- Speaker #0
Lorsque ce petit bolide atteindra 48 miles à l'heure, attends-toi à voir quelque chose qui décoiffe. Rien de tout serré. Qu'est-ce que le réel ? Le réel n'est seulement qu'un signal électrique interprété par ton cerveau.
- Speaker #1
Le pouvoir génétique est la force la plus terrible que la planète ait connu, mais il l'a manié comme un enfant qui a trouvé le flingue de son père.
- Speaker #0
Voyons une capacité de poussée de 10% d'airmède d'éclat.
- Speaker #1
1.
- Speaker #0
Chères auditrices, chers auditeurs, je te souhaite la bienvenue dans ce nouvel épisode de Science, Art et Curiosité, le podcast du MUMONS. Aujourd'hui, je suis dans la salle pédagogique du musée, au MUMONS, et j'accueille Martin Hébert, qui m'appelle en direct du Québec. Salut Martin.
- Speaker #1
Salut Maxime.
- Speaker #0
Comment vas-tu ?
- Speaker #1
Très bien, c'est un plaisir d'être avec vous aujourd'hui.
- Speaker #0
Plaisir partagé, et je pense, chères auditrices, chers auditeurs, que Martin va réaliser quelques autres podcasts pour... science avec curiosité, on a prévu un programme en fait, Martin m'a envoyé une série d'idées qu'il m'a soumises pour les podcasts et je devais théoriquement en choisir une et je lui ai dit non non, je vais pas en choisir une je vais toutes les prendre et on va faire saison par saison des thématiques autour des sujets qu'il m'a proposés donc chère auditrice, cher auditeur, tu vas retrouver Martin très souvent dans les podcasts, pas plus d'une fois par saison Martin quand même,
- Speaker #1
désolé mais ça va être un grand plaisir à chaque fois ça c'est évident
- Speaker #0
Alors, lors des premières saisons, on avait enregistré ensemble un podcast sur la série Fondation. Donc, je rappelle cette série de livres d'Isaac Asimov qui a été adaptée il y a quelques années. Et la saison 2 vient de sortir en série télévisée, qui est excellente d'ailleurs, même si les avis parfois sont très critiques par rapport à l'œuvre d'Asimov. Moi, je trouve que cette série est vraiment excellente et il faut la prendre comme quelque chose, un média à part entière et pas juste une adaptation bête et méchante de l'œuvre d'Asimov. Quoi qu'il en soit, aujourd'hui on ne va pas parler de fondation, on l'a déjà fait, on va plutôt parler des multiples imaginaires qui ont alimenté notre fascination en tant qu'humanité pour la Lune et aussi, d'une certaine façon, comment en fait cette fascination a fini par décroître à un certain moment et où la Lune est devenue un objet parmi d'autres, où le focus de l'imaginaire s'est redirigé vers d'autres astres. On va parler de cette histoire vraiment en détail et notre histoire... Elle commence au final, Martin, plutôt dans l'Antiquité et dans tout ce qu'on va appeler aujourd'hui la mythologie.
- Speaker #1
Tout à fait. Ma formation est en anthropologie et souvent, les anthropologues, on est amené à parler de choses assez spécifiques. Des sujets aussi vastes que la Lune nous font peur dans la mesure où on essaie de voir un peu la diversité des sociétés et des cultures humaines. Et évidemment, dans le cas d'un astre comme celui-là, on est vraiment devant... Quelque chose qui a fasciné les humains partout et depuis très longtemps. Donc la Lune, évidemment, est dans le ciel à chaque soir. Son apparence est changeante, constamment en transformation. Et ça n'a pas pu faire autrement que de fasciner les humains dès qu'on a regardé vers les étoiles. Et c'est ce qu'on retrouve, on va dire, dans les documents qu'on a. Aussi loin qu'on puisse regarder, on a des pièces archéologiques. du paléolithique, par exemple, d'il y a 15 000 ans, où l'hypothèse privilégiée est probablement que ces objets-là représentent des calendriers lunaires et à partir de ce moment-là, bien évidemment, on trouve la Lune qui joue de multiples rôles dans nos imaginaires, dans notre rapport au monde et certainement, on va en discuter. Donc, on pourrait, d'entrée de jeu, parler de deux grandes catégorie presque universelle, c'est-à-dire la Lune qui sert comme marqueur pour structurer des calendriers. On trouve encore aujourd'hui des calendriers dans de nombreuses traditions, en Asie, dans les cycles rituels du monde arabo-musulman, dans l'hindouisme, dans le judaïsme, etc., y compris la Pâque chrétienne, etc. Donc, des calendriers lunaires sont encore avec nous. et sont certainement représentés très abondamment dans l'archéologie.
- Speaker #0
Petite parenthèse, mon grand-père avait un livre qui s'intitulait « Comment jardiner avec la Lune » , édition 2022, édition 2021, édition 2020. C'est encore présent, en fait, dans notre civilisation. Oui,
- Speaker #1
en agriculture, quand semer, quand récolter, etc. Effectivement. Donc, pour des raisons évidentes, la Lune est un marqueur temporel. très puissant pour les humains. Et aussi, elle a un aspect mythologique. Étant dans le ciel, encore là, évidente, on lui a projeté toutes sortes de significations à travers les époques et à travers les cultures.
- Speaker #0
On le voit aussi souvent dans certaines croyances, elle va prendre un visage féminin. Elle va apparaître comme étant douce et bienveillante. Dans d'autres cultures... Elle va plutôt être l'astre des ténèbres. Dans la mythologie grecque, plus précisément, les phases changeantes de la lune sont attribuées à la déesse Hécate. Et c'est une déesse qui est protectrice, garante de la richesse, de la sagesse, de la fertilité et parfois même de la mort. Donc on voit que cette lune a vraiment plein de facettes différentes et cette image féminine est quand même assez présente avec cette lune.
- Speaker #1
Oui, pour des raisons... évidente liée à la biologie humaine. Le cycle menstruel humain est évidemment aligné, ou en tout cas d'une durée similaire à la période lunaire aussi. Ça a captivé l'imagination et l'intérêt dans la production d'imaginaire dans plusieurs sociétés. On parle de la Lune, mais dans plusieurs mythologies aussi, on va certainement la comprendre dans son rapport avec le Soleil. où le soleil et la lune ont l'air de se courir après. Il y a cette dualité-là qui va intervenir, qui va, dans un certain nombre de traditions, être une dualité masculine-féminine, par exemple, où le soleil va être associé à des principes plus masculins et la lune à un principe féminin. Mais en même temps, effectivement, on pourrait dire que la lune est aussi une toile, un référent vide sur lequel on peut projeter beaucoup de choses, du simple fait qu'elle est là. à travers les sociétés et les époques, on la voit prendre une diversité de sens, y compris des sens contradictoires, comme tu dis. C'est-à-dire, d'un côté, la fertilité, de l'autre côté, une sorte de moment inquiétant quand on parle des loups-garous, etc., où le monde se dérègle et ses mécanismes habituels ne fonctionnent plus.
- Speaker #0
Cette contemplation de la Lune va finir par conduire les hommes à se dire « Mais est-ce qu'on ne pourrait pas aller ? » sur cette lune, voir ce qu'il s'y trouve. Tu me disais que la lune, la plupart du temps, est souvent un lieu d'utopie. On imagine une société parfaite. Certains récits parlent d'un jardin d'Éden où le scénario où Adam et Ève sont chassés ne s'est jamais produit. Et donc, c'est resté un jardin d'Éden pur. Il y a cette idée de pureté derrière ces utopies aussi.
- Speaker #1
Oui, absolument. Donc, On vient de parler de ce qu'on peut appeler une anthropologie poétique, c'est-à-dire la tradition orale, les grands mythes, les calendriers, les grandes représentations imaginaires qui nous viennent, d'une certaine manière, de la nuit des temps. C'est-à-dire, on ne sait pas exactement quelle est l'origine, comment ces récits-là sont apparus. Donc ça, c'est une sorte de fond de tradition orale partagée par différentes sociétés, différentes cultures. Ce qu'on voit... apparaître, notamment qui est visible, on pourrait plutôt dire, avec l'apparition de l'écriture, ce sont des rapports plus personnels à cet imaginaire-là. Dans toute société, on le sait, même les spécialistes de la tradition homérique, par exemple, savent très bien que les textes de la tradition orale étaient constamment réappropriés par les personnes qui la racontaient et ils lui mettaient une forme individuelle. Mais avec l'apparition et la diffusion de plus en plus grande de l'écriture dans l'Antiquité, on commence à voir apparaître des traces carrément où des auteurs décident de produire leur propre imaginaire de la Lune. Un des premiers textes de cette nature-là, c'est l'ouvrage de Luthien de Samosat avec son Voyage dans la Lune, où l'auteur le dit explicitement, ce qu'il raconte est une fiction. Donc, ce n'est plus une croyance, ce n'est plus de transposer des grandes symboliques, etc. Lui, il va dire, moi, je raconte un récit de la Lune. Un point, c'est tout. Qu'on le sache, donc, je parle de choses que je n'ai pas vues, qui ne me sont pas arrivées, que personne ne m'a racontées, qui n'existent ni ne peuvent exister. C'est dire que le lecteur ne doit pas y ajouter foi. Donc, en gros, d'entrée de jeu...
- Speaker #0
C'est vraiment le récit imaginaire, en fait. Oui,
- Speaker #1
effectivement. Qui est quand même une rupture assez importante avec l'idée de simplement... de réciter ou de connecter avec une tradition culturelle. Par exemple, ici, Lucien dit, je ne connecte avec rien qui me précède, j'invente. Et qu'est-ce qu'on se met à inventer, effectivement ? Ce sont des voyages dans la Lune où, par toutes sortes de moyens merveilleux et fantaisistes, des narrateurs se rendent sur l'astre et y rencontrent des interlocuteurs. Très souvent, comme tu le dis, La société qu'on va rencontrer sur la Lune, les lunariens ou les sélénites, vont être meilleurs que nous. Ça va être des gens qui ont une société... Plus avancée, plus douce, plus... Dans le cas de Lucien, au départ, c'est juste l'étrangeté. Il n'y a pas tellement cette valorisation positive, on va dire, de la Lune. Ils sont juste étranges. Il n'y a que des individus masculins, par exemple, qui portent les enfants dans leur mollet, qui sont en guerre contre des habitants du soleil. Donc, vous voyez, on est dans de la fantaisie où le message n'est pas très clair au départ. Donc, c'est juste une société étrange. Leurs vêtements sont en verre flexible, etc. Donc, on mise beaucoup sur l'étrangeté. Les sélénites se nourrissent, par exemple, de grenouilles qu'ils mettent dans un brasier et aspirent la fumée qui se dégage de ces animaux-là. Donc, vous voyez, il n'y a pas tant de messages comme tels politiques, mais la différence, elle est marquée. Et dès qu'on est en présence d'une différence… disons d'un point de vue de l'imaginaire ou d'un point de vue anthropologique, cette différence-là, elle peut être connotée positivement ou négativement. Donc, dans le cas des voyages dans la Lune, ça va être vraiment, pendant une longue période, une connotation positive. Et là, on pourrait faire une généalogie, mais la Lune devient certainement, ou ces voyages-là deviennent certainement intéressants au 15e siècle, après quelques références un peu du type de Lucien. Souvent dans des contes moralisateurs aussi, on voit dans certaines traditions au Japon ou en Perse, on détecte que les lunariens sont moralement supérieurs aux humains, mais on ne décrit pas un modèle de société. Avec l'arrivée du 15e siècle, la période européenne d'exploration, où on commence à réfléchir sur différents types de sociétés, on va commencer à peupler la lune d'une société de plus en plus clairement structurée, comme une utopie. Et ça, on va le voir surtout chez Cyrano de Bergerac, au 17e siècle, qui va carrément présenter la Lune comme le paradis. Ironiquement, il décrit la Lune comme le paradis terrestre, mais disons le jardin d'Éden. Adam et Ève vivaient sur la Lune jusqu'au jour où ils commettent la faute et ils vont se sauver de la Lune pour essayer d'échapper au châtiment et venir se réfugier sur la Terre. Donc, pour Cyrano de Bergerac. La différence, elle est énorme.
- Speaker #0
On le voit à travers d'autres auteurs aussi, de ce que je lisais en préparant le podcast, la Lune peut devenir aussi un support pour faire de la satire sociale, où en fait, on raconte des histoires, des pamphlets qui prennent place sur la Lune, mais dont le message principal, c'est ce qui se passe sur la Terre.
- Speaker #1
Absolument. Une variante, en fait, du récit utopique est celle... de la satire. Et en fait, il y a une proximité quand même très grande, historique, entre les deux genres. Et effectivement, on va commencer à voir, surtout au 17e siècle, cette idée que les mondes étant pluriels, on peut les visiter et chaque monde peut commencer à incarner, justement, des types sociaux. Donc, on va réfléchir sur cette... possibilité de voyager de planète en planète et d'y trouver un peu des peuples différents, mais souvent ces peuples-là sont faits pour avoir des parallèles terrestres avec des types particuliers. Un exemple absolument représentatif de ce genre-là, qui n'est pas utopiste en effet, c'est un ouvrage d'une femme, Marianne de Roumy-Robert, qui a publié un... anonymement un texte intitulé Voyage de Milord de Céton dans les sept planètes et le protagoniste du récit va s'endormir au début. Le récit commence avec une sorte de crise de nerfs. En fait, la personne est dans son appartement, fait une crise de nerfs, tombe dans les pommes et le narrateur va faire le tour du système solaire rencontrer sur chaque planète vraiment des types. C'est vraiment le... des types sociaux. Et la Lune va être le pays des gens frivoles. Madame Roumier-Robert va décrire des précieux, un peu critiques, des gens de la cour, par exemple, un peu ridicules, etc.
- Speaker #0
La Lune devient aussi parfois symbole de folie. On parle d'ailleurs de lunatique. Donc, certains récits vont mettre en avant, par exemple, des... des consciences qui deviennent enfermées sur la lune, des personnes qui perdent la tête. en allant sur la Lune et ne reviennent jamais identiques avant leur voyage. On le voit encore une fois, cette Lune joue un autre rôle ici. On avait un rôle d'abord de véhicule de l'utopie, puis de la satire, comme tu le dis, les genres sont proches. Et ici, on a vraiment la Lune, symbole de folie.
- Speaker #1
Oui. Un des premiers exemples de ça, c'est vraiment dans la littérature italienne, avec Lariost et son Roland furieux. au 16e siècle, si je ne me trompe pas, où, justement, qu'est-il arrivé à Roland, le champion de la littérature médiévale, le chevalier irréprochable et tout et tout. Chez l'Arioste, Roland est devenu complètement... a perdu la raison, a perdu carrément, est devenu fou, et son second, pas son écuyer, mais son paladin, si je ne me trompe pas, donc il dit... va tenter de sauver Roland et partir à la recherche de sa raison, savoir où est-ce qu'elle se trouve, et il va la découvrir dans un flacon sur la Lune. Donc, la Lune est un pays de merveilles. Donc, on reste avec cette image-là de Lune qui est quelque chose d'extraordinaire, mais en même temps, une merveille qui recèle aussi nos trésors, les trésors terrestres qui nous ont été volés. Et ce personnage-là va... finalement récupérer la raison de son maître et lui redonner comme ça. Et on a cette expression, être dans la lune par exemple, donc il y a cette idée-là qu'on peut être captivé par cet astre-là.
- Speaker #0
Ce qui est très intéressant aussi, tu l'as dit, on parle de voyage dans la lune, ensuite peu à peu on va parler de voyage sur la lune, c'est juste une évolution sémantique ou il y a autre chose derrière ?
- Speaker #1
Ça semble être une évolution grammaticale. probablement en raison aussi de l'interaction à partir du 17e siècle, certainement, avec la littérature anglaise ou anglophone, où on va dire « in the moon » , donc traduit littéralement dans la Lune, mais le sens en est que c'est simplement un voyage vers la Lune. Donc, il n'y a pas tant d'exploration que ça de l'intérieur de la Lune elle-même. Très longtemps, les... Les discussions, les descriptions vont être à propos simplement des peuples qui y sont rencontrés.
- Speaker #0
Le moyen d'atteindre la Lune, de voyager jusqu'à elle, au début n'est pas fondamental dans tous les récits qu'on a partagés ici. Il y en a qui vont en cheval ailé, donc des animaux ailés, que ce soit des oies, des cochons, des chevaux. Mais le moyen fondamental n'est pas important. Pourtant... en 1783, il va se passer un événement quand même fondamental dans notre récit. C'est le premier vol en montgolfière. Et petit à petit, le moyen d'atteindre cette lune va devenir de plus en plus important.
- Speaker #1
Tout à fait. Il y a une question épistémologique ici qui se pose d'une manière assez importante, c'est-à-dire l'installation graduelle de ce qu'on pourrait appeler le paradigme de la vérité. C'est-à-dire que dans les écrits de l'Antiquité, du Moyen-Âge, même de la Renaissance... disons, du début de la Renaissance, on a cette notion que le discours qui est articulé se juge par sa vérité morale. C'est-à-dire, ce sont souvent des contes, on en a parlé, soit des contes utopiques, des contes fantastiques, des voyages où on découvre des types sociaux et on fait de la satire. Donc, le véritable objectif longtemps désécrit sur la Lune va être de cet ordre-là. Bon, il y a toutes sortes de... de débats sur Hérodote, sur les premiers chroniqueurs de l'histoire, les encyclopédistes du Moyen-Âge. Les débats reviennent encore et encore. Quel est leur rapport à la vérité ? Il se trouve que la vérité qui est recherchée, c'est souvent une vérité au-delà de la vérité, c'est-à-dire les vérités humaines fondamentales. Bon, graduellement va s'installer, avec le développement des sciences, cette notion... d'une vérité objective, mécanique ou matérialiste. C'est-à-dire cette notion-là qu'il existe des choses vraies et des choses fausses et que si vous dites que vous allez dans la Lune pour avoir une crédibilité, vous devez avoir un mécanisme plausible pour vous y rendre. Donc, la frontière dont tu parles se calque sur la frontière entre justement des régimes où vérité et fiction se mêlaient avec de l'autre côté. Des régimes où on va commencer à vraiment tenter de séparer science et fiction comme deux choses distinctes. Dans les premiers récits, effectivement, qu'on y aille avec un chariot tiré par des oies sauvages, encore là chez Cyrano de Bergerac, c'est vraiment... Bon, d'abord, il tente de se rendre sur la Lune en s'attachant des bouteilles de rosée. Pas le vin rosé, mais la rosée du matin, partout sur son corps, parce qu'on voit que le matin, la rosée s'élève vers le ciel. Donc, il dit, avec des bouteilles pleines de rosée, je vais m'élever avec elle. Ça ne fonctionne pas. Et la deuxième tentative vient en attachant des feux d'artifice sur son chariot et décollant avec ça. Soit dit en passant, dans le streno de Bergerac, son premier vol avec les bouteilles de rosée lui fait décoller. de Paris et atterrir à Québec. Donc, c'est la première fois que Québec apparaît dans un récit de la tradition science-fictionnelle. Et là, les habitants de la Nouvelle-France se mettent à le persécuter et ils veulent brûler le chariot qui se construit. Donc, le feu est en prix et les feux d'artifice étant déjà en train de s'amorcer, le narrateur fait juste sauter dans le véhicule et pouf, il s'en va vers la Lune. Mais, effectivement, en 1783, Les choses changent parce qu'avec le premier vol de mon golfière, tout d'un coup, on commence à avoir un mécanisme plausible pour les gens de l'époque en disant, cet engin-là s'envole à des altitudes qui étaient inconnues jusque-là pour l'être humain. L'être humain avait été collé à la surface de la planète depuis son origine. Et là, tout d'un coup, on voyait des gens concrètement aller dans le ciel. Et ça va générer un... torrent d'une certaine façon de production qui vont s'inspirer de ces vols en Montgolfière. Et là, vous voyez apparaître une foule de récits. Tout de suite, l'année suivant le premier vol en Montgolfière, un récit, histoire curieuse d'un nouveau voyage à la Lune par un aéroman. Donc l'aéroman, ce nouveau personnage qui va devenir un aéronaute, devient l'explorateur. Et... Le parallèle est intéressant parce qu'il va constamment, à partir du 15e siècle, y avoir un parallèle entre l'exploration maritime du monde, les gens qu'on rencontre, etc., et l'exploration de la Lune. Et là, tout d'un coup, avec les aéronautes, il y a un parallèle très, très étroit qui se fait avec les navigateurs. Donc là, tout d'un coup, on a des navigateurs, mais à la verticale, qui vont, croit-on à l'époque, découvrir... autant de monde que les navigateurs à l'horizontale sur les mers l'ont fait.
- Speaker #0
Ce qui est intéressant aussi, c'est qu'on se demande au final, mais elle se trouve où exactement cette Lune ? Il y a toute une série de récits où les gens essaient de rapprocher la Lune. Je pense à un dont j'ai oublié le titre, mais où la Lune à un moment devient tellement proche qu'en fait, on ne voit plus que la Lune dans le ciel et tout le reste a disparu. On voit des récits ou donc des électro-aimants, la technologie s'améliorant. Elles vont être utilisées dans ces récits lunaires qui vont, avec un électroaimant géant, attirer la Lune. Et pour finir par une erreur de manœuvre, la Lune va repartir et va entraîner un morceau de Terre avec elle. Bien entendu, il y avait l'électroaimant dessus, donc les gens voyagent vers la Lune, mais avec un morceau de Terre. Toute cette technologie, en fait, va nourrir le récit lunaire.
- Speaker #1
Ça peut sembler, d'une certaine façon, évident et banal pour nous. Mais bon, enlever un morceau de Terre, ce n'est pas banal, mais... La mécanique de tout ça nous est familière, mais ce qu'il faut voir, c'est qu'elle s'inscrit dans tout un débat extrêmement important sur le monde astronomique. Une hypothèse qui a pavé la voie à beaucoup de récits sur l'exploration lunaire, c'est l'hypothèse de Copernic sur l'héliocentrisme. C'est-à-dire qu'avant le 16e siècle, il y avait cette notion que la Terre était au centre de l'univers. était une création exceptionnelle, divine, avec un statut spécial, etc. Et plus les thèses héliocentriques vont se développer, plus on va commencer à se poser la question de dire, OK, si la Terre n'est qu'une planète autour du Soleil et que les étoiles qu'on voit sont aussi des soleils avec des planètes qui tournent autour, quelles sont les possibilités ? Combien de mondes peuvent exister ? C'est tout le débat sur la pluralité des mondes. Donc, ce n'est pas pour rien que dans plusieurs récits d'exploration lunaire, notamment au 17e siècle et un peu encore au 18e, on fait référence à Copernic. Copernic a ouvert un monde pour nous, un monde de possibilités, et un des astronomes qui va contribuer énormément à cette discussion-là. Kepler va lui-même écrire une fiction lunaire, Somnium, où... Il utilise encore les mécanismes un peu farfelus pour s'élever dans le ciel, mais quand il arrive dans le ciel, il décrit un ciel ou des cieux astronomiques qui fonctionnent selon des règles mécaniques. Donc, on n'est plus dans un monde fixe où la Terre est le point central et il y aurait des dômes autour où tout est plus ou moins immobile. On est dans un monde de mouvements perpétuels, de mécaniques, d'entrechoquements. Tout d'un coup, justement, on peut commencer à voir la Lune comme ce que tu décris, c'est-à-dire un objet physique régi par des règles. Évidemment, avec Newton, à la fin du 17e, ça va se concrétiser encore plus. Des règles sur lesquelles on peut agir. Donc, éventuellement, il va y avoir plus tard, beaucoup plus tard, Herbert J. Wells avec le premier homme dans la Lune, par exemple, qui va imaginer un... un minerai, la cavortite, qui annule les effets de la gravité, qui permet de s'envoler. Mais pour arriver là, il faut avoir cette notion que la Lune est un objet physique, que la gravité est une force, et une force qui est régie par des principes, etc., qu'on peut tordre et détourner. Explicitement, on va voir que, que ce soit chez Cyrano de Bergerac, que ce soit chez Kepler, que ce soit chez... Christian Huygens, par exemple, les gens qui ont réfléchi sur la pluralité des mondes, commencent à dire, à partir du 16e, 17e, 18e siècle, que si on trouve d'autres mondes, ils vont être régis par les mêmes règles que celles qu'on connaît. Et ça ouvre toutes sortes de possibilités, comme le fait que ces mondes-là puissent être habités, le fait que ces mondes-là peuvent faire l'objet d'une interaction, d'une action mécanique comme celle dont tu parles.
- Speaker #0
Toujours dans cet imaginaire, il va y avoir une série de canulars, on va en parler d'un ici. Donc en 1835, un article sort dans le journal new-yorkais The Sun, et cet article est attribué initialement à Sir John Herschel, qui depuis le Cap de Bonne-Espérance, grâce à un nouveau télescope ultra-moderne, réalise des observations aussi précises que si elles eussent été faites à la surface de notre Terre. Et donc cet article fait mention... d'une faune lunaire, d'hommes chauves-souris, qui font l'objet, bien entendu, de représentations. L'article va être très, très vite traduit en français et dans d'autres langues. En fait, il s'agissait d'un canular, très tôt assumé par son auteur, donc il s'appelle Richard Adams Locke. Mais cet article est quand même symbole de quelque chose.
- Speaker #1
Oui, et on pourrait dire qu'il est un symbole, vraiment, de la rupture définitive dont on vient de parler, c'est-à-dire une rupture entre différents régimes de vérité où... d'une certaine façon, on tente de faire le ménage d'une manière assez étrange, mais quand même efficace. On tente de faire le ménage entre la fabulation et les faits. Richard Locke a présenté son canular comme, justement, une satire. Une manière de se moquer de tout un ensemble de spéculations qui sont venues avant, en exagérant, justement, en disant... Il y a des milliards d'habitants sur la Lune. Il y a, bon, représentants, comme tu dis, c'est les hommes chauves-souris, etc. Une satire, évidemment, qui est présentée comme des faits, mais dans un but de créer du ridicule. En tout cas, c'est ce que lui a dit quand il s'est fait démasquer, là, utilisant le nom d'un astronome quand même reconnu. Il a voulu jouer sur cette crédulité-là du public qui était prêt à gober. Donc, c'est un moment important parce que c'est un moment où la Lune devient un corps astronomique beaucoup moins merveilleux qu'il était avant. On pourrait dire qu'à partir de ce moment-là, les récits qui nous amènent sur la Lune vont nous amener dans un environnement qui n'est plus cette île d'utopie, des sociétés ultra développées, fantaisistes, bourrées de trésors, etc., ou jardins d'Éden. mais qui va nous amener dans un milieu physique, géophysique, plus proche peut-être de ce qu'on peut connaître aujourd'hui.
- Speaker #0
Ça me fait aussi quand même pas mal penser à ce qui s'est passé avec Mars, avec l'observation des canaux, du fameux visage sur Mars, la civilisation martienne qui serait effondrée, etc. Donc, on est sur des récits relativement proches au final, en fait.
- Speaker #1
Oui, un élément important peut-être pour comprendre ce contexte-là, c'est de garder en tête qu'on est devant de la science, de la spéculation scientifique. On est à une époque aussi où il y a beaucoup de scientifiques amateurs. Dans les années 1830, les facultés... Si vous étiez astronome en 1830, vous n'étiez pas professeur d'université. Vous étiez un riche bourgeois avec les moyens de construire un télescope dans sa cour. Et ceci donne une latitude pour à la fois faire des observations qui se sont avérées quand même très précises et très utiles pour la suite, mais à la fois libres de spéculer sur... ce que ça signifie. Et les canaux de Mars en sont un autre exemple. Donc, le processus de la science était amateur et ces canaux de diffusion étaient dans des presses populaires d'une certaine façon. Donc, vous deviez avoir quelque chose qui attire quand même l'œil du public. On est dans un paradigme que certains ont nommé la science romantique. Ce sont les fondements des sciences qu'on connaît, mais... La science romantique a dominé le paysage jusqu'à la révolution darwinienne en 1859.
- Speaker #0
Un élément, plutôt des récits, qui sont quand même fondamentaux dans l'histoire qu'on est en train de raconter, c'est les récits de Jules Verne avec les canons, qui vont changer beaucoup de choses dans cette histoire de conquête de la Lune.
- Speaker #1
Oui, on a vu jusqu'à maintenant une transformation. graduelle, qui va de récits fantaisistes au sens où l'auteur, très souvent, n'avait pas de prétention à une exactitude scientifique, notamment quand on parle de Cyrano de Bergerac, même de Kepler, qui va tenter de parler, oui, de la mécanique des astres, mais à travers des procédés qui font intervenir toutes sortes de mécaniques narratives très fantaisistes. Et graduellement, on voit... une transformation, comme je disais il y a un moment, avec l'apparition des récits qui mettent en scène des ballons. Donc déjà, le ballon reste relativement fantaisiste, mais pour l'auditoire de la fin du 18e siècle, il reste au moins une hypothèse qui pouvait être explorée pour aller vers la Lune. Évidemment, ces récits-là vont continuer de se déployer presque pendant un siècle. où on va, pour toutes sortes de raisons, envoyer des personnages dans la Lune en ballon. Mais la réflexion sur la mécanique du déplacement elle-même va devenir de plus en plus serrée et alignée sur les développements scientifiques de l'époque, je dirais justement après les années 1860, et notamment chez Jules Verne. Donc, quand on parle des récits de voyages dans la Lune, Jules Verne... est absolument incontournable, notamment son roman de 1865, « De la Terre à la Lune » , marque justement une transformation importante où on commence à présenter le projet de voyager vers la Lune, non seulement comme quelque chose qui est techniquement possible, mais où on commence aussi à nous montrer le chemin à parcourir pour y arriver, notamment en mobilisant l'invention importante qui sort de la guerre civile américaine, c'est-à-dire le canon lourd. Donc, le canon lourd à très longue portée va devenir pour Jules Verne la clé, la technologie qui va nous permettre d'aller sur la Lune.
- Speaker #0
Les inventeurs, les ingénieurs vont en fait jouer un rôle de plus en plus important dans ce récit de voyage vers la Lune.
- Speaker #1
Oui. Quand on mentionne Jules Verne, souvent on va insister sur le fait qu'il avait une certaine pré-science pour les développements à venir de la technologie. Par exemple, Jules Verne a vu que pour des raisons géographiques, les sites de lancement les plus appropriés pour se rendre à la Lune à partir des États-Unis seraient la Floride et le Texas. Ce sont exactement les deux sites qui sont utilisés à ce jour pour les lancements spatiaux. Où donc ? Donc, Jules Verne avait... peut-être pas fait le calcul par lui-même, mais il s'était certainement aligné sur des calculs qui avaient identifié ces sites-là. Et dans son ouvrage, « De la Terre à la Lune » , il va clairement indiquer que c'est un travail d'ingénieur, que les ingénieurs vont être vraiment la clé pour véritablement se rendre là. Donc, sa préscience, elle est justifiée dans une certaine mesure, surtout dans « De la Terre à la Lune » , sa préscience, on va dire, technologique, mais... Et ce sur quoi j'aimerais insister, c'est encore plus sa préscience sociale. L'intrigue, ou en tout cas le développement du récit de la Terre à la Lune, commence dans ce qu'il appelle le Gun Club, justement un club d'ingénieurs fascinés par la balistique et la science des canons qui se donne le défi d'aller sur la Lune, ou en tout cas dedans. Et Verne a très bien vu que pour y arriver, ces gens-là... aurait besoin de susciter un enthousiasme public, à la fois pour aller chercher des fonds, il lance une campagne de financement, mais aussi pour inspirer le public à appuyer cette entreprise-là. Encore là, l'ingénieur va jouer un rôle central, donc non seulement dans la conception technique des appareils, des outils, du lancement, etc., mais aussi pour véhiculer ce que Verne va appeler l'audacieuse ingéniosité. Donc, il a une glorification vraiment de l'ingénieur, non seulement comme la personne qui résout des problèmes et qui fait de l'innovation technologique, mais aussi la personne qui va inspirer la société à se dépasser. Tout ça, c'est présent dans « De la Terre à la Lune » , mais vous pourriez reprendre pratiquement des segments de discours qu'on trouve dans ce roman-là et vous allez les retrouver chez John Fitzgerald Kennedy, le président américain qui a vraiment lancé le... le programme Apollo et l'ambition américaine de se rendre à la Lune. Donc, il y a vraiment ici une résonance très importante du défi technique en tant que civilisation, en tant qu'espèce humaine. On doit relever, selon Verne et selon Kennedy et selon la NASA, il y a des défis qu'on doit simplement relever. Pas nécessairement pour les retombées qu'ils ont, mais pour les retombées on pourrait dire de... sur notre esprit en tant qu'esprit d'aventure, d'exploration humaine. Donc, ce sont des éléments qui vont être extrêmement glorifiés dans cette tradition très technocratique, on va dire, qu'on voit de Verne jusqu'à la création du programme Apollo.
- Speaker #0
Tu me le disais lors de la préparation, en 1922, il va y avoir un livre qui s'intitule « Les Allemands sur la Lune » , qui là aussi, au-delà de l'aspect technique et technologique, va mettre en avant cet aspect colonial qui est en fait présent dans le monde dans les années 20.
- Speaker #1
Une chose qu'il faut garder en tête quand on pense à cette expansion, ou en tout cas cette réflexion vers l'espace, c'est que l'univers colonial connaît un regain d'intensité à la fin du 19e siècle. Donc il y a vraiment différents moments dans l'histoire du colonialisme, mais après 1870, Il y a certainement un regain qu'on va appeler le regain néocolonial ou le regain impérialiste où les puissances européennes se lancent notamment à la conquête, ou dans une conquête beaucoup plus agressive, du continent africain, entre autres. Donc, c'est la vague colonialiste qui va vraiment amener, par exemple, la conférence de Berlin ou amener les puissances coloniales européennes à... à entrer et à faire des guerres à l'intérieur du continent africain. C'est aussi, durant la même période, la période d'expansion de la sphère d'influence américaine dans les Amériques, donc avec la doctrine Monroe, entre autres, où les États-Unis décident de remplacer l'Espagne comme puissance hégémonique dans les Amériques et jusqu'aux Philippines. Donc, dans les dernières décennies du 19e siècle, on est dans véritablement ce que certains historiens ont appelé la guerre mondiale zéro, qui se mène dans le monde colonial et dans le sud global. Donc, la notion d'expansion et la notion d'étendre sa sphère d'influence, elle va main dans la main avec une logique de compétition guerrière, militaire entre les puissances du monde. confrontation qui va mener à la Première Guerre mondiale avec aussi cette idée d'une compétition entre les puissances. Donc, c'est cette esprit de compétition, de concurrence dans l'expansionnisme qui va commencer à résonner dans les récits sur la Lune. Et effectivement, à la fin du 19e siècle, on commence à voir des récits où les sélénites, les habitants de la Lune, ne sont plus ces espèces d'utopiens vivant dans la société pacifique du paradis terrestre à la limite, mais plutôt des sujets préoccupés. Donc, on commence à voir des récits où les sélénites descendre vers la Terre pour tenter une diplomatie, pour essayer de se protéger de l'expansionnisme humain qui commence à être tout à fait évident et qui connaît certainement une apogée de violence à la fin du 19e siècle. Donc, il y a cette idée tout d'un coup que l'humanité peut entreprendre une expansion, on pourrait dire, agressive dans le cosmos.
- Speaker #0
Ces récits vont continuer à évoluer, bien entendu, mais le programme Apollo... donc l'homme va poser le pied sur la Lune, vont quand même changer les choses. Ce récit lunaire va ne plus devenir si intéressant que ça pour les gens.
- Speaker #1
Oui, donc on a parlé du parallèle entre l'enthousiasme qui est décrit dans le livre de Jules Verne et l'enthousiasme que le gouvernement américain a voulu susciter dans les années 60 pour... se lancer à nouveau dans l'exploration spatiale, ou en tout cas pour investir énormément de ressources dans ce qui va s'appeler la course à la Lune. Il faut peut-être rappeler qu'après la Seconde Guerre mondiale, les premières étapes de la course spatiale entre encore puissance mondiale, cette fois-ci entre l'URSS et les États-Unis principalement, les États-Unis voguent de défaite en défaite pendant au moins pas loin d'une décennie. Disons, le premier satellite mis en orbite est soviétique, le premier vol en orbite avec un être vivant à l'intérieur est soviétique, le premier humain mis en orbite avec Yuri Gagarin est soviétique aussi. Donc, c'est une chaîne de défaites, on pourrait dire, du côté américain. Donc, pour reprendre l'initiative en pleine guerre froide, les Américains décident de mettre le paquet et de changer les têtes. termes de la course spatiale en la transformant en une course pour la Lune. Et c'est ce que John F. Kennedy va annoncer avec la naissance du programme Apollo, dans lequel le gouvernement américain va engloutir une fortune. Donc, les calculs en dollars américains ou euros d'aujourd'hui situent la dépense à peu près de l'ordre de 176 milliards d'euros, disons. C'est une dépense énorme. qui est faite dans le but d'une mobilisation totale pour affirmer la supériorité technologique, non seulement des États-Unis, mais d'une manière de faire, c'est-à-dire du système des démocraties libérales capitalistes occidentales. Donc, c'est une guerre idéologique, c'est une guerre technologique qui va enlever les foules, certainement, pendant une certaine période. avec son apogée en 1969, lorsque Apollo 11 réussit à poser un être humain sur la Lune. Donc, ce moment-là va vraiment être vu comme un moment de triomphe qui va racheter les défaites antérieures, qui avaient quand même été assez nombreuses face au programme spatial soviétique.
- Speaker #0
Et justement, le fait que l'homme pose le pied sur la Lune, la Lune n'est plus si... accessible que ça. Il n'y a donc plus de raison de raconter ces récits imaginaires où on allait sur cette lune. On y est allé. Cependant, la pop culture, culture populaire, va quand même se réapproprier cet imaginaire lunaire. On va avoir des séries comme Cosmos 99, donc 99 pour Martin. Goldorak, avec les méchants qui ont une base ... Lunaire, on va aussi avoir 2001, Odyssée de l'espace, qui, dans les années 70-80, vont vraiment marquer l'imaginaire cinématographique.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. J'aimerais revenir effectivement sur 2001, Odyssée de l'espace, parce que vous regardez la chronologie. Le film est paru en 1968, donc l'année avant l'allunissage d'Apollo 11. Les producteurs... De 2001, Odyssée de l'espace, Stanley Kubrick, Arthur C. Clarke, qui est l'auteur du roman, ont eu un accès sans précédent au programme spatial américain. Ils ont été appuyés, commandités par la NASA, avec, entre autres, des artistes conceptuels qui ont été prêtés pour la production du film, l'accès à filmer les scaphandres, etc. Donc, il y avait vraiment un... une convergence très importante entre la production du film et toute la campagne de battage médiatique qui voulait susciter de l'enthousiasme pour Apollo 11. Et effectivement, dans 2001, Odyssée de l'espace, on voit cet imaginaire-là de la conquête lunaire comme une conquête civilisationnelle exprimée d'une manière tout à fait transparente et explicite. Si vous vous rappelez le film, le monolithe est... une sorte de marqueur qui apparaît dans l'histoire humaine au moment charnière, à des moments vraiment cruciaux de l'hominisation, notamment, la scène d'ouverture du film, c'est l'apparition de la technologie. Donc, carrément, le premier usage d'un os comme une arme, le premier usage technologique va être provoqué par ce monolithe-là qui est apparu. Et la deuxième épreuve, si vous voulez, de l'humanité, c'est de devenir une espèce, quitte le berceau terrestre, et le second monolithe, il est activé lorsque les humains arrivent sur la Lune et le trouvent et le déterrent. Et là, le fait que ça a été déterré montre qu'une espèce dotée de conscience et d'une technologie est arrivée sur la Lune. Au moment où le monolithe est révélé, il s'active comme un signaux. aux autres espèces cosmiques. Donc, vous voyez qu'il y a un message constant qui va de Jules Verne jusqu'au programme Apollo, qui est de dire que c'est la destinée de l'humanité de devenir une espèce interplanétaire, et la Lune, c'est la première étape dans ce développement-là. Quand on arrive sur la Lune, la réalité est que on se trouve dans un environnement hostile, à toute fin pratique, un désert, même si, bon, on parle de trouver des sources d'eau, etc. Tout le monde s'entend pour dire que habiter la Lune et placer une base est quelque chose qui va demander énormément de ressources et va se dérouler dans un environnement qui est parmi les plus extrêmes que l'humanité ait jamais connu. Ce n'est pas pour rien que la NASA a investi beaucoup sur les recherches en Antarctique. Antarctique et sur l'établissement de base en Antarctique pour essayer d'avoir une image un peu comparative, mais même en Antarctique, vous avez de l'oxygène, vous avez de l'eau, vous bénéficiez quand même de l'atmosphère terrestre pour vous protéger des rayons, etc. Donc, la Lune est un environnement encore plus extrême de loin que même l'Antarctique, qui est le plus difficile que nous puissions connaître sur la planète Terre. Le fait de mettre le pied sur la Lune va susciter des réflexions en disant, est-ce qu'il y a vraiment un avenir là-dedans ? Est-ce qu'on est devant une véritable possibilité justement d'expansion ? Donc la fiction, effectivement, va dire, bien oui, on peut imaginer des bases lunaires où on vit comme dans n'importe quelle ville humaine, mais la réalité, c'est que tout ça demande un approvisionnement qui est quand même assez faramineux. Et plusieurs... personnes très... des auteurs de science-fiction comme Isaac Asimov, dès le d��but du programme Apollo, en fait, dès 1967, deux ans avant même de mettre le pied sur la Lune, Asimov va dire, bien, la Lune est déjà désenchantée. Tout le merveilleux qu'on y avait projeté, bien, est remplacé maintenant par la dure réalité de cet environnement-là.
- Speaker #0
Et en quelque sorte, petit à petit, on va remplacer le récit lunaire par le récit spatial, le récit martien aussi. On va voir toute une série de fictions sur Mars qui vont apparaître. Ce que je te propose, Martin, sur cette belle citation d'Azimov, parce que tu as un petit peu anticipé ma demande, mais sur cette belle citation d'Azimov, c'est de terminer ce podcast sur la Lune et de se retrouver dans une prochaine saison pour aborder d'autres sujets tout aussi passionnants. En tout cas, merci beaucoup, Martin, d'avoir pris le temps de nous raconter, de nous partager tout ça. Je te remercie aussi pour ta patience, parce que, cher auditeur, j'espère que tu ne t'en rendras pas compte, mais on a eu quelques petits soucis techniques lors de ce podcast. A priori, tout s'est bien enregistré, mais on verra au Ausha. En tout cas, Martin a été très patient et a plusieurs fois dû repartager des idées qu'il avait déjà partagées, parce que l'enregistrement posait problème. Martin, merci beaucoup.
- Speaker #1
C'est un plaisir et j'espère qu'on va avoir l'occasion de rémettre.
- Speaker #0
J'espère aussi et même je te le garantis et dans de meilleures conditions aussi, je garantis la condition. Chers auditeurs, chères auditrices, un tout grand merci d'avoir partagé ce moment avec nous. Et sur ce, je te souhaite une très très belle journée et on se retrouve dans deux semaines pour le prochain épisode de Science, Art et Curiosité, le podcast du MUMONS. Tu viens d'écouter un épisode du podcast du MUMONS. Et franchement, j'espère qu'il t'a plu. D'ailleurs, si en passant, tu veux me faire un retour ou si tu as des idées d'amélioration, surtout n'hésite pas à nous contacter. Tu peux aussi devenir notre ambassadeur et faire découvrir ce podcast tout autour de toi. Si tu as des idées de sujets ou si tu souhaites enregistrer un épisode, surtout n'hésite pas à nous contacter. Rendez-vous sur le site internet mumons.be ou sur la page Facebook du Mumons.