- Stéphanie Vincendeau
On le sait, pour beaucoup, l'édition reste un monde obscur, inatteignable, difficile à cerner. Alors que ce monde paraît, à tort ou à raison, de plus en plus réservé à une sorte d'édit déjà proche du milieu, on observe en parallèle l'émergence de nouvelles façons de procéder. Ces structures, naissantes ou déjà bien installées, participent chaque jour au rayonnement des œuvres et mettent en avant de nouvelles plumes, parce qu'aujourd'hui, édition encore beaucoup de choses à nous montrer.
- Alix Putavy
Bonjour à toutes et tous, vous écoutez On vous livre, le podcast d'Editez-nous qui explore les mondes de édition de l'écriture. Nous sommes Stéphanie et Alix, bienvenue dans ce nouvel épisode. Hello, c'est Sacha de l'équipe On vous livre. Juste pour vous dire que le micro d'Alix a eu un bug pendant l'enregistrement, donc son son sera moins fluide. On est désolés, on espère quand même que l'épisode vous plaira. Bonne écoute ! Et pour en parler aujourd'hui, on a la chance de recevoir Laure Saget et Vanessa Caffin. Bonjour mesdames !
- Laure Saget
Bonjour !
- Alix Putavy
Merci d'être présentes avec nous aujourd'hui. Peut-être que vous pouvez dire quelques mots sur vous pour commencer, pour vous présenter ?
- Laure Saget
Alors donc, je m'appelle Laure Saget et je dirige une maison édition s'appelle AudioLib. qui est une filiale de Hachette et Albain Michel et nous publions à peu près 300 titres par an en livre audio exclusivement qui sont commercialisés via des plateformes numériques de livres audio mais aussi une cinquantaine de livres qu'on choisit, qu'on trie sur le volet et qui sont publiés en CD et donc on continue à être présent en librairie grâce à ces publications CD.
- Vanessa Caffin
Merci Laure. Moi, je suis romancière réalisatrice et cofondatrice avec Jeanne Thiriet de la maison d'édition Livres Agités, qui est une maison d'édition indépendance qui publie des primo-romancières.
- Stéphanie Vincendeau
Merci Vanessa, merci Laure.
- Alix Putavy
Merci beaucoup. Par vos activités, vous êtes toutes les deux en contact permanent avec les auteurs et potentiellement aussi les éditeurs. Je ne sais pas si vous l'avez remarqué aussi, mais pendant longtemps, édition été un monde assez fantasmé. où il s'est dit beaucoup de choses, où tout le monde avait un peu le fantasme de ce qu'était ce monde très fermé. Est-ce que vous sentez une évolution par rapport à ça ? Est-ce que vous avez l'impression que ce monde a perdu un peu peut-être de sa superbe ?
- Stéphanie Vincendeau
Et qu'il y a une forme, oui, de démocratisation, ou en tout cas d'un accès à ce milieu. Alors, ça ne veut pas dire que justement cet accès facilité change la perception, mais est-ce que vous êtes vous aussi face à un... vis-à-vis des auteurs et même des fonctionnements entre auteurs et maison, vous sentez des choses qui évoluent ?
- Vanessa Caffin
Moi, je pense que le fantasme qu'on a du milieu édition, du métier d'éditeur, il repose sur un imaginaire extrêmement puissant qui a été véhiculé par le cinéma, par l'image aussi, par les représentations. On imagine l'éditeur, la nuit, dans sa chambre, en train de faire des découvertes littéraires absolument formidables. Le cinéma véhicule cette image de milieu très élitiste, très glamour, très intellectuel. Je pense encore à la série Netflix Younger qui est passée récemment sur le monde édition. Il y a vraiment cette idée de ce milieu qui est réservé à une élite intellectuelle et puis en même temps qui est extrêmement glamour, alors que ce milieu est extrêmement structuré, concurrentiel, voire de plus en plus tendu. Et c'est vrai que cette image est en train de perdre un petit peu, cette représentation fantasmée est en train de perdre un petit peu, parce que... La prise de parole s'est démocratisée et que les plateaux, les médiums de parole aussi se sont démocratisés entre l'auto-édition, entre les réseaux sociaux, entre voilà, tout le monde peut prendre la parole aujourd'hui et il y a de plus en plus de moyens d'éditer ou de faire entendre sa voix. Et puis surtout parce que les représentations culturelles ont changé, c'est-à-dire ce qui faisait force de culture dans les années 80-90, le livre qui était force de culture aujourd'hui, ben voilà. La pop culture s'est déplacée aussi vers la série, vers les plateformes, vers d'autres formes de représentation culturelle, et ce qui fait un petit peu baisser, en tout cas, ce fantasme littéraire. Mais pour moi, il est encore là. Je pense que la magie opère encore.
- Alix Putavy
Et puis on voit... Il y a de plus en plus de personnes qui prennent la parole pour donner des conseils éditoriaux, nous on le voit. régulièrement ici avec Édith & Nous, il y a de plus en plus de personnes qui ont un avis sur les textes, ça c'est très bien parce que tout le monde peut avoir un avis sur les textes mais il y a une impression je trouve que le métier d'éditeur est à la fois beaucoup plus difficile d'accès parce qu'il y a de moins en moins de place dans les maisons d'édition, mais en même temps beaucoup plus accessible, parce que tout le monde peut donner des conseils, et j'ai l'impression que ça se répercute aussi sur les auteurs, où d'un côté il y a une impression de difficulté, parce que les éditeurs publient moins, il y a moins de place pour rentrer, mais en même temps, comme tout le monde écrit maintenant, il y a un peu une ambivalence au niveau des postures.
- Laure Saget
Ce que vous décrivez à l'instant peut être résumé dans ce mot absolument barbare qui s'appelle la désintermédiation. Merci. Qu'on constate effectivement à tous les niveaux, au niveau de l'écriture via, comme tu le disais, l'autopublication, qui prend vraiment une place de plus en plus grande et qui parfois remplace finalement l'envoi de manuscrits qu'on connaissait de manière traditionnelle.
- Stéphanie Vincendeau
Et qui peut conduire d'ailleurs à des dérives exceptionnelles, puisqu'on a le cas justement de cette dark romance. qui visiblement n'est pas passé par les bons intermédiaires qui auraient peut-être justement alerté. Voilà, c'était juste une petite parenthèse.
- Laure Saget
Oui, tout à fait, on a vu les excès que ça pouvait provoquer. La désintermédiation, elle agit aussi au niveau effectivement de ce qui était avant les grands prescripteurs édition qui étaient la presse et la télévision. On voit bien que c'est un pouvoir qui est en train de baisser. puisque avant, le lendemain de la grande librairie, on savait que le titre allait être numéro un des ventes en librairie. Aujourd'hui, ça a beaucoup changé. La presse n'est plus aussi prescripteur qu'elle pouvait l'être avant et elle a été remplacée effectivement par des influenceurs littéraires qui assument leur statut d'influenceurs littéraires et qui ont donc une relation directe avec leurs abonnés ou les gens qui les suivent. sans qu'un éditeur de presse ou sans qu'un producteur de télévision soit passé par là pour faire cette espèce de filtre. Donc ça a des aspects extrêmement positifs, parce que ça permet effectivement de découvrir des nouveaux genres et de leur permettre de se déployer. On le voit vraiment, nous,
- Stéphanie Vincendeau
à travers la romance et la fantaisie.
- Laure Saget
Nous, on voit vraiment que ça fait partie des genres qui sont en train de monter en puissance grâce à ce relais. via les réseaux sociaux et grâce à des communautés extrêmement engagées. Pour autant, pour ces lecteurs, on s'est rendu compte, notamment au Salon du Livre l'année dernière, que l'objet livre reste extrêmement important et sacralisé avec les effets de collection, avec un gros travail sur les couvertures, de fabrication. Et donc...
- Alix Putavy
On se sentait très en attente de ça, d'avoir un objet joli, d'avoir un objet vraiment travaillé, ça dépasse presque pas. C'est un petit peu exagéré, mais ça dépasse presque le fond même du texte. Oui, mais c'est clair.
- Stéphanie Vincendeau
On est vraiment comme les fans qui vont chercher du merch à l'issue des concerts de manière quasi systématique. Ça fait partie vraiment, je pense, de la même attitude. Alors, je suis assez d'accord avec toi. C'est à la fois hyper chouette parce que ça pousse à un dynamisme et à se dire oui, les gens lisent encore. Alors, quand on veut justement regarder le côté très... positive de l'effet femme de ménage, c'est qu'effectivement ça a remis le domestic thriller, ça a fait lire certaines personnes. Ok, il y a tous ces aspects-là. On voit ce dynamisme, mais on voit surtout la vitesse à laquelle, encore une fois, ça va, ce redéploiement et cette façon de fonctionner. Mais pour autant, quand on interroge et on le voit, nous, en tout cas à notre niveau chez Éditez-nous, la perception que les auteurs et autrices ont édition, du travail de l'éditeur, et de la façon dont ça doit se passer, est absolument obscur, en fait. C'est complètement encore dans un fantasme total. Ils méconnaissent vraiment la façon dont ça fonctionne. Et c'est pas mal relayé d'ailleurs entre eux. Ils s'ambiancent, il y a plein de forums, etc. où ils maintiennent des croyances vraiment, enfin, on est sur de la légende urbaine, sur la façon dont ça fonctionne. Il y a de plus en plus une espèce de fracture entre l'organisation qui commence à se faire justement sur les genres, encore une fois, d'un public très jeune, les influenceurs, etc. Et puis la réalité de ce qu'on connaît, nous, du fonctionnement d'une maison pour faire naître un texte et l'accompagner. le plus longtemps possible.
- Vanessa Caffin
On le voit, nous, avec les primo-romancières qu'on accompagne. Effectivement, quand le livre sort, c'est vrai qu'il y a une méconnaissance, mais c'est bien normal en fait, du métier d'écrivain, du quotidien d'écrivain à la sortie du livre.
- Alix Putavy
Nous-mêmes, on ne connaît pas comment fonctionne l'hôpital ou un cabinet d'avocats, etc. C'est normal, c'est parce qu'on ne travaille pas.
- Vanessa Caffin
Oui, et puis c'est bien normal. Il y a vraiment un travail de pédagogie à faire par les éditeurs. C'est d'autant plus méconnu Je trouve qu'au-delà édition qui leur incombent une fois que le livre sort, ou une fois que le livre est signé sur tout ce travail éditorial qui va être fait avec l'éditeur, et toute la vie économique du livre, il y a aussi cette idée de comment faire pour être édité. Je crois que l'auto-édition est venue répondre à ça, à un espèce de cloisonnement et de silence qui leur est opposé souvent. C'est-à-dire que la plupart des... des primo-romanciers, enfin de ceux qui veulent éditer, envoient leurs romans à des maisons d'édition, maintenant par mail, avant par papier, mais par mail, et puis la plupart du temps, ils n'ont aucune réponse. Donc il y a une espèce de silence sidéral autour de leurs œuvres qui fait qu'à un moment, ils se sentent exclus de ce monde avec un...
- Stéphanie Vincendeau
Oui, mais c'est juste pour montrer justement, alors quand bien même, encore une fois, on parle de démocratisation parce que justement les réseaux, parce que... L'accès à ce monde, parce que même un travail que nous on fait chez Édité Nous, c'est-à-dire vraiment, c'est ce qu'on prône, l'accès facilité aux maisons, en tout cas pour partie, ça ne veut pas dire qu'ils vont être forcément publiés. Oui, ou même recevoir, ou que ça va être rapide. En général, ils méconnaissent aussi le temps nécessaire qu'il y a entre le moment où on va confier un manuscrit à une maison et on va avoir une réponse. et être possiblement publié. Là encore ce matin, on avait la bonne nouvelle d'une signature, d'un texte qu'on a dégoté sur la plateforme. Et ça fait, je pense, plus de deux ans, puisqu'on l'a découvert quand je suis arrivée. Donc il est signé maintenant. Donc il y a vraiment deux ans qui se passent entre la découverte et le moment où ça se passe.
- Laure Saget
On dit que la France est un pays où il y a plus d'auteurs que de lecteurs. Donc voilà, en disant cette phrase, on a résumé le problème.
- Stéphanie Vincendeau
C'est ça.
- Laure Saget
Effectivement, par ailleurs, il faut préparer les auteurs au fantasme de la publication. Moi, j'ai travaillé pendant 15 ans dans l'audiovisuel et j'en parlais avec un ami réalisateur qui faisait des films de cinéma et qui a sorti son premier roman, qui me disait quand je sors un film, il y a des affiches partout dans Paris. Et quand je sors un livre, personne n'est au courant. Donc il y a ce paradoxe et effectivement souvent cette déception, puisqu'on a l'impression que la publication est un aboutissement.
- Stéphanie Vincendeau
Alors que non, aujourd'hui...
- Laure Saget
C'est juste une petite pierre posée dans la construction d'une œuvre.
- Alix Putavy
C'est une mesure possible de leur parcours.
- Laure Saget
Et les auteurs ne mesurent souvent pas le fait qu'un travail d'auteur se construit sur plusieurs romans, et que le premier roman est... fondamentale évidemment pour commencer à exister mais que ça se construit c'est une relation avec des lecteurs qui se construit sur de nombreuses années et sur plusieurs romans donc c'est vrai que la rapidité du monde d'aujourd'hui et les habitudes de rapidité qu'on a sont absolument contradictoires avec le temps édition qui est un temps long Et c'est vrai que la question de la démocratisation de la lecteurs puis de l'abandon des nouvelles générations sur la lecture, les dernières études du CNL le montrent. Et là-dessus, je pense que tout le métier a compris l'importance d'avoir une communication la plus large possible. Il y a eu plusieurs campagnes pour inciter à la lecture. Évidemment, ça n'est pas suffisant. L'édition doit aussi comprendre, même si c'est un marché d'offres, le fait qu'il faut aussi entendre les besoins et les envies de lecture des jeunes lecteurs qui seront les futures lecteurs ou lecteurs pour l'avenir. Et ça a évolué, mais il y a eu quand même une forme de mépris au début pour les genres qui sont aujourd'hui largement... largement portée comme la romance. On s'aperçoit, en fait, dans les études qui sont sorties, que les lecteurs de romance ne lisent pas que de la romance. Non, non. Et donc, il faut là-dessus avoir un regard un peu plus ouvert. Et les maisons qui ont eu ce regard ouvert ont pu saisir cette vague et en profiter. Et comme toujours, un éditeur, c'est un mix entre... Des titres grand public qui vont marcher tout de suite. Et puis des choses qui vont prendre plus de temps. Voilà, qu'on va construire sur le temps. Et c'est cet Alice Renard qu'une maison édition veut tenir la route et vivre financièrement. Mais sur le paradoxe de l'éditeur, il faut aussi rappeler que c'est un métier intellectuel, mais de marchand. La particularité édition, c'est qu'il y a très peu de subventions. Édition très peu subventionnée par rapport à d'autres... secteur artistique et l'audiovisuel en fait partie la manière de financer des oeuvres audiovisuelles n'est pas du tout la même que celle de financer un livre. En fait, c'est très basique. On finance un livre en calculant les ventes qu'on espère faire sur ce livre. Donc c'est vraiment un métier de marchand qu'il faut complètement intégrer. Et je pense que dans le fantasme, il y a le côté aussi totalement détaché des considérations matérielles. Or, pour qu'une maison survive, il faut qu'elle ait quand même un petit équilibre financier.
- Alix Putavy
ça beaucoup de gens l'oublient effectivement et ne voient que le côté littéraires, intellectuelles, artistiques, mais en fait, c'est un milieu économique. Il faut que les maisons vivent, et pour que les maisons vivent, il faut qu'elles aient de l'argent. Malheureusement, évidemment, on aimerait tous vivre dans une société moins capitaliste, mais le fait est qu'on est dans cette société et qu'il faut que les maisons aient de l'argent, et donc il faut aussi qu'elles fassent les choix qui leur apporteront de l'argent.
- Vanessa Caffin
Et sans doute que la déception est souvent plus à la hauteur du fantasme qu'en un an. nourri de ce milieu de la sortie d'un livre. Parce que nous, c'est quelque chose qu'on dit beaucoup à nos autrices aussi, quand elles découvrent les sorties littéraires. On leur dit un premier roman, le marché est tel qu'aujourd'hui, la vente moyenne d'un premier roman en France, c'est moins de 500 exemplaires. Ce n'est pas la femme de ménage. Donc c'est vrai qu'elle voit tous ces chiffres, ces sorties, cette espèce d'événementialisation du livre. Mais la vérité du marché, c'est que quand même que les ventes ont baissé, que le marché s'est polarisé autour de quelques livres Merci. phares, on parlait de la femme de ménage et aujourd'hui Gisèle qui porte Gisèle Pelicot qui porte le marché, mais la plupart des titres, sinon vraiment les ventes moyennes ont baissé, donc c'est vrai qu'il faut parfois malheureusement un peu tuer le rêve et revenir à des considérations plus terriennes économiques en tout cas quand on discute avec nos auteurs et notamment les primo-romancières qui sont novices forcément dans la découverte du métier.
- Alix Putavy
Mais justement, on parle du fait que les gens lisent moins, c'est aussi parce que la société évolue et donc il y a d'autres offres de loisirs qui se sont émises là-dedans, le cinéma, les séries, d'autant plus avec le fait que maintenant le tout est disponible à la maison, donc on n'a même plus besoin de se déplacer. Comment est-ce qu'on se positionne justement pour essayer de contrer ça ? Comment est-ce qu'on essaie de donner, enfin de redonner, ou en tout cas de continuer à donner une place au livre qui... fatalement on ne pourra jamais être comme quand il n'y avait pas le cinéma ou les séries parce que le monde évolue, il faut l'accepter mais comment est-ce qu'on peut faire à votre échelle avec vos structures qui sont différentes justement pour continuer à valoriser le livre ?
- Laure Saget
Le livre audio pour ça est un relais tout à fait intéressant puisque ce dont on s'aperçoit c'est qu'effectivement le fait de se poser d'ouvrir un texte et de lire peut être un problème pour aujourd'hui beaucoup de jeunes euh Toutes les études montrent qu'à partir de 18 ans, par exemple, les garçons arrêtent de lire totalement. C'est-à-dire qu'ils lisaient pour le lycée et ils arrêtent complètement. Et l'audio, pour ça, est un moyen finalement plus doux et moins contraignant de se réapproprier, de redécouvrir littérature. On s'aperçoit qu'évidemment, la fantaisie est un genre très aimé des hommes, si on veut essayer de faire revenir les hommes à la lecture. Et nous, les Tolkien, par exemple, ça fait partie de nos meilleures ventes chez les hommes qui ont plaisir en audio à aborder une œuvre qui leur aurait certainement fait un peu peur compte tenu de la taille du texte, à aborder avec un livre. Et donc, moi, mon credo, c'est que le livre audio n'est pas du tout concurrentiel au papier, mais c'est justement une manière de faire revenir certaines personnes ou y venir tout court. certaines personnes qui peuvent être intimidées par le livre. Et l'idée, c'est que s'ils ont aimé un livre d'un auteur en audio et que malheureusement tous les livres de cet auteur ne sont pas publiés en audio, il va aller dans une librairie pour trouver les versions papier et ayant déjà une connaissance du style de cet auteur, ils auront moins de difficultés.
- Stéphanie Vincendeau
Un accès facilité.
- Laure Saget
Voilà. C'est le genre par l'étape,
- Alix Putavy
quoi. L'étape audio, puis potentiellement l'étape...
- Laure Saget
Voilà, et dans certains marchés comme les marchés nordiques où le livre audio est très, très, très, très développé, on est à 50% du marché du livre tenu par l'audio, alors qu'en France, on est à 2%. Donc, quand on parle, on s'inquiète moins. On se dit que la France est un pays de résistance sur la lecture papier.
- Stéphanie Vincendeau
Oui, mais je pense que justement, l'audio a un rôle, enfin, en tout cas, c'est un avis. personnel, il a un rôle à jouer essentiel sur le relais des œuvres, la façon justement d'amener les gens ou de les maintenir dans ce contenu. Effectivement, et pas juste par de la reprise, mais effectivement un travail éventuellement même d'inédit, de création et de façon vraiment de porter. Parce que les gens, de toute façon, ils veulent. On dit oui, ils se raccrochent. à d'autres formes de narration comme la série, mais n'empêche que tout ça, ça a un fond narratif, c'est l'imaginaire, on raconte une histoire, même dans les jeux vidéo, quand on interroge les jeunes sur pourquoi ils vont adorer tel jeu par rapport à un autre, enfin pas tous, mais en tout cas souvent, c'est parce qu'il y a une histoire derrière, il y a un enjeu narratif, il y a un suspense, il y a des personnages, etc. Donc le livre est le premier lecteurs, enfin un des premiers lecteurs de... de ça. Donc, voilà. Après, moi, je digresse un peu, mais je me suis toujours posé la question parce qu'on demande beaucoup, effectivement, aux éditeurs et même à la société, la culture, de dire, voilà, la lecteurs jeu national, il faut faire lire les jeunes. Alors, il faut faire lire les jeunes, c'est chaud, comme principe de base, genre, oui, ben non, ça ne veut tout et rien dire. En plus, il faut, c'est quand même chiant, d'emblée. Je me suis toujours, enfin, très tôt posé cette question. d'une potentielle alliance, Laure Saget très général, attention, c'est une réflexion que je me suis faite, potentielle alliance entre édition l'éducation nationale, parce que je pense quand même, même si après il y a plein de moyens de faire venir effectivement les jeunes, moins jeunes d'ailleurs, on dit jeunes, mais il y a aussi pas mal d'adultes qui n'ont jamais ouvert un livre, ou en tout cas pas au sens où nous on l'entend, mais une potentielle collaboration entre l'éducation nationale édition, parce qu'on sait aujourd'hui que la... l'édition jeunesse et young adult est quand même extrêmement riche, a des contenus de plus en plus diversifiés. Je sais que moi, chaque fois que je suis au salon du livre de jeunesse, tous mes enfants ont lu beaucoup. J'ai pu leur acheter énormément de livres. Il y a une offre qui est folle, qui est d'une qualité dingue. Et en fait, ça passe, à mon sens, par une collaboration entre les maisons édition l'éducation nationale, puisque la lecture, elle s'apprend. dès le plus jeune âge, et pas juste dans une espèce d'obligation de connaissance des classiques, de connaissance de la langue.
- Alix Putavy
Ça va encore dans une vision un peu élitiste.
- Stéphanie Vincendeau
Oui, voilà, alors qu'on pourrait imaginer... Oui, exactement, alors qu'on pourrait leur faire découvrir déjà des choses beaucoup plus proches de ce qu'ils vivent dans la réalité, déjà d'emblée, donc les amener dans un imaginaire qui leur est plus proche, mais surtout leur expliquer aussi qu'est-ce que c'est raconter une histoire, comment on construit... Et je suis sûre que les jeunes enfants, si déjà ils étaient comme ça, dans cet amour de ce que c'est que l'imaginaire, ce que c'est que raconter des histoires, créer des personnages, et que le livre faisait beaucoup plus partie, et que les éditeurs joueraient le jeu là-dedans, dans cette éducation et au fil du temps, jusqu'au bac par exemple, je ne sais pas pourquoi, mais je pense que ça pourrait contribuer peut-être à un amour de littérature, ou en tout cas une habitude. de lecture qui ne serait pas réservée à une élite ou à certaines écoles et pas d'autres, etc. Parce que je pense que, évidemment, c'est sans doute très utopiste, mais je pense que quand même, je trouve ça bizarre qu'il n'y ait pas cette collaboration qui ait été mise en place autour de ça. Alors, effectivement, il y a des enjeux marchands. Oui,
- Laure Saget
mais cette collaboration existe déjà beaucoup. Oui,
- Stéphanie Vincendeau
avec la prescription.
- Laure Saget
Il y a beaucoup de... Il y a beaucoup de maisons d'édition, même en jeunesse, qui ont des partenariats avec les écoles maternelles, les écoles primaires. Oui,
- Stéphanie Vincendeau
mais je pense que c'est... Oui, elles ont un partenariat dans le sens où, évidemment, on se retrouve avec ce petit sac d'abonnement avec les livres. Mais c'est aller plus loin, vraiment être au-delà de l'offre, effectivement, et de la prescription qui existe déjà. Mais on le sait aussi, c'est quand même très complexe de faire entrer des textes, d'avoir un peu... Voilà, il faut être, encore une fois, le gros. la grosse maison ou celle qui truste un peu toute la prescription. Non, ce serait plus vraiment aller aussi dans la formation des maîtresses ou des profs, etc., et avoir des cours littérature dès le plus jeune âge, en fait, vraiment réservés à ça, au livre et à la connaissance du livre.
- Vanessa Caffin
En fait, je me demande si vraiment le seul souci c'est d'attirer les jeunes à la lecture, c'est-à-dire, je pense que c'est un problème plus vaste d'attention, en fait. Aujourd'hui, on est dans une espèce d'économie de l'attention qui va à la vitesse de la lumière, où lire devient presque un geste politique, un geste de décider de vivre plus lentement, de vivre autrement. Et alors je reprendrai un exemple lié aux plateformes, parce que pour moi c'est symptomatique de ce qui est en train de se passer. Netflix a demandé aux scénaristes, maintenant qui doivent écrire une série pour Netflix, de régulièrement, tous les quarts d'heure, rappeler ce qui s'est passé. les cinq minutes précédentes. Pourquoi ? Parce qu'en fait, les jeunes qui regardent les séries ne sont pas simplement sur leur plateforme, ils sont sur leur téléphone, sur les réseaux sociaux en train de parler, ils sont en train de faire autre chose, de jouer aux jeux vidéo. Donc en fait, il y a une espèce de parasitage aujourd'hui des signaux, de la consommation de la culture qui devient un petit peu comme un supermarché où on regarde une série, mais en même temps, on parle avec ses potes, on est sur les réseaux sociaux, on fait des posts. Et donc, comment On vous livre ? Le livre, c'est une autre édition, c'est un autre rythme. On se plonge dans un livre comme dans une bulle et on est aspiré tout entier. Et l'univers autour de nous n'existe plus. Si déjà on réapprenait à vivre comme ça.
- Stéphanie Vincendeau
Je pense justement que, alors évidemment c'est une histoire d'accès à titre personnel, mais je pense que si l'éducation permettait aussi cet accès à cette bulle justement et cette façon, alors l'école ne peut pas tout faire, on n'est pas non plus dans un truc, je ne suis pas en train de dire qu'on va révolutionner les choses, mais... Il me semble que la seule injonction à dire « il faut que les jeunes lisent » , malheureusement, elle est chouette, c'est déjà un minimum, mais elle n'est pas suffisante.
- Laure Saget
Là-dessus, nous, on a créé des prix du livre audio des collèges et des prix du livre audio des lycées. Et donc, on accompagne des classes qui vont écouter un certain nombre de livres audio et choisir celui qu'elles préfèrent, autant pour le texte qui a été interprété que pour l'interprétation. que pour la mise en son. Donc ce travail avec...
- Stéphanie Vincendeau
Ça fait partie des initiatives, oui.
- Laure Saget
Ce travail avec les collèges et les lycées, puisque le moment bascule, c'est l'adolescence. Après, le livre doit rester, je pense, aussi un plaisir privé et disruptif. C'est-à-dire que si le livre a aussi perdu, je pense que c'est parce qu'il a été trop associé à la contrainte. à travers les études lycées, collèges et lycées.
- Stéphanie Vincendeau
C'est la proposition qui est faite. Et donc,
- Laure Saget
il a perdu de son côté subversif, de son côté transgressif et donc de son charme. Et c'est en ce sens, d'ailleurs, pardon, mon objectif n'est pas de faire une apologie de la romance, mais c'est en ce sens où la romance a été une sorte de refuge pour beaucoup de jeunes filles qui ont vu une sorte de... de choses un peu interdites. Et on a vu à quel point les jeunes adolescentes avaient le goût d'aller acheter la romance un peu trop osée, un peu trop dark. Effectivement, il y a quand même plein de débats sur ce sujet-là. Mais moi, j'ai quand même tendance à dire que tout ce qui fait lire est bon à prendre.
- Stéphanie Vincendeau
Alors justement, vous, quel message vous portez au sein de vos maisons ? Quelles sont vos valeurs principales ? Qu'est-ce qui vous porte chaque jour pour avancer, porter le livre vers le plus grand nombre, etc. ?
- Laure Saget
Alors nous, le principe de base, c'est la diversité. C'est-à-dire qu'on a un catalogue très éclectique, très généraliste, qui va du livre audio jeunesse avec énormément de sound design, plusieurs voix, plusieurs comédiens. jusqu'à littérature la plus exigeante, puisqu'on a même publié des livres, publiés aux édition de Minuit. Je cite en référence de littérature la plus exigeante, sachant qu'on publie toutes les maisons littérature du groupe, que sont Grasset, Stock, Calman-Levy. Et donc c'est cette diversité qu'on défend. Par ailleurs, on a une exigence de qualité, et je le précise aujourd'hui, puisqu'il y a quand même un enjeu en ce moment, il y a beaucoup de débats sur le livre audio, sur comment on produit un livre audio. Donc nous, on est très attachés au fait de travailler avec des vrais comédiens, qui sont des comédiens professionnels, et qui sont des êtres vivants de chair, et des vrais médiateurs du sens. C'est ça que je voulais dire aussi, c'est que le livre audio peut faire revenir à littérature. parce que le comédien fait ce travail de médiation, c'est-à-dire qu'il rajoute du sens. Il va aider la compréhension du texte à travers la manière dont il va interpréter le livre audio.
- Alix Putavy
Est-ce que tu sens des différences quand c'est des personnalités qui lisent les livres ou c'est vraiment plus l'interprétation et le contenu qui prime ?
- Laure Saget
En termes de vente, tu veux dire ? Non, en termes de vente, le fait que ce soit une personnalité qui lise le livre n'est pas du tout significatif. et c'est pour ça que nous on a tendance à travailler avec principalement des vrais comédiens professionnels, soit des comédiens de théâtre, soit des comédiens de doublage, puisque c'est des comédiens qui ont l'habitude de travailler à partir d'un texte.
- Stéphanie Vincendeau
Certains comédiens de cinéma sont très doués pour la lecture audio, mais ce n'est pas le même travail et ce n'est pas le même rapport au texte. Donc la qualité pour les valeurs qu'on évoquait, la diversité des propositions aussi de voix, on n'hésitera pas à faire venir, on travaille avec beaucoup de comédiens qui démarrent en livre audio et on les accompagne sur ce sujet. Et on est aussi ouvert ponctuellement à ce que ce soit l'auteur qui lise lui-même On vous livre quand ça a du sens. Par exemple, Richard Malka, qui a publié tous ses essais chez Grasset, on lui a demandé de lire lui-même, évidemment, ses livres, puisque déjà, c'est quelqu'un qui est habitué à l'oralité. Et en plus, il parle au jeu et il porte les idées qu'il a écrites. Donc, ça avait vraiment du sens.
- Alix Putavy
Une continuité encore plus forte entre le livre papier et le livre audio.
- Stéphanie Vincendeau
Voilà, exactement. Une autrice comme Christine Angot aussi, avec qui on a travaillé récemment. lit elle-même ses textes. Oui,
- Laure Saget
elle a ce phrasé très particulier qui porte complètement...
- Stéphanie Vincendeau
Exactement, et qui est en cohérence totale avec son style. Voilà pour les valeurs de base. C'est vraiment ça, c'est l'accessibilité. Bien travailler avec les plateformes. Ce que je voulais rappeler aussi par rapport à l'accessibilité, c'est que le livre audio, quand il est sous sa forme numérique, en fait, il est accessible aux jeunes à travers une espèce de ligne d'utilisation qui est simple pour eux, puisqu'ils sont tout le temps sur leur smartphone, ils ont tous des écouteurs, et donc ils peuvent acheter leurs livres audio et les écouter via, par exemple, leur abonnement Spotify. Il y a une espèce de facilité d'accès qui devrait faire qu'à terme, il y ait une démocratisation et un rajeunissement des personnes qui écoutent des livres audio qu'on constate sur certains genres littéraires.
- Laure Saget
Ok, et toi Vanessa ?
- Vanessa Caffin
Nous, on a créé avec Jeanne Livres Agités, avec vraiment l'idée de se dire que la littérature un laboratoire d'idées pour penser demain, pour changer les sociétés. Et donc, c'est vrai que notre soin, c'est vraiment de faire émerger des nouvelles voies littéraires, des nouvelles voies féminines pour proposer d'autres formes de narration, pour proposer des récits humanistes qui nous font réfléchir à un autre vivre ensemble, peut-être à un monde plus juste. plus féminin, plus écologique. Voilà, c'est un petit peu notre obsession. Mais au-delà de ça, on a une autre obsession qui est de publier peu pour publier mieux. Et ça, c'est vraiment fondateur de la maison, c'est-à-dire dans un milieu d'édition, on en a parlé, qui est totalement asphyxié. Aujourd'hui, tous lecteurs le disent, les librairie s'en plaignent, les médias s'en plaignent, les auteurs s'en plaignent, de se dire, ben voilà, on publie trop. Il y a deux rentrées littéraires en septembre. en janvier où à chaque fois il y a 600 livres qui arrivent sur le marché, les librairie n'ont plus le temps de lire, les médias parlent toujours des mêmes livres parce que finalement ils vont lire les évidences, les livres obligatoires et ne plus avoir le temps de faire leur métier de découvreur ni pour les librairie, c'est pareil, et au milieu de ça, ceux qui pâtissent en premier lieu c'est les auteurs et moi vraiment ça me rend hystérique parce que forcément je fais écrivaine aussi mais aussi parce que Un livre, on sait que c'est un bout de soi-même, que souvent c'est des années de travail, et que la promesse que doit faire l'éditeur, c'est au moins de promettre une terre d'exploitation du livre, en tout cas suffisamment importante pour qu'il n'y ait pas une frustration énorme, en tout cas de ne pas tuer le livre dès la sortie, parce qu'on en sort 20 en même temps. On sait très bien que si on sort On vous livre en deux semaines, on ne peut pas s'occuper des livres, on ne peut pas leur promettre de les travailler correctement. Et on ne peut pas leur promettre qu'ils seront bien exposés en librairie. Donc, voilà. Moi, je pense que cette maison d'édition, elle est née avec un sens de responsabilité important de se dire comment on approche le livre pour que le contrat entre l'auteur et l'éditeur soit tenu et pour que, justement, on ne vienne pas apporter encore un surplus, une asphyxie supplémentaire à un monde qui est déjà sous intraveineuse.
- Alix Putavy
Merci. Très juste, mais depuis le début, on parle beaucoup de la relation aussi aux auteurs, comment est-ce que les auteurs perçoivent ça, et comment est-ce qu'il faut potentiellement réussir à mieux traiter les auteurs. Est-ce que vous trouvez que les maisons d'édition, elles prennent aussi suffisamment en compte les lecteurs ? On a commencé à en parler un peu avec aussi le fait de s'ouvrir à littérature de genre, mais en fait, édition les auteurs, et les éditeurs, ils n'existent pas sans les lecteurs. Est-ce que vous... dans vos structures, mais aussi dans l'idée que vous avez du monde édition, vous sentez que justement, on remet à sa juste place le lecteurs en lui proposant aussi ce qui l'attend et de la manière dont il l'attend ?
- Vanessa Caffin
Il y a deux choses, en fait, tu l'as très bien expliqué tout à l'heure. Effectivement, on n'est pas des ONG, en fait. Donc, on doit gagner notre vie. Donc, forcément, cette idée du succès commercial du livre... qui va-t-il trouver ses lecteurs ? C'est forcément une question prioritaire qu'on va se poser, au-delà de la qualité du livre, de ses valeurs, de la ligne éditoriale de la maison et de ce qu'on veut donner au monde avec ce récit. Nous, on se pose toujours deux questions fondamentales. C'est un, est-ce qu'il y a une singularité importante dans ce livre ? Est-ce qu'il vient apporter quelque chose sur le sujet qu'il traite ? Est-ce qu'il vient apporter quelque chose au débat ? Est-ce qu'il vient apporter quelque chose à la richesse culturelle ? Oui, non, c'est déjà une question qu'il faut trancher. De, est-ce qu'il y a un public pour cela ?
- Alix Putavy
Est-ce que les gens ont envie de lire ça ?
- Vanessa Caffin
Est-ce que les gens ont envie de lire ça ? Donc forcément, on se pose cette question-là. Et l'avantage des grandes maisons, c'est qu'elles peuvent faire le choix de gros succès commerciaux, de livres très commerciaux, qui vont financer des livres beaucoup plus pointus, des audaces littéraires, des livres plus exigeants qui auront forcément moins de lecteurs. Et c'est ça qui est assez merveilleux, c'est de trouver cet Alice Renard et cette richesse-là. Nous, dans des maisons très, très petites comme la nôtre, le choix se fait de façon moins manichéenne. Manichéenne, c'est mieux. Mais bien sûr que les lecteurs, c'est une question prioritaire.
- Stéphanie Vincendeau
Ah bah oui, je ne peux que dire ça. Alors moi, je ne suis pas éditrice de grand format, donc je ne suis pas primo-éditrice. Donc effectivement...
- Alix Putavy
une sélection après de ce qui passe dans un catalogue qui continue à mettre en valeur des livres.
- Stéphanie Vincendeau
Exactement, et le moment de la prise de décision de publier en audio un titre, le livre n'est pas sorti. Et donc...
- Alix Putavy
Ça se fait en amont, c'est important pour nos... Ah oui,
- Stéphanie Vincendeau
ça se fait très très très en amont.
- Laure Saget
C'est comme le poche. Non,
- Stéphanie Vincendeau
le poche, c'est 18 mois après la sortie du grand format. Nous, on sort en même temps que le grand format. Alors,
- Laure Saget
18 mois, c'est large.
- Alix Putavy
de plus en plus maintenant je pense que c'est de plus en plus raccourci justement parce que la vie du grand format est de plus en plus courte malheureusement et que c'est pas simultané il y a les côtés économiques pour les éditeurs évidemment mais il y a aussi encore je parlais pas forcément de l'apparition d'ailleurs mais plus de l'achat en amont c'est à dire qu'il n'est pas sorti comme
- Laure Saget
le poche en général c'est des achats en blind c'est à dire qu'on mise aussi avec l'éditeur Grand format sur le succès.
- Vanessa Caffin
Pas toujours. C'est vrai que des fois, ils attendent de voir le succès d'un livre. Ça aussi,
- Laure Saget
mais quand ils peuvent se le permettre, ils attendent.
- Stéphanie Vincendeau
Oui. C'est ça, c'est travailler avec l'éditeur grand format sur le potentiel qui vaut à lui dans ce livre. Évidemment, c'est ce que j'aime, moi, dans les dialogues qu'on a avec les éditeurs grand format, c'est cette foi qu'ils ont dans leur livre. Et donc... Si on les écoutait, on publierait tout. Et d'ailleurs, on serait très heureux de tout publier en livre audio. C'est ce qui se passe dans les marchés anglo-saxons. Aujourd'hui, quasiment la totalité des livres publiés en grand format, et il y en a moins d'ailleurs, les livres publiés en grand format, sont publiés en audio. Notre marché est encore trop petit pour qu'on ne soit pas obligé de faire une sélection. Mais cette sélection, elle est à plusieurs entrées, c'est-à-dire qu'effectivement, on a toujours en tête l'électorat, mais quand par exemple, on a commencé à accompagner un auteur en audio dès son premier roman, on va le suivre. Et on sait tous que édition, un premier roman peut très bien marcher, le deuxième bien moins marcher, le troisième moins, et puis le quatrième. et donc la... Là où on est proche de ce que demandent les lecteurs, c'est qu'on considère que les lecteurs vont accompagner un auteur dans toute son œuvre. Et donc, on fait la même chose, on va accompagner un auteur sur plusieurs romans, sans que le critère du potentiel commercial ne soit le seul critère. Et sur l'écoute des lecteurs, là-dessus, c'est vraiment un jeu de... de dialogue entre la proposition qui doit être unique et qui est toujours un prototype. La proposition littéraire, c'est toujours un prototype. Est-ce qu'on peut imaginer que le lecteurs va vouloir ? Quand on n'est pas dans de littérature de genre, c'est toujours une proposition inédite. Et la question, c'est toujours l'hyper intime qui touche l'universel. C'est la question que se posent tous les éditeurs, au-delà, effectivement, comme tu le disais, de la qualité littéraire. Donc oui, évidemment, on a toujours le lecteurs en tête, mais on a surtout le lecteurs qui va rentrer dans la librairie et qui va acheter le livre. Parce qu'en fait, effectivement, ça repose là-dessus. Il faut être très concret et très pragmatique.
- Vanessa Caffin
Moi, ça m'est arrivé souvent d'avoir des coups de cœur dans les manuscrits que j'ai reçus et de me dire, mais qui va lire ? ça en fait, et de me dire j'adore, l'écriture est sublime je tombe amoureuse d'un texte et je me dis mais sois raisonnable parce qu'on publie très peu on publie un à deux romans par an on ne peut pas se permettre d'avoir un échec commercial parce que ça remettrait en question l'avenir de la maison et de me dire si j'avais un line-up de 15 à On vous livre par an je le prendrais, mais là je ne peux pas me le permettre parce que je sais que le potentiel commercial n'est pas assez grand Et en même temps, d'avoir des livres où parfois le coup de cœur est un petit peu moins fort, mais j'ai une vision sur je sais comment le positionner, je sais comment le vendre, je sais à qui le vendre et de me dire voilà, ça je sais comment.
- Alix Putavy
Et ça sera un coup de cœur pour les lecteurs.
- Vanessa Caffin
Et ça sera un coup de cœur pour les lecteurs, exactement.
- Alix Putavy
Des doubles relations entre le livre, à la fois le livre et les lecteurs.
- Vanessa Caffin
Moi je sais, je me rappellerai toujours d'une phrase de Geneviève Perrin. Geneviève Perrin, c'était mon éditrice chez Bellefonds, elle dirigeait le domaine français chez Bellefonds. Et quand on a fondé Livres Agités avec Jeanne Thirier, On l'a fait venir dans la maison. C'est notre super éditrice. C'est elle qui fait la prépa de copie des textes. Et elle me voyait lire des manuscrits. On en reçoit beaucoup maintenant. On en reçoit entre 600 et 700 par an. Donc, on en reçoit beaucoup. Et puis, des fois, j'avais des hésitations. Puis, des fois, je me disais, est-ce que ce Alice Renard, j'ai envie de le publier ? Je ne suis pas totalement fan. Je pense qu'il y a un public. Et elle me disait toujours, mais Vanessa, est-ce que tu crois que moi, j'ai publié que des romans que j'aime ? Je me disais, mais tu penses le nombre de romans que je n'aime pas que j'ai publiés. Mais parce que j'ai mesuré que ça serait des coups de cœur de lecteurs, que le potentiel commercial.
- Alix Putavy
On n'est pas les seuls lecteurs des livres qu'on publie.
- Vanessa Caffin
Exactement, c'est toujours très subjectif en rapport à un livre et à la lecture. Et du coup, c'est ça qui est assez merveilleux aussi dans ce métier. C'est de se dire, bien sûr, on va avoir des coups de cœur littéraires, mais des fois, on va avoir des coups de cœur commerciaux. Mais on sait que ce sera des coups de cœur.
- Alix Putavy
partagé ailleurs je sais c'est une façon dans le partage on sait que ça ne sera pas à notre coeur mais ça plaira à d'autres et c'est très subjectif mais c'est important d'avoir en tête cette part de subjetivité on ne publie pas que ce qu'on aime parce
- Vanessa Caffin
qu'on n'est pas les seuls détenteurs de ce qui est bien ou pas exactement et d'avoir toujours ce double regard je pense est essentiel et je pense est très présent chez les éditeurs c'est à dire à la fois notre nous, notre propre coup de cœur littéraire, et puis l'alignement avec ce qu'on veut publier, ce qu'on veut offrir au monde, la ligne éditoriale de la maison, et puis ce qui plaît aux autres.
- Laure Saget
Alors, je pense que ça fait partie des évolutions notables aussi aujourd'hui, parce que le marché est beaucoup plus complexe qu'il n'a pu l'être. Il y a une époque, enfin, il y a une époque, il y a un petit moment, quand j'ai commencé édition, donc il y a quelques années, on se posait quand même, enfin, en tout cas, je parle des éditeurs grand format, il se posait beaucoup moins la question. On était plus dans la conviction littéraire, c'est-à-dire vraiment la conviction d'avoir trouvé un texte qui devait être porté à la connaissance du public et qui devait être lu. On était vraiment, en tout cas dans mon souvenir, c'était ça. Et il se préoccupait assez peu finalement de tout l'aspect, je dirais un peu plus trivial, qui était effectivement la... commercialisation du livre, le fait de devoir en parler, de le vendre, eux-mêmes, en fait.
- Alix Putavy
Mais ce n'était pas du coup une vision un peu plus élitiste de ce qu'était littérature, en ne prenant pas en compte le fait qu'il y avait d'autres lecteurs qui existaient. Oui, il y avait une vision élitiste,
- Laure Saget
mais surtout de confort, parce qu'à l'époque, encore une fois, on ne se posait pas la question, puisque quand on sortait un livre, on tirait à je ne sais plus combien d'exemplaires, la mise en place était aujourd'hui, quand on... Moi, je me souviens de ces chiffres. notamment pour 10-18, parce qu'on faisait de l'inédit en poche, donc on lançait des séries. Alors c'était certes assez commercial et il y avait un public très captif, mais quand je repense aux tirages, on sortait en général les séries avec les deux premiers épisodes. Et quand je me souviens des tirages et des mises en place à l'époque, aujourd'hui c'est un best-seller. Voilà, donc il y avait moins cette question. Donc effectivement, en tant qu'éditeur de poche, nous on l'avait toujours en tête, parce que justement, Il y avait une... Alors déjà, il y avait beaucoup plus de choses. Et en plus, il fallait justement durer le plus longtemps. Donc, il y avait tout cet aspect commercial. Je me souviens très bien qu'on se battait d'ailleurs parfois avec les éditeurs grand format sur les arbitrages, etc. Donc, on voit aujourd'hui que les éditeurs grand format sont obligés aussi d'adopter des postures et des connaissances pour lesquelles ils n'étaient pas obligés de le faire avant parce que le marché est beaucoup plus... complexe. Donc la personnalité de l'auteur, sa capacité à lui-même porter son texte, etc. A toutes ces questions-là, je pense que vraiment, l'éditeur grand format d'il y a 20 ans n'avait pas forcément besoin de se les poser.
- Vanessa Caffin
Après, moi c'est vrai que la seule limite que je mets, en tout cas nous, pour la maison, c'est que comme je le disais, nous, notre volonté, notre désir, c'est de faire émerger des nouvelles voix féminines qui font bouger les choses. Donc de toute façon, c'est une espèce de prérequis obligatoire. Si je tombe pas au... amoureuse d'une plume, s'il n'y a pas une proposition littéraire extrêmement forte, s'il n'y a pas un propos dans le livre qui est extrêmement fort, de toute façon, je n'irai pas. Donc, c'est un minimum requis. Mais à partir de là, chaque livre a un potentiel commercial différent, un potentiel poétique ou un potentiel d'amour différent. Mais je pense qu'on a tous quand même un...
- Stéphanie Vincendeau
un minimum requis quand même assez fort, assez puissant, sur la conviction de ce qu'on va offrir aux gens,
- Laure Saget
aux lecteurs. Si on porte la conviction au départ, on ne peut pas ensuite porter le livre.
- Stéphanie Vincendeau
Il faut peut-être souligner l'aspect collectif aussi de la maison d'édition, puisque vous, vous êtes très peu nombreuses, mais dans beaucoup de maisons, il y a plusieurs éditeurs, et il y a un vrai dialogue, un vrai échange et un vrai débat. Il y a des débats qui sont parfois très houleux. sur le choix de ce qu'on va publier. Et donc, c'est vraiment une discussion collective et un choix collectif.
- Vanessa Caffin
Même à deux. Oui, même à deux. Même à deux, avec Jeanne, ça peut être... C'est des vrais débats. On n'est pas toujours d'accord. Même à deux, et même d'ailleurs, c'est pour ça qu'on a créé un comité de lecture autour de nous. On a ouvert un comité de lecture assez large avec des gens qui ont des sensibilités. littéraires différentes et qu'on vient consulter pour des raisons très précises, soit avant de se décider sur un texte, soit au moment où on va retravailler le texte, justement pour ouvrir un petit peu les chakras et pour se laisser guider. Mais voilà, à deux, avec Jeanne, on a des débats interminables.
- Stéphanie Vincendeau
C'est vrai que l'aspect collectif est très important et le fait d'intégrer les départements de marketing maintenant. Dans les comités éditoriaux, c'est une nouveauté qui va dans le sens de ce que vous disiez, qui est la prise en compte de ce qu'attendent les lecteurs. Et c'est plutôt un enrichissement d'ailleurs, ce n'est pas du tout quelque chose qui va restreindre le champ des possibles. Ça permet aussi d'avoir une autre manière de choisir les textes.
- Alix Putavy
Et justement, après toutes ces considérations, selon vous, c'est quoi l'avenir édition ? Comment est-ce que vous voyez lecteurs évoluer ou non d'ailleurs ? Avec des considérations économiques, évidemment politiques, culturelles.
- Laure Saget
La question est très vaste.
- Stéphanie Vincendeau
Si on regarde la situation du marché édition aujourd'hui, on constate quand même qu'il y a une concentration autour de quelques groupes édition qui sont très gros et qui prennent beaucoup de place dans un marché qui se restreint, puisque quand on fait des calculs en retirant... Freda McFadden, on s'aperçoit que le marché est en recul. Et donc, à côté de cette hyper concentration du marché, qui ne va pas, à mon avis, reculer, il faut être réaliste, moi je pense qu'il y a la place pour des petites maisons comme la tienne. et tout un aéropage de microstructures, pardon quand je dis micro, ce n'est pas du tout péjoratif.
- Vanessa Caffin
Tu peux, à deux, c'est micro.
- Stéphanie Vincendeau
Qui vont proposer cette alternative et cette espèce de respiration. Et puis quand même, grâce à la puissance des librairie, on a vu à quel point ils étaient puissants hier, puisqu'on a vu que suite à leur... à leur revendication, le partenariat avec Amazon a été abandonné. Donc on voit à quel point ils sont forts. Et on sait aussi à quel point ils sont forts quand ils décident de défendre un texte. Et donc grâce à ça, grâce à cette espèce de maillage qui est si particulier à la France, moi je pense qu'il y a la possibilité pour qu'il y ait quelque chose qui se dessine entre les grosses maisons dont on... à laquelle on peut reprocher beaucoup de choses, mais qui font quand même vivre beaucoup de gens et qui portent beaucoup d'auteurs aussi. Et puis, des plus petites maisons qui vont permettre d'accompagner aussi d'autres projets. Et si les deux réussissent à s'équilibrer, on aura cette diversité dont on a besoin.
- Vanessa Caffin
Moi, je crois qu'effectivement, l'avenir du livre n'a jamais été aussi politique. Et que la richesse, la diversité de ce qui va être proposé viendra des décisions qui vont être prises à l'avenir. Comme tu le dis, il y a une polarisation du marché, mais il y a aussi une concentration du marché. C'est extrêmement difficile aujourd'hui pour les éditeurs indépendance de survivre, de continuer à faire son métier dans édition correctes. Ça l'est tout autant pour les librairie indépendance face à la défermante Amazon. La question, c'est comment on protège lecteurs du livre aujourd'hui, comment on protège les librairie indépendance, comment on protège les éditeurs indépendance. Et ça, je pense que vraiment, c'est une question politique qu'il va falloir poser parce que sinon, les petits éditeurs vont disparaître, les librairie vont continuer de disparaître. Il y en a plein qui soit mettent la clé sous la porte, soit lâchent parce qu'à un moment, ils ne s'y retrouvent plus en termes d'équilibre de vie, en termes de sens. Et aujourd'hui, on arrive quand même à un point, il me semble... extrêmement tendu du marché où cette question devient fondamentale. On voit ce qui est en train de se passer aux Etats-Unis et moi je le dis et je le répète que ça devient... Pourquoi le livre est politique quand on voit qu'aux Etats-Unis il y a eu depuis quelques mois un nombre de livres interdits qui a explosé, des librairie sont menacés où le livre est... est mis en danger parce que c'est l'accès à la culture, c'est l'accès au savoir, c'est l'accès à l'amour et au partage et aux liens. Moi, je n'ai pas très envie qu'il se passe ce genre de choses en France. Comment on protège lecteurs du livre pour que cela n'arrive pas en France et pour que tout le monde aussi puisse proposer une richesse culturelle, une richesse littéraire qui est nécessaire à la fois, pas seulement en termes d'entertainment, de divertissement, parce que c'est important aussi, le livre c'est aussi de l'entertainment, mais pas seulement. Comment on continue à faire de l'objet livre un objet fondamental de l'accès au savoir, de l'accès au partage ? Et ça, c'est vraiment mon obsession en ce moment, c'est de dire comment on protège lecteurs du livre en France et comment on protège cette diversité culturelle et cette signature culturelle qui est la nôtre, demain.
- Alix Putavy
Si les auteurs veulent continuer à être publiés, vu qu'il y a de plus en plus de gens qui écrivent, forcément, c'est qu'on doit protéger aussi la possibilité de les éditer et de les éditer dans les bonnes conditions, mais aussi la possibilité de donner accès aux lecteurs, justement, d'accéder à leurs textes. On en parlait dans l'épisode sur Créer sa maison édition indépendance, et c'est notamment David Meulemans, Delphine, qui en parlaient, sur le fait qu'en fait, si les librairie disparaissent, si l'accès, en fait, aux livres disparaît, forcément, ça rendra beaucoup plus difficile l'ensemble, et c'est toute une économie, mais aussi plein de... loisirs et plein de passions et plein d'aspirations personnelles et collectives qui disparaîtront.
- Vanessa Caffin
Oui, mais surtout qu'encore une fois, les librairie indépendance et les éditeurs indépendance apportent une liberté et une richesse et une diversité éditoriale qui pourraient disparaître dans certains groupes plus puissants. Donc voilà, encore une fois, on sait, on voit bien ce qui est aussi en train de se passer aujourd'hui. On ne peut pas être aveugle. de ce qui se passe dans les médias, dans certains médias et aussi dans certains groupes et institutions culturelles. Donc, aujourd'hui, l'édition indépendance, et là, justement, c'est un petit peu le dernier rempart. C'est le dernier bastion. Donc, si elle disparaît, alerte rouge.
- Alix Putavy
Et puis, il faut aussi que les grands groupes retrouvent peut-être une certaine diversité qu'ils peuvent avoir perdu, justement, au revoir par certaines aspirations politiques pour certains.
- Stéphanie Vincendeau
Alors là-dessus, moi, je veux quand même répondre, parce que je pense qu'il est important de dire que ça n'est pas parce que dans certains groupes, certaines maisons ont certaines orientations politiques que les autres maisons de ce groupe n'ont pas leur indépendance. Donc ça, il faut le rappeler, parce que ce serait faire injure indépendance des patrons de ces maisons. que de penser qu'ils pourraient subir ou en tout cas se soumettre à des injonctions éditoriales. Et donc, voilà.
- Alix Putavy
Je pense que c'est important de continuer à préserver la diversité, mais qu'elle soit dans les grands groupes, qu'elle soit édition, qu'on continue à pouvoir mettre en avant ce qu'on a envie de mettre en avant pour les raisons pour lesquelles on a envie de les mettre en avant.
- Stéphanie Vincendeau
Ce qui est le cas.
- Alix Putavy
Peut-être éviter certaines choses, mais voilà. qu'il y ait toujours cette diversité. En fait, c'est ça qu'on peut souhaiter édition. De tout temps, il y aura, je pense, des gros groupes et des structures indépendance, peu importe le domaine culturel, il y aura toujours cet équilibre. Et je pense qu'il est important parce qu'il apporte justement cet équilibre entre l'argent peut-être un peu plus d'un côté, mais donc aussi les possibilités et une autre forme de liberté. mais justement... préserver cet équilibre dans des bonnes conditions, avec une diversité et une richesse des deux côtés.
- Vanessa Caffin
Mais les majors édition sont essentiels, de toute façon, à ce marché. Ce n'est pas une question de les remettre en question. C'est aussi grâce à des groupes comme ça, aussi puissants, qu'on peut créer plein de nouvelles choses, qu'on peut expérimenter d'autres territoires pour la lecteurs l'écriture. C'est essentiel. Maintenant, c'est comment on préserve cette diversité des acteurs. sur ce marché-là. Comment on fait cohabiter ensemble les grosses majors de édition lecteurs indépendance ? Mais sur un marché de plus en plus tendu, de plus en plus difficile, où le livre, effectivement, les lecteurs se raréfient et où les ventes de livres diminuent, c'est bien normal. Évidemment, c'est presque un théorème mathématique que les majors gagnent en puissance et que les éditeurs indépendance deviennent de plus en plus fragilisés. Donc aujourd'hui, le marché est tendu. extrêmement concurrentiel, et c'est comment on protège. Pour moi, c'est vraiment un ensemble. C'est les uns ne sont pas... Comment on protège tout le monde, en fait, et comment on leur permet à tous de cohabiter ensemble.
- Alix Putavy
De toute façon, il y aura toujours la place pour tout le monde, mais justement, il faut conserver cette place pour tout le monde dans les bonnes conditions.
- Vanessa Caffin
Yes.
- Alix Putavy
Aujourd'hui, pour la reco du jour, c'est Solenn qui vient nous parler de Minuscule folle sauvage, de Pauline de Tarragon.
- Solenn Rousseau
C'est la reco d'Édith. Aujourd'hui, je vais vous recommander « Minuscule, folle, sauvage » de Pauline de Tarragon. C'est un roman graphique sorti aux édition La Ville Brûle en 2024 qui parle notamment de santé mentale. L'autrice, aussi illustratrice de l'ouvrage, raconte son parcours avec les troubles mentaux, l'anxiété et son rapport aux autres. Pour ce faire, elle nous plonge littéralement dans sa tête, puisque dès le début, elle nous dit qu'elle souhaite partir en exploration dans son cerveau pour se comprendre. Elle met donc en lumière ses failles et ses souffrances pour mieux les réparer. C'est un livre qui se lit d'une traite, c'est poétique, presque musical parfois, car l'autrice est également chanteuse. C'est souvent triste, parfois drôle et en même temps plein d'espoir. C'est un roman graphique qui raconte les émotions brutes que l'autrice, mais aussi plein de personnes qui se reconnaîtront, a pu ressentir. La tristesse, la joie, la colère, l'apaisement. Le tout sublimé par de magnifiques illustrations. Pour terminer, voici une petite phrase extraite du livre. Elle regarde les fleurs mourir en hiver, sans tristesse, car elle connaît la chanson. Elles renaîtront au printemps, minuscules d'abord, folles ensuite, puis carrément sauvages.
- Laure Saget
C'est l'heure aux quoi des dites.
- Alix Putavy
Est-ce que vous, mesdames, vous avez des recommandations à faire à nos auditeurs et auditrices ?
- Vanessa Caffin
Moi, je vais forcément recommander... Sur qui tombe la nuit, qui est le premier roman de Marie Paule Istria, qui sort le 12 mars.
- Laure Saget
Save the date, 12 mars.
- Vanessa Caffin
12 mars, sorti en librairie. Sur qui tombe la nuit, l'autrice Marie Paule Istria, donc c'est un premier roman, aime dire que c'est l'itinéraire d'une petite fille pas gâtée dans la vie, mais qui finalement, à force de réellisilience, de combat, s'en sort. magnifiquement. C'est un texte qui traverse le XXe siècle, qui traverse la vie des femmes dans le XXe siècle. C'est un livre d'émancipation et qui nous apprend, je trouve, à traverser l'adversité avec lumière et courage et espoir, parce qu'en ce moment, on en a besoin. C'est vraiment une histoire extrêmement romanesque avec plein de rebondissements comme une vie peut en avoir. Évidemment, comme une longue existence peut en avoir. Et en même temps, c'est un livre qui nous rappelle à quel point...
- Stéphanie Vincendeau
dans des moments d'adversité, dans des moments où on perd espoir, le passé qu'on nous a offert peut être déterminant pour construire l'avenir. Et je trouve ça assez intéressant.
- Alix Putavy
Ça a l'air super. Ça a l'air top. Merci. Merci beaucoup. Merci. Alors,
- Laure Saget
moi, j'ai une recommandation qui est un peu mainstream. Je m'en excuse par avance.
- Alix Putavy
Non, mais c'est libre. C'est totalement libre. C'est important d'entendre tout. toutes les attentes et de faire vivre toutes les littérature.
- Laure Saget
Donc je vous recommande d'aller écouter en livre audio, ou de le lire si vous préférez, le texte de Gisèle Pelicot, pour une raison très simple, qui est qu'on pourrait penser de l'extérieur, à travers l'énorme médiatisation qu'il y a eu sur ce livre, qu'on est dans le domaine du témoignage. Or, c'est une œuvre littéraire, qui a été co-écrite par Judith Pérignon. J'adore Judith Pérignon. et le travail littéraire qu'elle a fait sur ce texte est vraiment remarquable et j'ai le sentiment que ça n'a pas été assez dit donc je le redis il faut lire ce texte comme un texte littéraire extrêmement réussi et une très belle collaboration entre une autrice et quelqu'un qui a vécu une histoire assez unique et l'autre recommandation je continue dans donc Dans le mainstream, exactement. C'est le dernier roman de Guillaume Musso que je vous recommande parce qu'il est très différent de ses autres romans. C'est un roman historique avec un suspense et un humour étonnant et qui est assez réussi. J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre.
- Alix Putavy
Il est disponible en livre audio ?
- Laure Saget
Il est disponible en livre audio, évidemment. Et j'ai trouvé que Guillaume Musso s'était renouvelé d'une manière assez remarquable, ce qui n'est pas évident pour un auteur qui a publié autant de livres et il s'est mis en risque. Il a fait des choses très nouvelles et donc je voulais souligner ce point, même si évidemment ce livre est très visible, comme vous avez pu le constater. Merci Laure, merci Vanessa. Et toi Alix ?
- Alix Putavy
Moi je vais être corporate avec nos invitées aujourd'hui. parce que je voudrais recommander Biche de Mona Messine, qui est le premier roman, il me semble, paru aux Livres Agités. Et je précise que je l'ai lu avant que l'on reçoive Vanessa, et donc c'est une recommandation sincère. Alors ce texte, c'est un conte écologique et moderne, si je peux l'appeler comme ça, qui tourne autour d'une partie de chasse qui va plutôt mal tourner. Et en fait, on suit des chasseurs, mais un en particulier, Merci. des serviers et une Biche en particulier aussi, dans une traque forestière assez intense. Et on voit bien derrière ces images ce que veut faire passer l'autrice comme message. On voit bien l'image du chasseur, l'image de la proie. Mais ce qui est intéressant ici, c'est que les proies refusent leurs conditions de proie et sont à une sorte de rébellion et justement toute une relation très complexe c'est très intense entre chasseurs et chassés. au sein de la forêt. Comme je disais, le sous-entendu est assez clair, mais ça n'en reste pas moins profondément naturel dans la manière dont c'est dit et très impactant. Donc voilà, si vous aimez les textes engagés d'une certaine manière, mais que vous en avez marre de ceux qui pourraient être un peu trop terre-à-terre, je vous conseille vraiment Biche, que j'avais trouvé magnifique quand je l'avais vue.
- Vanessa Caffin
C'est la revanche de Bambi.
- Alix Putavy
Voilà, c'est ça.
- Stéphanie Vincendeau
Très bien. Pas mal ce titre, la revanche de Bambi. Pardon. Et donc moi, je finis par aussi un premier roman qui m'avait marqué à l'époque de sa sortie. C'était, je crois, en 2023, d'une autrice, d'une très jeune autrice qui s'appelle Alice Renard. Et son titre s'appelait La colère et l'envie, publié aux édition Héloïse d'Ormesson pour le grand format et en poche chez Point. Et ce texte m'a vraiment bouleversée. Alors, j'avoue que ces derniers temps, j'ai... pas connu ce genre de d'éblouissement, voilà, ou même au-delà de l'éblouissement, vraiment d'émotion face à un texte et c'est ce que ce texte a procuré chez moi, c'est un texte assez court il s'agit d'une petite fille qui s'appelle Isor, qui est donc très particulière parce qu'elle a un comportement qui ne rentre clairement pas dans les cases, elle est mutique, elle ne parle pas n'écrit pas, ne s'exprime pas, donc il est très compliqué pour ses parents de la comprendre et de rentrer en communication avec elle Et elle, évidemment, elle est très frustrée de cette difficulté. Et puis, c'est sa rencontre avec un personnage qui s'appelle Lucien, qui est un très vieux monsieur, qui lui aussi a une vie très particulière, très isolée, etc. Et c'est cette rencontre entre ces deux personnages qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre, qui va en fait permettre à Isor de s'épanouir et de trouver sa propre voie. Alors, les VOIX et VOIE, évidemment. Je vous passe tout ça. Mais en tout cas, c'est un texte vraiment très littéraire et en même temps extrêmement émouvant. Moi, je me souviens très bien de ma lecture. À un moment donné, j'ai dû arrêter. J'étais saisie d'une émotion telle que j'en ai pleuré. Et c'est rare d'avoir des émotions comme ça quand on découvre un texte. Parce qu'au fur et à mesure, on va évidemment voir comment Isor va réussir à s'ouvrir, à trouver sa propre voix, à écrire, à créer son propre langage. Donc, c'est tout un... par un système d'ailleurs de lettres qu'elle va écrire à ses parents, et évidemment de ses retrouvailles aussi avec ses parents. Donc c'est vraiment, enfin j'ai adoré ce texte, et je vous conseille vivement cette lecture.
- Alix Putavy
Merci beaucoup, merci beaucoup à tous.
- Vanessa Caffin
Merci à vous, merci Laure, merci Vanessa.
- Alix Putavy
Merci à vous qui nous écoutez, on espère que vous avez encore appris d'autres choses sur l'édition, et puis on vous dit à très vite.
- Vanessa Caffin
À bientôt,
- Alix Putavy
au revoir à tous. Merci. Merci pour votre écoute. Vous pouvez retrouver tous les épisodes de On vous livre sur toutes les plateformes. Et on vous dit à très vite.