- Speaker #0
Aujourd'hui, je vous emmène en balade dans le parcours inspirant de Corinne Racamier-Therézien, une spécialiste de la forêt-jardin nourricière, entrepreneure aux multiples facettes et apicultrice engagée, qui apporte son expertise de terrain à la croisée de l'entreprise, de l'innovation écologique et du vivant.
Bonjour Corinne.
Bonjour Dounia.
Est-ce que tu peux nous dire en quelques mots qui tu es ?
- Speaker #1
J'ai d'abord étudié à l'ESCP, puis j'ai travaillé dans les grands groupes pendant une douzaine d'années. J'ai appris beaucoup de choses, mais j'avais toujours au fond de moi une petite voix qui me disait que j'aimerais bien devenir un jour entrepreneur. Quand j'étais petite, j'aimais beaucoup créer, fabriquer des choses et c'est ça qui, je pense, était toujours en moi. Simplement, pour devenir entrepreneur, il faut avoir l'idée et je me disais tout aussi bien que peut-être je passerais toute ma vie. Sans avoir l'idée. Et il se trouve qu'au bout de ces 12 ans, j'ai eu un premier enfant. Et j'ai eu, comme beaucoup de parents, des soucis pour trouver un mode de garde. Et ça m'a amenée à créer une première crèche sous forme associative. Et ce qui m'a ensuite donné l'idée de créer une entreprise de création et gestion de crèche. Donc je suis devenue entrepreneur. Ça y est, l'idée était là. Et j'ai développé cette entreprise. J'étais à peu près 300 salariés. Puis je l'ai cédée. Puis je suis devenue conseille aux entrepreneurs. Et en parallèle de ça, J'ai installé des ruches dans mon jardin, comme un hobby, disons, comme une activité parallèle, mais je me suis formée très sérieusement auprès d'apiculteurs dans une association dans la région où j'avais déménagé. En parallèle de ça, j'ai beaucoup lu, j'ai trouvé fascinant le monde des abeilles, incroyable, tellement de choses à découvrir, à apprendre, et vraiment incroyable toutes leurs capacités. Et j'ai aussi rencontré la mortalité des abeilles. et ça, ça a vraiment été un électrochoc pour moi. Donc d'une part, j'ai appris à refaire des essaims pour remplacer des ruches mortes et c'était passionnant aussi. Cela dit, je me suis dit, moi, c'est juste pour moi que je fais du miel, mais pour tous les apiculteurs dont c'est le métier, c'est vraiment un souci parce que ça veut dire que chaque année, ils ont des ruches qui meurent et il faut refaire des essaims qui ne sont pas tout de suite opérationnels et c'est un gros boulot. Cet électrochoc m'a vraiment... amené à me dire, les soucis de climat, d'environnement, c'est vraiment là, et moi, je n'ai pas envie de laisser ça à mes enfants, ou à tous les enfants de la Terre, et j'ai vraiment envie de faire partie de la solution plutôt que de faire partie du problème. Je n'ai pas non plus envie de rester là à me lamenter que les autres ne font pas assez. Donc j'ai envie de faire ma part, et ça m'a amenée à réfléchir sur comment j'allais faire ma part, dans quel secteur, et c'est l'agriculture qui s'est imposée. parce que j'avais toujours aimé avoir les mains dans la terre d'une part, et puis parce que l'apiculture, c'est déjà une forme d'élevage. Et donc, je me suis formée à l'agriculture. J'ai fait une année temps plein de formation agricole avec un diplôme à la fin qui s'appelle le BPREA, qui est le Brevet Professionnel de Responsable d'Exploitation Agricole. Et j'ai fait ça en maraîchage bio. C'était passionnant aussi. En parallèle de ça, j'ai beaucoup lu sur la permaculture parce que c'est ça qui m'intéressait particulièrement. Et en lisant sur la permaculture, je suis tombée sur un concept qui est peu connu en France, qui s'appelle les forêts jardins nourricières. Je me suis dit, ça c'est peu connu, c'est hyper puissant pour nous aider pour la planète. C'est ça que j'ai envie de faire, c'est ça que j'ai envie de transmettre.
- Speaker #0
Bah dis donc, pour quelqu'un qui n'avait pas d'idée.
- Speaker #1
Oui, oui, c'est-à-dire que... On peut passer sa vie à chercher une idée, une bonne idée, et ne pas la trouver. Parce que des idées moyennes, j'en ai eu aussi. Et je les ai poursuivies un certain temps. J'ai passé ces chapitres-là dans mon explication, mais j'ai eu quelques idées qui n'ont pas mené à une entreprise. Voilà, j'en ai eu aussi.
- Speaker #0
Alors, si je rembobine un petit peu, est-ce que tu peux me dire ce que tu aimais fabriquer quand tu étais petite ?
- Speaker #1
Ah, euh... J'aimais, alors c'était assez variable. Bon, il y avait de temps en temps des plantations. Mais bon, j'habitais dans la ville, donc on ne pouvait pas toujours planter. C'était que pendant les vacances qu'on pouvait planter, que je pouvais planter. Mais sinon, j'ai beaucoup aimé fabriquer des objets. Ça allait de ce qu'on pourrait presque appeler une voiture. Évidemment, sans moteur, c'était mes pieds qui poussaient. J'étais toute petite, mais j'avais trouvé au fond d'un garage, une structure, enfin bref, des roues sous et puis une petite plaque d'immatriculation que j'avais dessinée. Enfin bref, et avec ça, je me promenais. Je faisais le tour de la maison où je passais les vacances. Et voilà, c'était ma voiture.
- Speaker #0
C'est génial. Du coup, après, tu as travaillé dans l'automobile ?
- Speaker #1
Pas du tout, mais c'est vrai qu'avec le recul, Et avec ce genre d'histoire, on peut se dire que j'aurais peut-être dû faire des études d'ingénieur ou d'agro plutôt que le SCP. Mais voilà, la vie a été différente de mon plein gré. Je dois reconnaître, j'ai choisi le SCP de mon plein gré.
- Speaker #0
Et est-ce qu'aujourd'hui, le fait d'être passé par une école de commerce et par ton parcours professionnel dans des grands groupes, est-ce qu'aujourd'hui, tu en gardes quelque chose qui t'est utile dans ton activité ?
- Speaker #1
Ah oui, mais alors à fond. Quand je suis devenue entrepreneur, c'est sûr que tout ce que j'avais appris comme méthode de travail, comme gestion de projet, comme évidemment l'aspect financier, l'aspect ressources humaines aussi, l'aspect marketing un peu parce que forcément, il faut se montrer sous son meilleur jour. Tous ces éléments-là m'ont énormément aidée et je dirais que c'est l'aspect gestion de projet peut-être qui a été le plus utile. Donc, j'ai, sans m'en rendre compte, dans les grands groupes, énormément appris et ça a été utile après.
- Speaker #0
et alors qu'est-ce qu'il y a amener à installer des abeilles chez toi ?
- Speaker #1
Alors ça, c'est venu par une amie qui est passée là où on venait de déménager. On était à peine là depuis quelques semaines, avec encore des tonnes de cartons à déballer. Et elle, elle débarque et elle dit « Ah, mais c'est l'endroit idéal pour mettre des ruches. » Et moi, je dis « Ouais, ok, j'ai tous ces cartons à déballer, donc ça ne va pas être la priorité. » N'empêche qu'elle avait semé une idée et que ça m'a titillée et que je suis allée creuser l'aspect abeille. Et quand j'ai vu ce que ça voulait dire vraiment, je me suis dit, ah non, mais c'est vrai que l'idée est absolument géniale. Et à vrai dire, je n'ai pas attendu d'avoir déballé tous les cartons pour plonger dans le projet abeille.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui lui a fait dire que chez toi, c'était l'endroit idéal ? Qu'est-ce qui, toi, a fait tilt ?
- Speaker #1
Alors, dès que le jardin était... assez grand, que la nature était assez hospitalière aux alentours, très chaude, trop chaude en été, même pour les abeilles, mais malgré tout hospitalière, c'est-à-dire pas de grands champs, de monocultures, traités, etc. Et beaucoup de nature et une ouverture vers l'Est. Et l'Est, c'est là où le soleil se lève. Elles font plein de choses. Basée sur le soleil, elle s'oriente quand elle part en vol, mais aussi elle se lève et elle se couche avec le soleil. Et par ailleurs, le vent dominant dans cette région venait de l'ouest et donc une ruche qui était ouverte vers l'est était donc abritée des vents dominants venant dans le dos. Et ça, c'est bien aussi. Et ensuite, pourquoi moi, j'ai plongé direct dedans ? Parce que, bon, on sait. On est tous assez fascinés par les abeilles avant même de lire un livre ou quoi que ce soit.
- Speaker #0
Moi, oui. Je ne sais pas si c'est tous, mais en tout cas, moi, oui.
- Speaker #1
Quand j'interviens sur les abeilles, je vois bien d'emblée, les gens ont les yeux qui brillent. Il n'y a pas besoin d'en faire des tonnes. Après, quand on raconte, c'est encore plus impressionnant. Parce que quand je leur explique comment fonctionne la ruche, qu'est-ce qui se passe à l'intérieur et puis comment se passe. l'orientation dans l'espace, et puis comment se passe le fait qu'une ruche essaime, ou que la reine parte se faire féconder, enfin tout ça, ça laisse les gens en état de sidération, de « ouah, tout ça est dans la nature » .
- Speaker #0
C'est fascinant.
- Speaker #1
C'est exactement ce que j'ai découvert en commençant à lire un peu, je levais un tout petit peu le voile de tout ça, et je me suis dit « ouah, il y a tellement à découvrir là, c'est incroyable » , et puis faire son... Son propre miel, avoir son propre miel qu'on récolte dans sa cuisine avec un appareil manuel, rien de très sophistiqué, et de voir les premières gouttes de miel qui commencent à couler, puis de pouvoir le goûter, mettre le doigt dedans tout de suite pour voir quel goût il a.
- Speaker #0
Le trésor !
- Speaker #1
Oh là là, ça c'est quand même extraordinaire ! Et puis se dire, chaque année, il avait un goût différent, c'était la même région, les mêmes fleurs. mais qui peuvent être un peu plus précoces, un peu plus tardives, ceci, cela, un peu plus de ceci. Et donc, le goût, chaque année ? Étaient différents. Je dis étaient parce que maintenant j'ai redéménagé et je n'ai pas pu pour l'instant réinstaller des ruches là où je suis. Mais chaque année, un goût différent, une couleur différente. Et ça, c'est fou aussi de se dire...
- Speaker #0
Chaque miel est unique.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Alors, qu'est-ce qu'elles t'ont appris, ces jolies bestioles ? Alors, elles m'ont appris plein de choses.
- Speaker #1
D'abord, elles sont très travailleuses, mais alors très. travailleuse.
- Speaker #0
Ce n'est pas un mythe ?
- Speaker #1
Non. Ensuite, elles sont hyper organisées et d'une part, elles savent d'emblée qu'est-ce qu'elles ont à faire. Ensuite, leur rôle évolue avec leur âge. Pour donner un exemple, dans les tout premiers jours, elles sont nettoyeuses, c'est-à-dire qu'elles nettoient déjà l'alvéole dans laquelle elles sont nées, pour que la reine puisse y pondre à nouveau, et que ça soit propre, et que ça soit mais non seulement propre de petits déchets, comme l'aupercule qu'elles ont découpé pour sortir de l'alvéole, mais aussi propre d'un point de vue antiseptique, c'est-à-dire qu'elles y mettent une petite couche d'un produit que les autres abeilles de la ruche avaient été cherchées dans la nature, qui s'appelle la propolis, et qui a des vertus antiseptiques. Et elles y mettent une fine couche d'antiseptique de cette propolis au fond de l'alvéole pour que ce soit vraiment impeccable pour la prochaine fonte.
- Speaker #0
Incroyable.
- Speaker #1
Oui, incroyable. Déjà, rien que ça, on est à la toute première étape de la vie de l'abeille et déjà, ça, c'est fou. Et la propolis, elle trouve ça sur les bourgeons des feuilles d'arbres, par exemple.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Quand un bourgeon apparaît et qu'il y a cette matière collante autour, c'est ça, la propolis.
- Speaker #0
D'accord. Donc là, en ce moment, on en a plein, vu que c'est le printemps. Voilà.
- Speaker #1
Et il y en a régulièrement dans la saison et elles... le collecte et l'utilise dans la ruche pour diverses choses, pour cette propriété antiseptique, mais aussi pour colmater, ça leur sert un peu de ciment, elles colmatent des aérations qui ne seraient pas souhaitables ou des trous provoqués par d'autres animaux, etc.
- Speaker #0
Et donc ça, ce sont les nettoyeuses ? En grandissant, en évoluant, elles passent à quel rôle ensuite ?
- Speaker #1
Alors ensuite, elles ont plein de rôles différents. par exemple, elles deviennent nourricières, c'est-à-dire qu'elles s'occupent de nourrir les larves que la reine a pondues. Et ensuite, elles ont différents rôles. Il y en a 5-6 quand même, au fil du temps. Et tu observeras tes deux premiers rôles, c'est des rôles à l'intérieur de la ruche. Donc elles apprennent, elles grandissent. À l'intérieur de la ruche, elles font leurs différents rôles et c'est seulement en tout dernier qu'elles deviennent butineuses. C'est-à-dire que c'est le rôle où il s'agit d'aller dans la nature et de trouver à butiner du nectar et de ramener au passage aussi du pollen et de retrouver le chemin de la ruche et de revenir.
- Speaker #0
D'où ce que tu disais, leur capacité d'orientation.
- Speaker #1
Voilà, c'est le plus dur parce qu'il y a la capacité d'orientation qui est en jeu, le plus physiquement éreintant. parce qu'elles volent sur des distances qui sont immenses par rapport à leur échelle. Elles vont jusqu'à facilement un kilomètre aller puis retour, voire trois kilomètres quand les ressources sont rares et qu'il faut aller plus loin. Et elles reviennent, elles sont chargées. Elles sont chargées de nectar et de pollen. Donc, c'est physiquement très, très épuisant.
- Speaker #0
Et donc, ce sont les plus expérimentées qui vont ? aller en exploration et rapporter. D'accord. C'est intéressant de se faire le parallèle avec notre monde du travail. Finalement, quand on voit certains métiers dans lesquels on envoie les tout jeunes fraîchement sortis, fraîchement nommés, par exemple, je ne sais pas, moi, médecin, professeur, et qu'on les envoie dans les endroits les plus difficiles, là où on voit que dans la nature, on apprend d'abord en interne le métier, on est dans un endroit qui est d'abord sécure et d'intégrer un certain nombre de choses, et que ce sont les plus expérimentés finalement qui vont à l'extérieur.
- Speaker #1
Exact.
- Speaker #0
Ou qui peuvent faire les tâches les plus complexes.
- Speaker #1
C'est effectivement un rôle essentiel. Le rôle de nourrir les larves, c'est essentiel aussi.
- Speaker #0
Oui, aussi.
- Speaker #1
Mais c'est vrai que c'est moins dangereux parce qu'à l'intérieur de la ruche, on ne risque pas de se faire manger par un frelon ou par un oiseau. Alors qu'à l'extérieur, il y a ce risque-là. C'est une tâche essentielle, effectivement, parce que sans nourriture, la ruche meurt. Et puis, c'est une tâche difficile parce que physiquement épuisante, et très compliquée d'un point de vue localisation.
- Speaker #0
Alors, dans les abeilles que tu as eues, toi, est-ce qu'il y a eu des moments où elles t'ont surprise, où elles t'ont amusée ?
- Speaker #1
Oui, ce qui est fascinant, c'est quand on va visiter la ruche pour vérifier que tout est en ordre, qu'on n'y va pas tous les quatre matins parce que sinon on dérange et ça, ce n'est pas bon. Mais en fin de temps, il y a des choses à vérifier. Et quand une ruche est bien portante, ce qui est fou, c'est de soulever un cadre et de voir combien il y a d'abeilles sur le cadre. C'est-à-dire qu'elles sont vraiment à se marcher dessus. Et c'est normal, elles se font pas mal. Juste, elles sont tellement nombreuses qu'elles ne sont pas en une couche sur toute la surface du cœur, mais en plusieurs. Voilà. Donc ça, c'est fou de se dire, qu'est-ce qu'il y a comme monde ? Et en même temps, quand on s'en occupe bien et qu'on n'est pas soi-même stressé ou anxieux, elle ne bouge pas. Elle va qu'à leurs occupations, alors qu'on est en train de les observer et qu'on a sorti le cadre de... la ruche.
- Speaker #0
Finalement, tu peux être là, tu peux manipuler le cadre, elles ne réagissent pas trop, elles font leur vie. Alors ça veut dire que si on est stressé, elles le captent ?
- Speaker #1
Oui. Oui, oui, elles le captent facilement.
- Speaker #0
Impressionnant. Donc ça veut dire qu'elles ressentent nos émotions, ou peut-être qu'on dégage des odeurs, quelque chose comme ça, on sait pourquoi ?
- Speaker #1
Voilà, ou peut-être qu'on est moins calme dans nos gestes.
- Speaker #0
Ah oui, ok.
- Speaker #1
Donc c'est important effectivement d'y aller sereinement, et bon moi dans les premières années, J'ai fait ça avec mes enfants. Maintenant, ils sont grands, donc ils ne sont plus à mes côtés pour m'aider. Mais dans les dernières années, ils n'étaient plus là pour faire avec moi. Mais dans les premières années, ils étaient là. Et je leur disais toujours, d'ailleurs, quand j'avais aussi des visiteurs qui voulaient venir voir, etc. Je leur disais, si c'est trop pour vous, vous pouvez partir. Vous ne faites pas de grands gestes. Vous juste, vous quittez la scène. Vous partez tranquillement, sans grande agitation. vous vous éloignez paisiblement mais je peux très bien comprendre que c'est trop pour vous et d'ailleurs moi dans les premières fois où j'ai manipulé seule mes ruches, c'est vrai que j'étais en apnée je me disais il y en a tellement il ne faut pas faire de faux mouvements, il ne faut pas lâcher il ne faut pas ça et en même temps il ne faut pas être stressé oui ça fait beaucoup en termes de maîtrise de soi exactement et alors qu'est-ce qui leur est arrivé ? alors il leur est arrivé Tout ce qu'on entend dans les médias, c'est-à-dire une conjonction de tout ce qui menace les abeilles, à savoir le changement climatique en premier, particulièrement dans la région où j'étais, c'est-à-dire que des étés très chauds et secs, encore un peu plus chauds, encore un peu plus secs, et si bien qu'il n'y avait plus de fleurs à butiner à partir de mi-juillet.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
Même pas la plus petite. insignifiante fleur des champs. C'est-à-dire qu'on ne parle pas de faire des plantations de fleurs pour les abeilles. De toute façon, il en faut tellement que quand on plante par exemple du romarin qui va fleurir très en amont en janvier, février et qui va les aider à finir l'hiver et tout ça. Mais ensuite, en pleine saison, tout compte, y compris toutes les fleurs des champs, toutes les fleurs de bas-côté, toutes les fleurs dans les arbres et tout ça. Et quand à partir de mi-juillet, tout est sec, Ça veut dire que les abeilles puisent dans les réserves qu'elles devraient être en train de faire pour l'hiver suivant.
- Speaker #0
Donc, elles se retrouvent sans pour l'hiver.
- Speaker #1
Voilà. Elles arrivent à l'automne, septembre, octobre. Elles n'ont déjà plus assez pour passer l'hiver. Alors, en septembre, octobre, il y a de nouveau des floraisons parce qu'il y a des pluies et tout ça. Donc, il y a par exemple l'hier qui fleurit et qui est une super source de nectar et de pollen. Mais quand... Il y a déjà un énorme déficit venant de l'été, c'est très dur à révéler. Bon, il y a ça. Ensuite, il y a les pesticides. Alors, dans la région où j'étais, on n'en souffrait pas trop. Les champs n'étaient pas juste à côté, pas traités juste à côté. Toutefois, les pesticides, c'est un énorme problème. Alors, les études des fabricants de pesticides disent « Mais non, regardez, on a mis les abeilles en contact avec les pesticides, elles ne sont pas mortes. » En effet, elles ne repartent sur le coup. Les pesticides, en fait, perturbent le système d'orientation de l'abeille. Donc, en fait, elle sort pour butiner et elle ne retrouve pas le chemin de la ruche. Et une fois seule dans la nature, elle ne peut pas survivre. Dans les faits, elle meurt. Mais c'est là qu'il faut faire la part des choses entre les études des uns et les études des autres. C'est que quand on les met au contact direct du pesticide, elles ne meurent pas. Ensuite, il y a un insecte qui s'appelle le varroa. qui... Une sorte de poux qui se met sur l'abeille, sur la larve, et qui lui transmet des maladies. C'est-à-dire qui lui pompe son liquide lymphatique et qui, en échange, lui transmet des maladies. Des maladies qui font que l'abeille n'est pas opérationnelle. C'est-à-dire qu'elle naît, par exemple, avec des ailes atrophiées. Et une abeille avec les ailes atrophiées, c'est une abeille qui ne pourra pas voler butinée. Et donc,
- Speaker #0
c'est une abeille qui a été élevée de manière inutile pour la ruche.
- Speaker #1
Donc ça, c'est un souci. Et le varroa, il faut traiter chaque année les ruches avec des produits bio. Pas bio, mais il faut traiter. Et le varroa devient de plus en plus résistant au traitement. Ensuite, il y a le frelon asiatique. Alors, le frelon asiatique, il est arrivé d'Asie, comme son nom l'indique. Il y a quelques dizaines d'années, dans une poterie qui venait d'Asie. Et il est en train de coloniser toute l'Europe. Et la France, quasiment en entier. Et le frelon, il se met en vol stationnaire devant les ruches. Et il capture une abeille. Il la coupe en deux pour garder, en trois même plutôt, il garde le thorax qui est la partie la plus chargée en protéines. Et il ramène ça à son propre essaim pour nourrir ces jeunes larves. Et en fait, dès qu'un frolombo a capturé une abeille, il y en a un autre qui arrive pour le remplacer. Donc c'est en permanence une source de stress.
- Speaker #0
Donc elles sont harcelées en permanence en fait.
- Speaker #1
Et une source de diminution de la population de larves. Enfin, le dernier élément, c'est l'action de l'homme sur la nature, c'est-à-dire quand on enlève des haies, quand on fait des routes ou un échangeur autorouqué, c'est tout ça de moins abutiné. Ou quand on met un champ en monoculture, comme j'ai dit tout à l'heure, c'est une récolte énorme à un moment donné, puis plus rien après. Et donc ça, évidemment, ça aussi diminue les capacités de se nourrir des abeilles.
- Speaker #0
Donc d'où tu disais ta décision de dire je veux me former et je veux faire partie de la solution. Qu'est-ce qui t'a poussé à te dire j'y vais et je me forme vraiment et j'en fais mon prochain métier ?
- Speaker #1
Parce que moi j'aime faire les choses concrètement, c'est-à-dire être vraiment dans l'action et pas juste conseiller, dire faites-ci, faites-ça. Au départ je voulais faire du maraîchage et le diplôme que je faisais c'était dans le maraîchage bio. Je n'ai jamais pu acheter un terrain agricole. C'est vrai qu'on donne priorité aux jeunes agriculteurs. Les jeunes en agriculture, c'est moins de 40 ans. Et à l'époque, j'avais déjà plus. Et comme j'ai le coutume de dire, ces choses-là, ça ne va pas en s'arrangeant. Donc, en attendant d'essayer de trouver un terrain, je lisais et tout ça. Et c'est comme ça que je suis arrivée sur les forêts jardins nourricières.
- Speaker #0
Et donc, c'est passé une spécialisation ? tu t'es formée avec quelqu'un qui en fait ?
- Speaker #1
Voilà, c'est une spécialisation effectivement après ça je me suis formée auprès de gens qui font des forêts jardins nourricières il y en a en France mais il y en a surtout en Grande-Bretagne, il y en a notamment un ça fait presque 30 ans qu'il a expérimenté formaliser ça à travers des formations, des visites et tout ça Oui. Et donc, c'est plus... et des livres. Et c'est plus particulièrement auprès de ce monsieur en Grande-Bretagne qui s'appelle Martin Crawford que je me suis spécialisé.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous raconter ce que c'est qu'une forêt-jardin nourricière ?
- Speaker #1
En fait, une forêt-jardin nourricière, ça imite l'écosystème de la forêt.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Mais c'est planté de plantes qui produisent de la nourriture. Donc, ça imite l'écosystème de la forêt dans le sens où dans... Dans une forêt, il y a des grands arbres, et dans notre cas, ça peut être des arbres fruitiers, comme le pommier, le poirier, le cognacier, le figuier, l'olivier, le prunier, etc. Mais aussi des arbres à fruits à coque, comme le châtaignier ou le noisetier. Ensuite, dans une forêt, il y a des arbustes. Là, ça va être des arbustes à petits fruits, des framboisiers, des cassissiers, des groseillers, et plein d'autres. comme la mélanchier ou le camérisier, dont on ne sait pas que les fruits sont comestibles. Et ensuite, au niveau du sol, on va couvrir le sol, comme dans une forêt, il y a toujours quelque chose sur le sol, le sol n'est pas nu.
- Speaker #0
Il y a de la mousse, des feuilles, des champignons. Voilà,
- Speaker #1
et puis des tas de plantes qui poussent au niveau du sol, auxquelles on ne prête absolument pas attention dans une forêt, mais il y en a plein. Et là, pareil, on va couvrir le sol pour éviter que ce... qu'on appelle les indésirables, ne poussent à la place. Donc on va couvrir le sol avec des plantes qui apprécient d'être à l'ombre ou à la mi-ombre et qui ont un bon pouvoir de couvre-sol. Par exemple, les fraisiers, la rhubarbe, les blettes, plein d'aromatiques, la coriandre, le romarin. Aussi des fleurs comestibles, la capucine, la mélisse. Il y a une dernière étape, c'est l'étape, enfin, la strate des grimpantes.
- Speaker #0
Donc le lierre.
- Speaker #1
Alors oui, mais toujours pour faire de la nourriture, donc plutôt la vigne ou le kiwi.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
Qui vont pousser en utilisant les arbres qui sont un peu étoffés et qui seront bien solides pour grimper dessus.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Voilà. Et alors, quel est l'intérêt de ça ? Ça, c'est que... dans une forêt, personne ne va arroser.
- Speaker #0
Ah, ok.
- Speaker #1
Et donc ça va être pareil dans une forêt jardin nourricière, c'est qu'à part les toutes premières années où on va s'occuper d'arroser les jeunes plants qu'on vient de planter, et bien après, tout ça va vivre tout seul. Et dans une forêt, dans une vraie forêt, personne ne vient apporter de l'engrais, là ça va être pareil. Voilà, il y a très peu d'entretiens, et comme on y a planté des plantes qui sont vivaces, c'est-à-dire qui sont là chaque année, on va récolter sans avoir énormément de travail.
- Speaker #0
La forêt jardin, se suffit à elle-même ? Il n'y a pas besoin d'entretien ?
- Speaker #1
Je ne dis pas qu'il n'y a pas du tout de travail, parce qu'il peut se trouver qu'un oiseau sème une graine d'un bouleau, par exemple, et vous ne voulez pas du bouleau au milieu de la forêt jardin. Donc il y a quand même un tout petit peu de gestion d'éviter que les indésirables prennent le dessus. Mais de moins en moins, au fur et à mesure des années. Mais ça correspond aussi à un très bon principe de la permaculture, qui est de prendre soin des humains. C'est-à-dire qu'on ne cherche pas à s'épuiser à la tâche. Le but est de se nourrir et si on peut le faire en utilisant la force de la nature, plutôt que s'épuiser soi-même chaque année à refaire des plantations, c'est très bien.
- Speaker #0
Et ça veut dire qu'on s'appuie aussi sur les capacités des plantes elles-mêmes et leur complémentarité, la manière dont elles vivent ensemble et que le peu d'intervention qu'on a à faire, finalement, on vient aussi peu abîmer.
- Speaker #1
Oui, exactement. Effectivement, les plantes coopèrent, s'entraident entre elles. Et ça, on l'utilise énormément dans la forêt jardin nourricière. Parce qu'une vraie forêt, et c'est ce qu'on cherche à reproduire avec la forêt jardin nourricière, et ce que la forêt nourricière va faire à terme, c'est que dans une vraie forêt, il y a l'accueil de la biodiversité, mais à 200%.
- Speaker #0
Oui, grâce à la variété des plantes qu'on y met, j'imagine, c'est un accueil, un refuge formidable.
- Speaker #1
Voilà. Et aussi parce qu'on ne bouleverse pas tout chaque année. On laisse en place des tas d'arbustes, des tas de plantes au niveau du sol. Et où il y a plein de faune qui vient s'abriter et se développer, se reproduire et tout. Et se nourrir. Aussi, bien sûr, on capte le CO2. Parce que les arbres feuillus sont de puissants capteurs de CO2. Ensuite, c'est aussi le fait que, par exemple, les feuilles tombent. Et surtout, on les laisse. Elles se décomposent, elles nourrissent le sol. Et ça augmente la fertilité du sol. Ensuite, le fait que tous ces arbres ont des racines profondes, puissantes. C'est autant de petits canaux. qui permettent à l'eau de pluie de s'infiltrer plutôt que de raviner, de créer de l'érosion. Et donc, ça alimente les nappes phréatiques en dessous. Ensuite, les plantes coopèrent entre elles. Par exemple, dans une forêt-jardin nourricière, les grands arbres vont créer une atmosphère de mi-ombre pour les arbustes en dessous, vont leur fournir une certaine humidité, une certaine fraîcheur qui va être propice au développement des plantes en dessous. Et aussi à la présence des humains, parce que c'est un endroit où il fait très bon. Quand il fait trop chaud l'été, dans une forêt, il fait bon. Et bien là, ça va être pareil. Il va y avoir une sorte de microclimat plus frais en été, plus chaud en hiver aussi.
- Speaker #0
Et ça s'installe où alors ?
- Speaker #1
Alors, la beauté de la chose, c'est qu'en fait, on peut en mettre partout.
- Speaker #0
Ah oui, donc il n'y a pas de surface minimum pour pouvoir faire une petite forêt comestible.
- Speaker #1
Moi, j'estime que la surface un peu minimum pour faire une forêt jardin incommestible et qu'une fois qu'elle aura grandi, on puisse s'y sentir comme dans une vraie forêt, une fois qu'on est au centre, se sentir comme dans une vraie forêt. C'est-à-dire que quand on regarde tout autour de soi, c'est vert et on ne voit que de la verdure.
- Speaker #0
On ne voit pas le bout.
- Speaker #1
Voilà, on n'en voit pas le bout parce qu'en fait, il y a des écrans de verdure et tout ça. Donc, cette surface minimum, pour moi, c'est dans les 250 mètres carrés.
- Speaker #0
Donc, ce n'est pas énorme.
- Speaker #1
Ce n'est pas si énorme. Évidemment ! Si on a plus de place, on peut faire 1000 m², on peut faire un hectare. Enfin bref, après, on peut se faire plaisir. Ensuite, on peut en mettre partout. C'est-à-dire qu'on peut en mettre, bien sûr, chez soi, dans son jardin, dans les exploitations agricoles, pour amener la biodiversité. Ensuite, on peut en mettre en aménagement urbain, dans les parcs. On peut en mettre dans les entreprises, quand elles ont de l'espace extérieur. Et on peut en mettre dans les espaces autour des universités.
- Speaker #0
Enfin bref,
- Speaker #1
on peut en mettre partout.
- Speaker #0
Et quand on en met, par exemple, dans les villes ou dans les entreprises, moi, je recommande très fortement de monter tout le projet avec les habitants quand c'est une ville ou avec les salariés quand c'est une entreprise.
- Speaker #1
Ah, mais oui, formidable de le faire en mode collaboratif.
- Speaker #0
Exactement. Et parce que, d'une part, ça reconnecte les personnes aux vivants. D'autre part, ça les implique dans le projet et ça les implique sous un jour nouveau, c'est-à-dire que, par exemple, dès la définition des objectifs de la forêt jardin, c'est l'occasion pour chacun d'un peu se livrer. Et en plus de faire la liste de ses envies, parce que c'est le moment où, quand moi j'anime ce genre de session, je dis mais qu'est-ce que vous aimeriez avoir dans cette forêt jardin nourricière ?
- Speaker #1
Mais oui.
- Speaker #0
Donc chacun y va de... Oui, dans le jardin de ma grand-mère, il y avait ce prune à bricotier, je ne l'ai jamais revu ailleurs. Est-ce que ça existe vraiment ? Comment c'est ? Est-ce qu'on pourrait avoir ? J'ai dit oui, oui, oui, on peut avoir, je note. Et on note toutes les idées qui, sauf à ce qu'elles soient complètement antinomiques avec le climat ou la nature du sol, en général, on peut dire oui à tout. Et ça, c'est quand même grandiose.
- Speaker #1
C'est formidable parce que chacun peut y mettre sa touche. Et puis j'imagine que ça permet aux gens de se parler autrement. que par rapport à leur quotidien professionnel, on sort un peu du quotidien pour se découvrir en tant qu'être humain aussi, à travers ça.
- Speaker #0
Exactement. Et voilà, l'anecdote du prune à bricotier du jardin de la grand-mère, c'est vrai que ça donne à voir la personne sous un jour nouveau. Celui qui dit, j'ai toujours adoré les groseilles, mais il y a des groseilles blanches et puis des groseilles rouges. Oui, mais tout le monde s'intéresse. Bon, puis il y aura... La suite, c'est-à-dire que là, c'était la liste des envies. On définit les objectifs. Après, on fait l'atelier où on définit le design. Donc là, pareil, des ateliers de créativité en équipe. L'occasion de travailler en équipe, de se découvrir encore une fois en faisant quelque chose de totalement différent de ce qu'on fait au quotidien. Et puis ensuite, il y a l'étape plantation. Et ensuite, il y a l'étape visite. On peut faire visiter à ses clients, à ses fournisseurs. dans le cadre de l'entreprise, à sa famille, aux aînés dans une ville, aux enfants des écoles, et à chaque fois expliquer le pourquoi du comment, et pourquoi c'est vertueux, pourquoi c'est inspirant, et pourquoi c'est source d'optimisme pour la suite du climat et de l'environnement.
- Speaker #1
Mais oui, et puis j'entends vraiment quelque chose qui est autour de prendre soin de ce qu'on va planter, de prendre soin de la communauté, en fait, qui est en train de le construire avec toi, et beaucoup de partage aussi.
- Speaker #0
Oui, beaucoup de liens qui se créent.
- Speaker #1
Pour pouvoir faire ça, qu'est-ce que ça t'a demandé, toi, de développer comme compétence nouvelle ? À part les connaissances sur les plantes elles-mêmes, parce que j'imagine qu'il y a quand même beaucoup de choses aussi à assimiler, à comprendre, mais sur toi-même ?
- Speaker #0
J'ai évidemment réalisé, comme champ d'expérimentation pour moi-même, plusieurs forêts jardins dans différents climats, pour pouvoir les suivre et les observer et voir ce qui marche, voir ce qui marche moins bien. voir les écueils qu'on peut rencontrer. Ensuite, c'est infini ce qu'on peut apprendre et c'est infini les possibilités de s'émerveiller. Parce que la plus petite plante, même qui pousse dans le caniveau, elle est déjà magnifique. Si on se penche dessus, son dessin, ses nervures, c'est déjà beau. Et ça, c'est la plus petite plante. Alors quand on parle d'un arbre qui grandit ou d'un arbre en floraison, les possibilités de s'émerveiller sont immenses. Les challenges que j'ai rencontrés, peut-être le plus, c'est la capacité de s'adapter et de chercher des solutions. Dans les forêts jardins nourricières, il y a beaucoup de points communs avec la permaculture, dans l'esprit et tout ça. Et la capacité d'adaptation fait partie des grands sujets de la permaculture. Et notamment, à titre d'exemple, j'ai une zone dans une de mes forêts jardins où j'ai une invasion d'une... indésirable qui s'appelle le rumex qui s'étend aussi sous le sol par des racines donc il faut pas seulement l'arracher en surface mais il faut venir à bout de ce qui est sous le sol, je me suis d'abord épuisée plusieurs saisons durant à essayer de l'arracher pour me rendre compte que j'en allais pas avoir le dessus et donc je suis allée dans deux directions différentes pour essayer d'en venir à bout d'une part chercher ce que voulait dire cette plante Merci. La présence de cette plante. Il y a des gens qui ont écrit des bouquins formidables sur les plantes bio-indicatrices. Qu'est-ce qu'elles indiquent sur la nature du sol ? Qu'est-ce qui manque au sol ? Ou pourquoi il est formidable ? Et comment corriger cet aspect-là du sol ? pour qu'elle s'y plaise moins. Ça, c'est une première chose. Et deuxième chose, ce rumex me couvrait le sol entre les groseillers. Et je me suis dit, il couvre le sol, il faut que je couvre le sol à sa place, avec quelque chose que je veux avoir là et qui va prendre le dessus par rapport à lui. Et là, j'y suis allée mollement une première fois. et beaucoup plus, franchement, une deuxième fois. Et donc, pour finir, entre les groseillers et les fraisiers, j'ai semé ce qu'on appelle un engrais vert, c'est-à-dire un engrais, une plante qu'on plante pour enrichir et améliorer le sol. Elle s'appelle la phacélie. Et là, je vois les premiers effets. Quand elle est là, la phacélie, quand elle a poussé, il n'y a plus de rumex en dessous.
- Speaker #1
Je vois derrière ça la créativité, le lâcher prise, le fait de changer d'angle de vue, en disant, bon, OK, j'arrête de m'épuiser. Quel est le message sous-jacent ? Moi, je ne peux pas m'empêcher de faire des parallèles avec des situations professionnelles où finalement, on peut s'échiner sur des attitudes, des comportements, ce qui a été dit. Et finalement, prendre le recul dans mes accompagnements en disant « Ok, mais quel est le sens derrière ça ? » « Qu'est-ce que ça veut dire pour toi ? Quelle est la décision à prendre ? » « Quels sont les pas de côté qu'il faut tester pour avoir d'autres facettes, d'autres pistes de solutions que ce qui ne marche pas aujourd'hui ? »
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Donc,
- Speaker #0
gros challenge d'adaptation.
- Speaker #1
Et ça, du coup, j'imagine que si ça se passe dans des endroits où tu l'installes, que ce soit une collectivité ou avec une entreprise, ce sont aussi des choses que les gens peuvent constater, sur lesquelles on peut échanger. Je trouve que c'est très apprenant aussi. Ça ne doit pas arriver tout le temps, mais ne serait-ce que de dire, finalement, on ne va pas tout séparer. Comme tu disais tout à l'heure, on séparait les plantes, on mettait une distance. Je pense aux entreprises dans lesquelles il y a des silos et finalement, on met chacun dans son couloir et on se rend compte qu'il y a une limite. Et qu'on a besoin que tout ça, ça dialogue, que ça s'entremêle. Et que finalement, si on fait confiance à ça, chacun trouve sa place quand même. C'est ce que font les plantes, non ?
- Speaker #0
Et puis, il y a un dicton que j'aime bien, c'est qu'en effet, on a appris à planter de manière espacée. Mais la nature est pleine de densité de plantation. Encore une fois, si on regarde la forêt, il n'y a rien qui est vide, il n'y a rien qui est nu. Et donc, il y a deux choses. essentielle que je transmets dans les formations, c'est un, on ne laisse pas le sol nu, parce que le sol nu, c'est un sol foutu. Et l'autre chose, c'est aussi la nature, c'est la densité. Donc, si tu as peur, plante deux fois plus.
- Speaker #1
C'est intéressant. Et alors toi, qu'est-ce que tu préfères dans le métier que tu fais aujourd'hui à travers ces forêts jardins ? Et puis on voit bien à quel point c'est riche, parce qu'il y a toute la conception, il y a tout l'accompagnement des gens pour qui tu le fais. Il y a l'adaptation à chaque environnement, c'est très large. C'est quoi ton kiff ?
- Speaker #0
Je dirais qu'il y a trois aspects qui me plaisent particulièrement et ça tombe bien parce que je fais un peu des trois. Un, transmettre, parce que quand j'interviens par exemple en entreprise et des fois c'est juste un atelier dans le cadre RSE ou dans le cadre de cohésion d'équipe.
- Speaker #1
Quand le sujet est dévoilé au moment du café et que dans les équipes,
- Speaker #0
je vois bien qu'il y a ceux qui viennent direct vers moi en disant « Oh, je suis trop content parce que voilà, moi, sur mon balcon, j'ai cette plante et il se passe ça et tout ça. Vous pouvez me dire si et tout ça. » Et puis, je vois bien les autres, certains qui ont vraiment le regard vide et on voit qu'ils se disent « Oh là là, on va parler de plantes pendant une matinée ou une journée. Ouf, au secours, qu'est-ce que je fais là ? »
- Speaker #1
Ça va être long.
- Speaker #0
Et qu'à la fin, tout le monde a les yeux qui brillent. y compris ceux qui avaient le regard vide au moment du café, je me dis vraiment, vive les plantes et quel pouvoir elles ont de faire briller les yeux.
- Speaker #1
Et c'est aussi ce que tu transmets toi, parce qu'on sent que tu es passionnée en fait, et que tu le rends accessible.
- Speaker #0
Merci beaucoup, mais c'est vrai qu'il suffit entre guillemets juste de parler de toutes ces capacités des plantes. Un arbre est tout simplement très différent de nous, humains, et donc on ne le considère pas. pas à sa juste valeur, l'arbre, parce qu'il est tellement différent qu'on ne le comprend pas trop. Ça, c'est mon premier kiff, comme tu dis. Mon deuxième, c'est quand j'ai moi-même les mains dans la terre et je plante ou j'entretiens ou je m'émerveille de combien ça a poussé et peut-être qu'il y aura la première récolte. C'est merveiller du vivant, être avec le vivant et des fois, je travaille et comme je travaille sans outils motorisés, je suis très silencieuse et des oiseaux ou d'autres animaux qui viennent tout près de moi parce qu'ils ne m'ont pas observé, ils ne m'ont pas remarqué. J'ai des faisantes autour de moi ou des rouges-gorges qui m'observent et qui aimeraient bien, dès que j'ai le dos tourné, picorer un des vers qui est peut-être apparu dans le travail que j'ai fait. Bon, ça c'est grandiose,
- Speaker #1
moi j'adore. Je capte aussi quelque chose de très sensoriel dans ce que tu dis. dans le toucher de la terre, dans les parfums que tu décris, dans les oiseaux, l'observation. J'ai l'impression que tous les sens sont beaucoup plus alertes et présents.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai. Et l'aspect parfum, tu as parlé de cet aspect-là, c'est très fort. En effet, quand on est au plus près de la nature, il y a toujours quelque chose qui fleurit. qui peut ne pas avoir d'odeur, mais qui peut en avoir aussi un parfum assez fin. Et ça peut même pas venir des fleurs, mais plutôt des feuilles.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Les feuilles de cassisier, il suffit de les effleurer pour que ça sente le cassis.
- Speaker #1
Ah oui, incroyable. Oui, puis l'odeur de la terre, il y a tout ça.
- Speaker #0
L'odeur de l'humidité. Et puis, troisième kiff, c'est me dire, je sais pourquoi je fais ça. J'ai fait ma petite part à ma modeste échelle pour la planète et du coup, je me couche heureuse.
- Speaker #1
Et ça, ça n'a pas de prix. Finalement, tu fais un peu comme les abeilles d'aller justement faire plein de rôles et de métiers différents tout au long de ta vie. Aller picorer, porter le pollen dans les endroits où ils veulent bien. échanger et en prendre et tout ça. Et ça permet de faire pousser des choses.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai. Je n'y avais pas réfléchi comme ça, mais ça me va. La comparaison me convient très bien.
- Speaker #1
De là à t'appeler pollinisatrice, je n'oserais pas, mais je t'offre en tout cas cette métaphore parce qu'en t'écoutant depuis tout à l'heure, je me disais qu'il y a quand même aussi ça, de passer de métier aussi différent. Ce n'est pas anodin et tout le monde n'ose pas forcément le faire.
- Speaker #0
Oui, et comme quoi c'est possible en fait. Comme quoi c'est possible si on se sent Pas bien, c'est vrai que des fois, c'est aussi le message que retiennent les personnes auprès desquelles j'interviens. C'est-à-dire, si on ne se sent pas bien dans ce qu'on fait, si on en a fait le tour, mais qu'on est très intéressé par telle autre chose, ça vaut la peine de sauter le pas. On se dit, on n'est pas resté dans une insatisfaction, on est allé vers ce qui nous inspire et ça, c'est chouette.
- Speaker #1
Oui, bravo pour ça. Ça serait quoi la suite idéale pour toi, Corinne ?
- Speaker #0
Ça serait que ce sujet des forêts jardin nourricières, par la plus de gens, devienne un peu une évidence. Alors c'est sûr, c'est très nouveau et ça demande beaucoup de pédagogie, d'expliquer tout ça. Mais si à travers ça ou à travers d'autres choses, les personnes se reconnectent au vivant, d'une part, le comprennent mieux, l'aiment et l'intègrent dans leur vie, tout le monde se sentira mieux et la planète en particulier. Il y a un proverbe chinois que je dis dans mes formations. Il dit, le meilleur moment pour planter un arbre, c'était il y a 20 ans. Mais le deuxième meilleur moment, c'est maintenant.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Voilà, donc ce n'est pas trop tard. Il ne faut pas se dire, j'aurais dû, on aurait dû et tout ça. Mais non, le faire maintenant, c'est bien déjà.
- Speaker #1
Oui, et il faut le faire maintenant pour que nos enfants en profitent dans 20 ans.
- Speaker #0
Voilà, pour que le carbone soit capté, pour que Merci. la planète soit moins chaude, que les climats soient plus tempérés, qu'on ait moins d'événements extrêmes. Les arbres aident énormément à réguler tout ça. Donc, le rêve, c'est que la planète soit beaucoup plus plantée et que tout le monde y trouve de la joie.
- Speaker #1
Oui, je te rejoins complètement. Quel beau message. Un grand, grand merci, Corinne, pour tout ce que tu nous as partagé. Avec grand plaisir. Et puis, écoute, je... Je ne peux que te souhaiter de continuer à polliniser et que de plus en plus de gens découvrent et vivent cette expérience de pouvoir se balader dans un jardin où on peut cueillir un fruit, où on peut sentir, où on peut s'émerveiller et partager des moments précieux ensemble.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Merci pour votre écoute et à très bientôt pour un nouvel épisode de Mimesis, à l'écoute du vivant.