- Speaker #0
Elles sont femmes de céréaliers, d'éleveurs, de viticulteurs, en agriculture conventionnelle, biologique, raisonnée. Elles viennent de petites, moyennes ou grandes fermes implantées sur toute la France, sont issues du monde agricole ou le découvrent jour après jour. Entre les coups de main à la ferme, la vie amoureuse et familiale, conditionnée au rythme des cultures, de la météo et des animaux, elles-mêmes salariées ou agricultrices, mères, ces femmes sont les piliers de leur conjoint agriculteur. Je m'appelle Marion. J'ai plaisir à discuter avec ces femmes et partager, témoigner, diffuser leurs choix de vie personnels et professionnels, ainsi que leurs joies et difficultés liées au monde agricole. Alors, à votre avis, où ça mène quand on s'aime ? Alors, pour cet épisode, j'ai la chance de discuter avec Stéphane. Nous venons de nous découvrir toutes les deux, mais peux-tu brièvement te présenter ?
- Speaker #1
Donc, je suis Stéphane, j'ai 35 ans, je suis mariée à Cyril. Nous sommes ensemble depuis... 15 ans, nous avons 3 enfants, Loïc qui a 10 ans, Chloé 7 ans et Robin qui va avoir 3 ans. Nous vivons dans le Haut-Doubs, à côté de la frontière suisse. Nous sommes tous les deux agriculteurs, nous avons une petite exploitation de vaches laitières pour faire du lait destiné à des fromages AOP, Comté, Mondor, Morbié.
- Speaker #0
Alors maintenant que le contexte est posé, on va parler un peu plus de toi. D'où viens-tu initialement et as-tu grandi dans un milieu agricole ?
- Speaker #1
Je viens d'un milieu rural du village à côté où je vis actuellement. Par contre, je ne suis pas du tout issue du milieu agricole, mes parents étant ouvriers.
- Speaker #0
Ok. Quelles études as-tu fait et dans quel but ?
- Speaker #1
J'ai fait des études d'infirmière. Je me suis formée en trois ans à l'institut de formation proche de chez moi, dans le but d'être infirmière et de travailler sur l'hôpital tout proche.
- Speaker #0
Est-ce que tu as exercé en tant qu'infirmière ? Dans quels services ? Quelles étaient tes missions ? Qu'est-ce qui te plaisait dans ce métier ?
- Speaker #1
Alors j'ai exercé pendant six ans après mon diplôme. J'ai travaillé en intérim, ce qui me permettait d'avoir un emploi du temps assez variable et adaptable. Et puis je suis revenue sur l'hôpital dans lequel je souhaitais travailler en pédiatrie néonatalogie. J'ai accompagné beaucoup de familles et d'enfants pendant les hospitalisations. J'aimais beaucoup ce côté, tout ce qu'on pouvait apporter en plus du soin aux parents et aux enfants. pour rendre cette hospitalisation plus supportable, apporter un petit plus lors de ces moments-là.
- Speaker #0
Oui, parce que c'est un service qui n'est pas évident et qui demande énormément d'empathie. C'est peut-être ça qui te plaisait aussi, le contact avec les parents.
- Speaker #1
Exactement. Les échanges qu'on pouvait avoir, ce qu'on pouvait leur apporter, c'était une aide en plus du soin. C'était vraiment ce contact, oui, cette empathie aussi.
- Speaker #0
Je comprends. Maintenant, tu es agricultrice. Comment s'est faite cette transition ? Est-ce que tu peux nous en parler, nous expliquer ? Voilà comment est-ce que... Toi, tu l'as senti ? Comment tu as fait ce choix dans ta tête ? Comment ça s'est fait tout simplement ?
- Speaker #1
Eh bien, c'était au moment du Covid. Au niveau de la vie familiale, c'était compliqué. Je travaillais de jour comme de nuit, en 12 heures ou en 8 heures, ça dépendait. Et donc, les enfants dormaient très souvent chez mes beaux-parents pour ne pas les lever de bonne heure, pour ne pas réveiller non plus mes beaux-parents, pour accueillir les enfants tôt le matin. Et ça devenait compliqué à gérer cette vie de famille en fait. Et à ce moment-là, mon conjoint était tout seul sur son exploitation. Moi, j'étais dans une période où c'était compliqué pour moi à l'hôpital. J'avais demandé un temps partiel qui avait été refusé. Donc, il m'a dit, moi, c'est le bon moment pour trouver un associé. La seule personne avec qui je pense pouvoir travailler, c'est toi. Donc, si tu as envie, tu peux t'installer sur l'exploitation avec moi. Donc, j'ai pris un petit peu de temps pour réfléchir et puis je me suis lancée.
- Speaker #0
D'infirmière à fermière, ce n'est pas du tout le même métier. Est-ce que tu avais des... Au-delà de l'organisation, d'un point de vue, ma mission quotidienne est métier. Qu'est-ce qui t'attirait dans le métier d'agricultrice ? Qu'est-ce qui te faisait plus peur ?
- Speaker #1
Alors, ce qui m'attirait, c'est ce côté du soin aussi, parce que mine de rien, avec les animaux, on apporte du soin. On travaille encore avec du vivant. Finalement, c'est des métiers qui se ressemblent, où on donne aussi beaucoup de sa personne. Ça ne me faisait pas peur. Les plus grandes craintes, c'était... Un peu, c'est partie du métier que je ne connais pas puisque je n'ai aucune formation en agriculture. Je n'ai pas de connaissances hormis celles que j'avais en allant aider sur la ferme.
- Speaker #0
Tu as suivi une formation pour ça avant de t'installer ?
- Speaker #1
Pas du tout. J'apprends sur le tas.
- Speaker #0
C'est prévu d'en faire une ou tu es bien comme ça et ton conjoint t'apprend au fur et à mesure le métier ?
- Speaker #1
Alors pour l'instant, ça me convient comme ça. On verra par la suite si j'en ressens le besoin. Mais c'est vrai que le petit dernier vient juste de faire sa rentrée à l'école. Donc pour l'instant, ce n'est pas prévu. On verra, l'avenir nous le dira.
- Speaker #0
D'accord, ok. Quand on est dans le milieu hospitalier, on a vraiment de collègues, on a toute une équipe médicale, et de passer de ça à travailler avec son conjoint, est-ce que ça n'a pas été brutal ? Est-ce que ça t'a plu ? Est-ce que tu avais aussi peur, par exemple, de travailler au quotidien avec lui ?
- Speaker #1
Alors oui, on a une équipe médicale quand on travaille à l'hôpital, une équipe paramédicale, des collègues, beaucoup de collègues. Et cet aspect-là me manque énormément, parce que c'est vrai qu'on voit moins de monde sur la ferme. mais j'arrive à garder certains liens avec mes anciennes collègues. C'est autrement, mais voilà, ça ne fait pas tout dans le travail.
- Speaker #0
Je comprends, ça fait partie du quotidien, mais ce n'est pas…
- Speaker #1
Ce n'est pas vital, non.
- Speaker #0
Ce n'est pas une raison suffisante pour rester dans un métier non plus.
- Speaker #1
Exactement. Travailler juste avec mon conjoint, ça ne me faisait pas peur. Je savais que ça allait nous demander juste plus de communication au quotidien.
- Speaker #0
Pour organiser la vie de famille avec la vie d'agriculteur tous les deux, c'est ça ?
- Speaker #1
Puis même travailler ensemble, on se voyait, mais pas forcément beaucoup. Là, on se voit beaucoup plus, donc ça demande aussi une autre communication. S'il y a des choses qui nous posent souci, là, il faut les mettre tout de suite sur le tapis, ne pas laisser traîner et continuer d'avancer.
- Speaker #0
Est-ce que l'aspect financier est rentré aussi en compte de se dire, maintenant, c'est un peu un salaire commun qui rentre à la maison, il y a peut-être moins la sécurité d'avoir le salaire d'infirmière à côté, est-ce que ça, c'est aussi rentré en compte ? compte de se dire, s'il y a des difficultés sur la ferme, ça peut mettre en difficulté la famille. Tu y as pensé ou réfléchi au moment de t'installer aussi à ça ?
- Speaker #1
Alors, on y a pensé au moment de l'installation, mais ça n'a absolument pas été un frein. On a la chance de faire du lait pour une filière qui fonctionne plutôt bien où le lait est bien payé. Puis Cyril est un bon gestionnaire de ferme, donc non, ça n'a jamais été un frein ou un problème.
- Speaker #0
Ok, ouais, je comprends. À l'heure actuelle, maintenant, quelles sont tes missions à toi sur l'exploitation et celles de Cyril ?
- Speaker #1
Alors, moi, je m'occupe beaucoup de tout l'administratif, on va dire à 90%. J'apporte de la main-d'œuvre à la ferme. Je traite le soir cinq fois par semaine. Je ne peux encore pas aller le matin parce que le petit dernier se réveille encore trop tôt. Ça serait pendant l'heure de la traite et il faut que je puisse être là, donc ce n'est pas possible. Je participe à toutes les tâches de la ferme. J'essaye d'en faire un maximum, mais il y a la maison, la vie de famille aussi, les enfants. Donc je ne peux malheureusement pas en faire autant que Cyril.
- Speaker #0
Est-ce que tu pourrais nous présenter une journée type ?
- Speaker #1
Une journée type, le matin, Cyril part à 5h pour aller traire. Moi, je me lève à 6h pour faire un petit peu, préparer la maison, le petit déjeuner, ce qu'il faut pour les enfants. 8h30, les enfants sont déposés. En fonction de ce qu'il y a à faire sur la ferme, je rejoins Cyril pour lui prêter ma forte. Je reviens en fin de matinée, 11h, 11h30, préparer le repas, récupérer les enfants. Ils partent à l'école pour 13h30. Et puis l'après-midi... C'est toujours pareil en fonction de ce qu'il y a à faire sur la ferme. Soit je pars à la ferme, soit je reste sur la maison. Je fais de l'administratif, je gère un petit peu la partie ménage. Il faut bien que ça se fasse aussi. À 16h30, on récupère les enfants. Enfin, je vais récupérer les enfants à l'école. On fait vite le goûter. Et à 5h, je pars avec Cyril chercher les vaches, les rentrer pour la traite. Donc, on fait la traite jusqu'à 18h30-19h. Et puis après, on enchaîne le marathon d'où je ne peux pas coucher des enfants.
- Speaker #0
Ok, donc j'en ai bien chargé.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Maintenant que nous te connaissons un peu mieux, nous allons discuter ensemble de ta vie de couple et de famille. Comment est-ce que tu as connu ton mari ?
- Speaker #1
On s'est rencontrés par l'intermédiaire de ma sœur. Ils avaient des amis en commun. Ok.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu as ressenti quand il t'a parlé du fait qu'il était agriculteur ? Je ne sais pas, il est sans doute fils d'agriculteur. Est-ce que tu as des excitations, des craintes par rapport à ça ?
- Speaker #1
Non, je n'en avais aucune parce qu'en fait, je n'avais aucune vraie connaissance du métier d'agriculteur. Je savais que c'était prenant, mais ça s'arrêtait là en fait. Je me suis lancée dans cette relation comme ça et j'ai découvert au fur et à mesure.
- Speaker #0
Et dans ta découverte au fur et à mesure des années, est-ce que tu as eu des bonnes et mauvaises surprises par rapport à ce métier d'agriculteur ?
- Speaker #1
Oui, ça a été parfois difficile. Il part à 5h le matin, il revient manger un petit coup le midi, il repart et il revient. Maintenant, c'est 19h, avant c'était au mieux 20h. C'est compliqué à gérer et quand c'est comme ça tous les jours de la semaine, ce n'est pas évident, surtout à l'arrivée des enfants avec le premier. Ça a été là vraiment plus compliqué.
- Speaker #0
Est-ce que vous habitez sur l'exploitation ? Est-ce que c'est une obligation, est-ce que c'est un choix de votre part ? Qu'est-ce que ça vous apporte au quotidien ?
- Speaker #1
Alors ça fait deux ans que nous habitons sur l'exploitation, c'était du coup pas le cas avant. C'était un choix de notre part pour nous faciliter le travail en étant avec les enfants. Avant on n'habitait pas très très loin, à 5 minutes de voiture, mais c'était déjà presque trop loin en fait. Si je voulais que les enfants viennent voir Cyril, c'était tout de suite une autre organisation, il fallait prendre la voiture, venir, trouver le bon créneau aussi pour que lui soit disponible à ce moment-là pour passer du temps avec les enfants. Même Cyril ne s'autorisait pas à rentrer, par exemple, faire le goûter avec les enfants pour les voir 5 minutes. Parce qu'il y avait l'aller-retour à faire en voiture et c'était entre guillemets une perte de temps. Maintenant qu'on est sur la ferme, ils rentrent goûter, ils profitent plus des enfants. Si on veut aller faire quelque chose sur la ferme, on peut emmener les enfants. Puis si eux, ils veulent rester un petit coup, il n'y a pas de souci, c'est l'heure du repas. Moi, je rentre vite faire à manger et puis eux, ils peuvent continuer d'être là sous surveillance en fait. Ça nous fascine la vie.
- Speaker #0
Je comprends bien. C'est possible. Plus simple pour la vie de famille. Est-ce que tu as toujours souhaité, toi, vivre à la campagne ? Et pour quelles raisons ?
- Speaker #1
Oui, j'ai toujours souhaité vivre à la campagne. J'aime beaucoup la ville, mais c'est définitivement pas fait pour moi. Pourtant, j'y étais un petit peu pour mes études. Le paysage, la quiétude, voilà, c'est plus calme. Moins de risques pour nos enfants aussi. C'est un milieu que je connais bien, donc ça a coulé de source, en fait.
- Speaker #0
Ça marche. Est-ce que vous êtes seule à travailler sur l'exploitation ? Est-ce que vous avez de l'aide ?
- Speaker #1
Alors, on est... Tous les deux sur l'exploitation. Mon beau-père est à la retraite depuis 2019, mais il vient toujours prêter main forte. Je pense que quand on est agriculteur, c'est compliqué d'arrêter du jour au lendemain. Et quand on a fait ça tous les jours de sa vie, il y a des habitudes qui sont ancrées. Donc il vient encore très régulièrement prêter main forte pour les foins. Quand on a besoin, on sait qu'on peut compter sur lui.
- Speaker #0
On coupe difficilement le cordon. Oui,
- Speaker #1
je pense.
- Speaker #0
Ton beau-père est géographiquement proche. Quels sont tes rapports avec ta belle-famille ?
- Speaker #1
Ils ont toujours été bons. Quand je travaillais à l'hôpital, c'est ma belle-mère qui gardait les enfants. On se côtoyait tous les jours, très régulièrement. Et même maintenant que je suis sur l'exploitation, elle a gardé l'habitude de venir régulièrement voir les enfants. Si moi, je ne suis pas passée avec eux, la voir dans la semaine. Et puis, mon beau-père, il le dit, de venir travailler sur la ferme, ça lui permet de venir aussi voir et profiter des enfants. On entretient de bonnes relations.
- Speaker #0
Tu nous as parlé de tes enfants et tu as abordé un petit peu l'arrivée des enfants. Est-ce que tu peux nous parler un peu de ça ? Comment est-ce que tu as vécu l'arrivée des enfants dans des périodes agricoles compliquées, denses ? Est-ce que ton conjoint a été présent ?
- Speaker #1
Alors pour le premier, j'étais encore à l'école d'infirmière et il est arrivé en février. Donc ce n'était pas une période trop dense. Donc Cyril était présent, c'est plutôt bien passé. C'est quand je suis repartie l'année d'après à l'école où là, ça a été beaucoup plus compliqué entre ses horaires à lui, mes horaires à moi, les stages et un petit à gérer. Ça a été un sacré chamboulement, il a fallu trouver ses marques pour tout le monde. L'arrivée de la deuxième, fin d'été, ça a été compliqué, parce qu'il n'était pas présent et ne pouvait pas être présent à la maison. Ne serait-ce que de passer une heure de plus à la maison qu'en temps normal, ce n'était pas envisageable. J'ai tout géré toute seule de front, mais ça a été des périodes un peu difficiles. Et le troisième, ça l'a été d'autant plus qu'on était en train de construire la maison, on a tout fait nous-mêmes, et du coup, il ne pouvait pas du tout être là. Donc, gérer trois enfants toutes seules, il y a des jours où il faut s'accrocher.
- Speaker #0
Tu m'étonnes. Et là, ça va mieux ? Comment se passe votre organisation familiale ?
- Speaker #1
Eh bien, écoute, beaucoup mieux. C'est beaucoup plus fluide. Le fait d'être sur la ferme nous aide beaucoup. Ça permet de dire, là, moi, j'ai un rendez-vous, je n'ai pas le choix. Il peut emmener les petits en tracteur ou selon ce qu'il fait, gérer avec les enfants sur la ferme. Donc, je trouve que c'est beaucoup plus facile. Après, les enfants grandissent aussi. gagner en autonomie, ça change aussi pas mal de choses.
- Speaker #0
Et quelle est la relation qu'entretient ton mari et tes enfants ?
- Speaker #1
C'est un très bon papa. Il est là pour eux, il l'adore. C'est un papa poule. Moi, j'aime beaucoup voir leurs relations qu'ils ont avec leur papa. C'est vraiment chouette.
- Speaker #0
Ils arrivent quand même à trouver des moments pour créer cette complicité et créer ce lien avec eux.
- Speaker #1
Oui, puis on arrive à caler un peu de temps le dimanche pour vraiment du temps de famille de qualité. On passe moins de temps sur la ferme et plus de temps avec eux.
- Speaker #0
Par rapport au travail sur l'exploitation et à cette vie de famille, comment est-ce que vous trouvez vos moments de couple à côté du travail à la ferme ?
- Speaker #1
C'est plutôt rare. Le soir, une fois que les enfants sont couchés, généralement, ça se résume à ça. On sort très peu, on va rarement au restaurant, mais parce que ce n'est pas forcément ce que l'on aime. On préfère, une fois que les enfants sont couchés, qu'on a mangé, regarder un film. Enfin, voilà, c'est nos petits moments à nous, quoi. Et puis maintenant que les enfants sont les trois à l'école, ben mine de rien, on arrive à trouver aussi du temps en journée à deux. Alors parfois, ça peut juste être dans le tracteur pour aller chercher des vaches. Mais je trouve que c'est bête, hein, mais ça reste du temps pour nous, en fait.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Ça reste des instants à deux, même si c'est au travail.
- Speaker #1
Exactement. Donc on profite aussi de ces moments-là.
- Speaker #0
Et est-ce que vous partez en vacances ?
- Speaker #1
Très peu. On part... Deux semaines maximum. Jamais deux semaines à la suite, c'est quatre, cinq jours ou une semaine maximum. Donc là, cette année, on est parti quatre jours.
- Speaker #0
Toi, t'es OK avec ça ? Est-ce que c'était compliqué à l'accepter ? Est-ce que tu le savais dès le début ? Donc, c'était pris pour acquis ? Est-ce que tu le vis toujours bien ? Est-ce que ça t'arrête de partir seule aussi ?
- Speaker #1
Alors, je l'ai découvert en étant avec Cyril parce que j'étais habituée à avoir des vacances avec mes parents. Donc, c'était quelque chose pour moi qui était normal de partir deux, trois semaines ou plusieurs fois une semaine dans l'année. Donc, j'ai appris au fur et à mesure de nos années ensemble. Au début, ça a été très compliqué à accepter. Donc, quand on était sans les enfants, il m'arrivait de partir toute seule en vacances. Et puis, à partir du moment où on a eu les enfants, non. C'est vrai que les vacances, pour moi, ça reste un temps de famille. Du coup, on part tous ensemble ou on ne part pas.
- Speaker #0
Et tes enfants, ils comprennent aussi la situation ? Est-ce que parfois, ils te réclament un peu des vacances ?
- Speaker #1
Alors non, ils ne réclament pas de vacances. Alors, est-ce que c'est le fait qu'ils ont toujours été habitués à ce qu'on parte très peu ? Je pense que finalement, pour eux, c'est leur normalité. eux, j'imagine, mais on essaye toujours d'avoir des sorties, de faire des choses qui sortent un peu de l'ordinaire et du quotidien. Et quand je vois mon grand raconter ses vacances à la rentrée, à la maîtresse, je me dis que finalement, c'est pas si mal, les vacances de fils d'agriculteur.
- Speaker #0
Oui, bien sûr, ils ont le confort d'être à la ferme et de créer leurs souvenirs aussi comme ça.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Est-ce que vous avez des amis et de la famille autour de vous ? Est-ce que parfois tu te sens isolée ou plutôt bien entourée ?
- Speaker #1
Alors oui, on a pas mal de couples d'amis autour de nous, assez proches. Certains sont agriculteurs, d'autres pas, mais ça n'a jamais été un frein d'ailleurs. Isolée, non, je ne trouve pas. On arrive à voir nos amis assez régulièrement, quand on en a envie ou besoin. Non, je trouve que ça va.
- Speaker #0
Et justement, tu parlais du fait d'avoir des amis qui ne sont pas du milieu agricole. Qu'est-ce que ça t'a... Porte, est-ce que ça te fait aussi du bien de parler un peu d'autres choses ?
- Speaker #1
Oui, ça fait du bien de parler d'autres choses. La seule chose peut-être, c'est que parfois, ce n'est pas le cas de tous, mais certains peuvent avoir du mal à comprendre. Quand on se plaint, par exemple, c'est parce que ça arrive, de dire « j'aimerais bien qu'on parte un peu en vacances » ou « je ne vois pas assez Cyril » ou les difficultés liées à la vie, à la ferme ou avec un conjoint agriculteur en tout cas. Ce n'est pas toujours évident. Certains peuvent comprendre, mais d'autres ont vraiment du mal à saisir la difficulté. Parfois même ma propre famille, ils ont parfois du mal à comprendre.
- Speaker #0
Et puis peut-être de dire aussi, en fait, on ne peut pas être là ou on ne sait pas. Ce sera peut-être à la dernière minute.
- Speaker #1
Dire, voilà, là, il y a un mariage. Écoute, je suis désolée, je ne peux pas te donner de réponse là. Parce qu'en fait, on sait bien, les mariages, c'est souvent l'été. Nous, l'été, c'est aussi un gros pic de travail. Autant il y en a qui le comprennent très bien, autant pour d'autres. c'est difficile.
- Speaker #0
Ça fait écho.
- Speaker #1
J'imagine.
- Speaker #0
Est-ce que tu aurais un conseil à partager avec une autre femme d'agriculteur qui nous écoute ?
- Speaker #1
Changer de métier, se reconvertir, travailler sur la ferme. Si c'est quelque chose qui fait envie, il faut foncer et le faire. Ça apporte vraiment un plus à notre vie de famille. Moi, je me sens beaucoup plus épanouie maintenant, moins stressée et aucun regret. Donc, en fait, peu importe ce qu'on fait, il faut faire ce qu'on a envie de faire.
- Speaker #0
C'est une très belle conclusion. On parle souvent des difficultés du monde agricole et du fait de vivre avec un agriculteur. Désormais, je finis mes épisodes avec cette question. Qu'est-ce qui, selon toi, t'épanouit chaque jour dans ta vie de femme d'agriculteur et d'agricultrice ?
- Speaker #1
D'être au contact des animaux et de la nature. Ça me fait un bien incroyable. Vraiment, c'est devenu nécessaire à ma vie. Tous les jours, j'ai besoin d'être dehors.
- Speaker #0
Écoute, c'est une très belle conclusion. Merci beaucoup pour cet échange.
- Speaker #1
Merci à toi.
- Speaker #0
C'est ainsi que s'achève notre échange. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le diffuser autour de vous. Mesdames, si certains propos font écho à votre vie, ou au contraire sont bien différents de vos choix personnels et professionnels, n'hésitez pas à venir discuter avec moi dans un prochain épisode. A bientôt !