plus que je peux, mais les athlètes de ce haut niveau et les autres, c'est sur du à distance. Mais quand j'ai commencé, c'était qu'en présentiel, donc beaucoup de public varié et ensuite que des sportifs de haut niveau. J'ai fait ça pendant... Les sportifs de niveau, ça m'a pris en présentiel sur Chambéry, il y a quelques années, 6 ou 7 ans, à faire ça tous les jours. C'était tous les jours, du lundi au dimanche.
- Speaker #1
Je t'interromps deux secondes, mais par exemple, quand tu arrives et que tu commences à entraîner ces Formule 1, qui sont déjà des Formule 1 ou qui sont des Formule 1 en devenir ?
- Speaker #2
En devenir,
- Speaker #1
oui. Toi, tu es à tes débuts d'entraîneur, maintenant tu as plus de bouteilles. Souvent, quand on est début entraîneur, on regarde justement des chiffres, des stats, on fait faire de la prépa physique. Est-ce que toi, tu étais un entraîneur très orienté méthode physique ou est-ce que c'était d'autres pôles qui t'intéressaient déjà ?
- Speaker #2
Non, non, non. Je pense que c'est du hasard. Je ne l'ai pas fait. En fait, je me suis laissé porter. J'ai fait naturellement ce qui me semblait être le mieux sans réfléchir à pourquoi je le faisais. Mais quand tu es jeune, c'est généralement ce que tu fais. Et maintenant, j'ai les mots dessus. En fait, moi, mon boulot à Chambé, j'étais ouvreur entraîneur. Et en fait, naturellement, je trouvais ça trop fun de leur ouvrir des circuits. Donc, je leur ai fait des circuits H24. Et quand on allait dans les salles, on faisait des circuits. Moi, j'arrivais dans la salle, typiquement, c'était toujours un peu la même chose. J'arrivais, je m'échauffais, je faisais la mitraillette dans les blocs durs. Donc, eux, ils s'échauffaient. Je leur délimitais une zone. Je leur disais, vous avez cette zone pour vous échauffer. Vous ne sortez pas de cette zone. On commence à 11h. Et moi, pendant une heure et demie, je ne m'échauffais pas. J'arrivais, les blocs durs, bam, Je l'enlevais comme un débile. J'essayais tous les blocs que je pouvais. Après, je prenais un bout de papier. Je calais des circuits, des temps. Je mettais des contraintes. Je faisais des petits sous-groupes. Je mettais Naïlé avec Luce, avec Tag. Je mettais Mejdi avec Tag, Je me rappelle, d'ailleurs, j'ai retrouvé des vidéos sur mon iPhone de Mejdi qui faisait des bonds d'un mur à l'autre. Il était en Benjamin. Je me dis, mais on était en Allemagne. J'étais à l'autre bout de la France. Et il faisait des sauts. Je me dis, ah ouais. Il y avait quand même une certaine prise de risque avec des gamins. Parce que dans leur pratique, même des Nailé, ils étaient déjà full engagés dans leur grimpe.
- Speaker #1
Oui, oui. Mais je dis, c'est quelqu'un, alors moi, je ne le connais pas directement. On s'est croisés quelques fois, mais il y a un engagement qui était là déjà tout petit. Oui,
- Speaker #2
j'ai fait une vidéo. Et il était avec des freestylers en plus. J'avais des Valentin Lecomte, des Léo Ferreira. C'était des freestylers dans leur grimpe. Moi, je les ai toujours trouvés un peu comme ça. Nailé, pareil. plus des freestylers en fait dans leur grimpe. Ils ont toujours eu une grimpe assez impressionnante, assez tonique. Ils ont toujours été très justes dans la gestuelle. des petits en fait. Peut-être celui qui l'était le moins et pour autant presque le plus impressionnant en termes de doué, de capacité, c'était Paul.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #2
Paul, c'était... C'est un ovni. Paul, il va toujours trouver des méthodes. Dans l'anglais de simul à la Zipet, il nous a encore trouvé une méthode à la Paul, quoi. Mais il y a certains qui nous disent « Ah ouais, les ouvrages, vous avez merdé. » Mais non, en fait. En fait, il n'y a que Paul qui fait ça. C'est Paul. Paul, c'est génial.
- Speaker #1
Paul, il n'a pas le côté freestyler dans tous les sens, mais par contre,
- Speaker #2
il a une autre manière.
- Speaker #1
Il a une autre manière, c'est-à-dire dans une forme de...
- Speaker #2
Je le fente, en fait.
- Speaker #1
D'intelligence.
- Speaker #2
Kito Martini était un peu comme ça quand il était... Parce que j'ai eu Kito aussi jeune, à Nantes. Et Kito était comme ça, petit, capacité à casser les poignets, à trouver des solutions dans tous les sens. En fait, il voulait faire les blocs durs, mais il n'avait pas la taille. Il était petit.
- Speaker #1
Maintenant, il a la taille, là.
- Speaker #2
Maintenant, il a la taille. Et puis, il est cordonné maintenant aussi, accessoirement. Petit, c'était bluffant. En fait, il trouvait des solutions. Son jeu, c'était de trouver des solutions. Il était tout le temps là-dedans. Et du coup, son répertoire gestuel, il s'est enrichi de dingue parce qu'en fait, il a poussé une gestuelle des fois à braquadabande, à sortir des méthodes. Je ne sais même pas pourquoi il fait ça, mais ça marche. Il les pousse, il les fait marcher. Et Paul, il a toujours été là-dedans. Ce n'est pas le mec le plus impressionnant physiquement sur le papier, sauf dans des filières assez longues. Je ne sais pas ce qu'il en est maintenant parce que moi, je le côtoie moins à l'entraînement. Mais fut un temps, il était quand même sacrément bluffant là-dedans. Mais par contre, dans sa capacité à trouver des solutions, à utiliser toutes ses capacités au maximum, donc utiliser sa taille, c'est un génie. C'est un génie là-dedans, c'est vraiment un génie. Du coup, moins de mon approche, ça a été ouverture de circuit, énormément de grimpes, et à côté, la prep physique, en fait, ils en faisaient avec moi. En fait, on faisait le concours de... Pardon du mot, on faisait le concours de bite. C'était... On faisait des jeux, quoi. Tout le temps, on était dans le jeu des trucs débiles. Des fois, des trucs débiles. On faisait des trucs débiles. Je n'ai pas d'exemple à donner, mais on faisait des trucs débiles. Forcément, ce n'était pas aussi carré que ce que je peux faire aujourd'hui, mais parce que je ne m'étais pas forcément ultra attardé à me dire « Ok, là, il faut tant de temps de récup, tant de... » On faisait tout au feeling. Tout, tout, tout au feeling. On faisait que du feeling et de la grimpe. Énormément de grimpe. Et du coup, aujourd'hui, quand je vois passer des trucs où vous dites, pour être fort en escalade, il faut faire de la poudre, des tractions lestées et tout, ça me fait sourire. Ça me fait sourire parce que c'est tellement loin de la réalité.
- Speaker #1
Du coup, on comprend un peu d'où tu pars. Ce côté hyper feeling, hyper investi aussi. Et aujourd'hui, toi, en tant qu'entraîneur, comment t'as changé ? Qu'est-ce qui t'a fait changer ? Qu'est-ce qui t'a fait évoluer ? Où est-ce que t'en es aujourd'hui ?
- Speaker #2
Aujourd'hui, c'est assez compliqué. Il y a une espèce de... Je suis toujours à me remettre en question. En fait, je ne suis jamais sûr de tout ce que je fais. Ça a des avantages et des inconvénients. C'est-à-dire que ce que j'ai fait, par exemple, pendant huit ans avec Naïlé, tous les ans, on a changé. On a essayé de changer la démarche. On a toujours essayé d'innover et c'est peut-être ce qui a fait que ça a marché. Je n'en sais rien.
- Speaker #1
Pour les auditeurs, tu peux rappeler un peu le palmarès ?
- Speaker #2
Naïlé, elle a été très jeune. Elle a tout de suite eu des gros résultats. Elle dominait les circuits européens en jeune. Elle a été championne du monde jeune, au même titre que Luce d'ailleurs. Je suis avec deux ans d'intervalle, il me semble. Je ne peux pas te dire une bêtise. Donc Naïlé, elle a fini par être championne du monde jeune. Ensuite, elle est rentrée dans les catégories senior, où elle a gagné une Coupe du Monde cette année, en 2025. Et elle a été championne d'Europe senior, en sachant quand même qu'elle a... Son parcours a été très rude. Elle a eu un premier accident au niveau du genou. Un grimpeur qui est passé dessous. Du coup, elle a fait la ninja pour l'esquiver. Elle est tombée sur une jambe complètement de traviole. Absolument tout a pété. La rotule, les ligaments, tout s'est arraché. Et la plastique n'a pas tenu. Au bout de six mois post-op, je crois que c'est six mois. Six mois post-op, en descendant de vélo, son genou a tout repété. Donc, imaginez opération, six mois post-op pour une athlète de haut niveau, reopération un peu plus lourde, forcément, dès qu'on réopère une deuxième fois, en plus, ils ont changé la méthode. Donc, rééducation une deuxième fois, et deux ans après, victoire en Coupe du Monde. Donc, l'abnégation au travail, c'est... D'ailleurs, ce qui... On en parlera peut-être, mais ce qui aussi a été très, très dur pour elle... La balance, un jour on paye, forcément un jour, le corps humain, il est bien fait, il est capable d'encaisser très longtemps et un jour, des fois, on a le retour. Ouais.
- Speaker #1
Justement,
- Speaker #2
c'était très rude.
- Speaker #1
Ça, c'est quelque chose que tu maintenant prends en compte quand tu entraînes quelqu'un en te disant à un moment, il ne sera plus dans de la performance et il faut que j'anticipe ça. Ou toi, tu te focalises sur la période de vie où il faut être performant quitte à casser pour plus tard.
- Speaker #2
Non, en fait, moi, c'est bizarre. Du coup, des fois, je me dis, je me pose la question de plus en plus, est-ce que vraiment je peux être entraîneur aujourd'hui sur du très haut niveau ? Aujourd'hui, je ne veux pas du tout. le résultat à tout prix, bien au contraire. Aujourd'hui, pour moi, le rôle d'entraîneur, c'est quelqu'un qui va t'aider et qui va t'accompagner dans une démarche de vie. Et finalement, si le résultat sportif est atteint, c'est chouette, c'est top pour l'athlète. Mais s'il n'est pas atteint, le gros de la démarche, il n'est pas là. Le gros de la démarche, c'est d'apprendre des valeurs, c'est d'aider sur des sujets qui sont complètement différents, sur des méthodologies de travail. Comment organiser sa vie, comment l'estime de soi, être bien dans ses baskets, aller s'entraîner avec le plaisir. Moi, c'est ce que je disais, c'est marrant, plus tard qu'hier, à Clothilde, Fister, que j'entraîne, je disais, mais Clothilde, en fait, il y avait une personne qui la brassait un peu, je lui dis, mais Clothilde, si tu kiffes pas ce que tu fais, t'arrêtes, direct. Moi, c'est le plaisir dans la performance, c'est pas la performance à tout prix. Il faut kiffer. En fait, il faut aimer aller loin dans l'effort. Ce n'est pas se pousser et être contraint à le faire. C'est aimer faire ça. C'est prendre du plaisir dans ce que tu fais, kiffer faire ça. Et moi, aujourd'hui, je suis plutôt là-dedans. Est-ce que c'est le fait d'avoir une petite fille ? Est-ce que c'est le fait d'avoir une fille ? Je n'en sais rien. C'est cliché. Ou est-ce que c'est l'expérience du terrain ? Mais moi, quand je vois certains qui sont prêts à tout pour y arriver, des fois, et même souvent, au détriment des autres. Je suis totalement contre ça. J'ai même envie de dire qu'aujourd'hui, je réfléchis à une manière de lutter contre ça. Je réfléchis sur des moyens de communication, d'alerter. Pour moi, il faut rester bienveillant. Le résultat, en plus, il est d'autant plus gros, il a d'autant plus de valeur si tu es resté droit dans tes baskets. Je ne sais pas comment expliquer, mais si en tant qu'athlète... Et en tant que coach, tu es resté dans le respect des autres, dans le respect de ton corps, le respect des personnes autour, le respect des autres entraîneurs, le respect du travail qui est fait à côté.
- Speaker #1
Tu vois, c'est marrant, parce que tu parles de bienveillance et c'est une discussion qu'on a souvent avec nos invités sur le podcast. C'est quand sort ce mot ou quand sort même le mot plaisir, c'est de se dire, elle est où la limite avec la bienveillance dans le sport de haut niveau ? Pas pour le grimpeur. Mais à un moment, quand un athlète arrive, il est fatigué, comment est-ce que tu trouves le curseur entre le moment où tu le pousses et tu le taquines un peu, tu le Ausha un peu, sans toucher ni à ce qui est propre à lui. On ne va pas toucher à ses valeurs, mais des fois, tu vas le pousser un peu plus. Et si on prend juste une photo contextuelle, faire une série de plus. L'esthé un peu plus, allez hop, parce que tu es arrivé un peu à la tour et tu taquines comme ça. Est-ce qu'on est encore dans de la bienveillance ou pas ? Quand j'en discute avec d'autres entraîneurs, je te donne un exemple, Frédéric Roilaine, préparateur physique équipe France Judo. Des fois, on se questionne sur la bienveillance dans le sens où quand on voit les filles qui descendent du rameur et qui sont éclatées. qui ont déjà vomi deux fois et on sait qu'il leur reste encore deux séries et elles sont parties pour vomir encore deux fois de plus. Qu'est-ce que c'est que ça ?
- Speaker #2
C'est là où peut-être que j'ai pu... Est-ce que l'histoire qui s'est passée cette année avec Naïlé, ça m'a marqué ? Je ne crois pas parce que ça fait longtemps que j'y réfléchis et longtemps que je ne suis plus trop là-dedans. Moi, je ne suis pas pour se faire mal, pour se faire mal. En fait, en plus, dans l'escalade, l'avantage qu'on a... En fait, le sport, c'est tellement riche qu'en fait, si t'es fatigué, en fait, c'est pas du tout inutile d'aller transférer dans de la dalle, d'aller se faire des trucs beaucoup plus chill, physiquement parlant, beaucoup moins prenant, et d'être sur une autre sorte d'apprentissage et finalement de se dire que, ok, quand tu fais un travail physique, en tout cas sur des qualités de force, ok, il faut être frais, il faut être cognitivement parlant, il faut être capable de répondre. Et dès que tu dégrades ta posture, ou dès que tu dégrades un peu l'effort,
- Speaker #1
t'arrêtes quoi t'arrêtes c'est stop direct ce qui veut dire que t'es pas partisan du no pain no gain non ok
- Speaker #0
Pas du tout.
- Speaker #1
C'est intéressant.
- Speaker #0
Pas du tout. Et en fait, je m'en rends compte de plus en plus. Alors, pourquoi je m'en rends compte ? Parce que moi, j'ai été là-dedans, mais à un extrême. Moi, quand je m'entraînais, j'étais fou. Je faisais trois séances par jour. Je me suis entraîné. Je pense que j'ai poussé les qualités physiques quand même non moins, parce que j'ai encore des restes aujourd'hui. Depuis que je suis arrivé à Vertical Art Nantes en 2018, que j'ai arrêté de m'entraîner. J'avais même arrêté avant. Mais de grimper, quoi. De grimper, entraîner, ça fait au moins huit ans. Et tu vois, aujourd'hui... en ayant quand même un rythme de vie, je travaille tous les jours du lundi au dimanche, je fais quasiment, je pense, au moins 60-70 heures de boulot par semaine, j'arrive encore à faire les blocs physiques des circuits de Coupe du Monde, de demi-Coupe du Monde. Mais je grimpe avec d'autres qualités. Et en fait, je me rends compte qu'aujourd'hui, si j'avais poussé ces autres qualités, avec le niveau physique que j'avais, parce que là, je suis à des années-lumières des curseurs de physique, je les connais, mes curseurs, j'ai tellement fait de prêts de physique dans ma vie que... Je sais exactement ce que je suis capable de faire sur une réglette de 10 mm ou sur un panguli. Aujourd'hui, je suis à des années-lumière de faire ce que j'étais capable de faire avant. Mais des années-lumière. Et pour autant, en grimpe, c'est OK. En grimpe, je suis moins fort quand même qu'avant, mais pas non plus... Pas tant que ça, en fait. Et du coup, je me rends compte, dans l'escalade... Alors, c'est aussi peut-être parce qu'on est un sport jeune, et c'est ce qui me fait dire que le niveau international, il va sacrément monter. Moi, je suis convaincu que ça va exploser encore vraiment, vraiment beaucoup. Parce qu'aujourd'hui, avec toutes les autres qualités et tout ce que tu peux utiliser dans l'escalade, le physique, il a une part vraiment moindre. Ce n'est pas la qualité la plus importante, pas du tout.
- Speaker #1
Du coup, c'est deux questions. La première, c'est quelles sont les autres qualités que toi, que tu vois ? Et s'il y en a une plus importante, ça serait laquelle ?
- Speaker #0
La justesse technique. Le feeling dans ton escalade. Il faut brasser. J'aurais dû écouter. J'ai le souvenir de Nico Januel, à l'époque où je grimpais beaucoup, qui m'avait dit, Kevin, si tu veux, comment il m'avait dit ça ? Si t'es OK, je peux faire de toi un champion du monde. Ça va demander du travail. Il faut bosser ça, Dont j'avais des trous dans la raquette monstrueux, en dalle, en gestuelle, dans le relâchement, dans le feeling, l'escalade. Je ne l'ai pas écouté. Je suis resté dans ma vision tunnel. Pour être fort, de toute façon, il faut serrer les prises plus fort que les autres. Et aujourd'hui, je ne sais pas, avec des 6, on peut tout refaire. Mais si je l'avais écouté, je ne sais pas ce que ça aurait donné en compétition. Peut-être que ça aurait vraiment marché. Peut-être qu'au départ, je ne l'ai pas cru. Quand il m'a dit ça, je rigolais. Champion du monde, jamais de la vie. Et peut-être que ça aurait pu. Peut-être que ça aurait pu. Et aujourd'hui, je me rends compte avec du recul, ce qu'il faut, c'est que les gens, ils grimpent. Les jeunes, il faut qu'ils grimpent.
- Speaker #1
C'est une des raisons pour lesquelles je suis ravi de t'accueillir aujourd'hui sur le podcast, parce qu'en fait, à la fois tu as écrit deux livres qui sont remplis de techniques, c'est-à-dire avec des photos, des techniques, des temps de récup et tout et tout, deux livres auxquels j'ai pu en plus participer avec d'autres amis et tout, donc c'est trop chouette et il y a plein plein de choses, et en même temps globalement, parce que je te connais un petit peu... tu es un des coachs qui dit, en fait, il faut grimper. C'est-à-dire qu'au-delà de toutes les techniques, de tous les grands exercices, c'est grimpe, Là où, en fait, il faut grimper. Et tu me parles de feeling. Et le feeling, c'est un peu, moi, ça m'intéresse, parce qu'en fait, comment tu l'entraînes, ce feeling ? Parce que le feeling, c'est un peu le lien entre le mental et le corps. C'est-à-dire que ton corps, il t'envoie des sensasses et puis ton mental vient te les interpréter, les traiter. Enfin, du coup,
- Speaker #0
oui. Oui.
- Speaker #1
Comment t'entraînes tout ça ?
- Speaker #0
Je pense qu'il y a deux visions. Il n'y a pas que deux visions, mais cette question-là se pose quand le grimpeur est jeune et cette question-là, elle est différente quand tu la poses à quelqu'un comme moi. Moi, j'ai des blocages, je veux dire, en cordeau et en sans-sas, sur des trucs où tu ressautes sur un pied ou tout. Je sens que ça n'a rien à voir avec du physique. Ça n'a rien à voir. Je comprends le mouvement. Je sais ce qu'il faut faire exactement, mais j'ai un... Je sais pas, j'ai l'impression que je vais m'éclater le petit débat dans le mur. Je sens que je sais ce qu'il faut que je fasse, il faut que j'appuie plus fort sur le pied, il faut que je fasse ça, mais j'arrive pas à le faire. Et ça, c'est là, c'est seulement là. Et ça, en fait, tout ton boulot en tant qu'entraîneur, c'est de réussir à lever ce blocage. Et des fois, ça va prendre des années, ou des fois, tu vas mettre plein de trucs en place, rien ne va marcher, et au final, pour une raison que tu ignores, le blocage, il va se lever. et le grimpeur, il va y arriver. Et ça, ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas en faisant du pangulif que tu vas lever ce blocage. Ça, c'est plus qu'évident. Quelle approche avoir avec des gens comme moi qui ont des blocages ? C'est mental quand même. Une fois que la gestuelle est comprise, moi je la comprends. Je sais exactement ce qu'il faut faire. Je comprends, mais je n'arrive pas à le faire. Tu vois ce que je veux dire ? Je ne sais pas, c'est un peu bizarre. En fait, il faut pratiquer.
- Speaker #1
Le champ de béris. Il t'arrive, déjà, tu as plein de jeunes, on est en 2015, ils vont tous faire des podiums en Coupe du Monde. Ils vont tous faire des podiums à l'international. Ils vont tous être ultra forts. Comment tu leur apprends ? Comment tu leur enseignes ce feeling, toi, en tant qu'entraîneur ? Qu'est-ce que tu mets en place ?
- Speaker #0
Ce qui a été fait, c'est ce que je disais, est-ce que je l'ai mis en place en y pensant ? Je ne sais pas. Moi, comment j'étais dans les salles, comment on était ? On était des boulimiques, on était des malades. En fait, on allait, notre but, moi mon but, c'est de faire tous les blocs de la salle. J'allais dans une salle, à Emmerot, Pardieu, à machin, je faisais tous les blocs durs. Je ne partais pas tant que je ne les avais pas faits. Donc, il fallait que je les fasse tous. c'est presque maladif mais il fallait que je les fasse tous donc j'étais prêt à me tuer mais je kiffais ça moi je me rappelle des sessions avec on était allé en Allemagne avec Eric Chainourdi je suis allé jusqu'à me tuer le poignet j'avais mal j'avais rien à foutre il fallait que je fasse le bloc rien
- Speaker #1
à carrer j'y suis allé et c'est drôle parce que du coup aujourd'hui est-ce que c'est ça que tu fais avec des athlètes ?
- Speaker #0
alors j'essaye ce que j'essaye c'est qu'ils aient du plaisir en fait de kiffer la grimpe quoi et il faut trouver ce qui les anime moi je suis pas contre le côté narcissique dans l'escalade de dire est-ce que c'est tu fais ça parce que tu fais kiffer t'aimes que les autres te regardent, t'es fort moi j'en joue en fait, du coup avec ceux que j'en prenne j'en joue, est-ce que c'est malsain ? non, tant que c'est dans le respect de l'autre je vois pas le côté malsain, en fait si le gars il kiffe qu'on l'encourage, qu'on regarde, qu'il est fort tant que c'est pas malsain et qu'il écrase pas les autres qu'il laisse la place aux autres, qu'il prend pas toute la place bah pour moi c'est ok Merci. Tu vois ce que je veux dire ? Ouais, je vois ce que tu veux dire. Du coup, j'essaye de trouver le petit truc qui l'est... Mais je crois que si ce petit truc, tu ne l'as pas, et il y en a qui ne l'ont pas, franchement, je pense que tu ne peux pas faire du haut niveau. En fait, c'est impossible.
- Speaker #1
C'est drôle parce que ça correspond à quelque chose qu'on a... Nous, qu'on évoque de temps en temps sur Mental Camp, à travers les différents podcasts, les articles et tout. C'est l'obsession. En fait, le haut niveau, à un moment, il y a quand même cette...
- Speaker #0
Il y a quand même... Oui,
- Speaker #1
il y a cette obsession. Il faut être obsédé de son sport. Il faut être obsédé. Oui,
- Speaker #0
carrément. C'est sûr. Oui, c'est fou. Et du coup, les jeunes, c'est vrai que les jeunes chambériens, est-ce que je leur ai amené à avoir cette obsession, à kiffer les scouts ? Je pense que oui, on a fait tellement de salles. On faisait des circuits H24. Des circuits, pour ceux qui ne comprennent pas ce que je suis en train de dire, c'est des simulations de compétition. Donc en gros, souvent, on faisait des circuits de Coupe du Monde, des cinq blocs, cinq minutes, cinq minutes. Après, moi, j'ai rajouté des contraintes. Des fois, ils n'avaient qu'un essai. Des fois, ils en avaient trois. Des fois, ils en avaient... Des fois, ils avaient un temps donné. Des fois, c'était ci, des fois, c'était ça. On a fait 10 000 situations différentes. En fait, on a varié les situations au taquet. Et ce qui a énormément aidé, c'est quand j'étais à Chambé, j'avais un stagiaire. C'était Hervé Di Dominico, avec qui j'ai écrit le bouquin. C'était mon stagiaire. Et en fait, on partageait les groupes. Moi, j'avais un groupe d'une dizaine de personnes. Je mettais Naïlé avec mes jeudis, Bob avec Truc, etc. Et on faisait des petits sous-groupes. Et en fait, on tournait dans des ateliers, des trucs. comme vous avez... atelier pré-politique à gauche, il faisait du gainage, là, il faisait des blocs, là, il faisait un circuit. Et moi, j'avais la visseuse. Donc, j'avais le support, j'avais les prises, les machins, du matos, des frontons. Je faisais ce que je voulais, parce que clairement, je faisais ce que je voulais. Donc, la régalade, quoi. La régalade, c'était que du kiff. En fait, j'arrivais, je démontais mon panneau en entier. Des fois, on se tapait. Vu que j'étais un peu timbré dans, pardon du mot, dans le délire, des fois, on tombait tout le panneau en entier. On n'avait que la journée pour remonter tous les... Mais bon, les gamins, ils arrivent. En fait, c'est le kiff, tu vois, d'avoir des gamins, d'avoir ouvert des blocs super durs pour eux. Et eux, ils arrivent, c'est Noël.
- Speaker #1
Est-ce que tu penses que cette implication-là, parce qu'elle est énorme, cette implication-là, elle fait la diff ?
- Speaker #0
Bah oui, c'est sûr. En fait, si on me demandait aujourd'hui quel est le meilleur moyen d'entraîner quelqu'un, c'est tu prends un fronton, du beau matos, et tu lui ouvres des blocs à 24. Aucune prépa physique, juste tu le fais grimper. Voilà, au taquet.
- Speaker #1
Mais du coup, il faut avoir envie de donner ce temps-là. Toi, tu as vu l'entraînement, tu as changé ?
- Speaker #0
J'y ai passé ma vie à faire ça.
- Speaker #1
Tu disais 70 heures par semaine.
- Speaker #0
Là, c'est aujourd'hui. Mais avant, c'était pareil finalement. Avant, c'était juste le temps, il était organisé différemment. Mais je vivais à escalade.
- Speaker #1
La question que je me pose, c'est que tu as vu l'escalade changer. Enfin, toi comme moi, ça fait un moment qu'on est dedans, mais par différents biais. Aujourd'hui, il y a de plus en plus de pratiquants, il y a de plus en plus de salles d'escalade, il y a les réseaux sociaux qui te montrent effectivement... les tractions comme fais des tractions comme Mika ou fais des qu'on salue aussi mais on a des des photos contextuelles du coup d'un seul coup l'entraînement a changé le sport a évolué il y a des mouvements dynamiques de partout et le mental est-ce que il a changé lui chez les grimpeurs ou est-ce que tu trouves toujours les mêmes problèmes toi en tant qu'entraîneur sur les athlètes de très haut niveau je pense pas que ça ait changé tant que ça quoi
- Speaker #0
Je ne pense pas qu'il y ait eu une grosse différence. Par contre, sur un peu tout le reste, les entraîneurs, il y a quand même l'émergence des réseaux vers le tri. Et le mental là-dedans, je ne saurais pas trop dire. Je pense qu'il y a quand même du changement. Il y a des accès à des données qu'il n'y avait pas avant aussi. Il y a des choses qui changent quand même. Il n'y a pas que du négatif comme du positif dans tout ça.
- Speaker #1
Ton rapport, toi, à ces données, parce que tu sais, tu vois, on le voit dans d'autres sports. Genre, tu prends les triathlètes, je pense à eux, mais c'est des sports très data. Et le triathlète, des fois, c'est difficile de lui enlever sa garmine. C'est pas des placements de produits. Et en fait, quand tu vois que tu leur enlèves la garmine, d'un seul coup, ça génère de l'angoisse. Arrive, moi, à mon travail de préparateur mental en disant « Alors, attends, d'où cette angoisse, le fait d'enlever la montre ? » Enfin, c'est-à-dire que...
- Speaker #0
Ah ah ah !
- Speaker #1
Est-ce qu'en escalade, on en est arrivé là ? Est-ce que...
- Speaker #0
Ouais, on en est arrivé là, carrément. De toute façon, il y a énormément d'entraîneurs. Je ne sais pas si on peut leur coller le mot entraîneur. Pour moi, c'est coach, préparateur physique. De préparateur physique, souvent sorti de STAPS. C'est des gens qui ont d'ailleurs très peu d'expérience en grimpe. Quand tu regardes, qu'est-ce qu'une grosse expérience en grimpe ? Déjà, parce que trois ans d'escalade. Moi, je me considère... Avec tout ce que j'ai grimpé, je considère que je ne connais pas encore tout, loin de là, dans l'escalade. Et je dis ça alors que l'autre jour, je comptais, je m'amusais à compter, j'ai fait plus de 100 voies au-dessus du 8C déjà. Et encore, je ne grimpe plus en falaise. Et on ne parle pas du nombre de blocs que je grimpe par jour. C'est énorme. Je fais partie de la, entre guillemets, une des premières générations qui grimpe énormément, Maintenant, je suis vieux. là il y en a énormément qui arrivent sur les réseaux on voit beaucoup de ça c'est spectacle c'est quantifiable c'est agréable c'est cool moi j'ai une question qui résume à peu près tout mettons t'es un grimpeur tu fais 60 kilos allez ta RM c'est de 90 donc ça veut dire que tu traques 30 kilos ton projet c'est de faire un 8a en falaise bon il y a plein d'autres données mais 30 kilos c'est assez ou pas assez bah voilà moi non plus j'ai pas la réponse je sais pas donc qu'est-ce qu'ils en foutent de leurs données Merci. En fait, c'est bien, le mec, il est passé de 30 à 35 kilos. Est-ce que ça fait, lui, un meilleur grimpeur ? Non, ça fait juste, lui, quelqu'un qui traque plus de l'Est, sous le baudard. C'est tout.
- Speaker #1
Ça me fait penser à une anecdote, et du coup, qui rejoint ça, c'est le salon de l'escalade, il n'y a pas si longtemps, où j'étais, où Mental Camp était pour faire des conférences, et parce qu'on a une formation en ligne sur, justement, la peur, la gestion de la peur en escalade, qui est accessible sur notre site internet. Et en fait... je vais sur un stand et on me dit vas-y, serre le plus fort que tu peux mais c'est pas le serrage que tu peux avoir pleinement dans la main, c'était le serrage mais en étant plutôt en position de deadlift sur une planche donc je tracte en fait, c'est plutôt du tractage et donc j'atteins un score et du coup on me dit, avec ce score là tu peux faire cette B-Block et donc J'ai... Je n'ai pas... Voilà, j'aurais bien aimé savoir ce que tu en pensais parce que moi, je me suis dit, écoute, merci mon gars, bonne info. Il ne sait pas d'où je viens, ce que je fais, est-ce que je sais grimper et tout et tout. Sauf que, qu'est-ce que tu en penses toi de ça ? Moi, je vois des dérives, tu vois, potentiellement.
- Speaker #0
Ça me fait rire. Ça me fait rire. C'est tellement nul. En fait, quand tu réfléchis, c'est tellement... En plus, quand tu expliques... perd dans l'activité et que tu fais une analyse de l'activité de l'escalade, tu comprends la richesse de la grimpe. C'est tellement restrictif de te dire que tu as tiré, je ne sais pas, 40 kilos, que tu peux faire un 7B bloc. Déjà, quel 7B bloc ? Dans quel type de filière ? Sur quel caillou ? Sur quel machin ? Non mais, tu peux être capable de faire une traction à un bras sur du 10 mm. est tombé dans la marée rose qui est un sisa-bloc à Fontainebleau.
- Speaker #1
À Fontainebleau.
- Speaker #0
Qui est-ce que c'est que cette tissu de merde ? Pardon du mot. Voilà, moi j'appelle ça comme ça. Et moi, je m'en rends compte aujourd'hui, parce qu'aujourd'hui... En termes de niveau de grimpe, si on parle de niveau d'escalade, aujourd'hui, je fais à peu près encore 8B, 8B+, à vue en salle. Tu vois ? Mais je te véridique, mon niveau de force, si tu me fais des trucs comme ça, je suis nul. Je suis nul. Alors après, je reviendrai vite à un niveau assez bon. Je pense qu'il y a une mémoire musculaire. Mais en fait, il y a tellement d'eau. Tu peux tellement... Moi, je le sens quand je grimpe. Je sens que physiquement parlant, je n'ai plus du tout la marche d'avant. je sens que je ne peux plus du tout grimper comme avant. D'ailleurs, je ne grimpe plus comme avant. Avant, j'avais une grimpe un peu à la chaîne Macall. Les pieds, ils se suivaient. Mes pieds, ils se remontaient comme ça. Ils remontaient tout très vite. Il y avait un soir, s'ils marchaient bien. Ça ne bougeait pas. Aujourd'hui, je sens que je ne grimpe pas du tout de la même manière. Mais je trouve quand même que ma grimpe, elle est beaucoup plus efficiente, elle est beaucoup plus efficace, elle est beaucoup plus fluide, elle est beaucoup plus relâchée. Je suis plus dans la gestion de l'effort, dans la compréhension, tu vois. Je me place, je grimpe, je temporise. En fait, je suis plus là-dedans et je me dis aujourd'hui, punaise. Aujourd'hui, j'ai qu'un truc à faire si j'ai envie, c'est de reprendre un peu des qualités physiques en gardant mon feeling d'escalade.
- Speaker #1
Donc, on revient sur cette idée de feeling d'escalade. Ça, c'est la dominante centrale.
- Speaker #0
Oui, et ensuite, tu grèves des qualités physiques.
- Speaker #1
Et après, tu grèves des qualités physiques. Tu as aussi parlé du cognitif. Qu'est-ce que tu mets derrière ?
- Speaker #0
La fatigue cognitive, en fait, elle est vraiment à prendre en compte. Moi, je m'en rends compte sur... très très dure à doser en tant que coach. Elle est liée à des efforts qui peuvent être nerveux, mais elle est aussi liée à la compréhension de l'activité. En fait, c'est aussi l'état d'esprit dans lequel tu arrives. Qu'est-ce que tu as fait dans ta journée avant ? Est-ce que tu as eu une journée de travail ? Dans quel état d'esprit tu arrives ? En fait, c'est un peu ta charge mentale disponible et de se dire, si l'exercice c'est de la musculation dans le geste, c'est énormément de demandants cognitivement parlant, c'est pas juste tracter un bras sur une règle. En fait, si le grimpeur, il est déjà bien fatigué mentalement, en fait, il va le faire le truc. Mais l'énergie qu'il va déployer, l'intention qu'il va mettre dans l'effort, elle va être là. Et du coup, qu'est-ce que tu retires de cet exercice ? Est-ce que tu es dans la filière que tu souhaitais être ? En fait, non. Tu vois ce que je veux dire ? Et du coup, comment tu te réadaptes par rapport à ça ?
- Speaker #1
C'est drôle parce que du coup, finalement... C'est la charge mentale, la charge interne. Et assez souvent, ce que je vois, c'est qu'en préparation mentale, c'est un peu notre domaine, ça. C'est-à-dire, dans quelle attitude tu arrives à l'entraînement ? Est-ce que tu vas à l'entraînement ou est-ce que tu t'entraînes ? Ce n'est pas la même chose. Et si tu t'entraînes, ça prend un uniforme. Et quand est-ce que tu mets l'uniforme, est-ce que tu te fais un sas entre ta journée d'école, de lycée, de fac ? Ou est-ce que tu enchaînes direct ?
- Speaker #0
tu vois c'est tout ça et toi t'abordes ça du point de vue déjà d'entraîneur et t'es obligé pour moi de te réadapter parce que du coup ton exercice il perd du sens tu perds du sens, t'es peut-être plus dans ce que tu recherches et ça c'est hyper dur à jauger et à la fois il y a cette fatigue que ça engendre qui est à prendre en compte sur le lendemain c'est hyper compliqué le mental, de toute façon le mental ça joue moi je me suis rendu compte dans mon approche, dans les voies en falaise, j'étais la caricature type du type qui tombe où personne ne tombe. Genre, tu randonnes toute la voie, c'est pas prétentieux de dire ça, ça paraît prétentieux de dire tu randonnes, mais parce que t'es tellement lissé le truc, t'as de la marge, t'arrives, t'es bien, t'es plus bien, tu tombes. Et ça, c'est... Ah bon ! Et toutes les croix que j'ai faites, toutes, je crois, sans exception, je partais déjà... J'étais à... je ne sais pas, 60% de mes capacités physiques. J'étais fumé de la journée.
- Speaker #1
C'est drôle ça, tu sais, parce que pour les auditeurs qui ne connaissent pas l'escalade, toutes les croix, c'est toutes les réussites, toutes les perfs en falaise. Souvent, on parle moins de croix, on ne parle pas de croix d'ailleurs en salle. Donc c'est les croix en falaise. On a fait la croix, on a coché la voie.
- Speaker #0
La cotation, la voie.
- Speaker #1
Et c'est très drôle parce que tu sais que... Chaque fois que j'ai eu des athlètes, notamment des grimpeurs, qui m'ont dit que j'étais un peu mal là, que je n'étais pas super en forme, généralement, je leur dis que c'est le bon moment pour perfaire. C'est l'alignement des planètes. C'est marrant, des fois, parce que ce n'est pas ton style, ce n'est pas ton jour. Il a plu, il y a de la flotte dans la voie, le taux d'humidité n'est pas nickel. Et puis, c'est le dernier round de la journée où tu fais... C'est ça. Bon, allez, une dernière fois, récupérer des gaines. Et là,
- Speaker #0
c'est le grand de ta vie.
- Speaker #1
Tu l'as vu, ça ?
- Speaker #0
Merci à toi. Ouais, mais parce que je pense que direct dans... En fait, tu t'enlèves une sorte de pression, t'es direct beaucoup plus fluide dans ta grimpe. En fait, t'es moins crispé dès le bas. des fois il y a aussi le truc où t'es déjà dans l'anticipation du haut en fait tu vis plus l'instant présent tu te laisses beaucoup plus porter et du coup t'es plus fluide, tu gères ton effort c'est complètement... ce qui est très dur à faire et c'est là où les grimpeurs de haut niveau sont très bons c'est qu'ils arrivent à mettre ça en place et du coup à vivre leur escalade, à se laisser porter dans leur grimpe et ça,
- Speaker #1
ça fait un peu de temps Est-ce que ça, d'après toi, au vu de ton expérience, est-ce que c'est un peu inné chez certains ?
- Speaker #0
Je pense que oui.
- Speaker #1
Ou est-ce que ça se travaille ?
- Speaker #0
Je pense que c'est lié à ton caractère aussi.
- Speaker #1
Ce truc d'être présent, d'arriver à se focus, de se détacher des attentes et tout.
- Speaker #0
En fait, quand tu regardes, il y a beaucoup d'athlètes de très haut niveau, en tout cas dans la grimpe. Je ne connais pas assez bien ceux dans les autres sports. Mais c'est quand même bien dans la life, dans la vie. C'est quand même bien des... Tu vois, ils ont pas de... peur du regard des autres, ils sont pas enfermés, mais je dis, par exemple, il est fun, tu vois, tout le temps, il est cool, il est drôle, on se marre, machin. Tu sens qu'il est freestyle, tu vois, déjà dans sa vie, et du coup, derrière, dans son escalade, en fait, il est beaucoup moins dans le contrôle, il est beaucoup moins dans... Tu vois ce que je veux dire ou pas ? Et je pense que c'est très dur pour des gens comme moi ou comme ma sœur, qui sont vachement dans le contrôle. qui a fait une carrière à haut niveau dans le contrôle de réussir à trouver ça et même je pose une question qui est quand même assez ouverte est-ce que c'est possible je sais pas d'être un équilibre entre contrôle et se lâcher prise moi j'en connais plus d'un qui était très freestyle et qu'on a voulu brider et ça a été un fiasco complet Euuuuuuuuuuuuuuuuuh Ouais, y'en a un. On connaît vraiment beaucoup. Et la première chose à faire, d'ailleurs, c'est Coco, Philippe Collard, le coach de Chambéry Escalade, le disait très bien, c'est de grimper comme on est. Quand il me disait ça, quand j'étais jeune, je rigolais. Ouais, Coco, cool. Aujourd'hui, avec du recul, je me dis, punaise, carrément, c'est vrai, ce qu'il dit, c'est tellement vrai. C'est de réussir à accepter qui on est et de grimper. En fait, si t'as des... Je pense que tous ceux qui n'arrivent pas encore à s'exprimer, c'est qu'il y a des trucs sur le regard de soi, sur je n'en sais rien, il y a des blocages en fait. Et du coup, quand tu arrives en compète, tu n'arrives pas à t'exprimer et à te relâcher parce que qu'importe le caractère que tu aies, il faut réussir à te laisser vivre. Je ne sais pas comment le dire, mais je pense qu'il fait que tu arrives stressé ou machin. Je ne suis pas sûr que ce soit seulement lié. En fait, ça ressort encore plus en compète.
- Speaker #1
Oui. mais ça l'est déjà dans ta vie en général.
- Speaker #0
Ouais, dans ta vie en général. Je pense.
- Speaker #1
Et parfois, même pas juste à l'entraînement.
- Speaker #0
Ouais, parfois à l'entraînement.
- Speaker #1
J'aime bien cette phrase, moi, de grimpe comme tu es. Par contre, je me dis, OK, là, toi, deux bouquins, plein de techniques dans la tête, plein d'expérience. Tu retournes entraîner à Chambéry demain. Tu as des petits jeux, c'est des machines. Peut-être que du coup, tu as le futur Mechdi. Avec cette info-là, tu lui dis quoi ? Tu lui fais quoi ? Comment un entraîneur, même un entraîneur ailleurs en escalade, peut s'inspirer ?
- Speaker #0
Moi, je ne lui dis rien. En fait, je ne vais surtout pas influencer ça. Je ne veux rien changer, moi. Moi, ce que je vais faire, c'est de coller ma casquette de caméléon sur la tête et de lui dire, je ne vais surtout pas essayer de le changer, le gamin. En fait, s'il est freestyle, moi, ça me va. Ce que je vais faire, c'est mettre un cadre. Essayer qu'il ne le voit pas, ce cadre. Et ce cadre... il y a des limites il y a le respect de l'autre il y a les valeurs que j'ai envie d'enseigner mais par contre moi c'est toujours ce que j'ai dit quand on allait dans les stages il y a des moments pour être sérieux il y a des moments pour déconner mais moi j'ai rien contre le côté freestyle si le gamin il a envie de déconner s'il a envie de se marrer s'il s'éclate dans sa gamme moi ça me va à 100%
- Speaker #1
pourquoi est-ce que tu ne voulais pas qu'il le pourquoi est-ce que le cadre parce que je pense que ça ça
- Speaker #0
En fait, la bonne, c'est qu'est-ce que ça va lui apporter. Lui, moi, ce que je veux, c'est qu'il arrive, qu'il aille juste à se concentrer sur ce qu'il a à faire, sur grimper. Voilà, c'est tout. Moi, je gère le reste, en fait.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Moi, je gère tout le reste. Je gère toutes les merdes qui peuvent arriver autour. Vous, pas forcément des merdes, d'ailleurs.
- Speaker #1
Ouais, mais tu...
- Speaker #0
Toutes leurs gâtes, tout... Voilà, j'essaye de le mettre dans les meilleures dispositions possibles pour qu'il ait, lui, à faire sa pratique, sa grimpe, qu'il soit bien, quoi. Tranquille. Voilà. tranquille, qui s'exprime, qui a envie. Ouais, vas-y, Je sais plus ce que je voulais dire.
- Speaker #1
Il me disait, est-ce qu'il y a des fois où le mental d'athlète... tu t'es heurté dessus. Ouais,
- Speaker #0
ouais, ouais. Du coup, l'approche, elle change. C'est ce que je te disais, c'est que l'approche, elle est complètement différente aussi. Tu as certains athlètes, tu sais que tu vas les accompagner dans la vie et tu vas aller chercher des gros résultats. Tu vas pouvoir aller chercher de la performance sportive. Il y en a d'autres, tu sens qu'on va tout mettre en place pour atteindre cette performance sportive, mais finalement, elle est un peu secondaire. Et en fait... Comme ce que je disais tout à l'heure, c'est un accompagnement beaucoup plus général, qui est sur tout le reste. C'est les valeurs de la vie, c'est sur... Surtout, on va parler presque de choses qui n'ont rien à voir avec de la grimpe, mais qui finalement ont tout à voir. C'est un peu bizarre.
- Speaker #1
On comprend très bien. Et comment tu fais pour garder quand même ta casquette d'entraîneur ? Parce que ce n'est pas évident. On le sait.
- Speaker #0
Non, mais... Je pense que j'ai une faculté, j'ai toujours été très observateur. Moi, j'observe beaucoup les gens. Et je pense du coup, j'ai quand même une faculté à réussir à m'adapter en fonction de la personne que j'ai en face. Alors, moi, j'ai toujours tendance à dire qu'un bon entraîneur, pour moi, c'est un manipulateur positif un peu. Tu vois ? C'est une forme de manipulation, en fait, parce que finalement, tu vas t'adapter à la personne que tu as en face de toi. Tu vois ce que je veux dire ? Donc moi, j'essaye toujours, et c'est bienveillant. L'idée, ce n'est pas de la manipuler. C'est de s'adapter à la personne que tu as en face de toi. tout en apportant, en essayant d'apporter quand même ta petite touche personnelle ton vécu, ton expérience un peu ton caractère, mais c'est pas de le changer je vais pas la changer, je veux dire il n'y a aucun intérêt en plus d'ailleurs, je pense trop longtemps,
- Speaker #1
alors je vais on va conclure et éventuellement t'es le bienvenu pour revenir, pour reparler d'autres points, mais moi je voulais juste que tu nous dises si t'avais trois conseils à donner à un jeune entraîneur aujourd'hui Pour être peut-être un meilleur entraîneur encore, ou en tout cas pour être un bon entraîneur et lui faire gagner du temps, tu lui dirais quoi ?
- Speaker #0
Le premier, parce que c'est aujourd'hui, c'est ce qui saute aux yeux, c'est d'arrêter de croire qu'il est le meilleur entraîneur et qu'il a tout vu, tout fait. Parce que tu prends quelqu'un comme moi qui a énormément d'expérience, mais il y a toujours quelqu'un qu'on a plus que toi. Par exemple, un Nico Januel, si on prend un exemple. En fait, tu te dis, est-ce que moi, j'ai fini de me former et d'apprendre ? En fait, clairement pas. Du coup... continue, est-ce que je suis le meilleur entraîneur ? Jamais de la vie. En fait, je suis un entraîneur parmi d'autres et j'essaye encore d'apprendre, d'apprendre encore et encore. Pour tous ceux que je vois qui sont déjà au sommet de leur gloire en termes d'entraînement, ça me fait quand même doucement sourire. Ça, c'est le premier truc. Donc j'aurais tendance à leur dire, voilà, prendre du recul, rester ouvert et continuer à se former. De ne pas se considérer meilleur qu'un tel ou meilleur qu'un tel, de prendre ce qu'il y a à prendre à droite et à gauche, faire un peu l'éponge, quoi. Et de ne pas hésiter d'aller faire des formations. de faire des échanges comme on fait aujourd'hui voilà le deuxième conseil qui est plus d'ordre pratique c'est de prendre une visseuse dans la main en tout cas dans l'escalade pour moi si tu ne touches pas au support c'est que tu t'enlèves quand même une énorme partie de l'entraînement il faut être ouvert pour moi un bon entraîneur c'est un bon ouvreur c'est con hein mais d'ailleurs quand tu regardes un Nico Januel il a ouvert pendant des années ouais ouais ouais complètement Quentin Boulet, il était actuellement ouvreur sur les championnats de France Jeune. Quand tu regardes tous les bons ouvreurs...
- Speaker #1
William Sheraz, il était aussi ouvreur.
- Speaker #0
William Sheraz, Rémi Samin, Baptiste Derby, je peux t'en citer plein. Ils ont tous la visseuse greffée dans la main,
- Speaker #1
à un moment ou à un autre. Peut-être que ceci veut dire cela. Et un dernier conseil,
- Speaker #0
qu'est-ce que je pourrais donner comme conseil ? Ouais, se former, rester ouvert, l'ouverture. En fait, c'est une question de qu'est-ce qu'un bon entraîneur et un mauvais entraîneur, finalement. En fait, le bon entraîneur, est-ce que c'est celui qui récupère un athlète international qui a déjà fait trois podiums en Coupe du Monde et qui fait en sorte que celui-ci continue de performer, voire s'épanouisse encore plus ? Oui, clairement, oui. Mais est-ce que ce n'est pas aussi celui qui accompagne la petite U15 ? jusqu'à kiffer son escalade et finir en année de médecine et presque arrêter l'escalade ou le garder pour le plaisir. Qu'est-ce qu'un bon entraîneur, en fait, finalement ? C'est ça, la question. Le mot entraînement, ce n'est pas performance, pour moi. Si, mais ça dépend de ce qu'on entend par performance. Ce n'est pas un résultat au bout du titre du compte qui est important. Pour moi, c'est de faire grandir la personne et si elle finit par faire... spiné, médecine, et qu'elle s'épanouit là-dedans, en fait, pour moi, c'est une réussite. Tu vois ce que je veux dire ?
- Speaker #1
C'est intéressant, et ça reboucle sur ce que tu disais tout à l'heure, sur toi, le résultat, tu t'en es détaché en tant qu'entraîneur fortement.
- Speaker #0
Je ne sais pas pourquoi, d'ailleurs. Est-ce que c'est parce que, finalement, tu vois, grâce à les années de parcours que j'ai eues, j'en ai fait du Oney Wrem pendant longtemps, et du coup, des résultats, j'en ai eus, en bloc, en diff, même en vitesse, enfin, tu vois. en handisport, en fait, dans quasiment toutes les disciplines et tout type, en jeune, en senior, femme, homme, enfin, je veux dire, j'ai touché à tout, quoi, entre guillemets. Et en fait, avec tout ce recul-là, je me dis, et puis surtout, je vois ce qui se passe, je vois les dégâts aussi du haut niveau.
- Speaker #1
Et bien voilà, voilà le thème du prochain épisode où tu vas être invité.
- Speaker #0
Ah ben là, il y a des choses à dire.
- Speaker #1
Tu es le bienvenu, en tout cas. Alors, on va le faire. Je ne te retiens pas plus, Kevin. Par contre, petit moment promo pour toi. On trouve tes livres chez Anfora, mais ils sont dispos aussi à la FNAC, ils sont aussi dispos sur Amazon, ils sont dispos un peu partout. On te contacte comment ?
- Speaker #0
Sur mon site internet, vous pouvez me contacter, vous avez toutes les infos, c'est kevinarkcoaching. Il a été refait d'ailleurs, maintenant je travaille avec mon frangin, donc c'est un site commun avec mon frère. Il ne faut pas hésiter, on fait des formations sur l'ouverture. des formations sur l'entraînement. Moi, je bascule vachement du côté formation, depuis 2-3 ans. Donc, on est à fond là-dessus. Donc, s'il y a des questions, même pas forcément prendre un service particulier, juste questionner, moi, je réponds. Je réponds tout le temps. Donc, il y a mon numéro de téléphone, mon mail. Il ne faut pas hésiter. Et il y a le projet qu'on a en commun, d'ailleurs, Jonathan, qui commence doucement à sortir de terre, où les gens pourront... Prendre du contenu de qualité, ça vient, ça commence à sortir doucement de terre.
- Speaker #1
Ouais, je n'osais pas en parler.
- Speaker #0
Un projet de communauté autour de l'escalade et de l'entraînement qui se construit doucement.
- Speaker #1
On en dira plus plus tard. En tout cas,
- Speaker #0
merci beaucoup pour ce talk.
- Speaker #1
A très vite. Et pour les auditeurs, je vous dis merci d'avoir écouté l'épisode de jusqu'ici. Je vous rappelle que vous êtes sur le Mental Camp, le podcast. et qu'il y a plein d'articles justement sur l'escalade. Sur le site internet, il y a la formation préparation mentale du grimpeur qui est où vous avez 25 vidéos accessibles, là aussi sur notre site internet et vous pouvez faire ça pas à pas à votre rythme et puis plein d'autres contenus. Et puis je vous dis à très bientôt pour un prochain épisode. Bientôt, au revoir.
- Speaker #2
Si cet épisode vous a plu ou vous a apporté quelque chose, laissez une note et un commentaire sur votre plateforme, ça aide vraiment le podcast à se développer. Mental Camp ? est une structure de formation à la préparation mentale intégrée, c'est-à-dire intégrée aux entraînements normaux pour des entraîneurs et des kinés.