- Speaker #0
Bienvenue dans mon pas de côté. Ici, on raconte les vies qui prennent un autre chemin. Pas toujours par choix, mais toujours par nécessité intérieure. Je suis Andine, psychologue, et je reçois celles et ceux qui ont osé. Belle écoute. Bonjour Frédéric.
- Speaker #1
Bonjour Andine.
- Speaker #0
Je suis ravie de te recevoir aujourd'hui pour mon Pas de Côté.
- Speaker #1
Et moi aussi, je suis ravi de pouvoir présenter quelque chose, mon parcours, et puis pouvoir discuter avec toi aussi.
- Speaker #0
Dans un premier temps, est-ce que tu pourrais te présenter, s'il te plaît ?
- Speaker #1
Alors, ce que j'ai en tête de plus frais, c'est que j'ai travaillé pendant plus de dix ans dans la big tech américaine. Très exactement, c'était un gaffane. Encore plus précisément, c'était le M du gaffane. Et donc, j'ai décidé l'an dernier de bifurquer, après cette carrière de 11 ans, très exactement, et bifurquer pour lancer mon activité d'artiste-auteur, donc en tant que peintre, photographe d'art, et aussi graphiste. Ok. cette triple casquette, en fait. J'ai décidé de lancer ça à plein temps et suite à une démission.
- Speaker #0
Et alors, pour ceux qui ne connaîtraient pas forcément ce qu'est la Big Tech, où les GAFAM et le M sont forcément nommés, c'est comme tu le souhaites, évidemment. Est-ce que tu pourrais peut-être un peu décrire ce que c'est que ce monde-là, d'où tu viens, en quelques mots, pour ceux pour qui c'est complètement abstrait ?
- Speaker #1
Effectivement, oui. Bon, je ne vais pas faire durer le teaser plus longtemps, c'était pour Microsoft que je travaillais. Et donc, ce sont des très grosses compagnies américaines qui sont dans la technologie, en fait. Et donc, moi, j'avais un travail de designer-developer. Donc, c'était à mi-chemin entre un travail de designer d'expérience utilisateur, savoir comment on navigue dans une application pour que ce soit ergonomique. plus agréable à utiliser. Et je travaillais aussi avec les ingénieurs. Et donc, je travaillais en partie sur le code qu'ils écrivaient, puisque les ingénieurs n'ont pas forcément un regard très précis sur l'ergonomie, le design des applications. Mais ils savent faire des choses qui sont incroyablement complexes au niveau mathématique et algorithmique. Et donc, je travaillais avec eux pour leur proposer des améliorations et puis mettre en forme. tout ce qui était de l'ordre de leur création. Et donc, j'ai fait ça pendant 11 ans. Il y a eu cinq premières années qui étaient plutôt sur des logiciels grand public. Une application pour lire la musique, c'était Groove Music à l'époque. Après, ça a été renommé. Et puis, j'ai travaillé sur le navigateur Edge aussi. Et puis après, j'ai travaillé sur des applications qui étaient autour de l'IA. Intelligence artificielle.
- Speaker #0
Ok, ok.
- Speaker #1
Et donc, ces grosses compagnies ont évidemment un nombre d'employés dans le monde qui est absolument impressionnant. Microsoft, c'est plus de 120 000. Bon, maintenant, il y a beaucoup de licenciements, donc ça réduit un peu. Mais voilà, c'est quand même des compagnies énormes. Et moi, j'étais dans un bureau qui était dédié à l'ingénierie. Ok. Ici, Limouline.
- Speaker #0
Ok. Et... Toi, avant de venir de Microsoft, tu viens d'où ?
- Speaker #1
Alors, pour mon parcours au niveau de mes études, je me suis beaucoup cherché. J'avais commencé une prépa, c'était une prépa maths. Et puis, j'ai fait un an, j'étais prêt en deuxième année, mais ça ne me convenait pas, en fait. Donc, après, j'ai rejoint l'université. J'ai étudié énormément les mathématiques. Et puis, finalement, après, j'ai fait un an d'informatique en licence. Et après, j'ai rejoint une maîtrise d'informatique. Et là, ça ne m'a absolument pas plu. Et je me disais que je ne voulais pas faire d'ingénierie en informatique. Ce n'était pas du tout mon truc. Surtout qu'en parallèle, je commençais à m'intéresser au graphisme, à l'ergonomie. Je pratiquais énormément la photographie. J'y vivais même dans une chambre de bonne et je faisais mes tirages noir et blanc argentiques à l'ancienne, parfois la nuit. Et donc, je me rendais compte que je commençais à développer cette espèce de double vie, en fait, entre quelque chose qui était plus proche de l'ingénierie, mais qui ne me plaisait pas. mais je me disais que ce sera utile, que je le travaille quand même, et quelque chose qui était plutôt un regard créatif. Après, j'ai abandonné l'université, et puis j'ai rejoint une formation au Kinam, qui n'existe plus maintenant, mais qui était du design et développement de sites internet. C'était intéressant parce qu'il y avait toute une branche design qui me plaisait beaucoup et que j'ai énormément travaillé, et puis la branche développement pour quand même comprendre comment ça fonctionnait au niveau technique. Donc, cette double casquette, je l'ai développée un petit peu depuis le début. Depuis le début de mes études. Quelque part,
- Speaker #0
l'art a toujours été là.
- Speaker #1
Oui, complètement.
- Speaker #0
Mêlé aux maths, c'est ça que j'entends. Oui. Un grand goût pour les... Qu'est-ce qui te plaît dans les maths ?
- Speaker #1
J'aime bien les choses abstraites, me plaisent beaucoup. Oui.
- Speaker #0
C'est ce qu'on retrouve aussi dans ton art.
- Speaker #1
Oui. Et c'est vrai que maintenant, je développe un art qui est entre la figuration et l'abstrait. Et finalement, je retrouve un peu cette même réflexion sur l'abstrait.
- Speaker #0
Donc, l'art croisé aux maths, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Et puis, bon, maintenant, les maths ne sont plus du tout présentes dans ce que je crée, en fait. Mais je pense qu'au fond de moi, j'ai quand même gardé quelque chose dans la représentation abstraite. Je ne me rends pas forcément compte au quotidien dans ma création, mais finalement, je pense que ça a quand même mûri quelque chose d'avoir cet esprit d'abstraction.
- Speaker #0
Tu sais comment ça t'est venu, ce goût pour l'abstraction ?
- Speaker #1
C'est une forme d'échappatoire, en fait. Je ne sais pas, moi, j'ai toujours été assez rêveux, puis assez abstrait dans ma façon de penser, puis de percevoir le monde. Et j'ai trouvé des solutions dans l'abstraction. Et donc, ça m'a offert un univers qui... Enfin, l'univers réel me semblait trop limitant. Et donc, j'ai trouvé dans l'abstraction une forme d'apaisement et puis d'ouverture. C'est aussi une fuite. Donc, c'est à double tranchant. Il y a une part qui est très belle et puis il y a une part aussi de fuite de la réalité. Et je l'ai toujours dans mon art, d'ailleurs. Parce que mon art est très contemplatif, il n'est pas très ancré dans l'actualité, dans la politique, même il ne l'est pas du tout. Et donc parfois, je me rends compte aussi qu'il y a une part de fuite, de décider de s'abstraire d'une réalité qui peut être gênante.
- Speaker #0
Ok, et justement, comment tu décrirais pour toi l'abstraction ? C'est quoi ? Parce que tu l'utilises selon deux sens, s'abstraire et l'abstraction, tu vois ? On peut le prendre sous deux sens, que tu décris là d'ailleurs. Et quel mot tu poserais là-dessus, toi, sur l'abstraction ?
- Speaker #1
Donc, pour l'abstraction, je dirais que là, il y a... Il y a une part de fuite du réel, ça c'est évident, une nécessité de fuir et puis de découvrir un autre monde. Et puis il y a une part d'imaginaire en fait. Par exemple récemment j'ai terminé une œuvre que j'ai réalisée entièrement d'après imagination, et donc il y a cette part aussi de se dire que finalement tout mon vécu... tout ce qui fait ma réalité et mon histoire, elle peut se retrouver de façon abstraite dans une œuvre.
- Speaker #0
Alors tu dis que ton œuvre a été réalisée 100% depuis ton imagination. Alors ça me fait écho avec une phrase que je n'arriverai pas à redire telle quelle, mais de Picasso, qui disait qu'on ne pouvait pas imaginer quelque chose, qu'on avait forcément un point de repère. Pour imaginer quelque chose. Je ne sais pas si tu l'as, cette citation ?
- Speaker #1
Oui, et puis en fait, c'est tout à fait ça. Parce qu'évidemment, tout mon univers photographique, par exemple, s'est retrouvé un peu dans cette œuvre. Donc, j'ai tellement d'archives en fait en photographie. Au début, j'ai même récupéré une photographie. Je m'étais dit, je vais la recadrer, changer les couleurs. Et puis, ça va me donner quelque chose. Je vais essayer de faire un peu comme sur la photo, parce que je trouve que ça me parle, et puis que je suis heureux de réutiliser cette archive. Et finalement, au fil de l'œuvre, je me suis complètement éloigné de la photographie, mais elle m'a quand même servi de base, en fait. Quitte à partir dans une base qui ne me convenait pas, mais elle m'a servi de base. Non, en fait, ça m'a évité de partir d'une feuille, enfin là, ce n'était pas une feuille, ni une toile, c'était un support bois. Ça m'a évité de partir d'un support bois complètement vierge.
- Speaker #0
Comment on fait pour peindre sur du bois ?
- Speaker #1
Il y a des techniques anciennes, en fait. Ça se fait depuis extrêmement longtemps et puis on en voit dans les églises, par exemple, des œuvres qui peuvent être très anciennes, qui sont souvent faites à la tempéra. donc c'est de la de la peinture qui est faite avec du pigment et du jaune d'œuf. C'est une technique complexe qui est utilisée depuis les Égyptiens, donc c'est vraiment très ancien. Mais moi, je peins plutôt à l'huile, donc c'est de l'huile sur bois. Et le bois doit être préparé d'une certaine manière, en fait, pour pouvoir peindre à l'huile. Sinon, l'huile va finir par pourrir légèrement dans les veines du bois. Il faut arriver à mettre une couche de protection. Et c'est une technique assez complexe qui s'apprend. Il y a quelques artisans qui le font. Et là, j'ai travaillé avec un artisan qui, justement, fournit des supports bois pour les gens qui peignent des icônes, des icônes religieuses. Et donc, au début, quand je l'ai eu au téléphone, il m'a dit que je faisais partie de ces rares clients profanes. Mais dans mon art, il y a une forte recherche mystique. Et donc, finalement, je ne suis pas si éloigné de cette recherche, dans mon cas, qui n'est pas religieuse, mais qui est spirituelle et peut-être un petit peu mystique.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu entends par mystique ? Parce que donc, en effet, dans le spirituel, pour certains, ça peut être cette évasion du réel pour approcher quelque chose de plus loin, de plus haut que nous. C'est ce que je peux entendre de temps en temps. Donc ça croise complètement. Et toi, dans ce côté mystique, qu'est-ce que tu entends ?
- Speaker #1
En fait, j'ai été croyant assez longtemps dans ma vie, jusqu'à mes 13 ans, 14 ans. C'était ma profession de foi, si je me rappelle bien. Et donc, on avait fait trois jours de retraite de profession de foi. Et puis, pendant cette retraite, je me suis rendu compte que... en fait, je ne croyais pas en Dieu. Et donc, c'était un peu embêtant parce que... Mais en même temps, c'était utile. Ça veut dire que cette retraite, elle est faite pour réfléchir et puis pour quand même se dire où on va.
- Speaker #0
Comment cette prise de conscience s'est-elle actée en toi ?
- Speaker #1
En fait, je me rappelle qu'il y avait un prêtre avec qui on avait discuté, qui nous posait des questions sur qu'est-ce qui permet le pardon. Qu'est-ce qui permet l'amour, tout ça ? Et donc, évidemment, la réponse, c'était souvent Dieu. Parce que, voilà. Et moi, je me rendais compte que je faisais beaucoup intervenir ma raison. Et que pour moi, il y avait une part de ressenti et de raison. Et que je ne me sentais pas de tout remettre à Dieu. Et donc, à ce moment-là, j'ai compris qu'en fait, ça... C'était... pas forcément pour moi et que finalement j'avais envie d'autre chose. Et puis après c'est quelque chose que j'ai rejeté, ce côté spirituel et puis religieux. Et finalement maintenant dans ma vie, j'ai envie de revenir vers quelque chose de plus spirituel parce que je pense qu'il y a un besoin qui est fort en l'être humain et un besoin même c'est quelque chose qui est de l'ordre du vital finalement d'avoir besoin de croire en quelque chose d'avoir Alors... besoin de ressentir quelque chose qui nous dépasse. Et donc maintenant, le spirituel et un peu mystique, ça se caractérise comme ça pour moi.
- Speaker #0
Et tu le vis à travers quelle croyance aujourd'hui ?
- Speaker #1
Ma croyance, c'est ma recherche artistique en fait, c'est devenu ma croyance. Et puis, c'est devenu aussi les rencontres que ça crée au travers de la création. Le fait de discuter avec des visiteurs qui viennent à une exposition, les rencontrer, ça nourrit aussi. Et donc, moi, je trouve que cette recherche se caractérise aussi de ce côté-là. C'est dans le rapport à l'autre et à la transmission.
- Speaker #0
Ce que je comprends, c'est qu'à 13 ans, tu as fait ton premier pas de côté.
- Speaker #1
On peut dire ça. C'est vrai que je n'en ai pas trop parlé à mes parents à l'époque. Après, ils ont bien vu que je ne m'intéressais plus. à la religion. Mais donc oui, ça a été une part de pas de côté, en fait, à ce moment-là. Et je dirais que le deuxième, c'est quand j'ai terminé ma classe prépa, ma première année, et que j'ai été admis en deuxième, et que j'ai décidé de ne pas y aller. Ça a été un deuxième pas de côté. Mon troisième, ça a été d'abandonner mes études, ce qui n'a pas été facile. Et puis, bon, avec mon père, nous nous sommes... pas trop parler à ce moment-là parce que c'était compliqué. Évidemment, mon père voulait que je continue. Donc, ça lui a fait sûrement très bizarre que je décide d'abandonner. Et donc, ça aussi, quelque part, ça a été un pas de côté et puis assez fort.
- Speaker #0
Oui, j'imagine. Si c'est OK pour toi, qu'est-ce qui s'était passé à ce moment-là, dans ce temps de vie pour toi ?
- Speaker #1
En fait, c'était une période où je commençais vraiment à... beaucoup photographié. Je photographiais en noir et blanc, en argentique. Je m'y intéressais énormément. Je m'étais équipé, à l'époque, j'avais acheté ça sur eBay, dans un agrandisseur photographique pour pouvoir faire mes tirages noir et blanc. Ça m'avait offert une forme d'ouverture, en fait, justement, vers ce que je voulais faire, ce qui m'intéressait vraiment, ce qui me passionnait, ce qui me tenait aussi qui me donnait de l'énergie. Là où mes études universitaires me prenaient toute mon énergie, j'avais du mal à aller en cours, j'avais du mal à me motiver. Pourtant, je le faisais quand même, mais c'était très difficile. Ça me pompait toute mon énergie, en fait. C'était une forme de... ça m'attirait, c'était un peu un trou noir. Et en même temps, je me rendais compte que cette pratique artistique me donnait à l'opposé de l'énergie.
- Speaker #0
C'est intéressant de voir ça comme ça.
- Speaker #1
Oui, par contre, il y avait une part d'interdit. J'avais toujours l'impression de faire ça un peu de façon cachée, interdite. Mes tirages noirs et blancs, je les faisais la nuit. Bon, c'était la vraie raison, c'est que de toute façon, il fallait calfotrer un peu la chambre. Mais il y avait aussi cette part de...
- Speaker #0
Je ne savais pas de la chambre noire !
- Speaker #1
Voilà, il y avait aussi ce truc de dire « Ah, mais je fais ça la nuit, je fais ça en parallèle de ma vie quotidienne. » Et puis finalement, pas grand monde ne le sait. Et donc, c'était assez curieux en fait comme sensation.
- Speaker #0
Tu le nommerais comment aujourd'hui quand tu regardes ça depuis 2026 ?
- Speaker #1
Je regarde ça avec beaucoup de tendresse.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Je n'ai pas toujours dit ça. Et puis là, c'est parce qu'il y a suffisamment longtemps. C'était il y a 20 ans maintenant. et donc un mème à un peu plus de 20 ans. Et maintenant, je vois ça avec... J'ai plus de tendresse sur mon parcours et sur moi-même. Je dirais... Bon, c'est curieux de dire d'avoir de la tendresse pour soi-même, mais il y a beaucoup plus de... Je vois ça de façon plus souple, en fait. Et puis, avant, je voyais ça beaucoup comme une bizarrerie, une bizarrerie de l'existence. Je me disais, bon, peut-être que je suis un peu chelou d'avoir la queue comme ça. Alors que maintenant, je me dis, bah non, ça fait... Ça fait partie de mon histoire, ça fait partie de mon parcours. Et puis, j'ai appris à aimer ce parcours.
- Speaker #0
Ça lui manque beaucoup de temps. Oui, j'entends ça. Et on voit comment aujourd'hui, cette partie est bien intégrée à l'intérieur. Et si tu pouvais justement remonter le temps et aller dans cette chambre de bonne à ta rencontre, qu'est-ce que tu aurais envie de te dire ?
- Speaker #1
Oh, ça serait si bizarre. En fait, j'aurais envie de me dire que, quoi qu'il arrive, je suis capable d'inventer des solutions. Et je n'en étais pas du tout conscient à l'époque. Je me disais, oui, si je ne fais pas ça, donc je coupe la branche sur laquelle je suis posé, mais donc ça va être très dangereux, et puis je vais me retrouver dans des situations... qui me font hyper peur puis je me faisais des films de je peux me retrouver très mal limite à la rue mais j'avais des dépensées très anxiogène et finalement j'ai j'aurais envie de me dire moi il ya plus de vingt ans bah en fait ça va et je suis capable d'inventer quelque chose quelle que soit la branche que je prends en fait je peux inventer et Et euh... Puis il y aura cette créativité qui va me maintenir, même dans des phases très difficiles. Je ne le voyais pas du tout comme tel à l'époque. Après ça c'est quelque chose que j'ai découvert beaucoup plus tard dans ma vie. d'être capable de reconstruire quelque chose, même dans des phases difficiles, en partant d'une création et puis en ayant une sorte de quotidien avec la création.
- Speaker #0
C'est joli ça, un quotidien avec la création.
- Speaker #1
J'ai eu des images qui étaient un petit peu plus difficiles avec ça. Je me disais, bon, grâce à l'art, j'arrive à reconstruire sur un champ de ruines. J'ai dit ça, cette phrase, et je l'ai eu en tête après avoir fait une dépression en 2018. Après la dépression, je me suis dit, bon, ok, finalement, il y a eu un champ de ruines. C'était vraiment difficile, mais j'ai été capable de construire quelque chose de beau et puis de faire pousser quelques petites graines, même si c'était difficile, au milieu de ce champ abîmé.
- Speaker #0
Si c'est ok pour toi, tu sais ce qui a causé cette dépression ?
- Speaker #1
Oui, maintenant j'arrive à le voir, parce que c'était en 2018, ça fait 8 ans, donc j'ai suffisamment de recul pour ça, parce que je me forçais dans une vie qui ne me convenait pas. Et donc j'ai réussi à tenir quand même comme ça, longtemps, Ça a fonctionné quelque part, parce que ça m'a aussi permis de vivre même correctement, parce que je gagnais plutôt bien ma vie à ce moment-là. La big tech américaine, ça paye quand même correctement. Et donc, je dois reconnaître aussi que ça m'a offert un certain confort matériel. Mais en fait, j'étais au fond de moi extrêmement malheureux. Et j'avais beaucoup de choses non résolues de tout mon vécu, même mon vécu très ancien. Je sentais que j'arrivais au bout d'essayer de vivre malgré tout, en ayant tous ces éléments qui étaient non résolus. Et donc je pense que la dépression, finalement, ça m'a apporté quelque chose. Il y a une part de destruction, mais il y a aussi une part de prise en considération de tout son vécu. De pouvoir faire, de réanalyser. tout ce qui a fait mon vécu jusqu'à ce moment-là.
- Speaker #0
La dépression, c'est le symptôme, disons, ultime. Tu ne peux plus faire semblant. Tu es obligé de l'affronter pour guérir. Tu ne peux pas avancer avec la dépression. Mais si on regarde avant d'en arriver là, il y avait forcément des symptômes que tu ne regardais pas.
- Speaker #1
Complètement. Maintenant, quand j'y repense, ça me semble assez fou.
- Speaker #0
Ça te semble évident, oui.
- Speaker #1
Je me dis que c'était tellement obvious.
- Speaker #0
Si c'est OK pour toi, est-ce que tu serais d'accord de partager ces symptômes que tu n'intégrais pas à ce moment-là pour peut-être que ceux qui nous écoutent se disent « Ah, tiens, j'ai peut-être ce symptôme-là » . Tu vois, avant d'en arriver à la dépression. Je ne sais pas comment toi tu l'as vécu, mais la dépression, ça en dit complètement. Du coup, toi, c'était quoi les symptômes préalables ?
- Speaker #1
En fait, justement, j'ai envie de transmettre quelque chose et je pense que c'est utile de transmettre aussi ce que j'ai vécu à ce moment-là. Merci pour ça. Je pense que c'est utile en fait. Et si je l'avais entendu à cette époque-là, je pense que j'aurais compris plus de choses, peut-être un petit peu plus vite. Et je me rappelle que, par exemple, quand j'allais à mon travail le matin, en sortant du tramway à Issy-les-Moulineaux, j'avais des nausées et puis des sortes de vertiges. Mais je me disais, mais même, il va falloir que je me tienne quelque part, en fait, que je m'accroche à une barrière ou quelque chose. J'avais des vertiges absolument incroyables, en fait. et même je me disais Bon, c'est peut-être mon oreille interne, j'ai quelque chose de bizarre, il faudrait peut-être que j'aille faire des examens. Et finalement, bon, c'était pas ça. Et en même temps, j'avais une forme de, je me rappelle, ne plus ressentir grand-chose. En fait, j'arrivais pas à vivre vraiment mon présent, parce que je ressentais rien, en fait. Et d'ailleurs, je me rappelle, bon, quand j'ai senti que vraiment ça n'allait plus, Et la première fois que j'ai poussé la porte de la psychologue que j'avais choisie, la première phrase que je lui ai dite, c'est « je viens parce qu'en fait je ne ressens rien du tout » . j'ai pas d'émotion j'ai pas trop de sensations je sais pas trop ce que je vis et donc c'était une des premières phrases que j'ai dites en entrant et ça ça fait écho tu sais à je sais pas si tu l'as vu ce film d'animation vice versa oui
- Speaker #0
complètement où en fait il y a toutes ces îles qui se coupent parce qu'elle est plus, elle a plus accès à ses émotions du coup il y a plus rien qui la touche oui c'est une grande déconnexion hyper bien fait parce que c'est exactement ce que tu décris là. Il n'y a plus rien qui te touchait. C'était ça. Ce que j'entends, c'est un peu un robot, quoi. Avec, en effet, ces symptômes le matin de « Ouh, mon corps ne fonctionne plus bien » , mais le reste, un peu de façon robotique, j'ai l'impression.
- Speaker #1
Oui, complètement. Et en même temps, on n'est pas des robots. Donc, les émotions, elles ressortent dans ce cas-là, mais elles ressortent de façon très particulière. Moi, je sais que je commençais à avoir des coups de colère. Alors que je ne suis pas très colérique en fait. Mais je me rappelle même au restaurant, un jour on était avec ma famille, et puis ma mère m'avait demandé « Ah, et ton travail, comment ça se passe ? » Et puis j'ai eu un coup de colère,
- Speaker #0
et puis elle m'a dit « Mais parle pas aussi fort quand même ! »
- Speaker #1
Parce que je ne sais pas, c'était une espèce de colère qui sortait de nulle part. Et puis à ce moment-là aussi, je commençais à avoir des crises d'angoisse dans la rue, où je me disais tout. tout devient très étrange. Et c'est un collègue. Un jour, j'ai dit à un collègue, mais très naturellement, je lui ai dit, tu sais, en ce moment, c'est bizarre. Parfois, je suis dans la rue et j'ai des grandes angoisses. Ça fait une sorte de crise. Et après, ça part. Il me dit, oui, écoute, en fait, il faudrait peut-être réfléchir à consulter quelqu'un à ce sujet. Et finalement, il avait raison. Évidemment, finalement, le fait que ça vienne d'un collègue, ça m'a aidé. C'était quelqu'un de suffisamment neutre, en fait, et dans un environnement de travail suffisamment neutre pour que je sois capable de l'écouter. Si c'était un ami qui m'avait dit ça, je n'aurais pas trop écouté le conseil. Et donc, cette neutralité m'a aidé, finalement. Parfois, même dans le monde du travail, il y a quelque chose qui peut ressortir.
- Speaker #0
Merci à lui, en tout cas.
- Speaker #1
Oui. Merci.
- Speaker #0
C'est vrai ? C'est vrai. Donc ouais, c'est symptôme de plus rien ressentir, d'avoir des montées comme ça, pas forcément au bon moment, au bon endroit, ou trop. En fait, ce que j'entends, c'est que c'est pas assez ou trop aussi.
- Speaker #1
Oui, c'était très mal dosé. Il y avait des moments qui étaient complètement neutres et éteints. Et des moments qui, d'un seul coup, devenaient complètement explosifs. Alors que ce n'est pas trop dans mon caractère d'avoir des moments explosifs ou des espèces d'envie de me défouler. Ce n'est pas quelque chose qui fait trop partie de mon caractère. En fait, il y a quand même un changement de caractère qui était apparu extrêmement fort.
- Speaker #0
Ce sont les symptômes d'un mal-être.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Dont tu n'avais pas... Conscience ou ce que tu disais à un moment, comme si ce n'était pas permis, quoi ?
- Speaker #1
Je me disais, mais je ne peux pas me permettre ça, et puis il faut que je continue à gagner ma vie, et puis il faut quand même que je continue mon quotidien bon an, mal an. J'avais du mal à me dire que ça pouvait exister en moi.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui était difficile ? Ça venait... Confronté quoi dans ta structure pour que ça puisse pas se mettre en place, tu vois ? Tout de suite, en tout cas.
- Speaker #1
J'ai peur d'une forme... Mais ça, c'est quelque chose qui est très fort pour moi. J'ai toujours peur d'une forme d'effondrement matériel.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
De me dire, ah, je vais perdre mon appartement. Ah, puis ça va être très dur. Ah, puis je saurais plus où vivre. Ah, puis tout va s'enchaîner. Ah, puis j'aurai plus du tout d'argent. Ah, puis... Et donc, j'ai toujours eu des pensées extrêmement anxiogènes par rapport à ça. Et donc, d'ailleurs, même ma bifurcation de l'an dernier, de décider de me lancer en artiste-auteur, ça a été quelque chose d'extrêmement fort, parfois même violent en moi, de me dire, je prends le risque de perdre quelque chose.
- Speaker #0
de me dire que la vie que j'ai menée, qui m'apportait quand même un certain confort matériel, il va falloir que je la revoie et que je revoie tous ces éléments-là et que potentiellement, ça va être plus difficile.
- Speaker #1
Bien sûr, j'imagine. De toute façon, dès qu'il y a un changement, il y a une partie qui est curieuse, qui est volontaire et une partie réfractaire parce qu'on ne sait pas ce qui va se passer. Et en effet, le côté matériel, ça fait aussi partie. Il n'y a pas que l'abstraction, il y a le concret. Et sans ce concret, en effet, d'avoir un toit sur la tête et de quoi s'acheter à manger, ça fait partie de nos bases. Donc en effet, ça paraît logique. Après, tout dépend à quel degré. Et du coup, toi, qu'est-ce qui t'a permis à ce moment-là, quand on retourne justement à ces moments... de toute cette symptomatologie du mal-être que tu étais en train de vivre, j'ai envie de dire. Suite à cette proposition de ton collègue, qu'est-ce qui s'est passé pour que tu aies confronté ça et que tu puisses en sortir du coup ? Parce que pour en sortir, il faut le confronter.
- Speaker #0
Moi, j'ai déjà le fait de pousser la porte d'un cabinet d'une psychologue, ça m'a bien aidé. J'ai su dès la première séance que ça serait la bonne personne pour m'accompagner. Je pense que c'était assez clair aussi pour elle. À la fin de la séance, elle m'avait dit, « Je pense que dans votre cas, ça sera un accompagnement plutôt long. » Et donc, j'ai fait une thérapie qui a duré trois ans, quatre ans, presque quatre ans. Et donc, en fait, c'est ce qui m'a permis de complètement réévaluer tout ce que j'avais en moi. Il y a plein de choses que j'avais laissées un peu en suspens. Je m'étais dit, oui, bon, je verrai ça plus tard. Et puis, ce n'est pas grave. Et là, ça m'a obligé à réévaluer complètement des ressentis, du vécu. Par exemple, quand j'étais adolescent, j'ai eu un harcèlement scolaire extrêmement violent. Et donc, en fait, ça avait laissé des traces. Je ne m'en rendais pas compte à cette époque-là. Mais ça a laissé quand même pas mal de traces en moi. Je me rappelle que quand j'avais eu 20 ans, je m'étais dit « Je pense quand même à un moment, il faudrait que j'aille voir un psy parce que ça me serait utile et ça me permettrait de résoudre des choses. » Et je ne l'avais pas fait à cette époque-là parce que je ne savais pas où m'adresser. Et puis c'était plus difficile aussi de se dire « Je ne sais pas comment m'y prendre. » Et donc, la thérapie, en tout cas, c'est ce qui m'a permis de réévaluer tout ce vécu et puis l'intégrer comme mon histoire. Je me dis, bon, c'était, oui, ok, ça fait partie de moi. Certes, c'était une phase difficile, mais elle existe. Je ne vais pas la taire, je ne vais pas non plus me dire, ah oui, j'ai été victime de ceci, cela. Non, c'est juste, ça fait partie de mon historique.
- Speaker #1
Qu'est-ce que t'en retires aujourd'hui, justement, de ces années d'introspection, de réévaluation ?
- Speaker #0
Ça m'a apporté le fait que j'arrive à mieux analyser tout ce qui a fait mon histoire. Parfois, je me dis, tiens, là, j'ai un truc un peu anxieux en ce moment. Je ne sais pas trop ce que je ressens, mais je me sens anxieux. Et en fait, ça m'a apporté plus de clairvoyance sur mon ressenti et aussi pouvoir me dire, bon, c'est OK d'accueillir ce ressenti et je ne vais pas le taire non plus, il existe. Sûrement, il a ses causes. Sûrement, je vais évoluer à partir de là et ça ne va pas rester bloqué dans cet état. Mais je suis capable de l'admettre.
- Speaker #1
Donc c'est ça qui t'a permis de faire ta bifurcation ?
- Speaker #0
Oui, c'est d'admettre tout ce que je ressentais, et puis de me dire aussi, ça je me suis vraiment redit ça, je me suis dit, bon, de toute façon je prends des risques, mais je vais inventer des solutions. Et donc voilà, je reviens là-dessus, finalement, j'ai été capable cette fois-ci de me le dire très clairement et consciemment.
- Speaker #1
Donc t'as mis quoi en place ? T'allais chercher quoi à l'intérieur de toi comme compétence pour quitter cette structure hyper solide ? pour aller construire la tienne ?
- Speaker #0
En fait, curieusement, je vais annoncer ça comme ça. Je veux dire déjà, en ce moment, par exemple, je crois en mon planning. Je me fais un planning avec une sorte de rituel, de quotidien. Et en fait, la structure de l'entreprise m'a appris à fonctionner avec des plannings et une certaine structure. Et ça continue de m'aider au quotidien. Je me fais des prises de notes avec des listes de tâches que je réorganise un petit peu en fonction des priorités, des urgences. Et puis parfois aussi, j'hésite pas à les modifier. Mais ça m'a apporté vraiment une structure. Et cette structure, elle m'a été apportée très jeune parce que finalement, la classe prépa m'avait déjà apporté ça. C'était ultra structuré et puis il fallait faire vraiment béton. Après, l'université, c'était assez libre, mais si on voulait travailler, il fallait aussi se créer un peu une structure. Donc, je pense que ça m'a apporté ça.
- Speaker #1
Et c'est quoi ta structure d'artiste-auteur, alors ?
- Speaker #0
Mes rituels. En fait, les artistes sont souvent des personnes, finalement, qui marchent beaucoup par rituel. Je pensais que j'étais un peu... Je me disais, ah oui, c'est... Je fais peut-être ça parce que je viens du monde de l'entreprise. Beaucoup d'artistes ont des rituels assez précis et sont assez cadrés dans les choses qu'ils font. Moi, par exemple, j'adore peindre le matin. J'adore peindre de 9h à midi. J'aime bien avoir mes horaires. Je prends un café à 10h30. J'aime bien structurer ma matinée comme ça. Évidemment, ça peut bouger un petit peu. Mais globalement, la peinture, c'est vraiment quelque chose que je travaille très bien le matin. Alors que l'après-midi, je préfère travailler sur l'ordinateur, faire de la prise de contact, envoyer des candidatures, mettre à jour mes sites, mes Instagram. Et ça, c'est quelque chose que je travaille plutôt l'après-midi. Et pareil, avec un rythme de ma journée, j'ai gardé un rythme qui n'est finalement pas très éloigné de celui de l'entreprise. On finit à 18h. on commence à 2h le matin, et j'ai gardé à peu près ce rythme-là. Et ça me porte, parce que ça m'évite de me poser trop de questions et d'avoir l'esprit qui diverge sur plein de choses matérielles.
- Speaker #1
Alors ce que j'entends, c'est que ce qui t'a aidé pour ta bifurcation, c'est ta confiance en toi.
- Speaker #0
C'est difficile de me dire ça, parce que je suis quelqu'un qui a énormément manqué de confiance en lui. C'est mieux maintenant, et puis c'est quelque chose que j'ai travaillé justement en thérapie. Et c'est difficile de me le dire encore, de me dire que j'ai une part de confiance en moi. Par moments, si je m'écoute et si j'écoute mes pensées qui peuvent être un peu anxieuses, je vais me dire « je ne sais pas du tout ce que je fais, je ne sais pas du tout où je vais, je n'ai pas du tout confiance » . Mais par contre, j'ai confiance en ce que je crée. Et j'ai confiance, donc plutôt qu'en moi, c'est plutôt en ce que je crée.
- Speaker #1
Ok, donc c'est la confiance en ce que tu crées.
- Speaker #0
Oui. Au fond de moi, je peux être... très anxieux de me dire « Ah, j'ai aucune confiance, c'est super dur, comment je vais réussir ? » Mais par contre, au quotidien, j'ai confiance en ce que je crée. Je me dis « Bah, j'avance, il y a des œuvres qui se terminent, après je les publie sur mon site, sur Instagram, j'ai des retours. » Et j'ai confiance en ça, en fait. J'ai confiance en mon travail, et puis en le fait d'avoir ces rituels, ce quotidien qui me permettent d'avancer vers ce dont j'ai envie.
- Speaker #1
Ok. Et du coup, pour les personnes qui pourraient se reconnaître dans ce que tu as décrit, avoir des malaises en allant au travail, ne plus rien ressentir, ce côté artiste qui a toujours été là, mais qui n'a pas la place, en fait, de vivre, disons, soit... un côté artiste ou même autre chose, en tout cas d'une créativité ou d'un champ autre que ceux dans quoi ils sont. T'aurais envie de leur dire quoi ?
- Speaker #0
En fait, il y a quelque chose qu'on peut ressentir très fort en soi. Moi, à chaque fois que j'ai, par exemple, j'ai pratiqué le dessin depuis un moment et donc évidemment la photographie. Et à chaque fois, je me disais mais en fait, c'est pas un loisir. C'est quelque chose qui est beaucoup plus... C'est pas un passe-temps. J'aimais pas cette expression où il y a des gens qui me disaient « Ah oui, t'es hobby, t'en es où ? » J'étais « Ah, mais hobby, mais j'aime pas ce mot, mais c'est pas possible ! » Limite, ça me blessait un peu intérieurement d'entendre ce mot « hobby » , ce mot « Oui, t'es passe-temps, qu'est-ce que tu fais ? » « Ouais, ça va, ça se passe bien. » Et pour moi, ça tordait complètement quelque chose en moi, et je me disais, mais... Non, il y a quelque chose qui me dépasse. Et dans la création, j'ai ce besoin d'être dépassé par quelque chose. Et donc non, ce n'est pas juste je prends un crayon et puis j'essaie un petit truc comme ça, et puis voilà, ça m'a fait du bien. Bon, certes, ça m'a fait du bien, mais il y a quelque chose qui est beaucoup plus grand, en fait, et puis que je n'appréhende pas encore totalement. Je sais que ça me dépasse. comme une forme d'énergie qui serait plus grande que moi. Et ça, c'est quelque chose que j'ai ressenti depuis assez longtemps. J'en étais conscient plus récemment, mais c'est ancien pour moi.
- Speaker #1
Je perçois ce que tu dis. Je n'ai pas les mots qui me viennent. Du coup, je te demande à toi, sait-on jamais, peut-être que toi tu les as, comment... Comment décrirais-tu ce plus grand, ce qui nous dépasse, que tu contactes par l'art ?
- Speaker #0
C'est le spirituel dans mon cas. Je pense qu'en fait, il y a une part de schéma de l'univers qu'on n'a pas encore totalement appréhendé et qu'il y a quelque chose qui est même de l'ordre d'une forme d'énergie qui me dépasse.
- Speaker #1
Ok. Et ça, tu le ressens comment, cette énergie qui te dépasse ?
- Speaker #0
Eh bien, en ce moment, je le sens assez fort. Parfois, j'ai l'impression d'être porté par quelque chose. Pas seulement par mon entourage. Je veux dire, mon entourage, ça me touche beaucoup. Mon entourage est présent. Ma compagne est très, très présente et croit en ce que je fais. Évidemment, ça me touche énormément et j'en suis souvent très ému. Mais je sens qu'aussi, quelque chose de supplémentaire me porte. Ça peut se ressentir dans des rencontres que je fais, dans une forme de hasard heureux, dans le fait que je prévoyais une journée d'une certaine manière et finalement, il y a eu plusieurs très beaux hasards qui se sont produits dans la même journée. Et des hasards qui ne sont pas juste temporaires, des hasards de rencontre qui vont porter beaucoup plus longtemps. Et ça, c'est quelque chose que je... n'avais pas quand j'étais en entreprise, dans ce mode de « je me sens pas bien » , « ça va pas bien » , « je ne sais pas ce que je ressens » . Non, là, je suis capable aussi d'accueillir des choses qui me portent, en fait. Et ça, c'est très nouveau pour moi. C'est quelque chose qui apparaît surtout depuis quelques mois. J'en étais pas conscient. Parce que juste après ma bifurcation, il y avait ce côté de « ouais, tout est génial, je commence quelque chose d'autre, c'est différent » . Et là, il y a une part de difficulté aussi, parce que finalement, parfois je me dis, bon, ok, ça va faire un an que j'ai fait ma bifurcation, que j'ai quitté l'entreprise, et il va falloir rassurer quand même. Et en même temps, c'est là où il y a le plus de petites choses, des éléments, des sortes de symboles, parfois même, où je me dis, mais c'est incroyable ce truc-là. J'ai entendu une bribe de conversation d'une personne complètement par hasard. Et ça va me donner une idée à réflexion, et même vis-à-vis de ma création. Et donc, en fait, je pense que je suis plus à l'écoute de tout ce qui m'entoure, et de plein de petits éléments, des symboles, en fait. Je crois que c'est le psychanalyste Jung qui parlait de ça, évidemment, beaucoup mieux que moi.
- Speaker #1
Il parlait de la synchronicité ?
- Speaker #0
Voilà, c'est ça. C'était le mot que je cherchais et j'ai l'impression d'être beaucoup plus ouvert à cette forme de synchronicité. Parfois j'ai une pensée...
- Speaker #1
C'est un conscient collectif aussi.
- Speaker #0
Oui. Parfois j'ai une pensée et finalement le lendemain je vais trouver dans ma journée quelque chose qui va concrétiser cette pensée. Juste le petit symbole dont j'avais besoin. Et ça c'est très nouveau pour moi.
- Speaker #1
Merci pour tous ces éléments. Et on va quitter la psychanalyse pour aller vers quelque chose de plus concret, si tu es d'accord. avec du coup le petit le rituel on parlait de rituel le rituel mon pas de côté avec l'exercice de visualisation si tu es d'accord du coup je vais t'inviter à t'installer confortablement dans ton siège à essayer d'avoir aucun croisement pour que l'énergie dont on parlait aussi puisse circuler librement tu peux rester dans le champ de la caméra ou en sortir à ta convenance Merci. Gardez les yeux ouverts ou fermés, moi je regarde toujours à côté, pour te laisser tranquille, mais je suis là, et à t'inviter dans cette concentration intérieure à prendre quelques respirations bien profondes et ventrales, afin de ralentir. Et puis de projeter dans 5 ans, en 2031, un futur idéal où il n'y a aucune contrainte, tout est possible, absolument tout. Où es-tu ?
- Speaker #0
Je suis très ému. Tu es ému ?
- Speaker #1
des pensées que j'ai eues ok c'est ok ? c'est ok pour moi mais je sens au fond de moi que je suis très très ému ouais alors si ça te va on garde cette émotion ensemble et puis avec cette émotion on traverse le temps dans 5 ans et où est-ce que tu es dans cette émotion aussi et tu es où ?
- Speaker #0
Je pense qu'on sera avec ma compagne, qui sera à ce moment-là ma femme, quelque part dans un lieu qu'on aura choisi tous les deux, où on sera bien. Je pense qu'on aura un petit enfant. Du moins, ce petit enfant peut exister.
- Speaker #1
Ah là là ! Je suis ému aussi, là,
- Speaker #0
évidemment. Je suis d'accord.
- Speaker #1
Tu vois quoi devant toi ? Qu'est-ce que tu vois ?
- Speaker #0
Je vois un appartement assez lumineux, je vois des œuvres d'art, je vois des meubles qu'on aime, des meubles confortables pour s'installer, un fauteuil, un canapé.
- Speaker #1
Et tes pieds sont sur quoi ?
- Speaker #0
Sur un tapis.
- Speaker #1
Un tapis. Et de quelle couleur et de quelle matière ce tapis ?
- Speaker #0
Il est plutôt beige, taupe.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Et puis, c'est un tapis en laine.
- Speaker #1
Et t'es en chaussettes, chaussures, pieds nus ?
- Speaker #0
Chaussettes.
- Speaker #1
T'es en chaussettes sur le tapis, ok. Et qu'est-ce que tu fais ?
- Speaker #0
Je discute avec ma compagne. on doit s'occuper du petit enfant aussi et puis une part de tendresse,
- Speaker #1
de repos de tranquillité c'est apaisé c'est plutôt doux donc ça c'est ce que tu ressens Est-ce qu'il y a des sensations de température ?
- Speaker #0
C'est juste comme il faut. Il y a du soleil qui rentre dans l'appartement. C'est agréable. Ça fait une belle lumière.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que tu sens ? En odeur, qu'est-ce que tu sens ?
- Speaker #0
Un petit peu la laine du tapis. J'aime bien cette odeur de laine, en fait. Ouais ? J'aime bien la sentir dans les vêtements. c'est une odeur qui m'apporte du réconfort de la douceur c'est le contraire de mes pensées anxieuses alors
- Speaker #1
on va rester dans ces odeurs de laine sur le tapis avec ta compagne cet enfant, cette lumière là où tu es et qu'est-ce qui se passe autour de toi ?
- Speaker #0
L'enfant peut demander des choses, il peut nous demander d'être présent, il peut pleurer un petit peu. Il peut jouer aussi.
- Speaker #1
Ok. Donc il y a ton enfant qui est là. Ok.
- Speaker #0
Oui. On peut l'entendre jouer, se déplacer. On peut entendre les sons de la rue.
- Speaker #1
Aussi.
- Speaker #0
Au loin. Un petit peu au loin.
- Speaker #1
Ok. Et là, dans cet instant, c'est quoi ta mission ? Ton rôle ?
- Speaker #0
d'être un élément stable d'apporter une stabilité d'apporter quelque chose de tendre aussi d'apporter de l'amour de donner de l'amour d'apporter voilà là tout de suite c'est ce que je ressens ouais super
- Speaker #1
Et on parlait de hauteur. Si on prend de la hauteur et qu'on regarde de façon plus méta, ce serait quoi ta mission de vie ?
- Speaker #0
Ma mission de vie, c'est de pouvoir apporter de l'apaisement. Dans le chaos du monde et dans le chaos de nos pensées.
- Speaker #1
pouvoir apporter une forme de tranquillité et d'être capable de contempler je vois que t'as les yeux ouverts je t'ai pas menti, je te laissais tranquille du coup je reviens et je te propose dans cette mission de vie d'apaisement, de respirer le bout de tes orteils, jusqu'au sommet de ton crâne, afin de faire profiter tout ton corps de cet apaisement, de cette mission. Et puis de prendre quelques respirations un peu plus franches et de revenir dans le réel, ici et maintenant. Comment tu te sens après cette visualisation ?
- Speaker #0
Très apaisé. Je l'ai commencé en étant extrêmement ému et me dire que j'avais un peu une boule dans la gorge en me disant que je vais pleurer. Et là, par contre, je ne sais pas, je l'intègre avec plus de douceur. Ça n'est pas moins fort, mais c'est quelque chose qui est... qui est moins à fleur de peau, qui est juste plus sensible, plus doux.
- Speaker #1
Si tu pouvais, cette semaine, faire une petite action pour tendre vers cette visualisation, vers cet objectif de vie, qu'est-ce que tu pourrais mettre en place en petite action cette semaine ?
- Speaker #0
Ça tombe bien, parce que juste avant l'enregistrement, j'ai envoyé une candidature pour avoir un atelier d'artiste auprès de la mairie de Paris.
- Speaker #1
Formidable.
- Speaker #0
Je pense qu'on est beaucoup d'appelés et peu d'élus, mais je suis heureux d'avoir fait cette candidature. Pour moi, elle est importante. Symboliquement, ça m'a forcé à synthétiser mon travail et puis à l'exprimer sous forme d'un gros document que j'ai envoyé ce matin. Et puis ça m'a incité à parler de mon parcours, de pouvoir l'exprimer aussi de façon synthétique. Finalement, l'exercice semblait un peu formel et il était beaucoup plus fort que juste cette formalité un peu administrative. Pas mal de documents étaient demandés, que ce soit du CV jusqu'à une note d'intention, en passant par un portfolio. Mais pour moi, symboliquement, ça a été très fort. Et il y avait une case à cocher. On demandait soit appartement, soit atelier, soit appartement-atelier. Et donc, moi, j'ai coché la case appartement-atelier. Et donc, cette notion de lieu de vie, pour moi, en ce moment, elle est très importante. Et je pense que cette semaine, c'est là où se jouent des choses, pour moi, de choix de lieu de vie. donc là symboliquement ce matin ça a été très fort bon c'est quelque chose que j'ai fait et donc cette semaine ça marche pas cette semaine une autre action en plus ce serait quoi ? Eh bien, des prises de contacts.
- Speaker #1
Alors, ok.
- Speaker #0
D'autres artistes. Et puis surtout un artiste que j'ai rencontré à la mairie du 15e arrondissement, où j'ai exposé à l'automne, et qui est très engagé dans l'action culturelle de la mairie. Et un jour, justement, Synchronicité, je pensais à lui, et je l'ai croisé dans la rue complètement par hasard, et puis il m'a dit, « Ah, mais Frédéric, il faudrait qu'on prenne un café ensemble, on a plein de trucs à se raconter. » Et donc, je prévois de le contacter cette semaine. Ok,
- Speaker #1
alors un créneau, on note, quand ? Quand est-ce que tu le contactes ?
- Speaker #0
Moi j'aime bien voir, j'aime bien cet après-midi, je m'étais noté ça cet après-midi.
- Speaker #1
À quelle heure ?
- Speaker #0
Je vais lui envoyer un message cet après-midi vers 14h je pense.
- Speaker #1
Alors non, ça ne marche pas.
- Speaker #0
14h, 15h ?
- Speaker #1
Je pense, je pense, je ne prends pas. soit tu l'écris soit tu ne l'écris pas 14h tu l'écris dans ton planning à 14h tu lui envoies un message c'est bon super contactez clone voilà c'est bon super on arrive à la fin de ce temps partagé si tu pouvais garder 3 mots de notre échange, ce serait quoi ?
- Speaker #0
Julien, une part d'accueil qui m'a fait beaucoup de bien. Confiance, parce que j'ai eu totalement confiance à me remettre entre ce que tu proposes, les questions que tu poses, et donc j'ai totalement confiance en toi.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Et puis, il y a une part de... De douceur aussi. En fait, il y a une part de douceur vis-à-vis de moi-même par rapport à mon passé. Me dire, je peux voir mon passé en ayant un regard doux et un peu tendre. Et puis, de douceur du créneau que tu m'as alloué, de ta façon de faire. ta façon de faire qui fait que je me suis senti bien.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci à toi. Du fond du cœur. Merci à toi, un immense merci.
- Speaker #1
Et à très bientôt.
- Speaker #0
À très bientôt.
- Speaker #1
Au revoir.
- Speaker #0
Au revoir.
- Speaker #1
Tu écoutais mon pas de côté. Si cet épisode t'a touché, tu peux le noter, t'abonner et le partager à quelqu'un. C'est ce qui permet à la communauté de se développer et au podcast de continuer. Tu peux aussi retrouver la newsletter mensuelle, les ateliers d'écriture thérapeutique du lundi et tout l'écosystème sur monpasdecôté.fr. Je suis Andine et je te dis à très vite pour un nouveau Pas de Côté.