- Speaker #0
Elles sont femmes de céréaliers, d'éleveurs, de viticulteurs, en agriculture conventionnelle, biologique, raisonnée. Elles viennent de petites, moyennes ou grandes fermes implantées sur toute la France, sont issues du monde agricole ou le découvrent jour après jour. Entre les coups de main à la ferme, la vie amoureuse et familiale, conditionnée au rythme des cultures, de la météo et des animaux, elles-mêmes salariées ou agricultrices, mères, ces femmes sont les piliers de leur conjoint agriculteur. Je m'appelle Marion. J'ai plaisir à discuter avec ces femmes et partager, témoigner, diffuser leurs choix de vie personnels et professionnels, ainsi que leurs joies et difficultés liées au monde agricole. Alors, à votre avis, où ça mène quand on s'aime ? Cette semaine a lieu la troisième édition du podcaston. Des milliers de podcasts du monde entier publient des épisodes au profit de tout autant d'associations caritatives. Le but est de créer une grande vague d'impact et de sensibilisation. tendre le micro à tant d'associations avec une grande qualité d'écoute, c'est lui permettre de raconter son histoire, ses défis, ses projets, véhiculer des émotions pour rapprocher les associations de leurs futurs donateurs et bénévoles. Pour ma part, j'ai décidé de consacrer un épisode de mon podcast à l'association Les Ailes de la Terre. Je discute ainsi aujourd'hui avec Laurence, qui va nous présenter son association et nous partager son témoignage de femme d'agriculteur et agricultrice. Alors bonjour Laurence ! Peux-tu brièvement te présenter ?
- Speaker #1
Moi, je m'appelle Laurence Cormier. J'ai été agricultrice jusqu'au 31 décembre 2024 et maintenant je suis à la retraite. Je suis installée depuis 1986 sur une exploitation dans le sud-est de la Mayenne. J'étais en production laitière. J'étais installée avec mon mari. Je suis coprésidente avec Karine Taupin de l'association Les Ailes de la Terre. qui rassemble toutes les femmes qui ont un lien de près ou de loin avec le monde rural ainsi que l'agriculture. Nous nous servons de nos expériences pour aider les femmes dans leurs difficultés. Mais avant toute chose, nous écoutons, soulageons, encourageons, soutenons et surtout nous donnons la parole aux femmes, ce qui est très important parce qu'on s'est rendu compte que les femmes avaient beaucoup de choses à dire, mais qu'elles n'étaient juste entendues un petit peu comme ça, mais que de les écouter, ce n'était pas quelque chose qui était systématique. Donc nous, nous mettons en avant leurs paroles pour qu'elles soient réellement écoutées. L'association fait partie aussi de la MSA au niveau des déveilleurs. On fait partie aussi de Solidarité Paysan, comme moi je suis en Mayenne, donc c'est avec Solidarité Paysan de la Mayenne. On fait aussi partie de l'association Vox Demeter, c'est la voix des femmes, donc essentiellement en agriculture, et on a participé. avec Vox Demeter et Agridé, la création d'un livret « Entrepreneuriat féminin en agriculture » , donc « Libérer les potentiels » . Donc ça, c'est génial. On fait partie du CNP, Mal-être agricole en agriculture. C'est le comité national de pilotage du mal-être agricole. Et là, récemment, on a eu une réunion avec la ministre de l'Agriculture. Et ça aussi, c'est quelque chose qui nous tient énormément à cœur.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous parler un peu de l'historique ? Comment c'est venu ? Comment a été créée l'association ?
- Speaker #1
Moi, j'étais, alors je dis encore je suis parce que quelque part, je pense qu'on y est tout le restant de notre vie. J'étais en production laitière et tu sais qu'en 2009, il y a eu la crise du lait, c'est-à-dire que le prix du lait est complètement descendu. Et donc, ça a eu beaucoup, beaucoup d'impact sur énormément d'exploitation, essentiellement les producteurs de lait. Et ça allait de plus en plus mal parce que trésorerie, enfin tout s'était écroulé. Et au niveau du moral, psychologie. ça a eu des impacts énormes. Ça a duré quand même plusieurs années. En 2016, personnellement, je n'allais absolument pas bien du tout. Et j'ai eu une nièce qui m'a dit, tiens, si tu veux, sur Facebook, il y a un groupe d'agricultrices et on parle entre nous. Je dis, pourquoi pas ? Donc j'y suis allée et je me suis rendue compte qu'on avait toutes les mêmes problèmes, mais que le fait de pouvoir parler, c'était hyper important. ça permettait quand même de se libérer, d'essayer de trouver des solutions entre nous. L'inconvénient des réseaux sociaux, c'est que c'est bien, parce que ça te permet quand même d'être un peu en contact avec des personnes, mais malheureusement, quand tu éteins ton ordinateur, tu te retrouves toujours toute seule. De là est parti le fait qu'on avait envie de créer une association pour vraiment déjà se voir physiquement, et en même temps, de partager des choses et d'essayer d'aider les autres femmes qui en avaient besoin. Écoute, Banco. On a créé notre association, donc les Ailes de la Terre, en janvier 2017. Depuis, on a fait pas mal d'actions, on a été voir pas mal de monde pour dire ce qu'il en était de nos campagnes. Alors l'association, c'est vrai que c'est spécifique, c'est vraiment que des femmes. On n'a absolument rien contre les hommes, absolument pas, parce que moi j'ai mon chéri, il n'y a aucun souci. Mais on s'est rendu compte que les femmes avaient ce pouvoir de parole et qu'on n'avait pas de tabou à dire les choses telles qu'elles étaient. On n'a pas peur de parler.
- Speaker #0
Quelles actions, quelles missions vous avez mises en place concrètement entre vous et pour les femmes de la ruralité ? Est-ce que tu as des exemples concrets qui nous parleront ?
- Speaker #1
C'est vrai que le Covid... malheureusement, à couper pas mal de choses, mais avant nous faisions des pauses café, c'est-à-dire une fois par mois, on se donnait rendez-vous dans un lieu qui n'était indiqué qu'aux femmes qui participaient. On arrivait, on déposait nos valises à l'entrée et on se retrouvait, alors on pouvait parler de tout. Il y a des fois, il y avait des sujets qui étaient amenés parce que les femmes avaient envie de parler de ça. Donc on discutait de ça. On s'est fait aider aussi par des mandataires, par des juristes, par des avocats, par des psychologues aussi. On discutait vraiment de tout, les liquidations, les mises en redressement, expliquer quelles étaient les procédures, comment ça se passait, quelles allaient être les étapes pour ne pas arriver comme ça, de se prendre un coup de masse sur la tête.
- Speaker #0
Au-delà de l'entraide et du focus santé mentale, il y a aussi un peu d'administratif ou de partage de compétences peut-être ?
- Speaker #1
Voilà, exactement. Vraiment, on se sert de nos expériences à nous aussi. Je trouve que le partage d'expériences, c'est hyper enrichissant aussi parce qu'il y a des choses que chacune, on a vécu de notre côté et on a réussi à s'en sortir ou pas forcément. Mais dire voilà, écoute, moi, je l'ai fait comme ça, j'ai réussi. Que toi, tu ne peux pas essayer comme ça. Vraiment, c'est un partage d'expériences.
- Speaker #0
Et vous avez un podcast aussi, non ?
- Speaker #1
Oui, l'instant des ailes. Alors, c'est un instant où on fait découvrir vraiment chaque... que Fab, il y a vraiment tout style. Il y a des ingénieurs, il y a des vétos, il y a des agricultrices. Comment elles en sont arrivées là ? Quels sont leurs coups de gueule, leurs coups de cœur, leurs envies ? Et puis comment elles voient pour le futur ? Moi, personnellement, j'adore. Et puis Karine aussi, c'est elle qui interview. Mais c'est vraiment des super moments qu'on passe tout ensemble.
- Speaker #0
Qui sont les adhérentes de l'association ? Est-ce qu'il y a différents profils de femmes ?
- Speaker #1
Il y a des agricultrices, il y en a qui sont installées seules. Il y en a qui sont installés conjoints d'exploitants. Il y en a qui travaillent à l'extérieur, mais qui participent quand même sur l'exploitation. Tu as des jeunes, des un peu moins jeunes. Je ne dirais pas des vieilles vieilles. Tu as tout style de profil. Alors nous, c'est vraiment, c'est national. Ce n'est pas que dans les pays de la Loire ou que la Mayenne ou la Seine. C'est vraiment national. On a aussi une veto qui était en Guadeloupe. Enfin vraiment, on a tout type de... de profil, mais qui ont toujours un relation avec le monde agricole.
- Speaker #0
Vous avez quelques conjointes d'agriculteurs aussi qui ne sont pas spécialement sur l'exploitation, mais qui peuvent le soutenir moralement ou administrativement, par exemple ?
- Speaker #1
Oui, oui, oui. Voilà, exactement, et qui, il y a des fois, nous envoient des messages pour nous dire, voilà, moi j'ai un souci à ce niveau-là, comment je peux faire ? Voilà.
- Speaker #0
Ça marche. Et alors, si une femme qui écoute l'épisode souhaite adhérer, pourquoi tu l'encourages à adhérer et comment est-ce qu'elle peut faire ? pour adhérer à l'association ?
- Speaker #1
Alors, ça, c'est une vache de bonne question. C'est vrai qu'on aide énormément de femmes, mais on a peut-être un petit peu ce côté Saint-Bernard, c'est qu'on ne pousse pas à l'adhésion. Quand on nous demande des renseignements, quand on nous demande un coup de main, c'est vrai qu'on n'a pas tout de suite en disant « Écoute, il faut que tu adhères si tu veux qu'on t'aide. » C'est un truc qui me crispe parce que je sais qu'on a eu des difficultés et on a encore des difficultés financières. C'est quelque chose qui nous bloque. Mais en même temps, c'est vrai que si on veut que l'association continue de vivre, on a aussi besoin de moyens financiers. Donc c'est vrai que ce n'est pas évident. C'est plus par don. On fait des appels au don.
- Speaker #0
C'est un ressenti peut-être d'une femme et d'un besoin peut-être à ce moment-là ?
- Speaker #1
Oui, voilà. C'est vrai que quand on a aidé des femmes à ne pas passer à l'acte, je n'allais pas lui dire « Écoute, avant de commencer de t'avoir au téléphone, paye ton adhésion. » Et puis ce n'est pas dans nous. mais en même temps, on en a besoin. Donc, c'est à double tranchant.
- Speaker #0
C'est tout à fait clair. Et alors, comment est-ce qu'on peut faire un don ou vous soutenir autrement ?
- Speaker #1
Il y a plusieurs façons. On a un site web. On est sur l'OASO au niveau des adhésions ou des dons. Sinon, après, on peut nous retrouver sur LinkedIn, sur Facebook, sur Insta, sur X. On essaye d'être sur tous les réseaux sociaux.
- Speaker #0
Ok, super. Alors, si tu le veux bien, on va passer à la coprésidente de l'association Les Ailes de la Terre. à Laurence, retraitée agricultrice. Tu peux donc nous représenter brièvement l'exploitation que tu as ou que tu avais avec ton mari.
- Speaker #1
Je suis Nima, c'est le nom issu du milieu agricole. Je suis parisienne. Ce n'est pas une tare, je vous assure. Je suis donc arrivée sur l'exploitation en 1986. C'est une exploitation en production laitière. On produit du lait pour une laiterie qui fait des fromages. J'ai 97 hectares. Et je suis dans le sud-est de la Mayenne.
- Speaker #0
Maintenant que le contexte est posé, on va parler un peu plus de toi. Où est-ce que tu viens initialement ?
- Speaker #1
J'ai grandi à Paris et en région parisienne.
- Speaker #0
Quelles études as-tu fait et dans quel but ?
- Speaker #1
Comme je n'aimais pas être comme tout le monde, j'ai fait des études agricoles. Parce que j'ai toujours eu ce sentiment de vouloir être en dehors des bureaux. Et pour moi, c'est vrai que c'était des études agricoles qui pouvaient me permettre d'aller dans ce lieu-là. Je me suis spécialisée pour ouvrir des chambres d'hôtes, des gîtes, l'accueil à la ferme, que je n'ai absolument pas fait.
- Speaker #0
Ça marche, mais c'était en fait ton objectif initial.
- Speaker #1
Tout à fait, oui. C'était de faire découvrir la campagne et le milieu agricole à des gens qui venaient de l'extérieur comme moi, en fin de compte.
- Speaker #0
D'accord, ok, super. Et est-ce que tu as exercé tes premiers métiers dans d'autres exploitations avant de t'installer et comment s'est passée ton installation ?
- Speaker #1
Alors j'ai fait des stages, j'ai fait des stages en brebis, en auvergne, j'ai fait des stages aussi dans l'Haute-et-Garonne, donc là c'était en chèvre, mais en vache je n'avais jamais fait. J'ai fait, oui, mouton, chèvre, j'ai travaillé aussi en porcherie, ça c'était en Bretagne, et après je suis venue sur l'exploitation de mon cher étendre qui est en production laitière. Je connaissais un peu la production laitière, mais c'était en mouton et en chèvre, un petit peu plus petit au niveau gabarit. Mais je dirais que le principe était le même.
- Speaker #0
Lors de tes stages, de ton installation, est-ce que tu as déjà ressenti de la discrimination à être une femme investie dans le milieu agricole ?
- Speaker #1
Oui, mais c'est essentiellement parce que j'étais parisienne. Oui, quelqu'un qui arrive, quelle que soit la ville, mais quelqu'un qui arrive de la ville, qui ne s'y connaît pas, mais qui ne demande qu'à apprendre, il y a toujours un petit peu de recul. Si on te regarde un petit peu en chien de faïence, en disant bon... Comment va-t-elle s'y prendre ? Est-ce que ça va être bien ? Il faut prouver. Il faut prouver que tu en es capable. Il faut quand même prouver plus qu'un homme. Ça, c'est indéniable et c'est quelque chose qui restera toujours.
- Speaker #0
Et peut-être aussi plus qu'une femme issue du milieu agricole, alors aussi.
- Speaker #1
Oui, aussi. Oui, oui, oui. Ça y joue aussi, quand même.
- Speaker #0
Tu accumulais les défauts, en fait.
- Speaker #1
J'avais toutes les tarres qu'il fallait.
- Speaker #0
Et alors, quand tu étais installée avec ton conjoint, Quelles étaient tes missions principales sur l'exploitation ?
- Speaker #1
Tout ce qui était donc la traite, l'alimentation des génisses, travailler aussi dans les champs. J'ai fait du tracteur, c'est quelque chose qui ne m'a pas rebuté, j'adore ça. Sinon après, je pense que comme beaucoup d'entre nous, l'administratif, ouais, c'est lourd. Puis les enfants, le quotidien du privé, le quotidien de l'exploitation.
- Speaker #0
Tous les à côté, on va dire les coulisses un peu de l'exploitation.
- Speaker #1
Voilà, exactement. Tout ce qui est invisible.
- Speaker #0
Mais qu'il est important de montrer quand même, je pense.
- Speaker #1
Ah oui, tout à fait. Parce que c'est invisible, mais ce n'est pas parce que c'est invisible que ça n'existe pas.
- Speaker #0
C'est hyper important pour que le reste tienne.
- Speaker #1
Exactement. Tout s'imbrique l'un dans l'autre et le privé va sur l'exploitation, l'exploitation va dans le privé. Donc vraiment, il faut un équilibre entre les deux. Mais tu ne peux pas dissocier les deux, ce n'est pas possible.
- Speaker #0
Alors maintenant que nous te connaissons un peu mieux, nous allons discuter ensemble de ta vie de couple et de famille. Comment est-ce que tu as connu ton mari ?
- Speaker #1
J'avais 15 ans. rires J'avais 15 ans, c'était la petite parisienne qui venait en vacances à la campagne. On s'est fréquenté un petit moment. Pour moi, le fait de venir tout de suite à la campagne, ce n'était pas dans mes objectifs. J'avais envie, entre guillemets, de vivre d'autres choses avant. Et donc, je suis revenue en 86, donc j'avais 24 ans. Donc, tu vois, entre 15 ans et 24 ans, j'ai vécu pas mal de choses et j'ai vécu plusieurs vies.
- Speaker #0
Quels ont été tes premiers ressentis sur le fait que celui-ci souhaitait être agriculteur ? et était peut-être fils et petit-fils d'agriculteur. Est-ce que tu avais des excitations, des craintes par rapport à ça ?
- Speaker #1
Non, parce qu'il était déjà, il est né sur la ferme. Donc là, il ne pouvait pas aller ailleurs. Ça, c'était sûr et certain. C'est trois générations déjà qui étaient sur l'exploitation. Non, je n'avais pas de crainte. Enfin, si j'avais une seule crainte, c'était l'isolement. Parce que moi, j'arrivais de Paris aux régions parisiennes. Tu sais, tu as le tumulte de la ville, des activités, des vacances, de tout ça, du bruit. Et d'un seul coup, de se retrouver sur une exploitation, dans une ferme complètement isolée, c'était ça qui était vraiment ma plus grande crainte. Et encore pas complètement parce que quand je suis venue en Mayenne, je suis venue quand j'avais 15 ans parce que j'avais une amie d'enfance. Ses parents sont venus s'installer en Mayenne. Donc, je connaissais déjà un petit peu les alentours et je connaissais un peu le monde. Je m'intégrais à la bande de copains de mon mari. Mais je les connaissais déjà, donc je n'étais pas complètement isolée. Et c'était surtout le contact avec les gens. J'avais peur d'enquêter de ça. J'aime avoir le contact avec les gens, j'aime discuter, j'aime partager. Donc c'est surtout ça qui était ma crainte.
- Speaker #0
Ok, et du coup maintenant ?
- Speaker #1
Absolument pas !
- Speaker #0
Avec un peu de recul, comment est-ce qu'au fur et à mesure des années, tu as fait face à ça et comment vous avez développé votre vie sociale autour de la ferme ?
- Speaker #1
Bon déjà, c'est vrai que les enfants aident énormément par rapport à l'école, par rapport aux activités extrascolaires. Et puis moi, toute ma famille vient de Paris. Quand tout le monde vient, tu ne viens pas sur juste une journée, tu viens sur plusieurs jours. Il y a énormément d'échanges et j'ai plein d'amis qui étaient à Paris qui viennent aussi à la maison. Nous, c'est la maison de la porte ouverte, c'est-à-dire qu'il y a toujours du monde. Tu fais entrer un monde qui est différent du tien et ça crée des échanges et c'est hyper enrichissant.
- Speaker #0
Est-ce que vous habitez sur l'exploitation ? Oui, oui, oui. Est-ce que c'était un choix ? Est-ce que c'est une contrainte pour toi ? Est-ce que tu avais peur aussi, tu parlais tout à l'heure d'isolement, du fait déjà de s'installer avec son conjoint et en plus d'habiter sur l'exploitation ?
- Speaker #1
Non, pour moi, ça me paraissait logique. Mon mari habitait déjà sur l'exploitation. Il y a un côté pratique. Après, je conçois et je comprends ceux qui ne souhaitent pas habiter sur exploitation. C'est vrai que ça te permet vraiment de couper, d'avoir ton lieu de travail et ton lieu privé. Nous, non, c'est venu naturellement. Je ne me suis pas du tout posé cette question-là.
- Speaker #0
Alors lui, il habitait déjà. Comment est-ce que tu t'es fait ta place au sein de cette maison sur cette exploitation ?
- Speaker #1
C'est une maison où on n'était que locataire. C'était notre maison sans être notre maison. Et puis, au fur et à mesure, j'y ai mis des petits trucs. qu'à moi. Je l'ai prise telle qu'elle était. Non, je ne me suis pas posé la question.
- Speaker #0
Ça marche. Est-ce que vous étiez seule à travailler sur l'exploitation ou est-ce que vous aviez de l'aide ou des salariés ? Non,
- Speaker #1
non, on n'était que deux.
- Speaker #0
Vous êtes retraitée. Qui a repris l'exploitation ?
- Speaker #1
C'est notre jeune, c'est le chéri d'une de nos filles.
- Speaker #0
Donc, c'est rester en famille, c'est quelque chose auquel vous souhaitiez ?
- Speaker #1
C'est vrai que ça nous fait énormément plaisir. On est très contents, très heureux, mais si ça ne s'était pas fait, ma foi, c'est que ça ne devait pas se faire. On est plus ce côté-là de se dire, si ça se fait, c'est génial. Quelles que soient les choses qu'on se fait, si ça ne se fait pas, c'est qu'il doit y avoir une raison. Et ma foi, ça s'est fait. Donc, on est super contents. Parce qu'on a quand même bâti quelque chose, ne serait-ce qu'au niveau du cheptel, on a bâti quelque chose dans le temps, qui nous a pris du temps pour avoir un troupeau qui soit chouette, qui soit bien. Donc, c'est vrai que de pouvoir le transmettre, c'est quelque chose de génial. Tu as travaillé toute ta vie. pour avoir quelque chose, un outil de travail qui soit bien, forcément, tu as envie de le transmettre.
- Speaker #0
Ok, oui, je comprends bien. Vous ne vouliez pas mettre de contraintes à vos enfants sur une quelconque question de « il faut reprendre l'exhautation » .
- Speaker #1
Ah non, absolument pas. Ça, ça a toujours été quelque chose où on n'a jamais forcé. On en a toujours discuté ou quoi que ce soit. Puis bon, ils vivaient nos peines et nos joies. Ils avaient vraiment la réalité du terrain. Mais on n'a jamais forcé. Ils ont toujours fait ce qu'ils avaient envie de faire et ce qu'ils pouvaient faire.
- Speaker #0
Est-ce que ton mari a ressenti ça de ses parents ? Il a repris l'exploitation familiale. C'était un souhait de sa part ? Ou est-ce qu'il ne s'est jamais trop posé la question ? C'était une évidence ?
- Speaker #1
C'est un souhait de sa part. Non, non, c'est un éleveur. Il est né éleveur et il restera jusqu'à la fin. Il est éleveur. Pour te dire, même à 4 ans, il s'est fait bouler par une vache. Ça ne l'a jamais empêché de continuer. C'est vraiment dans lui. Il transpire ça. Jamais il n'ira se coucher. enfin plus maintenant, mais jamais il n'aurait été se coucher. sans aller voir ses animaux, voir si tout allait bien ou quoi que ce soit. Il a l'œil de l'éleveur et il transpire vraiment ça.
- Speaker #0
Trop chouette. Comment s'est fait la passation ? Est-ce qu'il y a eu une phase de transition ? Comment est-ce qu'on cède sa place petit à petit à son gendre ?
- Speaker #1
J'ai eu ce qu'on appelle la maladie du trieur. Je me suis fait opérer des deux épaules, dont une qui n'a pas tenu. Donc c'est vrai qu'en 2021, quand je me suis fait opérer déjà de la première, il s'est avéré que Quand mon gendre finissait ses études, il nous a proposé de venir sur l'exploitation, déjà pour m'alléger le travail et en même temps aider mon chéri. Donc on a dit ok. Et donc il a été sur l'exploitation pendant trois ans. La passation s'est faite gentiment et naturellement.
- Speaker #0
Et est-ce qu'eux habitent sur l'exploitation aussi ?
- Speaker #1
Non. Non, pas pour l'instant. Non, non, non. C'est convenu comme ça. C'est eux qui ont voulu ça. Pour l'instant, eux, ils sont dans leur maison à un quart d'heure de la maison de l'exploitation. Et nous, pour l'instant, on reste sur l'exploitation. Quelque part, ça nous arrange parce que ça nous laisse le temps de trouver quelque chose qui puisse nous convenir pour partir. Et eux aussi, ça les arrange parce que ça leur permet de continuer les travaux qu'ils ont dans leur maison et aussi de distinguer les deux, le travail et leur vie privée.
- Speaker #0
Et d'ailleurs, au moment où tu t'es installée avec ton conjoint sur la ferme, est-ce que ses parents étaient là ? Est-ce que ta belle famille était dans le coin ? Et est-ce que c'est quelque chose qui te faisait peur ou pas du tout ?
- Speaker #1
Le papa de mon mari est décédé malheureusement pour lui assez tôt. Il n'y avait plus que ma belle-mère. Mais non, c'était quelque chose où mon mari a dit non. Le jour où tu viendras sur exploitation, sa maman aura déjà quelque chose ailleurs. Tu as deux générations. et deux visions complètement différentes de la vie. Donc, allier le tout, ce n'est pas évident. Puis, j'arrivais en tant que Parisienne, donc ce n'est pas toujours vécu bien d'un côté comme de l'autre.
- Speaker #0
Donc, vous avez cinq enfants. Comment est-ce que s'est fait l'arrivée des enfants dans un quotidien d'éleveuse ? Déjà pour toi, comment est-ce que tu l'as vécu ? Et est-ce que ton mari a pu être présent avec toi dans ces moments-là ?
- Speaker #1
Je vais te dire, ça s'est fait naturellement. On ne s'est pas posé de questions. On s'est adapté, voilà. Le maître mot, c'est l'adaptation. On s'est adapté à la venue d'un enfant, on s'est adapté aux horaires, on a essayé de faire du mieux qu'on pouvait. L'adaptation, je pense que c'est le maître mot en agriculture.
- Speaker #0
Oui, c'est un mot qui revient souvent dans les témoignages, en effet.
- Speaker #1
Le seul bémol que je mettrais, c'était peut-être le fait... Alors, à cette époque, j'ai l'impression d'être un vieux truc, mais à cette époque, tu n'avais pas forcément l'idée de dire « Tiens, je mettrais bien mon enfant en crèche, en nourrice, ou quoi que ce soit. » C'est vrai que ça a pénalisé par rapport au travail. Mais écoute, ça s'est fait, et puis ma foi... Je ne regrette pas du tout. Mais c'est vrai que j'ai plus profité de mes enfants que mon mari en a profité. Ça, c'est sûr et certain.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu pourrais nous dire sur le fait d'élever ses enfants sur une exploitation ? Quel recul tu as là-dessus, vivre une enfance au sein d'une exploitation ? Peut-être comparé à toi qui as grandi en région parisienne, par exemple ?
- Speaker #1
Tu apprends la vie, tu apprends les peines, les joies, tu apprends la vie, la mort. Tu apprends tout ça. Ça t'enrichit énormément pour après, pour ton chemin d'adulte. C'est vrai que là, j'ai un de mes fils qui est en appartement. Dès qu'il peut, il m'a dit « j'ai vraiment besoin de venir me ressourcer à la campagne » . J'ai un autre fils qui a poursuivi ses études à Nantes. Il m'a dit « écoute, je rentre parce que moi, la ville, ce n'est pas possible » . Après, j'ai une autre fille qui habite en ville. Elle s'en débrouille très bien, mais il y a toujours quand même ce côté où… N'empêche que c'est bien aussi la campagne. Tu dis, tu vis avec la nature. Alors, ça paraît très cliché, et je le comprends tout à fait, mais c'est réel. C'est réel parce que tu apprends énormément de choses. Tu apprends en regardant, tu apprends en vivant en plein dedans. Ça t'apprend plein de choses. Moi, c'est vrai que la vie et la mort, ne serait-ce que quand tu travailles avec du vivant, c'est quelque chose qui peut être impactant, mais en même temps qui t'enrichit énormément parce que tu apprends plein de choses.
- Speaker #0
Oui, c'est très clair. Comment ça se passe de travailler en couple alors ?
- Speaker #1
Il y a des fois, tu te le scotcherais bien contre un mur. Écoute, là ça fait 38 ans qu'on est mariés, ça fait 40 ans qu'on est ensemble. C'est plein de joie, de bonheur et c'est plein d'engueulades, de cribages de chignons. Mais c'est la vie qui est comme ça aussi. On a tous les deux nos tempéraments. mon mari est un taiseux moi je suis plus une expansive mais en même temps on se complète énormément il m'apporte la stabilité le côté les pieds dans la terre moi je vais lui apporter mon grain de folie on se complète mais c'est vrai que je ne vais pas te dire que c'est rose tous les jours loin de là mais on sait que dans les difficultés on peut compter l'un sur l'autre quand il y en a un qui ne va pas très bien l'autre il est là pour porter,
- Speaker #0
pour servir de canne vous étiez vraiment une équipe surtout avec 5 enfants peut-être sur l'exploitation en plus Merci.
- Speaker #1
Cinq enfants, ce que j'ai omis de te dire, c'est qu'on en a quatre réellement à nous et on a un enfant de cœur. Lilou qui est venu sur l'exploitation, qui nous a demandé à ce qu'on devienne sa famille. Donc là, c'est encore une approche qui est encore différente. Mais ça nous fait quand même cinq enfants.
- Speaker #0
D'accord, ok. À côté de ces moments de travail à deux, vous avez sans doute mis en place une organisation propre à vous. Comment est-ce que vous trouviez vos moments de couple en dehors du travail à la ferme ?
- Speaker #1
On n'en avait pas. On n'en avait pas. On n'avait pas une grosse structure. Et puis, au niveau financier, on n'avait pas les finances pour pouvoir avoir des services de remplacement. Donc, on se débrouillait, mais on arrivait quand même à trouver des petits moments à nous, mais c'était toujours par rapport au travail. Non, je vais te mentir si ça ne nous a pas manqué. Je vais te mentir parce que ça serait... Non, ce n'est pas vrai. Ça nous a manqué. Pas de là à en venir à se dire « J'en ai ras-le-bol, je me tire » .
- Speaker #0
Vous étiez... plus ou moins ok, mais vous faisiez avec.
- Speaker #1
Voilà. Même si, alors je ne vais pas te mentir non plus, ça m'est arrivé d'y penser. Dans les moments où on a été vraiment dans une merde phénoménale, je me suis dit, ce n'est pas possible. Mais ce n'était pas par rapport à ma relation avec mon chéri, c'était vraiment par rapport à tout ce qui gravitait autour du métier.
- Speaker #0
D'accord. Vraiment plus lié à des difficultés sur l'exploitation, plus que des difficultés dans un couple. Même si c'est lié, si on travaille ensemble quand même, je pense.
- Speaker #1
Voilà, exactement. Oui, si c'est lié, on ne va pas se mentir. Tu emmènes, comme je te disais tout à l'heure, le privé dans le boulot et le boulot dans le privé. Mais je pense que le fait d'avoir les pieds bien sur terre, ça te permet quand même de relativiser pas mal de choses et de prendre sur toi.
- Speaker #0
Et alors, par rapport à tout ça, est-ce que tu aurais un conseil à partager à une autre femme d'agriculteur qu'elle soit installée avec son conjoint ?
- Speaker #1
Et confiance en toi. Quelle que soit la décision que tu prends et confiance en toi, avance, fais-toi confiance, c'est surtout ça. Écoute tes petites voix et réalise ce que toi tu as envie de réaliser. Tu vas sûrement tomber, tu vas sûrement trébucher, mais tu vas y arriver.
- Speaker #0
Et enfin, qu'est-ce qui selon toi t'épanouit ou t'épanouissait, mais comme tu le dis, on est agricultrice toute sa vie. Qu'est-ce qui t'épanouit chaque jour dans ta vie de femme d'agriculteur et d'agricultrice ?
- Speaker #1
C'est de me réveiller avec la banane et le sourire. il y aura toujours des choses graves mais essaye de voir toujours le positif dans ce qu'ils arrivent et surtout ne pas se dire que c'est un échec, il n'y a pas d'échec c'est des expériences de la vie qui te permettent d'avancer, de continuer et de pouvoir aussi partager tes expériences avec d'autres
- Speaker #0
Trop chouette, on finit sur une touche très positive, c'est super enthousiasmant je trouve, merci beaucoup, merci pour cet échange
- Speaker #1
Il n'y a pas de quoi, Marion ça a été un plaisir de faire ta connaissance par le... le biais de l'écoute, mais au plaisir de se voir, on arrivera peut-être un jour, on ne sait jamais.
- Speaker #0
C'est ainsi que s'achève notre échange. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le diffuser autour de vous. Mesdames, si certains propos font écho à votre vie, ou au contraire, sont bien différents de vos choix personnels et professionnels, n'hésitez pas à venir discuter avec moi dans un prochain épisode. A bientôt !