Speaker #0Il y a des moments de vie qui ne nous quittent jamais. Je me souviens parfaitement de mon dernier jour au cabinet d'avocat, avant mon congé maternité. Très sûre de moi, j'avais lancé à mes collègues, ne vous inquiétez pas, rien ne va changer. Tout est organisé avec mon mari, je vous retrouve dans 7 semaines. Ça va faire bientôt 3 ans, je n'y suis jamais retournée. Je m'appelle Alice, maman de Félix, femme de Luc, ancienne avocate et récemment entrepreneur. J'aimerais vous embarquer aujourd'hui dans ma nouvelle aventure radiophonique et féminine à la découverte des sujets de maternité et carrière. Ma première année postpartum a été un peu chamboulée. J'ai eu des gros soucis de santé. Heureusement, mon bébé va bien. Mais finalement, je me suis posé la question, quelle était ma prochaine étape de vie ? C'est pour ça que j'ai décidé de faire une deuxième année postpartum de reconversion professionnelle, dans une école assez exigeante. Et finalement, au milieu des cours de finance de marché, de marketing, de comptabilité managériale, le thème qui revenait souvent dans mes discussions, c'était comment équilibrer carrière et maternité. Dans ce premier épisode, je vais vous livrer une partie de mon histoire. J'espère qu'à travers mon témoignage, certaines se reconnaîtront. J'espère aussi que d'autres auront envie de venir partager leurs propres interrogations, leur propre parcours. Dans les épisodes suivants, nous écouterons des expertes, des entrepreneurs, des mamans qui ont envie de partager leurs perspectives, leurs expériences, leurs témoignages sur ces questions de carrière et maternité. Je vous propose donc de vous raconter une partie de mon histoire. J'espère que cela va vous plaire et j'ai hâte d'entendre la vôtre. Les enfants, ça avait toujours été une évidence pour moi. J'adore passer du temps avec mes neveux, j'adore m'occuper des enfants des autres. Et notre couple avait bien décidé de fonder une famille. Puis la carrière s'est lancée. jeune avocate dans un grand cabinet d'affaires à Paris, je me donnais à 1000%, j'étais passionnée par ce que je faisais, et le doute sur la maternité a commencé à s'installer. Je savais bien que ça allait être compliqué de conjuguer des semaines aussi intenses avec un désir d'être présente pour mon bébé. La conversation s'est installée avec mon mari, elle a été franche, parfois un peu dure. J'avais besoin qu'il me rassure sur le fait... que ça n'allait pas être seulement mon aventure, mais bien la nôtre. Avec Luc, on a beaucoup parlé. Comment faire pour que je puisse avoir la carrière que je souhaite, tout en élevant un enfant plein d'amour, de présence de parents, et pas élevé par quelqu'un d'autre. Finalement, la question de la carrière et de la maternité a été au cœur de nos discussions dès le début. On décide alors de le faire, ce bébé. Grande aventure. La grossesse pour moi, ça n'a pas vraiment été une partie de plaisir. Je me sentais dissociée de mon corps, je compte. Je ne comprenais pas trop ce qui m'arrivait. Des nausées, de la fatigue, une énorme prise de poids pour essayer de compenser les nausées. Et finalement, la connexion ne s'est pas vraiment faite avec bébé. On dit souvent que les hommes connecteront avec leur bébé une fois qu'il sera là. Et je me suis assez reconnue dans cette approche. Oui, mon bébé était dans mon ventre, mais j'étais fatiguée, j'étais malade. Je n'arrivais pas trop bien à gérer tout ça, avec un travail très intense. Mais ce qui me faisait tenir, c'est que je savais qu'une fois qu'il serait là, j'avais une équipe, j'avais tout planifié. Ma nounou, ma co-famille, mon mari. Je me sentais prête à tout. En tout cas, c'était mon état d'esprit le dernier jour avant mon congé maternité. Je me souviens encore de la conversation que j'ai eue avec une de mes collègues qui me disait « ralentis, respire, tu verras bien comment tu seras après » . Elle avait déjà deux enfants, elle savait de quoi elle parlait. Et moi, je lui réponds « non, non, non, rien ne va changer, je suis ambitieuse, j'adore mon travail, j'adore mon équipe, je gérerai les matins, Luc gérera les soirs, voilà » . Tout va bien se passer. Et puis les trois dernières semaines avant l'accouchement ont été particulièrement dures. Des douleurs inexpliquées, des allers-retours aux urgences. Trois semaines sans dormir. Quand vous passez trois semaines sans dormir avec des crises de douleurs non-stop, la santé mentale n'est pas trop au rendez-vous. Puis un accouchement compliqué, très fatigant. Et là commence trois mois de postpartum très différents de ce que je pensais avoir. Une dette de sommeil déjà énorme et un bébé donc des nuits très courtes. Et cette fatigue accumulée et des nouvelles douleurs. Et puis mon bébé, adorable mais si petit. J'en avais gardé des enfants mais là le choc. Un sentiment de responsabilité énorme. Et des semaines qui passent et je me dis mais comment je vais retourner travailler ? Il va falloir que je me sépare de ce tout petit bébé d'amour. Que je ne sois plus là le soir ? Je ne comprends même pas comment c'est possible. Toutes mes interrogations à ce moment-là portaient sur le fait que je ne comprenais pas comment je pourrais retourner travailler autant pour un job qui me passionnait avant. mais qui me semble complètement incompatible avec l'idée de la maternité que je me fais maintenant. Pourtant, j'avais toujours voulu être avocate. Et là, je n'arrive plus à réconcilier cette ambition avec l'idée de la maternité, avec mon nouveau rôle de mère et mon attachement incroyable à mon bébé. C'est un peu difficile pour moi de... de livrer tout ça parce que c'est toujours au fond de moi. Comment je peux ne pas être collée à mon fils ? Comment je peux avoir d'autres ambitions que celle de m'occuper de mon bébé ? Pourquoi j'ai aussi besoin de m'accomplir ailleurs ? Ça, c'est un gros moment de travail, beaucoup d'introspection et je continue à travailler sur ce sujet. Et puis ça me met une pression énorme. Parce que si vous devez justifier chaque instant, chaque minute non passée avec votre bébé, il vaut mieux que c'est chaque moment et chaque minute soit pour changer le monde. Pas du tout de pression. Donc voilà un petit peu l'état d'esprit dans lequel je me retrouve 3 mois postpartum. C'est dur, c'est compliqué, c'est nouveau. Et l'environnement familial dans lequel je suis est à la fois très présent pour moi et bienveillant. et en même temps ne comprend pas du tout ce qui se passe. Il faut savoir que c'est le début de ma maladie, mon handicap, qui va m'empêcher de marcher, de me tenir debout, porter mon fils pendant près d'un an. Et on associe mes doutes sur ma carrière et ma tornade d'émotions à cette maladie. On n'entend pas, on ne comprend pas comment je peux remettre en cause ma carrière. Finalement, je décide de faire de cette maladie... Un point positif, en effet, je suis assignée à résidence sur mon canapé, de plus en plus incapable de gérer Félix seul, qui grandit et grossit, donc je dois être accompagnée soit mon mari, soit ma nounou, soit ma baby-sitter quand mon mari est de garde, vu que je ne peux pas le porter. Pour moi, c'est un grand moment de solitude. Et c'est à ce moment-là que je me dis, tant qu'à être assise sur mon canapé et de me battre contre la maladie, autant que j'utilise mon cerveau sur autre chose. Je ne peux pas m'occuper de mon fils tout seul, autant que j'avance sur mes autres rôles. Alice l'avocate ou Alice peut-être autre chose. À moi d'y aller, de me donner une chance, de tester les opportunités qui se présentent. Et c'est pour ça que je me retrouve à trois mois postpartum, en arrêt maladie, à faire quelques heures de maths tous les jours pour me remettre à niveau, après 20 ans sans avoir fait une division. pour réussir un test de maths nécessaire pour pouvoir faire le MBA d'INSEAD. On parle souvent du mom brain, cet état de ralenti du cerveau en postpartum où l'on conjugue la grosse fatigue des nuits sans sommeil avec bébé et les hormones qui nous impactent. Alors effectivement, les premières semaines, je vous l'avoue, ont été très compliquées. Je devais rapprendre les bases des maths tout en remettant mon cerveau en marche. J'ai failli plusieurs fois baisser les bras. Puis petit à petit, on voit que les efforts payent. Et trois mois plus tard, je réussis mon test de maths. S'en suivent des entretiens assez intenses de personnalité, où mon statut de mère est assez challengé par rapport aux études que je veux refaire. Et déjà, ça m'a bien mis la puce à l'oreille pour le reste qui m'attend. Je me retrouve donc un 1er septembre, avec la confirmation de ma sélection pour ce MBA, qui commence le 4 janvier suivant. J'ai donc 4 mois pour trouver un logement à Fontainebleau, un nouveau mode de garde pour Félix qui aura un petit peu plus d'un an. La plupart d'entre vous ne seront pas étonnés de savoir que lorsque j'ai appelé les crèches de Fontainebleau en septembre pour savoir s'il y avait une place en crèche pour janvier, on m'a gentiment rayonnée. Heureusement, on a eu l'immense chance de trouver notre nounou, Bernadette, 62 ans, une grande expérience avec les enfants. et prête à faire les allers-retours entre Saint-Denis et Fontainebleau, dormir à la maison une à deux fois par semaine quand mon mari est de garde à l'hôpital, pour me permettre de respecter les horaires à rallonge de mon école. Je devais partir le matin à 7h45, et j'allais rentrer souvent tard le soir, juste le temps pour faire la petite routine du coucher avec Félix. Honnêtement, si j'ai pu faire cette année de MBA dans une école si exigeante en termes d'investissement personnel, C'est 100% grâce à Bernadette et à Luc. Car je savais que mon fils était choyé, en sécurité, la semaine avec Bernadette, le week-end avec son papa. Et je pouvais profiter de moments privilégiés avec Félix, parce que la charge mentale était particulièrement légère pour moi. Je leur serais toujours extrêmement reconnaissante. Se lance donc une année un peu folle, extraordinairement challenging. Je me suis complètement retrouvée hors de ma zone de confort. Chaque jour n'était que nouveauté, à la fois intellectuelle, car je découvre la finance de marché par exemple, la comptabilité, les cours de stratégie d'entreprise. Et je suis aussi entourée de 350 autres élèves, de 80 nationalités différentes, une centaine de femmes et une seule autre maman. Oui, vous m'avez bien entendu. Sur une centaine de femmes, entre 25 et 35 ans, nous sommes seulement deux femmes avec enfant. La deuxième maman, Jessica, qui va vite devenir une amie proche, est allemande et accompagnée par son mari, qui a pris une année de congé parental pour pouvoir s'occuper de leur bébé de 5 mois pendant que mon ami fait son MBA. C'est un peu violent. C'est un vrai choc pour moi de voir qu'on n'est que deux mamans. Mais les raisons sont claires. Je n'ai déménagé que de 60 kilomètres. Je suis restée dans mon pays. Et j'avais déjà mon réseau de parents et nounous qui m'ont aidée à trouver Bernadette. Et déjà, ça n'avait pas été simple pour trouver la bonne organisation, pour être dans les bonnes conditions, pour suivre un tel programme. Mais le constat m'attriste profondément. Aujourd'hui, une femme avec enfant ne peut que très difficilement... se permettre de pouvoir faire un MBA et être un formidable accélérateur de carrière. Le rythme et l'investissement demandés demandent un tel soutien de son partenaire et un système sans faille de garde que très peu de femmes mères postulent à ce genre de programme. D'ailleurs, même avec mon organisation du tonnerre, mon expérience a été très différente de celle de mes camarades de promo. J'ai très peu participé aux événements purement sociaux ... En contrepartie, j'ai organisé beaucoup de dîners à la maison avec Félix qui dormait tranquillement dans sa chambre à côté. Mes week-ends étaient consacrés à préparer mes cours et passer le maximum de temps possible avec mon fils et mon mari. Et je n'ai aucun regret, l'objectif était de trouver notre équilibre à nous. Mais l'absence de maman dans ce programme m'a fait beaucoup réfléchir. Comment se fait-il ? qu'encore aujourd'hui, en 2025, les femmes doivent encore trop souvent choisir entre carrière et maternité. On a eu la chance de rencontrer des femmes formidables pendant le programme, qui avaient réussi sur les deux fronts. Elles ont à chaque fois répondu avec beaucoup d'honnêteté et de franchise que cela n'était pas toujours simple, et ce qui revient souvent dans leur histoire, c'est le fait qu'elles forment une équipe avec leurs partenaires. Je ne peux qu'être d'accord avec cela. J'ai fini mon programme 12 mois plus tard, avec de nouvelles compétences, une nouvelle expérience de vie supplémentaire et une énergie décuplée pour m'investir sur le sujet de la carrière et maternité. Et c'est comme ça que le projet MomInc est né. Après avoir été avocate, être devenue maman, avoir repris mes études, je suis aujourd'hui chef d'entreprise. Avec MomInc, mon objectif est d'aider les mamans à concilier carrière et maternité. Et la première étape consiste à aider celles qui se sont arrêtées de travailler pour élever leurs enfants et qui souhaitent aujourd'hui retrouver un travail rémunéré. On avance vite. Les premiers outils IA de refonte du CV sont déjà lancés. Des premières mamans sont déjà accompagnées. Et j'espère de tout cœur que mon fils sera fier de mon engagement. Voilà un petit bout de mon histoire. J'espère que vous serez nombreuses et nombreux à suivre l'aventure Mom Inc. Et n'hésitez pas à nous contacter si vous aussi vous souhaitez reprendre votre activité professionnelle post-maternité. A très vite !