- Alix Putavy
Quand on parle des maisons d'édition françaises avec des gens qui ne sont pas du milieu, les mêmes noms reviennent souvent, comme si ces structures étaient les seules à exister. Alors dans les faits, il y a une concentration de la production et des ventes indéniables. D'après le SNE, syndicat national édition, 20 maisons ont plus de 5000 textes chacune. Mais quand on prend du recul, on découvre une richesse éditoriale bien plus importante. Toujours d'après le SNE, plusieurs centaines de maisons donnent vie à textes pour les faire parvenir aux lecteurs. Car chaque année, de nouvelles structures voient le jour avec le même objectif. Défendre la littérature sous toutes ses formes, mettre en lumière des voies originales et peut-être parfois décentraliser un peu l'activité littéraire. Et ces nouvelles maisons, d'année en année, font naître les auteurices de demain.
- Stéphanie Vincendeau
Bonjour à toutes et tous. Vous écoutez On vous livre, le podcast d'Editez-nous qui explore les mondes de édition de l'écriture. Nous sommes Alix et Stéphanie, bienvenue dans ce nouvel épisode. débattre de cette question, à savoir quels sont les enjeux, quelles sont toutes les choses un peu cachées qu'on ne connaît pas quand on crée sa propre maison d'édition. En France, il y a quelques années pour David et puis tout récemment pour Mathilde. Donc bienvenue à vous, Mathilde Bonte-Joseph, directrice et fondatrice de Quartier Libre, et David Meulemans, directeur et fondateur des Aux Forges de Vulcain. Je vous laisse un peu vous présenter.
- Mathilde Bonte-Joseph
Bonjour, merci beaucoup. Bonjour. de nous recevoir ici. Alors moi, je suis Mathilde Bonte-Joseph. Donc je suis, comme tu le disais, j'ai créé il y a quelques mois les édition Quartier Libre, qui est une maison de littérature française contemporaine, toute jeune donc, puisqu'on a aujourd'hui trois titres au catalogue et une nouveauté qui va sortir le 12 mars. Moi, je suis éditrice depuis plus de 20 ans, presque 25 ans maintenant, en jeunesse essentiellement. puisque j'ai travaillé pendant 17 ans pour les édition Nathan, au sein du groupe Editis, et ensuite j'ai été responsable des édition d'Univers Science, donc la Cité des Sciences et de l'Industrie et le Palais de la Découverte, pendant quelques années. Et aujourd'hui, je suis éditrice en jeunesse pour une maison d'édition jeunesse qui s'appelle Édition. Donc, Quartier Libre est un projet que j'ai lancé en parallèle, un projet personnel, professionnel, qui me tenait à cœur depuis longtemps. Merci beaucoup.
- David Meulemans
Bonjour, je suis David Meulemans. J'ai fondé les édition Aux Forges de Vulcain en 2010. C'est une maison édition littérature, principalement, qui publie trois types de romans, de la littérature générale francophone, de la littérature générale étrangère et de la littérature de l'imaginaire, qui, elle, est à la fois francophone et étrangère. Initialement, je n'ai pas été formé pour être éditeur, donc j'étais enseignant-chercheur en philosophie. Et même si je reste très attaché à la mission de l'enseignement, de la transmission, de l'apprentissage, je me suis rendu compte que c'était un métier qui me laissait petit à petit. Et en fait, j'avais participé en parallèle à beaucoup de projets culturels. J'ai été pendant presque 23 ans dans des troupes de théâtre amateurs, puis étudiants. J'ai participé à des revues. Et quand j'étais enseignant-chercheur, Je participais à des livres scolaires et parascolaires. Et un jour, un ami m'a apporté un roman qu'il avait écrit, qui était un premier roman que je trouvais très beau et vraiment très atypique. Et donc la maison a été en grande partie créée pour publier Contre-temps de Charles Marie, qui est toujours disponible en librairie. Et depuis 15 ans, les forges grandissent petit à petit. C'est une maison indépendance. qui a pour vocation de rester une maison de taille modeste, avec cette idée qu'il faut faire le moins de titres possible pour le faire le mieux possible. Et donc, on publie autour de 14 titres par an. On est une équipe de trois personnes. Et la blague, c'est que quand on veut apitoyer les gens, on dit qu'on est trois. Mais quand on veut convaincre les éditeurs étrangers qu'on est une grosse maison, on dit dix. Parce qu'il y a trois personnes à plein temps, il y a sept autres personnes qui sont à temps très partiel chez nous.
- Alix Putavy
Le fonctionnement de édition assez régulier. Oui,
- Stéphanie Vincendeau
tout à fait.
- Alix Putavy
Nous aussi, on pourrait faire des blagues de ce genre, en disant qu'on est huit.
- Stéphanie Vincendeau
On est huit. On pourrait dire qu'on est cinq.
- Alix Putavy
Et puis, en fait, quand on regarde au plus large, on est quarante. Voilà. Et vous avez un peu anticipé nos questions. Oui, mais c'est très bien. Quel était votre parcours ?
- Stéphanie Vincendeau
Qu'avez-vous fait avant ? Mais c'est très bien.
- Alix Putavy
mais je voudrais revenir sur pour continuer la discussion sur comment est-ce qu'on en vient à créer sa maison d'édition est-ce que ça veut dire que sans le livre de ton ami tu n'aurais pas lancé ta maison édition c'était quand même un projet qui était en toi à un moment, à cet instant là ?
- David Meulemans
Non, ce n'était pas un projet. Je me rendais compte que je faisais de plus en plus de projets éditoriaux dans le cadre de mes autres activités professionnelles. Et simplement, il faut voir que j'étais souvent assez mécontent de la relation que j'avais avec des éditeurs ou des éditrices, même quand ils étaient très gentils. Leur spécialité, c'était sur un livre de 400 pages de nous envoyer le PDF et avant l'impression, ils nous disaient qu'on avait 48 heures pour tout relire. Donc je détestais ça. et il s'avère que maintenant je fais exactement la même chose donc voilà c'était une contrainte structurelle ils étaient pas particulièrement méchants c'est très dur de s'organiser pour avoir de l'avance en toute chose les gens qui savent le faire, je suis malheureusement pas la personne la mieux indiquée donc petit à petit ça a grandi en moi après je pourrais jouer la carte de la mythologie personnelle Quand j'étais enfant, je faisais des chemins de fer parce que j'avais une passion pour les chemins de fer. Je fabriquais des livres à Noël pour les membres de ma famille. Mais aller voir l'origine d'une passion pour l'édition, c'est un peu excessif.
- Alix Putavy
C'est trop excessif.
- David Meulemans
Par contre, je pense, comme la plupart des éditeurs et éditrices, j'étais un très gros lecteur. Un lecteur de toutes sortes de choses. Il y a quand même eu un déclic très particulier puisqu'on parlait du roman de Charles-Marie. Je revenais de deux ans de séjour professionnel aux États-Unis. Et ce qui m'avait frappé, c'est que l'offre éditoriale en fiction aux États-Unis est structurée de manière très différente de la nôtre. Et qu'en fait, ce qu'on pense être une sorte d'invariant culturel sur la manière dont on fait du roman n'est pas du tout un invariant culturel. Au contraire, ça change selon les pays. Et je m'étais dit, il faudrait s'inspirer de certains types de découpages qui existent aux États-Unis, de découpages presque de genre. et donc les forces sont nées autour de cette idée de pouvoir faire du roman de littérature générale qui est très imaginatif, ou des romans d'imaginaire qui sont très littéraires. Ce qui était un créneau qui n'était pas complètement développé en France, même s'il y avait déjà des romans qui incarnaissaient, mais il n'y avait pas de maison qui voulait porter cet angle. Je pense que le double déclenchement, c'est qu'il y avait ce petit manque de se dire qu'il y a des livres que j'aimerais lire qui n'existent pas encore, et ce roman, textes. à l'époque, qui incarnaient en fait ce qu'on voulait faire. Donc il y a eu la superposition des deux choses.
- Alix Putavy
Je comprends le déclencheur qui a permis à tout le reste de prendre vie.
- Mathilde Bonte-Joseph
Et toi Mathilde ? Moi j'avais depuis longtemps cette idée de créer ma maison, c'est une envie personnelle. À un moment donné, je suis arrivée à un moment de ma vie personnelle et professionnelle où je me suis dit que, je ne sais pas, je me suis sentie légitime, où je me suis dit que c'était le moment. Et donc, j'ai travaillé à ce projet accompagné de quatre personnes qui constituent aujourd'hui le comité de lecture qui m'accompagne pour réfléchir à l'identité de la maison, au type de livre qu'on avait envie de publier. Et je me suis dit, je me donne un an. Si dans un an, je n'ai pas trouvé le manuscrit qui change tout, qui fait que ça en vaut la peine et que j'ai vraiment envie de me lancer, j'arrête. Et un jour, ce manuscrit est arrivé. Et c'est le premier livre qu'on a publié, qui a lancé la maison, qui s'appelle Le cœur quand il explose, de Claire Griouat, qui est textes absolument magnifique. Et je me souviendrai, je crois, toute ma vie du jour où j'ai commencé à le lire. J'avais la chair de poule et une fois fini, j'ai immédiatement recommencé à la page numéro 1 et tout relu intégralement. C'était un éblouissement et je me suis dit on y va. Donc oui, c'est à la fois une très forte envie personnelle et en même temps la rencontre avec textes, avec une autrice qui est un déclencheur.
- Alix Putavy
Parce que tu ne te reconnaissais plus forcément dans les structures qui existaient déjà ou c'était plus grand que ça l'envie que tu avais ?
- Mathilde Bonte-Joseph
Alors c'est plusieurs choses. C'est d'abord parce que moi j'ai fait toute ma carrière professionnelle dans le secteur de la jeunesse et que le milieu édition quand même assez sclérosé. Donc j'avais envie de travailler sur de la littérature adulte, contemporaine. Et puis j'avais aussi envie de lancer un projet qui serait le mien, et de faire mes propres choix, et de trouver des nouveaux auteurs, et de les défendre, et de me lancer dans cette aventure qui est à la fois éditoriale, entrepreneuriale,
- Stéphanie Vincendeau
de prendre en charge tous les aspects,
- Mathilde Bonte-Joseph
de me lancer dans cette aventure-là.
- Alix Putavy
Et il n'y a pas eu la peur d'avoir les autres aspects qui pourraient venir prendre le pas sur le côté purement éditorial qu'on peut avoir quand on est éditeur ou éditrice uniquement, et donc on travaille sur textes principalement. Quand on est directeur, fondateur, moi je n'ai pas cette expérience, mais il y a d'un seul coup beaucoup plus de responsabilité, beaucoup plus de réflexion. Est-ce que ça ne nous sort pas textes ?
- Mathilde Bonte-Joseph
Alors, moi personnellement, c'est quelque chose qui m'amuse beaucoup. C'est justement... C'est cette multiplicité d'aspects que je trouve extrêmement riche. C'est le travail sur textes, c'est la rencontre avec l'auteur, c'est le travail sur l'objet, le choix du papier, la relation avec l'imprimeur et ensuite tous les aspects de promotion du livre, pour aller défendre le livre. Et je me souviens très bien, j'ai été accompagnée dans le lancement de la maison d'édition par une association qui s'appelle Fontaine aux livres. Et j'en discutais avec Gaëlle Bohé, qui est la directrice de Fontaine aux livres. à qui je disais, je ne suis pas forcément une très bonne commerciale, elle me disait, mais si tu es persuadée textes que tu choisis, ça viendra tout seul. Tu n'auras qu'une envie, c'est de les défendre, tu n'auras qu'une envie, c'est de les porter, et ça, ça fera tout. Et je crois qu'elle avait vraiment raison, parce que quand j'arrive aujourd'hui dans une librairie pour défendre un livre que j'adore et dont je suis absolument persuadée de la valeur littéraire, il n'y a pas de problème pour le défendre. Et donc, oui, pour te répondre, j'aime beaucoup cette... Cette multiplicité des tâches, l'éditeur est un chef d'orchestre et c'est ce qui rend son métier très riche et très beau.
- David Meulemans
Mais je pense que tu as tout à fait raison de rappeler cette remarque de Gaëlle. En fait, l'édition, ça repose quand même sur un acte de confiance qui va de l'auteur jusqu'au lecteur, à la lectrice, en passant par l'éditeur. C'est-à-dire qu'il faut que les livres soient écrits avec sincérité, qui soit... aimer et éditer avec sincérité. Et c'est le seul moyen que cette sincérité arrive jusqu'au librairie et au lecteur et à la lectrice. Et c'est vrai que ça reste la chose fondamentale qu'il ne faut pas perdre, même si effectivement, beaucoup de nos tâches sont des tâches qui peuvent avoir édition soit techniques, soit très différentes de tâches littéraires. Moi, je sais qu'il y a vraiment eu une sorte de révolution intérieure chez moi. J'y ai repensé il n'y a pas très longtemps. parce qu'il y a un livre qui vient de sortir qui s'appelle « Éloge de la petite édition littéraire » d'Olivier Bessard-Banquy , qui est un professeur d'université, et c'est sur 150 édition indépendance en France. Et on se rend compte qu'à la fin du XIXe siècle, les maisons d'édition indépendance viennent de deux autres corps de métier, c'est que les éditeurs, initialement, sont soit des imprimeurs, soit des librairie. Et quand ils sont librairie, ils savent vendre le livre, et quand ils sont imprimeurs, ils savent faire le livre. Avec le petit défaut des imprimeurs à l'époque, c'est qu'en fait, du moment que le livre existe, ils sont contents, donc ils s'en fichent si ça se vend bien. Et le petit défaut de ceux qui venaient de la librairie à la fin du XIXe siècle, c'est que du moment que ça se vend, que c'est une valeur intellectuelle ou pas, parfois ça ne les gênait pas trop. Et en fait, la petite révolution intérieure chez moi, c'est que je pense, d'une certaine façon, je suis quand même venant de l'université plus de... La famille des imprimeurs, d'une certaine façon, c'est-à-dire des gens qui pensent d'abord textes. Et ce qui s'est passé, c'est qu'à mi-chemin de l'histoire des Forges, je suis vraiment redevenu un amoureux des librairie. Les librairie, en fait, c'était un lieu que j'adorais quand j'étais enfant, adolescent, étudiant. Les premières années des Forges ont été assez difficiles en librairie. On a vraiment commencé très, très bas. Et puis, n'étant pas formé édition... Je pense que quand je débarquais avec ma casquette d'éditeur, je disais parfois des choses peut-être plus lunaires pour certains librairie. Mais heureusement, il y a des librairie ont été encourageants et qui m'ont un peu appris certains aspects du métier.
- Stéphanie Vincendeau
Oui,
- David Meulemans
les codes un peu. La maison date de 2010, mais je dirais qu'à partir de 2015-2016, on a vraiment établi une très bonne relation avec les librairie. Mais avec cette idée que cette relation doit servir à terme. la relation entre l'auteur, le lecteur et la lectrice, c'est-à-dire comment chacun aide à la diffusion textes. Et voilà, ça, c'est quelque chose qui était... Comme pour toi, ce n'était pas complètement naturel pour moi de vendre quelque chose. Mais je l'ai appris, effectivement, à partir de cette idée de si on a vraiment aimé textes. Je me dis souvent, je ne suis pas une fabrication sociologique. C'est-à-dire que si moi, j'ai aimé quelque chose, il y a sans doute des centaines, peut-être des milliers de personnes qui sont identiques à moi, qui seront sensibles à la même chose que moi. L'idée, c'est juste d'apprendre à formuler les choses pour que ce que j'ai ressenti soit ressenti par d'autres. et ça, ça a été un apprentissage assez long quand même mais qui s'est fait sur le terrain, c'est-à-dire en allant régulièrement en librairie faire des tournées d'une journée complète on commence dans une première librairie, on dit j'aime le roman pour ça, et on voit que le librairie, il pense à autre chose et puis à un moment, on prononce un mot on se rend compte que ça le fait tilter donc on se dit, la deuxième librairie où je vais utiliser plutôt ce mot-là, et là on se voit qu'il tilte tout de suite, et à la fin de la journée on est rodé, voilà.
- Alix Putavy
Le discours est lancé d'une très bonne... Chose à se dire le matin devant son miroir pour se donner du courage. Je ne suis pas une fabrication sociologique.
- Stéphanie Vincendeau
Je pense que c'est un bon mantra à avoir. Moi, je trouve ça très touchant parce que j'ai travaillé aussi édition, mais du côté du poche. J'étais très loin de l'éditeur. Il faut rapporter cette parole, cette passion et cette envie à une équipe de commerciaux tout en ne sachant pas, eux, comment ils vont aller porter cette parole. Vraiment porter cette parole quand vous avez la chance. Et je pense que c'est une des motivations sûrement derrière d'aller porter la parole directement. Et votre passion de ce textes, c'est quand même une force et une chance inouïe aussi pour l'auteur qui choisit, qui est publié par une maison indépendance. Et puis, on va être plus peut-être un peu dans l'aspect un peu technique, parce que c'est technique entre guillemets. Mais quand on pense, on se dit ça y est, je veux créer ma maison, ça y est, j'ai le textes. Est-ce que le travail préparatoire, parce que j'imagine que ça, j'imagine, on le sait tous, ça ne se fait pas en deux minutes, tout ce travail préparatoire, justement, vraiment d'évidence, est-ce que c'est textes qu'on a entre les mains qui va faire la ligne et on se dit, on creuse, ou est-ce que c'est déjà une idée antérieure qui vient confirmer cette envie, un peu ce que tu disais tout à l'heure, David ? Est-ce que ça se construit au fil du temps ? On se laisse une espèce de marge, un peu en se disant, j'ai envie d'aller… Quel a été le travail préparatoire ? Est-ce qu'il est très long ? Pour définir l'univers. Pour définir l'univers, votre ligne éditoriale, si vous avez de quoi alimenter cette phase préparatoire, ce sujet de phase préparatoire à la vraie création de la maison.
- Mathilde Bonte-Joseph
Ça n'a pas été très très long. D'abord parce que j'ai beaucoup parlé avec moi-même et quand on parle avec soi-même, c'est plus rapide. Et puis c'est quelque chose dont j'avais envie depuis longtemps, donc ça avait mûri. La ligne de Quartier Libre, c'est la littérature de l'intime, parce que ça m'intéressait. Ceci dit, l'intime, c'est quand même quelque chose de très large. Une fois qu'on a dit ça, la ligne, je peux la faire bouger. Ce qui m'intéresse essentiellement, c'est l'écriture, c'est la littérature, c'est comment les sujets sont investis par l'auteur, par une langue, par un regard, par un ton. La définition de la ligne éditoriale est allée assez vite. C'était assez rapide. Après, je l'ai affiné. C'est moi qui reçois tous textes. J'en reçois beaucoup. Et ceux que je... Comme toutes les maisons édition se créent. Et ceux qui attirent mon attention, je les partage avec le comité de lecture pour qu'on en discute. Donc, c'est aussi dans ce travail de sélection que petit à petit, mon regard s'est affiné et que j'ai précisé quelle serait ma ligne. ceci dit je pense qu'une ligne est aussi faite pour être un peu bousculée ça dépend des textes puis la ligne est aussi graphique donc il y a eu un travail c'est très important d'avoir quand même une identité forte donc je travaille avec un graphiste qui s'appelle Loïc Legal qui est typographe et à qui j'ai demandé de réfléchir à une ligne qui mette en valeur la typographie pour justement bien positionner la maison en tant que maison d'édition littéraire où textes primait. Et puis, je viens d'un milieu, l'édition jeunesse, où l'image est très présente. Ça m'intéressait aussi d'avoir découvert, de sortir de ces codes-là. Et donc, on a travaillé sur une identité qui est assez forte graphiquement et qui se démarque, j'espère, en tout cas d'autres propositions graphiques en littérature, sur le positionnement de la maison.
- Alix Putavy
C'est une inouïe que tu as en tête qui peut bouger en fonction aussi de tes envies, parce que ça partait d'une envie de goût intime de toi.
- Mathilde Bonte-Joseph
À moins que ce soit vraiment complètement très loin de la ligne de départ, si je reçois textes excellent, je pense que j'aurais grand plaisir à le publier, même s'il ne rentre pas exactement dans la case que j'ai définie au départ.
- Stéphanie Vincendeau
C'est quand même tout ce que j'entends. Mais elle est très large, l'intime. Ça part textes. Contrairement à, justement, des habitudes qui ont été prises aussi au fil du temps, de manière très opportuniste, on a voulu créer des collections, créer des coquilles, en fait. Oui, là, ce n'est pas du tout la démarche. Vraiment la démarche.
- Alix Putavy
Et faire rentrer les livres dans des cases très particulières. Exactement.
- Stéphanie Vincendeau
Ou alors, voilà, alors que là, on part vraiment de la création, textes, de l'auteur, de ce qu'il a à dire. Tout à fait. De l'émotion.
- Alix Putavy
De l'émotion.
- Stéphanie Vincendeau
C'est ça qui nourrit une maison avant toute chose, en fait. Merci. Et toi, David ?
- David Meulemans
Disons que, alors, la phase préparatoire, tu nous demandais de répondre très concrètement. Elle a duré trois ans aux forges, même si parfois j'ai toujours l'impression d'être dans une phase préparatoire. Les plus belles années des forges sont toujours devant nous, voilà.
- Alix Putavy
C'est une belle perspective.
- David Meulemans
Oui, C'est une manière aussi qu'on fait une petite bêtise de se dire « c'est pas grave, on fera mieux la prochaine fois aussi » . Donc, de 2007 à 2010, la maison a existé sous un format associatif parce que, contrairement à toi, j'avais quand même des grosses lacunes professionnelles. Donc, j'avais besoin d'apprendre des choses. Parce que j'avais été côté auteur, traducteur, préfacier, compilateur, mais pas vraiment éditeur au vrai sens et surtout pas publisher. C'est-à-dire, vraiment, il y avait plein d'aspects qui m'échappaient. Et en 2010, on s'est rendu compte que pour aller un peu plus loin, il fallait changer de format. Donc, on est devenu une société à ce moment-là. Et ça a été une première évolution. On a un peu resserré le programme. On a avancé. En fait, on a fait des séries d'évolutions. C'est-à-dire que je dis parfois que... Enfin, pas une maison d'édition. Les Forges. Je laisserai les autres maisons d'édition dire ce qu'elles pensent. C'est comme le bateau de Thésée. Ce bateau de Thésée, c'est ce bateau qui traverse la mer. suite aux tempêtes il est détruit en permanence, il est rafistolé avec les bouts de bois qui flottent sur la mer. A la fin il n'y a plus aucun bout de bois qui était là au début, mais à la fin c'est toujours le même bateau. En fait les forges c'est quand même des séries de micro révolutions en interne. Au début il y avait bien une sorte de ligne qui était, alors c'est un terme technique que peu de gens connaissent et que je ne mentionne jamais en public, mais voilà c'est le terme de fabrication. Fabrication, c'est un terme de théorie littéraire inventé dans les années 80 par un chercheur qui s'appelle Francis Berthelot, et qui était une manière de désigner le fait que la distinction entre la littérature générale et la littérature de genre, c'est une distinction qui est très moderne, qui n'a pas de sens esthétique très strict, et qui ne vaut pas pour les auteurs avant 1880. Et qu'il y a beaucoup textes qui pourraient être considérés comme des textes la fois de littérature générale, ou de littérature de l'imaginaire, on peut penser à Ovid, on peut penser à Kafka. Et voilà, donc les fabrication ça a toujours existé, mais c'était soit classé en littérature générale, soit en littérature de l'imaginaire. Et l'idée c'était de dire qu'est-ce que ça serait que de mettre les fabrication au centre d'une maison d'édition. Alors là on voit que c'est quelque chose de très abstrait, parce que c'est quelque chose qui n'était pas très soluble dans la librairie, qui est un espace un peu normé pour des raisons pratiques, où il y a d'un côté... la littérature générale. De l'autre côté, les littératures de genre. Il y a la jeunesse.
- Alix Putavy
On en revient au casse un peu plus large dans certaines maisons d'édition.
- Stéphanie Vincendeau
Au format, d'ailleurs. Si on fait des livres qui n'ont pas les formats attendus pendant un temps, c'était ça, dès qu'on était jusque-là.
- David Meulemans
C'est à la fois un artisanat et une industrie, donc il faut trouver l'équilibre. Mais finalement, on n'utilise pas le terme de fabrication pour attirer les gens. On laisse les gens nous envoyer textes. Et nous, on fait le choix. Comme dans ton cas, ça part vraiment textes. Après, il y a un deuxième moment, mais je ne fais que compléter ce que tu dis. Il y a la rencontre avec l'auteur ou l'autrice. Parce qu'il m'est déjà arrivé de recevoir un textes, de rencontrer l'auteur et l'autrice et me rendre compte qu'on aura du mal à travailler ensemble, que nos aspirations sont très divergentes et donc de laisser passer textes qui étaient bons. mais où je me suis dit que ce n'était pas possible. Et la maison a changé grâce à des rencontres exceptionnelles avec certains auteurs, certaines autrices qui nous ont appris des choses et on a bifurqué. Pour les quelques personnes qui connaissent les Forges, la grande rencontre, c'était le romancier Gilles Marchand, parce que ça fait 25 ans que je lis un auteur britannique, c'est William Morris, c'est un auteur victorien, qui parle de l'amitié comme étant la première vertu politique. Et donc, je parle beaucoup de l'amitié dans le travail, des choses comme ça. Mais j'étais très seul au début des Forges. Et finalement, cette profession de foi, de l'importance de l'amitié, c'est devenu quelque chose de très concret avec la rencontre avec Gilles. C'est-à-dire tout ce qu'on disait sur l'artisanat, c'est devenu vrai parce que lui, c'est quelqu'un qui venait de l'écriture édition de nouvelles. Donc c'est quelqu'un qui vraiment travaille et qui est toujours de bonne humeur. Même quand on a des accords, on en parle. On se parle presque deux fois par jour, en fait. Et ça a vraiment beaucoup changé la manière de travailler des forges. Ce qui fait qu'il y a eu cette... Au début, en 2010-2013, on était très concentrés sur d'abord le choix textes. À partir de 2015-2016, on est un peu devenu une maison d'auteurs et d'autrices en disant maintenant les gens qui rentrent chez nous, ils rentrent pour toute leur œuvre. Donc la blague, c'est que potentiellement la relation avec un auteur et une autrice va durer plus longtemps qu'un mariage. Moi, ça va, je suis toujours marié, donc ça va. Mais ça crée aussi maintenant une nouvelle phase, c'est que parfois... Les auteurs changent aussi. Et nous, il faut qu'on voit jusqu'où on peut les accompagner esthétiquement. Et puisque là, le défi actuel des forges, je pense que c'est plutôt bien parti pour nous, c'est d'éviter de devenir ce qu'on appelle une maison générationnelle, c'est-à-dire une maison avec un groupe d'auteurs qui se tiennent sur 50 différences d'âge, qui disent vaguement les mêmes choses. Quand on est à l'instant T, on voit les différences entre tous les auteurs, mais rétrospectivement, dix ans après, on n'arrive plus à les distinguer parce qu'ils ont fait école. Nous, il n'y a pas d'école des forges. Récemment, on a sorti un recueil de nouvelles où chaque auteur pour les 15 ans de la maison a fait une nouvelle. Et on se rend compte qu'ils ont des esthétiques et des poétiques très, très différentes. Et voilà, on tient à cette diversité. Et le défi actuellement, c'est à la fois de recruter une nouvelle génération et aussi de suivre le plus loin qu'on peut les auteurs et les autrices qui sont déjà dans le catalogue. Parce que les auteurs et les autrices, on a déjà 7 ou 8 textes.
- Alix Putavy
et voilà donc les plus belles années sont devant nous mais c'est hyper intéressant parce que j'ai l'impression que beaucoup de personnes ne savent pas édition, bon il y a la question littéraire beaucoup de monde ont du mal à comprendre qu'il y a la question économique aussi parce que comme tu disais c'est aussi malgré tout une industrie mais aussi il y a la partie humaine en fait et il y a cette rencontre entre un éditeur et un auteur et c'est, enfin le but des éditeurs c'est d'aider les auteurs à révéler le potentiel de textes Et je pense que pas mal de personnes ne connaissent pas cet aspect vraiment hyper humain du travail et très intime entre les auteurs et les éditeurs. Vous êtes, principalement vous, là pour les accompagner et parfois assez loin dans l'intime parce que ça va chercher vraiment des choses profondes chez eux. Donc c'est, je pense, important de le mettre en avant et de rappeler que l'humain est au cœur de notre métier, en fait.
- Mathilde Bonte-Joseph
Oui, et... J'ajoute que chez Quartier Libre, les quatre premiers romans qu'on a publiés, ce sont des premiers romans. Donc à chaque fois, c'est une rencontre avec une personne qui est une très belle rencontre. Alors je suis tout à fait d'accord avec toi. La rencontre, elle est très importante. Et la qualité du lien avec l'auteur et de l'écoute et les échanges qu'on peut avoir et à quel point on va pouvoir bien travailler ensemble, c'est essentiel. A chaque fois, c'est des très belles rencontres parce que c'est à la fois de la part de l'auteur, faire confiance à une maison toute neuve qui débute. Donc, il y a une forme de risque, même s'il y a souvent beaucoup de joie quand même de la part de l'auteur de pouvoir rencontrer un éditeur et de pouvoir être publié. Mais il y a quand même faire confiance à une maison édition ne connaît pas ou peu. Et puis pour l'auteur, oui, beaucoup de joie de se faire publier. Et quelque chose qui va, un travail autour textes qui va être très précis, qui va rentrer dans quelque chose effectivement de... peut être assez intime, mais en tout cas très émouvant pour l'auteur. Et un travail qui est très fin et qui engage assez loin. Donc ça, c'est quelque chose de passionnant pour l'éditeur et pour l'auteur, j'espère. Tout ce travail qui commence entre le moment où on reçoit le manuscrit pour la première fois et le moment où le textes considéré comme abouti et on se dit on y va. Ce travail est absolument passionnant et ça fait partie d'une des beautés du métier. Voilà, bien sûr. Il y a un travail sur la langue, mais il y a aussi toute une relation qui se noue avec l'auteur, c'est certain.
- Alix Putavy
Et comment on fait pour trouver sa place dans le milieu édition française quand on lance sa structure ? Parce que comme on le disait en introduction, il y a beaucoup de maisons qui sont là depuis des années, des dizaines d'années, potentiellement des centaines d'années. Ça ne remonte pas autant, mais ça peut donner cette impression. Ils sont très présents en librairie, ils sont très présents à l'esprit des lecteurs, même des auteurs qui ne jurent que par le fait d'être publiés chez les dix plus grandes maisons sans connaître. les autres. Comment on trouve sa place là-dedans ? Est-ce que c'est difficile ? À quoi on est confronté quand on veut justement se faire sa place et se faire un nom dans ce milieu-là ? Moi qui suis en plein dedans, puisque Quartier Libre, le premier roman a été publié en janvier 2025, donc on a un an tout jeune. Donc je pense que pas grand monde ne nous connaît, c'est très long, c'est un travail de fourmi. Et je pense que ça prend des années avant de se faire un nom, de se faire connaître. Très concrètement, au lancement de Quartier Libre, on a travaillé avec une attachée de presse pour qu'elle puisse accompagner le lancement de la maison et du premier livre. On a eu un bel accueil du premier textes a permis, puisqu'il y a eu un papier dans le monde des livres, qu'on a eu quelques sélections dans des prix. Donc petit à petit, le nom en tout cas existe, mais ce n'est pas pour autant qu'il est connu, loin de là. Et donc après, il y a vraiment un travail de fond à faire pour aller au-devant des librairie, pour saisir chaque occasion qu'il vous est donné de parler de la maison comme aujourd'hui. Voilà, et ça, c'est long. Je pense que ça prend quelques années, certainement. Donc il faut tenir. tenir sa ligne, tenir l'exigence textes qu'on publie, et saisir chaque occasion qui passe de parler de la maison et des romans qu'on publie.
- Stéphanie Vincendeau
Ce qu'il faut voir, c'est que la plupart des maisons indépendance des maisons relativement récentes ou de taille modeste. Ce sont des maisons qui sont très liées à la personnalité de la fondatrice ou du fondateur. Et donc, la principale valeur de la maison, initialement, c'est le fondateur ou la fondatrice. Et en fait, si on veut rentrer dans le détail, un fondateur ou une fondatrice, c'est un tempérament, des compétences et un réseau, les gens qu'on connaît. Tout le monde connaît des gens, donc pas nécessairement des gens importants. Et donc, côté forge, ça a été une progression. très très très lente, très laborieuse, mais très progressive. En fait, on n'a jamais eu de revers cruels ou jamais de difficultés mortelles. Je ne peux pas dramatiser à l'excès, mais on a eu des années difficiles quand même. En fait, il y a aussi le fait que n'étant pas initialement originaire, née édition d'une certaine façon, que ce soit familialement, socialement, professionnellement, j'y suis arrivé je pense avec une certaine sérénité avec d'autres habitudes professionnelles je pense aussi que par tempérament je suis assez calme et la philosophie ça apprend à regarder sur le très très long terme donc d'emblée l'idée c'était vraiment de progresser sur le très long terme donc parfois les forges ont des signes de reconnaissance qui sont appréciés Mais en fait, les vrais signes de reconnaissance, c'est d'avoir fait un très textes avec toujours l'idée qu'un très textes sera potentiellement là encore dans 5 ans, 10 ans, 100 ans. Et que c'est le but de réussir un jour à avoir textes qui tiennent aussi longtemps. Donc, comment on fait cette place ? Par cette régularité qui va de pair avec le fait de toujours écouter. bien parler avec les librairie, essayer de comprendre ce qu'ils traversent, ce qu'ils pensent, parler avec les auteurs, parler de temps en temps avec les journalistes, même si en fait, les Forges, c'est objectivement une maison qui a un petit déficit de notoriété. Mais ça, je pense que c'est aussi, puisque je parlais du fait que les maisons reflètent les caractéristiques de leurs fondateurs ou fondatrices, c'est que autant je suis... très à l'aise avec les librairie, autant je suis parfois indépendance par les journalistes. Donc, je pense que c'est un effort que je n'ai pas suffisamment fait.
- Mathilde Bonte-Joseph
Et c'est quelque chose que tu ressens, le déficit de... Comment ça se manifeste pour toi, ce déficit de notoriété ?
- Stéphanie Vincendeau
Je pense que ça se manifeste au fait que notre... Il y a des outils pour mesurer la visibilité médiatique des livres. Et en fait, on n'a pas la reconnaissance médiatique. C'est... C'est vrai qu'il y a des questions de vanité, parce que vraiment, si les forces sont comme ça, c'est que moi, ça m'est un peu égal, mais c'est que j'ai une vision très pratique de la reconnaissance. La reconnaissance ne sert qu'à vendre plus de livres. Vendre plus de livres permet de faire mieux les livres qu'on veut faire. C'est juste ustensile. Et je pense qu'il y a un petit écart parfois entre notre reconnaissance auprès des lecteurs, des lectrices, des librairie, et notre présence médiatique qui est discrète. mais c'est quelque chose sur lequel je travaille un peu plus ces jours-ci puisque comme on fait toujours le même nombre de livres chaque année mais que chaque année on est en progression le petit progrès de chaque année doit être occupé à une nouvelle mission la mission de l'année c'est de parler davantage de faire connaître un peu mieux la maison
- David Meulemans
Oui, et puis en plus, c'est les 15 ans de la maison avec la sortie de ce recueil. Donc, c'est aussi l'occasion de quand même poser quelque chose et montrer... Ça s'est fait, comme tu dis, doucement, mais sûrement. Mais aujourd'hui, je trouve que... C'est le milieu édition, il faut le rappeler. Exactement.
- Mathilde Bonte-Joseph
Édition pas un monde de l'immédiateté. Si on veut réussir tout de suite, édition pas le plus approprié.
- David Meulemans
Oui, je suis toujours fascinée par l'ancrage de certaines choses et des choses qui sont figées, mais en tout cas pour les forges. Moi j'ai suivi depuis le début parce que pour le coup je suis plus vieille que les forges. Enfin, ma vie dans édition plus vieille que...
- Mathilde Bonte-Joseph
On est tous plus vieux ici que les forges. Oui,
- David Meulemans
non mais je comprends. C'est-à-dire que voilà, et donc j'ai vu arriver la maison et j'y ai prêté attention assez vite aussi. Et quand même une maison qui a 15 ans avec l'existence, enfin les textes les auteurs qui en font partie, c'est aussi pas donné à tout le monde vraiment d'avoir survécu et de vivre encore aussi bien avec toute cette... garde d'auteur dont tu parles, c'est quand même une satisfaction. Effectivement, la presse, on sait tous que c'est à la fois très intéressant et parfois aussi un piège, parce qu'on ne sait jamais vraiment ce qu'ils vont raconter. Mais en tout cas, pour les 15 ans de la maison, c'est un peu le moment où jamais de pouvoir se comparer et de faire partie. C'est la prochaine étape.
- Stéphanie Vincendeau
Et pour répondre à ta question, en fait, il faut se faire connaître des librairie, il faut se faire connaître des journalistes, il faut se faire connaître des lecteurs surtout. Mais c'est vrai que, par exemple, les forges, pour se faire connaître des lecteurs et des lectrices, en fait, on s'est fait connaître des librairie, d'abord. Et puis, il y a se faire connaître des auteurs en herbe. Mais ça, je ne sais pas comment tu l'as ressenti, j'ai l'impression que dès qu'on ouvre une page web où on dit qu'on est éditeur, il y a un afflux de manuscrits qui arrive. Il y a eu plusieurs étapes, c'est-à-dire que Nous, la période en termes de travail qui est la plus dense de l'année, c'est souvent le mois de septembre parce que c'est à la fois la rentrée littéraire, le mois de l'imaginaire, la préparation de Noël. Donc c'est un mois très dense, mais c'est un mois de belle visibilité grâce à la rentrée littéraire. Et donc c'est le moment où on reçoit le plus de manuscrits. Et là, c'est un peu d'un côté, c'est toujours extrêmement agréable, gratifiant de recevoir beaucoup de manuscrits. Mais une fois, on a eu un pic à 96 manuscrits en une journée. J'ai eu un peu peur. ça devenait beaucoup c'est ça et on a même découvert des questions techniques très bêtes c'est que une fois on a réussi à saturer le compte comment dire la messagerie client des forges parce qu'on avait trop de manuscrits alors c'est vrai que parfois les gens qui nous envoient des manuscrits pensent qu'il faut qu'ils fassent eux-mêmes la couverture ce qui n'est pas du tout le cas dans une graphiste oui alors ça on peut
- Mathilde Bonte-Joseph
On le rappelle quotidiennement aux auteurs sur Édith. Il y a beaucoup de choses qui sont le travail des éditeurs.
- Stéphanie Vincendeau
On se retrouve avec des fichiers de 20 mégas, et s'il y a 100 personnes qui envoient des fichiers de 20 mégas dans la journée, ça va être un peu dur. Mais c'est très agréable de recevoir plein d'inscrits. Après, il faut réussir à gérer ce flux. Et c'est un peu difficile parfois. Mais comme toi, on a publié beaucoup de premiers romans. La quasi-totalité des auteurs des Forges sont rentrés dans les Forges par leurs premiers romans. C'est le cas de Gilles Marchand, Alexandra Kochelik, Claire Duvivier et beaucoup d'autres. C'est vrai que pour moi, je trouve ça plus pratique parce que comme ça, ils apprennent édition même temps que nous. Ils n'ont pas des mauvaises habitudes acquises dans une autre maison. Je dis ça, mais je ne sais pas s'il y a des mauvaises habitudes.
- Alix Putavy
C'est vrai que moi, j'ai eu, sur comment on se fait sa place, moi, j'ai eu deux types de réactions quand j'ai dit, quand je vais créer ma maison. Il y a ceux qui m'ont dit « Ah, bon courage ! »
- David Meulemans
Bonne chance.
- Alix Putavy
Et puis, ceux qui m'ont dit encore, mais pourquoi est-ce que tu ne proposes pas la création d'un label, d'une collection dans une maison existante ? Et puis, ceux qui m'ont dit tout de suite, super, qu'est-ce qu'on peut faire pour t'aider ? Et je n'avais pas non plus vraiment de réseau édition littéraire, parce que là encore, c'est quand même un système très spécifique.
- David Meulemans
Oui, c'est ce que je n'ai pas rebondi tout à l'heure, mais c'est vrai que c'est fou, cette espèce de cloisonnement entre la jeunesse... La littérature. C'est encore des cas. Là où je mets les auteurs, là où je mets les éditeurs. C'est un peu spécial. Donc, bref. Donc, oui.
- Alix Putavy
Et donc, c'est aussi arriver à s'appuyer sur n'importe quelle proposition de quelqu'un qui connaît quelqu'un et qui permet petit à petit, comme ça, de grignoter une place qui est évidemment très difficile à prendre puisqu'il y a une production énorme, qu'il y a beaucoup de maisons qui se créent. qui ne se créent plus, qui disparaissent. Donc, c'est à se faire une place et surtout tenir, parce qu'en fait, cette place, elle va se construire très lentement. Oui,
- Mathilde Bonte-Joseph
sur le long terme. Mais je trouve que c'est un bon signal de recevoir beaucoup de manuscrits, parce qu'on est en contact quotidiennement avec beaucoup d'auteurs qui aspirent édition chez Editez-nous. Et en fait, on en a beaucoup qui n'ont en tête, comme on disait, que... trois, quatre noms ou à la limite une dizaine et pour qui c'est presque inenvisageable d'aller vers d'autres structures parce que ils ont l'impression, mais voilà, ça fait partie des idées reçues sur l'édition, qu'ils ne seront pas bien accompagnés, qu'ils n'auront pas la visibilité nécessaire, qu'ils ne rencontreront pas leur lecteur. Donc je trouve que c'est plutôt chouette, même si ça fait beaucoup de choses et que ça sature les boîtes mail derrière, mais que les auteurs... comprennent petit à petit que avoir une belle aventure éditoriale c'est pas forcément aller chez les trois plus gros noms édition mais c'est aller faire le premier textes maison qui se lance aller chez une maison qui a trois quatre ans enfin c'est c'est des bons signaux et je pense que c'est important qu'on ait ça s'il y a des auteurs en herbe qui nous écoutent les grandes maisons ne sont pas forcément toujours les bonnes solutions ce qui est sûr alors donc nous
- Alix Putavy
Le jour où on s'est lancé, on a reçu immédiatement quasiment dix manuscrits par jour. Donc effectivement, j'ai un peu le sentiment que la France entière écrit. Je ne sais pas si elle lit beaucoup, mais en tout cas, elle écrit beaucoup. Et c'est assez touchant d'ailleurs. Ce serait intéressant, je ne peux pas le faire, mais de faire une étude de ce sur quoi les gens écrivent, à quel âge, pourquoi, sur quel sujet, quel type textes. Parce que ça reflète quelque chose, je trouve. C'est certain qu'un auteur, en fonction de la maison qu'il va choisir, n'aura pas du tout le même accompagnement. On vous livre ne vivra peut-être pas la même vie, certainement pas la même vie. Donc oui, on le dit souvent, c'est une rencontre, mais c'est vrai, c'est quelque chose qui va se nouer et qui va définir ce à quoi On vous livre va ressembler. Et ensuite, c'est quelque chose qui peut perdurer sur le long terme. Une maison édition publie 4 à 6 romans par an, ce n'est pas du tout la même chose qu'une maison qui en publie 20. On ne travaille pas textes de la même manière, on les accompagne. Évidemment, une petite maison n'aura pas les mêmes moyens marketing. En revanche, il y aura une attention portée textes et une sincérité et une énergie dans l'accompagnement en aval et en amont qui ne sera pas du tout...
- Mathilde Bonte-Joseph
Ils peuvent potentiellement perdre des choses sur un certain point, mais en gagner d'autres. toutes aussi importantes sur d'autres sujets.
- Alix Putavy
de la relation avec l'éditeur aussi.
- Mathilde Bonte-Joseph
Mais c'est important qu'ils aient en tête que la relation, enfin, l'aventure éditoriale, c'est aussi la relation avec l'éditeur et ce n'est pas juste la mise en place en librairie et qu'on peut être très déçus. Non, mais la mise en place est évidemment importante, mais l'aventure, ça passe aussi par le fait d'être bien accompagnée et d'avoir un bon travail C'est une trajectoire,
- David Meulemans
en fait, être publiée. Donc, c'est d'abord la rencontre, effectivement, entre le premier lecteur qui est l'éditeur Voilà, enfin, premier, on va dire ça comme ça. Et ensuite, tout le chemin qui va, et parfois ça s'aligne, en fait, tout s'aligne. La rencontre, la rencontre avec le librairie, et puis la rencontre avec... Donc ça, c'est le côté vertueux. Mais effectivement, le choix de la maison est quand même primordial dans ce que... Donc plus ils auront d'informations sur ce qu'ils vont trouver dans chacune des maisons, voilà, c'est primordial et on passe notre temps, nous beaucoup, à prêcher la bonne parole. Voilà. la bonne parole, en tout cas la juste parole de ce que c'est que d'être publié.
- Stéphanie Vincendeau
Avec l'expérience qui m'a frappé, c'est que parfois les maisons de groupe sortent des bons romans. Ça leur arrive quand même. Pas si souvent que ça, mais ça leur arrive quand même.
- Mathilde Bonte-Joseph
Ils n'ont pas de généralité.
- Stéphanie Vincendeau
Voilà, c'est ça. Alors que édition indépendance, on ne fait que des bons romans. Mais non, c'est que... Je ne vais faire que reformuler ce que tu as dit. C'est que je pense que parfois... les écrivains en herbe, raisonnent beaucoup par marque. Alors qu'en fait, il faut raisonner par personne. C'est-à-dire que derrière une belle marque d'une maison qui a 80 ans, 90 ans, il y a plusieurs personnes qui peuvent tomber sur la bonne personne qui va sincèrement bien comprendre textes, qui va être capable en interne, dans le groupe, de défendre et d'accompagner textes. Et la personne va être là sur le long terme. À l'inverse, on peut avoir dans le groupe, on envoie textes, il est pris. Et au moment de sortir, son éditeur ou son éditrice n'est plus là, puisqu'il est parti dans un autre groupe, parce que ça arrive à tout le monde d'évoluer dans sa carrière. Je pense que la différence avec l'édition indépendance, c'est que généralement, quand on signe avec une maison édition indépendance, on signe avec une personne qui est là et qui est là de manière très stable. Et donc, ce qui est paradoxal, c'est que les belles marques édition sont perçues comme stables. J'ai parfois l'impression que certaines d'entre elles, c'est vraiment des sables mouvants. Et à l'inverse, l'édition indépendance est très stable. C'est-à-dire, les édition du sonore, c'est Valérie Millet et Sandrine Duvivier depuis toujours. Donc, on sait que si les édition du sonore vous accompagnent, c'est elles. Pour toutes les maisons indépendance, on peut citer une, deux, trois personnes qui portent les maisons et qui peuvent les porter sur le très long terme. Et donc, paradoxalement, je pense qu'il y a beaucoup de maisons indépendance qui sont beaucoup plus stables que les maisons de groupe. Je pense aussi que l'accompagnement intellectuel, artistique textes, ça a un impact sur la qualité du textes sur ses ventes aussi, ses ventes de long terme. Et puis, il y a aussi autre chose, c'est que cette stabilité sur le long terme, ça permet quelque chose, c'est que ça permet à l'auteur ou l'autrice de construire une œuvre titre après titre. Si vous êtes dans une maison où il y a une énorme pression commerciale, et que votre premier roman ne prend pas, vos chances de faire un deuxième baissent. Elles ne sont pas nulles parce qu'il y a des maisons de groupe qui arrivent à faire de la durée. Mais ça, c'est parce qu'en interne, il y a quelqu'un qui arrive à tenir face à la pression. Mais il y a aussi des histoires d'horreur d'auteurs qui ont eu une très forte médiatisation sur un premier livre qui n'a pas très bien marché. Et il n'y a pas de deuxième roman. et voilà alors ça c'est un phénomène nous on publie aussi de la littérature américaine aux Etats-Unis c'est un phénomène qui est décuplé parce qu'ils ont le système des hot titles c'est-à-dire les titres qui vont être achetés à 100 000 dollars et en fait il y a quelques années il y a eu un procès, alors c'est une longue histoire mais un procès pour éviter une situation de monopole édition de fiction aux Etats-Unis donc des éditeurs américains ont été forcés de répondre au ministère de la justice américain sur plein de questions Et on a découvert qu'il n'y avait que 2% des Hot Titles qui étaient rentables. Et qu'il y a 96% des Hot Titles qui n'étaient pas rentables et dont les auteurs ne pouvaient jamais faire de deuxième roman.
- Mathilde Bonte-Joseph
Il y a eu un peu cette histoire dans l'épisode qu'on a fait sur Chair de Poule.
- David Meulemans
Oui. Pas du tout, sur le Da Vinci Code.
- Mathilde Bonte-Joseph
Avec le fait que Dan Brown, avant de sortir le Da Vinci Code, il a été publié dans quatre maisons différentes.
- David Meulemans
Il a été obligé de changer de maison parce qu'en fait, il ne rencontrait absolument pas de succès. Et donc, les éditeurs le viraient. Au moment de la sortie du Da Vinci Code, il n'était pas du tout...
- Mathilde Bonte-Joseph
Parce qu'il ne vendait pas. Mais parfois,
- Stéphanie Vincendeau
l'organisation économique édition semble dire que, bon, un auteur a planté un roman, donc c'est la fin, il n'est pas fait pour être auteur et tout ça. Alors que l'histoire de édition quand même faite de gens... Oui. Je ne sais pas, mais...
- David Meulemans
Qui ont raté. Oui,
- Stéphanie Vincendeau
c'est ça. Avec l'accès avec le monde. Mais là, tu parlais du David Chicot, de George R. Martin, c'est quelqu'un qui a enchaîné... 25 ans de taux, là, avant de sortir, et que même son éditeur initial n'était pas convaincu de l'intérêt du Trône de Fer. Quand les droits ont été vendus initialement, tout le monde était plus ou moins sceptique sur ce que c'était, parce que ça donnait l'impression d'une fantaisie un peu ringarde, en fait. Et voilà, bon, on ne peut pas que parier sur des exceptions, édition, c'est souvent des histoires d'exceptions.
- David Meulemans
Oui, tout à fait.
- Mathilde Bonte-Joseph
Et on parlait beaucoup... Tu as beaucoup parlé édition indépendance face aux grands groupes. J'imagine que c'est un choix de votre part de commencer en étant indépendance et de le rester ?
- Alix Putavy
C'est un choix, oui, d'être indépendance et de le rester, j'espère, suffisamment longtemps en tout cas, pour pouvoir défendre une liberté éditoriale, artistique, et de porter un projet qui reste complètement indépendance. Et puis, c'est important aussi à l'échelle de l'écosystème éditorial que ces maisons existent.
- David Meulemans
Oui, pour l'équilibre.
- Stéphanie Vincendeau
L'indépendance, c'était aussi... Je me suis rendu compte, pendant les années d'apprentissage des forges, que c'était tellement dur de faire un livre que c'était peut-être pas la peine de s'embarrasser de devoir rendre des comptes à quelqu'un d'autre. Voilà. Et en fait, je vois aussi... Je travaille quand même régulièrement avec des maisons de groupe sur certains projets communs. On fait parfois de la édition, et voilà. Et en fait, moi, je plains beaucoup certaines personnes dans les groupes. Parce que j'ai l'impression que quand on est éditeur, notre énergie devrait être concentrée à se battre contre l'indifférence du monde. C'est-à-dire convaincre les gens de lire nos romans. Et j'ai l'impression que malheureusement, parfois, quand on est en groupe, on peut se retrouver à se battre en interne. C'est-à-dire convaincre le contrôleur de gestion que si ça a du sens, convaincre le directeur commercial que c'est un enjeu. Après, je pense qu'il y a des gens qui savent très bien faire ça. Il y a des gens qui savent mener leur barque dans des maisons édition groupe. Ils ont réussi à se créer du poids. Moi, par tempérament, je ne peux pas faire ça. Ça me rend malade à chaque fois de me dire que...
- Mathilde Bonte-Joseph
Quand il faut faire des combats en interne, en plus auprès des personnes extérieures, c'est fatiguant.
- Stéphanie Vincendeau
Dès qu'on est en interne, on est dans un rapport de force. Quand je suis avec un librairie, je ne suis pas dans un rapport de force. C'est-à-dire qu'on est dans un rapport de discussion. Il y a des librairie vont aimer nos livres, des librairie ne vont pas aimer nos livres. mais je n'ai pas la possibilité de leur tendre le bras. Et donc, c'est très bien de ne pas avoir des... Je déteste quand les rapports humains sont structurés par les rapports de force. Donc, je pense que par tempérament, je ne pouvais pas être fait pour être dans un groupe. Et en fait, en plus, moi, quand je me suis lancé, j'avais 32 ans, pas de diplôme édition. Donc, les chances auraient été quand même difficiles. Je ne suis pas en train de dire... Non, j'ai eu plein d'offres et je les ai refusées. En fait, j'ai eu zéro offre. Donc, je me suis dit que ce n'était peut-être pas la peine de passer par cette humiliation. Et je préfère l'humiliation d'au début vendre peu et puis être content de ce qu'on fait au quotidien.
- Alix Putavy
C'est ça. Parce que faire partie d'un groupe, c'est aussi être obligé parfois de prendre certains projets auxquels on croit à moitié.
- David Meulemans
Là,
- Alix Putavy
tous les titres qu'on publie, je pense qu'on y croit complètement et c'est des choix qui sont évidents, qui sont entiers.
- Stéphanie Vincendeau
J'ai fait plusieurs fois des édition avec des maisons qui étaient très contraintes par avoir une forte cadence de publication, avoir... un certain chiffre d'affaires parce qu'elles avaient des charges fixes très élevées. J'étais toujours étonné par le nombre de fausses bonnes idées. C'est-à-dire, les livres dont ils se disaient « C'est nul, mais ça va marcher. » Et à la fin, ça ne marchait pas.
- Mathilde Bonte-Joseph
C'était nul et ça ne marchait pas. Voilà,
- Stéphanie Vincendeau
c'est ça. Et à l'inverse, parfois, ils avaient des pépites qu'ils avaient prises. Je ne vais pas le dire parce que certains auteurs des forges ne le savent pas. pas, mais parfois quand j'ai présenté certains des romans qui sont devenus pour notre catalogue des romans de référence, on a eu certains interlocuteurs qui nous disaient mais ça ne marchera jamais. Pour des raisons idiotes, parce que de toute façon, c'est très dur de prédire ce qui va marcher ou pas marcher. La seule chose qu'on contrôle, c'est si nous, on aime. Donc voilà, ça doit être le seul critère. Et le travail. Oui, bien sûr. L'investissement financier qu'on va avoir, si on a des ressources. Et voilà. Merci. Mais se dire « je prends ça parce que ça va marcher » , c'est un très mauvais calcul. Je pense que c'est un mauvais calcul édition de groupe comme édition indépendance. Après, je pense que édition de groupe, parfois, les éditeurs et éditrices savent faire ça. C'est-à-dire parfois accompagner textes qu'ils n'aiment pas particulièrement, mais qui répondent à d'autres impératifs. Je pense que le risque édition indépendance, c'est qu'on perd son âme et derrière... je pense qu'on va un peu dans le mur. Il ne faut publier que ce qu'on aime lire.
- Mathilde Bonte-Joseph
Oui, il faut rester en accord avec soi.
- Stéphanie Vincendeau
Sinon, moi, je publierais 300 livres par an si je publiais tout ce que j'aime lire. C'est-à-dire qu'il faut à la fois aimer textes, être persuadé qu'on arrive à travailler de manière heureuse avec l'auteur, l'autrice, et qu'après, qu'on a les ressources pour accompagner, ou un minimum de ressources. Oui,
- Alix Putavy
et puis que, du coup, Quel que soit le succès commercial d'un livre, quand on se retourne sur ce qu'on a fait quelques années après, quand on regarde le catalogue, on se dit que tous les choix qu'on a faits, on les assume, on en est heureux, et s'il fallait recommencer, on les choisirait à nouveau.
- Stéphanie Vincendeau
Moi, j'ai parfois des regrets, mais pas des regrets d'avoir fait textes. Je suis fier de tous textes qu'on a faits. Parfois, je peux avoir des regrets en me disant « Ah, j'en ai parlé comme ça, et il ne fallait pas en parler comme ça. » Il aurait fallu le sortir à un autre moment de l'année ou des choses comme ça. Parce qu'on apprend le métier, parce qu'il n'y a pas de solution magique, sinon édition ressemblerait pas édition. Et donc, on t'attend. Ça, c'est les seuls regrets que j'ai. Mais je suis fier de tous textes qu'on a publiés. Et maintenant, il y en a 200, en fait. Oui,
- David Meulemans
c'est une chance claire. Et donc, la dernière question qu'on avait envie de vous poser, posée qui est très large et très vaste et donc c'est vraiment pour voir si vous avez envie de rebondir dessus, mais c'est quoi un édition de demain, l'avenir ? On dit beaucoup de choses, on dit tout ce que c'est difficile quand même, mais c'est quoi pour vous justement aujourd'hui ? Est-ce que vous regardez d'ailleurs vers là ou est-ce que c'est jour après jour et le meilleur est à venir ?
- Alix Putavy
En fait, je ne sais pas si j'ai raison, mais je ne regarde pas trop. Je me concentre sur le projet aujourd'hui, les enjeux des mois qui viennent. Je pense que l'avenir, il est compliqué. Il ne ressemblera pas forcément à ce qu'on a imaginé de toute façon. Donc voilà,
- David Meulemans
c'est intéressant comme réponse, mais je pense que c'est une façon de tenir.
- Mathilde Bonte-Joseph
C'est difficile de s'en jeter et c'est important aussi de le dire.
- David Meulemans
Exactement. Et toi, David ?
- Stéphanie Vincendeau
Il y a plein de défis. Dès qu'on a des réunions avec des éditeurs de groupe, avec le diffuseur, avec le syndicat des éditeurs indépendance, avec des structures comme Fontaine aux Livres que tu citais, c'est des défis qui reviennent. Donc, on peut faire la liste de ces défis. C'est-à-dire, il y a l'intelligence artificielle. Moi, ma position est très simple. Plus il y a des gens qui feront quelque chose de nul avec l'intelligence artificielle, plus les gens qui feront des choses humaines auront une valeur. Donc, en fait... On va laisser les gens qui font de l'IA nous faire de la publicité par contraste. Pour moi, c'est le principal défi, l'IA. Il y a des évolutions de la démographie en Occident qui sont en apparence pas très favorables à la lecture, mais édition déjà connu pire. Parce que vraiment, la question qu'on entend parfois, c'est est-ce que les difficultés actuelles, elles sont conjoncturelles ou est-ce qu'elles sont structurelles ? Donc, comme une sorte de glissement définitif. vers autre chose, vers une civilisation moins écrite. Quand on lit notamment un ouvrage comme Éloge de la petite édition littéraire, on se rend compte que tous les 20 ans, on a des discours catastrophistes sur la fin du monde. pas trop peur. Et je pense aussi qu'en regardant le passé, on se rend compte que faire des livres de qualité, textes de qualité, c'est toujours le meilleur investissement sur le très long terme. Après, sur le court terme, ça sera une aventure avec des revers. Mais je donne l'impression de vraiment être un peu dans les nuages et de regarder que le très long terme. À vrai dire, je suis quand même très angoissé par plutôt l'évolution politique de la France.
- Mathilde Bonte-Joseph
Mais qui a un impact sur le monde éditorial.
- Stéphanie Vincendeau
Qui a un impact sur le monde éditorial, parce que le monde éditorial français, le principal... Oui, de la vie culturelle, de manière générale. Nous, on l'a senti... Alors, il y a d'un côté le plus gros groupe éditorial français qui bascule à l'extrême droite, le deuxième qui bascule dans la droite dure, parce que le deuxième possède lui aussi de la presse qui fait de plus en plus des unes qui... Moi, me sidère et qu'il y a 30 ans, quand j'étais enfant, je n'imaginais pas qu'un jour, quelqu'un publierait des choses comme ça. Mais voilà, de nouveau. Donc ça, c'est... Et on l'a senti aussi sur des choses très simples, sur la littérature. Enfin, le livre, en général, c'est une industrie qui est très peu subventionnée. Mais le peu de subventions, c'est des subventions qui tiennent la structure. Donc, le jour où on les retire, comme dans certaines régions, Ouh ! Quand on les retire, on ne les retire jamais pour faire des économies, on les retire pour casser les reins de gens qui ne votent pas pour nous.
- Alix Putavy
Ce qui s'est passé par exemple en Pays de la Loire l'an dernier, c'est qu'il y a un effet domino terrifiant où des salons se sont effondrés. Dans ces salons qui n'existent plus, il y avait telle librairie locale qui était la dernière librairie de cette ville, qui avait, grâce au salon, en trois jours, récupéré des ventes pour un mois et qui les maintenait à flot. Cette librairie est en train de mourir. Derrière, c'est le territoire qui s'effondre, c'est plein de choses. Et ça, c'est vraiment un peu terrifiant parce que d'une certaine façon, une des fiertés de la France, c'est la littérature. Je pense qu'on a vraiment beaucoup joué la carte de « nous sommes un peuple qui écrit et qui lit » . Travailler consciemment à l'anti-intellectualisme, la victoire de l'extrême droite, la destruction des librairie, les attaques depuis quelques mois sur les librairie. militantes qui ne sont quand même pas des Librairie. Ce ne sont pas des folles en crise, les Librairie militantes. Ce ne sont pas des gens très radicaux quand même. Leur sucré des subventions, quand les vitrines sont défoncées, ne pas avoir un seul mot pour juste dire que c'est quand même inquiétant que certains de nos concitoyens, la nuit, le seul truc qu'ils trouvent intéressant politiquement à faire, c'est aller casser des devantures de Librairie. Je trouve ça particulièrement inquiétant. Alors après... qu'est-ce qu'on peut faire en tant qu'éditeur ?
- Stéphanie Vincendeau
Ça rend la littérature encore plus résistante. Ça donne encore plus un côté politique aussi.
- Mathilde Bonte-Joseph
Oui, mais la petite édition indépendance s'appuie de manière vitale sur tout ce tissu de librairie indépendance et toutes ces associations qui On vous livre les salons, les petits festivals qui accueillent des auteurs qui ont de moins en moins de budget et donc qui peuvent de moins en moins organiser tout ça. Moi, je l'ai bien vu, quand on est un petit éditeur, qui est-ce qui vous remarque ? Qui est-ce qui vous accueille ? Qui est-ce qui a la curiosité d'aller lire votre livre et d'accueillir l'auteur que personne ne connaît pour le mettre en lumière ? C'est justement ces bénévoles qui travaillent dans des associations qui promènent la littérature, qui organisent des salons et qui le font de moins en moins. Donc, ça, c'est vital pour la petite édition indépendance.
- Alix Putavy
Oui, et puis nous, les forges ne sont développées que par un lien avec la librairie indépendance. Parce qu'on n'était pas très intéressants pour les autres. Mais pour résumer, il y a ce dicton qui dit, vous trouvez que la culture coûte cher, mais essayez l'ignorance. C'est ça. Et en fait, quand on regarde le budget du ministère de la Culture en France, il n'est pas si élevé que ça. Ça ne coûte pas si cher que ça. Et surtout, au sein du ministère de la Culture, le livre... ne coûte pas grand-chose. Une maison d'édition indépendance comme les Forges, on a compté que c'est entre 0,2 et 0,5 % de notre budget. Donc nous, directement, on n'est pas concernés. C'est-à-dire, si on nous coupe nos subventions, ça ne change strictement rien à la vie des Forges. Mais par contre, il y a plein de choses qui ne peuvent pas exister sans un minimum de subvention. En plus, comme tu l'as dit, tu l'as rappelé, tu as employé le mot de bénévole. C'est souvent des bénévoles. C'est-à-dire qu'en fait, on interdit même aux gens de faire du bénévolat quand on fait ça. C'est-à-dire que c'est... C'est des structures qui pourraient coûter excessivement cher, qui déjà ne coûtent pas cher parce qu'elles sont tenues par des bénévoles. Le peu qu'on leur donne, on leur retire. Il y a un effet domino qui est quand même très impressionnant. Et si le livre, ça fonctionne en France, c'est aussi parce qu'il y a plein d'institutions qui existent depuis un certain temps qui créent un effet de consensus sur le fait qu'il y a la loi sur le prix unique, qui a quand même beaucoup structuré le marché, qui permet à la librairie indépendance d'avoir... prospérer pendant 40 ans. Il y a tous ces salons. Et en fait, c'est un édifice qui est plus fragile que ce qu'on croit et qui peut vraiment s'effondrer si on retire certaines pierres angulaires. Mais sinon, le bélier est devant nous.
- David Meulemans
Non, mais vigilance, évidemment. De toute façon, on est tous conscients des réalités. Après, le grand public, pas forcément, justement. On a cette petite, un peu, le côté indépendance. sur la structure, mais aussi tout ce qui gravite et tout le maillon qui fait que tout ça tient et tout ça est promu. Merci de vos réponses. Et d'en parler, c'est important. Merci d'en parler. C'était important aussi pour nous, à notre petite échelle, c'est pareil, on est vraiment tout petit, mais de donner la voix justement aux maisons indépendance et à la façon dont on a donné envie de s'y intéresser plus encore.
- Stéphanie Vincendeau
Et on va passer à la pastille du jour, la recommandation qui est faite par Margaux qui vient de nous présenter The Wicked Deep de She Earned Show.
- Margaux Werfeli
C'est l'heure au code édite ! Aujourd'hui, je vais vous présenter le livre The Wicked Deep, La malédiction des Swan Sisters, écrit par Shea Ernshaw et publié en 2018 chez Rageot. The Wicked Deep, c'est l'histoire d'une petite ville côtière nommée Sparrow, sur laquelle plane une malédiction, celle des Swan Sisters. Il y a deux siècles, Marguerite, Aurora et Hazel Swan furent accusées de sorcellerie puis noyées. Depuis chaque été, au mois de juin, Elles sortent de l'eau et viennent prendre possession de trois jeunes filles. À travers ces hôtes, leur but est de charmer des garçons, puis de les noyer pour se venger de l'injustice dont elles ont été victimes il y a des années. Dans ce livre, on va donc suivre Penny, habitante de cette île, qui sait que comme chaque année, des cadavres d'hommes seront retrouvés sur la plage. Mais cette année, elle fait la rencontre d'un nouvel arrivant nommé Beau. À partir de là, le récit suit deux histoires parallèles, celle de la rencontre naissante entre pénis et beau durant ce mois de juin maudit et celle de la malédiction afin de comprendre comment la ville en est arrivée là il y a deux siècles. Mais pour la suite, ça sera un petit peu compliqué de vous en dire plus sans vous dévoiler toute l'histoire. Ce que je peux vous partager, c'est que ce livre m'a vraiment bouleversée. J'ai littéralement fondu en larmes à la fin. L'histoire d'amour est vraiment touchante, mais surtout, si vous aimez les plot twists, n'hésitez vraiment pas. Je ne m'attendais pas du tout à ça en commençant le livre. Et depuis, c'est devenu l'un de mes plus gros coups de cœur. Vous savez, le genre de livre que vous recommanderiez toute votre vie, coûte que coûte. Je voulais aussi vous parler de l'ambiance qu'on retrouve dans ce livre. Parce que dans ce livre, justement, on est plongé dans cette ville de Sparrow en plein mois de juin. Et pourtant, c'est un livre parfait pour les jours de pluie, pour les jours un petit peu brumeux. C'est une ambiance vraiment sombre où la sorcellerie plane. En bref, les ingrédients parfaits pour votre prochain coup de cœur. C'est l'heure en quoi des titres.
- Alix Putavy
Et alors vous, est-ce que vous avez une recommandation à nous faire de titre ? Cette recommandation étant libre, c'est ou un titre de votre catalogue, ou un titre que vous avez lu il y a très longtemps, ou un titre qui vous a... Enfin voilà, vraiment, allez-y, ou pas. D'ailleurs, vous pouvez garder le silence si vous le souhaitez.
- David Meulemans
J'ai pensé à un titre parce que toi, tu es aussi éditrice jeunesse, et j'ai eu une sorte de flash lors de notre discussion sur la lecture qui, moi, m'a le plus marqué. Parce qu'en CP et CE1, notre institutrice nous a fait lire, dessiner, nous a fait construire des costumes là-dessus. C'est Max et les Maxi-Monstres. C'est un classique américain des années 70, c'est ça ? Et je l'ai relu récemment et je trouve ça complètement hypnotique. Et je pense que tout adulte devrait lire Max et les Maxi-Monstres, notamment parce que je suis un grand lecteur d'une romancière américaine qui s'appelle Ursula K. Le Guin. Et une de ses citations que j'aime beaucoup, c'est qu'elle dit que L'adulte n'est pas la négation de l'enfant, mais c'est l'enfant qui a survécu. Et je trouve que c'est très juste, et donc je recommande de relire Max et les Maxi-monstres.
- Stéphanie Vincendeau
Merci David. Merci David et toi, Mathilde.
- Mathilde Bonte-Joseph
Moi, je vais être très éto-centrée, je vais parler d'un livre de Quartier Libre,
- Stéphanie Vincendeau
parce que c'est important aussi, vous êtes là pour ça.
- Alix Putavy
Moi j'ai envie d'en savoir plus.
- Mathilde Bonte-Joseph
Je vais vous parler de la nouveauté qui va sortir le 12 mars, qui s'appelle London 53. Et ça se passe dans le Nord-Pas-de-Calais. C'est l'histoire d'une femme qui est esthéticienne, qui approche la soixantaine et qui mène une vie très tranquille, qui vient de perdre son mari quelques années avant. Et un jour, sa meilleure amie la convainc d'aller partir en vacances avec elle à l'étranger. Et donc, elle doit faire refaire son passeport. Et c'est l'époque où les passeports sont biométriques, plus peu. et en arrivant Pour faire son passeport, elle va faire une découverte sur elle-même, je ne dis pas laquelle, qui a un rapport avec son corps, et qui va la bouleverser de manière très, très intime. Et petit à petit, elle va laisser affleurer des souvenirs qu'elle avait enfouis. Elle va voir le monde autour d'elle et les gens qui l'entourent un peu différemment. Et voilà, c'est un très beau portrait de femme, c'est l'histoire d'une mue. d'une femme qui petit à petit renoue avec celle qu'elle n'a jamais cessé d'être. C'est une histoire qui parle d'identité au sens organique du terme, l'identité ce qui la compose, ce qui peu à peu la décompose et c'est une histoire qui est traversée par la notion par l'idée de la peau qui tisse tout textes, la peau qui est à la fois ce qui nous relie au monde et en même temps ce qui nous sépare du monde, ce qui nous protège et qui est une frontière. C'est un très textes, très bien écrit. Avec un regard très tendre sur les personnages. À la fois plaisant et très profond.
- Stéphanie Vincendeau
Merci. On a très envie. Allez l'acheter quand il sera sorti. C'est étrange parce que tu parles de peau et de ce rapport. Moi, j'avais envie aujourd'hui, c'est textes que j'ai lu il y a un petit moment déjà, j'avais envie de parler textes de Ta-Nehisi Coates, qui s'appelle Une colère noire. Je ne sais pas si vous aviez entendu parler de ce textes l'époque. que j'ai eu la chance de publier en poche à l'époque où je travaillais chez J'ai Lu et j'étais très heureuse de le faire donc c'est un journaliste, Ta-Nehisi Coates auteur et journaliste américain et qui va écrire une lettre à son fils de 15 ans justement sur ce que c'est d'être, enfin, l'identité noire mais vraiment, moi quand j'ai lu textes j'ai lu plein textes avant sur ce sujet, sur l'identité noire la culture, l'esclavagisme etc. mais vraiment de ressentir dans sa chair ce qu'est de... porter la couleur, que la peau soit noire et que le danger dans lequel on est biologiquement et physiquement dans les rues et que ça dure et que c'est systémique, ça dure depuis des années et que les États-Unis sont une nation extrêmement... Enfin, on le voit bien aujourd'hui, de toute façon, il n'y a pas besoin d'en reparler. Mais bref, et vraiment, je crois que ça a été un choc à ce moment-là quand je l'ai lu, ce qui m'a le plus frappée, c'est bien évidemment la façon dont il le fait, parce qu'il rappelle évidemment toute cette histoire. ce dialogue intime qu'il instaure avec son fils, c'est ce qui nous fait ressentir, mais vraiment dans votre chair, enfin en tout cas ressentir, approcher au plus près, c'est ce que ça m'a fait, de porter cette couleur et du danger dans lequel on peut être et de la différence que ça peut... Donc je recommande cette lecture de La colère noire de Tannis Codes.
- Alix Putavy
Et moi, la discussion qu'on a eue en cette fin d'épisode sur l'avenir politique en France me fait penser à textes que j'ai lu cet été qui s'appelle « La vie est à nous » de Hadrien Klein, qui est paru au Tripode et qui est un monde imaginaire dans lequel la politique française aurait évolué et dans lequel le travail ne serait plus le cœur de notre société et où on redonnerait du temps pour l'associatif. est le temps pour soi et est-ce que la société s'effondrerait réellement si on travaillait moins et si le capitalisme n'était plus la seule chose qui comptait dans nos vies ? Évidemment, spoiler, non, et même la vie serait sûrement plus agréable. Mais c'est un livre qui se passe sur une semaine juste avant une élection fondamentale parce que les élections présidentielles sont repensées, sont changées. Et donc, qu'est-ce qui change vraiment à l'échelle individuelle, mais aussi à l'échelle sociétale ? Si on repense un peu le monde du travail, si on essaye d'abattre un petit peu le capitalisme, ça me semble important. Voilà, toutes ces recommandations et plus encore. Merci David, merci Mathilde de nous avoir fait la joie de vous joindre à nous et de partager autant votre expérience.
- Stéphanie Vincendeau
Merci à vous. Allez en librairie, en librairie indépendance possible, acheter les livres des Aux Forges de Vulcain et de Quartier Libre, c'est important. Soutenez l'édition indépendance, soutenez les auteurs, soutenez les librairie indépendance. C'est tout ce qu'on vous demande de faire.
- Alix Putavy
Et à très bientôt pour un nouvel épisode. Merci à tous.
- Stéphanie Vincendeau
Merci beaucoup. Merci pour votre écoute. Vous pouvez retrouver tous les épisodes de On vous livre sur toutes les plateformes et on vous donne rendez-vous très vite.