- Speaker #0
Est-ce que tu t'es déjà demandé si tu avais fait le bon choix d'études ? Si ta carrière était déjà toute tracée ou au contraire complètement floue ? Et si, en réalité, il existait mille façons de construire sa vie professionnelle ? Bonjour et bienvenue dans 1000 parcours pro au micro, le podcast qui te fait découvrir une multitude de parcours professionnels et de carrières diverses et variées. Aujourd'hui, je suis en compagnie de Maya. Salut Maya !
- Speaker #1
Salut Lucie !
- Speaker #0
Je suis trop contente de te recevoir sur cet épisode de podcast.
- Speaker #1
Merci pour l'invitation, je suis contente d'être là.
- Speaker #0
Maya, on va commencer. Qui était la petite Maya quand elle était enfant ? De quoi rêvait-elle ?
- Speaker #1
Elle rêvait de beaucoup de choses, mais toujours d'être heureuse dans sa vie. C'est la chose qui m'a toujours animée, puisque c'est une chose que mes parents m'ont appris très jeune. Fais quelque chose, quoi que ce soit. Quoi que ce soit, peu importe ce que tu fais, il faut que ce soit quelque chose qui te plaise, mais dans le métier, dans la vie, dans son entourage. Et je pense que c'est ça. J'ai toujours été définie comme une petite fille très joyeuse, très contente, très souriante. Donc, je pense que c'est ça la petite Maya.
- Speaker #0
Ok. Et est-ce que tu avais, je ne sais pas, un truc de rêve ? Tu voulais être une star ? Est-ce que tu n'avais pas forcément un métier ? Mais tu as un truc dans ta vie ?
- Speaker #1
Ça ne me dérangeait pas. J'ai fait beaucoup de scènes parce que j'ai fait du théâtre et je suis à ma 18e année de danse.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Je commençais très jeune. Et j'ai toujours aimé la scène, j'ai toujours aimé parler, j'ai toujours aimé... C'est quelque chose, ça ne m'a jamais fait peur. Et quand j'étais jeune, je me disais, oh, ça serait bien de travailler là-dedans.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Donc, ce n'est pas exactement dans quoi j'ai fini, mais c'est quelque chose que j'aimais beaucoup en étant jeune.
- Speaker #0
Ok. Et quels souvenirs est-ce que tu as de l'orientation au collège, au lycée, même au niveau familial ? Parce qu'il y a des familles qui aussi aident. pour l'orientation. Des fois, on a une figure maternelle, paternelle où on se dit, je veux faire le même métier que papa ou maman. Quel souvenir est-ce que tu en as à partir de 14 ans, 15 ans ?
- Speaker #1
J'ai un souvenir assez mitigé. Comme je te disais, mes parents m'ont toujours soutenue. Mon père était architecte et ma mère était esthéticienne coiffeuse. J'ai toujours su que les études, c'était important, mais mes parents m'ont toujours dit de faire quelque chose qui me plaisait. Je ne suis pas née en France, je suis née en Algérie. Je suis arrivée à l'âge de 8 ans, donc moi j'ai eu un parcours scolaire très bon, dans le sens où j'avais entre guillemets pas le droit à l'erreur. Enfin, je me suis imposé le pas le droit à l'erreur, parce que je savais que mes parents avaient galéré, que j'étais un peu obligée, j'étais l'aînée, j'étais obligée de réussir pour moi. Donc j'ai eu un bon parcours scolaire. Et en fait, je me retrouve en quatrième, où j'explique à ma conseillère que je veux faire soit journaliste, soit dans le droit. Elle me dit « Ah non, c'est pas fait pour toi ça ? » Je la regarde et je comprends pas pourquoi elle me dit « Bah j'ai les résultats pour... » Non, mais tu devrais aller vers d'autres trucs. Choisis comme ta mère un truc comme esthéticienne, c'est plus simple. Déjà, j'ai regardé la personne et je lui ai dit, alors ma mère est chef d'entreprise. Elle a son salon. Elle est au-delà de ça et je lui ai dit, c'est hyper rabaissant. Moi, je suis de là, je dis, j'ai pourtant bien travaillé. J'ai même pris le latin. Ne faites jamais ça. Ne prenez jamais le latin. C'est un conseil. Et j'ai même pris le latin et je sors de ce truc en me disant, non, je ne peux pas faire ce qu'elle me dit. je fais ce que moi je veux et je me suis dit bon on verra je vais en général c'est pas elle qui décidera j'avoue que j'ai pas gardé un super souvenir après j'ai eu la chance aussi d'avoir des parents qui m'ont soutenu en me disant non tu fais ce que tu veux si t'as envie d'être esthéticienne ou si t'as envie de journaliste va France donc c'était un peu mitigé mais heureusement que j'avais un bon entourage et bon moi j'ai grandi en banlieue parisienne j'ai grandi dans une bonne banlieue j'ai grandi à Châtenay-Malabry dans les Hauts-de-Seine il y avait deux styles dans cette banlieue là il y avait la cité complètement, où les collèges étaient abandonnés, etc. Et moi, j'ai eu la chance d'être dans un des bons collèges. Et de me dire que juste parce que le parcours de mes parents, plus le parcours du fait qu'on est arrivé en France, etc. En fait, on m'avait foutu dans une case. Non, en fait, ça ne marche pas comme ça, la vie. Mais ça va. Je n'ai pas non plus eu un traumatisme, mais sur le moment, c'est assez troublant.
- Speaker #0
OK, donc après, tu vas au lycée, tu fais une filière générale ?
- Speaker #1
Oui, je fais économique et sociale.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
qui n'existe plus non plus donc ça m'a un peu vieille ça y est ça y est ça m'en est vieille maintenant un petit peu mais ouais j'ai fait une filière économique et sociale et j'obtiens mon bac il y a longtemps ?
- Speaker #0
2012 ok et du coup à ce moment là est-ce que c'est clair ce que tu veux faire ? est-ce que t'as un métier en tête que t'as je sais pas depuis 2 ans 3 ans ouais c'est quoi ? c'est journaliste ok et journaliste dans quel domaine ? tu savais pas ?
- Speaker #1
alors j'hésitais encore beaucoup mais j'ai toujours aimé le foot c'est quelque chose qui est une passion depuis que que je suis toute petite. J'y ai joué, j'ai commencé à y jouer, j'avais 10 ans, je crois, ou 11 ans. Et en fait, je pouvais... Enfin, je pouvais pas. J'ai choisi de pas être dans le foot professionnel parce qu'à l'époque, ça payait pas. Et je me suis dit, bon, faut que je trouve un truc...
- Speaker #0
Qui me relie à ça.
- Speaker #1
Qui me relie au foot, d'une façon ou d'une autre. Et j'ai toujours aimé le journalisme, et je sais que mes parents me disent que depuis que je suis petite, j'en parle. C'est un peu bavarde, donc ça aide. Et je suis très curieuse, et je suis quelqu'un qui aime bien raconter des histoires, rapporter des faits, etc. Donc en fait, c'est venu à ça instinctivement. J'avoue que j'ai hésité avec le droit. et j'ai fait une journée d'intégration dans une fac. Ça m'a démotivée pour le reste de ma vie.
- Speaker #0
C'est bon. T'es bon.
- Speaker #1
Ah ouais.
- Speaker #0
Je m'empêche que savoir ce qu'on ne veut pas faire, des fois, ça fait gagner beaucoup, beaucoup de temps.
- Speaker #1
Franchement, je suis partie à cette journée. En plus, je m'en souviens, avec des copines du lycée, on était en première. J'hésitais encore entre le journalisme et le droit. Là, j'arrive, je fais la journée entière. Ils m'expliquent les grandes lignes des cours, vers quoi ça va. Et moi, je voulais être dans le droit, vraiment dans le droit de la... de défendre des gens. Et quand on m'a dit, oui, mais si tu tombes sur un criminel et qu'il dit qu'il a tué quelqu'un, il va falloir le défendre. Là, j'ai fait,
- Speaker #0
non. Pas possible.
- Speaker #1
C'est pas pour moi. C'est pas mes valeurs. C'est pas mon truc. Moi, je suis quasiment à deux doigts de le balancer. Donc non, c'est non. C'est pas mon métier.
- Speaker #0
Accumulez-le. Il me l'a dit.
- Speaker #1
Non, mais voilà. Et donc, je suis sentie de ça. Et mes copines étaient là, pourquoi pas ? Non, vraiment pas, en fait. Et là, en fait, ça a décidé complètement mon métier en première où j'ai dit, je vais être journaliste. De préférence dans le foot.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Les plats sont chers, mais je vais tendre vers le foot. Sinon, dans le journalisme de façon générale, les crimes, la politique, vraiment, au niveau, j'étais très ouverte à beaucoup de styles de journalisme.
- Speaker #0
Et on fait quelle étude quand on veut être journaliste ?
- Speaker #1
Alors, il y a plusieurs choix qui s'ouvrent à soi. Soit il y a les écoles publiques, qui malheureusement ne sont accessibles qu'à partir de Bac plus 3, sur des concours hyper compliqués. Donc,
- Speaker #0
on peut faire la licence ou préparer.
- Speaker #1
Et il faut forcément faire quelque chose d'autre avant d'arriver, parce qu'il faut au minimum un Bac plus 3. où il y a beaucoup, et c'est la majorité des écoles privées. Moi, j'ai eu la chance que mes parents puissent me payer cette école privée. Et c'était un de mes objectifs. Pas de redoublé. Trois ans. Licence en poche.
- Speaker #0
Parce que tu payes à l'année, donc...
- Speaker #1
Et en fait, je voulais tellement faire ça, que mon père me pose la question, il me dit, est-ce que t'es sûre de toi ? Et là, je lui dis, je suis certaine. Dans trois ans, je sors diplôme en poche. Donc, moi, j'ai toujours su que je voulais faire ça. Et en fait, sortie de bac, j'ai regardé mes parents, je dis en fait si Vous pouvez m'envoyer autre chose, mais pendant trois ans, je vais perdre mon temps parce que je vais juste attendre de me remettre dans le journalisme.
- Speaker #0
Oui, donc tu savais, tu étais déterminée, tu avais ton objectif à la fin, tu savais pourquoi tu étais là. Oui,
- Speaker #1
exactement.
- Speaker #0
Ok, du coup, c'était où ? C'était en région parisienne ?
- Speaker #1
Oui, c'était en région parisienne. J'ai fait l'IEJ Paris, l'Institut européen de journalisme, qui est basé dans le 16e arrondissement, qui est une école très réputée où il y a beaucoup de journalistes qui en sortent. C'est une école privée qui est reconnue par la profession, pas par l'État, parce qu'en fait, on a des différences. entre les écoles qui sont reconnues par l'État au même titre que leur fac, mais il n'y en a pas beaucoup, et les écoles qui sont reconnues par la profession. Et on va dire que le plus important, c'est la profession, puisque au final, c'est eux qui vous embauchent.
- Speaker #0
Ils ne regardent plus après. Exactement.
- Speaker #1
Et donc, je venais de sortir, je venais d'avoir mon bac, j'avais 17 ans, je suis rentrée dans une école où il y avait des gens dans ma classe qui en avaient 35, 40. Ben ouais,
- Speaker #0
il y a des gens qui seraient orientés et tout.
- Speaker #1
Il y avait un prof d'histoire, ça m'avait marquée. Les profs d'histoire, mais il avait travaillé et tout. Il avait 40 ans et il est revenu. Et j'ai dit non, je reprends l'école. Et on est un bébé, en sortant du lycée. Moi, je savais ce que je voulais, mais je comprends que certains se disent mais en fait, je n'en ai pas la moindre idée parce qu'on a 17 ans. Notre vie entière, ça a été l'école des devoirs, l'école des devoirs. Je comprends qu'à 17, 18, 19 ans, on se dise je ne sais pas où je vais. Donc non, c'était cool et j'ai fait cette école. Et au bout de trois ans, j'ai été diplômée.
- Speaker #0
Tu as aimé l'école ?
- Speaker #1
J'ai adoré.
- Speaker #0
T'as eu des stages et tout ?
- Speaker #1
Ouais. Ouais, ouais. C'est ce qui m'a beaucoup aidée aussi à rentrer dans mon métier actuellement. C'est qu'en fait, il y a un prof qui me dit « Mais en fait, t'es une fanatique de foot. » Mais j'étais une fanatique de foot au point... Et je remercie ma directrice de l'époque, Magali Bonavia. Ma troisième année, j'ai changé de classe pour mes partiels. J'avais un stage de foot à Barcelone avec mon équipe. Je suis partie voir la directrice, je me suis dit « Ah non,
- Speaker #0
mais... » C'est pas possible. « Vos semaines d'examen,
- Speaker #1
elles m'arrangent pas du tout. » Parce qu'en fait, on avait une semaine présence écrite, presse écrite. On pouvait écrire de chez nous, peu importe. Une semaine de radio, une semaine de télé. Et moi, la semaine où je devais être en Espagne, c'était une semaine de télé. Donc, il fallait que je sois à l'école. Là, j'ai dit non, mais je ne peux pas. Je ne peux pas renoncer à mon stage de foot. Et ma directrice, elle ne me dit pas. Tout ce que je peux faire, c'est te mettre dans l'autre classe, qui, eux, commencent par la presse écrite. Et en gros, tu rends ton rendu depuis Barcelone.
- Speaker #0
Tu as fait ça ?
- Speaker #1
J'ai fait ça.
- Speaker #0
C'est ouf ! C'est trop chouette. Et même d'y être allée, d'avoir dit là, ce n'est pas possible.
- Speaker #1
Mais je savais, j'étais une mordu de foot. Mes tournages en première, deuxième et troisième année.
- Speaker #0
C'est que ça ?
- Speaker #1
Non, pas forcément que ça. Parce que pour le coup, je t'avais dit au début, je ne savais pas trop. Mais j'ai toujours calé en fonction du foot. Le samedi matin, j'entraînais les petits. Donc, je n'étais pas là le samedi matin. Est-ce que vous voulez ? Ne parlez pas. Et le samedi après-midi, je jouais. Donc, vous faites ce que vous voulez, mais je n'étais pas là. Et donc, mes profs ont vite vu que j'avais une passion du foot. Et il y a un prof en première année, Philippe Gault, quand on cherche notre premier stage, qui me donne le contact de Laurent Jaoui, qui est un grand journaliste très connu, qui était à Canal+, à l'époque, en tant que directeur de la rédaction. J'envoie mon CV, le hasard le plus total, et je suis acceptée. Et en fait, à la fin de mon stage, Laurent Jaoui vient me voir et me dit « Bon, écoute, je vais être honnête, je ne prends pas de première année habituellement, mais tu aimes tellement le foot, tu as un profil particulier, et tu es une femme aussi, parce que dans ce milieu, il y en a peu, qui connaît le foot, qui entraîne des garçons, qui joue. » Il dit, je ne pouvais pas rater ton profil, donc je t'ai prise. Donc, je suis rentrée à Canal+, en première année, alors qu'ils ne prennent pas de...
- Speaker #0
Tu es allée quel âge ? Tu avais 18 ans ?
- Speaker #1
Je venais d'avoir 18 ans. J'avais 18 ans depuis trois mois quand je suis rentrée à Canal+.
- Speaker #0
Tu n'avais pas l'air de rentrer à Canal+, à 18 ans.
- Speaker #1
Moi, j'avais des étoiles dans les yeux. J'avais l'impression d'être arrêtée déjà. Et de dire, mais qu'est-ce que je fais ici ? Je suis une enfant. Pour les gens que je vois dans ma télé, qu'est-ce que je fais là ? C'est exceptionnel.
- Speaker #0
C'est un truc de ouf.
- Speaker #1
Ah ouais, franchement, je regarde en souvenir incroyable. J'ai fait deux mois de stage en 2013, exceptionnel, vraiment.
- Speaker #0
Et tu fais quoi quand tu es en stage comme ça ?
- Speaker #1
Alors les stagiaires, il y a beaucoup de choses. Moi j'étais en première année, donc j'étais vraiment en train de découvrir le métier. Complètement. En première année, tous les termes techniques que je t'expliquerai un peu après.
- Speaker #0
Tu ne le connais pas.
- Speaker #1
Tu ne le connais pas. Quand tu es en première année, tu es beaucoup dans les émissions, tu accompagnes les journalistes, tu regardes un peu comment ça se passe, une préparation d'émission, comment tu crées tous les éléments que tu mets à l'antenne, etc. Mais en première année, tu es beaucoup sur de l'observation. Et un petit peu, on t'apprend à monter des éléments, à monter des petites choses que tu vas mettre à l'antenne. Mais tu es un stagiaire de première année qui débarque.
- Speaker #0
Donc là, tu apprends tout, en fait. Tu apprends énormément.
- Speaker #1
Et c'est un stage qui était semi-obligatoire à l'école. Ils fermaient un peu les yeux si vraiment on n'était pas pris. Mais en fait, c'est plus que bénéfique.
- Speaker #0
Et tu avais un stage par année ?
- Speaker #1
Oui, j'ai eu un stage par année. J'ai eu une sorte de mémoire à rendre en deuxième année. Pareil, sur un thème qu'on devait choisir en début d'année, on devait faire une enquête dessus et rendre à la fin de cette enquête. Évidemment, je l'ai fait tout au long du foot.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu as choisi ?
- Speaker #1
J'ai choisi la place de la femme dans le journalisme de sport.
- Speaker #0
Oh, incroyable.
- Speaker #1
Parce que pour le coup, c'était quelque chose qui commençait de plus en plus à me concerner. Je sortais d'un stage à Canal+, où j'ai vu des journalistes femmes comme Nathalie Annetta, Marie Portolano. Et je me suis dit, en fait, il faut que je comprenne. et leur carrière et comment elles ont réussi à s'imposer dans un milieu, entre guillemets, dit d'hommes, notamment à l'époque. On est en train de parler d'il y a 14 ans. Et donc, j'ai fait mon enquête là-dessus et franchement,
- Speaker #0
c'était cool.
- Speaker #1
Et en fait, j'ai compris que c'était ça qui m'animait. Parler de foot, être dans un milieu de foot. Et vu que j'hésitais entre la télé et la radio, j'ai fini dans la télé.
- Speaker #0
Donc, tu as tes 3 ans. En fait, tu sors de l'école, tu as 21 ans. 20 ans.
- Speaker #1
Je sors de l'école en 2015, j'ai 20 ans. Et en fait, ce qui s'est passé, c'est plutôt drôle. En fait, je suis restée en contact avec la responsable de stage de ma première année. Et en début de troisième année, je l'appelle et je dis, écoute Delphine, je finis mon année scolaire en mai, début juin, je peux être là. Je n'ai pas eu de réponse. Enfin, si elle m'a dit, ok, pas de souci, je note. En décembre, je relance, pas de réponse. Bon, je ne reçois pas de convention, j'envoie, je ne reçois toujours pas de mail et tout. Je dis, bon bah tant pis, j'accepte un autre stage dans un autre média qui n'a rien à voir, qui est toujours dans le foot, mais qui n'a rien à voir avec la télé. Et je m'en souviens, comme si c'était hier, j'étais en vacances chez mes grands-parents. Là, je reçois un mail, c'est bon Maya, tu commences le 3 août. Je regarde, je regarde mon téléphone, je dis, comment c'est possible ? Et en fait, elle m'a dit, ah non, mais c'est bon, toi on te connaissait, j'avais pas besoin de ton dossier, j'avais pas besoin de CV.
- Speaker #0
J'avais pas besoin de te dire que c'était bon.
- Speaker #1
Et donc, j'étais même inscrite à l'école. J'avais payé mon inscription de mon master. En me disant, bon bah...
- Speaker #0
Et là, elle, elle te dit, on te prend un contrat, tu travailles.
- Speaker #1
En stage, de six mois.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Mais elle me dit, ah non, non, nous, c'est bon, c'est acté. Et là, je fais, oups. Donc, j'appelle ma directrice de l'école de l'époque et elle me dit, écoute, le master, même dans 20 ans, si t'as envie, tu reviens. Et elle m'a dit, Canal+, ça passe qu'une fois. Là, tu sais qu'à la fin de ces six mois, t'es en capacité de travailler, va. Et c'est ce que j'ai fait. Et du coup, j'ai commencé mon stage à Canal+, en août 2015. Je l'ai fini en décembre. et mes premières, ce qu'on appelle piges, qui sont mes journées de travail, parce que la majorité des journalistes sont pigistes. Il y en a certains en contrat, mais beaucoup sont pigistes. Et elles commencent fin février, début mars, grâce à mon... responsable de stage de l'époque, David Rivet, qui m'avait fait confiance.
- Speaker #0
Une pige ? Parce que j'ai le truc, tu sais, en tête pour les journalistes écrits. C'est genre un article, enfin, il fonctionne à l'article au mollumit des fois.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et toi, une pige, du coup, à la télé, c'est quoi ?
- Speaker #1
Oui, c'est huit heures de travail sur une émission précise, ou parfois deux émissions en fonction de comment se déroule l'antenne. Et en gros, en fonction de ton rôle et de ton statut, ça peut être un commentateur qui est payé à commenter un match. Donc, à le préparer, puis le commenter. Ça peut être un chef d'édition, celui qui a l'oreillette du présentateur.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Et ça peut être un assistant d'édition, celui qui va aider à fabriquer tous les éléments, vérifier tout ce qui est graphique, tout ce qui est écrit à l'antenne.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Et donc, il y a différents rôles de journaliste. Et en gros, on est payé à la journée de travail. J'ai besoin d'un commentateur pour un match. Bon, je vais prendre ce commentateur-là. J'ai besoin d'un chef d'édition bien particulier sur un match. Je vais le contacter. Cette journée sera payée tant sur les 8 heures.
- Speaker #0
OK. Et du coup ?
- Speaker #1
tu peux avoir plusieurs emplois ailleurs absolument et du coup t'es à tôt c'est comme si t'étais salariée mais à la journée alors je vulgarise en disant ça je sais que les gens du milieu ne vont pas aimer mais c'est de l'intérim c'est comme de l'intérim c'est à dire que j'ai un bulletin de salaire je signe un contrat avant d'arriver je travaille ma journée et j'ai une paye mais du coup t'as un contrat par jour ?
- Speaker #0
j'ai un contrat par jour ça fait beaucoup de temps oui
- Speaker #1
Sauf si, par exemple, je vais avoir 4 jours de consécutif, ce qui est possible.
- Speaker #0
Et là,
- Speaker #1
j'ai 4 jours. C'est écrit de telle date à telle date, tant d'heures de travail, tant de salaires. Mais sinon, oui, ça fait beaucoup de contrats. C'est comme ça que j'ai fait peur à Pôle emploi.
- Speaker #0
Mais du coup, à côté, j'allais dire au niveau sécurité, entre guillemets, t'as quoi à côté ? Parce que t'as pas un employeur fixe ?
- Speaker #1
T'es déclarée auprès de Pôle emploi comme un demandeur d'emploi. En fait, le jour où tu travailles pas, c'est comme si t'étais au chômage. C'est-à-dire qu'il y a un mois entier où tu ne travailles pas, t'es considérée comme au chômage.
- Speaker #0
Et du coup, c'est automatique ?
- Speaker #1
C'est automatique, oui. Il faut faire tes déclarations. Mais sinon, oui, c'est automatique. Ils ont mis beaucoup de temps à comprendre.
- Speaker #0
Maintenant,
- Speaker #1
ça va un peu mieux. Mais je sais qu'à notre époque, moi, mes potes et tout, on était là en mode, il faut leur expliquer. Et moi, c'est comme ça que j'ai fait peur à Pôle emploi. Je suis arrivée avec tous mes contrats. Je lui ai dit, voilà, vous voulez voir tous les contrats ? Il n'y a pas de souci. Bonne chance. Et la dame, elle m'a dit, non, mais c'est bon, je ne vais plus vous appeler pour des formations. Je crois que vous travaillez.
- Speaker #0
Effectivement.
- Speaker #1
Et donc, voilà. Mais après... C'est les débuts et après j'ai eu la chance, moi à un moment, là maintenant je suis en CDD, à la saison de foot, mais il y a un moment où je cumulais 4 ou 5 employeurs et que si je voulais, je n'avais pas de jour de repos pendant des semaines entières. Parce que je parle d'un employeur à un employeur et l'employeur n'est pas obligé de regarder si tu as travaillé la veille ou pas le lendemain.
- Speaker #0
Et puis lui il s'en fout.
- Speaker #1
Et lui il s'en fout, et il ne va pas voir ce que tu as fait ailleurs. Donc si j'ai envie de cumuler 30 jours de travail consécutif, c'est mon droit. Donc c'est assez particulier. au début c'est assez flippant mais en fait on se rend compte qu'on met un pied à l'étrier il y a des piches qui commencent à se faire donc au début c'est un peu compliqué forcément j'avais la chance de vivre encore chez papa maman ce qui aide aussi et progressivement un deuxième employeur, puis un troisième et puis on commence à se faire connaître, on a un petit milieu bah ouais c'est ça, mais en fait ça c'est hyper important le réseau il est primordial dans ce milieu dans beaucoup de milieux et dans le journalisme c'est que Il y a des chaînes qui se créent. En fait, c'est les mêmes personnes qui sont débauchées d'un point A qui sont menées dans leur nouvelle chaîne et qui donc vont emmener avec eux d'autres gens.
- Speaker #0
Oui, il y en a un qui part là-bas et déjà, lui, il était bien.
- Speaker #1
Même si je ne le prends pas en contrat, je peux le prendre en pige. Et en fait, on se retrouve tous. Enfin, je ne vais pas dire qu'on se connaît tous, mais on se connaît à 80%. C'est vraiment un petit milieu à ce niveau-là.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que tu as appris quand tu as commencé à travailler que tu n'avais pas appris à l'école ? Beaucoup de choses.
- Speaker #1
J'ai envie de dire beaucoup de choses. En fait, l'école, c'est simple, j'ai eu la théorie et j'ai eu la pratique au travail. Et encore même, j'ai envie de dire le rôle d'assistant d'édition, par exemple. Ce sont les personnes qui fabriquent les éléments pour les émissions, etc.
- Speaker #0
Quand tu dis fabriquer les éléments, c'est quoi ?
- Speaker #1
C'est faire un résumé de match, par exemple. Le JT, le reportage, il y a quelqu'un qui va le mettre en boîte, etc. En fait, il y a des gens qui vont travailler là-dessus. typiquement, j'en sais rien, on va parler de la mort de la reine Elisabeth, on va demander à rapatrier les images de l'enterrement, c'est l'assistant d'édition qui va ressortir ces images-là. Typiquement, parce que c'est dans le foot, mais c'est dans... À la télé, c'est en tout cas quelque chose qui est récurrent. Et ce rôle-là, par exemple, ça n'a jamais parlé à l'école. Et pourtant,
- Speaker #0
tu étais en école de journalisme. T'as pas fait un truc qui n'avait rien à voir.
- Speaker #1
Et c'est surtout que moi, c'est un peu ce que j'avais reproché, entre guillemets, c'est, on sort de là, Ils pensent qu'il n'y a que des présentateurs, que des gens qui vont faire de la radio ou que des gens qui vont faire de la... C'est faux. Le rôle de journaliste, il est, de journaliste, pardon, hyper large. Et donc, quand je suis arrivée là, on m'a parlé déjà technique. Je pense qu'on ne va pas parler à l'école, parce qu'à l'école, on va aller dans la télé, mais on ne va pas aller dans la profondeur de la télé, parce que je suis obligée d'apprendre et la télé, et la radio, et la plate-écran. Oui,
- Speaker #0
tu ne peux pas aller dans le spécifique. Voilà,
- Speaker #1
sachant que je n'ai pas fait une... Parce qu'après, il y en a qui font spécialité télé, spécialité radio, spécialité... Enfin, on peut se spécialiser en master. Ce qui n'a pas été mon cas, puisque je suis rentrée avant. Donc forcément, j'ai appris tout ce qui était technique. Par exemple, tu vois, quand il y a un plateau télé, il y a souvent des écrans derrière. Oui. Ça, ça s'appelle des barcos.
- Speaker #0
OK. Oui, tu ne savais pas, tu ne connaissais pas.
- Speaker #1
La première fois qu'on m'a dit qu'il y avait un barco, je me suis dit... Ciao ! Ok, faire comme si je savais. Et donc, on finit par apprendre. Donc, on sait quand c'est un stagiaire qu'on explique tous les termes. Mais quand t'arrives là, techniquement, tu fais waouh. Et c'est là où j'ai compris ce que me disait notamment mon papa depuis que je suis petite. Tu es diplômée en journalisme, tu n'es pas journaliste. Et en fait, avec le recul, il avait complètement raison. Je suis sortie de l'école.
- Speaker #0
Mais je pense que c'est valable pour tous les métiers. Je pense que c'est valable pour tous les métiers.
- Speaker #1
On est diplômé de quelque chose et on n'est pas ce métier-là encore, en fait. Tant qu'on n'a pas appris,
- Speaker #0
tant qu'on n'a pas pratiqué. Même pratiqué limite plusieurs postes dans la branche.
- Speaker #1
Exactement. Et en fait, l'expérience, ça fait tout. L'expérience, ça fait tout. Je suis peut-être moins diplômée que certains qui ont fait des masters. Pourtant, pour certains, j'ai beaucoup plus d'expérience qu'eux parce que je suis rentrée plus jeune, parce que j'ai fait plus de choses.
- Speaker #0
T'es passionnée, que du coup, t'as... pousser le truc, je pense, quand t'es passionnée, je pense que tu pousses le truc encore plus loin que ce qui est nécessaire. Est-ce que tu penses que pour faire ces métiers-là, il faut être passionnée ou pas toujours ?
- Speaker #1
Alors, journaliste de façon générale, un peu, mais dans le foot, complètement. Je suis en horaire décalé tout le temps, je travaille tous les week-ends, c'est-à-dire que j'ai pas un week-end, sauf quand les footballeurs ont un week-end, j'ai un week-end, mais s'ils ont pas de week-end, j'ai pas de week-end, grosso modo. Mes horaires, ça peut être de 15h à minuit. Du vendredi au dimanche. Donc, si on n'est pas passionné, c'est difficile d'être là-dedans. Demain, je vais être en déplacement. Je vais quand même partir de chez moi une fois par semaine. J'estime que c'est quand même difficile d'accepter une charge de travail aussi importante si on n'aime pas ce qu'on fait.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai.
- Speaker #1
Mais à côté de ça, je n'ai pas l'impression d'aller travailler.
- Speaker #0
Oui, ça, c'est ouf.
- Speaker #1
C'est trop bien. Demain, je suis dans un stade de foot. En fait,
- Speaker #0
limite, tu as l'impression d'être...
- Speaker #1
et en fait je fais ça, oui c'est mon métier oui je transmets une info oui je raconte un match mais si je n'étais pas payée à 95%
- Speaker #0
de chance que tu serais soit au stade,
- Speaker #1
soit je serais dans ma télé donc en fait j'ai cette chance là de me dire bah en fait tous les matins j'ai pas l'impression d'aller bosser tu vas les matchs en étant payée c'est pas mal il y en a qui payent et il y en a qui sont payées pour est-ce que c'est toi la petite dame qui est autour des petits terrains là ? des fois oui je t'ai déjà vu en vrai c'est pour ça que je t'ai posé cette question je sais donc on a la chance avec mon métier d'être ce qu'on appelle accrédité, autorisé à rentrer au stade sans payer notre place et en fait en fonction de notre rôle soit je suis dans ce qu'on appelle le quart régie donc je suis juste à côté du stade et j'ai l'intégralité des caméras à ma dispo et avec le réalisateur lui va faire le match c'est lui sur le match, mais moi par exemple quand je vais devoir raconter le résumé du match c'est moi qui vais dire dans cette caméra là On prend cet axe-là, on va remettre l'image ici, on va commencer là, on va la finir ici. Et moi, je vais te montrer l'action. Je vais te montrer le but, je vais te montrer un truc qui s'est passé au milieu du terrain que tu n'as pas forcément vu. Parce que moi, j'ai les...
- Speaker #0
13,
- Speaker #1
18, 20, ça peut monter jusqu'à beaucoup de caméras. 25, 32...
- Speaker #0
Et le petit résumé du match, c'est toi qui l'as fait ? C'est moi !
- Speaker #1
Donc voilà, il y a ça. Il y a ceux qui sont en plateau, évidemment. Ils sont aussi journalistes. Donc moi, je vais parler à l'oreillette du présentateur. En lui disant, la prochaine interview, c'est telle personne, il arrive dans tant de temps. Donc entre temps, on va faire ci, ça, ça. Après, c'est des réflexes qu'on a, donc on a l'habitude. Mais c'est entre guillemets, moi dans mon métier, je suis un peu le chef d'orchestre de tout ce qui se passe à l'antenne. Donc je vais driver les gens qui sont en régie en disant, prochain élément, on va montrer ça. Mais il y a du son, donc il faut ouvrir tel micro. Et le réalisateur, c'est maintenant qu'il faut l'envoyer.
- Speaker #0
C'est hyper technique quand même.
- Speaker #1
C'est très technique.
- Speaker #0
Ouais, c'est hyper technique.
- Speaker #1
C'est très technique, c'est très minimétré.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
On fait de la télé. Et la télé n'aime pas le vide. Pas de son, pas d'image, c'est panique.
- Speaker #0
Ça t'est déjà arrivé ?
- Speaker #1
Une fois. C'était pas moi qui étais aux manettes toute seule, donc ça va. Mais pas de son, pas d'image...
- Speaker #0
C'est long. Les secondes sont longues.
- Speaker #1
Ah non, mais c'est plus que long. Pour nous, c'est une éternité. Quelque chose qui peut durer 10 secondes. Le ressenti chez nous, il est de 2 heures.
- Speaker #0
C'est ouf.
- Speaker #1
C'est une ébullition.
- Speaker #0
Ne vous inquiétez pas, quand ça arrive, on va se servir un verre d'eau. On va boire un café, ce n'est pas grave.
- Speaker #1
Oui, mais Lucie, c'est laid. C'est très, très grave. En vrai,
- Speaker #0
je pense que pendant un match, si. Alors, pendant un match,
- Speaker #1
ça ne m'est jamais arrivé. Ça m'est plutôt arrivé pendant des émissions. Et ça, c'est autre chose. Parce que, est-ce que c'est une perte de réseau ? Est-ce que c'est une perte de caméra ? Est-ce que c'est une perte de connexion ? Il y a beaucoup de choses qui me dépassent moi. J'ai des chefs d'équipement, j'ai des gens techniques, purement techniques. qui ont 15 secondes pour réagir et me dire quel est le problème, comment on peut le résoudre. Et derrière, moi, je dois prendre la décision de qu'est-ce qu'on va diffuser entre-temps, est-ce que j'ai autre chose, est-ce que j'ai du backup ? Ah oui,
- Speaker #0
Adrénaline.
- Speaker #1
Par contre, en foot, ce qui m'est arrivé cet été sur la Coupe du Monde des clubs, c'est qu'en fait, c'était aux Etats-Unis, et les Américains ont une règle un peu particulière. S'il y a un orage à 15 kilomètres, je crois, à la ronde, on arrête le match et on fait rentrer tous les joueurs et on vide le stade. Ça a duré deux heures et demie. Et puis là,
- Speaker #0
pendant deux heures et demie ?
- Speaker #1
Au début, tu te dis, bon, je vais vous remontrer les buts, je vais vous remontrer ce qui s'est passé, et puis au bout d'un moment, on se fait. Donc en fait, on récupère des sujets. La partie est plus longue que le match. Et en plus, le pire dans tout ça, c'est qu'il restait quatre minutes de jeu. Il n'a jamais plu pendant les deux heures et demie. L'orage était resté vraiment à 15 kilomètres à la ronde.
- Speaker #0
C'est frustrant.
- Speaker #1
Mais c'est la règle des Américains, parce que les assurances coûtent hyper cher et tout. Et donc, il faut que toi, en tant que chef d'édition, alors j'ai un rédacteur en chef avec moi, mais il faut que tu réfléchisses. Qu'est-ce que je vais offrir aux téléspectateurs pendant deux heures ? Et puis toi, tu ne sais pas quand est-ce que ça reprend. Donc, il ne faut pas faire un bloc de deux heures en disant, bon, tu sais quoi, on va mettre plein de trucs à la suite. Non, ce n'est pas possible. À tout moment, ça peut reprendre dans un quart d'heure, ça peut reprendre dans dix minutes. Ah, c'était... Mais bon, c'est aussi le plaisir du...
- Speaker #0
Après, tu réfléchis, OK, la prochaine fois, ça m'arrive.
- Speaker #1
Il y a des choses que je fais depuis quelques années, mais... d'avoir toujours un peu de backup, de secours, et de se dire, OK, j'ai au moins 5 ou 10 minutes de respiration, si besoin, pour réagir. Mais on va dire que c'est des cas exceptionnels, c'est des choses qui n'arrivent quasiment jamais, et ça va.
- Speaker #0
Est-ce que t'as une anecdote ? Peu importe, ça peut être peu et n'importe quoi.
- Speaker #1
Oh, j'ai pas préparé cette réponse d'une minute. Une anecdote.
- Speaker #0
Moi j'en ai une en tête, je couperai si jamais. Si jamais tu veux pas. Tu as le cas que je te l'avais raconté avec ton petit frère. Tu sais quand c'est... Oui, ah ouais. Si jamais.
- Speaker #1
J'allais un peu partir là-dessus. C'est le privilège des gens qu'on côtoie.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Moi, j'ai travaillé avec beaucoup d'anciens footballeurs. Je suis sur le foot français majoritairement. Je suis sur la Ligue 1. Toute ma carrière a été basée sur la Ligue 1. Et il y a quelques années, je travaillais chez Prime Vidéo, qui avait la Ligue 1 à l'époque. Et l'un de nos consultants était Thierry Henry. Déjà, en tant que personne, j'étais plutôt fan. Mais bon, je journalise, donc... J'ai mis une année à lui dire, tu sais, quand j'étais petite, j'étais quand même vraiment très fan de toi. Et en fait, moi, je savais que c'était le joueur préféré de mon petit frère. Mon petit frère, quand il était petit, il avait un maillot de Thierry Henry. Il avait une figurine de Thierry Henry. Il dormait Thierry Henry. Il mangeait Thierry Henry. C'était sa vie entière. Et un jour, il doit passer venir me chercher après le boulot. Et Thierry est là. Et en fait, je vais voir Thierry. Et Thierry est quelqu'un d'adorable. Je dis, écoute, franchement, je n'aime pas faire ça. J'aime pas demander des photos, je l'ai jamais fait, j'ai travaillé avec des joueurs qui sont relativement connus, dont mes potes sont là, mais what ? Mais comment ça ? Et tout. J'ai dit, Thierry, je suis désolée, je peux pas passer à côté, je m'en voudrais peut-être toute ma vie. Il y a mon petit frère qui est là, donc mon frère comprenait pas, je lui ai dit, non, tu viens devant la porte. Il m'a dit, ça va, tu peux marcher jusqu'à la voiture. Non, tu viens devant la porte. Je lui ai dit, je te demande pas de réfléchir, tu m'as dit, et je demande à Thierry, bien sûr, on peut faire une photo et tout. Et en fait, il arrive et mon frère voit Thierry Henry.
- Speaker #0
Du coup, c'est lui qui vous la porte.
- Speaker #1
Ouais, Thierry me fait la porte et je lui dis « frère, regarde comme ça » . Et je sens que mon frère bug. Et là, il est parti en enfance et il y avait mon petit cousin qui venait d'Algérie. Et je me rappelle, les deux, ils étaient comme ça. Et Thierry fait « salut Harris » . Parce que je lui ai dit « comment s'appelait mon petit frère ? » . Et là, mon frère
- Speaker #0
« bonjour, vous allez bien » .
- Speaker #1
Et il était comme un enfant. Du coup, il discute un petit peu de foot. Il demande à mon frère ce qu'il fait, etc. Et à la fin, mon frère étant évidemment gêné et sachant que c'est mon métier, ne demande même pas la photo. Lui, c'est bon, il a vu Thierry Henry, ça suffit. Et là, Thierry lui dit, on va faire une petite photo quand même.
- Speaker #0
Ah non, incroyable.
- Speaker #1
Mais le sourire de mon frère est jusque derrière sa tête sur la photo. Ouais, ouais. Ils étaient comme des gosses et voilà. Et donc moi, je lui dis au revoir à Thierry Henry et mon frère.
- Speaker #0
C'était vraiment lui.
- Speaker #1
C'est ça, on te le dit ?
- Speaker #0
Ouais. Et tu lui as dit « Salut Thierry, à la semaine prochaine » comme si c'était une collègue de la compta ?
- Speaker #1
C'est mon collègue.
- Speaker #0
Je lui dis « C'est mon collègue, il n'est juste pas de la compta, mais... » Je lui dis « Maya, quand je parle à mes collègues, je leur dis « Salut, mais ce n'est pas Thierry Henry. » Et c'était une anecdote assez drôle parce que vraiment, je crois qu'il peut encore m'en parler. De temps en temps, il sort la photo en disant « Finalement, c'est chouette de côtoyer des gens qui travaillent dans la télé. » Mais c'est l'un de nos plus grands privilèges.
- Speaker #1
Surtout, c'est vrai que quand tu es... Quand t'aimes ce milieu déjà de base.
- Speaker #0
Ah bah oui,
- Speaker #1
oui. C'est des figures que t'as dans ta tête depuis que t'es petite. Par contre, c'est vrai qu'il ne faut pas tomber dans le truc de... Pas... Fanatique. Ouais, parce que même pour eux, ça peut être... Pour eux, bien sûr. Ça reste un métier.
- Speaker #0
C'est des consultants, mais je les côtoie toutes les semaines dans les émissions. C'est-à-dire qu'on en a un statut de collègue. Alors oui, ils ont un statut d'experts en foot. Moi, je suis plutôt côté télé. Et j'ai jamais été dans ce fanatisme-là déjà de base. C'est-à-dire que... demain je croise une star que j'aime bien, je suis vraiment pas du style à me dire je vais aller lui demander une photo. Si c'est Zidane, peut-être que je réfléchirais. Ça, c'est autre chose. Ça dépend des stars. Mais Thierry, je lui ai jamais demandé de photo. C'est pas quelque chose qui me... En fait, c'est des humains comme nous et je sais aussi qu'ils le rencontrent. Thierry, une fois, l'une des premières fois, quand il revient en France en tant que consultant, il met presque 40 minutes à traverser une route. Au Parc des Princes ?
- Speaker #1
Franchement, ça doit être pas facile. Il a eu une escorte.
- Speaker #0
Parce que c'est tellement une super star qu'on s'en rend pas compte.
- Speaker #1
Non, on se rend pas compte.
- Speaker #0
On se rend pas compte. Mon frère jouait à ça justement. Il me dit, tu sais que t'as une main, deux ? Ouais, grave. Et il me cite une célébrité, soit dans le foot, soit Tony Parker.
- Speaker #1
Non, mais c'est vrai, c'est un truc de ouf.
- Speaker #0
C'est vrai qu'il y a ce truc-là dans le milieu, dans ce métier-là, de côtoyer des stars du foot que jamais j'aurais approché d'aussi près si j'étais pas dans ce milieu.
- Speaker #1
Et c'est ouf parce que ce qui est bien, c'est que tu ne l'as pas fait pour ça. Non, du tout. Parce que je pense que ça pourrait faire prendre, enfin pas une mauvaise direction, mais tu vas le faire pour la mauvaise chose. Tu l'as fait pour l'amour du métier et l'amour du domaine. Complètement. Et c'est venu, c'est une conséquence en fait, c'est logique.
- Speaker #0
Parce qu'il y a des journalistes qui ne croiseront pas forcément de stars et il y en a qui les côtoieront tout le temps parce qu'ils sont journalistes musiques, ils sont journalistes. Et en fait, c'est un petit milieu. Si tu interviews à chaque tournée un artiste. Beaucoup d'enfants, tu le connais.
- Speaker #1
Bah oui.
- Speaker #0
C'est humain. Je ne dis pas qu'on est tous amis les uns les autres.
- Speaker #1
Oui, mais c'est normal.
- Speaker #0
Mais ça reste humain. Donc forcément, mais c'est sûr qu'en tant que passionnée de foot, moi, quand mes potes, ils ont découvert que Thierry Henry, j'avais son contact, ils ont dit quoi ? Pardon ?
- Speaker #1
C'est une blague.
- Speaker #0
Pardon ? Donc non, non, c'est sûr que ça fait un effet différent aux gens. Et moi, je crois que mon frère, il a mis peut-être deux mois à s'en remettre de cette photo.
- Speaker #1
Ouais, je m'étonne. Il doit toujours l'avoir en tête.
- Speaker #0
Ah ouais, il l'a toujours dans son téléphone et je crois qu'il l'a enregistrée dans plein le cloud pour être sûre de ne pas la perdre.
- Speaker #1
Si jamais elle ne sera jamais fermée.
- Speaker #0
Elle disparaîtra pas.
- Speaker #1
Ok. Maïa, comment tu te prépares ? Déjà, est-ce que tu fais un seul... Alors là, tu es en CDD maintenant pour des saisons, mais au moment où tu faisais vraiment des piges, est-ce que pour chaque pige, tu faisais le même métier ? Ou est-ce que justement tu pouvais être... Tu as cité plusieurs.
- Speaker #0
Pour te répondre, je pouvais être différents types de métiers. Alors moi, je suis toujours restée dans ce qu'on appelle l'édition. La création et la mise en image de ce qu'on va mettre à l'antenne. Travailler dans une régie, c'est ce que j'ai toujours fait. J'ai jamais fait. J'ai jamais été vers des plateaux, etc. J'en ai fait en tant qu'étudiante. J'en ai fait au Club Dessin, qui est une émission sur YouTube, en tant que chroniqueuse dessus. Mais c'est pas ce vers quoi je tendais. Et donc, oui, je pouvais, sur mes piges, travailler en tant que chef d'édition sur une émission, par exemple à Eurosport, et à Canal, être assistante d'édition et fabriquer des éléments. Quand on est à la pige, entre guillemets, il y a deux choses. Au début, on accepte un peu toutes les piges, en se disant, bon,
- Speaker #1
je prends ce qu'il y a.
- Speaker #0
Et c'est logique. Tu te paroles, tu apprends différents sports, parce que j'ai 99% de ma carrière, c'est du foot. J'ai fait un peu de hockey sur glace américain, donc de la NHL. J'ai fait un peu de basket, un peu de tennis chez Eurosport. J'ai quand même touché à d'autres sports, même si ma préférence était pour le foot. Mais en termes de rôle, j'étais soit assistante d'édition, soit chef d'édition, qui est entre guillemets l'évolution. On commence assistant d'édition et on finit chef d'édition. Je ne crois pas connaître un chef d'édition qui n'est pas passé par la case d'assistant d'édition. Mais je connais un paquet de chefs d'édition. qui ont commencé à 600 éditions et qui ont évolué au fur et à mesure de leur carrière.
- Speaker #1
Donc là, aujourd'hui, tu es chef d'édition. Je suis chef d'édition. Pour, du coup, à chaque fois, des contrats de la saison de foot. La saison de foot, c'est un peu hyper calme.
- Speaker #0
Elle commence début ou mi-août et finit fin mai. En tout cas, sur le championnat de France. Et là, cet été, par exemple, il y a la Coupe du Monde qui commencera mi-juin jusqu'à mi-juillet.
- Speaker #1
Ok, donc là, tu vas être au taquet là.
- Speaker #0
Potentiellement, ça encore. J'attends voir pour les opportunités. Parce que ça n'a pas encore été signé. C'est AM6 qui l'a. Ils sont encore en train de construire leurs équipes. Et tu commences par l'antenne et tu finis par ce qu'on appelle la régie.
- Speaker #1
Tu repasses par l'antenne. D'abord,
- Speaker #0
tu mets tes figures, etc. Tu as tes contrats aussi, peut-être. AM6 a des contrats. Et puis c'est pas mal les vacances aussi.
- Speaker #1
Donc en vrai,
- Speaker #0
je ne me mets pas de pression sur la Coupe du Monde. Je ne suis pas chez un diffuseur. Ligue 1+, ça a failli l'avoir. Ils ont négocié l'achat en payant de la compétition. Ils ne l'ont pas eu, c'est BeinSport qui l'a eu. Donc je ne bosserai pas. Officiellement, pour l'instant, je ne bosse pas dessus. Mais je peux être... Mon contrat finit sans fin mai. Je suis libre juin, juillet pour travailler. Et quand je reprendrai avec Ligue 1+, ce sera début ou mi-août. Donc je sais que juin, juillet... Je fais entre guillemets un peu ce que je veux.
- Speaker #1
Ouais, ça c'est cool en vrai. Mais est-ce que du coup, t'as pas ce côté, enfin, pas, tu sais, stress, enfin pas stress, mais, tu sais, de pas savoir, est-ce qu'il y a des moments, parce que des fois on peut se dire, ouais, quand t'as 20 ans, tu t'en fous, peut-être que quand t'en as plus 30, c'est peut-être un peu plus, tu te poses peut-être un peu plus de questions. Ouais,
- Speaker #0
il y a eu une période l'année dernière, alors c'est pas une période de doute, parce que j'avais ma carrière qui était quand même installée, et je m'inquiétais pas plus que ça. Mais je sortais de trois ans de contrat chez Prime Vidéo. Le contrat s'arrête. Il y a un nouveau diffuseur qui arrive, Dazon. Et je ne fais pas partie de cette aventure. Pour Dazon Diverse, je ne fais pas partie de cette aventure. Et je venais de me blesser. Donc personnellement, ça n'allait pas très bien. Je m'étais fait une rupture du tendon d'Achille. J'étais en mode, en fait, tout s'arrête. Je ne pouvais plus quasiment marcher. J'étais en bottes et en béquilles. J'ai plus de travail. Et j'étais là, mais en fait, est-ce que j'ai choisi les... Enfin, j'ai fait les bons choix. Est-ce que... Je suis pigiste. Enfin, j'ai été pigiste. J'ai eu trois ans de contrat et je dépends encore du foot parce que les droits télé dans le foot, je ne suis pas en CDI dans une chaîne qui va faire de la politique et peu importe de quoi on parle. Moi, je dépends d'un diffuseur, d'un droit sportif. En plus, je ne suis pas dans un diffuseur genre l'équipe qui fait plusieurs sports. Là, j'étais très ciblée foot. Donc oui, j'ai un peu... réfléchir, on va dire. Je ne suis pas arrivée à me dire c'est l'apprentissage, je me suis trompée de carrière ou quoi. Mais c'est sûr que ça a été un peu difficile. Et les débuts aussi, ça a été difficile de se dire, en fait, aujourd'hui je travaille, mais si ça se trouve, ils ne me rappelleront jamais. Ou je ne sais pas quand est-ce qu'ils me rappelleront. Parce qu'ils n'ont pas l'obligation de le faire. Après, j'ai eu la chance qu'on m'ait fait confiance à Canal+, qu'on m'ait appelée à RMC et à Eurosport. Et qu'en fait, j'ai jamais, entre guillemets, j'ai commencé donc en 2016. Ça fait plus de dix ans, je n'ai pas passé plus d'un mois sans travailler. Généralement, c'était l'été.
- Speaker #1
Et du coup, tu arrives en plus... Là, toi, tu es en région parisienne. Du coup, en vrai, tu arrives à avoir tout. Même, tu n'as pas besoin de déménager. Oui, oui. Tu es à ton endroit, tout se passe là.
- Speaker #0
J'adore Paris. Je suis fan de cette ville, mais il me manque la mer. Je suis méditerranéenne, il me manque le soleil et la mer dans cette ville.
- Speaker #1
Elle est à quelques kilomètres.
- Speaker #0
Et ma meilleure amie, des fois, me dit, viens, déménage dans le sud. Et je fais, ouais, mais je n'ai pas de boulot dans le sud.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
La télé, le sport français, est à 95%, voire même à 99% à Paris. Donc non, je n'ai pas ce truc-là de me dire qu'il n'y aura pas de boulot. Après, est-ce que c'est exactement ce que j'aimerais ou pas ? C'est sûr que c'est un peu plus compliqué, mais moi, je n'ai pas eu dans ma carrière de difficulté. Au final, l'année dernière, j'ai eu un trou d'un mois. Et après, j'ai repris le début septembre et puis je me suis arrêtée mi-juillet et j'ai repris le 28 juillet. C'est-à-dire que vraiment, j'ai la chance. d'avoir une carrière relativement tranquille, où les gens avec qui je travaille m'ont toujours fait confiance, quels que soient mes employeurs. La preuve, je n'avais pas travaillé pendant trois ans chez Canal, et l'année dernière, ils m'ont repris. En pitch, du coup. Parce qu'ils n'avaient pas besoin de contrat, mais ils avaient besoin de pigistes. Et cette chance-là, c'est aussi grâce à mon réseau et à mes employeurs, avec qui ça s'est toujours plutôt bien passé. Et que c'est juste, je ne suis jamais partie d'un employeur parce que ça s'est mal passé. Je suis partie parce que j'avais une autre opportunité.
- Speaker #1
Oui, puis eux, ils connaissent ce monde-là aussi, donc ils ne se disent pas, ouais, elles me lâchent. Ils savent. Oui, exactement.
- Speaker #0
Et je n'abandonne pas en cours de saison, par exemple. C'est un truc, moi, c'est un principe, que ce soit en pige ou en contrat, à part si vraiment on vient avec un contrat au mois de janvier. Voilà, c'est logique, mais je ne vais pas arrêter. Parce qu'en général, c'est les mêmes émissions. Même quand on est pigiste, on est entre guillemets réguliers sur nos émissions. Donc je ne vais pas les lâcher du jour au lendemain sans les prévenir ou sans leur donner une raison. Donc il y a ce côté-là un peu... On peut stabiliter quand même, qui est rassurant.
- Speaker #1
Oui, tu n'as pas peur de... Non,
- Speaker #0
ça va.
- Speaker #1
Et quelles sont les compétences, les soft skills un peu, qui sont hors technique, du coup ? Parce qu'on voit que ton métier est quand même vachement technique, même déjà sur la connaissance du foot, et puis après, même techniquement, les caméras, les prises de vue, etc. Mais après, on a parlé du réseau, donc je pense que la communication, ça doit un peu faire partie du jeu. Quels sont, selon toi, les... Les trucs les plus importants que tu n'apprends pas à l'école, mais qui sont vraiment, qui soit font partie de toi, soit que tu peux développer, mais vraiment comportemental.
- Speaker #0
Ce métier, déjà, il faut de la curiosité. Si on n'est pas curieux, on ne va pas avoir d'info. Parce que typiquement, l'info, elle vient à nous que si on va la chercher un petit peu. Si ça nous tombe dessus et qu'on est à un moment où il y a un accident de voiture, si je suis journaliste dans une ville, si je n'y étais pas, je ne suis pas au courant, si je n'y vais pas. C'est un peu ce côté-là. Il y a de la curiosité. Il y a de la sociabilité. Il ne faut pas avoir peur des gens parce que on fait un métier... Moi, certes, je suis en régie, mais je peux être techniquement amenée à faire une interview, comme on est en train de faire là. Donc si je ne sais pas poser des questions, si j'ai peur de parler aux gens, c'est un peu compliqué. Donc il y a ce côté-là où il y a des gens timides, ce n'est pas le souci. Après, évidemment, quand on est timide, on ne va pas se retrouver devant à poser des interviews et il y a d'autres façons d'être journaliste. Mais ça, et je pense de la culture. C'est important d'essayer de se cultiver, de toujours se tenir au courant de plein de choses. De l'info, de l'actu, juste d'être informée et éveillée intellectuellement.
- Speaker #1
Et pas que de ton domaine du coup.
- Speaker #0
Pas que de mon domaine, parce que encore moi je me suis spécialisée dans le foot. Mais si je décidais de travailler dans une chaîne d'info continue, il faut que je sois capable de parler autant de politique que de sport, que de musique et du concert de Céline Dion. C'est des choses où, ouais, on est dans l'actu. On est un peu dans l'actu.
- Speaker #1
Je me suis préinscrite. C'est vrai. J'ai tenté, mais...
- Speaker #0
J'ai participé à de nombreuses personnes. Non, moi, je vous laisse ma place. C'est cadeau.
- Speaker #1
C'est gentil, merci.
- Speaker #0
Je me désiste. Il y a l'air d'y avoir un peu de monde. Je me désiste.
- Speaker #1
Juste un peu.
- Speaker #0
Non, mais voilà.
- Speaker #1
Ouais, ok, ok.
- Speaker #0
Donc, je pense que ça, c'est le truc un peu... Si on n'a pas envie d'être curieux, d'apprendre toujours des nouvelles choses, d'apprendre des infos, d'apprendre des trucs.
- Speaker #1
Oui, c'est pas un métier plan-plan où tu te dis, c'est la cache,
- Speaker #0
quoi. Dans le journalisme, c'est pas un métier de bureau. Ouais. Faut pas se dire... Même quand on est en presse écrite et qu'on écrit un article, l'info, encore une fois, elle arrivera pas dans le bureau. Enfin, c'est beau les séries américaines où, ah, il y a une lettre anonyme destinée au journaliste en question. C'est rare. Ouais, très rare. Faut falloir y aller. Et peu importe ce que c'est. Typiquement, moi, par exemple, je suis dans le foot. Je vais... Appeler les clubs, les attachés de presse, et je vais toujours demander une petite indiscrétion. Bon, le joueur, ok, tu l'as déclaré. Il est vraiment dans le groupe ou il ne le sera pas ? Ils le savent que c'est pour préparer mon avant-match et que je ne vais pas balancer l'info. Mais c'est des choses où il y a un truc de confiance, il y a un truc de réseau, où je suis quand même obligée d'aller chercher l'info. J'ai l'info générale. Par exemple, l'entraîneur en conférence de presse dit « Oh, il est incertain, il sera peut-être dans le groupe. » Moi, je vais appeler l'attaché de presse, qui est collé au bec, et je vais dire « Bon, il va bien ou il ne va pas bien ? » Et c'est typiquement le genre d'infos que je peux avoir et que je ne vais pas divulguer. Parce que ça n'a pas mon intérêt et ce n'est pas dans l'intérêt du club. Mais qui vont moins me permettre de travailler et d'anticiper des choses. Donc il y a toujours ce côté-là, un peu recherche et curiosité.
- Speaker #1
Mais ça, tu apprends à le faire, non ? Parce qu'au début, je pense que ce n'est pas évident forcément d'aller...
- Speaker #0
Oui, tu apprends à le faire.
- Speaker #1
C'est au début peut-être que tu n'oses pas, etc. Et puis tu te dis,
- Speaker #0
c'est un club de foot.
- Speaker #1
Ben ouais, je ne vais pas. Tu es là, tu as fait presque.
- Speaker #0
Je ne vais pas, je ne vais pas.
- Speaker #1
Ben oui.
- Speaker #0
Et en fait... ça reste le Paris Saint-Germain, ça reste Lille, ça reste Lens. Oui, mais ils savent qu'on travaille aussi avec eux. Et donc, il y a ce truc-là où tu prends l'expérience, où tu vas parler à des réalisateurs. Moi, dans le foot, c'est des mecs, ils ont fait des Coupes du Monde, des finales de Coupes du Monde. De leur métier, je n'ai rien à leur apprendre. Pour être claire, j'ai tout à apprendre. Par contre, je sais que moi, je vais lui dire, écoute, je sais que toi, tu filmes, mais j'aimerais que tu filmes ce joueur parce que pour mon info, c'est important. Il y a un travail d'équipe. Le réalisateur, c'est lui qui fait le match. par contre si je lui dis lui il s'est blessé il est sorti et c'est important de le montrer en général ils le savent parce que c'est des hommes qui ont l'habitude ils aiment le foot et ils font ça depuis des années mais c'est mon rôle moi en tant que journaliste la différence avec la technique pure c'est que moi je suis la garante journalistique de l'information que ce qu'on regarde ce soit cohérent le réalisateur c'est pas un bon exemple mais on a des opérateurs qu'on appelle LSM qui sont ceux qui envoient l'image à l'antenne C'est-à-dire qu'en gros, tout ce qu'on a préparé, si je te mets un résumé de match, il faut que ça passe par sa machine pour qu'il le mette à l'intérêt. Par contre, lui, il n'est pas obligé de connaître le foot.
- Speaker #1
Oui, grave.
- Speaker #0
C'est le cas, parce que c'est un sport populaire, etc. C'est des gens qui travaillent là-dedans, qui aiment ça. Mais si lui, il se trompe, par exemple, de joueur que je lui ai demandé de suivre Dembélé et qu'il a suivi un autre joueur, c'est moi la fautive, c'est pas lui. Parce que c'est pas son rôle d'être certain que c'est Dembélé. Je prends l'exemple extrême parce que tu vas te dire, mais tout le monde connaît Mbappé. Oui, mais lui n'est pas obligé de le connaître. C'est-à-dire que s'il le connaît pas, il y a forcément un journaliste, en l'occurrence dans une régie, en général, c'est un assistant d'édition, parce que le chef d'édition est déjà à l'oreillette, il parle à la pub, il parle au réalisateur, il y a tout le monde à driver. Donc l'assistant d'édition est là pour s'assurer. C'est le bon joueur à l'antenne, que c'est le bon truc, etc.
- Speaker #1
Est-ce que tes journées de travail passent vite ?
- Speaker #0
Alors, oui et non.
- Speaker #1
Ah ouais ?
- Speaker #0
En général, si. Ouais, j'avais l'impression que du coup,
- Speaker #1
tu dois être... Ah bah, 2000. ... tous les fronts et...
- Speaker #0
Et il y a des fois où, en fait, ta prépa est à peu près, c'est que ta journée est faite et en fait, tu te dis, mais le temps, il passe pas, quoi.
- Speaker #1
Ah !
- Speaker #0
Mais 99% du temps. Ouais, ça passe pas. Tu les vois pas, t'as des réunions de partout, t'as des appels, t'as des trucs.
- Speaker #1
Ouais, t'as des réunions et tout aussi, de préparation. Alors,
- Speaker #0
des réunions de préparation, des réunions de débrief. des réunions d'anticipation et en fait ta semaine moi je suis en repos les mardis et mercredis puis du jeudi au lundi c'est reparti t'es dans un truc où ça va tellement vite après je time pas parce qu'encore une fois j'aime ce que je fais donc j'ai pas la sensation de me dire c'est long ça je trouve ça trop chouette de passer et de pas avoir l'impression de travailler c'est incroyable honnêtement les trois quarts de mes collègues pour certains c'est vraiment des amis proches il y en a certains c'est on se voit en dehors On connaît nos parents respectifs.
- Speaker #1
On est amis.
- Speaker #0
Et même ceux qui sont amis, on s'entend très bien. Il y a une très bonne ambiance, c'est très bon enfant. Forcément, ça aide de travailler dans ces conditions. Sans compter le fait qu'on aime tous le foot, qu'on aime tous ce qu'on fait. Que ça aide.
- Speaker #1
Et du coup, tout à l'heure, tu parlais qu'en 2014, 2013, quand tu étais en deuxième année, tu as fait ton mémoire sur la place de la femme journaliste dans le journalisme sportif. Aujourd'hui, ça en est où ?
- Speaker #0
Ça n'a pas beaucoup évolué, on ne va pas se mentir. On n'est pas beaucoup. On n'est vraiment pas beaucoup dans ce milieu. Je ne vais pas mentir aux filles, je n'ai jamais menti aux jeunes filles. Ce n'est pas facile pour une femme dans ce milieu. Je ne vais pas dire, je n'ai jamais eu de... J'ai déjà eu des petites remarques, j'ai déjà eu des trucs que j'ai dû remettre en place, parce que j'ai un caractère un petit peu trempé. Mais j'ai vu des jeunes filles se faire écraser, parce que... Et encore, la maintenance, il y a beaucoup moins de misogynie, beaucoup moins de trucs. Moi, j'étais encore sur la faim. J'ai eu des phrases perso que certains de mes collègues connaissent, où j'ai dû remettre en place la personne en me disant, mais en fait, tu ne me parles pas comme ça. Ah, mais c'était de l'humour. Je disais, mais ce n'est pas drôle, en fait. Je ne comprends pas, il y a quoi de drôle là-dedans ? Ça fait rire que trois beaufs dans l'affaire. Donc non, c'est pas drôle en fait. Et c'est pas facile, il faut se faire une place. Et il faut surtout se faire une place en se disant moi je ne suis pas là parce que je suis une femme. Je suis là parce que je suis compétente. Moi ça me rend dingue, c'est un combat que certains essayent de mener et à bien, je suis contente de dire il faut plus de femmes. Je l'entends. Je l'entends totalement. Il faut plus de femmes. Mais il ne faut pas une femme pour qu'il y ait une femme. Ça moi, ça m'horripile. Et je sais qu'il y en a certains qui disent ah non mais il faut... Il faut recevoir. Il faut prendre autant de femmes que d'hommes. Je dis pas non. S'il y a 50 candidats hommes et 5 candidats femmes, tu vas pas t'arrêter à 5 candidats hommes sous prétexte qu'il n'y a que 5 femmes. Par contre,
- Speaker #1
s'il y a une femme qui est bonne, il faut la prendre.
- Speaker #0
Exact. Et en fait, moi, c'est pas ça. Je ne suis pas à ce poste-là parce que je suis une femme. Et je refuse qu'on réduise ma carrière à ça en me disant ouais, il fallait un quota. C'est faux. Je suis tout aussi bonne dans mon métier que mes collègues hommes. Et... Et ça, c'est un combat qui est assez difficile à comprendre parce que moi, quand j'arrive, encore une fois, le premier stage, j'ai 18 ans. Le deuxième, j'en ai 20.
- Speaker #1
Ah putain, c'est clair.
- Speaker #0
Puis là, t'arrives dans un milieu...
- Speaker #1
Déjà, t'es jeune.
- Speaker #0
T'es jeune.
- Speaker #1
C'est un milieu d'hommes. T'es pas formé.
- Speaker #0
T'as 99% d'hommes. Les trois quarts, ils ont plus de 35 ou 40 ans. Ils pourraient tous être ton père. Et toi, il faut que tu sois dans un milieu où tu dois t'imposer, montrer tes capacités, déjà de journaliste, et ta connaissance du foot. Donc déjà, pour qu'on te prenne au sérieux... Je dis pas, j'ai pas eu de manque de légitimité. Mais je sais qu'on est plus défiés, on est plus attendus au tournoi. Entre stagiaires, si une fille fait une connerie sur un truc de foot, tu peux en entendre parler pendant six mois.
- Speaker #1
Alors que c'est un mec, la phrase... Ah ouais,
- Speaker #0
mais j'ai compris.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Bah ouais, mais non. Et ça, c'est un truc que j'ai très vite, moi... Enfin, j'ai jamais laissé passer. C'est un truc que je n'ai jamais laissé passer. Je suis pas là parce que je suis une fille. Je pense que je connais le foot très très bien. Et je l'ai prouvé, j'ai... J'ai dû le prouver, peut-être un peu plus qu'un homme. J'ai eu la chance d'avoir beaucoup de collègues bienveillants. Oui,
- Speaker #1
bien sûr.
- Speaker #0
Mais quand j'entends les histoires de certaines filles, ce n'est pas forcément moi de les raconter, mais tu dis, ouais, j'ai eu de la chance d'avoir du caractère. J'ai eu de la chance. Moi, j'ai déjà eu un souci au début de ma carrière. Je suis rentrée plus tôt du boulot et mon père me dit « Oulà, c'est bizarre. » Et là, il me dit « Ça va ? » Je dis « Ouais, ouais, je peux pas te raconter parce que je pense que tu vas vriller. » J'ai réglé ce truc en interne. Pendant un moment, je me suis dit « Ça allait tellement loin que si ça se trouve, c'est moi qui vais virer parce qu'au final, non. » Mais il faut pas se laisser faire. Il faut savoir s'imposer. Il faut savoir aussi, entre guillemets, rester à sa place. Parce qu'il faut pas trop en faire non plus.
- Speaker #1
Ouais, ouais, faut pas exagérer le trait. Il faut peut-être être juste, mais par contre savoir... quand ça va trop loin.
- Speaker #0
Exact. Et moi, c'est un truc... Mais ça, je pense que c'est propre aussi à toutes les femmes dans la société.
- Speaker #1
Oui, je pense que c'est...
- Speaker #0
Et c'est en train d'être le cas de ne pas laisser les choses, de ne pas accepter des choses qu'on n'accepte pas. Et moi, je suis même capable de faire la réflexion à quelqu'un pour quelqu'un d'autre. Oui,
- Speaker #1
si tu sens que la personne, elle ne va pas au-dessus...
- Speaker #0
Parce que, encore une fois, comme je te disais, dans une régie, je peux être parfois la seule femme. Avec 25 mecs.
- Speaker #1
Mais sur combien ?
- Speaker #0
On est une trentaine par exemple. Et je peux être la seule femme. Et il y a beaucoup de techniciens. Et moi j'ai souvenir dans une régie où il y a un technicien qui me fait une vanne. Et moi je suis même pas concentrée que lui. Je suis concentrée par un autre truc. Et j'entends une réflexion complètement sexiste. Et c'est même pas moi qui réagis. C'est un de mes collègues. Mais d'un calme. Il a vigné. Il m'a regardé. Je lui ai dit mais qu'est-ce qu'il se passe ? On a entendu ce qu'il t'a dit. Non, ça va se passer. Et il a engueulé. Mais comme un enfant. Ah bah non, je disais ça en rigolant, j'aurais pu dire ça à ma fille. Il dit, c'est très malsain, que ce soit à elle ou à ta fille. Et il a dit, mais remets-toi en question. Et donc, j'ai eu la chance aussi d'avoir des collègues. Mais c'est sûr qu'il ne faut pas laisser passer. Et la nouvelle génération laisse de moins en moins de choses passer. Donc, tant mieux. Mais c'est sûr que pour une femme, il faut s'imposer un peu plus. Il ne faut pas se dire, on est là parce qu'on est des filles, ou on est là parce qu'on est sans physique. C'est dur. Il y a des filles qui sont très jolies,
- Speaker #1
qui doivent juste y aller.
- Speaker #0
Elles ne sont pas là pour leur physique. Ça,
- Speaker #1
c'est ouf.
- Speaker #0
Ça ne va pas ?
- Speaker #1
Bah ouais.
- Speaker #0
Ah si si ! Et à côté, on va dire c'est une très jolie fille, on va la mettre à la télé. C'est pas ça.
- Speaker #1
Il y a eu de ça.
- Speaker #0
Je pense qu'il y en a de moins en moins que celles qui sont maintenant à l'antenne sont compétentes. Elles sont très compétentes. Mais il y a eu de ça, évidemment. Au début de ma carrière, elle passerait bien à l'antenne. Mais elle sait parler de quoi ? Elle connaît le sujet.
- Speaker #1
Je trouve qu'elle n'a peut-être pas envie d'être parlante non plus. Et de nous,
- Speaker #0
est-ce qu'elle connaît le sujet ? Ils sont... Je sais que la société attend des standards,
- Speaker #1
mais c'est pas le but. Ouais, ça, je pense que ça évolue quand même. Ça, ça a évolué. Ça,
- Speaker #0
ça a des choses qui ont évolué. Mais ça reste un truc où forcément, là, tu vois, on est, je sais pas, on est 12, 14 en contrat en tant que journaliste et on est deux femmes.
- Speaker #1
C'est ouf.
- Speaker #0
Tu vois ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Donc, mais bon, après, on a l'habitude. Moi, j'ai toujours été quelqu'un qui a beaucoup d'amis garçons, qui a des amis de filles. Je suis pas du genre à calculer. Mais c'est vrai que des fois, je leur dis, mais je suis là. Ah ouais, mais c'est vrai que ce n'est pas un garçon. Oui, je ne suis pas un garçon. Oui,
- Speaker #1
je suis au courant.
- Speaker #0
Je ne suis pas un garçon. Je sais que vous avez oublié, mais que tout va bien et que je ne suis pas prise de tête, que je ne me prends pas la tête et que je ne suis pas... Après, c'est ma nature. Mais c'est sûr que, et pour eux et pour moi, au début, c'est...
- Speaker #1
Ah ouais, c'est clair.
- Speaker #0
Maintenant, ça commence un peu à se divertifier. Mais dans le foot, on reste malheureusement minoritaire. Mais encore une fois, c'est une question d'intérêt.
- Speaker #1
Ouais. C'est clair. Non, mais oui. si on regarde la proportion moi j'ai une copine qui est sortie dans Master Sport c'était la seule fille parmi 35 après tu peux pas retrouver la proportion du coup dans les métiers c'est pas possible si il y a une fille sur une promo de sport sur 35 on peut pas demander à ce qu'il y ait plus d'une fille sur 35 dans une rédaction mais
- Speaker #0
encore une fois c'est desservir les femmes dans cette profession que de dire mettez des femmes pour mettre des femmes il faut de la parité, c'est pas possible je vais aller dans un cliché le plus absolu dans l'esthétique il n'y a pas la parité je suis désolée de tomber dans ce cliché là c'est un milieu de majoritairement de femmes bah on va pas demander la parité dans l'autre sens bah non par contre ça c'est un truc que je demande je veux le même salaire que mes collègues il n'y a pas de raison que j'ai une différence salariale parce que je suis une femme il n'y a pas de raison que potentiellement s'il y a congé maternel non on calcule pas ce genre de choses vous calculez pas ça pour un homme vous calculez pas ça pour une femme Hum. C'est juste le truc un peu qu'il faut mettre en place. Mais moi, je n'ai pas eu ce souci-là. Donc, ça va.
- Speaker #1
Et tu te vois-tu un jour ou pas à l'antenne ? Enfin, à l'antenne, ça veut bien dire... Oui, à l'antenne,
- Speaker #0
c'est devant la caméra.
- Speaker #1
Tu te vois un jour à l'antenne ou pas ? C'est un truc que tu aimerais ou tu sais... En fait,
- Speaker #0
ce n'est pas quelque chose que je n'aimerais pas. Parce que j'ai des collègues qui sont...
- Speaker #1
Ouais, catégoriques et c'est mort.
- Speaker #0
Je ne poserais pas devant une caméra. C'est un truc qui ne me dérangerait pas. C'est un truc qui me... C'est ton rêve. Voilà, ça n'a jamais été mon rêve. très contente dans ce que je fais j'aime beaucoup être dans le coeur du réacteur c'est autre chose dire que les gens pour eux ah ouais t'es journaliste on ne voit pas on n'entend pas Moi, j'irais plus vers de la voix, soit des sujets, soit de la radio, soit de la voix off. Quelque chose qui me plairait plus que forcément d'être devant une caméra. Après, c'est un métier auquel je n'ai pas été formée devant la caméra. Donc, je ne sais pas exactement si j'aimerais, j'aimerais pas ou quoi, tu vois. Mais pourquoi pas ? On verra bien. Peut-être que ce podcast va lancer ma carrière devant la caméra.
- Speaker #1
Ok. Et du coup, dans le même trait que tu... T'as une vision un peu de ce que tu veux dans ta carrière ou tu te laisses un peu entre guillemets porter en fonction des opportunités ?
- Speaker #0
Je me laisse porter en fonction des opportunités. Je sais que le rôle de chef d'édition, c'est quelque chose que j'aime beaucoup. Le but, moi, c'est que j'aime apprendre. J'aime apprendre de nouvelles choses, j'aime évoluer. J'ai jamais eu la sensation en dix ans de stagner dans ma carrière. Donc, pour l'instant, je me laisse porter et je me laisse voir où ça finit. Après, je sais que c'est forcément quelque chose qui est prenant. Est-ce que je garderai ce rythme-là si un jour je suis maman ? Je ne sais pas. C'est forcément plus compliqué pour avoir une vie de famille, une vie perso. Tu n'es pas là trois jours par semaine. En tout cas, même si tu es à Paris, tu sors à 14h de chez toi et tu rentres les minuites, demi-une heure. Tout le monde ne t'attend pas. Tu le sais très bien, pour arriver à des anniversaires en retard, pour arriver à des trucs. Forcément, la vie sociale est différente. Je ne sais pas si je garderai ça sur 40 ans. Maintenant, c'est trois jours par semaine. Les deux autres jours de travail, c'est des horaires normaux. Donc voilà, c'est un équilibre à trouver. Pour l'instant, je me laisse porter.
- Speaker #1
Ça te va ?
- Speaker #0
Ouais, franchement.
- Speaker #1
Et du coup, le travail, tu le vois comment par rapport à la vie ? Parce que tu vois, il y a des gens qui vont se dire, par exemple, moi, le travail, c'est vraiment le travail. Je fais mes horaires et ça me convient. Et après, je pense que quand tu as un travail passion, ça fait forcément partie de ta vie. Mais du coup, toi, tu le prends vraiment comme ça. Tu ne te verrais pas ne pas travailler, par exemple.
- Speaker #0
Ah non ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Alors non. Mais moi, on fait la blague. Je dis, mais demain, je tombe sur l'euro million. Peut-être des choses qui changeront dans mon habitude. Mais vous me verrez toujours aller bosser. Enfin, je ne dis pas que je bosserai cinq jours par semaine.
- Speaker #1
Oui, tu t'adapterais.
- Speaker #0
Tu prends des choses différemment. Tu ferais peut-être d'autres choses. Mais j'aime ce que je fais. Je ne fais pas ça pour gagner un salaire. Tu vois ? Oui, on ne va pas se mentir. Ce n'est pas ça gratuitement qu'on va dégoler non plus. Mais j'aime mon métier. Je ne suis pas dans un truc où je suis capable de rater. Je vais dire un début de soirée parce que je bosse. Ça me dérange. Mais absolument pas. Et mon entourage, mes amis, savent.
- Speaker #1
Bien sûr, le savent, elles comprennent.
- Speaker #0
Maya, tu lui proposes une soirée qui commence à 19h un samedi. Il y a 30% de chance qu'elle arrive à 23h30 minuit. Je suis comme ça. Mais ça, au début, ça a été dur. Tu sors de la fac, tu vois tes potes tout le temps.
- Speaker #1
Ouais, c'est vrai.
- Speaker #0
Puis t'as plus de week-end. Puis tu joues toute semaine. Puis il y a des périodes où pendant un mois et demi, tu bosses tous les jours. Donc tu leur dis, en fait, je suis cuite, vous allez pas me voir.
- Speaker #1
Oui, et puis en plus, même si t'as un jour de repos là-dedans,
- Speaker #0
tu dors. Je vais pas dire que le travail, c'est toute ma vie, c'est faux, parce qu'il y a d'autres choses plus importantes, évidemment. Mais c'est pas un fardeau pour moi. Je suis pas en mode, ah, c'est bon, j'ai fini mes cinq jours, j'arrête. Parce que les jours de repos, par exemple, le mardi-mercredi, c'est les jours de la Ligue des champions, qui est devant un match de foot. C'est bon, c'est pas mal.
- Speaker #1
T'as pas regardé un jour la Ligue des champions et tout ?
- Speaker #0
J'ai bossé sur la Ligue des champions. Ah t'as bossé sur la Ligue des champions ? Ouais j'ai fait la Ligue des champions, j'ai fait la première Ligue, j'ai fait le championnat de France, j'ai fait le championnat d'Espagne.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
J'ai pas encore fait la Coupe du Monde. J'ai fait l'Euro.
- Speaker #1
Ok. Ah oui oui donc. J'ai fait l'Euro. Il reste la Coupe du Monde quoi.
- Speaker #0
Voilà, certains m'entendent. Non mais c'est différent quand t'es en télé, c'est pas des objectifs que tu te donnes.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Contre. J'ai assisté en tant que spectatrice au stade à la finale Ligue des Champions au stade de France. Ça, c'était un check goal. Ça, c'est validé dans ma liste. Ça, c'est un privilège que tu n'as pas dans ta vie. Ou que tu as très peu. Donc ça, c'est plus des objectifs de passionnés. Pas par rapport à mon métier. Mais j'ai eu la chance, via des connaissances, d'avoir des places offertes pour une finale Ligue des Champions.
- Speaker #1
C'est incroyable.
- Speaker #0
Le réel Liverpool, je m'en souviens comme si c'était hier. Pourtant, je ne supporte ni le réel ni Liverpool. Mais c'est une finale Ligue des Champions.
- Speaker #1
Tu m'étonnes.
- Speaker #0
Donc non, je n'ai pas ces objectifs-là de me dire « Ah, il faut que je bosse sur telle ou telle compétition. » Et puis, je suis quelqu'un qui adore le championnat de France. Ça fait rire mes proches, mes potes. « Il y a ton championnat, il n'y a nulle. » Moi, ça me fait plaisir. Moi, j'aime bien. Laissez-moi tranquille. Voilà, laissez-moi tranquille. J'aime bien ce championnat, j'aime bien ce que je fais. Donc non, non, ça va.
- Speaker #1
Ok, trop cool. Et qu'est-ce que tu dirais à un jeune qui ne sait pas trop ? Alors, toi, tu savais ce que tu voulais faire. Alors, je vais tourner ma question différemment, du coup. pas forcément qu'il ne sait pas ce qu'il veut faire mais qui a en tête un métier passion et qui tu sais du coup il est un peu obnubilé par ça et qui a du coup peur de se foirer typiquement c'est de foncer parce que si tu ne vas pas
- Speaker #0
Tu vas juste revenir avec des regrets. Si tu y vas et que tu te foires, c'est pas grave. Quand on te foire, quand t'as 20, 25, 30 ans, t'es encore jeune.
- Speaker #1
C'est pas grave.
- Speaker #0
Faut arrêter de se dire j'ai 30 ans, je sais pas ce que... C'est pas grave. C'est quoi 30 ans pour quelqu'un qui peut vivre 80, 90 ans ? Et est-ce que c'est pas mieux de foncer, de se foirer, de se dire « Bon, ça n'a pas marché là-dedans, mais c'était ma passion » , plutôt que d'aller travailler dans un bureau, de ne pas aimer ce qu'on fait et de se dire toute sa vie « Et si ? » . Ça, pour moi, je crois que c'est le pire truc de vivre avec des regrets. C'est de se dire « Mais non, en fait, j'aurais dû... Oh là là, ça, c'est pas possible » . Donc, un jeune qui a une passion... Alors, forcément, évidemment, on va se dire « Il faut un salaire, il faut un truc » . Ouais, mais si ça marche, là, t'as tout gagné.
- Speaker #1
Ouais, bah oui, tout bénéfique.
- Speaker #0
Pour moi, faut tenter. Je peux pas dire à quelqu'un, « Ah non, mais réfléchis, va faire un travail sécure. » Non. T'es passionné de musique ? Fonce. T'es passionné de sport ? Fonce. En fait, on a tous des passions dans la vie. Alors oui, il y a des passions qui... Si c'est sûr que ta passion, c'est de regarder des mangas toute la journée, je suis pas certaine que ça rapporte de l'argent.
- Speaker #1
Quoi ? Il y a une passion ? Oui.
- Speaker #0
pas il y a un truc à développer là dedans tu vois typiquement hier j'étais à la finale de E-League 1 de football de FIFA, enfin FIFA qui s'appelle EA maintenant et je me suis gentiment moqué de mon frère en fait je lui ai dit mais en fait tant qu'à faire toutes les heures que t'as passé sur cette play t'aurais pas pu en faire un métier et tu te dis bah en fait tu sais quand t'es parent mon gosse il va pas faire ça son price money c'était 60 000 euros Donc, ouais, ok. Lui, il était passionné de ce qu'il faisait. Je n'en sais rien, je ne lui ai pas parlé. Je ne sais pas si c'est son métier, je ne sais pas si c'est que ce qu'il fait. Mais en fait, on est tellement dans une période où tout peut te faire vivre, tout peut te porter. En fait, ça n'a pas de prix de travailler dans un truc que tu aimes.
- Speaker #1
Mais par contre, il faut se donner,
- Speaker #0
je pense. Mais peu importe ce que tu fais dans la vie, pour moi, il faut... Tu ne peux pas faire les choses à moitié.
- Speaker #1
Ouais, je suis d'accord avec toi, mais je pense qu'il y a des métiers et des domaines où tu peux être plus en mode... où tu n'as pas besoin, pas de te donner autant, mais où tu vas avoir besoin peut-être de moins d'acharnement. C'est possible, oui, mais c'est... C'est des métiers plus classiques. Je ne sais pas, je dis une connerie et il n'y a absolument aucun jugement là-dessus, mais par exemple, je ne sais pas, une secrétaire médicale ou un secrétaire médical, peut-être que lui, il n'a pas besoin, le soir en rencontre, lui, il n'a pas besoin de retaffer son truc, etc. Après,
- Speaker #0
moi, typiquement, je consacre beaucoup d'heures à mon travail sur site, mais une fois que je suis en repos, je suis en repos. Oui,
- Speaker #1
tu es en repos.
- Speaker #0
Je n'ai pas la sensation de travailler 7 jours sur 7. Bon, il y a l'expérience, il y a le truc. Mais pour reprendre ton exemple de la secrétaire médicale, oui, mais si elle est passionnée par ce qu'elle fait, elle va bien le faire. Quand je dis passionnée dans son sens, ce n'est pas forcément un métier passion dans le sens où c'est la passion que j'avais quand j'étais petite, donc j'en ai fait mon métier. C'est plus dans le truc de se dire, je travaille dans quelque chose qui me plaît. Qui me plaît et je n'ai pas l'impression. Voilà, quelqu'un qui aime les voitures, que ce soit un mécanicien ou un vendeur ou un truc, si tous les jours il voit des voitures, il est content.
- Speaker #1
Oui, ça va, tu as raison.
- Speaker #0
Tu vois, c'est typiquement dans ce truc-là. Moi, j'ai une petite cousine qui est en études de médecine. Ça me fascine à quel point elle est passionnée. Dès qu'on lui dit une douleur, bon, on a tous les cancers du monde qui suivent derrière parce qu'on a toutes les options de mort possible qui arrivent. Mais elle est tellement passionnée par le corps humain, par le cerveau, que je la regarde et je dis, mais en fait, elle a trouvé sa voie.
- Speaker #1
Ouais, ouais, tu le sais, de toute façon, tu le sens.
- Speaker #0
Et pourtant, sa première passion initiale, c'est les échecs. Rien à voir avec la médecine.
- Speaker #1
Ouais, non,
- Speaker #0
effectivement. Et en fait... elle va faire un métier, forcément, qui va la faire vibrer. Moi, c'est dans ce sens-là que je donnerais le conseil aux jeunes de dire, peu importe ce que tu fais, tant que tu le fais en sachant que tu vas le faire bien et que tu vas te prendre du plaisir à faire ce que tu fais, t'as gagné. Oui, on travaille. Bien sûr que je suis consciente que quand je suis dans une réunion de deux heures et demie, je suis au boulot. J'en suis bien, bien consciente. Mais ça ne me dérange pas. Parce que j'ai tous les à-côtés qui me plaisent, les déplacements, les trucs.
- Speaker #1
De toute façon, ça peut pas être sans du kiff, même si t'aimes ton métier, il y a des contraintes.
- Speaker #0
Il y a des jours où t'es fatiguée, il y a des jours où t'as pas envie. Je me suis mal levée, j'arrive, je fais la gueule, mes collègues ils font oula. Ils le savent, et au plus moi tout s'écrit sur ma tête, ils le savent. Mais c'est pas pour autant que je vais changer de métier et que j'aime pas ce que je fais. Parce que mes autres collègues, ils m'auraient vu dans cette tête-là tous les jours si je faisais pas quelque chose que j'aimais.
- Speaker #1
Ouais, exactement, voilà, c'est ça.
- Speaker #0
Tu vois, de te dire, bon bah j'en ai marre, je vais poser un arrêt maladie de trois semaines. Quand tu fais quelque chose qui te plaît, ou allez, je vais vulgariser en disant qui ne te dérange pas, tu n'as pas l'impression que ce soit une corvée continue. Je suis d'accord. Et pourtant, j'ai un métier à énorme pression, avec beaucoup d'attentes, que ce soit de mes dirigeants ou même des gens. Une erreur à l'antenne, ne t'inquiète pas, il y a les tweets, il y a les trucs, il y a les réseaux.
- Speaker #1
C'est très fun ! T'as déjà eu un truc comme ça ? Ou bien sûr, les gens, ils savent pas que c'est toi, mais... Oui ! Ou toi,
- Speaker #0
tu vois ? Et mon responsable qui me regarde et qui fait...
- Speaker #1
Je sais ! Toi, tu sais que c'est toi ? Je sais ! Y a pas ton nom parce que...
- Speaker #0
Ou même des fois, y a mon nom, y a des fois où je suis citée.
- Speaker #1
Mais non, trop drôle !
- Speaker #0
Bon, après, j'en ai pas fait des boulettes, mais quand j'étais jeune, j'étais physique, et il me la ressort encore, c'était mon ancien responsable de stage à Canal. J'avais donc, on faisait une guirlande de buts, donc c'était tous les buts de la soirée. J'en ai oublié un. Mais parce qu'il y avait eu beaucoup de buts ! Et il me la ressort et ça arrive. Il se doute que je l'ai pas fait exprès. Alors que dans le coup il m'a un peu engueulé quand même, ce qui est logique. C'était son rôle mais mais sur le coup tu fais ah, oups. Et puis bah y'a des gens qui vont s'en rendre compte. Et puis des fois le présentateur, là c'était un truc avec de la musique donc ça allait. Et y'a des fois tu vas oublier un but mais le présentateur il est en train de raconter l'histoire. Et il fait et il manque le deuxième but de... Et là tu fais oh merde pardon pour les gros... Là tu fais oups et non forcément et c'est pour ça qu'il y a aussi des échelles d'assistants d'édition, qu'il y a un chef d'édition qu'il y a un rédacteur en chef,
- Speaker #1
qu'il y a un directeur de rédaction alors oui on nous fait confiance mais de toute façon comme partout tu te trompes à un moment donné,
- Speaker #0
ça peut arriver tu te mets un document, tu te mets un truc combien de fois j'ai envoyé une mail sans pieds jouants Et la pièce joint, c'était le truc le plus important du mail. Voilà, c'est un peu ce schématique. Oui, ça a un impact antenne, mais il y a des impacts un peu plus gros. C'est sûr que si je fais une fake news à l'antenne,
- Speaker #1
là,
- Speaker #0
je risque mon métier. Si j'oublie un but, je prendrais un petit savon,
- Speaker #1
mais ça ne passe pas.
- Speaker #0
Et je mettrais un petit savon si quelqu'un a oublié un but.
- Speaker #1
Mais oui, ça ne passe pas. Et dernière question, qu'est-ce que tu dirais à la petite Maya ? 13, 14 ans.
- Speaker #0
Elle a bien fait de ne pas écouter sa conseillère d'orientation. On revient donc à elle. De croire en soi. Parce que ça a été difficile dans le sens où j'ai 17 ans, j'ai 18 ans, je suis en stage de Canal+. Mais viens, on va en soirée.
- Speaker #1
Ça a été des sacrifices.
- Speaker #0
Je dirais à la petite Maya qu'il faut se préparer. Parce qu'il y a des sacrifices. Il y a des choses qui ne vont pas tomber du ciel. mais que ça vaut le coup que ça vaut le coup que même si tes potes de l'époque ils t'ont lâché ceux qui sont là maintenant c'est les vrais et que tous les sacrifices que t'as fait il y en a certains qui les ont pas fait et qui les regrettent et que pour l'instant il n'y a pas grand chose que je regrette dans le parcours de la petite Maya jusque là incroyable,
- Speaker #1
merci beaucoup Maya merci à toi de m'avoir accueillie et on se retrouve peut-être dans quelques années avec grand plaisir merci beaucoup ciao