- Speaker #0
Bienvenue dans les podcasts de l'envie. Chaque épisode est une porte entreouverte sur une décision, un moment, un déclic, une action qui aura souvent été à l'origine de bien belles aventures. Ici, l'envie n'est pas un mot abstrait. C'est une force concrète, celle qui sépare ceux qui rêvent de ceux qui font. Aujourd'hui, je reçois Laurence Koppelmann, qui est directrice de la coordination pédagogique de l'accompagnement des LIVERS, dans une association qui se nomme LIVE, qui veut dire l'Institut des vocations pour l'emploi, dont elle nous parlera peut-être à la fin de cet entretien. Laurence, elle a fait un Dug A, maths physique, puis une école de commerce, puis un Master 2 en ressources humaines à Dauphine. Alors, il y a très longtemps, elle est rentrée chez Euromarché. Pour les plus jeunes, c'est devenu Carrefour depuis le temps. Comme chef de rayon textile, elle est restée 20 ans dans le groupe Danone avec des sociétés comme Eudeber, Belin, Lue, le siège de Danone. Et puis un jour, boum, elle rencontre le monde de la VAE et décide de s'y engouffrer pour le compte du groupe Danone, bien évidemment. Et puis pour elle-même en créant sa société Rebond RH. Bonjour Laurence.
- Speaker #1
Bonjour Eric.
- Speaker #0
Alors merci déjà d'avoir accepté mon invitation dans les podcasts de l'envie. Première question, c'est quoi l'envie qui a vraiment bousculé ton parcours professionnel et qui t'a donné envie ? de te consacrer à ce qu'on appelle la VAE.
- Speaker #1
Alors déjà, Éric, je te remercie pour ton invitation. C'est vrai que je ne m'attendais pas du tout à ça, mais je suis ravie d'être à tes côtés aujourd'hui. Ça fait 32 ans exactement qu'on se connaît. On se croise, on se recroise dans les trains, etc. Et c'est toujours un grand plaisir. Bref, ce podcast marque quelque part pour moi la fin de mon parcours d'accompagnatrice VAE. C'est vrai que ça fait 30 ans que j'accompagne des personnes en VAE. Je suis une passionnée avec une envie farouche d'accompagner les personnes, toujours avec une pointe d'exigence, évidemment. Pour répondre à ta question, c'était en 1994 et le DRH de l'époque, Arnaud Havard, je l'embrasse, voilà, ne pouvait pas aller à une réunion organisée par le ministère de l'Éducation nationale sur une nouvelle façon d'obtenir un diplôme. Il m'a demandé d'y aller à sa place. Donc ce n'était pas de l'alternance, les personnes ne retournaient pas à l'école, elles devaient raconter leur métier dans un livret. C'était tout nouvant, innovant, pour moi intriguant. Nous devions mettre en place un test sur deux métiers très différents, les conducteurs de machines chez Bledina, avec un CAP à la clé, et puis des BTS force de vente pour la force de vente de Belin, puisqu'à l'époque j'étais chez Belin. Et c'est comme ça que ça a démarré ma passion pour la VAE. A l'époque, ça ne s'appelait pas encore la validation des acquis de l'expérience, mais validation des acquis professionnels. J'en parlerai un tout petit peu plus loin. Et je suis tombée dedans il y a maintenant 30 ans et j'y suis restée 30 ans. Alors l'envie, c'est également des rencontres, l'envie de ne pas rester dans sa zone de confort, de creuser des nouveaux apprentissages, l'envie d'accompagner des personnes pour plus de reconnaissance.
- Speaker #0
Oui, pourquoi tu as eu envie d'accompagner des salariés finalement dans le cadre de la VAE ? Peut-être, pourquoi pas dans un autre cadre, mais celui-ci, pourquoi ?
- Speaker #1
Du coup, tu m'as posé la question quand on a parlé. Et en fait, j'ai un peu réfléchi à la réponse, évidemment, pour plusieurs points. Pour valoriser l'expérience des autres, l'envie vient souvent du souhait de permettre à chaque personne de reconnaître la richesse de son parcours professionnel. Pour moi, c'était important. Pour aider à prendre confiance, c'est vrai qu'accompagner, c'est encourager, c'est rassurer, aider le candidat à mettre en mots ses compétences. C'est aussi pour donner du sens, soutenir une personne dans sa VAE, c'est contribuer à sa réussite, à son projet professionnel. Et puis aussi pour transmettre une méthodologie, j'avais plaisir à guider, à structurer et rendre accessibles les démarches souvent complexes liées à la VAP au départ et à la VAE par la suite. Pour favoriser l'autonomie et la valorisation personnelle, voir un candidat évoluer, une personne que j'accompagne évoluer, prendre conscience de ses acquis et réussir était vraiment une grande source de satisfaction, évidemment pour la personne, mais pour moi également, vraiment. Et puis parce que c'est un rôle qui demande écoute, bienveillance et pédagogie, valeurs dans lesquelles je peux me reconnaître, même si parfois j'ai été dure avec certains candidats. Je pense que la bienveillance, pour moi, va avec de l'exigence et je savais que certains candidats allaient être en difficulté si je ne leur disais pas certains points de vigilance que j'avais pu repérer dans leur parcours et qui ne leur permettaient pas de passer le diplôme qu'ils souhaitaient. Donc, en résumé, l'envie pour moi d'accompagner dans le cadre de la VAE, ça naît de la volonté d'être un soutien, un guide, un facilitateur, évidemment, afin que chaque personne puisse transformer son expérience en diplôme et en reconnaissance professionnelle.
- Speaker #0
Alors justement, diplôme, pour celles et ceux qui nous écoutent, il y en a beaucoup, je pense que ce soit VAP ou VAE, ils ne savent pas vraiment ce que c'est. Est-ce que clairement, tu peux nous donner une définition de la VAE ?
- Speaker #1
Alors, je vais essayer de faire simple. La validation des acquis de l'expérience, elle fait d'obtenir un diplôme en sortant des voies conventionnelles. Les personnes ont souvent très peur de retourner à l'école. Mais là, la personne décrit son expérience professionnelle ou, si elle en a plusieurs, ses expériences professionnelles dans un dossier qu'elle présente face à un jury composé et de professionnels et d'enseignants. Elle doit vraiment décrire toutes ses activités, donner des détails. Et c'est souvent ça qui est compliqué pour les personnes accompagnées. Elles ont l'impression qu'elles n'ont fait rien, rien du tout, qu'elles n'ont rien fait et que leurs expériences sont insignifiantes. Et c'est là qu'elles se trompent. Et donc, avant cette phase d'écriture de dossier, la valeur ajoutée de l'accompagnant, entre autres de moi, et j'ai adoré cette phase, est de réaliser des entretiens avec les futurs candidats afin qu'ils m'expliquent leur métier. et en fonction du métier décrit, je suis capable de définir quel diplôme la personne peut avoir. peut passer par le biais de la VAE. Et si nous sommes d'accord sur le diplôme, la certification que le candidat doit passer, alors démarre l'écriture du dossier de VAE. Donc je simplifie un peu la démarche, mais dans les grandes lignes, c'est de cela qu'il s'agit. Alors ça veut dire évidemment pour moi qu'en 30 ans d'accompagnement, je connais un très grand nombre de métiers. Car quand on est accompagnateur de VAE et de VAE un peu généraliste, il faut être curieux, il faut être vraiment très curieux. Il faut poser beaucoup de questions, avoir envie de découvrir l'autre. Très souvent, de dire à l'autre qu'on ne comprend pas pour que la personne réexplique et réexplique encore son métier. Et c'est comme ça qu'on creuse le métier de la personne et que l'on donne envie à la personne de se dépasser.
- Speaker #0
Alors, ok, ça j'ai bien compris. Par contre, de temps en temps, c'est bien de mettre des vrais exemples à de choses. est-ce que tu... Tu peux nous raconter quelques exemples concrets qui illustrent ce que tu viens de dire ?
- Speaker #1
Alors, le premier exemple que j'ai envie de donner ici, c'est l'histoire de Bruno, qui était, et qu'il est toujours d'ailleurs, responsable de l'hôtellerie-restauration dans un EHPAD, qui est un poste vraiment très challengeant. Il n'avait pas de diplôme dans le domaine. Il avait passé, quand il était plus jeune, un CAP de tapissier. Il avait exercé le métier pendant dix ans et il continuait d'ailleurs à ses heures. perdu à restaurer des fauteuils, des chaises, etc. Et un jour, l'entreprise a proposé à tous les salariés qui le souhaitaient de pouvoir réaliser une VAE. Donc Bruno, il s'est engouffré dans la démarche. Et comme il n'avait aucun diplôme lié à ce métier, je lui ai d'abord fait passer le BP de gouvernant, qui est un diplôme de niveau bac et qui correspondait tout à fait à ses activités. Et c'est là que ça devient intéressant parce que Bruno a compris vraiment qu'il pouvait aller beaucoup plus loin dans ses missions, prendre plus de responsabilités et évoluer. Et donc, un an plus tard, je lui ai proposé, alors évidemment, il a obtenu son BP gouvernant et un an plus tard, je lui ai proposé de passer la licence professionnelle. de responsable hôtelier en milieu médicalisé, en partenariat avec l'université de Limoges, la seule université d'ailleurs qui réalise ce genre de diplôme. Et là encore, ce fut un réel bonheur que d'accompagner Bruno, qui a pu faire reconnaître l'ensemble des compétences acquises en entreprise. Il a obtenu son diplôme. On dit souvent que l'entreprise est apprenante. C'est vrai que là, du coup, ça se vérifie, ça se concrétise réellement en prouvant que les personnes qui, au départ, n'ont pas le... diplômes du domaine dans lequel elles travaillent, peuvent y prétendre grâce à l'entreprise dite formatrice. Donc ça, c'était le premier exemple. J'en ai un deuxième. Une autre anecdote, c'est le tout début de la validation des acquis de l'expérience, qui ne s'appelait pas encore VAE, mais VAP, validation des acquis professionnels. Et donc ça, ça s'appelait VAP de 1994 à 2002. Et pendant cette période, les personnes qui souhaitaient passer un diplôme par ce biais-là, devait passer une vraie épreuve d'examen, ça faisait partie de cette loi. Donc j'ai fait passer un grand nombre de bac pro secrétariat et de bac pro comptabilité à l'époque, ces deux diplômes qui n'existent plus d'ailleurs. Et donc pour ce faire, les personnes écrivaient un dossier de validation des acquis professionnels, mais devaient passer en contrôle continu l'épreuve d'art appliqué. Et puis une épreuve professionnelle, c'est un classique. Et donc je veux mettre ici le focus sur l'épreuve d'art appliqué. Et donc comme c'était des bacs pro compta et bacs pro secrétariat, c'était sous la gouvernance du directeur financier. Et donc celui-ci m'a convoqué dans son bureau en me disant « Alors maintenant, Laurence, on donne des cours de dessin aux salariés pendant les heures de travail. » Et donc j'en souris encore aujourd'hui, mais je n'ai pas lâché l'affaire. Une professeure d'art appliqué venait une fois par semaine, apportait des livres sur des peintures du XVIIe, du XVIIIe. Elle travaillait aussi sur des œuvres publicitaires qui étaient au programme du bac pro. Et les salariés, vraiment, ont demandé à emprunter les livres pour raconter chez elles ce qu'elles avaient vécu dans le cours d'art appliqué. Elles avaient, ce qu'elles m'ont dit, c'est qu'elles avaient des discussions intéressantes avec leurs propres enfants, leurs compagnons. Alors, elles ont toutes eu le diplôme, bien sûr. Et j'ai eu une nouvelle fois une discussion avec le directeur financier quand elles ont eu le diplôme et qui a convenu qu'au-delà des arts appliqués, les personnes étaient beaucoup plus impliquées dans leur travail, ils les voyaient beaucoup plus épanouies avec une envie de bien faire et puis avaient des choses à raconter à leurs collègues. Bref, que du positif.
- Speaker #0
Il y a une autre anecdote aussi qui est plus dans la VAP que dans la VAE. Et même si on remonte entre guillemets un peu loin, je pense qu'elle est sympa. Et tu as envie de la raconter, alors je te donne la parole.
- Speaker #1
C'est vrai que j'ai envie de raconter cette expérience que j'ai eue avec la validation des acquis professionnels en accompagnant personnellement les sept BTS forces de vente qui passaient la vape à l'époque à passer devant le jury. Tous les jurys à l'époque se passaient à la maison d'examen. à Arcueil. Et donc, nous sommes allés à la maison d'examen à Arcueil. Je les ai accompagnés, alors que normalement, je ne les accompagne pas, évidemment. Et je leur avais demandé d'apporter des gâteaux belins. Pour le clin d'œil, je trouvais que c'était sympa. Le jury voyait visuellement à qui ils avaient affaire, quel genre de commerciaux ils étaient, une petite touche de proximité. Mais alors là, qu'est-ce que je n'avais pas fait là ? Les jurys n'ont pas du tout apprécié, en fait. Ils ont pensé qu'on les soudoyait. qu'on les achetait. C'était incroyable. Et donc, j'ai été déçue. Et j'étais non seulement déçue, mais très embêtée pour mes candidats. Et je me disais que ça allait être un point négatif pour eux et que peut-être ils n'auraient pas leur BTS. Alors, heureusement, ça n'a pas eu d'influence négative. Ils ont tous eu leur BTS. Et lié à ça, il y a un des candidats, parce qu'ils ont passé en juillet, et donc un des candidats, Patrick, 45 ans, lorsqu'il a eu la réponse, positive reçue par courrier il a téléphoné à son fils qui passait dans le même temps puisque c'était au mois de juillet aussi son bac et et donc il a téléphoné à son fils et ce dernier lui a répondu papa je ne savais on a tout déchiré est vraiment c'était moi j'en ai un peu encore la chair de poule parce que c'était vraiment émouvant et c'est ça la ve c'est ça la vape c'est c'est... Chaque personne qui passe son diplôme par ce biais est unique. Elle a une histoire à raconter, un vécu. Et en fait, c'est toujours une expérience personnelle incroyable.
- Speaker #0
Est-ce qu'on garde des liens particuliers avec des gens ou est-ce qu'une fois que c'est fini, c'est fini ?
- Speaker #1
On peut garder des liens particuliers. J'ai dans mon carnet d'adresses des personnes qui ont passé la VAE, que je continue à côtoyer. avec qui je travaille aujourd'hui dans un autre domaine, avec qui j'envoie, puisque maintenant je travaille pour Live, et je me permets d'envoyer des CV à ces, par exemple, directeurs d'établissements d'EHPAD ou pour des candidatures. Et ça a marché à Valence. Il y a une personne qui intègre une des sociétés, un EHPAD, pour être à l'accueil. de cet EPAP, par exemple. Oui, oui, ça continue. L'expérience continue d'une autre manière.
- Speaker #0
Mais si on revient un petit peu en arrière, tu as porté la VAE au sein du groupe Danone avant de créer ton entreprise. Et qu'est-ce qui t'a poussé à franchir le pas ? Pourquoi tu n'as pas continué à être Madame VAE chez Danone ? Et pourquoi tu as monté ton entreprise et que tu as voulu avoir un côté, je ne sais pas, peut-être plus libre ou plus de sens ? Ou qu'est-ce qui t'a poussé à faire ça ?
- Speaker #1
Alors, c'est un peu tout ça en même temps. En fait, il se trouve que fin 2008, je devais changer de poste. Ça faisait cinq ans que j'étais directrice de l'employabilité pour le groupe Danone en France et on proposait un poste au centre de recherche du groupe Danone. J'ai accepté, c'est vrai. et très rapidement je me suis rendue compte que le poste n'était pas fait pour moi et que de surcroît la VE n'était pas reprise au sein du groupe Danone. Donc j'avais l'impression de délaisser mon bébé. travailler du tour sur la VAE me posait un problème personnel. Et j'ai donc décidé de partir avec l'envie de créer ma société, de ne faire que de la VAE. Aider, accompagner, impulser les entreprises dans ce genre de démarche, c'était mon truc.
- Speaker #0
Tu es resté 20 ans chez Danone et tout d'un coup, il y a ce grand saut dans lequel tu pars quasiment de zéro. Tu pars avec une passion, parce que la VAE, c'est une passion, et je le sais chez toi. Est-ce que Danone, c'est devenu un premier client, un premier partenaire ou alors tu as tout reconstruit différemment ?
- Speaker #1
Alors, je vais répondre un peu différemment. C'est vrai que j'ai été très chanceuse, vraiment très chanceuse, parce qu'en travaillant sur la VAE pour le groupe Danone, j'ai été quand même très sollicité par les médias à l'époque qui s'intéressaient à la validation des acquis de l'expérience, comme Usines Nouvelles, Entreprises et Personnels, d'autres médias dont je ne me souviens plus du nom. Mais j'ai aussi gagné en 2005 le premier prix trophée en Jeux des Echos, qui a également, dans le microcosme, été très médiatisé. Donc j'ai quand même eu cette reconnaissance-là. Et donc ça m'a permis d'être connue dans ce petit milieu. Et donc dès que j'ai décidé de partir du groupe Danone, j'ai eu l'envie de prêcher la bonne parole auprès d'autres entreprises qui avaient la même typologie de salariés. Et il se trouve que de façon concomitante, j'ai été contactée par le groupe L'Oréal, qui m'avait sollicité auparavant pour que je raconte l'expérience de la VAE que j'avais eue chez Danone. Et L'Oréal m'a proposé de devenir madame VAE pour le groupe, donc premier gros client. Alors c'est vrai que ça a été une expérience vraiment enrichissante. Je suis allée expliquer la VAE dans chaque usine du groupe, dans chaque entrepôt, dans les centres de recherche, dans les sièges sociaux. Et puis les contrats se sont enchaînés grâce au réseau des anciens de Danone, puis de L'Oréal. Et mon second client a été Panzani, grâce à une ancienne de Danone, évidemment, qui s'appelle Pascal et qui était à l'époque DRH de cette société. Et enfin, le groupe Corian, qui est devenu Clariam depuis, a été le groupe qui a fait basculer mon entreprise d'une entreprise où j'étais seule à une entreprise où nous avons été jusqu'à 16 accompagnatrices. Et cela grâce à quelqu'un. que certains reconnaîtront, qui s'appelle Monique Roland-Jean Brasse et qui était devenue la DRH du groupe Corian à l'époque.
- Speaker #0
Toutes ces collaboratrices et tous les gens que tu recrutais, j'imagine qu'ils étaient un peu à Made in Lawrence. Tu les as toutes formées ?
- Speaker #1
C'est ça, c'est ça. Ces 16 accompagnatrices, en fait, je les ai toutes formées à ma manière, avec de la bienveillance, de l'exigence aussi. Je dis toujours que ça va avec. en mettant en place des outils, des méthodes, des relectures de dossiers à plusieurs accompagnatrices parce que dans plusieurs têtes, il y en a plus que dans une et on est plus efficace. Et j'ai accompagné plus de 10 000 personnes sur plus de 350 diplômes différents du CAP au Master 2, y compris des Master 2 recherche, avec plus de 95% de réussite à l'examen pour les diplômes de l'éducation nationale et les diplômes universitaires. Et plus de 70% de réussite pour les diplômes paramédicaux, comme les diplômes d'état d'aide-soignante, alors que la moyenne nationale n'était que de 24%. Alors, c'est vrai que je suis très fière de ce résultat. Et puis, c'est une vraie fierté aussi pour mon équipe de l'époque. C'est vrai.
- Speaker #0
Alors, si on revient, excuse-moi, mais au point de départ, parce que l'envie, elle est née là. Comment elle est venue, cette envie ? C'est toi qui l'as cherchée ou finalement, elle t'a trouvée ? Comment t'es tombée là-dedans ?
- Speaker #1
En fait... En fait, nous sommes en France. C'est un peu ça le point de départ avec un regard sur le diplôme qui est très particulier en France. On aime savoir les diplômes que nous avons passés il y a maintenant 30 ans, 40 ans, 50 ans. Et donc, forte de ce constat, pour développer l'employabilité des personnes, je me disais qu'il était intéressant pour ces personnes, pour ne pas rester sur le bas-côté, qu'elles puissent passer le diplôme qui correspond au métier exercé. Et donc souvent, elles me disaient que ce diplôme qui était obtenu était une valorisation d'elles-mêmes, une meilleure confiance en elles, un retour sur leur passé, une réparation. Elles pouvaient montrer à leurs enfants que l'on peut apprendre à tout âge, que l'on peut réfléchir sur son métier, comment on réalise ce métier, comment on réalise les missions associées au métier, comment on prend des initiatives, comment on devient curieux. C'est comme ça qu'est venue cette envie, car les salariés ne sont pas mariés avec l'entreprise et il vaut mieux avoir un diplôme qui corresponde à son métier que pas. Pour moi, c'est ça l'employabilité, prendre les devants sur ce qui pourrait arriver, prendre son avenir en main.
- Speaker #0
Quand tu as décidé de quitter Danone en 2009, ça ne se faisait pas. Aujourd'hui, il y a plein de gens qui quittent des grosses entreprises et qui montent leur propre société. Aujourd'hui, enfin en 2009, c'était quand même un peu rare. Et comment ça a été perçu par tes confrères, tes consœurs et par le monde du travail que tu connaissais à l'époque ?
- Speaker #1
Alors, je crois qu'à l'époque, j'ai quitté l'entreprise en juin 2009. Je crois que j'étais dans ma bulle. Mais quand j'ai quitté réellement le groupe Danone, à mon pot de départ, c'est vrai que j'ai beaucoup pleuré car je quittais un monde que je connaissais avec des collègues, une équipe, des discussions du matin. Et j'arrivais dans un monde nouveau où j'étais seule et où les personnes que j'allais côtoyer étaient certes des anciennes Danone au départ, mais devenues clients et donc plus la même relation, qu'on le veuille ou non. Plus de travail en équipe, mais une prise de décision seule à chaque instant. Et puis, quand j'ai expliqué à d'anciens collègues que j'avais une équipe de 16 collaboratrices, c'est vrai qu'ils n'en revenaient pas. Je ne suis pas partie pour le clin d'œil, ça c'est le petit clin d'œil, le sourire. pour être coach, comme beaucoup d'anciens Danone le font. Mais quand on y réfléchit, j'ai quand même coaché 10 000 personnes, puisque c'était les 10 000 personnes accompagnées.
- Speaker #0
C'est énorme. Et alors, après plus de 30 ans dans la vape, puis la VAE, comment tu vois l'évolution des choses ? Comment tu as vu cette évolution se créer petit à petit, entre le moment où tu as commencé et le moment où... Quelque part, tu as arrêté. Est-ce que c'est en perte de vitesse, la VAE ? Quelle implication du digital, par exemple, ou du monde de l'intelligence artificielle aujourd'hui sur cette partie-là ? Tu as une idée ? Comment tu vois les choses sur cette question d'évolution ?
- Speaker #1
En fait, la réponse que j'apporterais à ta question, elle est un peu différente. c'est-à-dire qu'en... La réforme qui a eu lieu de la validation des acquis de l'expérience de la VAE en 2021 m'a permis de prendre une décision radicale, arrêter l'accompagnement à la VAE. C'est vrai que je ne me reconnaissais plus du tout dans cette réforme. Moi et mon équipe, à l'époque, on accompagnait des personnes et on prenait le temps de les accompagner correctement. Et ça veut dire aussi, avec une amplitude qui pouvait aller sur une année, une année et demie. Et là, avec cette nouvelle réforme, on devait bâcler en six mois un dossier de VAE. De mon point de vue, c'était impossible à réaliser. Et puis, les entretiens que j'adorais mener ne devaient plus être menés de la même manière. Bon, voilà. Donc, ça m'a permis d'arrêter très facilement et très rapidement. Mais en revanche, c'est vrai que la VAE continue. Elle doit toujours continuer. C'est une excellente chose. Et les personnes ont réellement besoin de valoriser leur parcours quand cela est possible. Et donc, du coup, ça continue.
- Speaker #0
Donc finalement, tu as fait un point d'entrée, tu rentres dans le proponariat et un point de sortie. À cause d'une loi de 2021 qui finalement casse un peu le métier, tu arrêtes ton entreprise. Et donc finalement, est-ce qu'on peut dire que ces lois et tous ces règlements ont tué ton envie de poursuivre la VAE ?
- Speaker #1
Alors, en 30 ans, quand même, je garde toute cette compétence en moi de définition, de compréhension des diplômes. Je continue quand même à regarder les évolutions des certifications parce que c'est en moi. J'en connais un grand nombre par cœur, du CAP au Master 2. Je continue également à avoir des demandes, en fait, pour réaliser des validations des acquis de l'expérience collective avec des entreprises.
- Speaker #0
Mais tu ne donnes pas suite. Tu ne donnes pas suite parce que ta société n'existe plus, parce que tu es passée à autre chose.
- Speaker #1
Voilà, c'est ça. Et mon envie d'accompagner est toujours aussi forte, c'est vrai, mais je le fais d'une autre manière.
- Speaker #0
Alors, comment tu le fais ? C'est quoi ce programme live dans lequel j'ai compris, ou live, je ne sais pas comment on dit.
- Speaker #1
On dit live, on dit live.
- Speaker #0
Alors, tu es passée de rebond RH, ta société, à autre chose dans laquelle finalement tu reviens dans un monde plus... salariales, entre guillemets, si je peux dire ça comme ça.
- Speaker #1
Alors, depuis 2021, c'est vrai que je suis la directrice de la coordination pédagogique et de l'accompagnement des bénéficiaires du programme, on dit des livers, pour live. L'Institut des vocations pour l'emploi. Alors, LIVE, c'est une association qui accompagne des personnes désireuses de retourner à l'emploi. Donc, ces personnes ont obligatoirement plus de 25 ans. Elles sont éloignées de l'emploi depuis plus d'un an. La moyenne d'âge, c'est 40 ans, entre 40 et 45 ans. Elles ont toutes des profils différents, du CAP au Master 2, voire des doctorants. On a eu des médecins étrangers, des anthropologues. Et il y a cette école qu'on appelle Campus. qui sont réparties partout en France. Et il y a deux sessions de cinq mois par an. Et à chaque session, on accueille 50 personnes par école. Donc, ça fait environ 350 personnes. Donc, ça fait 700 par an. Et elles sont avec nous du lundi au vendredi de 9h à 16h30. Donc, on les accompagne bien sûr sur leur envie de retourner à l'emploi, travailler sur les techniques de recherche d'emploi. pas que nous avons monté tout un programme innovant dans ce qu'on pourrait appeler les domaines généraux, les outils mathématiques, l'anglais, le numérique, et les bénéficiaires, les livers, donc, elles ont également des interventions sur la prise de parole en public, la connaissance des institutions, un travail sur la confiance en soi, sur l'estime de soi, sur le travail dans un collectif, afin que le cerveau... de chaque bénéficiaire du programme puisse continuer à apprendre, à réapprendre et à se mettre en mouvement. Et donc, pour ma part, l'expérience de 30 ans d'entretien pour creuser les métiers, les diplômes associés, les personnalités, détecter les problématiques liées aux expériences de vie a été vraiment salutaire pour accompagner efficacement les bénéficiaires du programme. C'est vrai qu'aujourd'hui, j'adore ce que je fais. J'ai l'impression d'être à ma place. Et que ce métier est quand même dans la continuité de celui d'avant, d'accompagnant expert, bienveillant, exigeant, parfois secouant, j'avoue, afin de ne pas laisser les bénéficiaires du programme s'endormir ou bien restaurer l'envie d'y aller.
- Speaker #0
Comment tu as connu Live et surtout comment tu es rentrée là-dedans finalement ?
- Speaker #1
C'est vrai que le réseau Danone est quand même un réseau incroyable. et en septembre 2018. j'ai été appelée par un ancien Danone qui s'appelle Olivier, Olivier T, que je remercie ici, parce que c'est une expérience incroyable que je vis tous les jours, pour réfléchir avec lui, construire une histoire, un programme autour de l'insertion professionnelle. L'idée, c'est vrai, était de créer quelque chose d'innovant dans un territoire défavorisé et un peu stigmatisé par L'actualité à Clichy-sous-Bois fut un temps. Et puis, c'est vrai que cela a tellement bien marché que nous sommes aujourd'hui à sept campus qui sont répartis sur tout le territoire français.
- Speaker #0
Et ça, ça a vocation demain à avoir 12 campus, 10 campus, 15 campus ?
- Speaker #1
Ça, je ne le sais pas moi-même. Déjà, le septième campus va démarrer en mars 2026. Donc déjà, on va s'occuper de ce septième campus qui va être à Bordeaux. Et puis, l'avenir nous dira si on continue ou pas. à en créer d'autres, je ne le sais pas.
- Speaker #0
Et pour ceux qui nous écoutent, comment on postule, entre guillemets, à Live ? Comment on dépose un dossier ? Comment ça se passe pour recruter ?
- Speaker #1
On a un fort lien avec des associations qui nous connaissent, avec qui on explique ce qu'est Live, avec aussi les centres France Travail. Pareil, on explique au directeur des différents France Travail avec qui Et... on est implanté sur le territoire, ce que l'on fait pour que des réunions d'information collective soient organisées dans les différents France Travail, des villes dans lesquelles on est implanté.
- Speaker #0
Alors j'imagine quand même que dans tout ça, il y a eu des moments de doute. Qu'est-ce qui t'a gardé, dont cette fameuse loi, mais qu'est-ce qui t'a aidé à garder cette flamme que tu avais depuis le début et que tu as toujours, puisque ça s'entend dans ta voix, cette idée d'aider les gens avec de la bienveillance, de leur... poussé entre guillemets à aller un peu plus loin que ce qu'ils ont aujourd'hui. Comment tu... Qu'est-ce qui t'a aidé justement à garder cette flamme ?
- Speaker #1
Je pense que l'envie d'accompagner les autres, les personnes, a toujours été présente. Les moments de doute pour moi sont plus liés, je crois, à l'activité de consultante. En fait, je suis quelqu'un de stressé et je me disais que tout pouvait s'arrêter du jour au lendemain. C'est vrai que j'ai jamais, par rapport à ce qu'on se disait au début, j'ai jamais démarché aucun client. Et donc tous mes clients sont venus à moi par le bouche à oreille. C'est une chance et en même temps, c'est une sorte de contrainte puisque je n'ai jamais fait de commercial. Et l'autre moment de doute, j'ai pu également avoir des moments...
- Speaker #0
de réflexion ou de doute lorsque le résultat lié à la VAE d'une personne n'était pas celui que j'attendais. Je me disais que mon accompagnement n'avait pas été assez poussé, que peut-être j'étais en perte de vitesse, que je ne m'intéressais pas assez à la personne, que je n'avais pas été assez curieuse. Et puis, c'est vrai que ça repartait avec le prochain candidat. Alors, c'est vrai que ça ne m'est pas arrivé souvent, puisque j'ai eu 95% de réussite, mais c'est vrai que la réflexion est toujours là.
- Speaker #1
Alors, est-ce que ton envie initiale, elle en a généré d'autres au fur et à mesure que tu avançais dans le temps ?
- Speaker #0
Alors là, j'ai à un moment donné, j'ai fait un pas de côté. Je ne sais pas si tu le sais, mais chez Danone, à un moment donné, on disait qu'il faut croire en ses rêves et donc en ses envies. Et pendant deux ans, pendant que j'étais consultante pour L'Oréal en 2013 et 2014, j'ai eu une furieuse envie. de monter une boutique de jouets et de cadeaux pour la maison dans le même temps. Donc j'étais de temps en temps consultante pour L'Oréal principalement et dans un autre temps, je montais mon magasin de jouets et de cadeaux. C'est vrai que j'ai adoré réaliser ce rêve. Pendant deux ans, j'ai monté une boutique proche de mon domicile. La boutique s'appelait Coffre à cadeaux. KO, FRA, KDO, avec 60% de jeux pour les enfants, principalement de la marque Djeiko, et puis 40% de cadeaux que j'allais dénicher au salon maison et objets deux fois par an. J'ai adoré cette expérience, c'était une expérience incroyablement enrichissante. Et c'est vrai que j'aurais eu plusieurs vies, je pense que j'aurais pu monter des franchises de coffres à cadeaux, j'aurais adoré ça. Mais on parle d'envie et mon envie de continuer la VAE et de développer Rebond RH a été plus forte. Et donc, j'ai arrêté cette parenthèse enchantée.
- Speaker #1
J'imagine qu'il y a plein de choses comme ça qui ont dû t'arriver pendant que tu accompagnais des gens. Qu'est-ce que tu disais ou qu'est-ce que tu dirais à quelqu'un qui a perdu l'envie ou qui cherche son envie ?
- Speaker #0
Alors, cette question, tu me la... poser avant qu'on réalise l'entretien pour que j'y réfléchisse quand même, parce que c'est pas évident. Et ce que je dirais à quelqu'un qui a perdu l'envie, c'est que l'envie n'est pas une ressource infinie. C'est une énergie fragile qui peut s'épuiser, de mon point de vue. Et si elle semble absente aujourd'hui, ça veut pas dire qu'elle est perdue pour toujours. Elle dort, elle attend un terrain fertile pour renaître. Et donc, les pistes que je pourrais partager, c'est plutôt accueillir le manque d'envie sans culpabilité, parce que souvent, les personnes se sentent coupables et ce n'est pas l'idée. Et donc, ne pas forcer, ne pas juger, traverser une période de vie des humains. On l'a tous vécu. Donc, parfois, c'est même une étape nécessaire pour que quelque chose de nouveau émerge et pour qu'une autre envie apparaisse. Et donc, il faut aussi revenir peut-être à des petites choses. L'envie renaît souvent par des gestes modestes, par exemple comme savourer un moment simple, écouter de la musique, se laisser toucher par un sourire, une marche, un parfum, un souvenir heureux, pour que les petites choses soient intéressantes. Se reconnecter à ses valeurs, qu'est-ce qui compte vraiment pour moi ? Parfois l'envie se perd quand on vit décalé par rapport à ses besoins ou convictions. retrouver ce qui donne du sens peut rallumer l'élan et peut rallumer l'envie. Oser demander et recevoir, c'est vrai que parfois l'envie renaît grâce aux liens aux autres, c'est important, une parole, une écoute, un regard bienveillant, et l'énergie circule et recevoir peut redonner l'envie de donner aussi et de recevoir, ça c'est sûr. Et puis accepter que l'envie se cherche, c'est vrai que l'envie n'est pas... toujours donné d'avance. Ça se construit en expérimentant, en explorant, en tâtonnant. Et il est normal de ne pas savoir tout de suite ce qu'on désire.
- Speaker #1
Et pour finir, quelle est ta propre définition de l'envie ?
- Speaker #0
Alors, ça aussi, c'est une question compliquée. Pour moi, c'est un mouvement intérieur qui te pousse à agir pour améliorer la vie. Le bien-être ou quelque part l'état émotionnel de l'autre, sans nécessairement en attendre un retour. Alors c'est vrai que moi j'aime bien quand même parfois attendre un petit geste en retour, ça fait toujours plaisir. Mais cette envie, elle peut se manifester de plusieurs manières, en fait de façon émotionnelle, avec le fait de ressentir de la joie ou de la satisfaction à voir l'autre heureux. Et puis comportemental également, poser des gestes concrets, aider, soutenir, offrir, écouter. Cette envie, elle se distingue par une intention altruiste, vouloir le bien de l'autre pour lui-même. Et cette envie peut aussi se distinguer également par un effet miroir, c'est-à-dire que faire du bien aux autres, ça procure aussi un bien-être personnel. Je suis contente que l'autre soit content et c'est ça qui est intéressant. Et d'ailleurs, certains psychologues associent l'envie à l'empathie active, moi j'aime bien ça, ou à la compassion motivée. Non seulement comprendre ou ressentir la souffrance ou le besoin d'autrui, mais aussi être poussé à agir pour y répondre.
- Speaker #1
Est-ce que tu veux dire un dernier mot avant de conclure ?
- Speaker #0
Alors, écoute, c'est vrai que ça ne se voit pas, mais je souris parce que j'ai aimé cet entretien. Et j'aime l'idée de continuer à avoir envie toute ma vie. Merci Eric, merci.
- Speaker #1
Merci Laurence, merci pour tout. Ce que vous venez d'entendre n'est pas une success story. C'est juste la voix de quelqu'un qui a activé une envie profonde. En l'occurrence, la sienne. Et vous, elle dit quoi la vôtre en ce moment ? Écoutez-la, laissez-la parler. Et souvenez-vous bien que l'envie est à la vie ce que la noisette est pour l'écureuil. Une réserve d'énergie, de plaisir, parfois même de survie. Alors ne laissez personne appuyer sur le bouton play de vos envies à votre place. Sauf peut-être pour écouter un prochain épisode des podcasts de l'envie.