- Speaker #0
Elles sont femmes de céréaliers, d'éleveurs, de viticulteurs, en agriculture conventionnelle, biologique, raisonnée. Elles viennent de petites, moyennes ou grandes fermes implantées sur toute la France, sont issues du monde agricole ou le découvrent jour après jour. Entre les coups de main à la ferme, la vie amoureuse et familiale, conditionnée au rythme des cultures, de la météo et des animaux, elles-mêmes salariées ou agricultrices, mères, ces femmes sont les piliers de leur conjoint agriculteur. Je m'appelle Marion. J'ai plaisir à discuter avec ces femmes et partager, témoigner, diffuser leurs choix de vie personnels et professionnels, ainsi que leurs joies et difficultés liées au monde agricole. Alors, à votre avis, où ça mène quand on s'aime ? Pour cet épisode, j'ai la chance de rencontrer Camille. Peux-tu brièvement te présenter ?
- Speaker #1
Je m'appelle Camille, j'ai 27 ans. Je suis en cours d'installation en élevage de chèvres avec transformation fromagère. En Ardèche, on va s'installer à deux avec mon mari. On ne vient pas du tout du milieu agricole. On peut dire que c'est une reconversion. Cette année, on a plongé en plein dedans parce qu'on a déménagé. On habitait Paris. On a déménagé en Ardèche. J'ai attaqué la formation. Je suis tombée enceinte pendant ma formation. J'ai fait ma formation enceinte. On a trouvé du terrain. Donc, si tout va bien, on s'installe le plus rapidement possible.
- Speaker #0
Ça marche. On va discuter un peu de... tout ça. Maintenant que le contexte est posé, on va parler un peu plus de toi. D'où viens-tu initialement et as-tu grandi dans un milieu agricole ?
- Speaker #1
Alors moi, je suis franco-brésilienne, donc mon papa il est brésilien. On a vécu au Brésil jusqu'à l'âge de mes 10 ans à peu près. On vivait au Brésil avec un mode de vie quand même très particulier puisqu'on venait d'une classe moyenne, haute. Et voilà, c'est vrai qu'on était souvent enfermés, l'argent... On était un peu au centre de tout. Et puis on est revenu en France avec ma mère, puisque mon papa est décédé au Brésil. Et quand on est rentré, c'est vrai que j'ai eu l'impression de gagner en liberté, de pouvoir marcher dans la rue, tranquille, de pouvoir faire des choses proches de la nature, de ne pas être tout le temps enfermée dans des voitures ou dans des malls. Petit à petit, avec la rencontre avec mon mari aussi, l'idée a germé de se dire... On veut avoir un potager pour nos enfants. Et puis du potager, on s'est dit quelques animaux. Des quelques animaux, voilà. On s'installe en élevage. On ne vient pas d'un milieu agricole direct, que ce soit moi ou mon mari. On a de la famille dans le milieu agricole, des cousins, des grands-oncles. Mais nos parents en tout cas et nos grands-parents ne viennent pas de ce milieu-là.
- Speaker #0
Ok, c'est vraiment un choix qui a mûri petit à petit.
- Speaker #1
Exactement, c'est ça.
- Speaker #0
Avant ça, quelles études as-tu fait ? Et est-ce que tu as exercé des premiers métiers ? Quels étaient-ils ?
- Speaker #1
Moi, j'ai commencé mes études post-bac. J'ai fait Sciences Po à Strasbourg. La troisième année, du coup, à Sciences Po, elle est obligatoirement à l'étranger. Donc, je suis partie en Chine. Et c'est là où j'ai rencontré mon mari. Je me suis beaucoup intéressée à la culture chinoise. Et en rentrant, j'ai fait du coup un master à l'EHESS à Paris, en anthropologie, parce que c'était un peu mon rêve de petite fille. L'anthropologie, c'est une science sociale qui s'intéresse aux réactions, actions humaines au sein d'une société donnée, qui s'intéresse aux hommes et à leur comportement à travers différentes sciences sociales, que ce soit la sociologie, la psychologie, l'histoire. Donc du coup, j'ai fait mon master et puis j'ai commencé à bosser, je donnais des cours. Ça m'a vite déchantée parce qu'avec le Covid, je ne pouvais pas partir en Chine faire de la recherche. Ça devenait très compliqué de bouger et tout. Donc, je me suis dit, bon, c'est le moment de changer de vie. Et on en parlait depuis longtemps avec mon mari. Je me suis dit, allez, qu'est-ce qu'on a à perdre ? On essaye. Au pire, ça ne marche pas. Donc, voilà, là, on a décidé. L'idée a mûri entre-temps et on s'est vraiment lancé il y a un an à peu près, un peu plus d'un an. On a passé le pas de déménager, puis de se former, d'être plus près de ce métier, de faire des stages, de travailler dans différentes fermes. Donc ça fait un an et demi qu'on est vraiment dedans. Ni lui ni moi, on vient de métiers qui sont en lien avec l'agriculture.
- Speaker #0
Est-ce que tu as fait une thèse aussi ?
- Speaker #1
Je voulais faire une thèse. C'était vraiment mon objectif. J'ai changé en cours de master de sujet. de mémoire. Au début, c'était sur les grands-mères en Chine. Comme je te l'ai dit, la Chine devenait de plus en plus fermée avec le Covid. Du coup, j'ai décidé de changer de sujet. Et donc, mon sujet de mémoire est devenu les éleveurs de chèvres en Ardèche. Et c'était un moyen pour moi de déjà faire un peu une transition. vers autre chose. On va dire que je n'ai pas trouvé mon bonheur dans le milieu de la recherche. J'avais vraiment besoin de faire quelque chose de mes mains. Je me suis dit, non, ça ne sert à rien de perdre encore quelques années puisque j'ai quand même un bac plus 8 et que là, je décide seulement maintenant de faire cette reconversion. Et donc, je me suis dit, non, ça ne sert à rien de se rajouter des années d'études juste pour le faire.
- Speaker #0
Et du coup, tu as rencontré ton mari en Chine. Lui, qu'est-ce qu'il a fait comme études et comment est-ce que vous vous êtes rencontrés ?
- Speaker #1
Lui, il a fait une école de commerce. Il était commercial dans l'industrie agroalimentaire. Donc, il vendait des produits français à des restaurants, hôtels de luxe en Chine. Quand il est rentré en France, il a fait un peu la même chose, mais dans l'autre sens, il vendait des produits asiatiques à Paris pour les restos. Il n'a pas d'expérience non plus, que ce soit dans le milieu du fromage et encore moins dans le milieu agricole. Ce n'est pas un commercial d'engins agricoles ou quoi.
- Speaker #0
Et du coup, pourquoi l'Ardèche ? Comment est-ce que vous avez choisi un peu votre arrivée, votre retour en France ou votre installation dans cette région ?
- Speaker #1
Moi, j'ai ma famille du côté de ma mère qui est française et qui est d'origine ardèchoise en fait. Donc c'est un peu un retour aux sources pour moi parce que j'ai quand même la maison de mes arrière-grands-parents ici. Même quand on était au Brésil, des fois l'été, quand on venait, on venait passer quelques jours ici. Donc on est revenu ici parce que la formation, elle est en Ardèche. pour l'élevage caprin. Au début, on était ouverts finalement à s'installer un peu n'importe où en France, où on trouverait. De fil en aiguille, on a fait notre trou ici, on y est bien et du coup, on a eu envie de partir. On a décidé de chercher des terres dans le village où il y a toute ma famille étendue. Et donc, on s'installe normalement ici.
- Speaker #0
Ça marche. Est-ce que tu peux nous parler un peu de votre installation ? Comment est-ce que vous avez fait les démarches ? Comment est-ce que vous avez choisi les terres ?
- Speaker #1
Pour l'instant, on a trouvé des terres qui nous intéressent. On savait qu'en fait, il nous fallait soit reprendre une exploitation où il y avait tout qui était en place, des terres, un troupeau, où on pouvait commencer à travailler demain, soit créer une exploitation en ayant juste des terres agricoles parce que la formation qu'on a, elle nous permet d'acquérir des terres agricoles. C'est vrai qu'on a longtemps cherché. On a trouvé des terrains vraiment à trois minutes de là où on habite. par des voisins interposés qui savaient qu'on voulait s'installer, des gens qui voulaient vendre. Et du coup, voilà, ça a commencé comme ça. Comme moi, je finissais mon projet, j'ai décidé de faire mon étude de cas sur ce lieu-là et de voir si c'était possible vraiment dans les faits de s'installer là. C'est vraiment un lieu qui est prêt pour accueillir des chèvres. Il y a un endroit où c'est plat pour construire un bâtiment. Nous, on veut faire beaucoup de gardes. Il y a beaucoup de forêts où on peut garder les chèvres. Donc le lieu s'y prête. Il n'y a pas de chevriers en plus sur la commune. Donc on s'est dit, allez, c'est le destin. Il faut qu'on reste là.
- Speaker #0
Et comment est-ce que vous envisagez votre répartition des tâches ? Est-ce qu'il y en aurait un de vous deux qui serait plus sur l'élevage et l'autre sur la transformation pommagère ? Quels produits vous pensez faire ? Comment vous vous projetez ?
- Speaker #1
Pour la répartition des tâches, on veut un peu tous les deux savoir tout faire. pour pouvoir, que ce soit en cas de besoin, parce qu'il y en a un qui est malade ou en cas d'envie, parce qu'il y en a un qui a envie de prendre une journée et d'aller faire un truc, on a envie de pouvoir se relayer. Après, c'est sûr qu'on a chacun nos domaines de préférence. On va aussi se focaliser sur ça. Du coup, Joseph, il est commercial de métier. Il va s'occuper de toute la partie commerce, parce que moi, en plus, c'est une partie qui ne m'intéresse pas du tout. Donc, je lui laisse avec grand plaisir. Il va s'occuper aussi beaucoup de la partie élevage, bricoler des trucs, faire les parcs et tout, parce que moi non plus, je le fais, mais je ne le fais pas avec plaisir. Je préfère passer cinq heures dehors et garder mes chèvres sans qu'elles soient enfermées dans un parc. Moi, je m'occuperai de la partie élevage aussi, mais plus le côté alimentation des animaux, soins. Et je m'occuperai de la partie transfo aussi. Donc c'est moi qui ferai les fromages la plupart du temps.
- Speaker #0
Ok, je visualise un peu plus toute cette projection. Alors maintenant que nous te connaissons mieux, nous allons discuter ensemble de ta vie de couple et ta vie de famille. Est-ce que vous projetez d'habiter sur l'exploitation et pourquoi ?
- Speaker #1
On n'a pas repris de ferme, donc on va devoir construire nos bâtiments d'exploitation. Et donc on a l'opportunité de pouvoir juste construire les bâtiments d'exploitation parce qu'on a déjà une maison qui est à trois minutes du lieu où on souhaite s'installer. Finalement, ça s'est fait comme ça. Ce n'était pas un choix particulièrement. Avec le recul, on trouve que c'est mieux, parce que ça nous permettra de séparer un peu plus notre vie de famille et notre boulot. C'est vrai que quand on habite sur l'exploitation, on est vite amené à faire des heures sup alors qu'on en fait déjà beaucoup. Et aussi de un peu tout mélanger. Le mot d'ordre, c'est un peu on rentre à la maison, on ne parle plus de la ferme. Si on veut s'embrouiller sur la ferme, sur des trucs où on n'est pas d'accord. On attend le lendemain d'être au boulot. Ça nous donne un peu plus une barrière mentale pour bien séparer les choses.
- Speaker #0
Oui, je comprends. Et est-ce que tu as des craintes à travailler en couple au quotidien ?
- Speaker #1
Oui, parce que c'est comme la vie en couple à la maison. Je sais qu'on va s'embrouiller sur des trucs, qu'on ne va pas forcément être d'accord sur l'élevage, sur plein de choix à prendre au sein de l'exploitation parce qu'on n'est déjà pas d'accord sur tous les choix à prendre. vis-à-vis de nos enfants. Donc j'imagine que ce serait un peu la même chose, on va avoir des points de désaccord, mais en même temps je me dis, on arrive toujours à dénouer les nœuds à la maison, il n'y a pas de raison qu'on n'y arrive pas à la ferme. Oui,
- Speaker #0
et puis peut-être que tu parlais de tous les deux apprendre toutes les tâches, mais peut-être qu'une fois que vous allez être vraiment dedans, Vous vous répartirez aussi pour ne pas vous marcher dessus et pour que chacun ait un peu aussi ses missions. Vous verrez bien comment ça se passe et comment vous trouvez votre équilibre.
- Speaker #1
Oui, clairement. Clairement, l'idée, c'est quand on a envie et qu'on peut aussi, par rapport au temps qu'on a disponible, par exemple, on va faire la traite à deux, les enfants sont à l'école, c'est un moment qu'on passe ensemble. Mais si un jour, moi, j'ai envie d'être enfermée dans ma fromme à écouter des podcasts et à écouter de la musique, et que je ne veux voir personne, j'ai aussi le moyen de le faire. Et si Joseph, il a envie d'être sur le marché, à discuter avec des gens, parce qu'il adore discuter avec des gens, s'il a envie de faire ça, il a son temps à lui aussi. Moi, je ne suis pas là à analyser comment il fait ou quoi. Il est tout seul dans son truc. Et c'est bien aussi d'avoir chacun sa chasse gardée.
- Speaker #0
Je comprends très bien. Après, c'est trouver aussi en fonction des caractères des uns et des autres son équilibre dans cette installation.
- Speaker #1
Oui, clairement.
- Speaker #0
Donc vous avez des enfants, combien, de quel âge ?
- Speaker #1
Alors du coup, on a deux enfants. On a un garçon qui a bientôt deux ans et on a un tout bébé qui a quatre mois.
- Speaker #0
Ok, félicitations.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Comment est-ce que vous projetez votre organisation familiale avec les enfants sur cette installation ?
- Speaker #1
Pour nous, c'est super important parce qu'on sait qu'on choisit de faire un métier où on y passe beaucoup de temps. et on s'y consacre beaucoup. On veut s'organiser dès le départ, avant de commencer, un temps pour pouvoir passer des temps privilégiés avec nos enfants. Par exemple, dans notre semaine type, on décide par exemple, le week-end, de ne pas faire les mêmes fromages qu'on fait d'habitude et de faire un report de lait pour faire des tomes, par exemple. Et comme ça, ça nous permet de passer moins de temps en fromagerie et par exemple, de se lever... tôt, faire la traite, faire un peu de fromagerie, le strict minimum nécessaire, et puis pouvoir passer la journée avec les enfants. On a décidé, par exemple, on est sur un système où on veut garder nos animaux 4 à 5 heures par jour dehors, donc où ils se nourriraient des denrées offertes par la nature tous les jours de l'année, mais on ne le ferait pas le mercredi et les week-ends pour pas non plus se surcharger, pas forcer nos enfants à passer ce temps-là s'ils ne le veulent pas. et aussi leur permettre de faire d'autres choses que la vie à la ferme, de leur permettre de faire des activités et qu'on puisse les accompagner dans tout ça aussi.
- Speaker #0
Par rapport à ce qui va être des vacances en famille, etc., est-ce que vous êtes prêts à faire des sacrifices dans les premières années ? Comment est-ce que tu vois les choses ?
- Speaker #1
Nous, déjà, on est sur un système avec les chèvres où il y a une saisonnalité. Et donc, normalement, les chèvres, elles sont taries vers novembre, nous, dans notre cas, décembre, parce que du coup, elles mettraient bas un peu plus tard. Et donc, ça nous donnerait après deux mois à peu près avant les mises bas pour pouvoir éventuellement trouver un service de remplacement et partir en vacances. Donc ça, je te parle, mais ça, c'est en rythme de croisière quand la ferme, elle marche et tout roule. Après, on sait qu'avant, il va y avoir quelques années de beaucoup de boulot. Moi, j'ai vu pas mal d'éleveurs chez qui j'ai travaillé et qui étaient dans des situations similaires. Malheureusement, il y en a un qui part avec les enfants en vacances, l'autre s'occupe de la ferme, et puis éventuellement avec l'aide de la famille ou de woofer, ou qui que ce soit. Et puis inversement, l'autre part une semaine avec les enfants et l'autre s'occupe de la ferme. On sait qu'on ne va pas pouvoir faire les vacances en famille. Les premières années, ça ne va pas être possible. Donc on y est préparé aussi.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Par rapport à votre couple, comment est-ce que tu envisages d'essayer de trouver cet équilibre entre cette organisation familiale, cette vie de collègue, entre guillemets, et vos moments à deux ? Comment est-ce que tu projettes ça ?
- Speaker #1
C'est une bonne question, mais c'est vrai que Joseph et moi, on est un couple de solitaires. On aime bien être chacun dans notre coin, on va dire, de se retrouver dans des moments très... très simple du quotidien. On ne ressent pas forcément le besoin de partir en vacances ou d'aller dîner dehors ou des trucs comme ça. Mais juste, par exemple, de se poser, de prendre un café, de papoter ensemble, des trucs un peu basiques. Et c'est déjà un peu comme ça qu'on fonctionne dans notre vie de tous les jours. Donc, ça ne m'effraie pas trop. C'est vrai qu'on a aussi pas mal de relais. Une fois, pareil, la ferme installée. pourront, dans des moments, comme je t'ai dit, en hiver, où les chèvres, il faut juste les nourrir globalement, on peut demander tout à fait à quelqu'un de notre famille de venir les nourrir.
- Speaker #0
Tu parlais de la famille. Est-ce que vous avez des amis et de la famille autour de vous ? Est-ce que tu te sens parfois isolée ou plutôt bien entourée dans ce gros projet et dans cette future installation ?
- Speaker #1
On se sent super bien entourée. Franchement, on pensait peut-être... se sentir isolée en venant ici, mais on ne l'est pas du tout. On s'est vraiment créé un réseau de gens qui sont hyper bienveillants et qui partagent nos idées de vie, notre manière de voir les choses. Et du coup, c'est vrai que c'est agréable. On a même plein de copains éleveurs, bien sûr, et agriculteurs, parce que du coup, on se comprend aussi dans nos galères, dans nos questionnements. C'est pour ça aussi qu'on a décidé de rester en Ardèche. C'est parce qu'on a réussi. à se créer cette espèce de cocon, qui fait qu'on sait, même si ça va être dur, qu'il y aura des galères, on aura des gens pour nous soutenir, pour nous filer un coup de main, pour nous aider. Et on s'est rendu compte que c'était assez indispensable quand on vit à la campagne, qu'il faut faire de la route, qu'il faut aller vers les gens pour se créer un cercle d'amis. On s'est dit, on a réussi à se faire notre place et à se sentir bien, on ne va pas. Vous recommencez à je ne sais pas combien de kilomètres d'ici. C'est vrai que ça a bien pesé dans la balance. Et on se sent même plus entouré que quand on vivait à Paris, où on avait beaucoup plus d'amis, on soit proche. Il était présent, quoi. On n'est vraiment pas très inquiets. Pourtant, je suis de nature inquiète, tu vois. Mais ça doit être l'ère de la campagne. Je ne suis pas inquiète.
- Speaker #0
Le projet, il s'est construit petit à petit. Donc, c'est normal aussi que tu sois confiante dans celui-là et dans une projection globale.
- Speaker #1
Ouais, et puis on s'est posé des limites aussi. Enfin, on en a déjà beaucoup parlé avant. Et on s'est dit, si on voit que par contre, on n'y arrive pas, que la ferme, c'est trop pour notre couple, pour notre famille, etc. On s'est toujours dit, avant même de s'installer, que ce serait une raison de partir, quoi. Et de recommencer avec autre chose, de faire autre chose. Voilà, c'est un peu notre limite quand même. C'est super, on va enfin faire des boulots qui nous plaisent, où on se sent vraiment à notre place. Par contre, si ça a une incidence trop forte sur notre vie de famille, sur notre vie de couple, ce n'est pas plus important que ça quand même.
- Speaker #0
Vous vous prioriserez dans ces choix.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Est-ce que tu aurais un conseil à partager à une autre femme d'agriculteur ou à une femme qui projette de se reconvertir et de se lancer dans un projet d'installation ?
- Speaker #1
Je pense qu'il faut se faire confiance, comme d'ailleurs pour tout dans la vie. Et moi, c'est vrai que la maternité, ça m'a apporté beaucoup de force, entre guillemets. de découvrir des choses que je ne pensais pas capable de faire. Typiquement, là, j'étais enceinte pendant presque toute la durée de la formation. Je faisais deux heures de route par jour. Je travaillais en élevage. Je faisais la traite. Je faisais les fromages. J'étais quand même à sept mois de grossesse. C'était fatigant. Quand on fait quelque chose qui nous plaît, qui a du sens pour nous, quand on a trouvé les bonnes raisons pour lesquelles on le fait, je pense qu'on trouve toujours un peu des ressources. C'est inépuisable. Juste s'écouter. S'écouter quand il faut s'arrêter. Aujourd'hui, on a quand même un réseau de remplacements qui existe en France pour les femmes, notamment agricultrices, ce qui est une révolution. Et c'est super, il faut s'appuyer sur ça. Moi, je dirais, mon conseil, c'est vraiment de s'écouter, de faire ce qui semble le plus cohérent et qui nous parle. Et ça va rouler.
- Speaker #0
Écoute, c'est une très bonne conclusion à cet échant. C'est hyper enthousiasmant. Merci beaucoup.
- Speaker #1
Ça l'est pour nous aussi. C'est juste un partage de cette enthousiasme et de se dire aussi que ce n'est pas parce qu'on est une femme dans l'agriculture qu'on n'y arrivera pas. Ça, c'est des vieilles façons de penser. Aujourd'hui, il y a 32% des gens dans le milieu agricole qui sont des femmes, en tout cas dans l'élevage. C'est énorme, c'est cool. Moi, dans ma promo de BPREA, on était sur 6, on était 5 meufs. C'est que peut-être on se retrouve aussi dans des boulots plus manuels où on peut aussi se découvrir là-dedans.
- Speaker #0
Trop chouette. Super bonne conclusion. On souhaite le meilleur dans cette installation et dans ce beau projet.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
C'est ainsi que s'achève notre échange. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le diffuser autour de vous. Mesdames, si certains propos font écho à votre vie ou au contraire sont bien différents de vos choix personnels et... professionnelle. N'hésitez pas à venir discuter avec moi dans un prochain épisode. A bientôt !