Description
Cet épisode s'intéresse à la partie la plus radicale du roman — celle où la voix de Graffigny se confond le plus avec celle de Zilia, et où les Lettres d'une Péruvienne méritent pleinement leur place au programme de littérature d'idées.
La lettre XXXI s'ouvre sur un paradoxe formulé comme une thèse : « Ils les respectent, mon cher Aza, et en même temps ils les méprisent avec un égal excès. » Zilia montre que ce n'est pas un paradoxe, mais un système cohérent. La galanterie est partout, codifiée, ostensible — et pourtant un homme peut tromper, trahir, calomnier une femme « sans craindre ni blâme ni punition ». L'explication vient de l'anecdote du duel : les hommes n'obéissent qu'à la crainte des punitions corporelles, et les femmes ne peuvent pas provoquer en duel. La galanterie n'est donc pas un hommage — c'est le masque de cette impunité. La conclusion est lapidaire : « Les lâches n'ont rien à craindre. »
La lettre XXXIV — ajoutée spécifiquement pour l'édition de 1752 — cherche la cause profonde. Pourquoi les femmes françaises sont-elles ainsi ? Parce qu'on les a rendues telles. L'éducation qu'on leur donne est « le chef-d'œuvre de l'inconséquence française » : confiée à des religieuses auxquelles on reprocherait d'avoir de l'esprit, fondée sur les cérémonies extérieures sans principes intérieurs, elle produit exactement ce qu'elle prétend combattre. Et la conclusion est d'une franchise rare : les femmes naissent avec « toutes les dispositions nécessaires pour égaler les hommes en mérite et en vertus », mais les hommes « contribuent en toute manière à les rendre méprisables » — parce que leur orgueil ne peut pas supporter l'égalité.
L'inégalité entre les sexes n'est pas naturelle : elle est produite, entretenue, voulue. Ce passage n'existait pas en 1747 — Graffigny l'a ajouté quand le succès du roman lui en a donné la liberté. La portée critique de l'œuvre est un projet conscient et assumé.
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