- Speaker #0
Coucou à tous, moi c'est Aude, je suis maman de trois enfants, je suis aussi une femme, une épouse, une soeur, une fille, une amie et comme beaucoup d'entre vous, j'ai connu les vertiges des couloirs d'hôpital et très clairement, ces vertiges-là, on s'en passerait bien. Mais j'ai aussi eu la chance de croiser des personnes extraordinaires, celles qui par leur regard, leur présence, leur mot, changent tout. Alors j'ai décidé de prendre le micro et de poser des questions qu'on se pose tous, avec cette conviction et cette phrase qui me suit depuis très longtemps, une phrase d'Hippocrate qui dit La force qui est dans chacun de nous est notre plus grand médecin, j'y crois absolument. Bienvenue dans mon combat santé, un podcast à la rencontre de celles et ceux qui soignent, qui cherchent, qui innovent, qui relient, qui accompagnent. Et pour ce troisième épisode, j'ai la chance inouïe de recevoir la merveilleuse Kolia Bénié, experte reconnue dans le domaine de la santé mondiale, qui a été nommée femme leader en santé mondiale. Bref, Colia est une personne extraordinaire, une femme de terrain, Une voix essentielle pour les populations oubliées, les femmes, les petites filles. J'espère que ce podcast vous l'aimerez autant qu'il me porte. Je vous souhaite une très bonne écoute. Merci.
- Speaker #1
Coucou Colia, je suis ravie de te recevoir sur le podcast Mon Combat Santé à la rencontre de personnes extraordinaires. Alors moi, je te connais, tu es une amie, mais tu es avant tout une personne vraiment exceptionnelle, figure de référence en santé mondiale. Après des études de médecine, tu t'es engagée depuis... plus de 15 ans dans les politiques de santé publique auprès du gouvernement français, d'ONG international qui travaille avec les Nations Unies, l'OMS, l'UNICEF. Et ton combat, c'est quoi ? Tu vas nous en parler plus longuement. C'est améliorer l'accès aux soins des plus vulnérables, en particulier des femmes, des enfants, des populations oubliées partout dans le monde. Et aujourd'hui, on avait envie que tu nous partages ta vision, tes espoirs, tes solutions, peut-être aussi pour construire une santé plus juste. Bienvenue Kolia !
- Speaker #2
Merci beaucoup Aude, merci pour cet accueil et merci pour tout mon podcast que je pense extrêmement essentiel et très utile en termes de santé publique. C'est vrai qu'on a besoin de pouvoir entendre différentes voix d'acteurs qui font la santé au quotidien et que ce soit en France ou dans d'autres pays puisque en fait la santé est universelle. Donc merci beaucoup pour son accueil.
- Speaker #1
Alors,
- Speaker #2
merci Aude.
- Speaker #1
C'est impressionnant. Moi, je suis un peu au courant de tout, mais tout le monde ne l'est pas. J'aimerais te demander une chose. À quel moment tu as compris que tu voulais consacrer ta vie à la santé mondiale et plus que tout, à aider les autres ? Parce que c'est ce que tu fais au quotidien.
- Speaker #2
C'est arrivé très tôt. Moi, je suis née dans les années 80. Et dans les années 90, on avait quand même certaines grandes maladies qui m'ont émervé, notamment. La lutte contre le VIH, notamment le VIH-Sida, et très tôt on a été, toi comme moi, percutés par ce fléau. Nos acteurs, nos chanteurs préférés étaient souvent atteints par cette maladie. Et je me suis posé la question de savoir comment ça se faisait et qu'est-ce qu'on pouvait faire contre ça. Et c'est comme ça que très tôt je me suis dit, je vais embrasser cette voie de la santé. et travailler avec cet aspect-là, de pouvoir lutter contre le VIH. Alors, naïvement, quand j'étais enfant, je me suis dit, tiens, et si je trouvais le vaccin contre le sida ? J'étais toute petite, hein ? Pas mal. En toute modestie, n'est-ce pas ? Mais surtout, en fait, je voulais absolument faire quelque chose. Et c'est ce qui m'a amenée à m'intéresser à ce milieu de la santé. ensuite j'ai regardé un petit peu peu, ce qui pouvait aussi me faire vibrer et je me suis rendu compte que les populations les plus vulnérables, notamment les enfants, je trouvais qu'ils n'étaient pas assez protégés et je voulais faire tout ce que je pouvais pour pouvoir travailler pour la santé, notamment des enfants. Globalement, c'est ce qui m'a animé depuis que je suis enfant.
- Speaker #1
Pour toi, la santé mondiale ? Tu aides beaucoup les populations oubliées, celles dont on ne parle pas assez. Et il y a beaucoup de femmes, beaucoup d'enfants. C'est quand même terrible, on n'en parle vraiment pas suffisamment. En quoi pour toi la santé mondiale est une urgence politique autant qu'humaine ?
- Speaker #2
Alors en fait, je veux aussi peut-être clarifier quelque chose parce que souvent on a tendance à confondre santé mondiale et santé internationale. Je pense que c'est important que je fasse un petit point, une petite définition. dans la santé mondiale. est relative à toutes les pandémies, c'est-à-dire jusqu'à Covid, nous avions trois pandémies, le VIH, la tuberculose. et le paludisme. Maintenant, depuis 2020, nous avons également le Covid. Ce qui fait qu'on a besoin d'avoir une gouvernance mondiale, s'assurer que les acteurs partout dans le monde puissent avoir des réponses globales pour une pathologie et pour des pandémies qui s'étendent partout dans le monde. Et la santé internationale, c'est notamment des pathologies qu'on peut retrouver ça et là dans les pays, je pense notamment à la lèpre, qu'on peut retrouver à Madagascar, qu'on peut retrouver en Inde. mais qui ne sont pas globales. Et donc, c'est important de se dire que ce ne sont pas tout à fait les mêmes instruments de réflexion, ni de gouvernance, et de se dire, OK, comment on s'assure que les États puissent travailler entre eux, ensemble, en fonction des pathologies. Et donc, pour cela, ce ne sont pas du tout les mêmes moyens, et donc, pas du tout les mêmes résultats. Voilà. Ça, c'est le premier point. La santé mondiale et la santé internationale, et c'est vraiment ces deux aspects ensemble qui me tiennent à cœur. Souvent, ça peut toucher ça touche les pays qui ont le moins de revenus ce qu'on appelle les pays à revenus faibles ou intermédiaires et c'est vrai que nous depuis notre fenêtre dans les pays à hauts revenus en Europe en Amérique du Nord on a tendance à oublier et c'est un peu souvent les indignations en fonction du kilométrage plus c'est loin plus on se dit bon c'est loin tant pis c'est pas grave c'est souvent c'est toujours pareil en question. alors qu'en fait derrière des chiffres on a des histoires, on a des vies on a des personnes qui se battent et il est hors de question de laisser des millions de personnes dans des situations qui sont mais que nous n'accepterions pas dans nos pays à haut revenu donc moi je suis vraiment engagée sur cette question là puisque je crois que je cesse de me révolter tout le temps voilà c'est toujours la même question, c'est pourquoi ? Pourquoi on ne fait pas assez ? Pourquoi on n'y va pas ? Pourquoi il n'y a pas assez de moyens économiques ? Pourquoi il n'y a pas assez de volonté politique ? Pourquoi ? Qu'est-ce qui fait que ces personnes-là n'ont pas le même... Le même intérêt ? La même attention. Oui. Exactement. On peut avoir la même attention que nous, on peut avoir. Et je me dis souvent, donc j'ai fait quand même beaucoup de... J'ai travaillé beaucoup à l'étranger, sur des terrains qui étaient complètement différents, que ce soit en Amérique du Sud, que ce soit en Asie du Sud-Est. en Europe, bien sûr, et aussi en Afrique subsaharienne. Et je me dis, si j'étais née autre part qu'en France,
- Speaker #1
t'aurais pas forcément eu la même chance.
- Speaker #2
Exactement, exactement. Et notamment en tant que les petites filles, les enfants qui naissent notamment sur le continent africain, il faut quand même garder à l'esprit qu'un enfant qui naît sur le continent africain a 15 fois plus de chances de mourir qu'un enfant qui naît... sur le continent européen ? Est-ce que c'est normal ? 15 fois. C'est un scandale. Moi, c'est quelque chose qui me révolte et qui me prend aux tripes. Donc, rien que ça. Et puis, pareil, lorsqu'on a des projets de famille, tu vois, Aude, toi, t'es une maman qui est formidable. Vraiment, on a... Quand on veut créer une famille et qu'on veut pouvoir transmettre, il faut garder à l'esprit, par exemple, parce que... En Afrique subsaharienne, une maman qui veut donner la vie a 20 fois plus de chances de mourir qu'une maman qui est en Europe, en Amérique du Nord. Moi, je ne trouve pas ça normal.
- Speaker #1
C'est-à-dire qu'on verrait ça dans les journaux télévisés à tout bout de champs si ça se passait chez nous.
- Speaker #2
Exactement. Et donc pour ça, j'essaye depuis une quinzaine d'années de me former, d'apprendre. de toujours pousser mon art, d'essayer de comprendre, que ce soit en termes d'épidémiologie, en termes de sociologie également, en termes de relations interculturelles, puisque c'est vrai que comme on est façonné par l'environnement dans lequel on vit, on a souvent une lunette qui n'est pas forcément adaptée aux réalités du terrain. Et donc j'essaye de comprendre, de voir, là où quand on parle par exemple de pathologies telles que le cancer, maintenant on prend ça à bras le corps. en Europe, ce qui n'est pas forcément le cas et pas suffisamment le cas notamment dans les autres pays. C'est la question de la prévention, c'est la question de l'information en santé, c'est la question du fact-checking et de l'information pour les personnes qui ont besoin d'avoir cette information pour pouvoir se soigner. Moi, je travaille sur cela et j'aime... Je veux dire qu'il faut absolument que les décideurs politiques investissent en santé. Parce qu'en fait, ça nous touche tous. On a bien joué avec Covid. Covid, d'un coup, tout s'est arrêté. Tout le monde entier. Et tout le monde était éterné. Tout le monde s'est rendu compte qu'en fait, on est tous humains et donc, en fait, on a besoin d'être tous en bonne santé. Donc, pouvoir ensuite vaquer nos populations, participer à l'économie, faire vivre nos pays. Nous, on était très peu, quand même, de spécialistes en santé publique, santé internationale, santé mondiale. Et c'est vrai que depuis, j'en suis ravie, c'est un peu plus dans l'esprit des gens. Exactement, mais pas suffisamment. Tu vas voir, Rodin, c'est vrai que je suis une plaideuse sur les questions de santé. Il n'y a pas assez d'investissement, j'ai l'impression qu'on a vite oublié. On a vite oublié, et notamment la santé est sensible à l'économie. On met un euro, on met un dollar, on met un yen en santé. il va y avoir des conséquences, de même que si on le retire. Et donc, on a besoin d'avoir un investissement massif dans les politiques de santé, et notamment les aides publiques au développement que les pays dits du Nord peuvent se permettre à destination des pays à revenus intermédiaires pour pouvoir travailler à la bonne santé des populations et notamment les plus fragiles, à savoir les femmes et les enfants. Et donc, on a besoin de nos sœurs, on a une responsabilité quand on est dans les pays. pays qu'on dit du Nord, donc d'Europe et d'Amérique du Nord, de pouvoir se dire si, à l'autre bout de la planète, un enfant, une fillette qui est au Bénin a des difficultés, cela aura un impact également sur la santé de tout le monde. Donc, c'est important de pouvoir s'en saisir.
- Speaker #1
Selon toi, Colia, qu'est-ce qui freine encore aujourd'hui justement l'accès aux soins essentiels pour ces femmes, ces enfants dont tu parles ?
- Speaker #2
Je pense qu'il y a plusieurs aspects. Le premier aspect, c'est toujours une question de volonté politique. La volonté politique, c'est de savoir comment on fait pour pouvoir investir, investir dans la santé des populations. Et qu'on ne se dise pas que c'est un fardeau, mais plutôt un investissement, un potentiel, une chance. Quand on a une population en bonne santé, on a un pays qui est en bonne santé. Donc ça, c'est une première chose. Deuxième chose, il y a aussi les structurations. des systèmes de santé. Pour cela, il faut s'assurer que la voix des populations puisse être entendue et transcrite en politique publique. Et ça, il faut qu'il puisse avoir une chaîne qui soit fiable et qui soit respectueuse des besoins du terrain. Et très souvent, on ne sait pas, on n'entend pas bien, il y a des coûts budgétaires ou alors c'est trop loin. Moi, je vois sur certains continents, puisque nous, nos distances en Europe sont plus courtes, mais sur d'autres continents, les distances sont vraiment très grandes. Et donc, il est difficile d'aller recueillir la parole de certains. Et donc, pour ça, il faut mettre en place tout un système de santé, le renforcement d'un système de santé, pour pouvoir entendre ces populations et ces communautés. Et je pense notamment à certains pays qui ont essayé de pallier à cela avec des agents de santé communautaire. Donc, c'est des personnes qui ont la confiance des personnes qui vivent dans les villages, par exemple. et qui peuvent délivrer des messages de santé. Donc voilà, ça c'était le deuxième aspect, le renforcement des systèmes de santé et la structuration. Et je pense que c'est essentiel. Et après, bien sûr, c'est comment on travaille sur la prévention.
- Speaker #1
La prévention, elle est plus mondiale en fait. Effectivement, on a quand même l'impression que ces gens-là sont oubliés trop souvent, depuis toujours. C'est terrible de se dire ça en 2025 quand même. On arrive à ce que...
- Speaker #2
Exactement. Et sachant que, alors par contre, qu'on soit... Pour qu'on soit très clair, moi, sur mes propos, il n'y a pas de propos misérabilistes. Parce qu'en fait, quand on est au plus près des populations, les populations, elles savent ce dont elles ont besoin. Elles le disent, elles le formalisent, juste qu'elles ne sont pas assez écoutées.
- Speaker #1
Alors, je sais, justement, tu es particulièrement engagée pour la santé des mères et des enfants. Qu'est-ce qui t'indigne le plus aujourd'hui ? Et peut-être surtout, qu'est-ce qui te donne envie de continuer à t'engager ?
- Speaker #2
Tu as vu, moi, je suis un peu révoltée. Je sais. Moi aussi,
- Speaker #1
je suis souvent révoltée. Mais à la fin, j'y crois toujours. Mais j'y crois toujours. Je me dis que tant qu'on y croit, ça veut dire que tout n'est pas complètement foutu.
- Speaker #2
Exactement. Et tu as bien raison. C'est vrai que je suis complètement d'accord avec toi. Il y a plusieurs sujets, effectivement. Il y en a un que j'ai découvert il y a un peu moins d'une dizaine d'années, qui est le sujet de l'excision. L'excision, c'est une mutilation sexuelle féminine qui a pour objectif d'enlever le clitoris des jeunes filles pour soi-disant contrôler leurs désirs, leurs besoins sexuels. C'est du n'importe quoi. C'est terrible. C'est une mutilation, c'est de la barbarie, c'est un traumatisme qui est immense. Et quand je découvre vraiment ce sujet, que je travaille sur ce sujet, lorsque je suis engagée dans une ONG internationale, je me dis qu'il faut que je me renseigne. Il faut que je me renseigne, je regarde un petit peu. Je me rends compte que partout dans le monde, les jeunes filles sont victimes de cette barbarie. Que ce soit sur le continent asiatique, que ce soit sur le continent africain. aussi sur le continent européen ça touche tout le monde ça touche tout le monde et c'est extrêmement tabou toutes les petites filles et on a des pays où il y a des taux d'excision qui sont extrêmement importants je pense notamment à l'Indonésie à l'Egypte, au Mali en Guinée et quand je cite les pays ce n'est pas à viser de stigmatisation. C'est juste pour qu'on puisse bien comprendre que l'excision est partout. Et que ce sont des pratiques qui ne sont pas religieuses, mais des pratiques qui sont dites culturelles. D'accord. Exactement. C'est extrêmement important.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #2
Exactement. Et donc, on voit qu'il y a des enfants qui sont coupés, excusez-moi du terme, parce que c'est vraiment cela dont il s'agit. dès la naissance jusqu'à la fin de l'adolescence. Lorsque cela arrive, lorsqu'elles sont adolescentes, généralement elles doivent arrêter l'école, puisqu'il y a de grands risques, ce sont des suites d'un traumatisme chirurgical. Elles sont retirées de l'école, mais souvent pour leur société, pour leur communauté, c'est un rite d'initiation pour passer à l'âge adulte. et donc elles deviennent possiblement des futures femmes c'est-à-dire on peut les marier c'est ça et exactement c'est ça tout l'objectif oui d'accord donc moi je vais essayer de m'enseigner je travaille sur ces questions-là je regarde comment ça se passe notamment en Afrique de l'Est au Kenya en Afrique de l'Ouest dans le sud du Sénégal et en Guinée Et je découvre des personnalités extrêmement inspirantes et des associations qui travaillent sur le terrain. À l'Est, je rencontre une jeune fille qui s'appelle Naïs, Naïs Lengueté, et qui... Voilà, c'est son prénom, Naïs, qui veut dire... Je vois le nom, en plus. Et qui, quand elle est adolescente, fuit sa famille pour ne pas être excisée. Et elle en fait le combat d'une vie. Et elle arrive à convaincre les chefs de village autour de son village au Kenya de pouvoir arrêter et abandonner cette pratique. Et puis elle est repérée par des ONG internationales et par son gouvernement kenyan. Et maintenant, c'est une voix extrêmement forte dans le monde pour pouvoir parler de ces mutilations et de dire qu'en fait, il y a d'autres rites qu'on peut effectuer pour pouvoir... s'assurer qu'une fille devienne une femme sans passer par un traumatisme physique, sans passer par un abandon de l'école, sans passer par des mariages précoces, puisque souvent ça va en ensemble, et donner en les protégeant, et surtout en leur donnant la confiance nécessaire d'être des femmes à part entière. Donc ça, c'est ce qui se passe à l'Est. Et à l'Ouest, je rencontre... une femme qui est présidente d'une association qui s'appelle Exilons Parlons-en, Ramata, qui se bat, qui elle-même a été excisée et qui a découvert tard qu'elle avait été excisée. Et quand elle découvre cela en tant que femme adulte qu'elle a été excisée, lors de sa première grossesse, elle essaie de comprendre. Et en fait, quand elle réalise... Elle essaie d'en faire un combat. Et je suis très admirative de son travail. Elle est tout le temps dans les pays, sur le terrain, à échanger avec des professionnels de santé, à travailler avec les populations, les chefs du village, les chefs religieux. pour pouvoir abandonner cette pratique. Et donc moi, quand je découvre ce sujet, effectivement, ça me révolte tellement que je trouve que c'est un sujet qui est inépuisable. Et il y a quelques semaines, j'étais en Côte d'Ivoire, dans le cadre d'une mission organisée par le Fonds Muskoka, qui est un instrument qui a été mis en place par le gouvernement français, notamment le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, il y a 15 ans maintenant, qui travaille sur la zone Afrique de l'Ouest, Afrique de l'Est. pour la santé, le bien-être des femmes, des filles et des adolescents, et qui luttent de manière acharnée, notamment contre cette pratique. Et lors de cette mission, j'ai trouvé ça formidable, puisque c'était avec les collègues des agences des Nations Unies, à savoir l'OMS, l'UNICEF, nous avons fait venir des chirurgiens français, des chirurgiens sénégalais, guinéens, tchadiens, ivoirien, béninois, togolais, pour qu'ensemble, ils puissent échanger sur leurs différentes pratiques de reconstruction, de reconstruction clitoridienne, et échanger aussi de se dire, ah tiens, qu'est-ce qui fait qu'on peut opérer ou pas une femme qui réalise qu'elle a été excédée ? Et quelle est la prise en charge aussi psychologique autour de cela ? Donc il y avait des chirurgiens... il y avait aussi des sages-femmes et nous avons pris en charge 30 patientes et je tiens à saluer le travail de ces chirurgiens qui sans relâche ont échangé ont travaillé et ont réparé ces femmes qui le souhaitaient alors que c'est une démarche pour elles qui est absolument puissante il y en a certaines qui ont fait des joueurs de match pour venir je pense que ça c'est ça qui me révolte de
- Speaker #1
manière générale en même temps envie de t'engager c'est ces femmes-là en fait qui combattent Merci. Elles-mêmes, alors qu'elles l'ont subie ou qu'elles ont failli le subir et qu'ils le vivent au quotidien.
- Speaker #2
Exactement, exactement. Voilà, c'est comment leur donner de la force et être là pour pouvoir s'assurer et notamment les professionnels de santé. Exactement, exactement. Et que tout le monde soit bien formé à la prise en charge, exactement. Et quand on est en Europe, par exemple, moi je trouve pendant les études de médecine, on n'est pas assez sensibilisés à cette question alors qu'on a des milliers de petites filles à qui ça arrive. et qu'il faut savoir prendre en charge.
- Speaker #1
Merci que tu sois là. Ça met du bon mot au cœur et ça redonne un peu le fort l'humanité. C'est-à-dire qu'il y a des gens comme toi et qu'il y a des femmes comme elle qui font quand même preuve d'un courage assez incroyable parce que c'est encore plus dur pour elles de se dire que dans ces pays-là où c'est culturel et où c'est quelque chose peut-être parfois d'a priori normal de combattre ça, je trouve ça assez incroyable. Sur l'échelle internationale, Donc, tu travailles pour le gouvernement français, vous travaillez en collaboration avec les Nations Unies, avec l'OMS, avec l'UNICEF. Quelle est la clé pour toi pour faire avancer des projets concrets justement dans ces écosystèmes qui sont hyper différents parce que toi, tu as travaillé, je le sais, mais tu as travaillé en Amérique du Sud, en Afrique, tu connais aussi l'Asie. En fait, ça paraît fou parce que tu es allée dans le monde entier.
- Speaker #2
et
- Speaker #1
Et comment concrètement on fait avancer tout ça alors qu'il y a des cultures qui sont très différentes, que les gens fonctionnent différemment ? Comment on fait ?
- Speaker #2
Je pense que ce qui est extrêmement important, c'est de pouvoir investir les institutions qui permettent ce travail-là. Il faut que les personnes qui travaillent sur le terrain, qui sont en contact avec les populations, qui savent exactement... qui les connaissent, qui ont leur confiance et qui ont compris comment ça se passait, puissent travailler à l'ingénierie politique. Il faut avoir cette construction-là.
- Speaker #1
Par les ONG, par les associations, en fait.
- Speaker #2
Exactement. Via les ONG, c'est question de plaidoyer. Et puis, via les institutions internationales, c'est l'élaboration des politiques de santé. Et il faut que ces personnes-là puissent arriver et transmettre. Tout cela, tout compris. Exactement. Et puis, toutes les personnes qui travaillent auprès de ces institutions, notamment les Nations Unies. Alors, quand on parle des Nations Unies, c'est un peu loin. C'est vrai que maintenant, l'OMS, les gens ont un peu plus l'habitude. On sait qu'est-ce que c'est une organisation. L'UNICEF aussi, c'est extrêmement présent. Mais très rapidement, ça peut être aussi assez déconnecté du terrain, de la réalité. Et les personnes qui travaillent dans ces institutions, je sais qu'elles ont à cœur aussi d'aller sur le terrain le plus souvent possible. Et c'est en ça d'ailleurs qu'il y a une réforme à l'OMS en ce moment, qui est entreprise par le docteur Tedros, qui est le patron de l'OMS, pour déployer... les agents au plus près des populations pour éviter d'avoir un travail de bureau. Et je pense que ce qui permet de s'assurer d'avoir des résultats, puisque la santé, c'est à long terme, on ne peut pas changer, appuyer sur un bouton et s'assurer qu'il n'y ait plus rien d'un coup d'un seul. Ce n'est pas vrai. Par contre, c'est un investissement, c'est du long terme, c'est un travail de longue haleine, à la seule condition. que chacun puisse comprendre ce dont les populations ont besoin. Il faut être auprès des populations, être sur le terrain, quitte à se prendre des claques. C'est extrêmement difficile de se dire, d'accord, j'ai travaillé sur des modèles, j'ai fait de la recherche, je regarde quelles sont les influences de l'histoire, de l'économie, du pays, dans l'élaboration du système de santé. Et puis on arrive en face d'une maman qui nous explique qu'elle voudrait bien faire vacciner son petit, mais qu'elle a quatre jours de marche. Comment on fait ? Et en fait, c'est ça. Il faut pouvoir arriver à avoir une vraie transcription, un vrai dialogue. On est une chaîne. On a chacun des compétences différentes. Mais pour ça, il faut qu'on puisse bien se parler. Il y a des enceintes qui le font très bien. Je pense que les institutions, les ONG internationales, les organisations à la base communautaire ont intérêt à tout le temps travailler ensemble, à la seule condition d'avoir suffisamment de moyens pour pouvoir le faire, de moyens financiers, de moyens matériels, de moyens. humain et ensuite s'assurer qu'il y ait un suivi de ce qui est fait. Il ne s'agit pas d'avoir des idées, il ne s'agit pas d'avoir des grands principes. Il faut ensuite faire un suivi régulier de ce qu'il se passe pour ajuster et pour voir si on est dans le bon sens et ensuite passer à l'échelle encore et toujours.
- Speaker #1
Est-ce que tu veux ajouter quelque chose sur le fond du SCOCA ?
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #1
C'est quand même intéressant. Qu'est-ce que ça a permis de transformer concrètement ?
- Speaker #2
Donc le Fonds Miss Coca, qui est effectivement, comme je le disais juste avant, une initiative prise lors du G8 à l'époque au Canada, que la France a porté pour le G8. Et il y a 15 ans maintenant, ce fonds a pour objectif la santé et le bien-être des femmes. des mères et des enfants en Afrique de l'Ouest et en Afrique du Centre. Et l'objectif du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, donc du Quai d'Orsay, c'est de travailler avec quatre agences des Nations Unies, qui sont l'OMS, l'UNICEF, UNFPA, qui est l'agence des populations qui est dédiée à la santé sexuelle et aux droits de santé sexuelle et reproductif, mais aussi ONU Femmes, qui est l'agence des Nations Unies, qui est en charge de tout ce qui est diplomatie féministe. Et ces quatre agences... ensuite travaillent avec les gouvernements de six pays, à savoir le Bénin, la Côte d'Ivoire, le Tchad, le Togo, la Guinée et le Sénégal, pour pouvoir améliorer les conditions de vie de ces populations. Et le travail est fait sur le renforcement des systèmes de santé, sur la nutrition, parce que c'est extrêmement important. également sur la santé sexuelle et reproductive des adolescents, donc le travail de prévention, notamment contre les IST, contre les infections sexuellement transmissibles, et avec des résultats qui sont incroyables, et de lutte contre la mortalité, les mortalités maternelles et infantiles. Depuis la mise en place du Fonds Muscoca, il y a une baisse de 17% de la mortalité maternelle dans la sous-région. ce qui est impressionnant. Et une baisse de 20% de la mortalité néonatale. Donc on voit des résultats qui sont assez spectaculaires à l'échelle d'un continent.
- Speaker #1
C'est pas vraiment concrètement.
- Speaker #2
Exactement. Là, vraiment, on ne peut pas voir plus tangible. Et ce sont des résultats qui sont attestés par l'OMS notamment. D'accord. Mais de manière encore un peu plus tangible, deux exemples. Le premier. Grâce au fond Muscoca, et la volonté politique, au Bénin, le ministre de la Santé a décidé et a réussi à faire dépénaliser l'avortement. Ce qui était une révolution dans la sous-région.
- Speaker #0
Quand on se souvient, nous, des débats qu'on a eus il y a quelques mois, notamment pour la constitutionnalisation de l'avortement, c'était très houleux. C'est-à-dire que même si nous, on pense que c'est acquis, en fait, pas du tout, les gens africains disent le même.
- Speaker #1
Déjà, quand il s'agit du droit des femmes, j'ai l'impression.
- Speaker #0
Exactement, exactement. Ils sont toujours menacés dès qu'il y aura une crise, comme l'a indiqué Simone de Beauvoir. Et c'est vrai que c'est les mêmes discussions qui sont en cours sur le continent africain, notamment. Et le ministre de la Santé a réussi cela en expliquant, parce que le ministre de la Santé actuel, c'est le professeur Ougbati, qui est un gynéco-obstétricien et qui dit en fait, on voit trop de femmes qui meurent en couche et ce n'est pas normal. Et donc pour ça, l'avortement a pour objectif de les sauver. Et donc il a réussi ce tour de force. Et c'est grâce aussi au travail des agents de l'Association des Unes sur le terrain et grâce à ce fonds Muscoca. Deuxième exemple, en Côte d'Ivoire. nous avons nous organisons plusieurs missions diplomatiques notamment et des missions de parlementaires français qui vont sur le terrain pour attester des résultats obtenus par ce fonds et il y a la mise en place d'un principe assez classique que l'on voit par chez nous qui est le pot à pot quand un enfant est quand l'enfant naît, on le met contre sa maman On nous dit que c'est une expérience. Exactement. Et souvent, il peut y avoir les enfants, quand ils sont de faible poids, et qu'en fait, sur le continent africain, il n'y a pas assez de couveuses, de lits chauffants, on a besoin quand même de pouvoir maintenir une température temporelle constante. Et qu'il n'y a pas tout ça parce qu'il y a des problèmes d'acheminement de matériel, d'électricité. En fait, les petits sont mis contre leur mère 24 heures sur 24. Et en fait, c'est comme ça qu'on les sauve. Donc ça, c'est dans des unités qu'on appelle mère kangourou. Donc en fait, les mamans portent leur bébé, mère kangourou, exactement.
- Speaker #1
Il y a ça dans certains de nos hôpitaux, en tout cas à l'hôpital Trousseau, il y a l'unité, je crois que c'est dans l'unité kangourou. Elle était fermée quand j'ai accouché, donc moi j'étais en néonatalité parce qu'elle était tout petit, mais je crois que c'était l'unité kangourou.
- Speaker #0
Oui, il y a des chances. Et c'est vrai que fort des résultats. qu'on a observé, les unités kangourous, on est à 99% de survie. D'accord ? C'est 99%. Le ministre de la Santé de Côte d'Ivoire, M. Limba, a décidé de généraliser ces unités de soins mère kangourou partout dans le pays. Et ça, c'est vraiment à la faveur du travail du Fonds Muscova. C'est spectaculaire. Des résultats qui sont extrêmement concrets. et que les décideurs voient et disent en fait on doit généraliser parce qu'en fait ça ne coûte pas de sous ça marche et ça ne coûte pas cher chez les unités de mère kangourou les bébés sont mis dans des pannes les pannes c'est un bout de tissu ça ne coûte rien donc ça fonctionne et en plus on prend en charge les mamans et les bébés et ça sauve des vies ça c'est le fond du skoka donc on adore le fond du skoka Et qu'on continue,
- Speaker #1
qu'on n'arrête pas et que ça grossisse et que ça fasse encore plus partout.
- Speaker #0
Et qu'il y ait des financements encore pendant de très nombreuses années.
- Speaker #1
On va se battre pour le fond du scocca. Merci. Tu as été nommée, Colia, femme leader en santé mondiale. Et c'est largement mérité. Quel message. Merci. C'est vrai, je pense vraiment. Parce que moi, ça me touche vraiment que tu t'occupes comme ça des femmes, des enfants. Merci. que, voilà, moi ça me... J'ai vécu plus jeune en Afrique, à Djibouti, où j'ai vu vraiment l'horreur. C'était au moment aussi de la guerre de Somalie et tout ça. Et ma maman se battait beaucoup. Elle avait créé une association pour les enfants de la rue et tout ça. Et donc, bref, les enfants, pour moi, c'est quelque chose de terrible et depuis toujours. Et les femmes aussi. Donc, bref, tu as été nommée femme leader en santé mondiale. Quel message as-tu envie de... transmettre aux jeunes femmes qui ont envie de s'engager ?
- Speaker #0
Merci beaucoup, c'est vrai que j'étais extrêmement honorée d'avoir ce prix et je suis vraiment j'ai été très émue d'ailleurs parce que c'est un beau prix et c'est vrai que ça vient récompenser un engagement de chaque instant le message que je pourrais faire passer c'est de se dire que Merci. aux jeunes filles qu'il ne faut pas attendre qu'on nous laisse la place quelque part.
- Speaker #1
Il faut l'apprendre.
- Speaker #0
Il faut l'apprendre. On se pose zéro question. On y va. Et il faut continuer vraiment à exiger, à créer et à rêver. Parce qu'en fait, pour notre santé, il n'y a rien de mieux que cela. On a besoin de toutes les forces. Et je pense que ça passera par des femmes engagées et inspirantes.
- Speaker #1
Merci, Konya. Est-ce que si tu peux transmettre une idée, une seule... Il y en a plein, mais si tu avais une idée, une seule, le décideur politique de demain, ce serait laquelle ? Pour ton combat, pour ce combat ?
- Speaker #0
Pour les décideurs, je vous invite à venir sur le terrain, je vous invite à venir voir les populations. Ce ne sont pas que des chiffres, ce sont vraiment des histoires, ce sont des parcours, ce sont aussi des souffrances, mais ce sont aussi des bonheurs. Et il faut pouvoir voir pour pouvoir le retranscrire et avoir des politiques de santé qui soient cohérentes. et d'avoir des financements qui soient cohérents et à la hauteur des potentiels de chacun. Voilà ce que je pourrais dire d'ici là. Merci,
- Speaker #1
Conia. Est-ce que tu peux nous expliquer, pour parler de la prévention, des initiatives qui sont mises en place dans les écoles, par exemple à l'étranger ? Parce que je trouve que c'est intéressant, effectivement, de parler de prévention. Et moi, en tant que maman, je trouve qu'il n'y a pas forcément toujours suffisamment de prévention dans les écoles en France. Alors, ça change quand même. Il y en a de plus en plus sur la... sur l'alimentation, ce qu'il n'y avait pas avant. Aujourd'hui,
- Speaker #0
il y a des ateliers et tout ça,
- Speaker #1
mais peut-être pas suffisamment sur plein d'autres choses. Et donc, est-ce que toi, tu as vu des initiatives à l'étranger qui sont intéressantes ?
- Speaker #0
Oui, oui, oui. Alors, j'ai vu une initiative, c'était au Bénin, dans le centre du Bénin, à Boïcon, dans un collège où il y avait un club de jeunes filles. donc c'est des collégiennes de 5e et de 4e, qui se réunissaient pour parler de santé, et particulièrement de santé et d'hygiène menstruelle. Sujets qui sont extrêmement tabous, pourtant toutes les adolescentes passent par là. Et en fait, ça permettait de pouvoir déjà dédramatiser, parler avec des encadrants de la physiologie, de ce que ça signifie vraiment. mais aussi ce n'est pas qu'un club de jeunes filles leurs collègues, leurs camarades garçons étaient aussi conviés à participer aux discussions pour pouvoir mieux comprendre et j'ai trouvé ça génial parce qu'en fait on n'a pas ça on a très peu ça alors c'est vrai que nous nos adolescents généralement se font enseigner vers les réseaux sociaux ce qui est un C'est formidable. On peut tout trouver dans les réseaux sociaux. Mais c'est vrai qu'il faut pouvoir trouver aussi des canaux et des informations qui soient appropriées, vérifiées. Et qui est du lien.
- Speaker #1
Je trouve que ce qui manque aujourd'hui chez nous, justement, avec les réseaux sociaux, c'est qu'il y a ce manque de lien et d'expliquer. Je pense qu'avec des adolescents, il y a besoin de dire, de pouvoir poser des questions en direct, de pouvoir... Ça, je trouve ça génial que c'est... J'allais dire petite fille, mais un texte.
- Speaker #0
ces jeunes filles. Exactement.
- Speaker #1
Parce qu'on n'a pas toutes les informations, tous les enfants ne l'ont pas forcément, il y a des familles qui peuvent aussi se décliner.
- Speaker #0
Sachant que ce sont, vraiment, c'est une commune qui est rurale. Oui. Encore, donc, en plus. Et donc, elles discutent, elles échangent une fois par semaine, elles créent des projets, à savoir des pièces de théâtre, des interventions dans les différentes classes et vraiment, quand elles expliquent Merci. ce qu'elles comprennent, ce qu'elles ont appris, je veux dire, elles n'ont rien à nous envier en termes d'excellente information. Parce qu'elles ont aussi digéré les informations, les professeurs qui les ont encadrés ont réussi à vraiment s'assurer que la parole soit libre, circule, et qu'en fait elles soient beaucoup plus à l'aise ensuite avec leur corps. Là où il faut quand même se redire que, effectivement, comme je disais, c'est comme c'est très tabou dans beaucoup de pays, les filles sont considérées comme impures. et sont certaines interdites d'aller à l'école. Parce que c'est ça tout l'enjeu. C'est-à-dire qu'on a des adolescentes qui, au moment où elles doivent apprendre, se former, imaginer, rêver un avenir, et devenir ce qu'elles veulent devenir, un métier, on leur dit « ta condition de fille t'empêche d'accéder à tout ça » . Et elles sont retirées de l'école une semaine par mois. Ça, ce n'est pas normal. Exactement. Donc vraiment, moi, ce club de jeunes filles au Bénard, à Boïcon, c'est des vraies badass.
- Speaker #1
Elles sont trop fortes. Bravo les filles si elles nous écoutent. Je trouve ça génial. Vraiment, je trouve ça génial. Ça montre que justement, il y a des initiatives qui sont mises en place. Mais tu vois, ce qui est dingue, c'est que cette initiative-là, elle est mise en place à l'école par des jeunes filles, en fait. Par des filles, quoi. C'est-à-dire que c'est elles qui changent la donne. Et j'ai l'impression quand même que de manière générale, c'est l'humain, c'est la personne qui change la donne globalement, à chaque fois. et c'est toujours comme ça donc pour les plus nombreux ça serait bien que les gens nous suivent un peu je suis d'accord Colia si tu devais résumer ton combat en une phrase pour ceux qui nous écoutent ce serait quoi ? un peu dur tu as le droit d'en faire deux ou trois plus si tu veux je vais peut-être résumer mon combat en un mot c'est le mot émancipation Merci.
- Speaker #0
Rien n'est figé dans la vie. On peut échapper à une condition qui nous était prédéfinie, qui nous était destinée. On peut conjurer le sort. On peut le faire. Alors oui, c'est difficile, mais c'est parce qu'en fait, quand on est conscientisé, quand on a les informations nécessaires, qu'on arrive à s'émanciper et qu'on arrive à aller plus loin et de se sortir de sa condition, je pense que ça, ça arrive. Je résume un peu mon action professionnelle. C'est d'avoir des chances, toutes les chances nécessaires pour pouvoir s'émanciper et devenir qui on veut devenir.
- Speaker #1
Qui on a envie de devenir.
- Speaker #0
Et devenir qui on est et qui on a envie de devenir. Je peux te la refaire si tu veux.
- Speaker #1
Je vais te demander un peu ma dernière question. En fait, tu as fait un micro. C'est très bien du coup. Mais tu peux peut-être rajouter quelque chose.
- Speaker #0
Oui, je vais peut-être la refaire.
- Speaker #1
À chaque fois où tu vas trouver quelque chose. mais c'est ce que je pose à chaque fois à la fin quel message d'espoir tu veux faire passer aux femmes qui nous écoutent,
- Speaker #0
aux petites filles qui nous écoutent le message d'espoir que je veux faire passer aux filles aux femmes, aux adolescentes c'est de se dire qu'on peut devenir qui on veut, on peut le faire le chemin est semé d'embûches le parcours peut être très compliqué mais par contre il faut se dire que rien n'est impossible absolument rien on y va en France et en fait c'est la clé de la liberté il ne faut jamais lâcher jamais,
- Speaker #1
on ne lâche rien c'est mon mantra depuis tellement longtemps ces trois mois donc aux petites filles et aux ados et aux femmes merci Colia de te battre pour elles ça fait du bien Ça m'a fait plaisir d'en parler avec toi. Colia, est-ce que tu peux nous parler, nous expliquer comment tu as rencontré ce club de superfilles ?
- Speaker #0
C'était à la faveur d'une mission diplomatique que nous avons organisée avec des parlementaires français et donc les quatre agences des Nations Unies au Bénin, où nous sommes allés dans le centre du pays. Et nous avons découvert, c'était dans un collège qui se situe à Boécon, il faut imaginer un peu, c'est des classes, c'est pas 25-30 places, les places c'est 50 places dans les classes. On y était, imaginez la terre, la terre est ocre, on est assis sur des pupitres d'enfants, on a aussi les enfants autour de nous. Donc tout le monde est content, on est heureux d'être là, on est un peu impressionnés quand même, parce qu'on arrive dans une classe, les salles de classe, même si elles sont des fois dans des communautés rurales, moins bien dotées en matériel que les classes que nous connaissons, il n'empêche que c'est quand même aussi ce côté un peu sacré. Et puis on a eu la présentation de ce club de filles par des adolescentes qui étaient là. qui nous ont raconté un peu leur quotidien et comment elles vivent leur club et comment chaque semaine, elles se poussaient les unes, les autres, qu'elles essayaient de recruter leurs camarades, les filles, les garçons, pour parler des sujets de santé et d'hygiène menstruelle, notamment, mais c'est aussi un peu plus large, en fait. C'est une question de ce qu'on appelle les DSSR, le droit à la santé sexuelle et reproductif, pour éviter les mariages précoces, les grossesses précoces. pour éviter les transmissions des infections sexuellement transmissibles. voilà donc c'est fantastique c'est fantastique vraiment on a tous adoré les voir extrêmement épanouis c'est leur sujet c'est leur sujet, elles font vivre leur sujet et c'est un rendez-vous qui est incontournable dans le collège donc j'ai trouvé ça génial bravo et bien merci beaucoup Colia c'était super
- Speaker #1
et c'est pas suffisant ça me passionne vraiment ces petites filles mais je pense aussi que c'est parce que j'ai beaucoup vécu à l'étranger j'ai eu aussi un peu cette enfance là où j'ai connu tout ça et je crois que ça m'a jamais lâchée parce que c'est quelque chose dans ma famille c'était important pour nous les populations c'est ton ADN Oui. je crois, j'espère en tout cas j'espère que pour moi c'est très très important donc merci mille fois Colia continue ton combat pour nous et puis nous on va essayer aussi de ne jamais oublier toutes ces femmes et ces petites filles c'est la fin idéale Merci à tous pour votre écoute. N'hésitez pas à laisser un petit commentaire ou des étoiles à partager autour de vous, à rester connecté et à très vite avec un nouvel invité extraordinaire. Merci beaucoup. Bye bye.