Speaker #0Bienvenue dans ce nouvel épisode de Mimesis, le podcast qui nous met à l'écoute du vivant, qui s'inspire de la nature pour porter un autre regard sur nos défis professionnels. Aujourd'hui, je vais vous parler de territoires un peu particuliers, qui figurent rarement sur une carte officielle ou un organigramme. Nous allons explorer les frontières, là où des mondes différents se rencontrent, se scindent, se mélangent, là où la nature s'amuse à mettre de la créativité et de la profusion. Bienvenue dans les écotones, ces zones de mélange fertile, naturel ou professionnel, dans lesquelles bien plus devient possible. Imaginez-vous, à la fin d'une journée ensoleillée, en train de marcher dans une mangrove. La lumière dorée se reflète sur la surface du sol détrempé. L'eau salée se mêle à l'eau douce sous vos pieds. La terre est spongieuse, mi-eau mi-bout. Autour de vous les palétuviers s'enchevêtrent. Leurs racines aériennes plongent dans l'eau pour s'ancrer malgré la marée. De jeunes poissons se faufilent entre les racines, auxquelles de drôles de moules se sont fixés. Les crabes creusent leur terrier. Les oiseaux guettent depuis les branches. Ça grouille de sons, de sensations, de vie. Nous sommes dans la plus grande mangrove du monde, les Sundarbans, un territoire qui s'étend sur près de 10 000 km² entre le Bangladesh et l'Inde, composé de forêts, de mangroves, d'îles immergées, d'estuaires et d'ozones humides interconnectées. Un lieu unique où cohabitent le crocodile marin, le cerf-axis, le héron strié ou encore le tigre du Bengale. Un habitat d'une richesse exceptionnelle avec, selon les chiffres de l'UNESCO, plus de 330 espèces de plantes. Près de 700 espèces d'animaux, mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons. C'est une vraie pouponnière pour de nombreuses espèces, dont les petits peuvent commencer leur vie à l'abri. C'est aussi un rempart précieux qui contribue à protéger les côtes contre les cyclones et les inondations. Ici, se rencontrent et s'enrichissent mutuellement les espèces de la mer et de la forêt tropicale, qui n'évoluent pas en lignes séparées, mais dans une interdépendance complexe et fructueuse. Ici, certains êtres ont développé des structures biologiques et des stratégies spécifiques pour s'adapter au milieu et y prospérer malgré les marées, la salinité et le sol vaseux. Par exemple, le sundry, l'arbre emblématique de cette zone, possède des pneumatophores, des racines respiratoires qui émergent du sol vaseux comme de petits genoux. Elles permettent à l'arbre de respirer dans ce sol pauvre en oxygène, régulièrement inondé par les marées. Ingénieux pour un arbre ! Le crabe violoniste, lui, n'est pas musicien pour un sou. Mais avec ses pinces asymétriques, il creuse des terriers dans la boue et se nourrit des matières organiques déposées par la marée. La mangrove n'est pas seulement un endroit où la vie prospère. C'est un carrefour naturel où la diversité se rencontre et invente sans cesse. C'est ça qu'on appelle un écotone. Ici, le changement est constant, avec ses courants d'eau imprévisibles, la marée qui apporte de nouveaux nutriments, et parfois détruit ce qui a été construit. Nos organisations aussi sont confrontées à des changements fréquents et impactants. Le développement effréné de nouvelles technologies, les transitions sociétales, écologiques, l'instabilité économique et politique, des attentes clients qui évoluent vite. Les ruptures sont rapides, les réorganisations et plans de transformation s'enchaînent. Alors, qu'est-ce que la mangrove peut nous apprendre pour mieux gérer ces ruptures rapides et réussir nos transformations ? Je prends la mangrove, mais il y a d'autres exemples d'écotones. Un estuaire, la lisière d'une forêt, un marais riverain, un littoral sont aussi des zones de rencontres dynamiques entre deux milieux naturels différents. Dans les entreprises aussi, on trouve des sortes d'écotones professionnels : des interfaces entre équipes, projets et départements sont des espaces privilégiés pour croiser les points de vue, pour proposer de nouvelles idées, expérimenter des méthodes et réinventer les pratiques existantes. Ce sont des incubateurs naturels de changement. Mais comment ça marche ? On l'a vu, ce qui caractérise les écotones, c'est d'abord le foisonnement biologique, avec une diversité d'espèces qui cohabitent et donnent lieu à des stratégies adaptatives étonnantes. Or, un des freins que rencontrent souvent mes clients dans leurs projets de transformation, c'est d'arriver à sortir de la pensée monocentrée, de pouvoir élargir le point de vue et trouver d'autres options face aux défis qu'ils ont à relever. Cette pensée monocentrée, on la retrouve par exemple dans la focalisation sur un projet ou un produit phare, des habitudes de travail ou des process figés, la priorité donnée aux profits à court terme, dans des recrutements qui puissent toujours dans les mêmes écoles et dupliquent les profils, ou encore dans des décisions prises sans consulter les équipes opérationnelles. Le problème, c'est qu'elles privent l'entreprise de solutions alternatives. Elle devient alors plus rigide face aux changements. risque de réagir trop lentement aux évolutions et de se déconnecter de ses utilisateurs, de ne plus avoir la résilience suffisante pour rebondir et durer. Pour élargir la vision, il y a besoin de créer plus de porosité dans des organisations qui ont souvent été construites en silos. Chaque département, chaque métier travaille dans son couloir d'expertise, avec efficacité et engagement probablement, mais sur la base de son propre cadre de référence. L'entre-soi permet de l'autonomie et de la rapidité d'exécution. Mais ils limitent le champ de réflexion. Quand on a peu l'habitude de dialoguer avec les autres services, de se mettre à leur place ou de travailler ensemble, il est compliqué de trouver des solutions adaptatives qui prennent en compte tous les enjeux. Un écotone, c'est justement le contraire d'un mur entre deux silos. C'est une frontière, certes, mais en tant que zone de rencontre, de mélange, où la réussite tient justement à la grande diversité qui y vit. Pour mettre au point un nouveau produit performant ou trouver de nouvelles solutions, l'astuce est donc de mélanger les profils et les métiers. Chacun amène une perspective et agit comme une espèce différente dans la mangrove. Elles se rencontrent, interagissent et de cette diversité peuvent naître des idées plus complètes et plus innovantes. Enrichir l'écosystème et favoriser sa transformation par la diversité peut se faire à plusieurs niveaux. D'abord, une diversité structurelle, quand une entreprise s'organise en micro-entité autonome ou constitue d'emblée des équipes pluridisciplinaires. C'est le cas de grands groupes comme AIR ou de start-up comme Pili. Une diversité fonctionnelle, c'est lorsque des entreprises comme Spotify ou même une grande banque comme ING créent des squads et des tribus qui mêlent plusieurs métiers autour d'un projet. Quand elles permettent de prendre des rôles temporaires, facilitent la mobilité interne et mettent en place une évaluation davantage collective qu'individuelle. Ainsi, un data scientist, un juriste et un marketer peuvent travailler ensemble sur un même produit pendant plusieurs mois avant de passer à une autre configuration selon le projet étudié. La rencontre des profils devient moteur d'innovation. Et enfin, une diversité des parcours, avec un recrutement basé sur les soft skills et l'intérêt du parcours antérieur plutôt que sur les diplômes. Et une mobilité interne forte entre métiers. Un vendeur en magasin chez Decathlon a ainsi la possibilité de rejoindre l'équipe de design, un acheteur passé au service logistique. La diversité devient un mode de fonctionnement et le mélange des compétences et des idées interroge fertile au quotidien. Cette biodiversité cognitive se nourrit du mélange des compétences métier, mais on pourrait parler aussi des profils de personnalité, des différences d'âge, de la diversité des origines culturelles ou de niveaux d'expérience variés. La diversité seule ne suffit pas. Comme dans un estuaire ou une mangrove, l'interdépendance est la clé. Il faut que les idées puissent circuler, qu'elles se nourrissent mutuellement pour permettre la circulation des nutriments dans les cotons professionnels. Il y a besoin que chacun puisse exprimer ses propositions et ses besoins, comprendre ceux des autres, que chacun puisse compter sur la fiabilité des autres pour avancer de manière constructive et complémentaire. Cela demande de mettre en place des espaces propices à la rencontre, des temps dédiés à l'échange et au brainstorming, des rituels réguliers et des modes d'organisation qui favorisent le dialogue, la régulation, la réactivité. Quand les équipes sont organisées en squad et en tribu, ce n'est pas juste du jargon. C'est un système qui permet d'apporter de la porosité entre les services et les projets. Les informations circulent librement, les apprentissages voyagent d'une équipe à l'autre. Une innovation dans une squad peut être adaptée par une autre en quelques jours. C'est un peu comme un courant marin, qui transporte les nutriments le long d'un littoral, fertilisant tout l'écosystème. Dans un écotone naturel, les organismes vivants jouent un ou plusieurs rôles essentiels à l'équilibre et à la prospérité de tout l'écosystème. Il y a ceux qui tiennent la structure, qui sécurisent le système et lui donnent les moyens de ses actions. Comme les racines des palétuviers qui stabilisent les sédiments, ralentissent l'eau, créent des abris et produisent beaucoup de matières organiques. Sans eux, la mangrove s'effondre. Finances, IT, services généraux, RH, ce ne sont pas les plus visibles ni les plus sexy, alors même qu'ils passent leur temps à absorber les flux, les budgets, les contraintes, les urgences. Il y a aussi ceux qui incarnent la transversalité, des équipes-projets, des comités intermédiaires, la RSE, les communautés de pratique, qui dressent des ponts et facilitent la circulation des flux. Par exemple, à la lisière d'une forêt, le pic vert joue un rôle de connecteur. Il creuse des cavités dans les arbres, créant des abris utilisés par les chauves-souris, les hiboux et les petits mammifères. Il permet ainsi la transition d'espèces de la forêt vers la prairie, en offrant des refuges. Ils transportent aussi des graines et des insectes entre les deux milieux. En entreprise aussi, pour que les univers se rejoignent et que le dialogue des idées puisse être fluide, certaines personnes vont endosser naturellement ce rôle clé de connecteur, en facilitant le lien, en traduisant des langages et des logiques différentes. Ils agissent comme des traits d'union, du fait de leur similitude avec chacun des deux bords que l'on veut associer. Et ils savent naviguer d'un milieu à l'autre. Ce sont typiquement les collaborateurs qui présentent des profils hybrides. Un double diplôme, plusieurs cultures, un parcours qui les a amenés à évoluer dans des secteurs différents. Ce sont aussi ces personnes qui ont déjà participé à des missions transverses et sont à même de comprendre les priorités et les contraintes de chacun et de favoriser la recherche d'un compromis, de cette troisième voie innovante qui pourra concilier tous les enjeux. Alors, identifiez et soutenez vos palétuviers humains. Ce sont eux qui stabilisent, relient et enrichissent le système. Il y a enfin les utiles empêcheurs de tourner en rond. Ceux qui agacent en exprimant une divergence ou un doute. Ceux qui relèvent les lacunes et les incohérences. Ceux qui osent dire ce qui ne va pas ou refusent le consensus mou. À la lisière d'une forêt, entre la claire prairie et la sombre densité des arbres, le geai est celui qui perturbe parfois la tranquillité des lieux. Bruyant, il donne l'alerte, il dérange. Mais en faisant cela, il protège l'écosystème en signalant les intrusions. Ces perturbateurs sont des vignes. Ils veillent sur la cohérence des échanges avec un esprit critique. Leurs questions qui grattent et leurs piques stimulantes. Vous savez, le risk manager qui va casser l'ambiance d'une réunion avec un « oui mais si tel risque arrive, comment on fait ? » Le commercial qui va pointer exactement l'angle mort du point de vue du client auquel personne n'avait pensé. Le consultant qui va oser poser la question qui fâche : « Alors, vous prenez cette décision aujourd'hui parce que ça devient trop long ? » Pour mettre tout le monde d'accord ou parce que c'est vraiment la meilleure décision pour vous ? Bon, disons-le clairement, mélanger autant de visions différentes ne se fait pas sans friction. Comme le disait le journaliste Walter Lippmann, si tout le monde pense la même chose, alors personne ne pense vraiment. Pour faire éclore l'innovation, pour aboutir à des solutions robustes, peut-être qu'il faut accepter un peu de chaos et de perturbations. Chez Pixar, le Braintrust rassemble les réalisateurs, scénaristes et story artists de plusieurs films pour critiquer frontalement le projet d'un collègue. Les discussions sont directes, parfois rudes, mais protégées par un cadre d'écoute et de respect. Résultat, les films passent par plusieurs réinventions grâce à cette instabilité productive et ressortent avec une plus grande qualité narrative. Autre exemple, dans la refonte d'un parcours client, la direction métier et l'équipe numérique peuvent avoir des attentes totalement opposées. Mais ces tensions obligent chacun à sortir de ses routines et à chercher un compromis robuste. Le résultat ? Probablement un parcours client plus simple, plus rapide et techniquement réalisable. Tout l'enjeu d'un écotone professionnel, c'est d'arriver à réguler les tensions et faire de cette friction une ressource. Dans les écotones naturelles, c'est à la fois dynamique et instable en permanence, et ça se traduit souvent par des turbulences. Compétition, prédation, parasitisme, conflits territoriaux. Mais comment est-ce que ça se régule ? Dans la mangrove, les crevettes fouillent le sol pour se nourrir des substances organiques, ce qui perturbe parfois les terriers des crabes fouisseurs. Dans cette situation, la partition spatiale et temporelle aide à réguler. Je m'explique. Les crabes sont surtout actifs à marée basse et au crépuscule. Quant aux crevettes, elles préfèrent sortir de nuit et évoluer en eau submergée. Cela crée une mosaïque d'habitats qui réduit le chevauchement direct sans nuire à la riche diversité du milieu. Bon ben, il ne reste plus qu'à organiser des plannings croisés, des espaces pensés pour faciliter leur rencontre sans que ça ne mette l'activité de chacun en péril, ni que cela génère de conflits entre les métiers. Une des clés pour aller au-delà des frictions et favoriser des co-créations pérennes, c'est la notion d'inérisme que met en avant Hugo Paul dans son livre intitulé « Faire tribu » . Il s'agit de chercher ce qui rapproche plutôt que ce qui divise. Et pour ça, rien de tel que de faire ensemble. d'avoir une œuvre commune à réaliser. C'est pour ça qu'il est si efficace de proposer des team building, des ateliers collaboratifs, des projets transverses, une course à pied ou encore un match où on fait équipe. Ces moments partagés favorisent le dialogue, l'entraide. Ça permet de mieux se connaître, d'avoir un langage commun, de construire de bons souvenirs. Enfin, ça passe aussi par se relier à plus grand que soi, c'est-à-dire voir au-delà de son poste, de son service, pour remettre l'accent sur la vision stratégique. Remobiliser tout le monde au service de la mission commune. Nous l'avons vu, ces interfaces fertiles ne sont pas de tout repos. Elles connaissent des frictions, des ajustements réguliers, et ont aussi leurs zones de risque et de fragilité. Trop d'altérations et la biodiversité chutent, Trop d'inertie et le système s'épuise. Au travail, une équipe pluridisciplinaire ou multiculturelle peut se heurter à des malentendus. Ces zones d'intersection peuvent générer de l'ambiguïté dans les rôles, un flou dans les responsabilités sur le sujet qu'on est en train d'étudier. Qui décide ? Qui agit ? Comment on arbitre entre les différents enjeux ? Cela peut générer aussi de la surcharge cognitive. Chacun doit jongler avec plusieurs perspectives, plusieurs cultures, des méthodes, des priorités. où des conflits de valeurs ou de méthodes peuvent surgir, surtout quand les cultures, métiers ou les priorités sont trop éloignées. Et puis, rapidement, la tentation peut être grande de standardiser à nouveau, de gommer la diversité pour simplifier et homogénéiser. Il y a alors un juste curseur à trouver entre l'adoption de nouvelles pratiques, à diffuser de manière homogène, tout en préservant ces bulles de confrontation d'idées et d'inventivité. Car comme en écologie, Si on élimine l'écotone, on perd la richesse de la diversité organisationnelle. Derrière tous ces efforts et ces ajustements, le bénéfice pour toute l'organisation, c'est de développer la résilience et la robustesse. Un écotone est souvent plus résilient qu'un écosystème homogène. Il supporte mieux les variations et les perturbations. Il en vit sans arrêt. Au travail, les équipes et départements situés à l'interface de plusieurs métiers, de différentes cultures, développent eux aussi une agilité adaptative. En période de crise, une entreprise n'a pas besoin d'une tour de contrôle plus haute, mais d'une mangrove plus dense. En 2008, la Camif, une entreprise française de vente à distance de mobilier, s'est retrouvée en liquidation judiciaire. Dans un contexte de crise, son modèle économique s'est avéré obsolète. Elle faisait face à une concurrence féroce et sa chaîne de valeur était éclatée. C'était la fin. Le sauvetage n'est pas venu d'un seul repreneur, mais d'un entrelacement d'acteurs qui lui ont permis de se relancer et de devenir beaucoup plus solide face aux crises suivantes. En effet, le repreneur avait un profil hybride issu du privé, avec une forte sensibilité sociale et territoriale. Il a su guider le repositionnement de l'entreprise vers le e-commerce responsable et le made in France. Camif deviendra même quelques années après une entreprise à mission et obtiendra le label Bicorp. Autour de lui s'est constituée une mangrove d'acteurs pour la relance. Des PME industrielles françaises, dans le domaine du mobilier, des artisans, les fournisseurs locaux, les collectivités locales, un réseau d'accompagnement, les salariés, des clients intégrés dans la réflexion sur la traçabilité ou l'impact notamment. Pendant les crises suivantes, la pandémie du Covid ou des moments de tension sur les matières premières, la CAMIF résiste mieux que beaucoup d'acteurs de son secteur. Les interdépendances y sont assumées et soutenantes. Avec des fournisseurs engagés, pas de rupture brutale de stock, la capacité d'adaptation est rapide, la résilience est systémique et bénéficie à l'ensemble de l'écosystème. Dans un monde qui tangue de plus en plus fort, nos organisations ne peuvent plus se contenter d'optimiser leurs performances. Elles ont besoin de savoir anticiper, absorber les chocs, se transformer en continu. Autrement dit, elles doivent devenir robustes. Le biologiste Olivier Hamant propose un éclairage précieux sur cette notion de robustesse. Contrairement à une vision classique qui place la solidité d'un système en son centre, dans sa gouvernance, ses processus, ses organes stratégiques, il montre que la véritable capacité à rester stable et viable malgré les fluctuations se situe en réalité dans les marges. Ce sont les zones périphériques qui permettent au système de capter les signaux pertinents, d'évoluer, de s'ajuster sans tomber, comme le font si bien les immenses nuées d'oiseaux. Nos écotones professionnelles sont précieux pour cela. Pour pouvoir apporter à la fois souplesse et solidité dans les transformations, un écotone professionnel a besoin de diversité, des dispositifs spontanés ou sciemment créés pour faire circuler les idées, permettre l'enrichissement mutuel et apprendre à relever ensemble les défis. Ces zones frontières favorisent des relations plus saines, des frictions constructives, et permettent ainsi de renforcer toute l'organisation dans son adaptabilité et sa résilience. Pour un manager ou un professionnel des ressources humaines, le rôle évolue vers la capacité à créer le terreau favorable pour ça. Valoriser réellement la diversité et les profils hybrides, ces talents qui par leur parcours ou leur capacité singulière comprennent plusieurs mondes, peuvent faciliter la jonction et essaimer au-delà de leur poste, comme des abeilles qui pollinisent plusieurs fleurs. Créer des moments ou des espaces propices à cette effervescence, des réunions hybrides, des cafés créatifs, des laboratoires d'idées, des cercles d'échange, où on peut parler librement comme en lisière de forêt. Et enfin, reconnaître la valeur de l'instabilité et des frictions comme autant de zones d'apprentissage. Les écotones ne sont jamais parfaitement ordonnées. Et c'est exactement ce qui les rend vivants. Chaque écotone est une merveille de la nature. Chaque rencontre humaine est une potentielle expérience fertile. Dans les deux cas, il s'agit d'observer, comprendre et se laisser surprendre. Alors, la prochaine fois que vous marcherez sur une plage ou en lisière de forêt, peut-être que vous serez plus attentif à ces végétaux et animaux qui circulent entre les deux milieux. Et puis, lors d'un team building déjanté, à un projet transverse improbable, ou lorsque vous travaillerez avec quelqu'un dont vous ne comprenez pas le métier, dites-vous que vous êtes dans un écotone et profitez. Et puis, si ça ne fonctionne pas cette fois-là, que les solutions décalées n'aboutissent pas, vous aurez au moins découvert un nouveau terrain de jeu pour vos idées, et peut-être un collègue inattendu à admirer. Merci pour votre écoute et à très bientôt pour un nouvel épisode de Mimesis, à l'écoute du vivant.