- Speaker #0
Elles sont femmes de céréaliers, d'éleveurs, de viticulteurs, en agriculture conventionnelle, biologique, raisonnée. Elles viennent de petites, moyennes ou grandes fermes implantées sur toute la France, sont issues du monde agricole ou le découvrent jour après jour. Entre les coups de main à la ferme, la vie amoureuse et familiale, conditionnée au rythme des cultures, de la météo et des animaux, elles-mêmes salariées ou agricultrices, mères, Ces femmes sont les piliers de leur conjoint agriculteur. Je m'appelle Marion, j'ai plaisir à discuter avec ces femmes et partager, témoigner, diffuser leurs choix de vie personnels et professionnels ainsi que leurs joies et difficultés liées au monde agricole. Alors, à votre avis, où ça mène quand on s'aime ?
- Speaker #1
Pour la première fois, je vous propose un épisode divisé en deux parties. La première est une interview de Manon qui a été enregistrée il y a maintenant six mois, en septembre dernier, au moment de l'installation sur la ferme de son conjoint. Et six mois plus tard, au moment de la diffusion de cette interview, Manon a, comme toutes les autres personnes interviewées dans le podcast, écouté l'épisode en avant-première et elle m'a dit que pas mal de choses avaient changé depuis. Je lui ai donc proposé de refaire une deuxième partie pour nous dire un peu les différentes choses qui avaient changé sur la ferme et nous apporter son point de vue là-dessus. Donc je vous invite à écouter cet épisode en entier puisqu'il y a une deuxième partie à la fin. Avec cette prise de recul, je vous souhaite une bonne écoute.
- Speaker #0
Pour cet épisode, j'ai la chance de discuter avec Manon, nous venons de nous découvrir toutes les deux mais que tu brièvement te présentais.
- Speaker #2
Alors je suis Manon, j'ai 28 ans, j'habite un petit village dans les monts du forêt, donc c'est situé dans la Loire. Je vis, je suis en couple avec Thibaut depuis presque trois ans, qui est agriculteur en vache laitière.
- Speaker #0
Pour attaquer dans le vif du sujet, peux-tu nous présenter un peu plus son exploitation ?
- Speaker #2
Thibaut, il reprend officiellement au 1er janvier 2025, tout seul, l'exploitation de ses parents et celle de son voisin. C'est deux exploitations qui sont séparées de 400 mètres et il rassemble ces deux bâtiments pour former qu'une ferme. Donc ce sera un petit cheptel. Il aura au maximum 28 vaches et il fait du lait qui sera livré à une laiterie qui est à côté de chez nous, à 15 km de chez nous, pour une transformation en fromage à hopé pour la forme de mon brison. C'est une petite exposition avec 28 bêtes et 58 hectares. Ok.
- Speaker #0
Maintenant que le contexte est posé, on va parler un peu plus de toi. D'où viens-tu initialement et as-tu grandi dans un milieu agricole ?
- Speaker #2
Alors, moi j'habite le village à côté de celui où on est aujourd'hui. J'ai grandi avec des grands-parents de chaque côté agriculteurs. Et mes parents étaient bouchers charcutiers. Ils tenaient un commerce pendant 30 ans, presque 30 ans. Donc moi j'ai grandi là-dedans avec un papa issu du monde agricole et qui restait très proche de tout ça. Il a toujours eu des terres en plus du commerce où il cultivait. Il était très attaché au circuit court, au travail avec les agriculteurs. Les lundis, c'était le jour de repos. Et moi, je faisais toujours mon père pour aller avec lui auprès des agriculteurs, choisir les bêtes, choisir ses vaches, les veaux, les agneaux, voilà. Et ma maman, elle était la petite femme déjà de l'ombre dans le commerce. Elle ne travaillait pas et mon papa, elle avait toujours un emploi à côté. Mais elle gérait tout ce qui était lié à la boucherie, donc les papiers, tout ça. Donc j'ai plus ou moins grandi dans le milieu agricole, mais d'une manière parallèle à aujourd'hui Thibaut qui est sur deux. une exploitation pour du lait. Moi, c'était un autre domaine agricole. Et d'un autre côté, j'ai aussi eu la chance de voir ma maman qui reste indépendante et qui a eu un autre emploi et qui n'a pas baigné dans tout ça. Et ça, ça a été un exemple aussi pour moi et un modèle.
- Speaker #0
Quelles études as-tu fait et dans quel but ?
- Speaker #2
Je suis infirmière. Ça fait un peu plus de 6-7 ans maintenant que je suis diplômée. Je suis infirmière libérale maintenant en lieu rural. Je suis remplaçante depuis 2 ans et demi, 3 ans sur deux cabinets autour de chez nous.
- Speaker #0
concrètement Comment ça se passe ton quotidien, tes missions ? Qu'est-ce que tu fais exactement ? Est-ce que tu peux nous raconter un peu ?
- Speaker #2
Le milieu rural, tout le monde est bien au courant maintenant de ce que signifient les déserts médicaux et tout ça. Donc nous, on est d'autant plus touchés que les infirmières. Donc les journées sont rythmées. Elles sont trop courtes, je crois. J'attaque à peu près à 5h30. Je rentre sur les 1h. Je repars sur les 16h et je reviens à 20h. Au niveau des soins, il y a de tout. Il y a une aide à la toilette, il y a des extraits, des pansements, des chimios à domicile, des perfusions à domicile. Tout ce qui fait qu'aujourd'hui, l'hôpital ne nous garde pas très longtemps. Et nous, on retrouve les gens directement chez eux pour tous ces soins.
- Speaker #0
Ça marche. Pourquoi tu as souhaité faire ce métier ? Est-ce que c'était une vocation et est-ce que tu voulais le faire en milieu rural principalement ?
- Speaker #2
Est-ce que le métier était une vocation ? Je pense que oui, plus ou moins, parce que j'ai toujours aimé aider, écouter, soigner. Donc tout ce qui est autour du soin, c'est quelque chose qui m'a toujours attirée depuis que je suis petite. Le milieu rural, j'ai fait déjà des essais en ville avant de m'installer vraiment en zone rurale. Et en fait, la ville, ce n'est pas négatif en ce que je dis, mais... Tu ne retrouves pas forcément la même population, tu ne retrouves pas forcément le même accueil et tout ça. Donc ça peut correspondre tout à fait à d'autres soignantes. Oui, heureusement, il faut de tout. Et après, le fait de m'installer avec Thibaut pour son idée de reprise de la firme et tout ça a fait qu'on s'est installé ici en montagne. Dans ce cadre-là, je me suis tournée vers des cabinets ici et je suis plus qu'heureuse. Je suis hyper épanouie dans mon boulot et j'adore mon boulot. J'adore ce que je fais. Donc voilà pourquoi j'ai atterri en zone rurale et j'aime ça. J'aime vraiment ça. J'aime le contact que tu peux avoir avec les patients. de ce qu'ils te transmettent, les échanges que tu as avec eux. Tu sais pourquoi tu te lèves tous les matins et ça, c'est gratifiant. Et tu te dis, waouh, c'est quand même chouette. Et l'humain, finalement, est quand même chouette aussi.
- Speaker #0
Donc, tu as vraiment trouvé ta voie et c'est hyper enthousiasmant. Est-ce que tu peux trouver du travail, du coup, facilement dans ton secteur d'activité près de la ferme ou est-ce que tu rencontres des barrières géographiques assez importantes ? Je parle, par exemple, d'une évolution de carrière. Si un jour, tu veux aller dans l'hospitalier, etc., est-ce que c'est des choses envisageables ou par rapport à où vous êtes maintenant, ça ne le sera pas ?
- Speaker #2
Alors non, ça ne sera pas un problème du tout. Il n'y aura pas de barrière géographique. Déjà, si je veux rester sur du libéral, en zone montagne, les cabinets peuvent régulièrement chercher quelqu'un, parce que ça, justement, ça ne tire pas tout le monde d'aller s'embêter sur la neige l'hiver, d'aller courir sur des plages horaires aussi larges. Et en plus, on a un hôpital de proximité, et on a un plus grand hôpital qui est à peu près à 45 minutes de la maison. Donc non, j'ai une possibilité. Et puis, il y a des centres de soins, il y a des EHPAD. Donc non, si je veux travailler, j'ai du boulot.
- Speaker #0
Tu pourras quand même évoluer dans ta carrière dans le sens où si tu veux changer un peu de milieu de soins, tu pourras tout en exerçant le même métier, mais avec peut-être des cadres différents, c'est ça ?
- Speaker #2
Tout à fait, exactement, c'est ça.
- Speaker #0
Ok, parfait. Tu parlais tout à l'heure de ta maman qui est restée indépendante. Est-ce que toi, tu souhaites un jour travailler avec ton conjoint sur la ferme ou pas du tout et tu préfères t'épanouir à... à côté ? Est-ce que ça reste dans un coin de ta tête ?
- Speaker #2
Pour ça, actuellement, on est bien en Eau Claire avec Thibaut. Il me soutient aussi sur ça parce qu'il sait que j'aime mon boulot. Pour lui aussi, c'est important que je reste indépendante et épanouie dans ce que je fais. Je ne pense pas rejoindre Thibaut. En tout cas, ce n'est pas prévu. Jamais dire Fontaine, je ne boirai pas de ton eau. Ce n'est pas prévu en tout cas. J'aime, j'apprécie aller l'aider. J'aime aller sur la ferme, tout ça. mais par contre non je veux J'aimerais vraiment garder, puis je veux garder mon boulot. Alors peut-être que je réduirais mon temps de travail pour plusieurs raisons. Peut-être parce que Thibault aura besoin de faire. Peut-être parce qu'avec une vie de famille, il faudra réaménager les choses. Ça m'épanouit, puis je trouve que socialement, c'est aussi important pour moi. On ne se renferme pas tous les deux dans le monde agricole. J'apprécie l'échange que j'ai avec les gens, mais j'apprécie aussi d'avoir des collègues, d'avoir un monde autre que le monde agricole. Donc non, je n'ai vraiment pas pour but de rejoindre Thibault sur la ferme.
- Speaker #0
Ok, ça se comprend. Et tu parlais de l'aspect social, il y a aussi peut-être l'aspect financier qui rentre en compte de se dire on ne met pas tous nos œufs dans le même panier. Moi, j'ai mon salaire à la fin du mois aussi qui nous permet d'assurer une certaine stabilité financière. Est-ce que ça, ça rentre aussi peut-être en compte ?
- Speaker #2
Oui, bien sûr, ça rentre en compte parce que le métier d'agriculteur, il y a tous les aléas qui vont avec. On ne sait pas vraiment ce qui peut se passer pour l'exploitation de Thibault. Ça peut être dû à des aléas climatiques, il peut y avoir une pandémie, il peut y avoir quelque chose qui touche aussi le cheptel c'est beaucoup plus compliqué. Moi, on est sûr que, de par ma profession, en plus, je peux trouver du boulot, comme là, je viens de te le dire juste avant, ça peut être autant être en libéral que de retourner à l'hôpital s'il le faut. Donc, non, c'est quand même important aussi, financièrement, que l'on ait mon salaire, mais faut pas non plus se reposer que sur lui. C'est important d'avoir aussi cette indépendance financière pour notre couple et aussi pour l'un et pour l'autre. C'est vrai qu'il faut tatouer la bonne expression, pas mettre tous les oeufs dans le même panier ça t'arrive d'aller filer des coups de main est-ce que toi tu aimes bien quel plaisir tu as à aller à la ferme ou essayer de comprendre ce qu'il fait ce qu'il met en place etc j'aime beaucoup aller aider sur la ferme pour l'instant pour moi c'est pas une contrainte c'est pas une corvée je sais pas si je te tiendrai le même discours dans 10 ans les personnes qui m'ont écouté vont peut-être se dire les utopistes réinterview là dans 2-3 ans je te dirai peut-être la même chose en tout cas j'aime ces moments là je trouve que Tu vois, moi, par mon boulot, je n'arrête pas. En fait, je suis toujours à fond. Tout va toujours très vite. Je suis à mille à l'heure. Du coup, quand je prends ces temps-là à la ferme avec Thibault, c'est des temps plus calmes. Les animaux t'apaisent. Tu vois, c'est des moments où tu peux prendre le recul. Tu es un peu plus terre-à-terre avec les choses. C'est des moments plus calmes, je trouve. Et puis, ça me permet aussi de comprendre ce qu'il fait. Je ne peux pas me permettre de lui dire « Oh là là, tu as vu l'air ? Tu n'es encore pas rentrée ? » j'ai mangé toute seule et j'ai fait ci, j'ai fait ça et t'étais pas là, je peux pas me permettre de lui dire ça Si je n'ai pas notion de ce qu'il fait, de la charge de travail qu'il a, de ce que ça représente. Tu vois, d'aller avec lui sur le terrain, ça te permet de te prendre en compte, de te dire « Ok, bah attends, à deux, on a fait ça en tant que temps. » Alors imagine quand il est tout seul, tu vois, ça permet aussi de comprendre ce qu'il fait. Et puis je préfère aller l'aider que d'attendre, tu vois, d'être à la maison, de l'attendre. Si je peux aller l'aider, autant l'aider. C'est une manière aussi de le soutenir. Ça nous permet d'avoir un moment ensemble, mais aussi de le soutenir et de l'accompagner.
- Speaker #0
C'est aussi du temps passé à deux et c'est vrai que parfois il peut y avoir des périodes où c'est plus compliqué de se voir et ça permet aussi dans ces moments-là de se retrouver aussi un peu.
- Speaker #2
C'est vrai.
- Speaker #0
Alors maintenant que nous te connaissons mieux, nous allons discuter ensemble de ta vie de couple. Comment et quand as-tu connu ton conjoint ?
- Speaker #2
Avec Thibaut, ça fait en fait plus de dix ans qu'on se connaît. On est dans la même bande de copains depuis dix ans parce que petit village, donc petite bande de potes tous ensemble depuis un petit moment. Donc ça fait dix ans qu'on se côtoie, mais ça fait presque trois ans que l'on est ensemble.
- Speaker #0
Quels ont été tes premiers ressentis sur le fait qu'il souhaitait être agriculteur ?
- Speaker #2
Comme je viens de te dire, vu que ça fait plus de dix ans que je connaissais Thibaut dans un cadre amical, ça fait dix ans que plus de gens sont tous au courant que Thibaut veut reprendre la ferme, qu'il a ce projet. Déjà, c'était quelque chose que je suivais déjà auparavant. Donc en m'engageant avec lui, je savais où il allait me mener, je savais où on allait. Alors je te dirais que ça peut autant m'effrayer que m'enthousiasmer. Il y a les craintes de tout ce qu'on entend autour de l'agriculture et de ce qu'est le métier d'agriculteur. D'un autre côté, je pense qu'il faut essayer d'avoir une communication un peu plus positive de l'agriculture et donner une autre image de l'agriculture. Et Thibaut est aussi sur cette optique-là. Donc, je fais confiance et on met tout en place pour que tout fonctionne pour lui et que plus ça sera fluide et plus ça sera un bonheur pour lui. Ce travail, ils n'ont pas une contrainte. Plus il y aura un équilibre aussi pour nous dans notre vie de couple, dans notre vie de famille. Enfin, voilà, je pense que c'est un enseignement.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui, toi, te faisait peur ou t'attirait vers ce métier ? Est-ce que tu en as discuté un peu avec lui ? Comment est-ce que lui, il voyait les choses ou il te rassurait par rapport à ça ?
- Speaker #2
Ce qui pouvait me faire peur, comme pour toutes, je pense, c'est l'absence. L'absence qu'il ne soit pas souvent là, de se retrouver toute seule. Et les plus, je te dirais bien le cadre de vie. On a quand même un joli cadre de vie, on vit en montagne, on est une maison, on est entourée de prairies, on a quand même un chouette cadre de vie. Et puis, malgré tout, malgré leur absence, il y a aussi des moments où quand ils sont là, ils sont là. Je veux dire, les midis, il peut rentrer manger avec moi. Le soir, il est avec moi. Il peut être là en début d'après-midi pour prendre un café. Donc ça, c'est aussi des petits plus. Et oui, on en a parlé avec Thibaut. On communique beaucoup, beaucoup, beaucoup avec Thibaut. On parle énormément. Tu vois, il n'y a encore pas longtemps, il m'a dit, mais c'est vraiment avec toi que je parle le plus. On parle beaucoup, beaucoup. Autant de nos peurs, de nos doutes, de ce qui ne convient pas. donc oui je lui dis est-ce qu'il peut me faire peur Il m'en parle vraiment sans tabou et sans gêne. Et il écoute, il écoute, il entend. Et réciproquement aussi, j'écoute quand il m'explique que ça, ça ne sera pas possible, que ça, ce sera comme ça. Voilà, on est vraiment dans une écoute et une communication. On communique vraiment beaucoup.
- Speaker #0
Tu parlais donc de pouvoir manger avec toi, de prendre un café. Est-ce que vous habitez sur l'exploitation ? Ou est-ce que vous n'êtes pas loin ? Est-ce que c'était un choix de votre part ?
- Speaker #2
Alors, on habite, comme je te disais, vu qu'il reprend deux exploitations, en fait, on habite au milieu des deux exploitations, mais c'est tout. tout comme on est à 160 mètres de l'exploitation de ses parents. Est-ce que c'est un choix ? J'ai envie de te dire qu'on m'a un peu imposée. On m'a un peu imposée, de toute façon, c'est bien. On ne peut pas habiter à 15 ou 20 kilomètres de la ferme, c'est pas possible, surtout avec des laitières. Quand on s'est mis ensemble avec Thibaut, il venait juste d'acheter la maison, donc je me suis greffée au projet. En fait, c'est un tout petit hameau, on a à peu près une dizaine de maisons, dont la moitié sont de sa famille. Donc on a entouré des ongles, des tentes de ses parents. Aujourd'hui, on y est bien. Si on a l'opportunité d'avoir une autre maison autour du Hamo, pourquoi pas ? Je suis très bien là où on est. J'apprécie là où on habite.
- Speaker #0
Ça marche. Et du coup, ta belle-famille est géographiquement proche. Est-ce que ça te faisait peur ? Quels sont tes rapports avec ta belle-famille ?
- Speaker #2
Alors oui, ça, c'est quelque chose de plus compliqué. Dans un premier temps, je te l'ai dit pour moi. En fait, je me rends compte que c'est pour nous. En tout cas, pour nous, avec Thibaut. On s'entend très bien. C'est plus d'un point de vue, tu vois, je trouve, de l'intimité. Les uns et les autres voient quand on reçoit du monde, quand on est absent. ça c'est quelque chose de plus compliqué pour nous deux Après, il y a un respect de chaque côté. Personne n'est intrusif avec personne. Personne n'arrive à l'improviser chez les uns ou chez les autres. Il y a un respect sur ça avec mes beaux-parents et même avec le reste de la famille de Thibaut. Il n'y a pas de souci sur ça. Mais c'est par un petit peu d'intimité qu'il peut te manquer.
- Speaker #0
Je comprends. Forcément, tu vois un peu ce que fait les uns les autres.
- Speaker #2
C'est ça.
- Speaker #0
Vous n'avez pas d'enfants à l'heure actuelle. Est-ce que vous en voulez ? Est-ce que tu as des hâtes par rapport à ça et à te dire que tu vas élever tes enfants dans un milieu rural et que ça va être chouette qu'ils ont la proximité avec la ferme ? Est-ce que tu as des craintes sur peut-être une absence de Thibaut pendant ces périodes-là, pendant l'arrivée des enfants et puis l'organisation familiale derrière ? Quelles sont vos réflexions par rapport à ça ?
- Speaker #2
Alors effectivement, on n'a pas encore d'enfants. et ça a été un sujet un peu compliqué, un peu tabou entre nous, voilà, c'est les derniers mois parce que du fait de l'installation de Thibaut, en fait, s'installer, c'est hyper énergivore, c'est beaucoup de dossiers, c'est beaucoup quand même de stress, c'est pas anodin et le fait de se projeter avec une famille, c'était compliqué pour Thibaut. Donc là, à force d'en avoir parlé, on a éclairci un peu tout ça. Donc oui, c'est bien dans notre projet d'avoir des enfants. Tu vois, on ne sera pas une famille nombreuse, ça on est... on est bien en raccord l'un et l'autre sur ça s'il y a un enfant des gens seraient très heureux et très contents moi je serais vraiment heureuse d'avoir un enfant issu d'un papa agriculteur, d'un papa agriculteur d'un papa agriculteur, d'un papa agriculteur qui grandit dans ce milieu là parce que c'est quand même un G4 de vie t'as aussi de belles valeurs de la famille, du travail, du respect de la terre de la nature donc ça je suis plutôt contente un peu inquiète sur le décalage qu'il pourrait y avoir aussi nous on habite une petite commune donc ça sera un enfant qui sera Merci. dans une école communale où ils sont tous rassemblés du CP au CM2, tu n'as que deux classes. Donc, tu vois, plus le passage sur les classes supérieures, tu vois, au collège, tout ça, d'arriver dans un monde un peu plus urbanisé, aller en ville. Ça, ça me ferait un petit peu plus peur, tu vois, que mon enfant soit décalé, qu'il se sente en décalage des autres. C'est quelque chose où on serait méfiants tous les deux avec Thibaut. Et un peu plus peur, oui, sur le rythme et l'absence de Thibaut. Et parce que, aussi, par mon travail qui me contraint des horaires assez... Je pars tôt, je rentre tard, Thibaut est aussi absent, il faudra un moyen de garde et pour autant tu ne fais pas un enfant pour qu'il soit tout le temps gardé et élevé par une nounou, par une crèche ou par des grands-parents. Moi je veux vraiment que autant mes parents que mes beaux-parents aient plaisir à avoir un autre enfant et que ce ne soit pas une contrainte et que ce ne soit pas tout le temps eux qui ne le gardent pas tout le temps. C'est quelque chose que j'appréhende, j'appréhende un peu de me retrouver seule, seule un peu à tout gérer. Mais bon, d'autres s'en sont sortis, j'espère qu'on s'en sortira. Et puis voilà, c'est peut-être à ce moment-là que je vais revoir mon temps de travail. Dans ces cas-là, quand tu vis avec un agriculteur et que tu as une vie de famille, qui a un congé mater à prendre, tu sais lequel des deux va être concerné. Donc ça va être plus nous les femmes qui allons réadapter notre temps de travail parce que les garçons ne peuvent pas. Ce n'est pas possible. Donc voilà, ça serait un peu plus le point noir. Le temps, réaménager le temps et avoir une autre organisation. Ça sera plus l'organisation de problèmes.
- Speaker #0
Le sujet est quand même un peu désamorcé et après, vous verrez bien au fil de l'eau comment ça se passe.
- Speaker #2
Exactement.
- Speaker #0
Comment est-ce que vous trouvez vos moments de couple à côté du travail à la ferme ?
- Speaker #2
Tu viens de faire l'année de ce qu'il appelle la chambre d'agriculture de transition installation. C'est-à-dire que pendant là, depuis toute l'année 2024, il était sur l'exploitation familiale dans le cadre de la reprise. Donc en fait, tu reprends, tu es comme un salarié, tu es comme un futur associé. En fait, il est sur la ferme depuis un an. Mais auparavant, il a travaillé un petit peu à droite à gauche, Thibaut, tout ce qui est autour de l'agriculture. Mais il était viticulteur. Donc ça nous a permis de beaucoup profiter avant qu'il n'arrive à la ferme. Parce que le statut de salarié te permet d'avoir des congés, d'avoir des week-ends. Donc on a beaucoup profité avant, en sachant que l'installation allait arriver, qu'on allait avoir des changements à partir de 2024. On savait tout ça, donc on a beaucoup profité avant. Et là, maintenant qu'il y a la ferme, on essaye d'avoir le peu de temps que l'on peut avoir vraiment tous les deux. On fait en sorte qu'il soit vraiment... constructifs, tu vois, qu'on passe vraiment un moment. On est passionnés tous les deux. On aime beaucoup la course, le trail, les randonnées, tout ça. Dès qu'on peut avoir un moment de trois heures ou un dimanche après-midi, on prend pour tous les deux et puis on va aller se balader, on va aller courir. On essaye d'avoir vraiment des moments constructifs et des moments pour nous, tu vois, à nous. Mais on est aussi hyper vigilants sur le fait qu'on veut garder une vie sociale, d'avoir des temps off aussi pour pouvoir recevoir. pouvoir avoir les copains. On ne veut pas être coupé, ne pas se renfermer que dans le boulot, dans ce milieu agricole et continuer de voir. On a la chance d'être hyper bien entouré. On a une super bande d'amis, de copains. Continuer ces moments-là, malgré la fatigue, malgré le fait que nous, on a un peu un rythme décalé des gens qui nous entourent. La plupart vont travailler du lundi au vendredi, puis ils sont en week-end le vendredi soir. Nous, non. Tu vois, Thibaut va être à la ferme, moi, je vais être d'astreinte sur les tournées. On se dit que malgré la fatigue, pour l'instant, il faut... Il faut garder ses moments et ne pas se renfermer. Et garder une vie sociale, pour nous, c'est hyper important.
- Speaker #0
Est-ce que ça, par rapport à son installation, ça te fait peur ? Comment est-ce que vous allez vous organiser là-dessus pour continuer d'avoir ces instants ensemble ?
- Speaker #2
Ça, ça me fait peur. Ça, ça me fait un peu peur parce que pour l'instant, on arrive à fonctionner comme ça. J'ai la chance de pouvoir, pour l'instant, ne faire qu'un week-end sur deux, ne travailler qu'un week-end sur deux. On sait que le week-end où je ne travaille pas, c'est un peu plus moi qui vais m'adapter à lui, dire bon bah attends, là, après le repas, t'as un moment, on va prendre peut-être qu'une heure tous les deux. Pour l'instant, ça va fonctionner comme ça et on verra dans le temps comment on arrive à s'organiser. Mais je pense vraiment qu'on sera vigilants sur ça, autant l'un que l'autre.
- Speaker #0
Par rapport aux vacances, est-ce que vous avez la bougeotte ? Est-ce que ça te fait aussi un peu peur là-dessus de te dire, on va beaucoup moins partir ? Comment est-ce que tu envisages les choses sur le sujet des assez tabous des vacances ?
- Speaker #2
Alors, quand ma famille et Thibaut vont entendre cette question, ils vont rire. Oui, j'ai la bougeotte. J'ai bien la bougeotte. Comme je te disais, on a beaucoup profité avant. on a beaucoup voyagé et sur l'avenir là tu vois on a pu partir 6 jours là là récemment et tu vois je pense que j'ai j'ai acté j'ai compris que tu vois tout ça ça sera plus forcément possible de cette manière là on se dit que ça sera possible on fera en sorte que ce soit possible d'avoir peut-être pas d'aussi longues vacances tu vois de pas pouvoir prendre 8-10 jours consécutifs mais peut-être d'avoir 2-3 week-ends dans l'année où tu peux partir ne serait-ce que voilà 2-3 jours 48 à 72 heures pour décrocher un peu pour couper un peu Merci. On a la chance aussi, mon beau-père qui est passionné par sa ferme et par ses agneaux, qui est vrai, vrai agri. Je pense qu'on pourra s'appuyer sur lui de temps en temps dans l'année pour lui dire, un jour ou deux, est-ce que vous pouvez nous remplacer ? Sans que ça soit une contrainte pour lui et sans s'appuyer sur lui. Je ne veux pas que ça lui soit des choses imposées, je veux qu'il le fasse avec plaisir, avec envie. Et puis, il y a le service de remplacement. On est entouré de copains aussi agriculteurs. Donc, tu vois, on peut se remplacer les uns les autres. Tout le monde n'est pas en lait. Donc, on peut se remplacer les uns les autres. Après, c'est des moments que je réadapterais partir avec des copines. Ou peut-être après, justement, peut-être que je serais amenée à partir avec les enfants toutes seules. Des fois, tu vois, ça, j'en suis consciente. Je ne dis pas que c'est quelque chose que j'idéalise, mais j'en suis consciente. Je sais que ça va faire partie du jeu.
- Speaker #0
Tu as déjà une petite idée là-dessus. Tu parlais de recevoir. Est-ce que vous avez des amis et de la famille autour de vous ? Est-ce que tu te sens plutôt bien entourée ou parfois... fois isolée, comment est-ce que tu qualifierais votre vie sociale ?
- Speaker #2
On est hyper entourés, on est vraiment entourés. Tout ça, c'est encore plus renforcé. L'installation de Thibaut, ça a été un petit peu plus compliqué que prévu. En fait, on a eu le soutien. Les amis, les copains nous ont vraiment soutenus. Non, on est vraiment entourés, on n'est pas isolés. Et puis en plus, ce qui est intéressant, enrichissant, c'est qu'on n'a pas que des amis issus du milieu agricole. On va avoir de tout. Les amis qui travaillent dans tous les milieux, c'est assez mélangé socialement et c'est ce qui est intéressant. Pour l'instant, on n'est pas isolés et comme je te le dis depuis le début, c'est quelque chose de très important pour nous et on fait en sorte que, et tu vois, moi je le dis régulièrement à nos amis, à notre entourage, n'hésitez pas à nous dire, attention, rappelez-vous, n'oubliez pas d'être isolés, n'oubliez pas, attention, on vous voit moins, vous êtes plus renfermés, vraiment ça je le dis ouvertement à nos proches de bien nous dire. D'oser nous dire les choses, tu vois, et que nous, on soit capables de les entendre. Et peut-être de leur dire merci. Merci de nous avoir réveillés. Effectivement, là, on était en train de devenir ou de faire ce qu'on ne voulait pas, quoi. Et au niveau de la famille, on est bien entourés des deux côtés et on a la chance que tout le monde soit à proximité aussi, au niveau de nos familles. Tout le monde habite dans le secteur.
- Speaker #0
Oui, ça marche. C'est des choses qui font écho, de toute façon, de voir certains amis dans le milieu de l'agriculture qui vivent soit des difficultés, soit des périodes très compliquées où on leur dit... Mais là, il faut... Il faut qu'on vous voit, il faut que vous sortiez, il faut de faire prendre aussi un peu conscience aux amis proches. C'est un peu le rôle aussi dans l'amitié de se soutenir et puis de se dire quand on voit des personnes s'isoler en effet. Tu m'avais confié que tu avais eu des discussions avec d'autres femmes d'agriculteurs près de chez vous. Qu'est-ce que tu en avais tiré ? Est-ce que c'est toi qui étais à l'initiative de ça ? Quelles informations tu souhaitais retirer de ça ? Qu'est-ce que tu en retiens de ces conversations ?
- Speaker #2
Oui, effectivement. C'est aller voir les fans de la clé. autour. En fait, je suis une nature assez curieuse, tu vois, sans vouloir être intrusive, mais de nature plutôt curieuse. Et donc, il y a trois ans, quand on s'est mis ensemble avec Thibaut, que le projet se mettait vraiment en route de la reprise de la ferme, au début, je me suis dit, waouh, ok, tu le sais, tu sais ce qui t'attend plus ou moins, mais finalement, ce qu'on voit et ce que je vais vivre, voilà, comment ça va se passer ? Et c'est vrai que je me suis dit, en fait, il faut que je demande aux femmes autour de moi, quoi, comment elles le vivent. Et puis, tu vois, entendre leur vécu et ce qu'elles peuvent te dire, ne fais, ne fais pas. Après, tu filtres tout ça, mais j'avais besoin d'entendre. Et donc, je suis allée voir les femmes, les agriculteurs autour. Et ça a été hyper intéressant, hyper touchant. Humainement, c'était vraiment intéressant. Et de ces rencontres, tu vois... Moi, je me suis vraiment aperçue... Enfin, je trouve qu'on est la première génération où on dit, attends, moi, je veux rester indépendante. Je veux pas faire de gec, je veux pas m'installer 24h dans une carrière avec toi. Alors, ça dépend qui, hein. Puis, il y en a d'autres où c'est pas une contrainte, mais... Tu vois, je trouve qu'on est vraiment la première génération parce que des femmes que j'ai pu voir, là, autour de chez nous, c'est toutes des femmes des années 60 jusqu'à maximum 75-80, tu vois. Et elles ont pu avoir un boulot avant et elles se sont arrêtées pour aller rejoindre leur mari. pour t'égringuer avec, parce qu'il y avait un enfant, et puis deux, ou parfois peut-être trois, puis c'est compliqué, donc c'est plus simple de s'arrêter, puis d'être sur place, à la maison, à la ferme. Tu vois, c'était touchant. J'ai le souvenir d'une personne en particulier, tu vois, qui te dit, moi, du coup, j'ai l'impression de perdre un petit peu aussi ma liberté. J'aimais ce que je faisais, j'aimais mon boulot, et puis du coup, je me suis retrouvée là. T'as ce côté où ça a été une contrainte pour des femmes, t'as pas envie de schématiser, d'avoir la même chose, tu vas te faire la même chose Pour d'autres, finalement, elles ont été épanouies. Tu les vois épanouies encore aujourd'hui. C'est intéressant parce que tu vois, il y a aussi les belles familles. Ça aussi, ça a changé. Tu vois, moi-même, mes beaux-parents aujourd'hui, ce ne sont pas les beaux-parents de la génération avant qui ont pris nos grands-parents à nous. Je pense qu'il y a aussi un changement générationnel qui est assez important. Et ouais, c'était quelque chose de très intéressant de voir ces femmes autour de chez nous.
- Speaker #0
Oui, tu m'étonnes. C'est un peu ce que je ressens en faisant tous ces témoignages, même si bon. Les témoignages que je fais sont beaucoup de notre génération actuelle. J'ai un peu de mal à aller vers les autres générations pour le moment. Rencontrer différentes femmes avec chacune des situations différentes, chacune des envies différentes, c'est hyper enrichissant. Je comprends complètement ta démarche. Pour conclure notre échange, aurais-tu un conseil à partager avec une autre femme d'agriculteur qui nous écoute ?
- Speaker #2
Je dirais ne pas s'oublier. Pense ne pas s'oublier. Garder des temps pour soi. de garder euh toujours garder en tête ce qui nous anime et ce qui nous rend heureuse et puis ne pas s'isoler, je crois que ça c'est hyper important, ne pas s'isoler prendre des temps pour soi, ne pas s'isoler ne pas s'oublier, tout simplement et puis se dire que certes le métier d'agriculteur c'est un métier peut-être difficile avec des contraintes mais il faut aussi voir le positif, on a des jolis cadres de vie comme je disais, ils sont quand même le gardien aussi de nos paysages nos maris, ils nous permettent de voir tous autour de nous donc Donc voilà ce que je dirais, je crois, voir le positif.
- Speaker #0
C'est vrai qu'on parle souvent des contraintes, des difficultés liées à ce métier. Désormais, je conclue les épisodes avec cette question. Qu'est-ce qui, selon toi, t'épanouit chaque jour dans ta vie de femme d'agriculteur ?
- Speaker #2
D'avoir un conjoint qui travaille la terre, je trouve ça beau. Tu vois, quand tu te balades, quand tu te promènes, tu dis, comme je viens de te dire, c'est garder nos paysages. Je me dis que c'est grâce à eux que c'est beau, que tu poses tes yeux, c'est joli. Les terres sont cultivées, sont travaillées. Et ça, je suis fière. Je suis fière de lui. Je suis fière de ça et je n'ai pas de honte de te dire que j'aime un agriculteur.
- Speaker #0
C'est une super conclusion à notre échange. Merci beaucoup pour ton temps.
- Speaker #2
Merci à toi. Merci Marion de faire ces podcasts. Merci de nous laisser une place et de nous laisser témoigner dans ce milieu qu'est l'agriculture. Vraiment, merci à toi. Merci pour cette initiative.
- Speaker #1
On se retrouve six mois après notre interview. Lors de l'écoute de l'épisode, tu m'as dit que pas mal de choses avaient changé. Alors je m'étais dit que ce serait intéressant de le partager aussi avec toutes les autres femmes d'agriculteurs et puis les personnes qui nous écoutent.
- Speaker #3
Et oui, effectivement, en fait, quand on avait changé ensemble, Thibaut n'était pas encore installé tout seul. Et là, c'est chose faite depuis le 1er janvier.
- Speaker #1
Donc je suppose que maintenant, tes attentes ont été soit vérifiées, soit adaptées ou contredites. est-ce qu'à l'écoute de l'épisode il y a des choses où tu t'es tout de suite dit ah c'est drôle que j'ai pu penser comme ça,
- Speaker #3
que ça allait se passer comme ça et qui sont finalement dans la réalité assez différentes oui alors en fait si tu veux l'année passée déjà sur l'exploitation Thibaut il avait encore la présence de son papa, aussi encore de sa maman ils étaient tous les trois sur l'exploitation, là maintenant il est tout seul, entre ce qu'on avait un petit peu imaginé et ce qui se passe vraiment forcément tu t'imagines qu'il y a eu des changements alors déjà si tu veux pour l'accompagner sur les trois premiers mois vu qu'il était tout seul et qu'il y avait quand même grosse charge administrative par son installation, par le rachat du bâtiment aussi, puisque, comme je t'avais expliqué, Tibor rassemble deux exploitations en une. Donc, il y avait aussi beaucoup de démarches administratives, beaucoup de rendez-vous avec les artisans, tout ça. Moi, au niveau de mon boulot, j'ai réduit sur la période de janvier, février, mars, pendant trois mois. Avant, j'étais à peu près à 17 à 21 jours par mois, avec deux week-ends. Et là, sur les trois premiers mois, sur le premier trimestre, j'ai réduit. Je suis passée à 8-10 jours de travail par mois avec un seul week-end, pour être présente avec lui sur la ferme, pour aider à s'organiser, l'aide administrative, tout ça. déjà c'est quelque chose qui a été bien accueilli aussi par mes collègues elles l'ont bien entendu, elles l'ont bien accepté parce que tu vois elles auraient pu me dire je suis que remplaçante donc elles auraient pu me dire bah écoute pars avec tes vaches et puis pas du tout c'est quelque chose qui a été bien accueilli j'ai été bien soutenue par mes collègues donc ça ça a été hyper hyper chouette de leur part Et donc du coup, sur la ferme, je me suis retrouvée un peu plus présente que prévue. Pas par obligation, pas par contrainte, absolument pas. Ça a été une manière pour moi d'épauler Thibaut et de le conforter dans son choix et de lui dire « tu vas y arriver et à deux, on va être plus fort et après, hop, tu pourras rouler tout seul » . C'était un peu une manière de le soutenir parce que ce projet, ça l'engage lui, c'est son aventure, mais malgré tout, ça nous empare aussi un peu tous les deux. Ça a changé aussi notre rythme de vie à tous les deux. Donc je l'accompagne sur la ferme, mes jours de repos, je vais tous les matins à la traite avec lui. Donc moi, j'assure les deux, voire trois premiers tours toute seule, pendant que lui, il racle et prépare l'alimentation et tout ça. Et après, je m'occupe des génies, c'est des veaux et je repars. Donc je suis à peu près avec lui sur la ferme de 6h30 jusqu'à... Enfin, on arrive à 7h, de 7h jusqu'à 9h30. Et ensuite, j'y retourne le soir de 5h jusqu'à 19h, pareil, pour aider à la traite, à l'alimentation des génies, c'est des veaux. Ça nous permet aussi de passer un temps ensemble. Ça nous a permis aussi de réorganiser au niveau du rythme qu'avaient mes beaux-parents. Ils avaient fonctionné d'une certaine manière pendant 30-40 ans. Et puis nous, on a réorganisé un petit peu à notre manière aussi. C'est quelque chose de bien aussi. Chaque génération, je pense à son organisation. Ça a été cool, ça a été plutôt sympa de le faire ensemble, de trouver un équilibre sur ça ensemble, quelque chose qui correspondait à Thibaut, pour qu'il ait du temps un peu en dehors de la ferme aussi. Donc il y a eu pas mal de changements. Je ne pensais pas être autant présente et impliquée sur la ferme.
- Speaker #1
Je comprends bien. Et du coup, t'as un peu formé ? Comment est-ce que t'as pu apprendre ? Parce que ton métier étant donc très différent de celui-là, est-ce qu'il t'a un peu formé sur le tas pour pouvoir l'aider de manière efficace assez rapidement ?
- Speaker #3
Oui, complètement. Autant te dire qu'une griffe pour brancher des trions, je ne connaissais pas.
- Speaker #2
Donc oui,
- Speaker #3
Thibaut m'a tout expliqué.
- Speaker #2
Mon beau-père aussi.
- Speaker #3
En fait, Thibaut m'a beaucoup expliqué, lui, sur tout ce qui était la pratique. Tu vois, il m'a appris. Après, t'as pas un voilà, une fois qu'on te montre deux, trois fois. Tout ce qui était aussi sur les protocoles pour l'asepsie, pour tout ça,
- Speaker #2
pour le nettoyage,
- Speaker #3
etc. Donc sur tout ça, et mon beau-père, lui, de l'autre côté, m'a plus aussi expliqué au niveau tout ce qui était repro, génétique, surveillance du cheptel, tu vois, des petites choses comme ça qui se transmettent. Donc je suis formée sur le top, je suis une petite apprentie, tu vois.
- Speaker #1
Et ça va, ça te plaît ? Enfin, je veux dire, tu le fais pas par contrainte, c'est parce que t'as aussi envie de passer du temps avec lui et pouvoir l'aider. Non,
- Speaker #3
non, c'est absolument pas une contrainte du tout. Puis partir de mon centre Viendra Une, je lui dirais vraiment, Thibaut. Lui, il est bien au clair sur ça aussi. On est toujours sur la même philosophie. J'aime mon boulot et je vais absolument garder mon boulot à côté. C'était vraiment pour la compagnie. J'aime vraiment ça. Il a de la chance aussi que ça matche avec les bêtes. Parce que je pourrais détester les vaches et ça serait un sacré problème. Mais non, pas du tout. Ça reste quelque chose qui m'apaise. On arrive à travailler ensemble. Ce qui était aussi un joli challenge. Parce qu'en couple, on n'est pas forcément faibles. Pour travailler ensemble, tu vois, ça peut être quelque chose de compliqué. C'est différent que de se retrouver le soir dans le canapé et dans la télé. Quand tu travailles ensemble, c'est pas du tout la même chose.
- Speaker #0
Ouais, ouais,
- Speaker #1
bien sûr.
- Speaker #3
C'est vraiment quelque chose de particulier, je dirais. Mais écoute, on est plutôt vraiment en harmonie. Ça nous a fait rire, tu vois, on en a parlé avec des amis le week-end passé. On pensait pas pouvoir s'entendre comme ça au boulot. En fait, ça se passe très bien, on est vraiment sur la même idée. Et tu vois, même avec notre façon de travailler avec les bêtes, on est vraiment tous les deux sur le calme, la bienveillance on travaille au haut calmement, et du coup, on apprécie de travailler tous les deux. Ce n'est pas une contrainte, ni pour l'un, ni pour l'autre. Ok,
- Speaker #1
trop chouette. Et ça, c'est une situation qui est temporaire, là, le temps de vraiment le lancer, ou comment est-ce que vous pensez pérenniser ça ?
- Speaker #3
Non, non, là, c'est vraiment temporaire. En plus, là, si tu veux, les bêtes étaient en bâtiment, donc c'est un peu plus compliqué quand tout le monde est dedans. Donc là, c'était vraiment pour l'accompagner sur les premiers mois, le temps de tout lancer, qu'il trouve un peu son rythme, son organisation. Là, les beaux jours arrivent, les bêtes vont ressortir, Il pourra les lâcher dehors, donc ça sera moins compliqué. Donc non, non, là, je vais reprendre moi mon rythme. À partir du mois d'avril, j'ai repris mon roulement habituel au niveau du boulot. Un jour de repos ne sera pas forcément un jour à la ferme, parce qu'il me faut aussi du temps un peu pour moi. Égoïstement, il faut aussi un petit peu de temps pour ça. Moi, j'ai aussi par mon boulot une charge administrative et tout ça, donc je ne peux pas toujours être là pour Thibaut. On va fonctionner comme ça. Et tu vois, c'était pas mal aussi de débuter avec lui et de ne pas connaître et de ne pas être issue de tout ça. Parce que si tu veux, vu que je ne connaissais rien, Je posais plein de questions. Et du coup, des fois, ça a permis aussi de réadapter ou de réajuster des choses. De dire, ok, mais pourquoi tu fais ça comme ça en fait ? Pourquoi tu ne fais pas plutôt dans ce sens ? Pourquoi tu n'as pas mis ça en place pour ça ? Et du coup, c'est bien parce que ça nous a permis de réaménager des choses, de réadapter des choses, de communiquer. Parce que tu vois, ils ne communiquaient pas forcément avant sur la ferme. Et là, tu vas mettre des tables en place. Voilà, il y a ci, il y a ça. En fait, de rendre, je disais à Thibaut, il faut que ce que tu fais soit délégable. c'est-à-dire que moi demain t'es absent et de me dire, OK, mais Thibaut, comment il faisait pour ça, pour ça ? Du coup, on a mis les choses en place. C'est plutôt sympa.
- Speaker #0
Est-ce que du coup, avec ces petits changements, ces petits ajustements,
- Speaker #1
est-ce qu'il y a des choses entre le passage des parents de Thibaut à Thibaut qui vont du coup changer fondamentalement ou juste des petits ajustements sur la ferme ?
- Speaker #3
Non, je te dirais que ça a quand même changé beaucoup de choses. Ça a changé beaucoup de choses dans l'ensemble. Alors déjà, au niveau de la réadaptation, du raménagement, je pense que c'était une réorganisation. peut-être un peu compliqué pour mes beaux-parents, pour mon beau-père, qui lui est toujours plus présent sur la ferme, accepté avec le temps. Si tu veux, je pense que pour eux aussi, ça a été une page qui se tourne. T'as passé 40 ans de ta vie quotidiennement avec tes bêtes, à faire des choses, et du jour au lendemain, t'as des jeunes qui arrivent, qui te disent « Coucou, on arrive chez vous » , puis en plus, on rechange tout. Donc ça, c'est quelque chose, et je l'entends complètement. Je pense que c'est vraiment dur. Il faut que Thibaut aussi se dise que plus tard, ça peut lui arriver lui aussi. Et après, je pense que... Est-ce que c'est bénéfique ou pas ? tout ce qui change. Je sais pas, on verra. Si on produit toujours autant de lait, si on n'a pas plus de maladies ou autre. Voilà, je pense qu'on fait partir une génération où on veut garder une vie sociale, on veut continuer un peu à avoir un train de vie presque normal, tu vois. Donc c'était des choses par contre nécessaires à mettre en place, à nos yeux en tout cas, pour Thibaut et pour nous.
- Speaker #1
Ton lien avec ta belle famille, est-ce que ça a changé quelque chose ? Le fait de t'intéresser, de poser des questions, le fait que ton beau-père te forme aussi ? Peut-être qu'il a vu encore plus d'intérêt que tu avais toi à la ferme et ça peut aussi rapprocher. Tout comme le fait d'apporter des changements aussi sur la ferme, tu disais que ça pouvait le perturber. Ça peut aussi mettre un peu de distance.
- Speaker #3
Ça a été plus compliqué. La passation avec Thibault a été compliquée, les changements ont été compliqués. Je pense que ça a quand même mis une distance. Il ne faut pas qu'il s'installe dans le temps parce que tu ne peux pas mettre une distance pour une cause professionnelle. En fait, si tu enlèves si tu veux, c'est quelque chose qui se passe dans une sphère familiale. Mais du coup, on oublie le fait que ce soit de la famille, ça passe que sur du pro, et quand tu prends le recul, tu te dis, mais tout ça pour une ferme ? En fait, si on avait été des gens de l'extérieur, donc ça, c'est plus compliqué. Eh ben, tu sais, mon nouveau père, il a 68 ans, donc on fait partie de cette génération pleine de pudeur, où on ne dit pas forcément les choses. Donc je ne sais pas trop comment il le perçoit. J'espère qu'il me dirait les choses si ça ne lui convenait pas, ou si j'étais trop invasive ou trop intrusive. Je me dis que s'il me donne aussi des informations et qu'il essaie de m'expliquer les choses, c'est qu'il y voit plutôt d'un...
- Speaker #2
D'un bon oeil,
- Speaker #3
oui.
- Speaker #1
S'il te forme et qu'il a de l'intérêt à t'aider, à t'expliquer les choses, c'est que déjà, il y voit quelque chose de positif.
- Speaker #3
Oui, oui, oui. J'espère, j'espère en tout cas. Et pour ma belle-mère aussi, j'espère qu'elle ne voit pas le fait de quelqu'un qui prend la place, tu vois. Personne ne prend la place de quelqu'un d'autre. Donc là aussi, je pense qu'il y a plus de pudeur aussi, mais c'est une autre génération. Autant nous, on arrive plus facilement peut-être à se dire les choses. Et puis ça reste ma belle-famille. en plus si tu veux c'est pas mes parents donc t'as pas la même attitude avec ta belle famille qu'avec la tienne famille
- Speaker #1
Oui, bien sûr, évidemment. Dans l'épisode, tu nous partageais pas mal le fait que vous êtes des bons vivants, bien entourés. Pendant une période d'installation, ça doit être encore plus compliqué. J'allais dire que même après, une fois installé, où on commence à avoir une routine et pouvoir se dire, OK, on se dégage du temps là ou là, ou pas du tout d'ailleurs. Pendant cette période d'installation, comment est-ce que tu l'as vécu, ça ? Est-ce que ça vous a isolé un petit peu cette période-là, ou pas spécialement ?
- Speaker #3
Non, non. Par contre, on n'a jamais fait autant de siestes de notre vie, je crois.
- Speaker #2
Alors non,
- Speaker #3
on a voulu... continuer comme on l'avait dit, puis comme on a toujours dit à nos copains, qui nous ont hyper hyper hyper soutenus sur l'installation de Thibaut là, vraiment vraiment, parce que Thibaut ça a été vraiment compliqué pour lui, et on a vraiment été soutenus, et donc on a continué de passer des moments avec eux, on a continué de dispo pour eux, mais par contre on a passé plus d'un dimanche après-midi à siester, oui. Ça il ne le sait pas forcément, mais c'est des super bons moments dont on a besoin aussi, donc on les maintient, et là tu vois sur l'année on a des mariages, il y a des choses de prévues, donc on a pris le service de remplacement. en plus on a deux jeunes sur la commune qui font les salles de remplacement qui sont au top donc on laisse la ferme en toute confiance Thibaut est vraiment serein tu vois on se fait remplacer pour profiter des moments même des moments festifs et être là 100% et pas avoir la tête ailleurs ou s'absenter partir, revenir parce qu'il y a la traite parce qu'on essaye on essaye de vraiment y faire attention
- Speaker #1
Est-ce que tu as d'autres points en écoutant l'épisode qui t'ont fait un peu tilt où tu t'es dit du coup c'est différent ?
- Speaker #3
Bah tu vois sur le vraiment voilà il y a le fait d'autant s'impliquer sur la ferme nos moments à deux aussi, ils ont quand même changé tu vois, je te disais qu'on faisait beaucoup de de courses à pied, de rando et tout ça ça sur le premier trimestre c'est plus compliqué de vraiment prendre toute une après-midi donc nos moments à deux on les a revus d'une autre manière on s'oblige à faire un resto par mois que tous les deux un soir, une coupe vraiment on prend plus de temps, peut-être plus par un ciné pour aller voir un spectacle, pour aller voir des choses voilà, tu vois les temps sont moins longs On ne peut pas avoir toute une journée ou toute une après-midi. Du temps en tout cas que tout se mette en place et que tout roule. Mais dans l'ensemble, c'est plus l'implication sur la ferme que je ne pensais pas autant. Je ne pensais pas que ça allait être autant présent.
- Speaker #1
Ok, merci beaucoup pour ces petits ajustements et cette partie d'interview en plus.
- Speaker #3
Merci à toi Marion et peut-être à dans 5 ou 10 ans pour te dire où on en est.
- Speaker #0
C'est ainsi que s'achève notre échange. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le diffuser autour de vous. Mesdames, si certains propos font écho à votre vie, ou au contraire sont bien différents de vos choix personnels et professionnels, n'hésitez pas à venir discuter avec moi dans un prochain épisode.
- Speaker #1
A bientôt !