- Speaker #0
et bien informés. Pense à t'abonner et à partager l'épisode si tu veux soutenir le podcast. Alors Sophie, juste pour tester ton micro, je te demande, une question que je pose à tous mes invités, ce que tu manges le matin ?
- Speaker #1
Ce que je mange le matin ? Ça dépend, ça peut vraiment partir dans tous les sens. Je peux manger des sushis le matin. Je mange aussi bien sucré que salé. En fait, c'est juste tant que j'ai mon quota de prot. Moi, c'est vraiment le quota de prot et mes compléments alimentaires. Voilà, de base du matin. Et après, le reste, j'évite quand même le pic glycémique. Parce que j'essaie d'être un peu mature dans ma façon de manger quand même. Mais ça me partit dans tous les sens. Ça peut être un chuteur.
- Speaker #0
À l'instant. Aujourd'hui, parce qu'on va en reparler. Je commence l'épisode, c'est tellement intéressant. On va recruser là-dessus. Mais aujourd'hui, tu manges instinctivement. Peut-être qu'il y a une époque où tu étais plus dans un contrôle.
- Speaker #1
Oui, tout à fait.
- Speaker #0
Et un rapport à l'alimentation plus difficile. Donc aujourd'hui, l'instinct, ou en tout cas les envies, priment.
- Speaker #1
Il y a de l'instinct, oui. Alors après, j'ai quand même la conscience qu'il faut, surtout que je fais pas mal de sport. Donc du coup, l'idée pour moi, c'est quand même d'avoir mon quota de prot. Sans vouloir être une figure, c'est important. Et je le vois aussi depuis que j'y prête attention. J'ai quand même aussi ma musculature qui s'est plus développée. Ah ouais ? Ouais, quand même.
- Speaker #0
Grâce aux protéines ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si c'est grâce aux protéines, mais en tout cas, dû au fait que l'alimentation a été partie intégrante. de mon entraînement et de mon petit programme. Et donc oui, je sais un peu là où je dois remplir un peu mes petits quotas. Mais après, pour le reste, beaucoup plus au feeling. Après, c'est aussi depuis qu'il y a le journalisme food qui est rentré dans ma vie, il faut bien comprendre qu'à un moment donné, il faut un peu lâcher le contrôle parce que de toute façon, tu n'as pas la main mise sur le menu qui va t'être proposé. Et puis c'est ça aussi qui est chouette.
- Speaker #0
Il y a quelques années, ça aurait été compliqué pour toi de travailler dans la food.
- Speaker #1
Je pense, oui. Oui, on connaît... Enfin, on sait que... J'ai déjà eu l'occasion d'en discuter sur le bout de dépistage. Pour moi, c'est ok d'en parler. En tout cas, elle était CA. En fait, je trouve ça important de ne pas avoir de tabou non plus.
- Speaker #0
Est-ce que je peux te demander de te présenter dans tes mots aujourd'hui qui tu es, Sophie ? Comment tu te présentes au monde ?
- Speaker #1
Du coup, Sophie, 30 ans. Clairement, je vais me présenter comme journaliste parce que c'est un métier passion. J'adore faire ce que je fais. Et puis parce qu'en plus de ça, je suis journaliste de plusieurs manières différentes. Et je travaille pour... plusieurs médias aussi différents. Donc on va dire plutôt journaliste lifestyle, donc magazine. Majoritairement, ça va être voyage, hotspots, bonnes adresses, food, mais après en fait, je brasse assez large, beauté, mode, sport aussi beaucoup. Surtout que maintenant, je fais de plus en plus de sport. J'ai de plus en plus de sujets sport qui me sont proposés par mes rédactions. Puis au-delà de ça, j'ai des hobbies, qui sont précisément ceux que j'ai évoqués. le voyage, la nourriture et le sport.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a quelque chose que les auditeurs, auditrices, devraient savoir sur toi aujourd'hui pour te comprendre avant de commencer l'épisode ?
- Speaker #1
Pas forcément. Je pense que ça se voit de façon assez bien, que je suis audacieuse. Du coup, ton podcast porte bien son nom. Je suis souvent décrite aussi comme très dynamique et assez mature apparemment pour mon âge.
- Speaker #0
Et à l'inverse, qu'est-ce qu'on pourrait te reprocher ? Qu'est-ce que tes proches te reprochent parfois ?
- Speaker #1
C'est le perfectionnisme. Après ça, ça va de plus en plus. J'apprends aussi à débrancher la prise. Et je pense que ça fait partie aussi du principe et du process de la maturité en tant que telle. Donc oui, le souci du travail bien fait, parfois un peu poussé à son paroxysme, pas toujours nécessaire.
- Speaker #0
C'est phénique ?
- Speaker #1
Non, j'ai un petit frère. qui est tout à fait différent de moi. Pourtant, on a une belle relation, tous les deux. Donc, deux ans de moins que moi. Lui, il est ingénieur. Donc, du coup, dans un cerveau d'ingénieur aussi. Il est papa de jumeaux.
- Speaker #0
Wow, il n'est pas de papa.
- Speaker #1
Oui, il est jeune pour être papa. Mais lui, c'était son souhait. Fonder une famille, être dans sa grande maison, avec son chien, son grand jardin. Là où il est beaucoup plus, il aime le cadre, il aime être bien plan-plan. Là où moi, à contrario, j'aime bien embrasser de multiples projets, parfois un peu trop gourmande.
- Speaker #0
Ben justement, je vais me permettre de rebondir dessus parce que j'ai regardé ton LinkedIn et j'étais là mais... Attends, déjà je pensais que tu étais plus âgée que 30 ans, pas physiquement, mais par ta carrière. Je note L'Oréal, Henkel, Fun Radio, RTBF, Elle Belgique, Femmes d'aujourd'hui, Sudinfo, BTV et aujourd'hui, on peut le dire, Forbes ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
On peut le dire officiellement ?
- Speaker #1
Oui, on peut le dire officiellement parce que j'ai écrit mon premier article et qui a été diffusé.
- Speaker #0
Ok, très bien. Donc, pas mal d'expériences. D'abord, je suis curieuse de cette grosse boîte L'Oréal-Henkel. Qu'est-ce que tu as fait là-bas ?
- Speaker #1
De la communication corporate. Donc autrement dit, la communication d'entreprise.
- Speaker #0
Interne-externe quoi, pour les employés et pour l'extérieur ?
- Speaker #1
C'était majoritairement interne à ce moment-là. Et j'ai beaucoup aimé. Après, c'est... Enfin du coup, c'était sous un statut... Alors pas chez L'Oréal, mais du coup chez Engel, c'était salarié.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et moi, j'ai bien aimé en fait ce côté très cadré, très... Je suis très stratège. Et les protocoles, moi j'aime bien. J'aime bien quand les choses sont carrées. Et du coup, bosser pour des grands groupes, moi, j'ai bien aimé parce que du coup, il y avait peut-être moins de créativité, ce qui est précisément ce que j'aime aujourd'hui dans mon travail. Mais dans mes professions, j'ai pu me permettre d'être assez ambitieuse. De toute façon, je n'ai jamais caché mon ambition non plus. Et c'était en tout cas deux belles boîtes, deux belles maisons où si tu avais de l'ambition, tu pouvais évoluer en interne. Tu pouvais aussi avoir des projets qui t'étaient confiés ou tu pouvais avoir une marge de manœuvre. Plus ou moins grande. Dans mon cas, c'était plutôt grand que petit.
- Speaker #0
Alors pourquoi changer ? Pourquoi quitter ?
- Speaker #1
Parce que je voulais être journaliste, en fait.
- Speaker #0
Journaliste, c'est une vocation pour toi ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Depuis l'enfance, tu te dis ?
- Speaker #1
Je pense qu'en tout cas, ça m'a chatouillée assez jeune. Après, de nouveau, j'ai eu plusieurs ambitions. Mais c'est vrai que le journalisme, autour de moi, personne n'était étonné quand j'ai expliqué. Là, je lâche mon salariat. mon statut d'employée de Schenkel que j'adore tellement, mon statut bien confortable pour me lancer pleinement dans le journalisme en tant que freelance. Ce n'était pas étonnant apparemment. Donc oui, je pense qu'on peut parler de vocation.
- Speaker #0
Quand tu pensais journaliste, en tout cas enfant, parce que je sais qu'il y a parfois l'amalgame, on pense chroniqueuse ou présentatrice TV. Est-ce que toi, tu voyais le journalisme comme ça ou tu voyais plutôt un journaliste d'investigation, de recherche ? Il y a quand même une préparation très forte. On en parlera parce que ça m'intéresse un petit peu la différence entre, par exemple, moi, podcasteuse, et toi, journaliste. Comment tu visualisais le métier ?
- Speaker #1
Alors étonnamment, je ne visualisais pas forcément un type de journalisme. Parce qu'en effet, il y en a plusieurs. Presse écrite, présentation, journaliste vidéo, reporter de terrain. Il y avait des choses dans lesquelles je ne me voyais pas du tout, comme on se le dise. Journaliste politique. Et pourtant, c'est quelqu'un qui a étudié les sciences politiques, il te le dit.
- Speaker #0
C'est vrai.
- Speaker #1
Ni même journaliste véritablement d'actualité chaude. Je me voyais plutôt journaliste analytique. Alors certes, là maintenant, je fais du lifestyle. Mais par exemple, ce que j'ai fait pour le Forbes ici, j'ai adoré. C'est de l'analyse, mais plutôt de l'analyse sociologique, un peu économique. Ça, ça me plaît. Mais vraiment parler d'actu pure pour faire du relais d'actu. Ça, typiquement, je ne me voyais pas dedans.
- Speaker #0
Revenons sur ce parcours académique que tu as étudié. Tu sais nous retracer un petit peu ton cheminement et alors l'impact des langues. Ce que je te disais en off, c'est est-ce que tu es anglophone de base ? Je vois que tu as étudié tout en anglais ou en bilingue. Et en plus, tu me dis en off que tu parles le néerlandais couramment, presque bilingue. Raconte-nous un peu ce rapport aux études et aux langues.
- Speaker #1
Du coup, moi, je voulais faire des études de journalisme. justement. Et on m'avait dit que c'était un métier très précaire et dont l'avenir était très sous forme de points d'interrogation dû à ce moment-là. L'IA n'était même pas encore présente, mais il y avait déjà Google, etc. Et c'est vrai que moi, je ne voulais pas mener ce combat là d'emblée parce que j'avais, et j'ai toujours eu un peu ce syndrome d'être première de classe et donc on m'avait encouragée à faire des études de droit. Et histoire de ne pas perdre mon temps, j'ai commencé les cours ouverts de droit en 6e humanité. C'était possible. J'ai fait comme ça quelques semaines et je n'ai pas du tout aimé. Ça ne m'a pas parlé. Donc je me suis dit, c'est bien. Je sais déjà d'emblée que ce n'est pas ce dans quoi je vais m'engager tout de suite. Et du coup, j'ai posé un peu des questions autour de moi. J'ai fait des petites investigations et m'ai orientée vers les sciences politiques. Je ne sais pas, a posteriori, si c'était le meilleur des choix. Dans le sens où les sciences politiques, c'est très intéressant parce que ça brasse large. On a des cours de plein de choses, des cours d'économie, de sociologie. Mais du coup, tu deep dive dans rien. Donc moi, ce que j'ai bien aimé avec Sciences Po, c'est que du coup, j'ai pu faire un bachelier en bilingue, en français-anglais. Pour moi, les langues, ça a toujours été très important. Et j'ai pu faire du coup mon master exclusivement en anglais.
- Speaker #0
Tu as fait ton bachelier à l'ULB ?
- Speaker #1
J'ai fait mon bachelier à Saint-Louis. Parce que c'était eux qui proposaient le bachelier en bilingue. Et du coup, le master, je l'ai fait à l'ULB. Parce que c'était le seul master en sciences po, en tout cas à ce moment-là, qui était possible en anglais. Donc en fait, c'est plus les langues qui ont guidé mes choix d'institution que l'inverse. Et après, les sciences politiques, là, j'ai commencé des stages sur le terrain pour acquérir ce côté un peu, pas journalistique directement, Mais j'en ai fait commencer dans une boîte RP, une boîte de PR, exclusivement en irlandais. Ouais,
- Speaker #0
RP, Relation Publique, je veux dire, au cas où.
- Speaker #1
Exactement, exactement. Est-ce que c'était facile ? Non, parce que bosser en irlandais, enfin moi je n'ai pas, enfin oui je me débrouille en irlandais, mais travailler exclusivement dans une langue qui n'est pas la sienne, c'est un challenge. Mais j'ai bien aimé. Et puis en vrai, j'ai vu aussi l'évolution de ma maîtrise du néerlandais par la suite. Et puis j'ai voulu faire comme ça plusieurs choses un peu de terrain. À savoir que pendant mes études de sciences politiques, je bossais déjà à la banque de Groove Petercam en communication corporelle.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Parce que ça s'est fait, parce qu'en fait j'expliquais que je voulais être journaliste ou en tout cas dans de la communication. Et il y a eu un peu une succession comme ça de hasards, des choses qui ont fait que j'ai commencé la com corpo. J'ai bien aimé. J'ai donc poursuivi la Comcorpo d'abord chez L'Oréal. Puis, à L'Oréal, je savais que ce n'était pas un CDI. Et donc, j'ai postulé auprès de la concurrence. Henkel, on connaît peut-être moins le nom dit comme ça, mais ils ont un portefeuille de marque qui est assez large, mais majoritairement dans skincare, haircare, au-delà des dents, les adhésifs, les solvants et les détergents. Et du coup, en fait, là, c'était pour un poste que j'ai enrôlé à 25 ans. qui est le poste d'être responsable de la communication pour le Benelux. J'étais donc très jeune pour avoir ce type de poste-là. Je suis très reconnaissante aussi...
- Speaker #0
Qui t'ait fait confiance.
- Speaker #1
Envers Henkel, exactement, de m'avoir fait confiance. Parce que 25 ans, c'est quand même très jeune. Et du coup, c'était quand même un coup de maturité aussi. Parce qu'à ce moment-là, tu te retrouves au Réunion...
- Speaker #0
Avec le Dirco, avec des...
- Speaker #1
Exactement. Et j'avais des stagiaires qui avaient mon âge. J'avais les gens qui travaillaient dans mon équipe. Soit ils avaient mon âge. soit ils étaient légèrement plus jeunes ou ils étaient même plus âgés que moi. Donc c'est aussi avoir l'air insolite, pouvoir en imposer, se dire attention. Les rapports hiérarchiques, même si je pense que le côté pyramidal devient tout doucement un peu obsolète, mais même si on décide de fonctionner sur une base plate, il faut qu'il y ait aussi les responsabilités des uns et des autres qui soient bien claires.
- Speaker #0
Mais on sent cette confiance que tu as en toi, en tes capacités. Fake it until you make it ? Ouais. à fond ou tu l'avais d'enfance ?
- Speaker #1
Non, je pense, moi j'aime bien justement se montrer à fake it until you make it. Parce que c'est même en fait vis-à-vis de toi, de toi-même, ta propre perception de te dire, ben voilà, j'aurais pu me dire, je ne suis pas légitime pour être, voilà, pour gérer comme ça une équipe, des projets, un budget. Enfin, il faut se dire que moins de plus un, il était en France, et moins de plus deux, c'était le siège central. Donc c'est aussi cette autonomie à avoir en interne, ben... Oui, il y a aussi un peu ce côté de se dire, bon, c'est une chose de gérer cette équipe, mais en fait, à moi de me conditionner en me disant, ok, même si moi, je ne suis peut-être pas convaincue à 100% que je sais le faire, en fait, je sais le faire. Bien sûr que je sais le faire.
- Speaker #0
Tu parles de stratège, tu parles de quelqu'un qui analyse les choses. Oui. Tous ces moves que tu as fait dans ta carrière jusqu'à aujourd'hui ? Est-ce qu'il y a un goal ? Est-ce qu'il y a un but ? Est-ce que Sophie, tu t'es projetée dans un rôle que tu vas atteindre ? Parce que je ne suis pas rassurée que tu vas l'atteindre aujourd'hui. Est-ce qu'il y a quelque chose que tu projettes ou auquel tu aspires ?
- Speaker #1
Eh bien non. C'est marrant parce qu'on m'a déjà posé la question de « Tiens, what's the next step ? » J'ai toujours un next step, ça c'est sûr. Mais j'y vais beaucoup au gut feeling aussi. Même si je suis très stratège, ça peut sembler paradoxal. Et en vrai... Il y a aussi ce principe un peu de réseautage où tu rencontres quelqu'un qui te parle de quelque chose, ça plante une petite graine dans ton esprit, tu laisses ce truc germer. Moi, c'est vrai que je crois beaucoup au réseautage et j'adore ça. J'aime beaucoup le réseautage. Donc, quand je rencontre des gens qui m'ont parlé d'un projet qui me semble être quelque chose qui me parle, on reste en contact, on va boire un petit café. Il n'y a pas uniquement cette dimension hyper opportuniste, pas du tout, mais je pense que ça s'est construit un peu comme ça. Et je sais, après, voilà ce qui m'anime, reste toujours un peu dans les grandes lignes, la com, le journalisme. Aujourd'hui, il y a plein aussi de chemins qui se recroisent. Ici, typiquement, je croise beaucoup de créateurs de contenu. À l'époque, j'ai dit ça comme si j'étais âgée, mais aujourd'hui, je trouve que les influenceurs ont clairement leur poids. Je trouve ça hyper intéressant d'être en contact avec eux. Et parfois, justement, on se rend compte qu'on a des chemins qui se croisent et qui sont de plus en plus proches. J'ai ici eu, c'était quoi, avant-hier, j'ai croisé à un presse-dé, un créateur de contenu, qui m'a dit, en vrai, je serais chaud de faire avec toi un projet éventuellement de création de contenu vidéo pour vulgariser telle et telle thématique. Ça s'est fait comme ça par le biais d'une discussion, je me suis dit, bah ouais, let's go, on va en discuter par la suite.
- Speaker #0
Comment tu te définis toi aujourd'hui ? Journaliste ou créatrice de contenu ?
- Speaker #1
Plutôt journaliste.
- Speaker #0
Quelle est la ligne rouge entre les deux ? Je pense notamment à la carte de presse et la déontologie. Dis-moi un peu de ton point de vue par rapport à ça.
- Speaker #1
En effet, je connais des journalistes qui ont renoncé, soit juste qui n'ont pas pu avoir la carte de presse. Moi, je l'ai.
- Speaker #0
En Belgique, comment ça fonctionne ? Quelle est la loi ? Quelqu'un qui ne connaît pas le milieu, c'est un milieu opaque.
- Speaker #1
Alors du coup, tu as principalement en Belgique francophone, tu as la JP. l'association des journalistes professionnels et la façon dont ça se passe, c'est que quand tu te lances dans des activités journalistiques, tu peux faire la demande. Pas tout de suite, mais tu dois d'abord un petit peu créer ton contenu, on va dire journalistique, puis une fois qu'il est plus ou moins conséquent, tu vas soumettre un dossier à l'association des journalistes professionnels. Ça passe devant un jury et eux analysent un petit peu tes productions journalistiques. S'ils estiment que ça répond plus ou moins quand même à la déontologie journalistique, tu acquiers une carte de stagiaire. Elle est valable pendant, je ne sais plus, deux ou trois ans. Mais elle te permet déjà d'avoir cette fameuse carte de presse, ces fameux avantages. Parce qu'une fois que tu as cette carte-là, typiquement, tu peux circuler en train gratuitement.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
En deuxième classe, tu as, je crois, 75 % en première classe. Tu as certains établissements, par exemple, Péridaïsa, tu peux y aller gratuitement. Tu peux y aller gratuitement en cinéma, en certains cinémas. Bref, tu as des petits avantages. Seulement, Aujourd'hui, la carte de presse, il y a beaucoup d'endroits où on ne me la demande pas. Pour les interviews, etc. ou pour des accès presse, pas forcément. Moi, j'ai une deuxième carte de presse parce que je fais du lifestyle aussi dans le sport. J'ai aussi ma carte de journaliste sportive. Et là, elle m'est davantage demandée pour avoir accès au stade. Et c'est vrai que quand je suis envoyée comme ça à l'étranger, comme envoyée spéciale, ça me permet de pouvoir être dans les loges presse en bas, dans les loges des commentateurs en haut et de pouvoir nous balader un peu partout. sur le terrain et dans les alentours. Je dirais qu'elle est plus intéressante pour le journalisme sportif qu'à l'échelle journalistique. Ceci étant dit, la carte presse te permet aussi d'être protégée. Si jamais tu as un jour un litige, tu as l'AJP qui mobilise aussi des experts du droit journalistique et de la déontologie pour aussi te montrer dans quelle mesure tu as des devoirs, mais tu as aussi des droits. Mais c'est vrai que tout le monde ne peut pas... tous les dossiers ne sont pas acceptés. Moi, typiquement, je sais que ce qui a posé problème, c'est que je fais de la voix off pour BTV slash Orange. Et pour eux, le bab laisse un petit peu au niveau de la déontologie. Parce que c'est vrai que quand tu fais de la voix off, si tu fais de la voix off à visée commerciale de la pub, du coup, tu n'es plus tout à fait le journaliste objectif que tu dois être. Et du coup, là, la carte presse, a priori, tu ne peux pas l'avoir. Moi, c'est différent. Je tisse des bancs d'annonce pour tout ce qui est programme de divertissement. Donc pas pour un produit, pour un programme et pour une offre. Et donc, si je ne peux pas dépasser un certain nombre d'heures de prestation par mois pour continuer à avoir ma carte presse, si je dépasse ce nombre d'heures-là, la GP m'a déjà dit, du coup, il y a un risque que tu sois trop commercial et du coup, qu'on te retire ta carte. Donc je fais bien attention aussi à ne pas dépasser mon nombre d'heures.
- Speaker #0
Pour marguer ce statut et cette carte.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Tu parlais de réseautage, de réseau. Dans le monde journalistique aujourd'hui, si on peut parler sans langue de bois, il y a beaucoup de pistonnage.
- Speaker #1
Moi, je trouve que le réseau...
- Speaker #0
Je fais une différence entre réseautage et pistonnage.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Il y a une différence entre les deux. Dans les deux cas, ça existe. Et dans les deux cas, avoir un bon réseau et avoir des bons pistons, logique comme dans tous les milieux. Ça aide, ça aide. Moi, des pistons, je n'en ai pas vraiment. Parce que dans mon entourage, de base, il n'y a personne qui est dans le journalisme. Moi, je suis vraiment partie de zéro. Donc, du coup, j'ai plutôt créé un réseau. Et en vrai, le réseautage, ça fonctionne bien. Et comment est-ce que tu l'as, le réseautage ? C'est aussi une question qu'on m'a posée quand tu pars de zéro. Oui,
- Speaker #0
donne-nous des petits tips.
- Speaker #1
C'est en allant sur le terrain. En fait, chaque histoire est différente, mais la façon dont j'ai construit mon réseau, quand je me suis lancée dans le journalisme... Je parle souvent de culot. Alors oui, je pense qu'on peut dire que j'ai du culot. Sinon, on peut dire que je suis ambitieuse et que j'ai de l'audace, la fameuse audace. C'est que moi, en fait, de but en blanc, j'envoyais des messages sur Insta à des agences de presse, à des boîtes RP, donc des boîtes de relations presse, relations publiques, en leur disant, ben voilà, moi je suis jeune journaliste, je démarre, je n'ai pas encore mon réseau, mais j'aimerais qu'on aille boire un café, que vous me présentiez votre portefeuille client. et qu'on voit ensemble quels sont peut-être des angles que je pourrais éventuellement avoir en tête pour mettre en valeur vos clients d'une façon qui est tout autre ou différente de ce qui a déjà été réalisé par des confrères ou des consoeurs journalistes. Et je sais que j'ai mobilisé beaucoup de temps, beaucoup de ressources, beaucoup d'énergie à les rencontrer, à rencontrer leurs clients par la suite sur le terrain et à chercher à chaque fois des angles différents. Je pense qu'un bon journaliste aujourd'hui, c'est quelqu'un qui va... chercher une information qui soit la plus nouvelle possible, un angle le plus différent possible pour que le papier ait de la plus-value. Ce n'est pas toujours le cas, mais disons que c'est dans l'idéal. Donc, c'est vrai que moi, je l'ai beaucoup fait, d'une part sur les réseaux sociaux ou par LinkedIn, et puis beaucoup sur le terrain. Et encore aujourd'hui, je sais qu'on me dit « Mais t'es tout le temps là, quoi ! » Moi, ça ne me dérange pas. J'aime bien. Et de nouveau, quand c'est un métier passion, en vrai... Puis ça devient tout doucement, c'est pas un copinage, mais in fine, moi, j'ai créé des chouettes amitiés, des belles amitiés aussi en allant sur le terrain. Quand je revois des confrères, des consœurs, des entrepreneurs, des start-upers que j'ai déjà vus dans d'autres contextes, il y a une forme de familiarité aussi. Et ça fait aussi que parfois, j'ai des exclus qui me sont confiés à moi en avant-première. Et après, quand je pitche mes rédac' chefs, tout le monde est content finalement. Moi, je suis contente parce que j'ai une exclue, parce qu'on me fait confiance, parce qu'on aime bien mon travail, parce qu'on aime bien mes papiers. Le rédac chef, il est content, évidemment. Il a un journaliste qui se bouge,
- Speaker #0
qui va sur le terrain.
- Speaker #1
Exactement. Il y a des infos un peu différentes des communiqués de presse qui sont envoyés en masse. Et puis du coup, le client final, il est content aussi parce qu'il a un angle, un spotlight un peu différent sur son histoire ou son produit.
- Speaker #0
Comment ça se passe ? Donc concrètement, toi, tu es rattachée à un média ou un magazine. Disons par exemple, aujourd'hui, pour Forbes, par exemple. Est-ce qu'ils viennent à toi ? Tu viens à eux avec un sujet ? Tu écris en freelance et tu pitches un papier ? Comment ça se passe ?
- Speaker #1
Alors, ça dépend pour chaque média. Forbes, c'est vrai que je viens de commencer.
- Speaker #0
Ou disons Elle ou d'autres.
- Speaker #1
Prenons par exemple pour le Elle. Là, il y a un rapport, on va dire, de confiance entre eux et moi ou par moi. Je dois produire X contenus. Donc, chaque mois, je fais des propositions. Je suis beaucoup sur le terrain, je repère, j'y mets note et dès que je vois un truc, que j'iscute avec un RP, que j'ai un contact qui m'appelle, je note, on discute ensemble, on débriefe, il peut y avoir ça, Donc, j'ai ma liste de propositions de sujets que je soumets du coup au rédacteur ou à la rédactrice en chef, en disant, hello. Pour le mois prochain, voici ce que j'ai un petit peu en tête. On regarde aussi un petit peu quelle est l'actu. Typiquement, je te prends un exemple ici. Il y a eu les filles de Seven qui ont lancé le Eight, qui a du coup leur nouvel établissement de baguettes. C'est une actu chaude dans le milieu du lifestyle. Ça peut être une chouette opportunité de pouvoir faire une sélection un peu des meilleurs baguettes places de la capitale. Et donc de se faire alors un petit... Voilà, ça peut être disons... une idée de sujet, je le propose, tiens, ça parle à la rédactrice en chef, fine, mais dans ce cas-là, a priori, si on veut bien faire les choses, moi, j'essaie de bien faire les choses, je vais du coup me mobiliser peut-être deux, trois, plusieurs après-midi pour tester des baguettes dans la capitale, me faire ma propre opinion pour pouvoir, après avoir un listing qui aide, j'ai vraiment testé, et du coup, voici ma sélection, voici un peu la vie. Typiquement, dans l'article des bagels qui est sorti hier, il y en a deux, j'ai dit que ce ne sont pas les préférées de la sélection. Mais je les ai quand même mis pour telle et telle raison, mais j'ai assumé aussi paiement le fait que je n'avais pas été transcendée par la carte. Quand je n'aime pas quelque chose, je le dis, mais il y a toujours une justification derrière. Alors ça, c'est quand les adresses sont, admettons, choisies par mes soins. Ici, pour les bagels, j'avais carte, j'avais un peu carte blanche. Même si je savais quand même que j'avais des contacts RP qui travaillent dans le food, qui m'avaient dit, je les ai contactés aussi en parallèle en disant, tiens, est-ce que dans ton portefeuille client, il y en a l'un ou l'autre qui propose aussi des bagels ? Ils m'ont dit, bah oui, moi je pense à un tel, à un tel. Du coup, je vais sur place dans la mesure du possible pour les tester. Je consulte le communiqué de presse. Je sais par exemple que vis-à-vis des contacts RP, il y a un peu un donnant-donnant où si eux me permettent par exemple de tester une adresse, parce que parfois c'est à mes frais, parfois c'est au leur. Si c'est au leur, il y a quand même un retour sur investissement qui doit être garanti pour le client. Et ça, c'est pour moi important aussi d'être réglo. Oui, il y a une dimension qui est commerciale tacite. Maintenant, je ne vais jamais... écrire quelque chose que je ne pense pas. Il y a des journalistes qui le font, ça leur appartient. Moi, je sais que je suis connue aussi pour avoir ma touche, ma patte, ma signature. C'est mon petit grain de sel et mes jeux de mots dans mes papiers. Ce sont deux choses, j'aime bien jouer avec ça. Mais je pense que j'arrive aussi à équilibrer dans mes papiers, c'est la nuance. Tout le principe, dire j'ai aimé pour telle raison. Si je n'ai pas aimé, je contrebalance en me disant pourquoi. Et si je mets le client en avant, je dis aussi en fait, je n'ai peut-être pas aimé la carte, n'empêche que... Il y a ça, ça, ça qui fait que c'était quand même pratique ou que le cadre était génial ou qu'en fait, il y a un concept derrière qui à lui seul vaut le détour, par exemple. Et au-delà de tout ça, il y a aussi quand on est directement invité et que le papier, il porte sur l'invitation. Ça, par exemple, ça peut se faire sur un voyage de presse. Quand je suis invité, parce que je suis aussi, comme je l'ai dit, journaliste au voyage, invité par une destination et que tout le voyage m'est offert, Parce que jamais je ne paye mes voyages. À ce moment-là, mon papier, je dois faire très attention. Il faut que le client, il ait un ROI, dans tous les cas. Mais moi, il faut que déontologiquement parlant, je ne me sente aussi pas comme vendue. Parce que je ne suis pas une influenceuse. Je suis journaliste.
- Speaker #0
C'est difficile, hein ?
- Speaker #1
Ce n'est pas facile. Après, jusqu'à présent, j'ai eu de la chance. C'est que j'ai rarement eu des déceptions. Mais j'ai déjà eu. Par exemple, c'était pour des articles beauté, où on m'avait offert un soin. Et j'ai été ravie par le soin. Mais les produits qui m'ont été présentés, il y a eu la présentation qui m'a été faite par la personne qui m'a fait le soin en tant que telle. Et moi, j'ai mis un creuset à la maison. Donc, j'ai creusé. Quels sont les produits ? Quels ont été les compos ? Où est-ce qu'ils sont vendus ? Et là, la surprise, elle n'a pas été bonne pour moi. Du coup, je l'ai dit à la personne. Écoute, je vais parler de tes soins. Par contre, ton produit, je ne vais pas en parler. Parce que... Parce que les informations que j'ai consultées a posteriori, elles ne m'ont pas plu. Donc, je ne vais pas désoler pour toi, mais voilà, ça, c'est ma limite. C'est comme ça que je sais que mon papy va être honnête pour mes lecteurs, mais il va être honnête aussi pour la personne qui a débloqué, déployé du temps et de l'énergie parce que finalement, en fait, elle était ravie du papier. Et d'ailleurs, elle m'a dit, tu as su être comme ça dans la subtilité, la nuance et je t'en suis reconnaissante aussi. d'avoir été rigolo. Et aussi, ça, ça arrive de plus en plus. On fait des invitations presse. Mais je n'ai pas la garantie de pouvoir placer le produit. Donc, c'est très gentil. Mais alors, moi, je dis toujours, d'emblée, si oui ou non, je peux placer l'invitation ou le produit. C'est vrai qu'on envoie énormément de colis, notamment pour la beauté. Je dis toujours d'emblée, écoute, avant d'accepter, à l'instant T, là maintenant, je... Je n'ai pas encore pitché mes rédactions, donc je ne sais pas encore si je peux placer ton client. Donc, à toi de voir si tu m'envoies ou pas le colis, ou le cadeau, ou que tu veux m'inviter à droite ou à gauche. Si tu me dis, en de telles circonstances, peut-être pas parce que le client a envie d'un retour sur investissement, pas de problème. Mais au moins, je sais que je suis droite dans mes bottes.
- Speaker #0
On parle de cadeau, on parle de gifting.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Donc, est-ce que je peux... je peux jumper sur l'argent, sur la monétisation. Dans le monde du journalisme, on entend, ça va mal, il n'y a pas d'argent, la presse n'a pas d'argent, etc. C'est quoi, vraiment, pour toi, sur le terrain ? Il y a de l'argent, il n'y a pas d'argent ? Tu gagnes ta vie, tu dois compléter avec.
- Speaker #1
Moi, je complète.
- Speaker #0
Avec les activités comme la création de contenu, entre guillemets, ou les voix off.
- Speaker #1
Comme les voix off, alors la création de contenu, moi, je ne suis pas payée pour ça. Moi, j'utilise pour mon personal branding.
- Speaker #0
Parce que je sais que pour les RP, ils aiment bien.
- Speaker #1
Les RP aiment bien le personal branding et les magazines, enfin, ou les médias aiment ça, des journalistes qui ont de l'influence.
- Speaker #0
Je pense.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Je pense qu'ils seront, enfin, j'irais pas jusqu'à dire qu'on est ambassadeur des médias qu'on représente, surtout que moi, je bosse pour plusieurs médias. Mais je pense qu'ils aiment bien savoir que leur journaliste est, s'il n'est pas connu, parce que je ne prétendrai pas d'être connu, mais euh d'avoir sa petite influence à l'échelle micro, d'être reconnue par les pairs ou par les marques ou par les RP comme on visualise telle et telle personne. Oui, pour eux, c'est intéressant. Et puis, de toute manière, les médias se réinventent. En tout cas, dans le lifestyle, on nous demande de faire, par exemple, de la vidéo. Et donc, du coup, il faut aussi accepter de jouer ce jeu. Si ce n'est pas pour le L, je fais du TikTok. Pour le magazine Max, ce sont aussi des petites capsules vidéo où on incarne le... Le magazine, moi, je trouve ça très chouette. Donc oui, je pense que c'est une plus-value, en tout cas pour les magazines, d'avoir des petites figures comme ça qui leur présentent, avec ce petit rôle d'influenceur, pas, mais plutôt de créateur de contenu.
- Speaker #1
Le physique, pour vous, en tant que journaliste, compte aujourd'hui ? Tu vois, sans être naïf... d'avoir une jolie personne, trendy, qui parle bien, qui est jolie à regarder, tout ça, ça compte pour le magazine aujourd'hui. Je veux dire, quelqu'un qui n'est pas beau, tout ça est subjectif, mais tu vois ce que je veux dire, quelqu'un qui n'est pas plus beau à regarder va peut-être être pénalisé, alors qu'il peut être excellent sur du papier.
- Speaker #0
Mais est-ce que ce n'est pas le cas dans tout ? On parle du beauty privilège, je pense que c'est dans toutes les professions, même dans une entreprise, si tu es Même une femme aidée par une femme, si tu es plus jolie, une femme va naturellement, il y a plein d'études de psychos qui portent là-dessus, on va être plus enclin à aider quelqu'un qui est beau que moins beau. Parce qu'il y a plein de processus. Et après, oui, évidemment, quand on est dans un métier de l'image, ça a d'autant plus de poids. Maintenant, être trop beau, je pense que ce n'est pas non plus ce qui permet au grand public de s'identifier. Mais on ne va pas se mentir, oui, ça joue probablement. Et c'est sûr qu'il y a dans du média lifestyle, où on parle de beauté et de mode. Et de sport. Et de sport, exactement. J'imagine qu'il y a aussi le côté de crédibilité, peut-être qui est plus perçue comme telle quand c'est quelqu'un qui est fit, qui te parle de sport, que quand c'est quelqu'un qui l'est moins. Mais ça, je pense que ça s'applique dans tout. C'est dommage. Et est-ce que je plussois ? Pas forcément. Mais je ne vais pas nier.
- Speaker #1
Oui. Mais tu n'as jamais senti cette discrimination-là en rédac en disant « je ne prends pas elle, elle est trop moche » .
- Speaker #0
Non, jamais.
- Speaker #1
Elle ou lui, tu vois. Jamais. On n'est pas là-dedans quand même. Au niveau, pour finir, on va quand même parler de l'argent. Après, je vais passer sur un autre sujet. Pour finir le journalisme, l'argent dans le journalisme,
- Speaker #0
c'est quoi ? Ah là, donc ça paye mal. Je me demandais comment ça se passe. Déjà, tu as soit les journalistes salariés, soit tu as du coup les indépendants.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Indépendants, tu as deux types d'indépendants. Tu as ceux qui… qui n'ont pas de rapport de fidélité, donc ils produisent leurs papiers, ils essayent de vendre leurs piges, ce qui n'est pas mon cas. Et puis, tu as ceux qui sont les faux indépendants. Moi, je suis une fausse indépendante. Typiquement, comme je t'avais dit, pour le L, par exemple, par mois, je produis le même nombre d'articles. Et donc, tous les mois, je viens avec des propositions et eux me disent un peu dans les 10 propositions, par exemple, s'il y a 8 articles à écrire cette semaine, enfin, ce mois-ci, on va en prendre 8 sur les 10. Parfois, eux m'en imposent aussi. Moi, je suis tout à fait OK avec ça.
- Speaker #1
Parfois, ça se fait même soulager, en fait.
- Speaker #0
Voilà. Oui,
- Speaker #1
et puis parfois,
- Speaker #0
j'aime bien parce que ça me permet de creuser dans des domaines auxquels je n'avais pas forcément pensé. Je pense que salarié comme indépendant, ce n'est pas un métier qui se porte bien. Salarié, s'il travaille à temps plein, ils acceptent que ce n'est pas bien payé. Il faut savoir que quand on est salarié, a priori, tu as une clause de non-concurrence. Si tu travailles pour tel média, tu es obligé de travailler pour tel média uniquement. Alors, je connais quelques journalistes qui, malgré tout, écrivent pour d'autres médias à côté, dans ce cas-là comme indépendants complémentaires. Mais déontologiquement parlant, c'est quand même sujet sensible. Quand tu es freelance, a priori, tu peux travailler pour plusieurs médias. Moi, ma niche, ma branche principale, c'est le journalisme magazine, lifestyle. Je bosse du coup pour plusieurs titres. Mais la pige, elle est mal rémunérée. Si on doit donner des chiffres, parce que autant parler sans filtre, alors les chiffres, ils peuvent varier. je vais pas citer de nom mais je peux te dire que la pige la plus petite que moi j'ai C'est 65 euros par article, en tant qu'indépendant. Donc du coup, il faut compter ce que tu vas toucher en net, des cacahuètes. Il faut savoir que malgré tout, moi je facture mes droits d'auteur, qui ne sont pas soumis à la même imposition que des frais, disons, classiques. Et donc moi je facture, c'est 70% droits d'auteur, 30% en frais d'honoraire.
- Speaker #1
Et cette petite pige, combien de temps ça te prend ?
- Speaker #0
Ça dépend. Ça dépend toujours du sujet. Moi je sais qu'il y a des journalistes qui du coup... pour être... pour que ça soit tenable et viable. Mais ils ne vont pas sur le terrain, je comprends. Et moi, je ne vais pas toujours systématiquement sur le terrain non plus. Mais admettons, ils vont se baser sur un communiqué de presse et ils vont juste passer ça dans l'IA. On ne va pas se mentir. L'IA aurait écrit d'une autre manière. Ils font du copier-coller et du coup, ils le tapent dans leur papier. Bon, ça, c'est la loi du moindre effort. Si ça leur réussit, tant mieux. Moi, j'avoue, si je peux aller sur place, J'y vais. Si je peux passer un appel pour m'entretenir avec la personne, si je n'ai pas l'occasion, je le fais. C'est aussi parce que je trouve ça chouette, parce que du coup, dans mon papier, vu que j'aime bien qu'il soit très incarné, je trouve que ça se ressent.
- Speaker #1
Oui, il y a une phrase, tu peux ressortir une petite phrase que la personne a dite.
- Speaker #0
Exactement. Montrer aussi qu'il y a eu une interview, des interviews croisées quand on veut bien faire les choses. Pour le Forbes, par exemple, j'ai interviewé trois personnes pour mon papier parce que je voulais croiser les avis.
- Speaker #1
C'est beaucoup.
- Speaker #0
Bon, qu'il y a les trois interviews en une journée, ça demande du temps. Et puis après, au-delà des interviews, c'est qu'il faut pouvoir avoir après le travail de croiser les interviews en se disant comment l'un peut répondre à l'autre ou nuancer ce que l'autre a dit. Donc, c'est vrai que c'est un travail, au plus tu interviews des personnes, après, au plus ton papier va avoir du corps aussi. Et du coup, moi, je l'ai fait parce que je savais que potentiellement, il serait relayé par la suite par trois personnes. En termes de visibilité, mon papier, il aurait peut-être trois fois plus de visibilité. Bon, on sait que dans les calculs, ce n'est pas comme ça, mais... admettons, pour parler crûment. Mais donc, pour revenir aux chiffres, la pige la plus petite, elle est de 60-65. La pige la plus grande, elle est de 250 euros. Ça, c'est du coup par article, par dossier. Après, parfois, moi, je peux écrire sur des gros dossiers. Ici, j'ai fait un dossier spécial mariage. Du coup, quitte à être dans le mariage, j'avais fait plein de propositions de sujets. Ma rédactrice en chef, si en l'occurrence, c'était pour le max. avait bien aimé mes propositions. Donc, elle m'a fait une commande un peu groupée de plein d'articles qui s'inscrivaient dans ce numéro spécial mariage. Et donc là, du coup, le package a été plus important puisque j'ai écrit plus qu'un article. J'en ai écrit plusieurs.
- Speaker #1
Et t'as même posé, non ?
- Speaker #0
Et j'ai même, du coup, fait la couverture.
- Speaker #1
En plus des journalistes.
- Speaker #0
C'est un choc de l'artiste,
- Speaker #1
non ?
- Speaker #0
C'est très marrant. C'est très marrant parce que, du coup, j'ai dû trouver ma robe. J'ai été maquillée, coiffée, shootée. J'ai fait la cover.
- Speaker #1
C'est Laura Vlix. Je me la souviens parce que je l'ai eue sur le podcast en faisant des épisodes du tout début du podcast. Si jamais vous l'écoutez, c'est super intéressant aussi.
- Speaker #0
Elle était photographe aussi. Oui,
- Speaker #1
très teintueuse. J'avais encore une question sur ton métier de journaliste. J'étais hyper curieuse de savoir ton processus d'écriture. Ensuite, j'aimerais qu'on parle un petit peu de toi et de ton passage avec... les TCA, parce que je sais que tu as été ouverte sur les réseaux d'en parler. J'aimerais vraiment un petit peu creuser cette thématique avec toi, si tu le veux bien. Et après, on finira avec quelques questions du podcast et questions signatures d'audace. Mais donc, avant ça, ton processus d'écriture en tant que journaliste, c'est lequel ?
- Speaker #0
Alors, souvent, admettons, enfin, tout dépend. Si l'information me vient d'un RP, j'ai a priori un communiqué de presse. qui permet déjà d'avoir les informations globales et générales. Sur base de ça, moi, je construis mes questions. Ça va souvent des questions qui sont d'une part sur la personne à l'origine du concept, sur le concept lui-même, puis sur les valeurs. Toujours avec un peu comme fil rouge la ligne éditoriale du média pour lequel je vais écrire. Parce que dans le lifestyle, chacun a quand même sa petite patte, sa petite touche. Là, c'est plus ou moins proche, complice, glamour.
- Speaker #1
sur ton devoir.
- Speaker #0
Voilà, on adapte. En fonction des questions que j'ai du coup, créer, j'les adresse au RP et ou au fondateur, fondatrice, etc. Si j'ai une proposition, une opportunité d'aller sur place, je le fais. Et là, viennent toujours des questions supplémentaires. T'observes, tu te poses la question de savoir pourquoi il y a, si c'est un restaurant, telle chose à la carte. Au plus t'écris, au plus tu... Au plus, tu as des schémas, tu as des possibilités de comparaison et donc des possibilités de questions aussi qui naissent dans ton esprit. Et donc, du coup, tu as des questions, tu as des échanges. Après, moi, quand je fais des interviews, souvent, je préfère ne pas avoir trop de questions et laisser les personnes, en fait, naturellement, parler de leurs concepts et contextes. Dans le lifestyle, en fait, en général, vu que c'est un contenu qui est très positif et que les questions ne sont pas forcément des questions qui fâchent, naturellement, les gens sont enclins à papoter avec toi. Et si tu es sympathique et que tu es posé et qu'il y a un peu ce côté, on parle sans filtre.
- Speaker #1
Oui, confidence.
- Speaker #0
Exactement. Les questions, les réponses, elles coulent de source. Moi, je prends des notes.
- Speaker #1
C'est ça que j'allais te demander. Tu enregistres, tu prends des notes ?
- Speaker #0
Oui, j'enregistre toujours avec mon téléphone. Mais je prends des notes...
- Speaker #1
Sur le dictaphone, par exemple.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Ton iPhone, dictaphone, hop, tu enregistres. Ça m'adresse. Je suis vraiment curieuse, mais vraiment voir un petit peu le process.
- Speaker #0
Je le fais. Avant, je ne le faisais pas. Avant, je faisais beaucoup de notes. Je ne voulais pas trop avoir ce côté dictaphone parce que j'avais peur que ça freine un petit peu. En fait, à contrario, quand tu prends des notes, tu perds le eye contact. Et du coup, tu perds justement cette profondeur d'échange. Raison pour laquelle aujourd'hui, j'ai mon téléphone. Évidemment, je préviens toujours au préalable. Jusqu'à présent, personne ne s'est jamais opposé à ce que j'enregistre. J'enregistre, moi j'écoute, je pose les questions. Mais en général, comme j'ai dit, ça coule de source. Après, mon enregistrement, du coup, je le retranscris. Alors moi, je ne le fais pas aujourd'hui. naturellement, j'ai des outils qui permettent d'avoir une retranscription. Puis après, je les passe dans l'IA pour demander à l'IA de restructurer. C'est-à-dire que si la personne m'a parlé plein de choses, mais qu'elle est partie dans tous les sens, mon IA est très bien drillé pour que je lui dise tu n'inventes rien, tu ne fais aucun raccourci, mais juste je veux que tu réorganises les propos par bloc de « on a parlé de ça à tel moment, à tel moment » . Je relis, de toute façon, je connais mon échange avec la personne. Je relis. Si je vois qu'il y a eu deux, trois choses qui ont été un peu raccourcies ou mal organisées, je les réorganise moi-même. Et après, sur base du bloc, là, moi, par contre, je travaille mon texte. Je n'écris pas avec Lya. Pas encore. Peut-être que je le ferai à un moment donné. C'est-à-dire quoi,
- Speaker #1
écrire avec Lya ?
- Speaker #0
Typiquement, il y a des journalistes, admettons, depuis ce bloc-là, je pourrais en fait dire à Lya, maintenant, écris-moi. Maintenant que tu as toutes ces infos sur, admettons, les bagels, si on reprend la sélection des bagels. « Écris-moi le portrait de cet établissement avec mon phrasé que tu connais, sachant que j'aimerais bien que tu fasses un peu comme ci, comme ça, et qu'il le fasse pour moi. »
- Speaker #1
Ou même lui dicter, le mettre en micro et que tu parles et lui…
- Speaker #0
Ça, ça m'arrive. Ça, ça m'arrive, en effet. J'explique. Je dis, voilà, ça c'est vrai que vu que j'ai aussi une aisance communicationnelle, du coup, j'utilise un enregistreur vocal. avec du coup le bloc en question, en disant, ben voilà, on va parler de tel établissement. Alors j'étais sur place, j'ai observé ça, Lors de l'interview, il y a eu deux points, et là je copie-colle du coup ce qui a été enregistré lors de mon entretien. Voici. Puis je rajoute encore au fait, enfin j'explique à l'IA, ben voilà, quand j'étais sur place, il y a eu ça, j'ai pas compris ça. Il y a ça, Puis du coup il me fait un premier bloc, on va dire, déjà préécrit. Moi, je rajoute des petites phrases, typiquement, j'ai une aversion pour les tirets. L'IA met dans tous les sens. Il est de soin. C'est ce qui fait qu'on voit aussi que le contenu est écrit par l'IA.
- Speaker #1
Je ne sais pas envoyer un truc comme ça.
- Speaker #0
Voilà, ça perd tout son charme. Donc moi, clairement, je retravaille après ce bloc-là et je rajoute toujours ma petite signature. Moi, j'adore mettre des jeux de mots. Toujours ce côté un peu espiègle. Et donc là, je rajoute un peu ma petite personnalité. Et après, je construis mes petits blocs. Et après, je mets mes petits blocs ensemble pour qu'il y ait quand même un fil rouge. Ça aussi, ça se voit vite quand tu vois aussi les journalistes qui sont plus à l'aise avec la overview. Et puis ceux où tu vois que chaque paragraphe est bien, mais il n'y a pas ce petit rebond d'un paragraphe à l'autre qui fait que la lecture est fluide. Et du coup, tu verras a priori, même dans les stats, que les gens auront peut-être cliqué sur ton article, mais ils n'auront pas lu jusqu'au bout. Parce que tu vois que le temps de rétention sur la page est trop court, en fait. Et donc, ils auront peut-être lu un ou deux blocs et puis ils n'auront pas poursuivi la lecture.
- Speaker #1
Il y a des ping-pong avec la rédaction ou avec l'agence de presse. Est-ce que tu soumets ton article pour validation à l'agence de presse ? J'imagine que non.
- Speaker #0
Pas à l'agence de presse. De toute façon, normalement, on ne doit pas. Donc c'est rare.
- Speaker #1
Ou un brouillon.
- Speaker #0
C'est rare. Moi, je le fais encore quand je fais des portraits. Quand je fais le portrait de personne. Ici, par exemple, je l'ai fait pas mal. Parce que j'ai pas mal écrit. D'ailleurs, je reprends la rubrique à la rentrée. qui s'appelle Mad Max Story. C'est dans le magazine Max. Ça brosse le portrait de Wallon et de Wallonne qui ont des parcours atypiques, qui ont un aspect très entrepreneurial. J'adore cette rubrique. Là, en effet, parce que j'estime que c'est quelqu'un qui partage son parcours. Et parfois, dans la dynamique d'échange, cette personne-là peut être moins dans la nuance. Moi, je peux peut-être percevoir certaines choses, l'écrire d'une certaine manière. Voilà, j'ai toujours, voilà, c'est tenu, je briefe quand même la personne en disant c'est tenu par un nombre de caractères défini, parce que ça, le principe du print, c'est que moi, je ne peux pas écrire comme je veux. Si on me dit 3500 signes, ça ne peut pas dépasser 3500 signes, ce n'est pas beaucoup. Donc du coup, j'ai toujours la personne, ben lis-le. Si tu me dis que, broadly speaking, c'est bien toi, très bien, s'il y a deux, trois choses qui doivent être corrigées, ben dis-le-moi. Et parfois, ça m'arrive qu'on me dise, en fait, a posteriori, j'aimerais bien qu'on fasse la mention. de telle personne qui a eu un impact dans ma carrière important. Et je l'ai dit, tu ne l'as pas repris dans le papier parce que tu as dû un peu faire, tu as dû couper. Pour moi, c'est important quand même, malgré tout, que tu mentionnes cette personne-là. OK, on le fera. On coupera peut-être ailleurs. Alors, qu'est-ce que tu souhaites qu'on coupe pour que du coup, ça puisse tenir dans ce nombre maximal de signes à ne pas dépasser, par exemple ?
- Speaker #1
Et avec la rédaction ? Non, ils ne reviennent jamais sur le papier indien.
- Speaker #0
Non, il y a des... J'envoie toujours mon papier. Et eux le relisent, ça passe en process de relecture. Mais j'ai jamais trouvé de... Mon papier, j'ai jamais vu corrigé. Il y a peut-être des subtilités qui sont corrigées, mais je t'avoue, moi, j'en ai jamais vu. Donc, c'est que c'est vraiment très, très subtil, peut-être.
- Speaker #1
Super intéressant. Sophie, le temps avance et j'aimerais vraiment parler de... De ce passage de ta vie pour... Ben, ouais, pour... peut-être un peu enlever le tabou autour de tous les troubles du comportement alimentaire. Je sais que tu en as parlé ouvertement, en tout cas dans un des podcasts que j'ai écouté de Sophie Boulanger, si je ne me trompe pas.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Ça m'a marquée à l'époque et je me suis dit, j'aimerais bien t'avoir sur le podcast. Comment tu en parles aujourd'hui ? Comment tu voudrais en parler de ton anorexie, de ce passage d'anorexie ?
- Speaker #0
Déjà, son tabou, c'est est-ce que j'en suis fière ? Non. Est-ce que j'aimerais oublier cette période de ma vie ? Évidemment. Mais je pense que ça concerne beaucoup de personnes. Déjà la laitétia, la dorexie, c'est encore un step plus loin. Mais les troubles du comportement alimentaire, la société actuelle est aussi partiellement responsable de ça. Ça fait partie de mon histoire, ça fait aussi partie de mon tempérament battant. Parce que dedans, c'est une chose, en sortir, c'en est une autre. Et moi, je pense que ça m'a permis aussi de pouvoir avoir les reins solides aujourd'hui. Et de savoir aussi où sont mes limites. Je sais aussi dans quelle mesure le corps a une certaine forme, une certaine jauge d'énergie et de ressources à ne pas dépasser. Je pense aussi mieux poser mes limites. Quand, par exemple, je sens qu'on peut me manger mon temps, mon énergie, ma personne, je sais aussi quand mettre un stop. Je sais mieux respecter mon corps et mes limites parce que je suis passée par le chat d'une aiguille aussi à un moment donné.
- Speaker #1
Tu peux nous replonger dans cette période-là ? Tu avais quel âge ? Comment ça est arrivé ?
- Speaker #0
Déjà, ça n'arrive jamais du jour au lendemain, l'anorexie. On dit dans les ouvrages souvent que c'est un peu comme une toile d'araignée. Ça se tisse et après tu t'embourbes dedans et tu ne t'en rends pas forcément compte quand tu es dedans jusqu'à être très trop loin. Moi, la prise de conscience, elle s'est faite quand je suis rentrée en Belgique. J'ai étudié à Istanbul pendant un petit temps. Et quand je suis rentrée en Belgique, j'avais perdu beaucoup de poids. C'était à l'UNIF, entre le bachelier et le master.
- Speaker #1
Tu étais pré-adulte. J'étais pré-adulte.
- Speaker #0
J'avais à ce moment-là 20 ans, je pense. Et quand je suis rentrée, le regard de mes proches qui m'avaient connue avant mon départ à Istanbul... était celui de proche inquiet, qui me dit, Sophie, on pense que tu as un problème de santé. Ça se voit. Tu as l'air affaibli, tu as l'air mince, tu as l'air maigre. Il faudrait peut-être te prendre en charge. Et au début, ça n'a évidemment pas... Il y a toujours une forme de déni aussi. Vu que le poids, perdre du poids, ça ne se fait pas du jour au lendemain, comment prendre. Ça se fait petit à petit. Il y a eu 2-3 personnes. Elles ne sont pas toujours non plus des personnes qui sont forcément proches, mais parfois il suffit de la phrase à l'instant T, tu ne sais pas pourquoi, elle percute davantage. Et j'ai eu comme ça deux, trois phrases, ou deux, trois personnes, deux, trois moments où je me suis dit... Je pense que j'ai un problème de poids. Je pense qu'il y a un souci. De poids ? À ce moment-là, de poids.
- Speaker #1
Même pas d'alimentation ?
- Speaker #0
Et pas d'alimentation, exactement.
- Speaker #1
Et tu te restreignais ou tu n'avais pas faim ?
- Speaker #0
En fait, c'est partie de base.
- Speaker #1
Anorexie, le poids est un symptôme. La maladie est plus perverse que ça.
- Speaker #0
Ouais. Mais après, ça va souvent de pair avec les profils perfectionnistes. Comme j'ai dit, moi j'ai toujours été perfectionniste. Et donc de base, ça s'est tissé de... Enfin, c'est venu de par le fait que pour mener un cadre de vie sain, tiens, je vais manger sainement. Mais sans aucun accompagnement professionnel. Et donc, avec l'immaturité de l'époque, pour moi, manger sainement, c'était beaucoup de légumes, un peu de fruits, mais pas trop. Et puis le reste, ça sera en petites quantités. Il y a les macros, les protéines, les lipides, c'est très important. Et moi, j'avais diminué, puis diminué, puis diminué, voire même parfois supprimé. Typiquement, les lipides, je les avais même supprimés de mon alimentation. Même les bons lipides sont pourtant essentiels à l'équilibre hormonal. Et donc oui, je m'alimentais, mais je m'alimentais en régime hypocalorique, clairement. Et puis petit à petit, au niveau des quantités, ça semblait aller au niveau quantitatif, mais qualitativement parlant, je n'avais pas assez de choses qui m'apportaient de l'énergie. Après, au niveau des quantités aussi, petit à petit, ça devenait de moins en moins. Et à ce moment-là, j'étais dans un tourbillon aussi perfectionniste. J'étais beaucoup plongée dans mes études. Puis je suis partie à l'étranger. Et là, à l'étranger, vu que je n'avais pas de cadre, personne ne me connaissait, j'étais portée par... Le voyage d'Istanbul, parce que depuis Istanbul, j'ai voyagé au Liban, j'ai voyagé en Géorgie, seule. Il n'y avait personne pour me dire, il n'y avait pas de cadre de on prend un petit déjeuner, un jeûner, trois repas par jour. Quand tu es comme ça, un peu, tout le temps avec ton sac à dos, etc., je ne m'alimentais pas, je tenais dans du surexercice, de la super simulation. En fait, j'ai commencé à perdre du poids, petit à petit à petit. Puis l'estomac, il se rapetit, tu as de moins en moins faim. Ça devient un peu un cercle vicieux. Quand tu rentres, moi je me sentais très bien dans mon déni pas du tout fatiguée et peut-être qu'à ce moment-là mon corps était il était clairement fatigué, appuisé en ses réserves mais peut-être avec un des taux de cortisol très important qui font qu'on ne se sent pas fatigué mais mon équilibre était quand même perturbé, je n'avais pas un bon sommeil du tout.
- Speaker #1
Tu n'avais plus tes règles ?
- Speaker #0
Voilà, exactement. Ça a été un des facteurs pour moi, ça a été une des discussions typiquement qui a fait que ça a percuté, c'est quand j'étais chez mon gynéco en me disant, tiens, là maintenant, en fait, j'ai pas mes règles. Et qui m'a dit, on va vous peser, madame, il y a un souci, un gros souci. Et du coup, on a fait des tests, et là, les résultats n'étaient pas bons. Et là, ça a été un des moments où je me suis dit, bon, là, il y en a raison qui est très factuel. Moi, vu que je suis très cartésienne, très, très... Enfin, pour moi, c'était... C'était un facteur clairement à prendre en considération. Et alors là, à commencer du coup, tout doucement, j'ai commencé à en parler un petit peu autour de moi. Et là, en fait, j'ai eu aussi mon entourage qui a confirmé, qui m'a dit, « Sauf, on te l'avait dit, qu'on s'inquiétait pour toi. » Et donc oui, on confirme que tu as probablement un problème d'anorexie dont tu n'as pas été consciente, qui n'était peut-être pas la course à la minceur telle qu'on pense toujours. Parce qu'on me voit souvent l'anorexie, je vais être mince, je vais être belle. Dans mon esprit, il y avait ça aussi. Je ne vais pas le nier. Mais il y avait aussi ce côté de je suis tombée dedans parce que je ne m'en suis pas rendue compte. Ceci étant dit, maintenant, il va falloir faire un travail de fond. Et donc, j'ai été accompagnée par psychologue, par médecin traitant. Ça ne s'est pas forcément toujours bien passé parce qu'il y a plein de façons d'accompagner quelqu'un. Il y a un caractère et pas un autre. Et moi, c'est vrai que j'ai senti parfois un peu de l'infantilisation dans la prise en charge. qui n'est pas toujours non plus facile. Et surtout, c'est long, en fait. Ça a été long au niveau physique, de reprendre du poids, mais ça a été long aussi au niveau mental, parce qu'il faut casser aussi des schémas perfectionnistes. C'est pour ça que je dis aujourd'hui que je suis encore perfectionniste, mais je sais débrancher la prise. Et c'est pour ça que oui, je trouve ça important de parler des TCA, parce que pour moi, elles m'ont permis aussi de pouvoir faire un travail de fond sur des schémas que j'avais. Et peut-être qu'en fait, mon perfectionnisme, à contrario, si ça n'avait pas été détesté, peut-être que j'aurais fait un master burn-out plus tard, parce que j'aurais foncé droit dans le mur. Peut-être que ça m'a sauvée dans un sens, que c'est un mal pour un bien, je ne sais pas.
- Speaker #1
Aujourd'hui, ton rapport à l'alimentation et au poids, est-ce que tu penses qu'on sort de tes serres ?
- Speaker #0
Non, jamais. En tout cas, c'est ce qu'on dit. Je sais qu'aujourd'hui, je suis très sportive, mais je sais que typiquement, j'ai toujours aussi la conscience de mon corps et de... Je pense, ici maintenant du coup, je mange en pleine conscience, mais je sais que par exemple je suis attentive. Je suis attentive à justement avoir mon quota de protéines, de lipides. Je suis très attentive à ne pas retomber dans mes TCA, parce que je sais que je suis de nature aussi mince et nerveuse, et moi je perds facilement du poids. Je pense aussi que le corps il se souvient. Et j'ai parfois, c'est marrant la remarque, tiens mais t'es particulièrement gourmande pour quelqu'un de ton gabarit. Et oui, je pense que d'une part, il y a le fait que naturellement, mon corps brûle beaucoup. Je suis très nerveuse. Mais au-delà de ça, et c'est ce que je dis souvent, c'est oui, je suis une nature particulièrement gourmande et oui, je fais du journalisme food. Et quand je suis dans du journalisme food, je profite clairement. Mais à côté de ça, je fais par exemple beaucoup de sport. Je le fais parce que ça me fait du bien. Mais je pense aussi que malgré tout, je fais beaucoup de sport parce que ça m'aide à sentir que j'ai toujours un peu le contrôle sur mon corps.
- Speaker #1
Merci pour la transparence, pour l'honnêteté. Quelque chose que tu voudrais dire à quelqu'un qui souffre d'anorexie, particulièrement parce que je pense que tu as souffert principalement de ça ou uniquement de ça ?
- Speaker #0
Je trouve ça toujours difficile pour les personnes qui en souffrent. Pour les personnes qui connaissent quelqu'un qui en souffre, c'est de ne jamais essayer à en discuter. Même si ça peut souvent mener à des discussions conflictuelles ou très délicates.
- Speaker #1
Discuter avec la personne malade ?
- Speaker #0
Oui. et c'est accepter que du coup il va y avoir potentiellement une confrontation parce que souvent la personne malade est dans le déni c'est une maladie il y a toujours peur de rupture de lien toi par exemple avec tes parents moi j'ai pas eu ce souci là mais je sais que j'ai eu beaucoup de discussions conflictuelles que ce soit avec eux ou même avec mes proches dans la première phase qui était celle du déni je salue en tout cas leur courage d'avoir accepté que la porte elle était clairement fermée au dialogue de mon côté ou en tout cas Merci. La discussion était un peu détournée. Je n'acceptais pas trop de voir la réalité en face. Et je le rends sûr reconnaissante de ne pas avoir lâché l'affaire le satredi. On a peut-être essayé d'avoir une discussion avec Sophie aujourd'hui qui n'a pas abouti. Mais on va remettre les choses sur le tapis à postériori, différemment, dans un autre contexte. Et c'est ça qui a fait aussi qu'il y a eu une prise de conscience à un moment donné. Parfois, par le détour de certaines conversations. Et en réponse à ta question, pour les personnes qui, elles, sont anorexiques, si elles sont dans le déni, c'est difficile de donner un conseil. Si elles ont déjà une prise de conscience, c'est de dire que clairement c'est remédiable, on peut clairement y remédier. Et que la clé, en vrai, ça peut être un bon levier de confiance en soi, comme pour tout type de choses qui peuvent arriver dans la vie. Quand tu casses la figure, le process qui fait que tu vas devoir remonter sur tes deux jambes, avec tes béquilles et avec une forme de rééducation, ça te permet de te découvrir plein de ressources. Et dans la mesure du possible, tu peux... Rendre compte qu'en fait, ça permet de prendre du recul par rapport à d'autres choses. Moi, je me dis, je ne sais pas si la maturité que j'ai aujourd'hui peut être liée à ça, mais peut-être que partiellement, oui. Les choses qui, pour moi, ne sont pas très graves. Quand je me dis, tiens, en fait, j'ai déjà connu pire. J'ai connu les intraveineuses, j'ai connu etc. Et donc, je me dis, ma foi, ça, c'est accessoire. Ce n'est pas si grave que ça.
- Speaker #1
Ça relativise. Tu as été hospitalisée ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
jamais longtemps mais oui écoute Sophie je vais terminer avec des petites questions signatures avant ça j'aimerais demander aux auditeurs aux auditrices qui nous écoutent s'ils ont aimé notre échange jusqu'à maintenant de liker de mettre un petit 5 étoiles sur les applications d'écoute ça m'aide beaucoup notamment ça nous donne la force du courage de continuer le podcast et ça permet aussi de la découvrabilité donc le podcast est mis en avant par les applications d'écoute donc merci à vous vous. Question signature. Écoute, j'en ai une qui est beaucoup demandée par l'audience. C'est un rapport au corps, à la nourriture. Je crois qu'on en a parlé, mais peut-être le rapport à l'argent et au bien-être. Et dans bien-être, je mets sport et sommeil. On a aussi parlé du sport, on n'a pas trop parlé du sommeil.
- Speaker #0
Alors, le sommeil, c'est important. C'est important déjà pour régénérer tout. J'irai rapport au sommeil à ne pas minimiser. Dormir, ce n'est pas ne rien faire. Dormir, c'est produire.
- Speaker #1
On adore. Tu traques tous ces données, toi qui es très data analyst. Tu ne traques pas ton sommeil, calories, déchets ? J'imagine. Ton rapport à l'argent ?
- Speaker #0
L'argent, c'est une énergie. Donc, il faut accepter que ça rentre, mais que ça sorte aussi.
- Speaker #1
Tu négocies beaucoup ?
- Speaker #0
Oui, mais je suis flexible. Donc du coup, je négocie parfois justement à la baisse.
- Speaker #1
Parce que tu veux un projet ou parce que tu veux... Parce que je veux,
- Speaker #0
exactement. Et parce que je pense que c'est justement la base des bons rapports professionnels, c'est de pouvoir être flexi dans les deux sens. Donc moi, je sais que je suis très cash et très transparente sur ce qui est OK et ce qui ne l'est pas. Et quand il y a une marge de manœuvre aussi possible ou pas.
- Speaker #1
Dernière question, Sophie. Un conseil que tu voudrais donner à des gens qui veulent se lancer. Alors, se lancer dans le journalisme. Déjà, est-ce qu'il faut faire des études de journalisme pour être journaliste ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Aujourd'hui ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Alors, dis-nous un conseil pour les gens qui voudraient se lancer dans le journalisme. On a parlé de réseautage notamment. Mais vraiment quelqu'un qui dit, écoute, moi j'ai envie de tenter l'expérience, j'ai envie d'être journaliste ou créatrice de contenu parce que maintenant…
- Speaker #0
Je dirais, bon déjà on ne part pas dans tous les sens, mais trouve déjà ce qui va t'animer en journalisme, parce qu'il y a plein de façons de faire du journalisme, au niveau de la forme, mais aussi au niveau du contenu. Si un contenu qui t'intéresse, admettons, le lifestyle, et tu te dis la beauté, trouve dans ce cas-là un angle inédit, différent, une marque pas connue mais qui a de l'innovation, une personnalité qui porte une marque d'une façon totalement intéressante, creuse, construit, et puis vas-y à l'audace, vas-y au culot, propose-la à un rédacteur en chef. Dans le pire des cas... Tu te seras amusée à grire et à te prêter à l'exercice. Et dans le meilleur, ça pourra t'ouvrir des portes. Moi, c'est ce qui m'est arrivé. C'est souvent comme ça que j'ai procédé. Et étonnamment, ça a bien fonctionné plus d'une fois.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Sophie.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
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