Speaker #0Bienvenue dans ce nouvel épisode de Mimesis, le podcast qui nous met à l'écoute du vivant, qui parle de la vie au travail, de sens et d'interactions, et parfois de plantes grasses. Aujourd'hui, nous allons parler d'adaptation, de résilience, et d'une star méconnue du développement professionnel : le cactus. Parfois, le bureau ressemble plus au Sahara qu'un open space animé et florissant de projets. Les températures émotionnelles montent vite ou peuvent frôler le glaciam, et certains collègues se font aussi piquants que les épines d'un Opuntia. Alors, comment faire pour ne pas se dessécher ? Comment continuer à grandir dans un environnement sec, agité, brûlant ou glacial, au terrain relationnel pauvre, voire hostile ? Et bien comme souvent, la nature a quelques solutions. Je vous propose un voyage au pays des cactus, ces survivants de l'extrême qui ont beaucoup à nous apprendre sur la vie au travail.
8h37. Sonia, chef de projet, a déjà reçu 12 nouveaux mails marqués "urgent", dont 5 envoyés ce week-end. Sur son bureau, plusieurs dossiers à traiter attendent déjà. La pile s'élève jour après jour, un millefeuille de sujets à traiter ASAP. À 9h05, on lui annonce une réunion de crise pour 9h15. Elle pensait attraper un café avant le tunnel de la journée... Le café va attendre. Depuis six mois, tout est prioritaire. Plus de respiration, plus de priorisation, plus de perspective. C'est le tourbillon permanent. Elle enchaîne réunions et analyses toute la journée, jusque très tard. Régulièrement, des tensions surgissent, et certains perdent leur sang-froid. Déjà trois collègues en arrêt maladie, dont il faut rattraper les urgences aussi. L'autre jour, son binôme l'a attaquée sur un dossier en pleine réunion, injustement. Elle en a mal dormi pendant plusieurs nuits. Parfois, elle oublie même d'aller manger. L'épuisement guette.
Les cactus pratiquent la photosynthèse CAM, C-A-M pour métabolisme acide crassulacéen. Ça veut dire qu'ils ouvrent leurs pores, qu'on appelle des stomates, pendant la nuit, quand il fait plus frais et que l'évaporation est plus faible, pour absorber le CO2. Puis, ils ferment les stomates le jour pour limiter les pertes. Cela leur permet de respirer, de produire de l'énergie tout en préservant l'eau. Et si on faisait pareil ? Pas fermer ses pores - bon, chacun fait ce qu'il veut de sa peau ! - mais choisir quand s'ouvrir et quand économiser son énergie. Sonia a compris qu'elle doit rapidement réagir pour ne pas se cramer. Dans le désert brûlant de l'urgence permanente qui met tout le monde en surchauffe, elle ne trouve plus le temps pour réfléchir, pour se parler, encore moins pour travailler ensemble sur l'efficience des projets. Elle décide alors de tester cette stratégie cactus: elle ferme ses stomates émotionnels pendant les réunions inutiles, note calmement, trie l'essentiel du superflu et garde son eau, son énergie, pour les décisions qui comptent. Dans un environnement de travail tendu, il y a des conversations où tu gagnes à fermer tes stomates. Quand tout est pour avant-hier, quand la réunion tourne à la joute verbale... Face au déferlement d'urgences et aux tensions ambiantes, la sobriété émotionnelle devient un bouclier salutaire. Fermer ses stomates, c'est refuser de gaspiller son eau intérieure, c'est dire « je ne vais pas transpirer pour ça ». C'est limiter les discussions énergivores, rester calme face aux esprits qui s'échauffent. C'est reprendre les urgences et oser les prioriser et temporiser, prendre les points un par un. Les meilleurs survivants ne sont pas ceux qui donnent tout en permanence, mais ceux qui savent doser. Et puis le soir venu, on rouvre tout. Respirer, marcher en extérieur, tu te reconnectes à ce qui te fait du bien, à tes proches, ton humour, ta musique ou ton podcast préféré, ton chat. La première astuce cactus ici c'est : garde ton eau pour ce qui te fait vraiment fleurir.
Les épines, ah les épines ! Elles donnent au cactus ce petit look rock et dissuasif qui semble dire « ne m'approche pas trop, je pique ! » Les épines sont les feuilles du cactus. Il les a réduites à la surface minimum pour limiter la perte d'eau et éviter qu'un animal ne vienne le croquer pour son eau. Mais elles font plus que ça : elles créent une zone d'air plus fraîche autour de la tige, un microclimat bien à elle qui lui permet de ne pas se dessécher. Au travail, c'est pareil : tes épines, ce sont tes limites saines. Apprendre à dire non sans culpabiliser, refuser de traiter sur le champ ce mail urgent envoyé un vendredi à 19h19 alors que ta séance de sport démarre dans un quart d'heure, apprendre à te protéger tout en restant pro, bien sûr, et humain. Et comme les épines du cactus, tes limites peuvent aussi protéger les autres : quand tu dis non à la surcharge, tu montres l'exemple. L'astuce cactus : un Non bien placé vaut mieux qu'un oui qui t'épuise.
Anthony vient d'arriver dans une grande entreprise industrielle. Jeune ingénieur brillant, il avait l'impression de réaliser son rêve en intégrant ce groupe renommé, séduit de participer à la transition énergétique qui lui tient tant à cœur. Sauf que la froide réalité l'a vite rattrapé : son équipe est éclatée sur trois sites, son manager est tout le temps en déplacement, et les réunions d'équipe (quand elles se font!) se déroulent en visio toutes caméras éteintes. Alors il avance de son mieux, souvent seul dans un open space peu fréquenté. Chaque semaine, il envoie son point d'avancement, avec le rapport des sujets traités et la proposition de nouvelles idées. Chaque semaine, il attend. Il espère un retour, un échange, une critique. Mais c'est le silence. Pas de feedback, ni positif ni négatif. Juste le fameux « ok, merci à tous » à la fin du mail collectif que son manager adresse à toute l'équipe en fin de semaine. Le désert ici n'est pas brûlant, il est glacial. Pas de lumière, pas d'écho, ni de reconnaissance. Le côté relationnel est à sec, la stimulation intellectuelle l'unité.
Les cactus ont des tiges épaisses qui servent de réservoir d'eau. Après de rares pluies, ils peuvent absorber et retenir des quantités importantes d'eau. Ils gonflent, emmagasinent, se préparent à la disette. C'est le secret de leur autonomie. Au travail, c'est pareil : les moments de calme, d'inspiration, d'apprentissage ne sont pas du luxe, ce sont des pluies de saison. C'est là que tu remplis ton réservoir intérieur. Ça peut passer par de la formation, de la veille, de la lecture, une créativité personnelle, la qualité du sommeil. Astuce cactus : apprends à ne pas dépendre entièrement des pluies extérieures.
Certaines espèces, comme la Copiapora du désert d'Atacama, vivent littéralement sans pluie. Elles survivent en capturant la brume. Leurs épines condensent les gouttelettes d'humidité de l'air et l'eau glisse jusqu'à leurs racines. Magnifique, non ? Au bureau, c'est la même chose. Parfois, il n'y a aucune pluie visible. Pas de reconnaissance, pas de primes, pas de sens. Mais si tu sais capter la brume, tu peux survivre. La brume, c'est ce sourire d'un collègue, le café volé de deux minutes de calme, un message de remerciement d'un client, ou cette fameuse formation qui te permet de partager avec d'autres collègues que tu croises peu souvent. Un jour, face au silence assourdissant dans lequel il se sentait dépérir, Anthony décide de créer son propre écosystème : il organise un café virtuel entre collègues, il partage une vieille métier. Un autre jour, il pose des questions aux collègues du bureau d'à côté, propose son aide. Petit à petit, il fait tomber quelques caméras noires. Et il décide de parler ouvertement à son manager pour susciter plus d'échanges. Il a capté la brume invisible de l'humain là où il n'y avait que de la glace. Astuce cactus : apprends à capter l'humidité là où les autres ne voient que le vide.
Sous la surface, le cactus a deux stratégies. Des racines fines pour absorber l'eau de surface à la moindre averse et parfois une racine pivot profonde pour aller chercher l'eau rare. Au bureau, il faut aussi des liens de surface, nombreux et légers : la collègue du service compta, le stagiaire motivé, le groupe d'échange de pratiques que la RH vient de mettre en place. Ces connexions, bien que ponctuelles ou superficielles, n'en sont pas moins nourrissantes. Mais il te faut aussi une racine pivot, un mentor, un projet fort, une valeur, quelque chose qui t'ancre profondément quand tout autour vacille. Astuce cactus : cultive tes deux types de racines, parce que si tu ne bois qu'à une seule source, ton chef, ton poste, ton salaire, tu finiras déshydraté dès qu'elle se tarira.
Sylviane est chef comptable depuis plus de 15 ans, une professionnelle rigoureuse et enjouée qui a la confiance de tous dans cette PME. Elle a déjà connu plusieurs changements de direction, des plans de rationalisation, même deux cessions. Mais en discutant avec des collègues, elle apprend par hasard que la direction de leur groupe a décidé de fusionner plusieurs entités, dont la sienne, et que leur comptabilité serait bientôt centralisée au siège ! Nouveaux logiciels, nouvelles hiérarchies, un déménagement probablement, de nouveaux indicateurs, tout va changer... Mais personne ne l'a sondé en vue de préparer tout ça. C'est pour quand ? Avec qui ? Que faut-il commencer à préparer ? Et que deviendra son équipe ? Les repères deviennent flous. Radio Moquette fait ramper des rumeurs inquiétantes. Les collaborateurs grognent et, face à la tempête de sable qui arrive, son directeur n'a pas encore de réponse à lui apporter. Sylviane tente tant bien que mal d'apaiser, de temporiser, mais elle sent le sol se dérober et tant de questions se perdent sans écho dans l'open space. Certaines graines de cactus restent des années dans le sol, endormies, en attendant le bon moment pour germer. On appelle ça la patience stratégique. Quand le climat est vraiment hostile, il faut parfois se mettre en dormance, temporairement. C'est la stratégie qu'a adoptée Sylviane. Pour survivre à la réorganisation, il faut rester enraciné pendant que le sable bouge. Alors elle garde de cap sur les besoins essentiels : maintenir sa rigueur et celle de son équipe dans la tenue des dossiers, écouter, protéger, rassurer autant que possible, ne surtout pas alimenter les rumeurs, éviter les conflits inutiles et garder son énergie pour l'après-tempête. Quand les choses se stabilisent, c'est son équipe paradoxalement qui repart la première. L'astuce cactus : ne confond pas immobilité et patience. Le cactus ne dort pas, il prépare sa floraison.
Dans le désert, beaucoup de jeunes cactus naissent sous la protection d'une autre plante, qu'on appelle la plante infirmière. Elle les abrite du soleil, retient un peu d'humidité, crée un microclimat. Au travail, les gens qui survivent le mieux aux environnements hostiles sont ceux qui ont trouvé une plante infirmière : un collègue bienveillant, un manager inspirant, un ami qui te rappelle qui tu es, un mentor. On n'a pas toujours le pouvoir de changer le climat du bureau, mais on peut choisir sous quelle ombre on pousse. Astuce cactus : choisis ton arbre, et deviens à ton tour une plante infirmière, quand tu en auras la force.
Imagine un instant une conversation entre deux cactus de bureau : " - Alors, t'as tenu le coup cette semaine ? - Ouais, j'ai fermé mes stomates pendant la réunion du COMEX, j'ai juste hoché la tête et pensé à la pluie. « - Ah, bonne stratégie ! Moi, j'ai piqué le chef ! Poliment, hein ! - Et alors ? - Bah, il a sursauté un peu, mais il m'arrose maintenant ! ».
Moralité, être un cactus, ce n'est pas être insensible. C'est trouver l'équilibre entre protection et ouverture, entre humour et résistance. Car un jour, sans prévenir, le cactus fleurit. Des fleurs gigantesques, lumineuses, qui éclatent sur la peau sèche du désert. Au travail aussi, il y a des moments rares où tout s'aligne. Tu as le bon projet, la bonne équipe, la bonne énergie qui porte le succès collectif. Ce n'est pas permanent, mais ça existe. Et c'est pour ces moments-là qu'on traverse le désert.
Alors voilà, si tu te sens parfois sec, fatigué, exposé, souviens-toi : tu peux devenir un cactus moderne, autonome, sobre en énergie, bien enraciné, un peu piquant et sacrément résilient. Et si un jour tu croises un collègue en train de dépérir dans le désert du lundi matin, offre-lui ton ombre, ton humour, ton café. Deviens sa plante infirmière. Parce que survivre au bureau, ce n'est pas juste endurer, c'est apprendre à fleurir, même dans le sable brûlant.
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