- Speaker #0
Bienvenue dans les podcasts de l'an. Chaque épisode est une porte entrecouverte sur une décision, un moment, un déclic. Une action qui aura souvent été à l'origine de bien belles aventures. Ici, l'envie n'est pas un mot abstrait. C'est une force concrète, celle qui sépare ceux qui rêvent de ceux qui font. Alors aujourd'hui, je reçois Gilles Rataport. Alors Gilles, on se connaît bien depuis un certain nombre d'années. Il habite à Paris et son métier, c'est dessinateur de presse. Alors dessinateur de presse, c'est quoi ? C'est quelqu'un qui a, à côté de ça, écrit des livres, fait des milliers de dessins humoristiques, à la fois dans le cadre de séminaires, pour des journaux, aux procédures, aux situations, etc. Et sa plume, je dirais, et son sens de répartie, moi, me va bien. Et il est un peu dans la bonne ligne de la bande de l'envoi d'un charbon. Et je suis très content de le recevoir parce que Gilles m'a fait partager quelque chose d'incroyable, qui est né, j'imagine, d'une de ses envies. Et ce qu'il m'a fait vivre, c'est un spectacle. Je vais lui laisser la parole tout à l'heure, mais c'est un spectacle qu'il a fait pour les 80 ans de la Maison d'Izieux. La Maison d'Izieux, pour ceux qui ne le savent pas, c'est une maison qui a été ouverte dans les années 40 dans l'Ain, à côté de Lyon. et qui accueillait des enfants juifs entre 1943 et 1944. Et puis ensuite, il y a eu un grand drame, puisque ces enfants ont été raflés par les équipes de Klaus Barbie, ils ont été débordés. Et un jour, Gilles m'invite, il me dit « Je vais faire ça, est-ce que ça te dit de venir ? » Et là, oui, donc je suis allé voir ça. Et maintenant, j'ai le plaisir de recevoir Gilles. Bonjour Gilles.
- Speaker #1
Bonjour. Je voulais juste reprendre rapidement. Le spectacle a été créé pour les 80 ans de la rafle de la Maison des Yeux. Pas de la maison elle-même. La Maison des Yeux, c'est un mémorial qui a été créé dans les années 80. Je pense que c'est même Sémiterrand, il me semble, qui l'a créé. À la demande de Madame Zlatin, qui était la directrice à l'époque de la Maison des Yeux. C'est une maison qui était une colonie, effectivement. où les enfants juifs qui étaient séparés de leurs parents pendant la guerre étaient envoyés avant d'être dispatiés dans de nouvelles familles, en tout cas des familles d'accueil qui pouvaient les cacher. Et c'était un endroit absolument incroyable, tu as été le voir, c'est une colonie de vacances dans un décor absolument magnifique, où les enfants étaient avec pas mal d'adultes qui s'occupaient d'eux, dont évidemment la directrice Madame Zlatin et le directeur Monsieur Zlatin. Et ils étaient... On savait qu'ils étaient là, mais en toute la région on savait que les enfants en juif étaient cachés là-bas, sans être réellement cachés. Les Allemands aussi le savaient, a priori. Et il y a une centaine d'enfants, voire plus, presque 200 enfants, je crois, qui sont passés par cette maison entre 42, 43 et 44. Et le 6 avril 1944, le jour de la rafle, il y avait 44 enfants. et je crois aussi sous l'Italie, je ne me souviens plus exactement. Et effectivement, c'est Klaus Barbie, aidé de militia, qui est venu chercher les enfants alors que la guerre était perdue pour les Allemands, il le savait tous, mais chasser les Juifs et les exterminer était plus fort que la défaite. Il fallait absolument aller chercher ces enfants et les envoyer à Drancy. Sur ta question sur l'envie, en fait c'est une envie multiple. C'est ça qui est assez passionnant. La première envie, c'est Roland de Causse. Roland de Causse, elle a écrit un texte poétique qui s'appelle « Les enfants d'Izieux » . Elle l'a écrit suite au procès Barbie, donc il y a plus de 30 ans. Un très très beau texte qui a été énormément diffusé dans les écoles. Elle a beaucoup circulé, elle a beaucoup... Enfin, il est étudié en classe, voilà. Et Roland de Causse, elle a plus de... 85 ans aujourd'hui, c'est 87 ou 88, elle est fille de résistante. Sa mère, donc, était résistante, a été fusillée pendant la guerre et toute son œuvre littéraire tourne autour de l'enfant dans la guerre. Donc, ce texte, « Les enfants d'Izieux » , c'est son texte emblématique et elle a eu l'envie très très forte, parce qu'on travaille ensemble depuis près de 20 ans, de... Faire une version illustrée de ce texte pour les 80 ans de la RAF, qui était donc en avril 2024. Donc dès 2022, elle m'a demandé si je voulais illustrer ce texte, son texte, et si j'en avais envie, évidemment, pour en faire une version illustrée, trouver un éditeur et qu'il soit prêt pour les commémorations des 80 ans de la race. Donc ce projet part d'abord de l'envie de Roland. Moi, Les Enfants d'Izieux, c'est un moment dans l'histoire... de la Shoah qui est absolument essentielle pour moi, dans le sens où il y a une dimension symbolique. Et puis il y a la photo des enfants, surtout lors du carnaval, qui est une photo qui m'a accompagné toute ma vie, depuis que je suis enfant, moi-même. Donc évidemment, j'ai dit oui, j'avais très très envie d'illustrer le texte. Et là-dessus, il y a une autre envie qui s'est greffée, c'est un ami, Lionel Belmondo, musicien de jazz, compositeur, qui depuis... Un certain temps, on m'avait dit qu'il avait envie d'illustrer, enfin d'illustrer, de mettre en musique une collaboration, en fait de créer un spectacle dessiné, un concert dessiné au départ. Concert dessiné, moi ça ne m'intéressait pas tellement, je lui ai toujours dit, juste dessiner en musique, ça n'a pas beaucoup de sens pour moi, il faut qu'il y ait du fond. Et on avait fait un premier essai avec Roland sur un texte que j'avais illustré qui était le Convoi des Mers, qui n'avait rien donné. C'est-à-dire qu'on avait même... pas réussi à pousser le projet très loin simplement à cause du Covid. En gros, on avait commencé à travailler, le Covid était arrivé et donc on n'avait pas poussé beaucoup plus loin. Et là, j'ai proposé à Lionel de participer au projet, donc de monter le spectacle en parallèle du livre qu'on allait faire. Et dès qu'on a eu un éditeur, les éditions 2, un éditeur québécois, on a mis en route le projet de spectacle et... L'envie de Lionel de faire un spectacle dessiné, un concert dessiné, s'est matérialisée comme ça. Donc en fait, on peut dire qu'il y a eu trois envies concomitantes qui se sont assemblées au bon moment. Ça a été compliqué de donner envie justement à la Maison des yeux de prendre le spectacle pour les commémorations. Roland les connaît très bien, elle connaissait très bien le directeur. Et on l'a appelé tout de suite pour lui dire voilà on va faire un livre, on va faire la version où il se fait des enfants de 10 yeux. On va monter un spectacle avec un très très grand Jasmine puisqu'il est quand même multiprimé aux Victoires de la Musique. Et ses disques et ses compositions. Et on aura même peut-être une actrice célèbre qui était partante au début du projet, Anna Munglalis, qui était d'accord. Et donc on appelle très très enthousiaste, on est persuadé qu'ils vont avoir envie de prendre le spectacle. Et là-dessus c'est la douce froide puisque le directeur nous dit, mais écoutez nous les commémorations on travaille dessus depuis très longtemps, on a nos spectacles, tout est prévu, il n'y a pas de place pour vous, on est très content que vous fassiez ça mais on ne vous intègre pas au programme. Et ça a été vraiment la douce froide pour tout le monde. y compris pour Lionel, mais moi dans la discussion qu'on avait eue au téléphone, j'avais quand même le sentiment qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas, mais qu'il n'était pas totalement fermé. Mais il y avait quelque chose qui bloquait. Donc je l'ai rappelé très rapidement dans la semaine qui suivait, parce qu'il n'avait pas fermé la porte non plus entièrement. Et je l'ai interrogé justement sur son manque d'envie. Et là-dessus, il m'a expliqué très simplement que les Enfants d'Izieu, c'était un texte qui avait 30 ans, qui avait été écrit alors qu'il y avait très peu d'archives encore sur les enfants, que depuis 30 ans, la maison d'Izieu avait rassemblé énormément d'archives, et que depuis des années, elle avait plutôt envie de mettre en avant la vie des enfants plutôt que la rafle, leur déportation et leur mort. Et tout le travail qu'ils faisaient, c'était pour redonner... une identité à tous ses enfants. Ce qui était très clair, et on comprenait très bien le sens de son message, c'était que le texte n'est plus adapté au travail de la maison d'Izieux. Donc on lui a demandé, si on reprend le texte, est-ce que ça peut l'intéresser ? Si on l'améliore, si on rajoute une partie justement sur la vie des enfants dans la colonie, est-ce qu'il pourrait nous suivre ? Il a dit pourquoi pas, mais de toute façon le spectacle qu'il pense faire jouer pour les commémorations, il est prévu, il est acheté. C'est avec l'Opéra de Lyon, c'est un gros truc. Et donc, on peut travailler de notre côté, mais il n'y a pas de raison qu'on vienne pour les 80 ans. Peut-être qu'il nous fera jouer à un autre moment, peut-être que ça l'intéressera à un autre moment dans l'année ou plus tard. On travaille, surtout Roland qui reprend le texte, et nous on continue à avancer de notre côté, notre petite équipe, c'est-à-dire qu'on se réunissait régulièrement, une fois par semaine, avec Lionel Belmondo, Roland Causse. Laurent Fickelson, le dessinateur, le pianiste. C'est toi ? Voilà. Et François-Marie Ponce, un ami réalisateur qui vient de l'entreprise. C'était la première personne qui m'ait fait travailler. Il avait un cabinet de communication et de formation. C'est grâce à lui que j'ai intégré le monde de l'entreprise. C'est grâce à lui que j'ai fait de l'événementiel. Il est à la retraite maintenant depuis une bonne dizaine d'années. Il a repris sa passion, à savoir le... le film documentaire, les interviews, le réel. Et il a ce regard de chef d'entreprise, de communicant et de formateur pour les entreprises et sur le travail d'équipe. C'est très important parce que ce qui nous intéressait, c'était de créer un documentaire et d'avoir des images vidéo dont on pourrait servir et en communication et pour raconter la création du spectacle. Donc c'est une personne qui... Tout en n'étant pas sur scène a beaucoup d'importance dans la création du spectacle. Assez rapidement, le projet, on y travaille une fois par semaine, il prend forme tout doucement. Anna Mougdalis, elle, elle a disparu de la circulation, mais sans douter, elle nous a dit qu'elle était très prise et qu'elle réinterviendrait à un certain moment et pas de suite. Donc nous, on travaille sans elle, sans comédienne. Donc on travaille sur le texte, sans le dire. On travaille sur la musique essentiellement. et un petit peu sur les dessins, très peu. On tient au courant la maison d'Isul d'avancer du projet, en lui envoyant justement des films que François-Marie fait, pour qu'il se rende compte de ce qui se crée. Et là-dessus, assez rapidement, en fait, il nous rappelle et il nous dit « Bon, écoutez, avec l'Opéra de Lyon, c'est trop compliqué, ça ne va pas. Ils ne reviennent pas vers nous quand il faut, ils nous mettent dans une situation difficile, on n'est pas sûr de ce qu'ils vont faire. » c'est trop gros, c'est trop lourd, c'est trop compliqué. Ce qu'on a vu, ça nous convient. Donc, c'est vous qui viendrez. Et ça, ça a été à la fois un grand moment, puis à la fois, on n'avait pas trop de doutes sur le fait qu'on arriverait chez eux d'une façon ou d'une autre, parce que le projet avait beaucoup de sens. Lionel, lui, il a toujours pensé que c'était un... un projet unique dans le sens où on concevait tout en même temps, dessin, musique, on retravaillait le texte. Moi, j'ai l'impression que ça existe dans beaucoup d'endroits qu'il y a énormément de concerts dessinés ou de spectacles dessinés, mais effectivement, le fait de tout créer ensemble, ça a eu beaucoup de sens dans la construction et dans la qualité du spectacle. Donc si je peux résumer... Ce sont des envies convergentes qui ont créé ce spectacle. Moi, mon envie, elle a toujours été de travailler avec Lionel. Je trouvais ça super intéressant. Elle a toujours été de travailler avec Roland parce que je l'aime énormément et j'admire son travail et ses textes. Elle a toujours été dans mon envie de dessiner. Elle n'a jamais cessé depuis que je suis né quasiment et jusqu'à la fin.
- Speaker #0
En plus, cette envie, elle a donné envie parce qu'à la base, il voulait travailler avec d'autres gens. Et puis, j'imagine que devant vos insistances, votre travail, la reformation du texte, etc. Mais avant d'aller plus loin, c'est quoi ce spectacle ? Parce que moi, je l'ai vu, mais pour celui qui ne l'a pas vu, c'est un spectacle qui mixe de la voix, qui mixe de la musique, qui mixe du dessin qui est fait en live, parce que ça, il faut le préciser, je pense. Mais tout ce que vous avez pensé, c'est quelque chose d'assez unique, me semble-t-il. Est-ce que tu peux l'expliquer en quelques mots pour ceux qui n'ont pas vu ce spectacle ?
- Speaker #1
Le spectacle s'explique de façon assez simple. Il y a une base de texte, qui est le texte de Roland Kos, donc qu'elle a réécrit en partie, qui est dit par une comédienne. Et en parallèle, il est mis en musique par Lionel Belmondo, qui a composé des morceaux en s'inspirant de compositeurs des années 40. de grands compositeurs classiques français des années 40, et en la réinterprétant en jazz. Et là-dessus, moi, je dessine en direct. Ce qui se passe, c'est qu'on a organisé littéralement les passages entre le dessin, la musique, le texte. C'est-à-dire que ce n'est pas « je ne dessine pas quand je veux » , la musique ne part pas quand elle veut, le texte n'est pas dit comme la comédienne le veut. On a vraiment calé, on a vraiment créé un spectacle où tout est organisé, tout est réglé. C'est un spectacle de jazz quand même, donc il y a une grande part d'improvisation. Et ce qui est très important aussi à savoir, c'est qu'il existe sous deux formes, une petite et une grande forme. La petite forme avec juste deux musiciens et la grande forme avec six musiciens. Donc ce que voit le spectateur, c'est une scène avec des musiciens et une comédienne, un écran géant, souvent derrière nous. Et tout au long du spectacle, entre la musique, le... texte, moi j'accompagne la musique, le texte et je dessine en direct, donc le spectateur voit les dessins se créer littéralement à l'écran c'est un travail à l'encre de Chine donc c'est assez sportif parce qu'il n'y a aucun remport, il n'y a que possible à l'encre de Chine on me voit dessiner quand je dis qu'on me voit dessiner c'est que je suis sur scène mais on voit surtout, la caméra est fixée sur le dessin on voit ma main ... On voit le pinceau, on voit le dessin apparaître. Et là où je dis que c'est sportif, c'est que j'ai entre une et trois minutes maximum pour chaque dessin. Mais tout est composé de telle façon que ce soit extrêmement fluide. Et la preuve en est que le spectacle est réussi. C'est que quelle que soit la salle dans laquelle on a été, quel que soit le public, un public d'enfants, un public d'adultes, tout public, il y a un silence absolument extraordinaire pendant tout le spectacle. Et ce qu'on a appris, en tout cas ce qu'on a compris assez rapidement, c'est que le dessin en direct fascine totalement le spectateur. Il invite à une forme de concentration qu'on n'imaginait pas. Ensuite, ce qu'on m'a dit, c'est que souvent le spectateur est capable de suivre deux médias, alors qu'il y en a trois, suivant ce qu'il est. Donc les spectateurs suivent soit le texte et le dessin, soit le texte et la musique, soit la musique et le dessin. Et ils sont extrêmement concentrés sur ce qu'ils voient, sur l'expérience théâtrale dans laquelle ils sont. Et le spectacle est assez court et assez intense, et après l'histoire elle-même est assez dramatique puisqu'on va jusqu'à Auschwitz quand même dans cette histoire. Mais la forme qu'on a choisie, ou en tout cas celle dont on a eu l'intuition qu'elle serait la bonne, texte, musique, dessin, fonctionne merveilleusement bien. et la transmission de la mémoire des enfants, c'est quand même le but de ce spectacle, marche. Les spectateurs entendent l'histoire, la comprennent quand c'est possible et ils sont extrêmement sensibles.
- Speaker #0
À partir du moment où cette envie commune de faire ce spectacle et cette envie... du directeur de le recevoir, combien ça prend de temps ? Et puis comment on passe d'une idée, on va dire conceptuelle, à quelque chose de vraiment réel, concret ? Et puis, dans la foulée, ça veut dire que si jamais tu joues le spectacle plusieurs fois, ça ne sera jamais la même chose, puisqu'il y a quelque part du live. Donc cette envie, elle est toujours présente, mais par contre, elle ne s'exprime pas toujours de la même manière en fonction de ton humeur, de la salle, des gens, etc. Mais surtout, est-ce que tu peux nous... Racontez un peu l'histoire entre la Genèse et la première réalisation de 2024, à Elisio d'ailleurs.
- Speaker #1
Oui, ce qui est absolument essentiel pour comprendre comment s'est passée la création, c'est que nous sommes tous des professionnels dans notre partie, et même des grands professionnels. Moi, grâce à des gens comme toi, avec qui j'ai travaillé, Je n'ai pas de stress ou d'inquiétude particulière sur le dessin en direct. J'en ai fait beaucoup en convention, en séminaire. C'est du dessin d'humour. Et quelque part, c'est beaucoup plus difficile que ce que je fais sur scène. Parce qu'il faut que j'improvise en écoutant ce qui se dit sur scène et que je le transforme en dessin d'humour. Donc, il y a une obligation de le réussir à chaque fois. Et puis après, je suis un illustrateur de très très longtemps. depuis des années et des années. Lionel Belmondo, comme Laurent Fickelson, ce sont deux grands professionnels du jazz, Belmondo en particulier. Et Roland Coe, c'est une écrivaine qui a 50 ans de métier. Anna, au départ, donc a été remplacée, on peut le dire tout de suite, par Pascale Blaison. Pascale, elle est de notre génération, elle est comédienne depuis plus de 30 ans. C'est une grande, grande comédienne. C'est une très bonne comédienne. Et surtout, c'est une marionnettiste et c'est quelqu'un qui a un très grand sens musical aussi. Tout ça pour dire qu'on n'est qu'entre professionnels et chacun, dans sa partie, a une expertise qui ne peut pas être discutée ou remise en cause par les autres. Qu'est-ce que ça veut dire ? Pour comprendre la façon dont ça s'est construit, ça veut dire qu'à aucun moment, on n'a eu besoin ou même imaginé... prendre un metteur en scène avec nous. À aucun moment, on s'est dit, il va y avoir quelqu'un qui va superviser tout ce travail et qui va nous dire ce qu'il faut faire. Dès le départ, on s'est dit, les musiciens ont leur composition et c'est de leur responsabilité. La comédienne, c'est de sa responsabilité de dire son texte. Et c'est ce qui, a priori, a fait peur à Anna parce qu'elle n'était pas dirigée. Donc elle devait prendre toute la responsabilité de son travail. Et elle n'en est pas capable. Donc Pascale, comédienne, elle travaille son texte. Roland, quand elle écrit, elle reprend son texte et personne ne dit rien. C'est elle qui décide pour le texte. C'est Lionel qui décide pour la musique. C'est moi qui décide pour les dessins. Et c'est Pascale qui décide pour ce qui est du texte. Enfin, de la face mentale, va le dire. Et là-dessus, il y a François-Marie, donc. qui lui a son regard et de réalisateur et ce regard extérieur de communicant et de formateur et d'expert en entreprise qui va apporter ce liant non pas dans les décisions artistiques mais dans la façon dont il perçoit le travail en commun. Et il n'y a eu, pendant ces un an et demi de travail, il n'y a jamais eu une engueulade, jamais eu... un problème, jamais eu un souci parce que quand on parlait musique, c'est Lionel qui avait le dernier mot, le Final Cut. Quand on parlait dessin, c'était moi. Quand on parlait du texte, c'était Roland. Et quand on parlait de la comédienne, c'était Pascal. Et ça, ça a fonctionné de façon absolument extraordinaire. Donc on a construit le projet assez simplement, comme on n'avait pas de comédienne au départ. On a commencé par la musique. On avait le texte. Et Lionel a composé les morceaux en s'inspirant du texte. Ça a été plutôt long parce qu'il nous faisait écouter régulièrement le composé. Et on cherchait à quel moment c'était le mieux. Il a composé je ne sais pas combien de morceaux. En fonction, on ne se posait pas la question du temps ou quoi que ce soit. En fonction des morceaux, on a commencé à retravailler le texte. Et moi, j'ai commencé à imaginer les dessins, à voir où ça pouvait venir. Quel type de dessin j'avais envie de faire ? Et ça s'est construit comme ça pendant des mois, jusqu'en janvier 2024, où Pascal est rentré dans le projet, donc assez tard, parce qu'on avait commencé en juillet 2023. Et là, on a commencé à caler vraiment les interactions texte, musique, dessin, avec juste Laurent et Lionel comme musiciens, donc deux musiciens, la comédienne et moi. Et on a avancé comme ça, en sachant qu'on devait jouer le 6 abri, ce qui a été le 7 d'ailleurs, je crois, puisque le 6, c'était un samedi, et à la Maison des Yeux, ils ne voulaient pas jouer un jour de Shabbat. Donc ça, on passe dessus. Et donc, on a construit notre spectacle comme ça. On ne travaillait que chez moi, où j'ai un piano, une grande pièce à vivre et un piano. Et on s'est retrouvés chaque semaine. Roland, qui connaît pas mal de monde depuis le temps, nous a trouvé une médiathèque et est d'accord pour nous accueillir pour faire une première séance en public, la médiathèque Marguerite Ursema, où on a pu aussi enregistrer les premiers morceaux parce que Lionel avait besoin de les enregistrer pour voir la musique. Et donc on s'est programmé, je crois que c'était pour le 15 mars 2024, à savoir trois semaines avant le 6 avril. ou le 7 avril, qui était la date de représentation à Isieux. On s'est programmé le 15 mars et on a eu une grosse pression à partir de janvier. Moi j'avais appris incidemment en rencontrant un réalisateur qui avait travaillé sur des documentaires sur le procès Barbie, que les grandes commémorations des 80 ans de la rafle, ce sont des commémorations où le président de la République viendrait. Chose qui n'avait pas été annoncée officiellement. Je ne l'ai pas dit aux autres, je ne l'ai pas dit à la troupe pour l'instant pour pas mettre de pression. Et puis en février ou début mars, je crois que c'est devenu officiel. si je changeais toute la toute la le le Ce qui a changé complètement la perception qu'on allait avoir du spectacle, c'est qu'on allait se retrouver à jouer devant des officiels, devant en théorie le président, même si ça n'a pas été le cas, et surtout devant, comme le président venait, il y a eu énormément de monde qui a voulu venir, beaucoup de public. Et il y a eu, puisque c'était sur inscription, 1500 personnes qui se sont inscrites. Ce qui impliquait un immense public, une salle. qui était en extérieur, mais très importante, et une scène aussi, une vraie scène de concert, de festival, une très grande scène qui n'était pas du tout adaptée au spectacle, et un écran immense. Donc une mise en scène, j'allais dire, qui ne correspondait absolument pas à ce qu'on devait faire. Mais on allait jouer le spectacle pour les 80 ans de la RAF, aux commémorations officielles, qui étaient vraiment le but de la création de ce spectacle.
- Speaker #0
Est-ce que l'envie est modifiée par rapport à l'enjeu, je dirais, parce que l'enjeu n'était pas comme cela au départ ? Est-ce que votre envie a été changée, modifiée, boostée ? Ou non, on s'en fout, on trace, et puis de toute façon, peu importe qui est en face et combien on est.
- Speaker #1
Tout s'est joué le 15 mars, en tout cas pour moi, parce que autant Pascal, Lionel et Laurent, ils font de la scène tout le temps, c'est leur métier, les uns en concert, les autres au théâtre. Moi, c'était la première fois.
- Speaker #0
Tu étais plutôt en fond de salle en général, oui. C'est vrai.
- Speaker #1
Voilà. Et donc, l'enjeu était très fort pour moi parce que je ne savais pas trop comment ça allait se passer, ce que j'allais faire. Enfin, si je savais ce que j'allais faire, mais au fond de moi, je n'étais pas trop inquiet, mais à la fois être sur scène, en direct, et bien suivre tout ce qui se passe, être bien calé par rapport aux musiques, par rapport aux textes. Enfin, c'est un métier. Et je ne savais pas ce que ça me ferait. J'étais confiant, je n'avais pas peur de rater. Je ne savais pas ce que ça me ferait. Et en plus, la salle, il y avait 150 personnes, elle était pleine. C'était essentiellement des gens qu'on connaissait puisqu'on les avait invités. Alors, donc une salle entre guillemets acquise, mais une salle qui serait franche aussi avec nous. On n'allait pas attendre à ce qu'ils nous disent qu'ils soient gentils avec nous alors qu'on se connaît par cœur. Et donc, on a joué ce 15 mars. Et ça a été un moment, en tout cas pour moi et pour tout le monde d'ailleurs, d'une émotion extraordinaire. C'est-à-dire que l'intensité qu'on a ressentie tout de suite avec la musique, avec le texte, avec les dessins, le silence de la salle, l'émotion pour moi de dessiner. cette histoire en musique et avec cette évolution où on raconte les enfants, tout se passe bien et puis ils sont arrêtés, ils sont emprisonnés, ils sont déportés et ils sont assassinés et il y a une l'émotion monte en fait au fur et à mesure y compris dans mes dessins et y compris dans ce que je ressens moi avec la musique et là pour moi ça a été un moment extraordinaire parce que j'ai compris que j'avais adoré ça J'ai vraiment adoré le faire. J'ai adoré dessiner en musique. J'ai adoré faire partie de ce spectacle. J'ai eu qu'une envie, c'était de le jouer au-dessus. Parce qu'il y avait une émotion et dessiner dans l'émotion, c'est un truc extraordinaire. Il y a quelque chose de très fort qui ressort. Donc, les commémorations, après, j'avais qu'une envie, c'était d'y être. Et vraiment, je voulais faire quelque chose de beau, quelque chose de grand. Et malheureusement, le spectacle en direct, à l'extérieur, sur une très grande scène, totalement disproportionné par rapport à l'intimité du spectacle, ça n'a pas marché. Et d'autant plus que le public attendait Macron. Et Macron a exigé de venir pendant que le spectacle se jouait. Et quand je dis qu'il a exigé de venir, c'est qu'il arrive en hélicoptère.
- Speaker #0
Après 20 minutes de spectacle, on a deux hélicoptères qui ont survolé la scène. Donc autant dire qu'on a dû s'arrêter, on ne pouvait plus rien faire, rien jouer. Les hélicoptères descendent à 2 km en bas de la Maison d'Izieux. Et après, Macron remonte avec tout le monde en voiture jusqu'à la Maison d'Izieux. Dès que les hélicoptères sont arrivés, les gens savaient que Macron arrivait. Et une très grande partie sont parties le long de la route pour voir Macron arriver. Donc on a joué, ça a été difficile. Ça a été très désagréable. Mais on l'a joué quand même et nous, on était venus pour ça. Donc, on était très contents de l'avoir fait. Mais il n'y a pas du tout eu la même force, la même puissance que lors du 15 mars, quand on l'avait joué à Yursema. Heureusement, la Maison des Yeux ne nous payait pas pour cette représentation. Ils nous avaient invités pour la nuit des musées, au mois de mai. Et ils nous avaient acheté avec la grande forme, donc avec tous les musiciens. C'était une façon de nous payer pour tout ce qu'on a fait pour eux. C'est là où j'étais invité à venir. Oui, j'étais là, tout à fait. Et donc cette représentation-là était très, très, très importante pour la suite, puisque c'était la première fois qu'on l'a jouée avec les musiciens. Et la salle, c'était le musée. C'était ni fait ni à faire. Ce n'était pas un espace scénique, en fait. On l'a organisé comme on pouvait. Mais il y avait un très bon son. un public qui était venu pour nous et pour les enfants. Et la représentation, elle a été magnifique. Elle a été très belle. Et l'émotion que j'avais ressentie le 15 mars, elle a presque été décuplée ce jour-là. Et là, Lionel n'avait pas trop d'inquiétude là-dessus. Moi, je ne savais pas trop. On a été persuadé qu'on avait vraiment fait un spectacle de qualité, et qu'il y avait de l'intérêt, qu'il y avait du sens. À partir de là, on a vécu d'envie de le rejouer. Et vraiment de le rejouer, de le rejouer. Et pas trop souvent, parce que pour moi, il ne faut pas gâcher cette énergie. Et à chaque fois qu'on le rejoue, comme on ne le joue pas trop souvent effectivement, je retrouve cette envie très très forte de le jouer. et on gagne en qualité. Alors c'est étonnant parce que eux le savent, les comédiens, la comédienne et les musiciens le savent, un spectacle c'est très long à mûrir. Et les dernières représentations, elles datent d'il y a deux semaines, elles étaient encore meilleures que les premières. Et parce qu'il y a... Les musiciens maîtrisent complètement leur art et ils ont tout. trouver une liberté extraordinaire dans leur jeu. Et moi, en dessin, ça évolue. C'est-à-dire qu'il y a des dessins que je fais maintenant qui me plaisent énormément. Il y en a qu'il faut que je change. J'en ai bien conscience, même si je n'ai pas assez travaillé pour l'instant. Ça, ça fait partie du travail que je vais faire pour les prochaines représentations. Mais on a trouvé... On est sur un mode... Comment dire ? Ça roule. ça tourne et le spectacle est abouti aujourd'hui. Même s'il va encore changer, parce que visiblement, on va avoir une résidence l'année prochaine à la Seine-sur-Mer, ça a l'air bien parti, où on va enregistrer, filmer et retravailler l'ensemble pendant une semaine, je crois.
- Speaker #1
Alors, comment on garde justement cette envie ? Parce que tu as eu l'envie de créer, tu as eu envie de convaincre le directeur de la Maison Bisieux. Ensuite, tu as eu un... on va dire un premier échec, mais c'est pas de ta faute, c'est juste qu'il s'est passé des choses qui n'auraient jamais dû se passer. Et puis derrière, tu as cette espèce d'apothéose dans laquelle, effectivement, j'étais présent et j'ai vu, et quand je t'écoute, j'avais à dire la même chose, parce que c'est ce que j'ai ressenti. Mais maintenant, quand tu continues ce spectacle, quand tu le fais petit à petit, cette envie, elle est toujours là, où elle était là, à la création, et aujourd'hui, maintenant, c'est plus de l'interprétation, ou est-ce qu'on remet toujours en cause au fur et à mesure qu'on avance ?
- Speaker #0
on remet toujours en cause. Et l'envie, elle est là, parce que l'envie, elle est toujours de faire des meilleurs dessins, elle est toujours de retrouver. Alors, c'est quelque chose qui est... L'émotion que j'ai eue le 15 mars et en mai, à la Maison des yeux, c'est des émotions que je recherche constamment. Je veux retrouver la même émotion quand je dessine. Je veux revivre cette même émotion quand je joue le spectacle. Je veux finir avec les larmes aux yeux, en fait. Parce que je sais que ça se ressent dans mon dessin. Parce que je sais par les spectateurs qu'on ressent l'émotion. que j'ai en voyant mes dessins, en me voyant les faire en direct, en me voyant les faire, en me voyant hésiter, enfin, il y a un ensemble de choses. Et c'est une émotion que je recherche à chaque fois et que j'ai envie de retrouver parce qu'elle est très forte et parce que cette union qu'il y a sur scène, c'est quelque chose que je vis nulle part ailleurs. Alors eux, les musiciens, ils ont l'habitude de ça. pour moi, c'est unique. Et je ne l'ai, je ne le vis qu'avec ce spectacle. Donc oui, j'ai une envie phénoménale de continuer. J'ai envie de recréer un autre spectacle avec Lionel, qui arrivera peut-être et qui sera peut-être plus lié à la musique là pour le coup, avec un sujet un peu moins lourd. Mais l'envie, elle est très très forte de recommencer à chaque fois. Et de surtout pas en faire un travail répétitif. C'est pour ça qu'il ne faut pas trop le jouer.
- Speaker #1
Dans tout ton parcours, tu as eu des chutes ? Vous avez eu des chutes d'envie à un moment en disant « ça m'emmerde, ça ne marchera pas, et puis ci, et puis ça » ? Ou est-ce que chacun avait des envies complémentaires qui se suivaient les uns les autres ? Ou vous vous êtes automotivé parce que de temps en temps, il y en avait un qui avait une baisse par rapport à quelqu'un d'autre ?
- Speaker #0
Il s'est passé quelque chose d'absolument unique pour nous tous depuis le début. de la création. Et on s'est tous vus samedi soir.
- Speaker #1
Donc aujourd'hui, on est mardi, c'était il y a 4 jours.
- Speaker #0
On est mardi, il y a 4 jours. Pour la fin d'année, puis moi je leur ai donné des dessins à ce moment-là. On a vécu un travail de création unique dans le sens où on a créé un spectacle qui est beau, qui est réussi, qui a du sens pour nous tous. qu'on trouve fort, sans aucune anicroche. Tout a été d'une fluidité extraordinaire, avec une écoute, une attention, un respect de chacun pour chacun. Il n'y avait aucun égo là-dedans. Tout était fait pour qu'on soit heureux ensemble à chaque fois. Et ça marchait comme ça. On a tous vécu une expérience. de création qui se ressent sur scène, à savoir cette unité qu'il y a dans le groupe. On n'est pas une troupe, on est un groupe. Et avec des gens de générations totalement différentes, qui font des métiers radicalement différents, avec des caractères très, très différents, mais très complémentaires. Et ça nous manque. ça nous manque de ne pas nous retrouver régulièrement et de ne pas continuer à travailler encore. Donc c'est pour ça qu'on va faire cette résidence, qu'on va rejouer. Ça a été, alors que ça fait longtemps qu'on travaille tous, ça a été une expérience vraiment unique de création dans une forme de bienveillance mutuelle absolument extraordinaire.
- Speaker #1
Pour quelqu'un qui t'écoute, je pense qu'il y a beaucoup d'envie. d'arriver à ce stade d'envie collégiale, qu'est-ce que tu dirais à quelqu'un que tu intègres dans ton groupe qui n'a plus envie, qui n'a pas envie ? Comment on pourrait remotiver quelqu'un ? Est-ce que c'est quelque chose qui est hermétique parce que vous êtes tous dedans depuis le début ? Ou est-ce que si on intègre quelqu'un, comment on lui redonne envie ? Comment on donne envie, par exemple, peut-être aussi aux spectateurs de suivre et d'aller au bout du spectacle ?
- Speaker #0
Déjà, ils n'ont pas le choix parce qu'ils sont dans la salle. Par exemple, si je pense aux enfants que les enseignants emmènent, que ce soit les collégiens, les lycéens ou même des CM2 qu'on a eus, ils n'ont pas envie de venir. Mais très vite, ils ont envie de rester. Ça, on l'a vu. Parce qu'à chaque fois qu'il y a eu des scolaires, on a eu un silence dans la salle absolument extraordinaire, quelle que soit la tranche d'âge. Donc, ils sont saisis tout de suite par la proposition artistique, musicale et dessinée. C'est quelque chose qui les fascine. Donc, je peux te garantir qu'ils ont envie de rester quand ils ont commencé et qu'ils ont envie d'avoir les dessins à la fin du spectacle. Enfin, je veux dire, tout le temps, on me demande les dessins que je ne donne pas parce que c'est un choix. Mais effectivement, ils ont envie de rester. Quelqu'un d'extérieur ? il faudrait qu'il ait là c'est plus une question d'envie quelqu'un d'extérieur il faut qu'il aime la musique de Lionel il faut qu'il aime le texte il faut qu'il aime mon travail de dessinateur s'il n'aime pas ce qu'on fait l'envie n'a rien à voir dedans en revanche s'il aime ce qu'on fait l'envie viendra d'elle-même l'envie de participer François-Marie il est venu comme témoin parce que je lui ai demandé et au bout d'une séance il a eu envie de rester. Il a eu envie de nous accompagner tout le temps, à chaque répétition, à chaque représentation et il a envie d'être avec nous tout le temps, il nous suit, il vient même s'il n'a plus son travail de documentariste, il finit. Il a envie d'être avec nous, il a envie de voir le spectacle vivre et il a envie de passer du temps avec nous. On a créé une communauté artistique. et amicale à laquelle on tient énormément. On ne sait pas s'il y aura un autre projet, mais en tout cas, on a beaucoup de mal à ne pas se voir.
- Speaker #1
Vous avez quand même travaillé sur un support, on va dire, qui était quand même exceptionnel. Il y a une cause derrière tout ça. Ce n'est pas quelque chose de futile. Quelle est l'importance de ça par rapport à l'envie que vous avez tous eue ? de mettre en avant cette histoire qu'avait écrite Hollande. Et quand tu me parlais, par exemple, de la scène sur mer, est-ce que tu penses que délocaliser ce spectacle et de ne pas le faire dans la maison des yeux, ça peut perdre, entre guillemets, une certaine puissance ? Non,
- Speaker #0
non, non. Parce qu'en fait, l'intérêt de ce spectacle, c'est de parler de l'enfant dans la guerre, c'est de parler de tous les enfants dans la guerre. Et c'est très emblématique, les enfants des yeux, c'est la Shoah. Donc il y a quelque chose d'exceptionnel, mais l'enfant dans la guerre, ça touche tout le monde, n'importe où. Donc le public qui viendra est un public qui sait pourquoi il vient normalement, je suppose. Roland, c'est très important pour elle, son travail de transmission. Moi, ça fait longtemps que je travaille sur la Shoah. J'ai ce défaut de trop connaître ce qu'on peut faire avec la Shoah et de savoir qu'on peut faire des choses très fortes parce que le sujet est très fort. Lionel, il a une perception assez, j'allais dire animale. Il sait qu'il faut en parler, mais il ne connaît rien à l'histoire. Mais il sait que ça a du sens. il vient d'une famille où il y avait des résistants aussi, il n'est pas juif. Il n'y a que Laurent et moi qui sommes juifs dans la troupe, et ça a du sens, Roland n'allait pas du tout juif, Lionel non plus. On a un rapport à la judaïté et à la Shoah, Laurent et moi, qui est très très différent, puisque Laurent n'a jamais travaillé dessus. Là, au moins, ça fait plus de 25 ans que je fais des livres. Donc il y a une... Mais... Voilà, c'est là où je voulais en venir. On a conscience tous, et Roland de la première, que les témoins disparaissants, il faut trouver de nouveaux moyens de communiquer, de raconter la Shoah et de transmettre la mémoire. Et dès le début, on est persuadé que le spectacle, c'est un bon moyen. Alors, le côté multimédia, c'est une intuition aussi. Mais on sait tous, intuitivement, qu'un spectacle sera très fort et permettra de transmettre, surtout à des gamins qui peignent dans le multimédia, qui sont sur écran tout le temps, et ils auront besoin de la musique, des écrans et des images pour suivre le texte. Au départ, on voulait mettre beaucoup plus d'images, des vidéos, des photos d'enfants, on voulait faire vivre tout ce qu'il y aurait à l'écran. mais en fait plus on a avancé dans la création et plus on a simplifié et ce qui était une excellente idée puisque ça fait que on a quelque chose d'assez puissant à l'arrivée moi
- Speaker #1
qui ai vécu la chose je pense que c'est assez et c'est pas une critique minimaliste qui fait qu'on va direct à l'essentiel qu'on n'est pas pollué justement par tous ces écrans et toutes ces choses qu'on a toute la journée on a une voix, un dessin et une musique et nous on est là à écouter ça Et c'est vrai que l'envie, elle naît aussi par rapport au fond. On n'est pas perturbé par une forme qui nous bouffe en regardant tous ces réseaux sociaux, etc. Là, on est vraiment dans le spectacle. c'est comme ça que je l'ai vécu et c'est vrai qu'il y a un côté essentiel dans votre travail qui a été fait et qui se voit et puis moi je suis témoin je change de casquette mais moi j'ai été témoin de votre envie, je vous ai vu et moi aussi j'ai pleuré moi j'ai vu ça et c'est vrai que on a pleuré par rapport à un ensemble, il y avait une émotion dans cette salle qui était très forte et je pense que ça venait de ça justement c'est que personne trichait, tout le monde était dans son univers, dans son art entre guillemets, et puis au final ça fait un cocktail assez fabuleux et cette envie que vous avez propulsée dans la salle, je pense que nous on l'a reçue aussi.
- Speaker #0
Je pense aussi mais moi qui n'ai jamais fait de spectacle je savais rien de tout ça, je savais pas ce que ça faisait, je sais toujours pas ce que c'est d'être dans la salle quand on fait ce spectacle je le sais toujours pas
- Speaker #1
je peux quand même remettre à ce que tu vois tu peux me dire des gens comme toi peuvent me raconter de ce qu'ils vivent bon bah écoute Gilles en tout cas j'ai une dernière petite question c'est quoi pour toi c'est quoi ta définition de l'envie pour toi c'est quoi l'envie c'est
- Speaker #0
une excellente question à laquelle j'ai absolument pas la réponse je sais pas du tout du tout j'y mets j'y mets tellement de choses que je pourrais je serais bien incapable de dire Merci.
- Speaker #1
En tout cas, moi, je te remercie beaucoup d'avoir partagé cette superbe histoire avec nous aujourd'hui. Et je terminerai, est-ce que tu veux rajouter quelque chose qui te ferait plaisir pour clôturer ce podcast ?
- Speaker #0
Écoute, je suis ravi de partager ça avec toi. Je suis ravi du chemin que tu prends aussi. Parce que l'énergie que tu peux avoir avec tes envies, comme l'envie de faire ce podcast, elle est très communicative et elle m'accompagne moi aussi. On a eu l'occasion d'en parler assez souvent. On est dans un monde qui évolue, et professionnellement et humainement. Et c'est extrêmement important d'avoir cette communauté de sentiments, d'esprit et de vie quelque part. Et d'avancer tous ensemble, même si on parle peu ou on se voit peu. Il y a des certitudes qu'on partage. Et pour moi, c'est formidable. que ça se passe comme ça. C'est formidable que mes envies et tes envies nous fassent avancer tous les deux.
- Speaker #1
Bon, écoute Gilles, un grand, grand, grand merci et puis la prochaine fois, on l'écoutera, il sera monté et puis on l'écoutera ou tu l'enverras à toute ta communauté, à tous les gens qui ont travaillé avec toi et bien évidemment.
- Speaker #0
Formidable.
- Speaker #1
Ce que vous venez d'entendre n'est pas une success story, c'est juste la voix. de quelqu'un qui a activé une envie profonde. En l'occurrence, la sienne. Et vous, elle dit quoi la vôtre en ce moment ? Écoutez-la, laissez-la parler. Et souvenez-vous bien que l'envie est à la vie, ce que la noisette est pour l'écureuil. Une réserve d'énergie, de plaisir, parfois même de survie. Alors ne laissez personne appuyer sur le bouton play de vos envies à votre place. Sauf peut-être pour écouter un prochain épisode des podcasts de l'envie.