Speaker #0Bonjour chères auditrices, chers auditeurs et bienvenue sur mon Pas de Côté. Aujourd'hui, je vais vous partager un chapitre d'un livre de Johanna Smith. Ce livre s'appelle « À la rencontre de son bébé intérieur » . Je vais vous lire le premier chapitre qui est l'exemple de l'histoire de Félix. Je vous souhaite une bonne écoute et j'ai hâte d'avoir vos retours. sur cet exemple assez explicite sur ce qu'est prendre soin de son enfant intérieur. Félix a 35 ans. Il travaille dans une grande entreprise française depuis le début de sa carrière. où il a gravi progressivement les échelons après un doc de sociologie. Il aime beaucoup son travail, d'une façon peut-être excessive. Il semble chercher à se prouver qu'il est quelqu'un de bien, qu'il a de la valeur à travers ses réalisations professionnelles, et semble en particulier très affecté dès qu'il n'est pas apprécié par un supérieur hiérarchique. Lorsque cela se produit, il se met à travailler plus belle, rapporte des dossiers à la maison, travaille le dimanche et les jours fériés, et semble pas être peu capable de recul à ce niveau. Par ailleurs, Félix accepte mal son corps d'homme. Il est un peu androgyne. Il n'aime pas se regarder dans un miroir et se fait épiler le dos et les jambes pour mieux supporter son apparence physique. Félix vient me voir car il subit depuis peu une situation de harcèlement dans son entreprise à laquelle il a répondu en travaillant toujours plus. Aujourd'hui, après deux ans de harcèlement, il est proche du burn-out. qui est une forme d'épuisement professionnel. Devant l'atmosphère délétère au travail, tous ses collègues ayant la même ancienneté ont démissionné. Félix se retrouve seul pour faire face à sa supérieure hiérarchique harceleuse. Les nouvelles recrues n'osent pas s'opposer. Il souffre d'angoisse, se réveille la nuit, fait des cauchemars. Il a environ une nuit blanche par semaine depuis plusieurs mois, ce qui aggrave son épuisement. Il souffre également de différents symptômes psychosomatiques. Maux de tête, douleurs abdominales, lumbago, mais pour lesquels il ne prend pas d'arrêt de travail. Du fait de sa conscience professionnelle, ce qui se retourne contre lui. On lui reproche de ne pas être efficace. Félix a tenté de faire intervenir les syndicats, mais dès qu'il s'agit de se défendre, il est pétrifié et perd ses moyens. A première vue, nous pourrions penser que ses symptômes actuels sont dus uniquement à la situation de harcèlement. Pourtant, Les comportements qu'il adopte en réponse à ce harcèlement nous indiquent la fragilité du terrain sur lequel cette situation est survenue. Félix répond au harcèlement en travaillant de manière excessive, ce qui s'avère plutôt aggraver la situation, et perd ses moyens lorsqu'il tente de se défendre. Malheureusement, de telles réponses ne sont pas adaptatives et donnent l'occasion au harceleur de poursuivre son harcèlement encore plus avant. Interrogé sur l'histoire de ses symptômes, Félix hésite à avoir toujours souffert de troubles du sommeil et de moments d'angoisse par crise sans particulièrement s'en soucier jusqu'à la situation actuelle. Tout comme une assiette fissurée peut être employée durant des années sans se briser, le moindre choc va l'amener à se briser le long de sa fissure. Le choc du harcèlement devient le révélateur des fragilités anciennes de Félix. Au sujet de son histoire personnelle, Félix décrit une histoire a priori banale. Il a deux frères aînés, vit avec une femme depuis plusieurs années et pratique les scrims. Sa femme et lui ne souhaitent pas avoir d'enfant. Ses parents se sont séparés lorsqu'il avait 4 ans et il a peu revu son père ensuite. Il semblerait que la mère l'ait exclu, mais il en ignore le motif. Il rapporte également avoir subi une agression par un ami alors alcoolisé il y a quelques années qui l'a beaucoup perturbé. A l'époque, bien qu'assez grièvement blessé, il ne souhaite pas porter plainte et reprend son activité professionnelle dès que cela est physiquement possible. Devant ses difficultés répétées à se défendre, je m'interroge. Où Félix a-t-il appris qu'il n'a pas le droit de se défendre ? D'où viennent son rejet de son propre corps et sa mauvaise image de lui ? Pourquoi se sent-il si facilement abandonné ou angoissé quand un supérieur hiérarchique est insatisfait ? Pourquoi semble-t-il incapable de prendre soin de lui lorsqu'il en a besoin, se conduisant en coupable ? Félix poursuit son histoire. Bien qu'étant désiré, il a subi un rejet massif de sa mère à la naissance, car celle-ci, dit-il, désirait une fille depuis toujours et avait déjà très mal vécu les naissances de ses deux frères aînés. Pendant tout le séjour à la maternité, elle aurait refusé de s'occuper de lui et aurait même parlé de le confier à l'adoption. Ce sont son père et sa grand-mère qui auraient réussi à convaincre sa maman de le garder. Lors du départ de son père, vers l'âge de 4 ans, sa mère devient particulièrement agressive verbalement, elle parle régulièrement d'abandonner ses fils. Félix garde néanmoins très peu de souvenirs de cette époque et des années qui suivent. A l'adolescence, un bon réseau amical l'aide à surmonter des moments d'angoisse et d'insomnie. ponctuelle dont il souffre déjà. Il s'engage en des compétitions d'athlétisme. Il présente déjà des tendances à somatiser dans les moments de crise, douleurs abdominales notamment. Il se blesse également souvent. Au total, la situation actuelle me semble aggravée par la difficulté qu'a Félix à se défendre et à s'octroyer à lui-même suffisamment de considération et d'attention. Mon hypothèse est que le rejet très précoce de sa maman a été emmagasiné dans sa mémoire implicite. Autrement dit, dans sa façon automatique de sentir comment il est normal d'être traité et de se traiter lui-même. Bien sûr, il n'a pas accès à des souvenirs de cette période précoce de son histoire, par exemple aux difficultés ressenties par sa mère à l'accueillir à la maternité. Néanmoins, les progrès des neurosciences de ces dernières années indiquent que, contrairement à ce que l'on a longtemps pensé, les expériences des premiers mois, des toutes premières années de vie. sont bel et bien conservées dans notre mémoire, sous forme de mémoire implicite, et qu'elles sont d'autant plus décisives qu'elles interviennent précocement. Évidemment, il ne s'agit pas de souvenirs dits « explicites » que nous pourrions nous remémorer consciemment, mais d'empreintes, d'automatismes en quelque sorte. Nous ne nous souvenons pas comment nous avons appris à marcher, pourtant, à moins d'un handicap, nous savons bel et bien marcher aujourd'hui. De la même manière, Nous ne nous souvenons pas comment on nous a appris à nous traiter nous-mêmes, bien ou mal, mais nous restons sous cette influence, de façon d'autant plus redoutable que cet apprentissage est implicite, non disponible à la conscience et au détachement critique par la réflexion. Le bébé intérieur de Félix souffre encore. Félix continue de se comporter comme s'il était en danger d'abandon, comme s'il était constamment insuffisant, et se battait pour satisfaire une mère impossible à satisfaire, aujourd'hui incarnée par sa supérieure hiérarchique. Il n'a pas appris à sentir qu'il a de la valeur et qu'il est digne d'être traité avec amour et respect. Dans les moments de crise, il est sous l'emprise des expériences d'insécurité qu'il a connues tout bébé, sans même le savoir, ce qui le met en difficulté pour se défendre de manière appropriée. Il décode la réalité à travers le filtre de schémas inconscients, comme Je ne mérite pas d'être aimé et je mérite d'être maltraité, etc. Plusieurs interventions thérapeutiques portant sur la relation avec sa chef et sur l'agression qu'il a subie il y a quelques années génèrent une petite amélioration au niveau de son anxiété au travail. Ce n'est que lorsque nous travaillons à accueillir avec amour son bébé intérieur dans l'espace de thérapie qu'il se tranquillise et retrouve un sommeil apaisé, commence à mieux se défendre, sans perdre ses moyens, et se met à accepter et aimer davantage son corps. Ceci confirme à mes yeux l'importance de l'influence du manque affectif et du rejet maternel précoce sur le manque de considération que Félix avait de lui jusqu'à présent. Comment comprendre l'impact des expériences précoces de Félix sur son destin d'adulte ? Est-il vraiment possible que des événements survenus si tôt puissent avoir une telle influence au long cours ? Qui plus est, à notre insu, si, suite à Freud, le XXe siècle a été celui de la prise de conscience de l'impact, inconscient, de l'enfance, sur le développement de l'individu, les neurosciences nous apportent depuis une vingtaine d'années la preuve que les expériences accumulées in utero et jusqu'à trois ans, gardées en mémoire implicite, ont une importance décisive sur l'image de soi, la régulation des émotions, angoisse, stress, tristesse. Colère, la capacité à s'attacher aux autres et à être proche, l'affirmation de soi et la tendance à développer des maladies psychosomatiques et ce, sans même que nous en ayons des souvenirs conscients. Ceci peut paraître incroyable et pourtant. Je viens de terminer l'exemple de Félix tiré de « À la rencontre de son bébé intérieur » de Johanna Smith chez Duneau. Merci pour votre attention. Je vous invite maintenant à prendre un instant et à regarder à l'intérieur de vous ce qui a pu faire écho, ce qui a pu résonner et de le mettre sur le papier. et de revenir dessus dans quelques jours et de voir s'il y a des choses qui bougent. Je vous remercie encore pour votre attention et je vous dis à très bientôt sur mon pas de côté.